BOXE ANGLAISE

L'EUROPE







PRÉSENTATION


Europe (continent), une des cinq parties du monde, située dans l’hémisphère Nord, délimitée à l’est par l’Asie, au sud par la Méditerranée, à l’ouest par l’océan Atlantique et la mer de Norvège, au nord par l’océan Arctique. L’Europe, avec l’Asie, fait partie du système continental de l’Eurasie. Par convention, les géographes considèrent que la frontière entre l’Asie et l’Europe correspond aux monts Oural, au fleuve Oural jusqu’à la mer Caspienne et aux détroits du Bosphore en incluant une petite partie de la Turquie et parfois le Caucase. Cette délimitation par des barrières naturelles est cependant en partie arbitraire. Des îles ou archipels de l’Atlantique sont rattachés à l’Europe : l’Islande, les Açores, les Canaries ou encore le Svalbard dans l’Arctique. Très tôt, le sens géographique et l’origine du terme Europe ont intrigué les historiens. La mythologie grecque nous dit qu’Europe était l’une des océanides, ou la fille d’un roi légendaire de Phénicie, aimée de Zeus qui l’enleva. La légende veut que ses frères partirent à sa recherche et fondèrent plusieurs villes. Hérodote, dans ses Histoires, écrivit à ce propos qu’Europe, née en Asie, ne se rendit probablement jamais sur le continent, que les Grecs du Ve siècle av. J.-C. appelaient déjà Europe.




MILIEU NATUREL


D’une superficie de 10 525 000 km2, l’Europe est la plus petite des parties du monde (6,75 p. 100 des terres émergées). Ses dimensions restreintes sont cependant compensées par une position centrale par rapport aux autres terres émergées. L’Europe fait figure de péninsule de l’Asie, face à l’Amérique. Elle s’accole presque à l’Afrique, dont elle n’est séparée au sud-ouest que par le détroit de Gibraltar. Ses façades maritimes, en raison de la profonde pénétration de la mer dans l’intérieur des terres, ont un développement très important : l’Europe possède 32 000 km de côtes dont 13 500 km de côtes atlantiques et 12 700 km de rivages méditerranéens. Le cap Nord, situé en Norvège, est la pointe la plus septentrionale du continent européen, le point le plus méridional se trouvant à Punta de Tarifa, dans le sud de l’Espagne, près de Gibraltar. Si l’on fait abstraction du mont Elbrous (5 642 m) situé dans la chaîne du Caucase, à la limite de l’Asie, le sommet le plus élevé du continent est le mont Blanc (4 808 m), dans les Alpes, en France. Le secteur le plus bas de l’Europe est la dépression où se loge la mer Caspienne, à 28 m au-dessous du zéro marin. La masse continentale est découpée par plusieurs grandes péninsules (Scandinavie, péninsule Ibérique, Italie, péninsule des Balkans) et d’autres plus petites, comme le Jutland, ou Jylland, et la Bretagne. L’Europe comprend deux ensembles insulaires d’importance : l’un dans l’Atlantique, l’Islande et les îles Britanniques, l’autre en Méditerranée, avec la Corse, la Sardaigne, la Sicile et la Crète.


Relief

Orogenèse

L’histoire du relief de l’Europe est caractérisée par l’imbrication de trois phases orogéniques, la précambrienne, l’hercynienne et l’alpine, qui se juxtaposent dans l’espace et se succèdent dans le temps. Au quaternaire, lors des périodes glaciaires, l’inlandsis fenno-scandien envahissait la Scandinavie, la Russie, l’Allemagne du Nord, les îles Britanniques ; d’énormes langues de glaces issues des Alpes s’avançaient jusqu’en bordure de la plaine du Pô et jusqu’à Lyon ; seuls quelques sommets suisses émergeaient de la chape de glace. Les glaciers des Pyrénées atteignaient Lourdes. Selon leur type, ces glaciers ont diversement sculpté les régions sur lesquelles ils s’étendaient. Ils ont façonné les profonds fjords de la côte norvégienne et entaillé aussi bien les Alpes scandinaves que les plateaux en contrebas. Ils ont déposé les cordons morainiques qui accidentent de collines la plaine germano-polonaise et ils ont creusé les énormes auges glaciaires alpines, sur lesquelles se sont installés de nombreux lacs et cours d’eau.

Relief actuel

Le relief de l’Europe s’organise en un gigantesque amphithéâtre. De l’Espagne aux abords de la mer Noire, l’Europe méridionale est une région montagneuse, qui résulte de la collision entre la plaque africaine et la plaque européenne au milieu du cénozoïque, à l’oligocène, voilà environ 40 millions d’années. Les forces de compression ont donné naissance à de hautes chaînes de montagnes, comme les sierras ibériques, la chaîne des Pyrénées, les Alpes, les Apennins, la chaîne Dinarique, les Carpates. Le caractère récent des mouvements de l’écorce terrestre est attesté par la sismicité de la chaîne des Balkans et par le volcanisme toujours actif en marge de la péninsule italienne. L’Espagne est dominée par la chaîne Bétique, plusieurs sierras et les monts Cantabriques. Dans le nord-est de l’Espagne, la chaîne des Pyrénées est un élément indépendant dont les principaux sommets s’élèvent à plus de 4 000 m d’altitude. Les Alpes s’étendent sur un vaste ensemble allant du sud-est de la France à l’Italie continentale (Apennins), à la Suisse, à l’Autriche et aux Balkans. D’origine récente, ces montagnes gardent un aspect imposant, avec de grands glaciers, des sommets déchiquetés, des vallées étroites et profondes. Plusieurs cols, d’altitude relativement basse, relient ces vallées : col du Brenner (1 374 m), col du Saint-Gothard (2 108 m), col du Simplon (2 009 m), col du Grand-Saint-Bernard (2 472 m), col du Petit-Saint-Bernard (2 188 m), col du Mont Cenis (2 083 m), col du Lautaret (2 058 m). Les Alpes entourent de vastes plaines (plaine du Pô, plaine hongroise), qui sont des bassins d’effondrement formés au cénozoïque, lors des plissements alpins. Ces chaînes sont prolongées dans l’est de l’Europe par les Carpates. Le centre de l’Europe est dominé par des moyennes montagnes qui n’atteignent pas les 2 000 m d’altitude. En Europe occidentale, les terrains de même âge ont été violemment plissés par la tectonique de la phase hercynienne (du nom du massif germanique du Harz) qui, au paléozoïque, a érigé de grandes chaînes de montagnes dont on retrouve les racines dans la Meseta espagnole (du castillan mesa, « table »), le Massif central (1 886 m au puy de Sancy), les Vosges, la Forêt Noire, le Massif schisteux rhénan (880 m au Taunus), les Sudètes. Les mêmes manifestations, voilà environ 280 millions d’années, provoquèrent la formation de la chaîne de l’Oural, chaîne de collision entre deux fragments de plaque continentale. Ces montagnes du paléozoïque, d’âge calédonien ou hercynien, ont été érodées et aplanies, d’où le profil arrondi de leurs sommets ou même leur aspect tabulaire. Lorsqu’elles ont un aspect plus abrupt, cela résulte de leur soulèvement récent, de leur découpage en blocs faillés et basculés (bord oriental du Massif central, versant alsacien des Vosges) au voisinage des chaînes alpines d’âge cénozoïque et des volcans qui ont surgit à la faveur de ces cassures (chaîne des Puys). Au nord de ces reliefs, une zone de bas plateaux et de plaines décrit un arc de cercle qui part du sud-ouest de la France (Bassin aquitain), s’oriente vers le nord (Bassin parisien), englobe une partie du sud-est de l’Angleterre (bassin de Londres) et continue vers l’est, à travers les Pays-Bas, l’Allemagne et la Pologne (plaine germano-polonaise), pour aboutir à la grande plaine de Russie occidentale. Elle correspond à des terrains sédimentaires, accumulés dans des bassins au mésozoïque et au cénozoïque. Ces strates sédimentaires horizontales ou sub-horizontales constituent le substrat de la grande plaine européenne. On y trouve certaines des meilleures terres d’Europe, en particulier le long de sa bordure méridionale, là où le vent a déposé du lœss. Cette disposition qui rappelle grossièrement celle d’un amphithéâtre est interrompue à l’est par la longue chaîne de direction nord-sud des monts Oural. Dans le nord de l’Europe, le bouclier scandinave (Kjølen, 2 111 m) forme le soubassement de la Finlande, de la Carélie et d’une partie de la Suède. Il est flanqué au nord-ouest de la chaîne calédonienne qui s’étendait de l’Irlande au Svalbard, sur 3 500 km et dont les témoins actuels sont visibles en bordure de l’Europe de l’Ouest, du cap Nord aux hautes terres d’Écosse (Ben Nevis, 1 343 m) et à l’Irlande. Au large, en plein océan Atlantique, l’Islande, située sur la dorsale médio-atlantique, a une origine purement volcanique et conserve une activité sismique importante.


Hydrographie

L’Europe est proportionnellement l’une des régions les plus riches en cours d’eau. Le réseau hydrographique, très dense, a facilité l’installation humaine et permis le contournement des barrières naturelles que forment les systèmes montagneux. C’est en Europe orientale que l’on trouve le plus long des fleuves européens, la Volga. Comme les autres grands cours d’eau russes, l’Oka, le Dniepr, celle-ci prend sa source au cœur de la Russie, dans les collines de Valdaï, au nord-ouest de Moscou. Les fleuves d’Europe centrale et occidentale prennent pour la plupart leur source dans les massifs des Alpes, comme le Rhin, le Rhône et le Pô, où dans les massifs hercyniens, comme le Danube, qui prend sa source dans le massif de la Forêt Noire et coule d’ouest en est avant de rejoindre la mer Noire. L’Elbe se déverse dans la mer du Nord. La Loire et la Seine se jettent dans l’océan Atlantique, sans rencontrer d’obstacles majeurs. L’Oder et la Vistule rejoignent la mer Baltique. Deux particularités doivent être notées : d’une part, le petit nombre de réseaux hydrographiques dépendant de la Méditerranée, qui reçoit seulement trois fleuves importants : l’Èbre en Espagne, le Rhône en France et le Pô en Italie, et encore ce dernier est-il tributaire d’une mer « annexe » de la Méditerranée, l’Adriatique ; d’autre part, l’importance des estuaires qui a conféré à certains fleuves, comme la Tamise et l’Escaut, un rôle sans commune mesure avec leur longueur. Ce réseau hydrographique naturel se double d’un maillage de canaux qui relie les réseaux hydrographiques entre eux (par exemple le canal Rhin-Rhône et le canal Rhin-Main-Danube). L’Europe ne possède pas de très grands lacs, comparables à ceux d’Asie, d’Amérique du Nord ou d’Afrique. Les plans d’eau, pour la plupart, se situent dans les Alpes, en Suisse (lac Léman), en Italie (lacs de Garde, de Côme et Majeur) et en Autriche (lac de Constance), et dans des régions de pénéplaines, comme la Suède méridionale (lacs Vänern et Vättern), la Pologne (lacs de la Mazurie) et la Finlande. Le plus grand plan d’eau européen est le lac Ladoga (17 700 km2), dans le nord-ouest de la Russie.


Climat

L’Europe est traversée par le 45e parallèle, à égale distance du pôle et de l’Équateur ; par son extension en latitude, elle se trouve presque entièrement en zone tempérée, à l’exception de la partie la plus septentrionale de la Scandinavie, qui relève du climat subpolaire. Trois éléments expliquent les caractères des climats : d’abord, l’influence maritime du fait de l’imbrication des terres et des mers, ensuite, la présence, au large de ses côtes, d’un courant chaud — la dérive nord-atlantique (issue du Gulf Stream) —, qui fait sentir son influence jusqu’au-delà du cercle polaire, enfin, la disposition des hauts reliefs en arc de cercle, à la périphérie du territoire, ce qui permet la pénétration des masses d’air océanique jusqu’au cœur de l’Europe. Les mers relativement chaudes qui bordent l’Europe occidentale (la mer Méditerranée, l’océan Atlantique) confèrent à la plus grande partie de l’ouest et du centre du continent un climat modéré, avec des hivers frais et des étés doux. Les vents d’ouest dominants qui se réchauffent et se chargent de vapeur d’eau en passant au-dessus de la dérive nord-atlantique apportent des pluies, à peu près également réparties, toute l’année. D’ouest en est, l’influence maritime se faisant moins sentir, le climat devient plus froid et plus sec en hiver, chaud et orageux en été ; ce climat de type continental se manifeste depuis le centre de la Pologne jusqu’en Russie. En raison de sa latitude, l’Europe septentrionale se caractérise par des hivers froids et des étés frais. Au contraire, l’Europe méridionale — Espagne, Italie et Grèce — connaît un climat méditerranéen : les mois d’été y sont en général chauds et secs, les précipitations se produisant surtout en hiver ou aux saisons intermédiaires, automne et printemps. La plus grande partie de l’Europe reçoit des précipitations annuelles comprises entre 500 et 1 500 mm. Toutefois, le sud-est de l’Espagne est une région semi-aride puisque les pluviomètres n’enregistrent en moyenne que 100 à 250 mm de pluie par an.


Végétation et faune

Végétation

La végétation naturelle — la forêt — a été profondément transformée par l’installation et le développement des populations et de leurs activités. Certaines formations végétales sont d’ailleurs complètement artificielles, comme la forêt landaise en France, qui a été plantée au XIXe siècle. C’est seulement dans les montagnes les plus septentrionales et dans certaines zones de l’ouest de la Russie que la couverture forestière a été relativement peu modifiée. De l’Atlantique jusqu’à l’Oural, la forêt à feuilles caduques occupe la partie médiane du continent. Elle est formée de chênes, d’érables et d’ormes, puis de hêtres auxquels se mêlent des conifères vers le nord et l’est (forêt mixte). À l’intérieur de l’Europe septentrionale, le climat tempéré froid favorise l’existence de la forêt boréale (la taïga), composée surtout de conifères (épicéas, sapins), auxquels se mêlent des arbres à feuilles caduques comme les bouleaux et les trembles. Une étroite bande de toundra (lichens, mousses, arbustes et fleurs sauvages) borde le littoral arctique de l’Europe septentrionale tandis que l’étage supérieur des plus hautes montagnes se caractérise par la pelouse alpine. Les plaines du sud-est de l’Europe, couvertes de lœss et soumises à une relative sécheresse en été (Hongrie, Roumanie, Ukraine), ont des sols noirs très fertiles, les tchernoziom (russe, « terre noire »), favorables à la prairie où poussent de hautes graminées (steppe au sens russe du terme). Un mince liseré de végétation méditerranéenne sempervirente borde la Méditerranée. Les forêts de chênes verts, chênes-lièges ou chênes pubescents ont bien souvent disparu au profit de formations végétales dégradées : le maquis ou la garrigue. Les sols sont parmi les plus fragiles d’Europe.

Faune

L’Europe abrita par le passé un grand nombre d’espèces animales, comme le cerf, l’élan, le bison, le sanglier, le loup et l’ours. L’occupation et l’exploitation du territoire européen par l’homme furent telles qu’elles entraînèrent l’extinction ou la raréfaction de certaines espèces. Aujourd’hui, les élans, les loups et les ours à l’état sauvage vivent surtout dans le nord de la Scandinavie, en Russie et dans la péninsule des Balkans. Les rennes sont élevés dans le Grand Nord par les Samis (Lapons). On rencontre des chamois et des bouquetins dans les zones élevées des Pyrénées et des Alpes. Beaucoup d’animaux de petite taille vivent encore en Europe, comme la belette, le furet, le lièvre, le lapin, le hérisson, le lemming, le renard et l’écureuil. Parmi les oiseaux d’Europe, on trouve l’aigle, le faucon, le pinson, le rossignol, le hibou, le pigeon, le moineau et la grive. Le saumon que l’on pêche dans le Rhin et dans les rivières écossaises et irlandaises est très apprécié ; de même, on trouve au large des côtes européennes une grande variété de poissons, comme la morue, le maquereau, le hareng et le thon, qui sont importants sur le plan commercial. La mer Noire et la mer Caspienne hébergent des esturgeons dont on exploite le caviar.


Ressources minérales

L’Europe présente une grande variété de ressources minérales. On trouve de la houille en quantité en Grande-Bretagne, en Ukraine et dans le bassin de la Ruhr en Allemagne. La Pologne, la Belgique, la République tchèque, la Slovaquie, la France et l’Espagne possèdent également d’importants gisements houillers, mais l’exploitation de nombre de mines de charbon a été abandonnée en raison de leur rentabilité insuffisante, de la concurrence internationale et de l’apparition de nouvelles sources d’énergie. Aujourd’hui, le minerai de fer européen est surtout exploité dans les mines de Kiruna, dans le nord de la Suède, en Lorraine et en Ukraine. À quelques exceptions près, les deux grandes zones de production de pétrole et de gaz naturel sont la Russie et la mer du Nord, pour laquelle la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Norvège possèdent la majorité des droits d’exploitation. Les autres ressources minérales en Europe sont le cuivre, le plomb, l’étain, la bauxite, le manganèse, le nickel, l’or, l’argent, la potasse, l’argile, le gypse et le sel.





POPULATION ET SOCIÉTÉ


L’Europe comprend un grand nombre de peuples. Chaque nation européenne est en général unifiée culturellement et linguistiquement depuis longtemps, néanmoins des minorités existent, comme les Basques en France et en Espagne, et les Samis (Lapons) en Norvège. L’ensemble représentait un peu plus de 700 millions d’habitants en 1997.


Démographie

L’Europe est la partie du monde la plus uniformément et la plus densément peuplée. Le peuplement résulte d’une longue évolution. Nombreuse à l’aube de l’ère chrétienne, où elle était concentrée sur le pourtour méditerranéen, la population n’a cessé de croître à un rythme soutenu jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le taux d’augmentation était alors de 9,6 p. 1 000 contre 6,5 p. 1 000 pour le reste du monde, en raison d’un solde naturel positif lié à un faible taux de mortalité par rapport aux naissances. L’excédent naturel élevé explique les forts courants migratoires à l’intérieur et hors d’Europe de 1850 à 1950. Depuis le début du XXe siècle, l’essor démographique s’est fortement ralenti en raison de la baisse de la natalité, dont le taux est le plus bas du monde (12 p. 1 000) ; l’accroissement n’est plus que de 0,6 p. 1 000 par an contre 1,8 p. 1 000 pour la population mondiale. Alors que les Européens représentaient en 1980 15 p. 100 des habitants de la planète, ils ne comptent plus aujourd’hui que pour 12,6 p. 100. La zone la plus peuplée forme une ceinture qui englobe la Grande-Bretagne (236 habitants au kilomètre carré), la Belgique (330 habitants au kilomètre carré), les Pays-Bas (449 habitants au kilomètre carré) et l’Allemagne (229 habitants au kilomètre carré). L’Italie septentrionale a également une densité de population élevée. À l’inverse, la France (106 habitants au kilomètre carré), l’Espagne (78 habitants au kilomètre carré) et le sud du Portugal (20 habitants au kilomètre carré) paraissent relativement peu peuplés, tout comme la Scandinavie, la Finlande, l’Europe centrale et les Balkans. La proportion de la population urbaine est toujours supérieure à 50 p. 100 ; certains pays, comme la Belgique, ont des taux d’urbanisation de l’ordre de 95 p. 100. La situation démographique est évidemment inégale selon les pays. Par exemple, à la fin des années 1980, le taux d’accroissement annuel de l’Albanie s’élevait à environ 1,9 p. 100 et celui de l’Espagne à 0,5 p. 100, alors que la population de la Grande-Bretagne restait globalement stable, et que celle de l’Allemagne de l’Est déclinait. L’Irlande est un cas à part ; en raison de la grande famine de 1845 et d’une structure foncière désastreuse, elle est le seul pays de l’Union européenne à avoir continué de perdre des habitants. Les Européens bénéficient d’une des plus longues espérances de vie à la naissance au monde (de 70 à 76 ans dans la plupart des pays), la part des personnes âgées augmentant. Les mouvements de population, qu’ils soient volontaires ou non, ont toujours été une constante de la vie européenne. De 1950 à 1975, le taux de la population urbaine en Europe occidentale est passé d’environ 70 à presque 80 p. 100, alors que celui de l’Europe de l’Est passait de 35 à 60 p. 100. En Belgique, il est voisin de 95 p. 100. Par ailleurs, l’émigration des Européens vers d’autres continents a pratiquement cessé, alors qu’elle fut un phénomène majeur au XIXe siècle dans certains pays, comme l’Italie, l’Irlande ou l’Allemagne.

Découpage administratif

L’Europe est divisée en plusieurs niveaux administratifs : groupe d’États, États, régions, départements dans certains pays, comme en France, et communes. La principale organisation supranationale est l’Union européenne (UE), qui a remplacé en 1993 la Communauté économique européenne (CEE). L’Association européenne de libre-échange (AELE) et l’Espace économique européen sont des zones de libre-échange réunissant plusieurs pays d’Europe. Le principal niveau administratif de l’Europe reste celui des États indépendants. Les 43 États de l’Europe sont les suivants : l’Albanie, l’Allemagne, Andorre, l’Autriche, la Belgique, la Biélorussie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, la Lettonie, le Liechtenstein, la Lituanie, le Luxembourg, la Macédoine (FYROM), Malte, la Moldavie, Monaco, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Russie, Saint-Marin, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède, la Suisse, l’Ukraine, le Vatican, la Yougoslavie.

Langues et religions

Il existe en Europe une grande diversité de langues qui appartiennent à plusieurs familles. On distingue les langues romanes, qui comprennent le français, l’italien, l’espagnol, le portugais et le roumain ; les langues germaniques, qui regroupent l’anglais, l’allemand, le néerlandais, le danois, le norvégien, le suédois et l’islandais ; les langues slaves avec le russe, l’ukrainien, le biélorusse, le tchèque, le slovaque, le bulgare, le polonais, le slovène, le macédonien, le serbo-croate. Ces différentes langues ont pour l’essentiel les mêmes origines, et appartiennent au groupe des langues indo-européennes. Les autres langues indo-européennes d’Europe comprennent le grec, l’albanais, l’arménien, les langues caucasiennes ainsi que des langues celtiques comme le gaélique, le gallois et le breton. Les langues indo-européennes ne sont pas les seules à être utilisées sur le continent européen. On trouve également les langues finno-ougriennes, comme le finnois, le hongrois, l’estonien et le lapon, ainsi que les langues turques. L’origine du basque demeure inconnue. À la fin des années 1980, la grande majorité des Européens étaient chrétiens, néanmoins certaines régions d’Europe sont déchristianisées depuis longtemps et les pratiques religieuses déclinent. Les catholiques romains, qui représentent le groupe religieux le plus important, vivent principalement en France, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Belgique, dans le sud de l’Allemagne et en Pologne. Un autre groupe important est formé par les protestants de différentes obédiences ; ils vivent surtout dans les pays de l’Europe centrale et septentrionale, comme l’Angleterre, l’Écosse, le nord de l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie. Le troisième grand groupe de chrétiens se compose des fidèles de l’Église orthodoxe. On les trouve principalement en Russie, en Géorgie, en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie et dans les nouvelles républiques de l’ancienne Yougoslavie, à l’exception de la Slovénie et de la Bosnie-Herzégovine. Enfin, il existe des communautés juives dans la plupart des pays européens (la plus importante se trouve en Russie), et les habitants de l’Albanie et de la Turquie sont en majorité musulmans.




ÉCONOMIE


Généralités

L’Europe a longtemps occupé la première place mondiale sur le plan économique. Berceau de la science moderne et de la révolution industrielle, elle a acquis une supériorité technologique qui lui a permis de s’assurer une domination incontestée au XIXe siècle. La révolution industrielle, qui a commencé en Angleterre au XVIIIe siècle avant de se répandre sur presque tous les continents, était porteuse d’un projet de transformation globale impliquant l’utilisation de machines complexes. Il en a résulté un accroissement important de la production de biens, et de nouvelles formes d’organisation économique. La révolution agricole a eu lieu plus tardivement. À cet égard, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, à l’exception de certaines régions, connaissait encore un « ancien régime » agricole. Depuis le milieu du XXe siècle, la croissance économique a été largement stimulée par la formation d’organisations supranationales, principalement l’Union européenne.

Agriculture, forêts, pêche

En général, l’agriculture européenne associe dans une même région la production d’élevage animal avec diverses formes de cultures. L’agriculture est devenue industrielle dans la majeure partie de l’Europe occidentale et de l’Europe du Nord. La mécanisation de l’agriculture est un phénomène récent, qui a commencé dans les régions où existaient déjà de grandes exploitations, comme la Beauce ou le Soissonnais en France, ou la grande plaine du Nord. Ce processus, qui ne s’est achevé que dans les années 1960, a entraîné partout dans l’Union européenne une baisse de la population active agricole, qui aujourd’hui dépasse rarement 5 p. 100 de la population active globale, ainsi que des rendements et une production croissants. Dans ces régions, l’industrie laitière et l’élevage, la production céréalière, les productions maraîchères et l’arboriculture sont les activités les plus importantes. Tous ces pays sont exportateurs de grandes quantités de produits agricoles et grands consommateurs de matières premières. Sur le pourtour méditerranéen et en Europe orientale, l’agriculture joue un rôle plus important dans les économies nationales, et les productions agricoles participent largement à la formation de la richesse nationale. La polyculture traditionnelle sur de petites exploitations existe encore. Le cas de la Russie et des pays qui formaient auparavant le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM) doit être mis à part : l’économie agricole y a subi les contrecoups des politiques socialistes de collectivisation des terres, qui ont entravé longtemps la production agricole. Les forêts septentrionales, qui s’étendent de la Norvège jusqu’au nord de la Russie européenne, sont les principales régions de production forestière en Europe. La Suède, la Norvège, la Finlande et la Russie ont des industries forestières assez importantes, qui produisent notamment de la pâte à bois et du bois d’œuvre. Bien que tous les pays du littoral européen pratiquent la pêche à des fins commerciales, cette activité atteint véritablement un niveau industriel en Europe du Nord, en particulier en Norvège et au Danemark. L’Espagne, la France, la Russie, la Grande-Bretagne et la Pologne sont également des nations où la pêche joue toujours un rôle important.

Mines et industries

La répartition actuelle de la population dans une grande partie de l’Europe a été influencée par les activités minières passées. C’est le cas pour les grands bassins houillers européens. Dans des régions comme l’Ukraine, le centre de l’Angleterre, la Ruhr, la Sarre, la Lorraine et le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg, les gisements houillers ont été les régions où a eu lieu la seconde révolution industrielle, celle de la houille, du fer et de l’acier. Ainsi, la Ruhr, la Silésie en Pologne et l’Ukraine sont de grands producteurs de houille. Le minerai de fer est exploité en grande quantité dans le nord de la Suède, dans l’est de la France et en Ukraine, et l’Europe possède des ressources appréciables en bauxite, en cuivre, en manganèse, en nickel et en potasse. L’une des industries d’extraction les plus récentes et les plus importantes en Europe concerne le pétrole et le gaz naturel qui sont extraits des gisements offshore de la mer du Nord. Ces hydrocarbures ont été exploités en grande quantité pendant de longues périodes dans le sud de la Russie européenne, en particulier dans la région de la Volga. Depuis la révolution industrielle, l’activité industrielle a en grande partie modelé les modes de vie en Europe. Le nord et le centre de l’Angleterre furent les premiers centres de l’industrie moderne, de même que la Ruhr et la Saxe en Allemagne, le nord de la France, la Silésie en Pologne et l’Ukraine. Les secteurs traditionnels sont la métallurgie, les constructions mécaniques et l’industrie textile. L’industrie chimique, les équipements électroniques et les autres produits de haute technologie ont occupé une place de premier plan après la Seconde Guerre mondiale. Dans l’ensemble, l’activité industrielle est concentrée dans l’ouest et le centre de l’Europe. Cette zone comprend l’Angleterre, l’est et le sud de la France, le nord de l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie. La Russie européenne et l’Ukraine sont également des régions de grande production industrielle. Les principales sources d’énergie sont la houille, le lignite, le pétrole, le gaz naturel, l’électricité d’origine nucléaire et hydraulique. La Norvège, la Suède, la France, la Suisse, l’Autriche, l’Italie et l’Espagne sont équipées de grandes installations hydroélectriques, qui contribuent dans une large mesure à leur production annuelle d’électricité. L’énergie nucléaire s’est surtout développée en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en Suède, en Suisse, en Finlande, en Bulgarie, en Lituanie, en Ukraine et dans les républiques de la fédération de Russie. La république d’Irlande présente la particularité de faire un usage important de la tourbe, à la fois comme combustible domestique et comme source de production électrique.

Transports

L’Europe dispose d’un réseau de transport très développé, en particulier dans sa partie centrale et occidentale. La Scandinavie, la partie européenne de l’ancienne URSS et le sud de l’Europe sont moins bien équipés sur ce plan. Une part importante des marchandises est transportée par route et le réseau autoroutier est très développé dans l’Union européenne. Des réseaux ferroviaires modernes et rapides (train à grande vitesse, TGV) assurent le transport des passagers et des marchandises. De nombreux tunnels et cols, comme le col du Saint-Gothard ou le Simplon, permettent de franchir et de traverser les Alpes. Plusieurs pays, comme la Grèce, le Royaume-Uni, l’Italie, la France, la Norvège et la Russie, entretiennent d’importantes flottes marchandes. Rotterdam, aux Pays-Bas, est l’un des ports les plus actifs du monde. Parmi les autres grands ports européens figurent Anvers, Hambourg, Londres, Gdańsk et Göteborg au nord, Marseille, Gênes, Naples et Bilbao au sud. Le réseau fluvial européen joue aussi un rôle important dans les échanges. Les fleuves les plus empruntés sont le Rhin, l’Escaut, la Seine, l’Elbe, le Danube, la Volga et le Dniepr. Le Rhin et le Danube sont relié par le canal Rhin-Main-Danube. Presque tous les pays européens possèdent des compagnies aériennes nationales, et plusieurs d’entre elles, comme Air France, British Airways, Swissair, Lufthansa (en Allemagne) et KLM (aux Pays-Bas) figurent parmi les grands transporteurs mondiaux. Depuis la Seconde Guerre mondiale, un grand nombre d’oléoducs ont été installés en Europe, et assurent le transport du pétrole et du gaz naturel.

Échanges internationaux

Le commerce international tient une large place dans l’économie de l’Europe. Aujourd’hui, une grande partie des échanges sont intercommunautaires et concernent les membres de l’Union européenne, mais la part des échanges commerciaux avec les autres continents demeure importante. L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et les Pays-Bas sont parmi les nations les plus commerçantes du monde. Les échanges commerciaux entre l’Europe et les autres continents consistent souvent à exporter des biens manufacturés et à importer des matières premières.





HISTOIRE


La préhistoire

Le paléolithique

Les premières traces d’occupation humaine en Europe ont été découvertes à Chilhac, près de Brioude, dans le Massif central. Elles sont dues à Homo erectus et datent de 1,8 million d’années. L’homme s’installa peu à peu en Europe, notamment dans le sud-ouest de la France (comme à Tautavel, voilà environ 450 000 ans), et apprit à maîtriser le feu. L’homme de Neandertal, il y a 100 000 ans, fut le premier à enterrer les morts. Les premiers Homo sapiens sapiens, très semblables à l’homme actuel, développèrent des cultures spécifiques : le châtelperronien, le gravettien, l’aurignacien, le solutréen, le magdalénien. Les premières formes d’art paléolithique apparurent il y a environ 20 000 ans, notamment à Lascaux et à Altamira. Voici environ 10 000 ans, la fin du pléistocène fut marquée par la dernière période glaciaire et le climat commença à se réchauffer.

Le chalcolithique

L’utilisation des métaux se développa à partir de 5000 av. J.-C.. Des fouilles conduites dans les Balkans ont montré que le cuivre était en usage dans la région vers 4000 av. J.-C., dans la culture de Vinça (v. 4500-3000 av. J.-C.). À cette époque, les échanges se firent plus importants. Ce commerce primitif concernait surtout l’ambre en provenance de la Baltique. En Europe centrale (Bohême), de grands gisements de cuivre et d’étain permirent au IIIe millénaire av. J.-C. le développement de la technique de fabrication du bronze.

La civilisation des mégalithes

De 3500 à 1800 av. J.-C. se développa une civilisation particulière, la civilisation des mégalithes, qui se caractérise par des monuments de pierres dressées vers le ciel. Ces dolmens, ces menhirs, ces pierres levées, au nombre de plusieurs milliers en Europe, peuvent être alignés sur plusieurs kilomètres, comme à Carnac, dans le Morbihan, ou disposés en cercle, comme à Stonehenge, en Angleterre. La civilisation des mégalithes, qui ne connaissait ni la roue ni la traction animale, possédait nécessairement des techniques élaborées, mais ces moyens comme ses convictions religieuses restent mal connus.


La protohistoire

L’âge du bronze

De 2000 à 700 av. J.-C., l’âge du bronze se développa en Europe, succédant au chalcolithique et se terminant avec la généralisation du travail du fer. La nécessité de se procurer des minerais adéquats favorisa le développement d’un important réseau commercial. Autre mutation d’importance, celle des pratiques funéraires : les sépultures royales ou aristocratiques caractéristiques de cette période étaient recouvertes de tertres ou de tumulus. Un autre changement se produisit vers la fin du IIe millénaire av. J.-C. ; la crémation se répandit, et avec elle l’enterrement des urnes funéraires qui donna son nom à la civilisation des Champs d’Urnes. On ignore encore l’origine exacte des langues indo-européennes, qui sont parlées dans une grande partie de l’Europe actuelle. Certains scientifiques pensent que les premiers Indo-Européens ont donné naissance à la culture des Kourganes (tertres funéraires), qui a débuté sur les rives de la mer Noire vers 2500 av. J.-C. Selon cette théorie, les Indo-Européens envahirent les Balkans et introduisirent des chevaux dans la région vers 2200 av. J.-C. Ils se seraient ensuite répandus dans le reste de l’Europe. C’est pourquoi, il est possible que les populations des Balkans et de l’Europe centrale aient parlé des langues indo-européennes pendant la période de l’âge du bronze moyen. En dehors des civilisations crétoise et grecque qui se sont développées pendant le IIe millénaire av. J.-C., l’Europe de l’âge du bronze ne connaissait pas l’écriture. Dans les autres contrées européennes, la fin de l’âge du bronze fut celle d’un certain essor démographique et de nouvelles migrations.

L’âge du fer

Vers le début de l’âge du fer, qui se situe autour de 1000 av. J.-C., les tribus de l’Europe centrale émigrèrent et donnèrent naissance à des civilisations aussi différentes que celles des Celtes, des Slaves, des Illyriens et des peuples italiques. Dans le nord de l’Italie, la civilisation villanovienne (v. 1000-700 av. J.-C.) prit une grande importance, ainsi que la culture de la période de Hallstatt (v. 750-450 av. J.-C.). Les Celtes répandirent leur culture dans une grande partie de l’Europe occidentale entre le VIIe siècle et le IVe siècle av. J.-C. On identifie également les Celtes avec la période de La Tène (de 450 à 58 av. J.-C.), qui doit beaucoup à la période de Hallstatt. Les peuples germaniques firent leur apparition à partir du sud de la Scandinavie et de la Baltique vers 500 av. J.-C.


L’Antiquité

La suprématie de la Grèce

La première grande civilisation qui a atteint la maturité, en Europe, fut celle de la Crète pendant le IIe millénaire av. J.-C. Appelée culture minoenne d’après le légendaire roi Minos, celle-ci étendit son pouvoir sur la mer Égée vers 1600 av. J.-C.. On ne connaît pas avec certitude le moment où les envahisseurs hellènes sont arrivés dans la péninsule, peut-être entre 2600 et 1900 av. J.-C. Vers 1400 av. J.-C., les Grecs, ou Mycéniens d’après le nom de la capitale Mycènes, supplantèrent les Crétois. Les palais furent détruits et les Mycéniens s’installèrent dans l’île, mettant au point un système d’écriture syllabique. La civilisation mycénienne eut des contacts commerciaux avec le Proche-Orient et l’Europe occidentale — l’Angleterre par exemple, productrice d’étain, ou Chypre qui produisait du cuivre — quand elle fut presque complètement détruite vers 1200 av. J.-C., par de nouveaux envahisseurs, les Doriens, qui étaient aussi des Hellènes venus du nord. Ces derniers étaient moins avancés sur le plan culturel, mais possédaient les techniques de fabrication des armes en fer. Ainsi, les débuts de l’âge du fer furent caractérisés, en Grèce, par une régression sur le plan culturel. Vers 800 av. J.-C., après le choc des invasions doriennes, la civilisation grecque commença à se manifester à nouveau. Ce fut une période obscure, connue seulement par les textes d’Hésiode et d’Homère. En même temps, la langue se modifia par des apports nouveaux. Les Grecs empruntèrent aux Phéniciens leur alphabet, auxquels ils ajoutèrent des voyelles pleines. Au VIIIe siècle av. J.-C., les premières cités-États commencèrent à essaimer et à coloniser d’autres régions. Le premier mouvement les mena en Asie Mineure, sur les rives de la mer Noire et vers le sud de l’Italie. À cette époque, que l’on qualifie d’archaïque, se mirent en place les fondements de la civilisation grecque. La plupart de ces nouvelles cités étaient liées par une culture commune, même si en pratique elles étaient indépendantes. Elles étaient conscientes de leur grécité et considéraient les autres peuples comme des Barbares. La majorité des peuples de la Méditerranée occidentale subit l’influence de la culture grecque. Ce fut également le cas des Étrusques, qui avaient supplanté les Villanoviens. La plupart des grands centres urbains de la région, qu’ils fussent grecs ou non, passèrent par des formes de pouvoir tyrannique et aristocratique, avant de connaître le stade des oligarchies commerciales (ploutocraties). La tyrannie du VIe siècle av. J.-C. fut une étape de transition vers la Polis, la cité classique. Ce fut à cette époque que les fondements économiques et militaires de la civilisation grecque classique furent posés. Vers le Ve siècle av. J.-C., des villes grecques, comme Athènes, avaient adopté une forme de gouvernement particulière, la démocratie. Celle-ci concernait uniquement les hommes libres de la cité. La constante du monde antique fut la division entre hommes libres et esclaves. À cette époque, la Grèce fut menacée par l’expansion de l’Empire perse, qui s’était formé au siècle précédent. Toute l’Asie Mineure fut bientôt conquise par les Perses et, en 490 av. J.-C., ceux-ci attaquèrent la Grèce. Après avoir remporté une victoire décisive sur les Perses à Salamine, en 480 av. J.-C., la cité d’Athènes apparut comme l’une des grandes puissances du monde grec. Le Ve siècle av. J.-C. s’affirma comme l’âge d’or de la civilisation grecque classique. Toutefois, la politique expansionniste d’Athènes, combinée à d’anciennes rivalités économiques et politiques avec Sparte, entraîna la guerre du Péloponnèse, dont les conséquences furent désastreuses (431-404 av. J.-C.). Une grande partie de la Grèce fut dévastée, et les cités continuèrent à se faire la guerre au siècle suivant. La Macédoine, située au nord de la Grèce, ne faisait pas partie à l’origine du monde grec. Sa classe dirigeante fut hellénisée vers le IVe siècle av. J.-C. Sous le règne de Philippe II, les phalanges macédoniennes soumirent une grande partie de la Grèce, et son fils, Alexandre le Grand, vainquit l’Empire perse et atteignit les bords de l’Indus. Après la mort d’Alexandre, ses successeurs se partagèrent son empire, ce qui eut pour conséquence de déplacer le centre de gravité de l’empire vers des villes comme Alexandrie, en Égypte, et Antioche, en Turquie, pendant la période suivante (qui porte le qualificatif d’hellénistique).

L’essor de Rome

L’Italie, comme la Grèce, était divisée pendant le premier âge du fer entre un grand nombre de peuples de langue et de culture différentes. Plusieurs groupes indo-européens s’étaient greffés sur des cultures néolithiques antérieures ; ils s’étaient infiltrés par le nord de l’Italie à la fin du IIe millénaire av. J.-C. et avaient par la suite envahi toute la péninsule. Les peuples italiques représentaient le plus important de ces groupes. La culture des Villanoviens, qui occupait une place importante à l’âge du fer, s’était développée dans le Nord et exerçait une influence sur les régions voisines. Les Étrusques, installés au VIIIe siècle av. J.-C. en Italie du Nord et du Centre, y avaient créé une civilisation originale. C’est vers cette époque que fut fondée la ville de Rome, par Romulus et Remus, sur le Tibre, la date traditionnellement admise étant celle de 753 av. J.-C. Les Romains étaient un peuple latin appartenant au groupe italique. Selon la légende, la ville fut gouvernée par sept rois, les rois de Rome. La royauté fut remplacée par la République romaine, mode de gouvernement qui s’étendit de 510 à 27 av. J.-C. Les Romains conquirent les régions proches de leur cité et, vers le début du IVe siècle av. J.-C., s’emparèrent de l’importante cité étrusque de Véies. Après un recul temporaire provoqué par une invasion gauloise dont le chef était peut-être Brennus en 387 av. J.-C., les Romains continuèrent d’étendre leur pouvoir sur les grandes régions de l’Italie et, au début du IIIe siècle av. J.-C., une grande partie de l’Italie du Nord et du Centre était devenue romaine.

L’expansion de Rome

À partir de sa victoire sur Pyrrhus (280-271 av. J.-C.), le roi d’Épire, Rome étendit son pouvoir en Italie du Sud, qui était dominée par les Grecs, mais en retour ceux-ci exercèrent une influence sur leurs conquérants. En effet, les Grecs étaient le seul peuple que les Romains ne considéraient pas comme des Barbares. Dans son entreprise de conquête, Rome s’opposa directement à Carthage, ancienne colonie phénicienne d’Afrique du Nord, qui désirait également contrôler la Méditerranée occidentale. Il s’ensuivit une succession de guerres qui permirent à Rome de conquérir la Sicile, la Corse, la Sardaigne et l’Espagne. L’Afrique du Nord tomba également dans la sphère d’influence romaine. Vers le milieu du IIe siècle av. J.-C., Carthage avait disparu, et Rome étendit son pouvoir à la fois sur la Macédoine et sur la Grèce. Au siècle suivant, on pouvait qualifier la Méditerranée de lac romain. À la différence des cités grecques, Rome réussit à intégrer petit à petit ses alliés. Le droit de cité, c’est-à-dire la citoyenneté romaine complète ou partielle, finit par être accordé après la guerre sociale en 91 av. J.-C. : le refus de Rome d’accorder le droit de cité aux villes italiennes avait déclenché cette guerre d’une sauvagerie incroyable où Rome faillit tomber. L’intégration civique fut finalement accordée et permit à l’expansion romaine de reprendre. Rome fut cependant bloquée à la frontière des territoires germaniques en 9 apr. J.-C., quand les Germains, commandés par Arminius, écrasèrent les légions romaines de Varus dans le Teutoburgerwald. Rome limita son occupation à une zone tampon à l’est du Rhin et au nord du Danube, et les deux mondes coexistèrent en s’ignorant.

L’Empire romain

Rome passa, vers le début de l’ère chrétienne, du statut de république à celui d’empire sous l’empereur Auguste. Pendant les deux siècles suivants, le monde méditerranéen prospéra sous la pax romana. L’Empire romain absorba de nombreux territoires et, fait fondamental, réussit l’assimilation de l’Occident jusque dans ses provinces les plus reculées, à l’exception de l’Europe de l’Est et de la Germanie, où la pénétration romaine échoua. Cependant, dès 150 apr. J.-C., l’empereur Marc Aurèle réussit à vaincre les Marcomans et les Quades. Il est symptomatique de cette période que l’empereur passa la plus grande partie de son règne à combattre les tribus d’envahisseurs. En 212 apr. J.-C., presque tous les hommes libres qui étaient nés dans les limites de l’Empire accédèrent à la citoyenneté. Au-delà des frontières de l’Empire, certains éléments de la culture gréco-romaine influencèrent également les tribus celtes et germaniques.

Les grandes invasions

À l’est de l’Europe et en Asie se mirent en marche des peuples nomades, marchands, guerriers pasteurs tout à la fois. Leur migration dévastatrice bouscula les tribus germaniques installées aux frontières de l’Empire romain et déclencha les invasions germaniques. Ces dernières eurent lieu en deux phases, et cette irruption formidable, qui laissa des traces profondes à tous les niveaux, fut paradoxale : ce fut l’assaut le plus destructeur contre l’Occident romain et le plus conservateur par son respect de l’héritage latin. Ces Barbares ne furent jamais très nombreux ; ils représentaient peut-être un million d’habitants sur les seize millions d’hommes que portait l’Europe au Ve siècle. Le IIIe siècle apr. J.-C. fut une période de crises, que l’empereur Dioclétien calma par des réformes économiques et politiques qui mirent fin à la primauté de l’Italie. Vers le début du siècle, les Alamans avaient atteint la frontière septentrionale de l’Empire et, à l’est, les Goths avaient déjà pénétré dans la péninsule des Balkans. Après avoir été vaincus par les troupes impériales, les Goths devinrent des mercenaires romains. Au IVe siècle, sous l’empereur Constantin le Grand, Constantinople remplaça Rome comme capitale de l’Empire, et le christianisme devint — dans les faits sinon officiellement — la religion d’État. Pendant la seconde moitié du IIIe siècle, des groupes, dont les Francs, pénétrèrent dans l’Empire. De grands efforts furent entrepris pour renforcer les défenses intérieures. Sous l’empereur Aurélien, on construisit à Rome un nouveau mur d’enceinte. La Dacie fut abandonnée, et un nombre croissant de mercenaires germaniques furent recrutés pour combattre dans les armées impériales. Rome ne parvint à surmonter la crise du IIIe siècle que grâce à la restructuration de l’Empire entreprise par Dioclétien. Celle-ci visait surtout à régler la question des tribus germaniques avec une plus grande efficacité. Vers le milieu du IVe siècle, la situation de l’Empire paraissait stabilisée, mais de nouveaux envahisseurs, les Huns, avaient quitté l’Asie Centrale, à la recherche de nouvelles terres ; ils provoquèrent une série de réactions en chaîne. Dans la nuit du 31 décembre 405, une confédération imprécise de Suèves, de Vandales et d’Alains franchit le Rhin gelé, talonnée par d’autres peuples, eux-mêmes menacés par la pression des Huns. En 410, les Wisigoths d’Alaric Ier mirent à sac la ville de Rome, événement qui provoqua des ondes de choc dans tout l’Empire. Peu de temps après, les Vandales pénétrèrent dans les territoires romains d’Afrique du Nord, où ils établirent un royaume. En 451, les Huns, qui étaient arrivés jusqu’en Gaule sous le commandement d’Attila, furent finalement vaincus aux champs Catalauniques, près de Troyes, par une armée germano-romaine sous commandement romain, mais, quatre ans plus tard, Rome fut à nouveau ravagée, cette fois par les Vandales. L’Angleterre, la Gaule et l’Espagne furent alors occupées par des peuples germaniques. L’année 476 marqua l’écroulement politique de l’Empire romain d’Occident. Des mercenaires germains en Italie déposèrent l’empereur Romulus Augustule et firent de leur chef Odoacre le roi d’Italie.


Le Moyen Âge

La transition vers le Moyen Âge

La fin de l’Empire romain d’Occident marqua la fin de la période de l’Antiquité. La période suivante, difficile à définir, que les historiens ont nommé Moyen Âge, dura mille ans, de 476 à 1492. Vers le milieu du Ve siècle, les Goths, un peuple germanique, dominaient politiquement l’Occident. Au début du Ve siècle, les Francs étendirent leur pouvoir sur la Gaule et l’Italie devint un royaume ostrogoth, dont le premier roi fut Théodoric. Les tribus germaniques recherchaient des terres et des richesses, mais les Germains voulaient également vivre comme les Romains. L’acculturation entre Romains et Barbares se fit d’abord par le biais de la religion. Les envahisseurs étaient tous païens quand ils arrivèrent en Occident. La christianisation ne fut pas le fait de l’Église catholique, qui se désintéressa des nouveaux arrivants, ce fut l’œuvre d’hommes comme l’évêque Ulfilas. Celui-ci était un partisan de la doctrine de l’arianisme, qui soutenait que le Christ était de nature humaine et non divine. En 380, cette doctrine avait été condamnée au concile de Constantinople comme hérétique. Les peuples germaniques s’y convertirent pourtant en masse. L’arianisme signifiait pour eux le passage du monde clanique au monde romain, à un ordre divin plus vaste, et à l’affirmation d’une identité religieuse propre au sein de la chrétienté. Il en résulta la création d’« Églises germaniques parallèles » qui coexistèrent avec l’Église catholique officielle sans trop de heurts.

L’Empire byzantin

L’Orient avait été à peu près épargné par les invasions et l’Empire romain y subsistait, avec Constantinople pour capitale depuis 330. Ce déplacement du centre de gravité de l’Empire, dans les régions d’Asie Mineure romanisées tardivement, allait insensiblement modifier la nature de l’Empire romain d’Orient. L’élément grec y prit finalement le dessus sur l’élément romain. La séparation de l’Occident et de l’Orient en deux entités politiques séparées se produisit en 395 quand Théodose Ier légua à ses fils Arcadius et Honorius l’Orient et l’Occident, mais ce ne fut que beaucoup plus tard qu’elle devint définitive. Toutes les composantes essentielles du byzantinisme furent visibles dès le règne de Justinien Ier, grand empereur du VIe siècle. Pour la première fois, le gouvernement fut uniquement composé de civils, dont les compétences professionnelles étaient reconnues. Les activités de ce gouvernement dépendaient du palais, et de l’empereur lui-même, ce qui était un point essentiel. Les lois romaines furent codifiées sous la forme de recueils systématiques (Digeste, Institutes). Les finances et la collecte des impôts furent centralisées. La politique religieuse de Justinien Ier contribua également à renforcer la centralisation. À une époque de querelles doctrinales et d’intenses conflits religieux, l’Empire romain devint l’Empire byzantin orthodoxe, et la religion de l’empereur devint la religion officielle de l’État. Pendant les premières années de son règne, Justinien Ier se lança dans une reconquête de l’Occident. Le royaume des Vandales en Afrique tomba rapidement, de même que l’Espagne des Wisigoths et une grande partie de l’Italie. Toutefois, sous la pression continuelle des Perses Sassanides à ses frontières orientales, l’Empire byzantin dut rapatrier ses troupes et reperdit l’Espagne. En Italie, les armées byzantines durent reculer devant une seconde vague d’envahisseurs, les Lombards, et se replier vers Ravenne, Rimini et le sud de la péninsule. Les Avars puis les Slaves s’emparèrent de l’ensemble des Balkans.

Francs, Anglo-Saxons, Lombards

La seconde vague d’envahisseurs germaniques marqua beaucoup plus profondément l’Europe. La conquête de la Gaule par les Francs fut une véritable colonisation armée de régions où existait un vide politique : la Gaule septentrionale était le refuge de la dernière armée romaine d’Occident, qui fut écrasée en 476. L’Angleterre fut occupée par les Angles et les Saxons, qui bouleversèrent le système de la villa romaine qui subsistait encore. La migration des Lombards fut d’une extrême violence au départ, puis prit la forme d’une colonisation moins dévastatrice. L’importance de ces trois peuples dans l’évolution de l’Occident fut d’avoir fusionné les éléments germaniques et romains en profondeur. La langue franque légua cinq cents mots au vocabulaire français, le lombard trois cents à l’italien, tandis que la langue des Suèves, peuple qui fit partie de la première vague des invasions, ne légua que quatre mots à la langue portugaise. L’évolution la plus importante fut l’apparition d’un nouveau système agraire. Ni les Francs, ni les Lombards, ni les Anglo-Saxons ne cherchèrent à se concilier les propriétaires gallo-romains et romains. De nouvelles aristocraties se mirent en place, et avec elles de nouveaux rapports entre les hommes, la possession et le travail de la terre. À la différence des autres Germains, les Francs n’étaient pas passés par l’étape intermédiaire de l’arianisme ; païens, ils furent convertis directement au catholicisme. La conversion des Francs Saliens commença véritablement après celle de leur chef de guerre, Clovis, et d’un grand nombre de ses sujets en 496. Clovis fut le premier roi de la dynastie des Mérovingiens. Il devint le chef suprême de tous les Francs grâce à ses nombreuses victoires sur d’autres peuples barbares, notamment à la bataille de Vouillé en 507 sur les Wisigoths d’Aquitaine, et également en assurant sa suprématie sur les autres petits royaumes francs. À la mort de Clovis, en 511, les territoires francs furent partagés entre ses quatre fils, selon la loi coutumière des Francs Saliens. Au moment de leur mort, ils devaient également laisser leurs terres à leurs héritiers mâles, de sorte que l’époque mérovingienne fut caractérisée sur le plan politique par une alternance de périodes de division et de consolidation du pouvoir, notamment avec Dagobert Ier. La période mérovingienne se termina au VIIIe siècle avec les « rois fainéants ». De plus en plus, le pouvoir était détenu non plus par le roi lui-même mais par le maire du palais, jusqu’à ce que le roi Childéric III et son fils unique soient emprisonnés en 751 par Pépin le Bref. Celui-ci fut le premier des Carolingiens à assumer le titre royal. Le « coup d’État » carolingien n’aurait jamais pu se produire sans l’aval du pape, dont Pépin le Bref avait sollicité l’avis sur l’étendue de ses fonctions, alors qu’une partie du pouvoir n’était plus entre les mains du monarque. Le pape lui répondit en se référant au passage de la Bible où David est consacré par le prophète Samuel, alors que le roi Saül est encore en vie : il suivit ce précédent et fit Pépin roi par la cérémonie du sacre. Le rite devait se perpétuer lors des règnes qui suivirent.

Charlemagne, un empereur européen

Le plus grand des rois carolingiens fut Charlemagne, qui apparut, de son vivant même, comme une figure de légende et comme un mythe. Son règne marqua l’apogée de la puissance franque. Les Francs devinrent, grâce à une succession de conquêtes militaires, les maîtres de l’Occident et les garants de la puissance papale en Italie. Il triompha des Lombards en Italie, des Frisons au nord et des Saxons à l’est. Il annexa également le duché de Bavière et lutta contre les Maures du sud de la France. Il entreprit de renforcer son pouvoir sur ce vaste territoire. Mais, plus que le gouvernement impérial, la véritable innovation de l’époque fut l’apparition des institutions fondamentales de la féodalité. La Gaule mérovingienne avait connu l’hommage lige au souverain et la donation de terres royales aux nobles, mais le système n’était pas unifié. Ce fut au temps de Charlemagne que l’on commença à établir en pratique un lien entre les donations de terre et les liens de service. Vasselage (l’hommage au suzerain) et bénéfice (la concession de terres) fusionnèrent lentement. Au IXe siècle, le bénéfice se confondit de plus en plus avec l’honneur, la charge publique. Le résultat fut l’apparition du fief, concession de terres assortie de pouvoirs judiciaires et politiques, en échange d’un service armé. Charlemagne eut toujours ainsi à sa disposition une réserve d’hommes de guerre qui lui permettaient de contrôler, plus ou moins bien, ses territoires. Une classe de vassi dominici, les « vassaux du roi », qui tenaient leurs bénéfices de Charlemagne lui-même, se développa. La cavalerie lourde contribua à consolider le nouveau système. Les guerres incessantes dans des contrées lointaines ne pouvaient être le fait des paysans libres, qui pouvaient difficilement abandonner longtemps leurs alleux. Une fois les paysans fixés au sol, la guerre devint l’apanage d’une cavalerie noble, tandis que les paysans sédentaires devaient produire pour approvisionner les armées royales. Sur le long terme, il en résulta la dégradation des conditions de vie de la population agricole qui, si elle n’était pas encore reléguée au statut de serf, pouvait y sombrer.

La renaissance carolingienne

L’époque de Charlemagne est souvent appréhendée comme une période de renaissance. L’œuvre de conversion et de revivification de l’Europe de l’Ouest, commencée par le clergé irlandais, fut poursuivie par Charlemagne, qui trouva auprès de l’érudit anglais Alcuin un conseiller de qualité. La politique réformatrice des Carolingiens s’attacha à l’éducation du peuple, à la formation d’un clergé de qualité, c’est-à-dire sachant lire et écrire le latin et connaissant les Écritures. Cet aspect de son œuvre est indissociable de la consolidation politique et militaire du Royaume. La fondation de monastères, qui remplissaient également une fonction de colonisation dans les régions périphériques de l’Empire ou converties récemment, permirent ce renouveau culturel, intellectuel et religieux. Des abbayes comme celles de Corbie, en France, ou de Reichenau, sur le lac de Constance, furent des foyers culturels, des conservatoires du savoir antique et des traditions de l’Église, qui rayonnèrent bien après l’extinction de la dynastie carolingienne. En définitive, les Carolingiens intégrèrent une partie de l’Europe dans leur royaume sur un plan à la fois territorial et culturel, avec une vigueur que l’on ne connaissait plus depuis l’Empire romain. Le jour de Noël 800, Charlemagne fut proclamé imperator et augustus par le pape. La renaissance carolingienne vécut là son heure de splendeur et de gloire. L’édifice ne survécut cependant pas longtemps à son créateur.

Les nouvelles invasions

Les dernières années du règne de Charlemagne furent marquées par des tensions politiques, qui se poursuivirent pendant le règne de ses successeurs. La division de l’héritage carolingien en trois royaumes par le traité de Verdun, en 843, sanctionna la fragilité de l’Empire carolingien. À la fin du IXe et au Xe siècle, l’Europe fut le théâtre d’une troisième vague d’invasions. Les Vikings, des Scandinaves, et les Magyars, ou Hongrois, qui avaient traversé les plaines du Danube, envahirent les royaumes carolingiens. Remontant les fleuves avec leurs drakkars (suédois, « dragon ») de faible tirant d’eau, les Vikings, qui étaient aussi des marchands, assiégèrent Paris en 885-886, s’installèrent en Normandie, ravagèrent les côtes d’Angleterre, tandis que les cavaliers hongrois semaient la désolation en basse Autriche, en Alsace et dans certaines régions d’Allemagne. De nombreux territoires furent laissés en friche, le commerce fut interrompu. La structure centralisée par Charlemagne commença à se lézarder. Les comtes, censés gouverner au nom du roi, s’émancipèrent de la tutelle royale. Dès 850, les bénéfices étaient devenus héréditaires, et vers 880, les vassaux du roi étaient passés sous la suzeraineté des seigneurs locaux héréditaires. C’est à ce moment que le terme de feudum, « fief », entra en usage. Ce fut également l’époque de l’ascension des monastères bénédictins, qui possédaient des terres et bénéficiaient d’un réseau d’alliances féodales. Enfin, la papauté devint une puissance séculière à part entière, qui exerçait un pouvoir politique direct sur une grande partie de l’Italie du Nord et du Centre. Progressivement, la papauté mit également en place les rouages de l’autorité centrale sur les églises régionales et les monastères ; de plus, elle étendit considérablement son pouvoir politique dans toute l’Europe grâce à ses efforts diplomatiques et surtout par l’administration de la justice.

L’époque féodale

Vers l’an 1050, l’Europe entra dans une nouvelle période de mutations importantes. La longue série des migrations germaniques et asiatiques s’était achevée. Entre le XIe et le XIIIe siècle, la population de l’Europe allait croître. La vie citadine, anémiée aux siècles précédents, connut aussi une croissance remarquable. De nouveaux circuits commerciaux se mirent en place et les tendances autarciques de l’économie s’atténuèrent. Dans certaines régions, comme la Flandre et l’Italie, une véritable révolution économique allait conduire à la naissance d’un capitalisme commercial. Cet essor démographique et économique s’accompagna de la mise en place définitive de la féodalité et, sur le plan intellectuel, d’un remarquable mouvement d’idées. Le droit, religieux ou laïc, fut réorganisé. Rhétorique, logique firent l’objet de nombreuses recherches. L’art roman, entre la fin du Xe siècle et la seconde moitié du XIIe siècle, puis l’art gothique, du XIIe siècle au XVIe siècle, connurent de remarquables développements. Des changements essentiels se produisirent également dans la vie spirituelle. De nouvelles fondations d’ordres religieux eurent lieu au XIIe siècle. Ce fut le cas des cisterciens, qui s’efforcèrent de purifier les traditions des monastères bénédictins, avec notamment saint Bernard de Clairvaux, et des ordres de moines mendiants, les franciscains et les dominicains, qui recherchaient l’adéquation entre l’idéal monastique et les conditions de la vie quotidienne. Sur le plan institutionnel, Grégoire VII, en mettant en place la réforme dite grégorienne, imprima une nouvelle orientation à l’Église d’Occident. Forte sur le plan temporel, la réforme visait à faire de l’Église une structure centralisée, une église monarchique et le concile devint un instrument de gouvernement.

La France, l’Angleterre et l’Allemagne

Entre 900 et 1100, en France, comme presque partout en Europe, un nouvel État se mit en place. Le système féodal se développa avant la formation d’une royauté centralisée. Vers la fin du Xe siècle, il y avait en France une cinquantaine d’unités territoriales distinctes, dont cinq ou six grands duchés. Ce fut la dynastie capétienne qui réussit par une politique d’agressions militaires et d’alliances matrimoniales à affirmer sa souveraineté sur le pays. Le berceau des Capétiens fut l’Île-de-France, autour de laquelle furent rattachés petit à petit les territoires des grands féodaux. Plusieurs rois jouèrent un rôle essentiel dans la formation d’un royaume centralisé : Louis VII, aidé par son conseiller Suger, affirma la fonction de justice des rois. Philippe Auguste annexa la Normandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine et l’Artois, ce qui fit tripler la taille du domaine royal. Ce lent phénomène de concentration fut remis en cause à maintes reprises aux siècles suivants par la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, mais le tissu féodal ne se rompit jamais tout à fait et la royauté affaiblie réussit toujours à se rétablir. Le XIe siècle vit la conquête de l’Angleterre par les descendants des Vikings installés en Normandie depuis moins d’un siècle et des seigneurs français. Sujets du roi de France, les Normands firent irruption en Angleterre en 1066. Le duc de Normandie Guillaume Ier le Conquérant mit fin, à la bataille d’Hastings, à la dynastie anglo-saxonne d’Harold. Au lendemain de sa victoire, il procéda à la distribution de cinq mille fiefs qui lui permirent de contrôler le pays. Introduisant la féodalité, Guillaume opéra la synthèse entre les institutions anglo-saxonnes et les institutions normandes, donnant à l’Angleterre un État centralisé et unifié, sans équivalent à cette époque. L’Allemagne prit un chemin exactement inverse. Dans les pays germaniques subsistait une paysannerie libre (allodiale) et une noblesse clanique, fédérée, où n’existaient pas les rapports de vassalité. L’administration carolingienne fut plaquée sur cette formation sociale. Quand elle eut disparu, la noblesse combla le vide politique en créant des duchés nationaux : ce fut le cas en Thuringe, en Saxe, en Souabe, en Franconie et en Bavière. Le danger des invasions hongroises amena les ducs à élire un suzerain parmi leurs pairs : ce fut le duc de Saxe, Othon Ier, qui fut le premier empereur germanique. Les Othoniens tentèrent d’unifier l’Allemagne, mais se heurtèrent à une noblesse de même rang qu’eux et qui résista vigoureusement. Au XIe siècle, la dynastie salienne, en créant une classe spéciale de ministeriales royaux (officiers royaux, de condition servile), tenta de récupérer ses pouvoirs perdus. Ce recours était le signe de la faiblesse de la fonction monarchique en Allemagne. D’une certaine manière, toute l’histoire postérieure du Saint Empire fut une suite de tentatives d’édification d’une pyramide d’allégeances féodales qui ne purent aboutir. Au début du XIIe siècle, les Saliens échouèrent en raison de la querelle des Investitures. La noblesse allemande, contrée par l’empereur, saisit l’occasion de se révolter au nom du pape. En cinquante ans de guerres et d’exactions, l’aristocratie germanique détruisit la base allodiale de la paysannerie, qui fut réduite au servage et se vit imposer des obligations féodales. Les effets politiques de cet événement furent irréversibles. Les Hohenstaufen, qui accédèrent au trône impérial après ce bouleversement, ne purent inverser le mouvement. Frédéric Ier Barberousse créa une classe princière parmi l’élite de ses feudataires, les Reichfürsten, qui ne résolut pas le problème. Il manqua toujours aux empereurs un domaine autonome consistant. Les empereurs germaniques tentèrent de se tailler ce domaine outre-Alpes, en Italie. Ils se heurtèrent alors pendant un siècle aux papes et aux cités italiennes, sans succès. Leur défaite fut scellée au XIIIe siècle, quand l’Empire devint définitivement électif, ce qui allait faire de l’Allemagne un pays morcelé en une poussière de principautés.

La péninsule Ibérique, l’Italie et les Balkans

L’Espagne fut un cas à part : deux siècles à peine séparèrent l’occupation par les Wisigoths de la conquête musulmane. L’élément déterminant de la féodalité espagnole fut la lutte historique très particulière qui se mit en place avec la Reconquête (Reconquista). L’Espagne chrétienne et féodale, à l’exception de la Catalogne qui avait fait partie de l’Empire carolingien, dut repartir de zéro. L’occupation musulmane et la lente reconquête, partie du nord, des régions proches des Pyrénées dégagèrent des « espaces vides », les presuras, où dès le Xe siècle s’installèrent des populations en rupture de ban — anciens esclaves, paysans libres, nommés les mali homines, qui affaiblissaient les juridictions seigneuriales. La possibilité de se procurer des esclaves musulmans retarda d’autant la formation d’une catégorie de serfs chrétiens. Après 1100, l’influence française sur les royaumes de Castille et d’Aragon, les initiatives des cisterciens à l’origine de la fondation des trois ordres monastiques militaires de Saint-Jacques, d’Alcántara et de Calatrava menèrent à la multiplication des seigneuries, mais l’apparition généralisée d’une classe de serfs attachés à la glèbe fut tardive (XIVe siècle). Le Portugal, conquis par les Suèves au Ve siècle puis absorbé par les Wisigoths, connut une évolution similaire, modelée par la Reconquête qui fut cependant beaucoup plus rapide qu’en Espagne, puisque l’Algarve fut reprise en 1249, deux siècles avant Grenade. Le roi et l’Église étaient les plus grands propriétaires fonciers du royaume : les ordres religieux militaires et la monarchie avaient un revenu de quatre à huit fois supérieur à celui de la noblesse. L’Italie connut un destin particulier, lié à l’héritage romain et byzantin. La reconquête justinienne de l’Italie au VIe siècle facilita la réactivation de ce legs. L’Église fut d’abord l’héritière de l’ancienne aristocratie sénatoriale, et jusqu’au XIe siècle les évêques dominèrent les villes. Du fait de la prédominance romaine, le régime féodal en Italie ne s’aligna jamais vraiment sur les modèles féodaux conventionnels. La société rurale resta hétérogène et les villes, rejetant la domination ecclésiastique, mirent en place des gouvernements autonomes : les communes, qui, par une politique d’expansion, dominèrent très vite les campagnes, instaurant un rapport de dépendance semi-commercial, la mezzadria, une forme de métayage contractuel qui, au XIIIe siècle, était répandu dans toute l’Italie du Centre et du Nord. Au siècle suivant, le pouvoir fut confisqué par une série de tyrans, les signorie, comme les Este ou les Sforza, qui cédèrent la place aux condottieri, aventuriers militaires issus du même milieu. La présence de la papauté, qui veillait jalousement à ce qu’aucun État séculier ne prît le dessus, empêcha de même la formation d’une monarchie héréditaire capable d’unifier l’Italie. Dans les Balkans, deux faits vinrent bouleverser les équilibres. Le premier fut la lenteur de la conversion des Slaves du Sud au christianisme, son échec pourrait-on dire. Cyrille et Méthode durent inventer l’alphabet glagolitique pour les convertir à l’orthodoxie ; l’Église orthodoxe dut immédiatement accorder des patriarcats nationaux aux Églises bulgares et serbes. Seules la Slovénie et la Croatie, évangélisées par les Francs, furent rattachées à l’Église catholique romaine. D’un point de vue culturel, l’évolution se fit à rebours : le paganisme fit place à une orthodoxie séparatiste, refusant aussi bien l’hellénisme que le latinisme. Le premier État digne de ce nom fut créé par les Bulgares, un peuple touranien, non slave. Les dynasties serbes et bulgares, influencées par l’exemple byzantin, même si elles étaient en dehors de leur sphère, visèrent surtout à créer des empires, des autocraties, par la conquête, mais aucune noblesse des Balkans n’avait les moyens de passer du stade tribal à celui d’un système de gouvernement impérial et bureaucratique. L’insurrection des bogomiles fut d’abord une réaction des paysans face aux guerres incessantes avec Byzance. Le deuxième fait fut la conquête ottomane, consacrée par la défaite des noblesses bulgares et serbes à Maritza puis à la bataille de Kosovo Polje en 1389. L’agression ottomane coupa les Balkans du reste de l’Europe de manière radicale et définitive.

L’Europe du Nord, la Russie et la Pologne

La Scandinavie connut un développement tout aussi particulier, en raison des structures égalitaires qui régnaient dans le monde nordique. La paysannerie suédoise resta jusqu’au XVe siècle détentrice de la moitié des terres de la Suède. La Russie et la Pologne connurent un régime féodal encore différent. Si des communautés paysannes libres, comme le mir russe, survécurent longtemps, le servage fut rapidement la caractéristique du régime agraire de ces deux pays. La féodalité y dura plus longtemps que partout ailleurs, en raison de la défaite des villes qui étaient aux mains des propriétaires fonciers et de la noblesse. Elles ne purent s’émanciper et rééquilibrer les rapports de force. En outre, le développement de l’État en Russie se fit sur le mode oriental. L’État moscovite ressortit au modèle byzantin, l’autocratie y fut la loi. Le régime féodal dura longtemps. Il fut contesté aux siècles suivants : révoltes paysannes, jacqueries en France, révolte des paysans de 1381 en Angleterre, remensas de Catalogne en 1469, etc. Le monde rural et paysan ne cessa de se rebeller jusqu’aux grandes explosions des révolutions de la fin du XVIIIe siècle qui, dans beaucoup de pays, lui donna la pleine propriété de la terre.

L’unité culturelle

Les forces matérielles et intellectuelles qui se sont libérées au XIIe siècle ont continué d’exercer une influence pendant les deux siècles suivants. L’Europe, à l’exception de ses marges, était désormais relativement unifiée sur le plan culturel et l’Église était la représentation institutionnelle de cette unité. Celle-ci se manifesta avec la plus grande force dans une succession d’expéditions militaires, les croisades, qui visaient à reprendre à l’islam les Lieux saints du Proche-Orient. Les autorités religieuses, et parmi elles le pape Urbain II, prêchèrent les croisades et obtinrent le soutien des nouveaux ordres monastiques, qui considéraient le « pèlerinage militaire » comme la voie vers le salut individuel et collectif. En réalité, l’idée de la croisade concerna toutes les classes sociales : elle attira l’aristocratie guerrière traditionnelle et les chevaliers de plus en plus nombreux et sans emploi tout autant que les paysans ou les nouvelles classes d’artisans issues du développement de la société urbaine. Ce fut aussi une entreprise économique et politique de pillage d’une société rivale. L’unité culturelle de la chrétienté s’exprima d’une façon tout aussi intolérante à l’encontre des populations non chrétiennes qui vivaient à l’intérieur de l’Europe et à ses frontières. Les temps furent aussi marqués par la montée des hérésies, qui étaient l’expression d’un désarroi social et intellectuel, et par des tentatives politiques et militaires de les réprimer, ainsi contre les albigeois, dans le sud de la France.

Les progrès de la conscience nationale

La rivalité entre l’Église et l’État pour la conquête du pouvoir devint l’un des aspects essentiels de l’histoire européenne. Au XIIIe et au XIVe siècle, l’unité culturelle de la chrétienté fut contestée par la croissance de pouvoirs séculiers nationaux, régionaux et locaux. Ce point apparut clairement dans le conflit qui opposa au cours de la guerre de Cent Ans les rois de France, devenus plus puissants, aux rois d’Angleterre, qui étaient théoriquement dans une position subalterne. La prise de conscience d’une identité régionale et nationale, le développement du commerce à l’intérieur de l’Europe et avec l’Orient, une extraordinaire créativité intellectuelle et artistique qui prit le nom de Renaissance et où se développa l’humanisme, ainsi que les bouleversements sociaux caractérisent « l’automne du Moyen Âge ». L’apparition de la peste noire au XIVe siècle, qui fit d’innombrables victimes en Europe occidentale, et les épidémies résurgentes qui se manifestèrent jusqu’au XVIIIe siècle ne modifièrent pas fondamentalement ces tendances. Les explorations géographiques, en sommeil depuis près d’un millénaire, furent stimulées par l’écho des récits de Jean du Plan Carpin, de Guillaume de Rubrouck et surtout de Marco Polo, qui effectuèrent de longs voyages en Asie au XIIIe siècle. Au XVe siècle, les Européens se lancèrent sur les mers à la découverte du monde, de nouveaux marchés, de nouvelles terres. Les Portugais, sous l’impulsion d’Henri le Navigateur, longèrent les côtes de l’Afrique et dépassèrent en 1488 le cap de Bonne-Espérance. La plus grande découverte revint à Christophe Colomb. Aiguillonnée par les rivalités nationales et par la recherche de nouvelles routes commerciales vers l’Orient, la monarchie espagnole accorda son intérêt aux conjectures du navigateur italien, qui était aussi un négociant. Le résultat fut inattendu. Croyant découvrir le royaume de Cipangu (le Japon), Colomb découvrit un nouveau monde qui s’étendait à l’ouest : l’Amérique. Vasco de Gama atteignit les Indes en 1498. L’horizon physique et matériel de l’Europe s’élargissait tout en devenant un objet de curiosité et de conquête à part entière.


Les temps modernes

Le début des temps modernes

Le Portugal et l’Espagne, qui avaient financé pour l’essentiel les premiers voyages des explorateurs, furent les premiers à en retirer un profit. Les conquistadores espagnols réussirent en quelques années à dominer les empires d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, ceux des Mayas, des Aztèques et des Incas. Le roi Philippe II tira un pouvoir extraordinaire du flot de richesses qui se déversa des Amériques sur l’Espagne, même si cela favorisa une « révolution des prix » (dévaluation rapide de l’argent et inflation à long terme). Héritier des terres des Habsbourg en Europe occidentale et aux Amériques, Philippe était également le défenseur de la foi catholique romaine.

La Réforme et la Contre-Réforme

La Réforme débuta en 1517, quand Martin Luther proposa de débattre publiquement de ses quatre-vingt-quinze thèses. La rupture de Luther avec l’Église catholique aurait pu rester un événement isolé. Elle ne le fut pas car, d’emblée, Luther trouva les appuis nécessaires au sein de la noblesse allemande et des classes roturières. L’imprimerie permit une diffusion beaucoup plus rapide de ses écrits. Il fut impossible aux princes catholiques de contenir et de réprimer la Réforme. Ulrich Zwingli l’introduisit en Suisse. À Genève, Jean Calvin publia l’Institution de la religion chrétienne (1536), la première grande œuvre de la théologie protestante. Le calvinisme devint la confession protestante la plus militante sur le plan politique. Ce renouveau de la foi chrétienne entraîna une rupture profonde en Europe, qui perdura longtemps. Elle fut à l’origine des guerres de Religion en France, de la guerre des Paysans en Allemagne, de la formation sous l’égide de Guillaume d’Orange de la république des Provinces-Unies des Pays-Bas. Incapable de préserver l’unité de la chrétienté en Occident, l’Église catholique n’abandonna pas pour autant le terrain aux protestants. Même s’il ne s’agissait pas d’une simple réponse au défi protestant, la Contre-Réforme traduisait la volonté de l’Église de renforcer son pouvoir et de revenir à une pratique religieuse débarrassée de ses scories. Le concile de Trente réaffirma les dogmes traditionnels, restructura les organismes constitutifs de l’Église et le culte, restaura la discipline ecclésiastique et se préoccupa de la formation du clergé (séminaires). Avec la Compagnie de Jésus, qui avait été fondée par Ignace de Loyola, la Contre-Réforme pouvait rivaliser avec les protestants sur le plan du dévouement et du militantisme.

Les guerres de Religion

En France, les guerres de Religion opposèrent catholiques et protestants huguenots pendant trente ans, jusqu’à l’accession au trône d’Henri IV en 1589. Henri se convertit au catholicisme romain, qui était la confession de la majorité de ses sujets. Ce roi, par une politique à la fois militaire et conciliatrice, put refaire l’unité du royaume en promulguant, en 1598, l’édit de Nantes, qui donnait aux protestants français un statut légal. En Angleterre, le combat religieux participait également d’un effort plus large qui visait à arracher le contrôle temporel et spirituel de l’Église à Rome. Commencée par la dynastie des Tudor, cette politique fut menée à son terme sous le règne de la reine Élisabeth Ire et aboutit à la formation de l’Église anglicane. La guerre de Trente Ans fut la dernière guerre religieuse et la première guerre moderne. Elle éclata en Bohême, où les Habsbourg, qui étaient catholiques romains, s’opposèrent aux Tchèques, qui étaient de confession protestante. Les feux de la guerre furent également entretenus par la Suède et le Danemark luthériens. Toutefois, cette guerre fut dès le début marquée par l’ambiguïté. Même si les passions eurent leur importance, la guerre était devenue en 1635 un conflit politique entre la famille des Habsbourg et celle des Bourbons. Conscient du caractère précaire et tourmenté de son époque, le cardinal de Richelieu, prince de l’Église préoccupé avant tout par le pouvoir séculier, lança la France dans le conflit. À la fin de la guerre, la France apparaissait comme la plus grande puissance européenne et l’exemple même d’un État séculier en voie de centralisation.

L'âge de l'absolutisme

Après la guerre de Trente Ans, l’absolutisme commença à prendre forme. L’État séculier et centralisé fut mis au service d’ambitions politiques universelles et il remplaça les conceptions et les institutions issues du système féodal. Les efforts de Richelieu puis de Mazarin avaient fait de la France la première puissance moderne. En 1661, Louis XIV accéda réellement au pouvoir et il comprit que la conquête de nouveaux territoires n’était possible que par la mobilisation des ressources économiques et militaires de toute la nation. Même si les différentes guerres qu’il mena en Europe ne lui permirent pas de réaliser tous ses objectifs, les efforts entrepris à cette occasion n’auraient pas été possibles sans la politique économique mercantiliste de Colbert et la création d’une puissante armée permanente par Louvois. Le développement de la bureaucratie civile et militaire qui accompagna les grandes ambitions territoriales de la France prit une importance grandissante, de sorte que le roi devint en réalité le premier serviteur de l’État, alors qu’il avait le sentiment d’en être l’incarnation. Quant à l’aristocratie, elle fut contrainte de renoncer à sa puissance politique pour se transformer en une noblesse de cour.

L’État centralisé

D’autres monarques européens ne tardèrent pas à suivre l’exemple français. Le tsar Pierre le Grand consacra son énergie à faire de la Russie une grande puissance militaire. Dans le cadre de la modernisation de son pays, il créa une armée et une marine permanente, encouragea l’étude des techniques occidentales et veilla à ce que la noblesse se considère comme au service de l’État. Il prit également des mesures pour rationaliser l’administration. Ces efforts furent couronnés de succès quand la Russie triompha de la Suède lors de la seconde guerre du Nord (1700-1721). Solidement installés dans leur nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg, les tsars avaient désormais leur place sur l’échiquier politique européen. Plus tardivement, ce fut le cas de la Prusse, dont l’évolution historique se fit selon un schéma similaire : la guerre et les visées expansionnistes entraînèrent la concentration du pouvoir, la rationalisation des procédures administratives et la création d’une armée permanente. Le refus de la centralisation du pouvoir fut synonyme de déclin politique tant en Pologne que pour l’Empire ottoman. Le maintien d’une indépendance aristocratique affaiblit à ce point la Pologne que celle-ci fut dépecée par ses voisins autrichiens, prussiens et russes, à l’occasion de trois partages (1772, 1793, 1795). Dans l’Empire ottoman, les Turcs, qui étaient autrefois les conquérants redoutés de l’Europe du Sud-Est, ne purent empêcher les janissaires et les autorités provinciales de s’emparer du pouvoir au détriment du sultan. Ainsi l’Empire se plaçait, en cette fin de XVIIIe siècle, à la traîne de l’Europe.

Une vision séculière du monde

La sécularisation de la vie politique s’accompagna d’une laïcisation de la pensée. La révolution scientifique du XVIIe siècle jeta les bases d’une vision du monde indépendante des hypothèses et des catégories chrétiennes. Auparavant, Copernic puis Galilée avaient bouleversé par leurs découvertes la vision de l’univers issue des théories d’Aristote. René Descartes rejeta la scolastique, préconisa l’usage du doute méthodique et énonça les règles que la raison devait suivre pour « chercher la vérité dans les sciences ». Francis Bacon affirma la primauté de la connaissance scientifique dans l’explication du monde naturel. Le physicien anglais Newton établit les bases de la mécanique moderne et la loi de la gravitation universelle. Au XVIIIe siècle, qualifié souvent de siècle des Lumières, les philosophes allèrent plus loin encore. Le matérialisme, oublié depuis l’Antiquité grecque, fut réaffirmé par le baron Holberg, tandis que dans l’Encyclopédie (1751-1772), qui représente le plus célèbre exposé de la pensée des Lumières, Denis Diderot (qui était responsable de l’édition), Jean Le Rond d’Alembert, Voltaire, Rousseau, Buffon contestèrent la vision religieuse du monde et l’emprise de l’Église sur les pensées.

Les despotes éclairés

Les princes eux aussi subirent l’influence de la pensée politique et scientifique du siècle. Inspirés par les philosophes des Lumières, des souverains, comme Frédéric II de Prusse, Joseph II d’Autriche et Catherine II de Russie prirent pour idéal le roi-philosophe. Les « despotes éclairés » s’efforcèrent, avec des succès divers, de mettre leur pouvoir au service du bien commun. En dépit de leur sincérité, ils réussirent simplement à renforcer le pouvoir de l’État. Ainsi, les particularismes historiques continuèrent-ils de s’affaiblir devant une uniformisation juridique et des réglementations administratives de plus en plus contraignantes.


L’Europe contemporaine

La Révolution française

Vers la fin du XVIIIe siècle, la concentration du pouvoir entre les mains du monarque commença à être contestée. La réaction européenne à l’absolutisme fut renforcée par le succès de la guerre de l’Indépendance américaine, qui donna naissance à la république des États-Unis d’Amérique, et par l’essor de la bourgeoisie anglaise, qui accompagnait la révolution industrielle. Cette réaction se cristallisa d’abord en France en 1789 et, de là, elle s’étendit dans tout le continent au cours du siècle suivant. La Révolution française transforma radicalement la politique, la société et l’idéologie de l’Europe moderne. Elle commença par une révolte aristocratique menée par les parlements et contraignit le roi Louis XVI à redonner vie au printemps de 1789 à l’assemblée des États généraux qui étaient tombés en désuétude. La fusion des trois ordres (noblesse, clergé, tiers état) en une Assemblée constituante souveraine, avec le soutien de la paysannerie qui prit les armes, lui donna une force irrésistible. En proclamant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en août 1789, l’Assemblée nationale constituante définissait aux yeux du reste de l’Europe les droits naturels imprescriptibles de l’homme et énonçait des principes de gouvernement dont la portée était universelle. Le mouvement révolutionnaire aurait pu s’arrêter là. La France restait une monarchie de droit divin, mais avec un parlement représentant le peuple. Le refus par le roi d’entériner le nouvel état des choses et la menace d’une intervention étrangère en faveur de la royauté poussèrent à la guerre avec l’Autriche. Le parti des Jacobins se faisait entendre avec une force croissante ; à l’Assemblée législative (1791-1792), ils firent campagne avec les Girondins en faveur de la république en même temps qu’ils déclarèrent la guerre à l’Autriche (avril 1792). Quand les troupes françaises subirent leurs premiers revers, les ardeurs révolutionnaires s’échauffèrent : on proclama la patrie en danger et l’insurrection du 10 août 1792 provoqua la chute de la royauté. En septembre de la même année, la Convention nationale qui venait de se réunir proclama la république. Louis XVI fut exécuté le 21 janvier 1793. Cet acte scellait le destin de la France : aucun retour en arrière n’était plus possible. Pendant les dix-huit mois qui suivirent, le pays fut gouverné par des hommes comme Robespierre et Saint-Just. S’appuyant sur les sans-culottes, les travailleurs manuels des villes, les Montagnards firent face à une guerre civile et à une invasion des armées étrangères. Le volontarisme révolutionnaire aboutit à la dictature du Comité de salut public qui déclencha la Terreur. Celle-ci marqua profondément les esprits, tant par le nombre des victimes que par l’étendue des arrestations. Entre les hommes arrêtés au hasard par une patrouille de l’armée révolutionnaire de Marat, au nobliau de province arrêté pour ses origines, au paysan de Vendée fusillé sur place, on estime qu’un Français sur quatre a été arrêté à un moment ou un autre. L’expansion révolutionnaire se traduisit par des guerres de plus en plus larges contre une coalition de puissances européennes. Leur succès peut en partie être expliqué par l’instauration de la conscription en août 1793, qui apporta la preuve du potentiel militaire redoutable d’une nation en armes. Toutefois, les membres du Comité prirent peur et Robespierre fut arrêté et exécuté avec ses proches partisans le 10 thermidor (28 juillet 1794).

L’ascension de Napoléon

Le Directoire (1795-1799) qui suivit fut une période d’assimilation des éléments les moins controversés de l’héritage révolutionnaire. Un jeune général, Bonaparte, fomenta un coup d’État en novembre 1799 (18 brumaire), puis, pendant la période du Consulat (1799-1804), imposa son pouvoir personnel comme Premier consul. Il se proclama empereur des Français en 1804 sous le nom de Napoléon Ier. Le premier Empire fut à la fois l’épilogue de la Révolution française et le moment de son ancrage dans la société française. Indépendamment des guerres napoléoniennes (1799-1815), dans certains domaines, la France vécut pendant presque un siècle sur l’héritage napoléonien.

Libéralisme, nationalisme et socialisme

Après la défaite de Napoléon, les alliés victorieux se réunirent à Vienne, avec l’intention de rétablir l’ordre ancien. Se faisant le défenseur du principe de légitimité, Metternich, ministre autrichien des Affaires étrangères, permit aux Bourbons de revenir au pouvoir en France et renforça l’hégémonie des Habsbourg en Europe centrale. Cette politique réactionnaire ne pouvait cependant freiner l’évolution économique et sociale et les bouleversements entraînés par la révolution industrielle, pas plus que l’essor du libéralisme et du principe des nationalités ensemencé par l’idéologie révolutionnaire.

Romantisme et révolutions

Apparaissant comme les héritiers des Lumières représentants de la bourgeoisie moderniste, les libéraux européens se battirent pour l’avènement d’un nouvel ordre politique fondé sur la création de régimes politiques constitutionnels, la laïcisation de l’éducation et une économie de marché susceptible de libérer les forces productives du capitalisme. Leur impact fut réel mais concurrencé par des idéologies rivales. L’une des raisons de cette situation était l’indifférence relative des libéraux vis-à-vis de la « question sociale ». La naissance du socialisme fut une réponse à la mutation industrielle de l’Europe. Formulé de manière utopique par des hommes comme Charles Fourier, Henri de Saint-Simon et Robert Owen, le socialisme mit longtemps à s’affirmer. Préparé par la Révolution française, par Napoléon et par les écrits fondateurs de l’écrivain allemand Herder, le nationalisme romantique supplanta toutes les idéologies du temps, surtout à l’est du Rhin. La vigilance de Metternich ne permit pas de désamorcer les effets révolutionnaires de ces différentes idéologies et, entre 1815 et 1848, l’Europe fut secouée à trois reprises par des explosions révolutionnaires. Les révolutions de 1848 balayèrent presque toute l’Europe, n’épargnant que le Royaume-Uni et la Russie.

Révolution industrielle et socialismes

C’est par un processus séculaire que l’Europe s’industrialisa. La révolution industrielle ne prit pas les mêmes formes partout : elle se fit plus tôt dans certains pays, plus tardivement ailleurs, plus rapidement au Royaume-Uni, elle fut parfois freinée profondément, comme en Russie. Elle n’a guère de point de départ précis. Le Royaume-Uni fut la première nation touchée. Lancée dans l’industrie du textile (invention de la mule-jenny par Samuel Crompton, du métier Jacquard), elle trouva ses moteurs dans le développement de la machine à vapeur, la naissance des chemins de fer. Elle permit au Royaume-Uni, à la Belgique et à l’Allemagne d’être jusqu’en 1914 les ateliers du monde. Au même moment, les découvertes scientifiques s’accélérèrent, en même temps que leurs applications industrielles. Dans le domaine des idées, la pensée matérialiste progressa. La science ne tarda pas à devenir la référence inévitable et la garante d’une nouvelle croyance : celle du progrès linéaire de l’humanité. En 1851, l’Exposition universelle de Londres rendit hommage aux réalisations techniques du siècle. Darwin formula ses théories sur l’évolution. Marx et Engels posèrent les bases du socialisme « scientifique ».

L’Europe de Bismarck

En politique, les États qui n’étaient pas encore unifiés réussirent à s’émanciper. Entre 1850 et 1914, l’Italie, l’Allemagne et les États des Balkans (Monténégro, Bulgarie, etc.) connurent des processus d’unification et de libération nationale. En Italie, Cavour réussit là où Mazzini avait échoué. Grâce à l’aide de la France du second Empire, qui s’agrandit à l’occasion de la Savoie et du comté de Nice, il parvint à unifier son pays en mettant en œuvre une politique pragmatique aux antipodes des politiques révolutionnaires de 1848. Rejetant la politique révolutionnaire de Kossuth, le Hongrois Deák négocia des lois adaptées à la Hongrie dans le cadre de la monarchie des Habsbourg. Bismarck réussit à unifier l’Allemagne, ce qui constitua l’événement le plus important des années 1850-1875. Convaincu que l’unité allemande ne pouvait se faire que par une politique belliciste, « par le fer, par le sang et par le feu », Bismarck combattit tour à tour le Danemark, l’Autriche et la France, afin de placer le nouvel État-nation allemand à la tête de l’Europe.

Les débuts du XXe siècle

Pour la plupart des Européens, les années 1871-1914 furent celles du progrès et de l’impérialisme colonial. La science avait apporté un peu de confort et de sécurité dans la vie quotidienne, notamment avec l’électricité ; le principe du gouvernement représentatif était largement accepté, et l’on était persuadé que la voie du progrès était toute tracée. Fières de leurs réalisations et convaincues que l’histoire leur avait attribué une mission civilisatrice, les puissances européennes transformèrent en colonies de vastes territoires en Afrique et en Asie. Certains pensaient toutefois que l’Europe était au bord du gouffre. Le romancier russe Fedor Dostoïevski, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche, le fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud et le sociologue allemand Max Weber mirent en garde leurs contemporains contre l’optimisme facile et rejetèrent la conception libérale d’une humanité rationnelle. Les forces qui s’opposèrent alors au consensus libéral montrèrent que de telles prémonitions contenaient une part de vérité. Un regain d’antisémitisme bouleversa la vie politique de l’Autriche-Hongrie, de la Russie, où eurent lieu de nombreux pogroms, et de la France, qui avait été le premier État européen à accorder aux Juifs une complète et égale citoyenneté, et qui fut divisée par l’« affaire Dreyfus ». Ce regain contribua en retour à la formulation du sionisme par Theodor Herzl. À mesure que la classe ouvrière augmentait en nombre et devenait une force organisée, les partis sociaux-démocrates exercèrent des pressions sur les gouvernements européens pour obtenir l’égalité des chances et des conditions de travail. Guillaume II renvoya Bismarck en 1890, mais aucun des successeurs de Bismarck ne réussit à préserver le système que celui-ci avait mis en place, et quand l’empereur abandonna la « Realpolitik » en faveur de la Weltpolitik (politique mondiale), l’Angleterre, la France et la Russie formèrent la Triple-Entente.

La Première Guerre mondiale

Le danger allemand, associé à la rivalité russo-autrichienne dans les Balkans, engendra une situation que les dirigeants européens de l’époque se révélèrent incapables de résoudre par les voies diplomatiques. En assassinant l’héritier du trône des Habsbourg, l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, le terroriste serbe Gavrilo Princip déclencha les systèmes d’alliance, qui, malheureusement pour l’Europe, fonctionnèrent parfaitement. L’enthousiasme ou la résignation mesurée avec lesquels les Européens accueillirent la déclaration de guerre firent bientôt place à une grande lassitude, au fur et à mesure que les pertes grandissaient et que la guerre prenait de l’ampleur. Ce qui ne devait être qu’une guerre courte, achevée avant Noël, fut un affrontement sans pitié entre les peuples européens, qui dura quatre ans et huit mois et fit vingt-deux millions de victimes. Quand la Première Guerre mondiale s’acheva le 11 novembre 1918, les empires russe, autrichien et allemand s’étaient effondrés, et des générations entières de jeunes hommes avaient été fauchées par les balles et les obus. Les vaincus étaient exsangues, mais les vainqueurs étaient tout aussi épuisés par l’effort de guerre et, sans l’entrée en guerre des États-Unis, Français et Britanniques auraient certainement eu beaucoup de mal à terminer la guerre. La conférence de paix de Paris (1919) fut dominée par les personnalités de Georges Clemenceau et de Vittorio Orlando, les représentants de la France et de l’Italie, du président des États-Unis Woodrow Wilson et de David Lloyd George, le Premier ministre britannique. La France et le Royaume-Uni imposèrent lors des traités de Versailles et de Trianon, une paix des vainqueurs. Ainsi, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et la Turquie furent-elles obligées de signer des traités de paix très durs, qui portaient en germes de futurs conflits. Le parti bolchevik de Lénine sortit vainqueur de la Révolution russe de 1917 et s’empara définitivement du pouvoir en Russie. Se référant à Marx, il appela le prolétariat à imposer sa dictature, pensant que le capitalisme disparaîtrait, victime de ses contradictions et céderait la place à un régime communiste universel.

D’une guerre à l’autre

Il existait pourtant quelques raisons d’espérer : la Société des Nations avait été créée, et le principe de l’autodétermination des peuples semblait triompher en Europe orientale. La Russie s’était débarrassée de l’autocratie tsariste et l’Allemagne était devenue une république. Les accords de Locarno furent signés en 1925. Cependant, malgré des hommes comme Aristide Briand, ministre français des Affaires étrangères qui se prononça en 1929 pour un « lien fédéral » entre les peuples d’Europe, et Gustav Stresemann, la SDN exerça une influence limitée, et les nouveaux États réunissant des peuples qui s’opposaient parfois depuis des siècles sur des questions de territoires firent resurgir les questions nationales. En Europe centrale, les minorités nationales furent intégrées, parfois contre leur volonté, dans les États-nations qui se créaient. Mais c’est sans doute le traité de Versailles qui eut une importance décisive. Il attribuait en effet la responsabilité de la guerre à l’Allemagne, et cette clause ne fut jamais acceptée par les Allemands. De plus, les Italiens se persuadèrent qu’ils avaient été lésés dans les partages résultant de la guerre. L’apparition du totalitarisme fut un des principaux événements de l’entre-deux-guerres. Exploitant le désarroi des esprits et la peur des classes possédantes, Benito Mussolini formula et instaura une dictature fasciste en 1922. Malgré les contradictions doctrinales du fascisme, Mussolini réussit à construire un État dictatorial fondé sur des éléments de nationalisme et de socialisme. En Allemagne, l’inflation et la crise de 1929 permirent à Adolf Hitler d’aller encore plus loin. La dictature qu’il instaura à partir de 1933 avec le national-socialisme sous le nom de IIIe Reich fut sans doute le régime politique le plus destructeur qu’ait connu l’Europe de l’Ouest. Staline, le successeur de Lénine à la tête de l’État soviétique, considéra que la composante nationale du communisme était plus importante que son internationalisme. Défendant l’idée du « socialisme dans un seul pays », il mit en place une politique de collectivisation et un régime répressif d’une ampleur jamais vue. La politique de collectivisation des terres donna lieu à la déportation massive des koulaks, les paysans riches. Les débats au sein du Parti furent réduits à leur plus simple expression, et les opposants systématiquement pourchassés, assassinés ou envoyés dans les camps de travail, les goulags. Les purges culminèrent entre 1936 et 1938, quand la plupart des vétérans du Parti bolchevik et une grande partie des généraux de l’armée soviétique furent éliminés au cours des procès de Moscou.

La Seconde Guerre mondiale

Devant l’agressivité croissante des États totalitaires et l’isolationnisme marqué des États-Unis, les démocraties se retrouvèrent en position défensive. Sous l’autorité d’Édouard Daladier et de Neville Chamberlain, la France et le Royaume-Uni adoptèrent une politique temporisatrice, qui fut un échec. Le pacte germano-soviétique, un traité de non-agression signé entre l’Allemagne et l’URSS qui prévoyait notamment le partage de la Pologne et l’annexion par l’URSS des États baltes, plongea les démocraties européennes dans la stupeur. L’invasion de la Pologne par les Allemands le 1er septembre 1939 obligea la France et le Royaume-Uni à déclarer la guerre à l’Allemagne, et l’Europe bascula dans la Seconde Guerre mondiale. Les victoires rapides des armées allemandes en mai 1940 persuadèrent nombre de dirigeants européens, hormis quelques hommes comme Charles de Gaulle, qui lança un appel à la résistance dès le 18 juin, ou Winston Churchill, qu’Hitler allait imposer son « nouvel ordre » à l’Europe. Mais, en 1941, quand Hitler attaqua l’URSS et que les Japonais bombardèrent la base américaine de Pearl Harbor, l’URSS et les États-Unis s’allièrent à l’Angleterre. Le tournant de la guerre se situa dans les années 1942-1943, après les batailles de Stalingrad, de Koursk et la chute de l’Italie de Mussolini. Après la bataille de Normandie, l’Allemagne et ses derniers alliés succombèrent. Au printemps de 1945, Hitler se suicida, et c’est une Allemagne dévastée qui se rendit aux Alliés. Plusieurs dizaines de millions d’Européens avaient péri dans ce conflit d’une grande brutalité, et l’Europe découvrit avec stupeur les horreurs de l’holocauste perpétré à l’encontre du peuple juif par les nazis, qui avaient employé des moyens industriels de destruction à grande échelle de millions d’hommes dans les camps de concentration et d’extermination.


L’Europe depuis 1945

L’après-guerre et la division Est-Ouest

Les visées soviétiques et américaines sur l’avenir de l’Europe divergeaient. La tension entre les deux puissances aboutirent à la guerre froide. Ayant subi d’énormes pertes pendant la guerre, l’URSS était décidée à établir une zone-tampon en Europe de l’Est. Entre 1945 et 1948, les partis communistes, soutenus par les Soviétiques, prirent le pouvoir dans les pays d’Europe centrale et orientale. L’Allemagne, qui est au cœur de l’Europe, fut divisée en zones d’occupation alliées, qui ne tardèrent pas à se transformer en deux entités politiques séparées. En 1949, les gouvernements de l’Allemagne de l’Est et de l’Allemagne de l’Ouest étaient en place, ce qui donna un caractère définitif au partage du continent, partage qui se traduisit concrètement par un rideau de fer installé par les pays communistes à leurs frontières. Les États-Unis proposèrent un programme d’aide de grande envergure, destiné à accélérer le redressement de l’Europe (Programme de redressement européen). Rejeté par les gouvernements de l’Europe de l’Est dominés par les Soviétiques, le plan Marshall contribua largement au redressement économique de l’Europe de l’Ouest. La création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 1949 concrétisa sur le plan militaire la coupure en deux camps de l’Europe.

L’URSS et l’Europe centrale

Les pays du Comecon et du pacte de Varsovie connurent eux aussi des crises politiques gravissimes, liées à la mise en place des démocraties populaires. En 1948, Josip Broz, dit Tito, quitta le Kominform et engagea la fédération yougoslave sur la voie d’un socialisme autogestionnaire et national. En 1953, l’année de la mort de Staline, les pénuries entraînèrent des émeutes ouvrières à Berlin-Est. En 1956, la Pologne connut aussi des troubles insurrectionnels qui portèrent Gomułka au pouvoir. La même année, l’insurrection hongroise fut une alerte encore plus sérieuse. Les armées du pacte de Varsovie durent intervenir contre le gouvernement d’Imre Nagy et des combats de rue ensanglantèrent Budapest pendant une semaine. La déstalinisation divisa le camp communiste. L’Albanie d’Enver Hoxha resta seule en Europe à soutenir la République populaire de Chine, tandis que les Roumains, suivant l’exemple titiste, sous la direction de Nicolae Ceauşescu, s’écartaient à leur tour de la lourde tutelle soviétique. Périodiquement, les incendies se rallumèrent. En 1968, le pouvoir soviétique fut profondément contesté en Tchécoslovaquie, où le secrétaire général du Parti communiste, Alexander Dubček, entreprit de libéraliser la vie politique pendant le printemps de Prague. À nouveau, les troupes soviétiques et celles du pacte de Varsovie firent avorter cette expérience de « socialisme à visage humain ».

Les décolonisations

Les nations européennes, en particulier le Royaume-Uni et la France, durent démanteler leurs empires coloniaux. Pendant les deux premières décennies de l’après-guerre fut entrepris un large processus de décolonisation, qui avait été en partie préparé par l’essor des mouvements nationaux en Asie, en Afrique et au Proche-Orient dans la période de l’entre-deux-guerres. Il ne se fit pas sans drame. La France livra deux guerres, dont les conséquences continuent de se faire sentir, au Viêt Nam (guerre d’Indochine) et en Algérie (guerre d’Algérie), le Royaume-Uni eut à faire face à la guerre des Mau-Mau au Kenya, et à la sécession de la Rhodésie, le Portugal dut lutter en Angola et au Mozambique contre de puissants mouvements de libération, la décolonisation de la colonie du Congo belge (l’actuelle République démocratique du Congo) se fit également dans le sang. Ce repositionnement des anciennes puissances coloniales conduisit à une crise autant spirituelle que politique qui ébranla d’anciennes démocraties, comme en France où le général de Gaulle revint au pouvoir et fonda la Ve République, à la faveur de la crise algérienne.

L’Europe de l’Ouest

La reconstruction des démocraties d’Europe de l’Ouest achevée se posa le problème des relations avec les États-Unis. Certains États choisirent de suivre une politique d’indépendance nationale, comme la France, sous le régime de De Gaulle, qui devint président de la Ve République en 1958. Refusant la présence permanente de troupes américaines en Europe occidentale, de Gaulle mit fin à la collaboration militaire avec l’OTAN et choisit de développer la force française de dissuasion nucléaire. En raison des « relations privilégiées » que le Royaume-Uni entretenait alors avec les États-Unis, le président français opposa son veto à l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne (Marché commun). De Gaulle défendait l’idée d’une Europe qui s’étendait de l’Atlantique à l’Oural, et il se fit l’avocat d’une fédération souple d’États indépendants (l’« Europe des patries »). Cette vision fut combattue par ceux qui pensaient qu’une union restreinte était préférable dans un premier temps. Une première étape dans ce sens avait été franchie en 1951, quand la France, la République fédérale d’Allemagne et les Pays-Bas créèrent, à l’initiative de Jean Monnet et de Robert Schuman, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). L’étape suivante fut la signature du traité de Rome qui instaurait en 1957 la Communauté économique européenne. Ce marché commun fut un succès économique indéniable, même s’il n’évolua pas immédiatement vers une union politique de l’Europe occidentale, comme le souhaitaient certains de ses fondateurs.

La fin de la guerre froide

Au début des années 1980, la Pologne, avec le syndicat Solidarité, reprit le flambeau de la contestation. La déliquescence du régime était telle que l’armée polonaise, sous le commandement du général Jaruzelski, instaura la loi martiale avec le soutien des Soviétiques et emprisonna de nombreux opposants anti-communistes. Toutefois, vers la fin des années 1980, les conditions économiques en Europe centrale se détériorèrent si rapidement que les gouvernements communistes furent incapables de contenir la vague générale de contestation. En 1989 et en 1990, des élections libres aboutirent à la formation de gouvernement de coalition en Pologne, en Hongrie et, très brièvement, en Tchécoslovaquie. Le rideau de fer mis en place à la fin des années 1940 par les régimes communistes fut progressivement démantelé, d’abord entre la Hongrie et l’Autriche. Vers la fin de l’année 1989, le mur de Berlin, construit par l’Allemagne de l’Est pour empêcher ses habitants de rejoindre Berlin-Ouest, fut abattu. Le régime de l’Allemagne de l’Est s’effondra et, en octobre 1990, l’Allemagne de l’Est (la République démocratique allemande) fut intégrée à l’Allemagne de l’Ouest (la République fédérale d’Allemagne). En Roumanie, le régime de Nicolae Ceauşescu fut renversé par un coup d’État organisé par l’armée. En septembre 1991, l’URSS reconnut l’indépendance des trois républiques baltes : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Quant aux autres républiques socialistes, leur indépendance fut également reconnue avant la fin de 1991, ce qui signifia l’effondrement de l’ancienne URSS. Celle-ci fut en partie remplacée par la Communauté des États indépendants (CEI), qui fut créée en décembre 1991 par d’anciennes républiques soviétiques. En Europe occidentale, la fin de la guerre froide souleva l’espoir d’une large coopération, et même de relations d’amitié, entre l’Est et l’Ouest. Ces perspectives furent toutefois assombries par l’instabilité politique croissante dans les anciennes républiques soviétiques et par le déclenchement de la guerre entre les Serbes et les Croates en Croatie, et entre les Serbes, les Croates et les Musulmans bosniaques en Bosnie-Herzégovine. En avril 1992, quatre des six républiques qui formaient la Yougoslavie avaient proclamé leur indépendance ; il s’agissait de la Slovénie, de la Croatie, de la Bosnie-Herzégovine et de la Macédoine. Les deux dernières républiques restantes (la Serbie et le Monténégro) restèrent unies et déclarèrent qu’elles formaient la nouvelle Yougoslavie. Toutefois, la communauté internationale refusa de reconnaître cette dénomination, et la guerre continua en 1993. Le 1er janvier 1993, la Tchécoslovaquie cessa d’exister pour former deux républiques distinctes, la République tchèque et la Slovaquie.

L’Union européenne

En 1993, l’Europe fut frappée par une récession économique et par un chômage important. La Communauté européenne avait décidé en 1985 par l’Acte unique européen, entré en vigueur en janvier 1993, la création d’un grand marché intérieur. Elle se transforma en novembre 1993 en Union européenne, à la suite du traité de Maastricht, ratifié en février 1992, qui prévoyait une union économique et monétaire devant aboutir au plus tard en 1999. En 1995, l’Autriche, la Finlande et la Suède devenaient des États membres de l’Union, où ils rejoignaient l’Allemagne, la France, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal.