Généralités
Le Royaume-Uni est l’un des premiers pays commerciaux et industriels du monde. Avec un produit intérieur brut (PIB) d’environ 1 415 milliards de dollars en 2000, il occupe le cinquième rang mondial, derrière les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et la France. Les secteurs les plus importants, comme les transports, les communications, l’acier, le pétrole, le charbon, le gaz et l’électricité, nationalisés par les travaillistes dans les années 1940, ont été privatisés par les gouvernements conservateurs au cours des années 1980 et 1990.
Depuis 1973, le Royaume-Uni est membre de la Communauté européenne (désormais Union européenne). Le ministre des Finances britannique a toutefois annoncé, en octobre 1997, que le Royaume-Uni n'adhérerait pas à la monnaie unique — l'euro — mis en circulation en janvier 2002. Cependant, après avoir ratifié le traité d’Amsterdam en juin 1998, un « plan national de transition » vers l’euro à partir du 1er janvier 1999 a été annoncé en novembre 1998. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays a dû faire face à des problèmes économiques persistants, tels que la pression sur la monnaie, un déficit de la balance générale des paiements, l’inflation et les difficultés de son système industriel. Pendant la crise économique mondiale de 1974, ces problèmes sont devenus critiques : le chômage a frappé plus d’un million de personnes, la productivité a chuté, les salaires ont baissé et la monnaie a atteint son niveau le plus bas. En juillet 1975, le gouvernement a pris des mesures anti-inflationnistes draconiennes, soutenues à la fois par les entreprises et les syndicats, qui ont contenu avec succès la hausse des salaires et de l’inflation. Les améliorations de la balance des paiements les plus significatives ont eu lieu à la fin des années 1970, grâce aux revenus générés par le pétrole de la mer du Nord. Depuis 1979, les politiques économiques gouvernementales ont encouragé le secteur privé tout en contrôlant les dépenses publiques. Le maintien de l’inflation à un niveau bas est resté la priorité du gouvernement mais au prix d’un chômage élevé. Au milieu des années 1980, les chômeurs étaient plus de trois millions, et 2,6 millions une décennie plus tard. Le taux de chômage a continué à baisser au cours des années suivantes, passant de 11,2 p. 100 en 1985 à 6,4 p. 100 en 1996 pour atteindre 4,5 p. 100 en 1998, soit un million de personnes. Le déficit budgétaire annuel du début des années 1990 représentait 1,1 p. 100 du PIB. En mars 1998, la Chambre des communes a donné son accord pour l’instauration d'un salaire minimum, entré en vigueur en avril 1999. L’activité économique donnait, en 1998, des signes de ralentissement et la politique de rigueur assombrissait les perspectives sociales.
Population active
La population active britannique s’élevait en 2000 à environ 29,9 millions de personnes. La structure de l’emploi a connu de profonds changements au cours des cinquante dernières années. Les trois quarts des employés travaillent maintenant dans le secteur des services (contre environ un tiers en 1955). L’industrie, qui a longtemps été le secteur le plus important (1955, 42 p. 100) n’emploie aujourd’hui que 20 p. 100 de la population active. Les femmes représentent en 2000 44,1 de la population active. Les tendances les plus récentes indiquent une augmentation du travail à mi-temps et une précarisation des emplois (ils sont souvent à durée déterminée).
Les chiffres officiels montrent que le chômage, bien qu’inférieur à 3 millions (chiffre atteint pendant la crise de la fin des années quatre-vingt), touchait encore plus de 2,6 millions de personnes à la fin de 1994, c’est-à-dire à 9,2 p. 100 de la population active. Les taux de chômage varient énormément d’une région à l’autre, allant de 7,1 p. 100 en East Anglia à 13 p. 100 en Irlande du Nord.
La Grande-Bretagne a été l’un des berceaux du mouvement syndical, dont l’influence a nettement diminué depuis 1980. Les changements dans la structure de l’emploi (diminution du secteur industriel et augmentation du travail à temps partiel) ont eu une influence négative sur le nombre de syndiqués. En 1993, les 287 syndicats formant le Trade Unions Congress (TUC) comptaient au total 9 millions de membres, c’est-à-dire 35 p. 100 des employés. Les lois instaurées par le gouvernement conservateur depuis 1980 (scrutin secret pour le vote d’une grève et interdiction du monopole d’embauche) ont réduit leur pouvoir.
Agriculture, forêts, pêche
Environ 77 p. 100 de la superficie totale des terres de la Grande-Bretagne sont cultivées. Le poids du secteur, en termes d’emplois et de PIB, est inférieur aux autres pays industriels : il reflète l’industrialisation précoce de la Grande-Bretagne. L’agriculture employait 2,2 p. 100 de la population active au début des années 1990 et représentait 1,4 p. 100 du PIB. Elle présente cependant un haut niveau de productivité.
La Grande-Bretagne, notamment l’Écosse et le pays de Galles, disposent de grandes étendues de prairies. Au début des années 1990, les prairies constituaient environ 39 p. 100 du sol, les cultures fourragères 27 p. 100 et le reste était cultivé ou en jachère. Il y avait environ 244 200 exploitations agricoles, 75 p. 100 d’entre elles étant exploitées en faire-valoir direct et leur taille moyenne était supérieure à 70 ha. Environ 44 p. 100 des exploitations étaient considérées comme non rentables en raison de leur taille. Le bétail et les moutons représentent plus de 40 p. 100 du revenu agricole brut.
Les terres arables sont concentrées dans l’est et la partie centrale du sud de l’Angleterre et en Écosse. Les principales productions (1993, en tonnes) sont le blé (12,89 millions), l’orge (6,04 millions), le colza (1,01 million), la betterave à sucre (8,56 millions), les pommes de terre (7,117 millions), l’avoine (479 000), sans oublier une importante production horticole et maraîchère. La forte productivité du secteur a été obtenue grâce à la politique de remembrement, à la mécanisation et à l’usage intensif d’engrais, de pesticides et de fongicides.
Aujourd’hui, la politique agricole de la Grande-Bretagne est déterminée par la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, qui a pour but d’assurer des marchés stables, un niveau de rémunération correct aux producteurs et un approvisionnement des marchés à des prix raisonnables pour les consommateurs.
Sylviculture et pêche
Les forêts couvrent environ 2,4 millions d’hectares au Royaume-Uni, soit 7 p. 100 de la superficie de l’Angleterre, 15 p. 100 de celle de l’Écosse, 12 p. 100 de celle du pays de Galles et 5 p. 100 de celle de l’Irlande du Nord. La production du bois de coupe s’élevait à 6,5 millions de m3 au début des années 1990. Les propriétaires privés, qui possèdent plus de 55 p. 100 des forêts, ont été encouragés à reboiser 8 000 ha par an. Le reboisement de 65 000 ha supplémentaires en Irlande du Nord était aussi prévu. Malgré ces efforts, le Royaume-Uni continue d’importer environ 90 p. 100 de son bois de charpente.
La pêche couvre environ 55 p. 100 de la consommation de poisson dans le Royaume-Uni. La pêche hauturière est en déclin depuis les années 1970, en partie en raison des restrictions imposées par l’Union européenne. Elle demeure très importante pour l’économie de l’Écosse et celle de certaines zones du sud-ouest de l’Angleterre. Au début des années 1990, on pêchait 700 000 t de poisson par an. Les principaux poissons d’eau douce commercialisés étaient le saumon, la truite et l’anguille. Actuellement, les deux premiers proviennent surtout d’élevages. Les ports de pêche importants sont Hull, Grimsby et Plymouth, en Angleterre ; Aberdeen, Lerwick et Ullapool en Écosse et Kilkeel en Irlande du Nord. La flotte de pêche britannique comprenait plus de 11 000 unités en 1993.
Comme pour l’agriculture, la politique de la pêche du Royaume-Uni est désormais déterminée par la politique de pêche commune (PPC). La surexploitation des mers européennes a entraîné l’imposition de quotas de plus en plus stricts pour permettre aux différentes espèces de se reconstituer. Possédant l’une des flottes de pêche les plus importantes de l’Union européenne, le gouvernement a pris des mesures financières pour encourager une réduction de la pêche.
Mines et industries
Extraction minière
Le Royaume-Uni possède surtout du charbon et du fer. La localisation et l’importance historique des gisements miniers a eu un impact dans la distribution géographique de la population britannique et dans le développement de certaines villes. L’extraction minière est ancienne : les mines de sel, à Cheshire en particulier, étaient déjà exploitées pendant la préhistoire.
Les veines aurifères et argentifères du pays de Galles, comme le pétrole et le gaz naturel, sont propriété de la Couronne : les producteurs ne peuvent obtenir que des concessions d’exploitation. On extrait (données de 1992) du calcaire et de la dolomie (108 millions de t), du sable et du gravier (99 millions), du grès (15 millions), de l’argile et des schistes (12,2 millions), du sel (6 millions) et du kaolin (2,5 millions). La dernière mine d’étain encore ouverte en Cornouailles, la South Crofty, produisait 2 232 t d’étain en 1992, couvrant environ 20 p. 100 de la demande intérieure.
Énergie
Le Royaume-Uni possède les plus importantes ressources énergétiques de l’Union européenne.
L’exploitation du charbon, comme dans les autres pays européens, n’a cessé de décliner : en 1913, on en produisait 292 millions de t. À la fin de 1992, lorsque la British Coal Corporation a mis 28 mines en vente, la production était inférieure à 84 millions de t et il n’y avait plus que 50 puits (dont moins de la moitié étaient encore en activité). Lors de la privatisation en 1995 de British Coal, la production se situait à environ 60 millions de t. Les emplois dans le secteur minier étaient passés d’environ 200 000 en 1985 à environ 11 000 dix ans plus tard avec des conséquences sociales dramatiques pour les communautés minières des régions comme le Yorkshire, le Nottinghamshire, le Derbyshire et le sud du pays de Galles. Néanmoins, 25 p. 100 de l’énergie consommée au Royaume-Uni provient encore du charbon.
Du pétrole a été découvert en 1969 en mer du Nord, au large de l’Écosse. En 1980, 15 champs produisaient 1,6 million de barils par jour, couvrant pratiquement la totalité des besoins du Royaume-Uni, le pétrole devenant ainsi une source importante de devises. L’extraction du gaz naturel de la mer du Nord s’est développée graduellement à partir de 1967. De nouveaux gisements offshore ont été découverts depuis 1980, et à Wytch Farm dans le Dorset. En 1994, le Royaume-Uni était le dixième producteur mondial de pétrole et le cinquième producteur de gaz naturel. La production de pétrole brut s’élevait à environ 124 millions de t et la production de gaz s’élevait à 65 488 millions de m3. La fusion en août 1998 de British Petroleum et Amoco (États-Unis) a donné naissance au 3e groupe pétrolier mondial, derrière les groupes Royal Dutch / Shell / Texaco et Exxon/Mobil.
Le Royaume-Uni a été le premier pays à utiliser l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. La première centrale nucléaire a commencé à fonctionner à Hall, dans le Cumberland, en 1956. Au début des années 1990, les centrales nucléaires fournissaient 18 p. 100 de l’électricité produite au Royaume-Uni, 75 p. 100 de l’énergie restante était produite par des centrales thermiques utilisant des combustibles fossiles (principalement du charbon mais aussi du pétrole). Les centrales à turbine à gaz produisaient environ 4 p. 100, les centrales hydroélectriques 3 p. 100 et les énergies renouvelables 0,1 p. 100 de l’énergie. La production annuelle d’électricité était supérieure à 300,5 milliards de kWh au début des années 1990, les ménages en utilisaient 36 p. 100 et l’industrie 34 p. 100. Le secteur de l’électricité a été privatisé en 1989 et British Gas en 1986.
Production industrielle
Malgré la crise chronique qui affecte les pays de l’Union européenne depuis 1970 et en dépit d’une politique de désindustrialisation et de délocalisation massive, le Royaume-Uni demeure encore un grand pays industriel. Au début des années 1990, l’industrie représentait 22 p. 100 du PIB alors que 82 p. 100 des exportations du Royaume-Uni étaient composées de produits finis et semi-finis. L’emploi a cependant chuté dans ce secteur en raison de la fermeture d’entreprises, de l’émergence de nouvelles technologies et des gains de productivité. En 1986, environ 5,2 millions de personnes travaillaient dans l’industrie. En 1993, elles n’étaient plus que 4,4 millions. Les industries de pointe comme l’industrie pharmaceutique, l’électronique, l’industrie aérospatiale et le matériel pour l’extraction pétrolière offshore se sont développées. Au début des années 1990, le Royaume-Uni produisait 40 p. 100 des ordinateurs de bureau européens ; il était aussi le principal producteur mondial de matériel de communication.
Au début des années 1990, la production annuelle s’établissait ainsi : 15,1 millions de t d’acier, 1,3 million de voitures de tourisme, 78 000 millions de t de fils peignés et de fils de laine, 262 millions de t de fibres synthétiques, 3 733 millions de t d’engrais.
Les principales régions industrielles traditionnelles d’Angleterre sont le district urbain de Londres et les comtés métropolitains du district urbain de Manchester, les West Midlands (Birmingham), le South Yorkshire et Tyne and Wear.
Secteur tertiaire
Monnaie et banques
La livre sterling est l’unité monétaire du Royaume-Uni, divisée en 100 pence. Depuis 1968, le pays a adopté le système décimal pour sa monnaie. La Banque d’Angleterre, créée en 1694, nationalisée en 1946, est devenue la banque émettrice pour l’Angleterre et le pays de Galles et a obtenu l’indépendance en matière de détermination des taux d’intérêts en mai 1997. Plusieurs banques en Écosse et en Irlande du Nord peuvent émettre de la monnaie en quantités limitées. La Grande-Bretagne a 13 banques commerciales principales, disposant de 10 000 succursales sur le territoire national et à l’étranger. La plupart d’entre elles sont des filiales des quatre grandes banques, Lloyd’s, Barclays, National Westminster et Midlands. La poste, les caisses d’épargne, les coopératives et les sociétés de construction offrent aussi des services bancaires.
Il existe aussi des banques d’escompte et d’autres institutions financières comme le Stock Exchange de Londres et un marché de l’assurance Lloyd’s ; ils sont liés au rôle que joue le Royaume-Uni comme l’un des principaux centres financiers du monde. En 1994, 486 banques étaient enregistrées au Royaume-Uni. La City de Londres dispose cependant de la plus grande concentration de banques étrangères du monde et draine 20 p. 100 du total du crédit bancaire international. Elle est le principal marché international d’actions ordinaires du monde, l’un des plus grands marchés de dérivés financiers et le principal marché de matières premières. En juillet 1998, l’accord signé entre le London Stock Exchange et la Deutsche Börse a permis la création du premier marché boursier européen.
Transports
Au début des années 1990, les compagnies britanniques possédaient 668 navires jaugeant 13,6 millions de t, 50 p. 100 de moins qu’en 1980. Les ports les plus importants sont Londres, Southampton, Liverpool, Felixstowe et Douvres. Les ports nationalisés à la fin des années 1940 ont été privatisés au début des années 1980. Ceux qui relèvent encore du secteur public sont gérés comme des entreprises privées par des fidéicommis, avec la possibilité, selon la loi de 1991, d’être totalement privatisés. Portsmouth et les ports pétroliers des Shetland et des Orcades sont gérés par les autorités locales.
De nos jours, la Grande-Bretagne compte environ 3 200 km de canaux et de rivières navigables, soit deux fois moins qu’au XIXe siècle. Citons le Manchester Ship Canal et le Caledonian Canal, ce dernier reliant l’Atlantique à la mer du Nord.
Jusqu’en 1994, British Railroads était divisé en six régions administratives : London Midland, Western, Southern, Eastern, Anglia et Scottish. En 1994, suite à la loi du chemin de fer (Railway Act, 1993), la compagnie a été restructurée pour permettre sa privatisation en 1995. On a séparé l’exploitation des voies de celle des trains. Railtrack, une compagnie publique, a été créée pour exploiter les voies et l’infrastructure ferroviaire. L’exploitation du fret a été partagée entre trois compagnies d’implantation régionale devant être privatisées en 1995. L’exploitation du trafic de passagers qui devait finalement revenir au secteur privé par le biais de franchises sur des lignes de passagers déterminées a été restructurée en 25 unités d’exploitation à l’intérieur de British Railroads. Le projet de privatisation a rencontré cependant une forte opposition et il est actuellement loin d’être achevé.
En 1994, environ 16 535 km de voies ferrées étaient ouverts au trafic en Grande-Bretagne ; environ 30 p. 100 étaient électrifiés. On comptait environ 408 km de voies à Londres, dont 42 p. 100 en sous-sol, exploitées par London Underground Ltd. Ce réseau est en cours d’expansion, de nouvelles lignes étant construites à l’est et au sud-est de Londres. Il existe aussi un réseau de trains urbains à Glasgow, Liverpool, Tyne and Wear et Manchester. En Irlande du Nord, les services ferroviaires sont exploités par la Northern Ireland Railway Company Ltd. Environ 330 km de voies étaient en exploitation au début des années 1990.
Au début du XIXe siècle, l’idée d’un tunnel sous la Manche séduisait les esprits. Le projet a été abandonné puis repris en 1957, puis de nouveau gelé par le Royaume-Uni en 1973 en raison de son coût. En 1987, les travaux ont repris et ont été terminés en 1993, avec un an de retard. Long de 52 km, il relie Folkestone à Calais, en France. Il a coûté plus de 16 milliards de dollars. Il est situé à 130 m de profondeur et a été inauguré officiellement le 6 mai 1994, par la reine Élisabeth II et le président François Mitterrand. L’Eurostar, train à grande vitesse, relie Londres à Paris depuis 1994.
Privatisée en 1987, British Airways est l’une des principales compagnies aériennes au monde et exploite le réseau de lignes régulières le plus important : il couvre 72 pays. En septembre 1998, British Airways et American Airlines (la première compagnie américaine) se sont regroupées pour fonder la plus grande alliance aérienne du monde — Oneworld (12 compagnies). En 1976, en collaboration avec Air France, British Airways a inauguré un service de passagers en Concorde. Britania Airways est la principale compagnie aérienne de vols charters au monde. Les principaux aéroports sont Heathrow et Gatwick, les aéroports de Londres. Heathrow, avec 48 millions de passagers en 1993, est le premier aéroport mondial pour le trafic international ; Gatwick a traité environ 20 millions de passagers au cours de la même année.
En 1970, le Royaume-Uni a rejoint Airbus Industries, un consortium européen de construction aéronautique, en tant que membre associé et est devenu un membre à part entière en 1979. Airbus fabrique des avions de passagers à grande capacité ou wide bodies long et moyen-courriers ; chaque membre du consortium fabrique des parties déterminées. Les autres membres du consortium sont la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Espagne. En août 1998, British Airways a, pour la première fois de son histoire, abandonné Boeing au profit d’Airbus en commandant 59 appareils.
Le Royaume-Uni possède (selon les chiffres officiels de 1993) environ 388 710 km de voies publiques, dont 3 716 km de routes nationales. Plus de 71 p. 100 du réseau routier et 85 p. 100 du réseau autoroutier sont en Angleterre. L’Écosse en possède respectivement 13 p. 100 et 8 p. 100 ; le pays de Galles 9 p. 100 et 4 p. 100 ; l’Irlande du Nord 6 p. 100 et 3 p. 100. Bien que les autoroutes ne représentent que 1 p. 100 du réseau britannique, elles supportent environ 15 p. 100 du trafic routier. Les routes nationales représentent 4 p. 100 du réseau. Les autoroutes et les routes nationales supportent environ la moitié de tout le trafic de marchandises. Environ 90 p. 100 du transport de passagers se fait par route.
Communications
Dans les années 1980, le gouvernement conservateur a aboli le monopole de Royal Mail pour la distribution des lettres soumises à un tarif supérieur à une livre entraînant une explosion des services de distribution du courrier. Les tentatives gouvernementales pour privatiser la poste en 1995 ont cependant échoué, en raison de l’opposition parlementaire. Les télécommunications étaient sous la responsabilité de la poste jusqu’en 1981, année de la fondation de British Telecom, qui devait assurer la gestion des télécommunications. British Telecom a été privatisée en 1984 et fusionné avec At&T (États-Unis) en juillet 1998. Un certain nombre d’autres compagnies offrent maintenant des services de télécommunications dont Mercury Communications et Cellnet. Hull (Humberside) a toujours eu son propre système téléphonique. Au début des années 1990, environ 20 millions de lignes téléphoniques domestiques et 6 millions de lignes d’entreprise étaient en service, tout comme 300 000 cabines téléphoniques payantes publiques ou privées, ce qui faisait du réseau de télécommunications du Royaume-Uni le premier réseau mondial.
Commerce extérieur
Actuellement, le Royaume-Uni est le cinquième pays exportateur du monde — ses exportations per capita sont supérieures à celles des États-Unis et du Japon. Il est aussi devenu, depuis son adhésion à l’Union européenne, un membre du bloc commercial le plus important du monde. Ses importations concernent les produits alimentaires, ceux du bois et du papier, les machines, les produits chimiques, le matériel de transport, d’autres produits finis et le matériel informatique. Le Royaume-Uni exporte surtout des machines, du matériel de transport, des produits finis de base, du pétrole, des produits chimiques, des instruments de précision, du matériel aéronautique et électronique et des biens d’équipement. En 1997, les exportations s’élevaient à 307,3 milliards de dollars et les importations à 280,9 milliards de dollars. Les partenaires commerciaux du Royaume-Uni ont radicalement changé depuis son adhésion à la CEE en 1973. Les échanges avec les pays de l’ancien Empire britannique, qui occupaient la première place, ne représentent plus qu’une petite partie des exportations et des importations. L’Union européenne représente maintenant plus de 50 p. 100 des importations et des exportations, le commerce avec les autres pays d’Europe occidentale représente 12 p. 100, celui avec l’Amérique du Nord (Canada, États-Unis) 13 p. 100. L’Allemagne, les États-Unis, la France et les pays du Benelux sont les principaux partenaires commerciaux du Royaume-Uni.
HISTOIRE

L’histoire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne — puis de Grande-Bretagne et d’Irlande (1801), et enfin de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord (1922) — commence au XVIIIe siècle lorsque l’Angleterre (unie depuis l’Acte de 1536 au pays de Galles) se rapproche de l’Écosse par l’Acte d’union de 1707. Déjà, un premier rapprochement s’était opéré au siècle précédent — lors de l’accession au trône d’Angleterre, sous le nom de Jacques Ier, du souverain écossais Jacques VI Stuart —, mais les royaumes étaient néanmoins restés séparés.
Par l’Acte d’union de 1707, les deux Parlements anglais et écossais s’unissent et Londres devient la capitale de toute l’île. La Grande-Bretagne possède désormais un seul Parlement, un seul système fiscal, un seul système de poids et de mesures. Toutes les barrières douanières à l’intérieur de l’île sont abolies. L’Angleterre et l’Écosse conservent cependant des systèmes judiciaires et des Églises officielles différentes.
La Construction du Royaume-Uni
L’Acte d’union de 1707 unifie les deux pays et centralise les pouvoirs dans les mains de la reine Anne Stuart. Mais dès 1715, les jacobites — partisans des souverains catholiques écossais, les Stuart — se soulèvent.
L’entreprise coloniale
La rivalité franco-britannique
Les entreprises coloniales et les affaires continentales sont au centre des préoccupations des souverains anglais. Toutes les interventions britanniques sur le continent ont un prolongement colonial, ce qui permet aux Anglais, grâce à leur puissance maritime, de prendre le contrôle d’un immense empire. Grâce aux victoires de John Churchill, duc de Marlborough, la guerre de Succession en Espagne (1701-1714) se solde par un traité avantageux : certes, le roi Louis XIV de France peut installer son petit-fils sur le trône d’Espagne, mais l’union des deux royaumes est interdite. De surcroît, par le traité d’Utrecht de 1713, la France doit céder au Royaume-Uni ses territoires nord-américains de la baie d’Hudson, d’Acadie (Nouvelle-Écosse) et de Terre-Neuve. L’Espagne doit céder Gibraltar et Minorque et octroyer aux commerçants britanniques un droit illimité de commerce avec les colonies espagnoles d’Amérique du Sud jusqu’en 1750, qui inclut l’asiento, le monopole de l’importation des esclaves africains en Amérique latine. Une ville comme Liverpool bâtit bientôt sa fortune sur ce trafic du « bois d’ébène ».
Les guerres européennes
Entre 1739 et 1763, le Royaume-Uni est presque continuellement en guerre. Au conflit avec l’Espagne vient s’ajouter, en 1740, la guerre de Succession d’Autriche, qui réunit la Prusse, la France et l’Espagne contre l’Autriche. Le Royaume-Uni se rapproche de cette dernière, et les armées et la flotte britanniques combattent les Français en Amérique du Nord et en Inde, où les compagnies commerciales anglaises et françaises s’affrontent pour étendre leur influence. La guerre de Succession d’Autriche prend fin au traité d’Aix-la-Chapelle de 1748.
En 1756, le conflit reprend avec la guerre de Sept Ans (1756-1763) qui oppose le Royaume-Uni (allié à la Prusse) à la France (alliée à l’Autriche et à la Russie). Pour le royaume britannique, le conflit commence par une série de défaites en Amérique du Nord, en Inde, en Méditerranée et sur le continent, où les Français prennent Hanovre. Le roi George II fait alors appel à William Pitt, 1er comte de Chatham, pour conduire la guerre, tandis que le duc de Newcastle dirige le pays. La supériorité navale anglaise permet au Royaume-Uni de vaincre la flotte française au large du Portugal. Aux Indes, les Anglais battent Dupleix, laissé sans renforts. Au Canada, les troupes britanniques et les colons défont Montcalm à la bataille des plaines d’Abraham, devant Québec. En 1763, un nouveau traité de Paris consacre cette victoire : la France perd définitivement ses colonies d’Amérique du Nord et ses comptoirs des Indes.
La révolution industrielle
Croissance démographique
Pendant tout le XVIIIe siècle, les îles Britanniques connaissent une forte croissance démographique. En 1801, l’année du premier recensement officiel, la population du royaume atteint 10,4 millions d’habitants. Les raisons de cet accroissement sont à rechercher dans la baisse du taux de mortalité, liée à un taux de natalité resté très fort et, plus tardivement, dans les progrès de l’hygiène et de la médecine : la découverte du vaccin contre la variole par le docteur Edward Jenner en 1796 ne trouve en effet une application massive que bien plus tard.
Industrialisation du pays
L’industrialisation, qui marque cette période, a été précédée et accompagnée par une révolution agricole. Au début du siècle, le mouvement des enclosures qui, en faisant disparaître les terres communes utilisées par les paysans, jette sur le pavé des villes des centaines de milliers de paysans, offre une main-d’œuvre bon marché aux manufactures. Cette révolution se poursuit avec la diversification des méthodes d’agriculture et l’introduction de nouvelles plantes, comme la pomme de terre. Dans le Norfolk, Jethro Tull invente le semoir mécanique ; des fermes modèles sont créées. L’accélération du rythme de l’évolution économique est déjà perceptible dans les années 1780, quand James Watt, un ingénieur écossais, perfectionne la machine à vapeur. De nouvelles inventions permettent de mécaniser la filature et le tissage du coton. Entre 1760 et 1830, la production des textiles de coton est multipliée par douze. Parmi les nouveaux procédés, le puddlage d’Henry Cort permet d’obtenir du fer de meilleure qualité, débarrassé des scories de fonte : à la fin du siècle, le fer est devenu un produit courant. En 1799, on construit le premier pont entièrement métallique sur la Severn. De même, la production de houille est multipliée par quatre. En 1830, la révolution industrielle a fait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande (nouvelle appellation depuis 1801) « l’atelier du monde ».
Urbanisation
La révolution industrielle s’accompagne d’une mutation urbaine sans précédent. Les villes du nord-ouest de l’Angleterre, des Basses-Terres écossaises et du sud du pays de Galles gagnent des dizaines de milliers d’habitants, venus pour travailler dans les mines de charbon et de fer. Londres connaît également ce phénomène. La métropole de la Grande-Bretagne, dont la population est estimée à 600 000 habitants en 1701, compte 950 000 habitants en 1801. Cet essor urbain fait du Royaume-Uni le premier pays au monde à voir sa population urbaine dépasser sa population rurale.
Les premiers Hanovre
En 1714, la reine Anne meurt sans héritier. Conformément à la loi de succession de 1701, elle a pour successeur son plus proche parent protestant, l’électeur de Hanovre, qui devient roi en 1714, sous le nom de George Ier de Grande-Bretagne. Une nouvelle ère de l’histoire britannique commence.
Des princes allemands
George Ier (1714-1727)
Sous le règne de George Ier, le Royaume-Uni vit deux décennies de calme et de stabilité. La rivalité ouverte entre les factions « whigs » (précurseurs des conservateurs) et « tories » (précurseurs des libéraux) se traduit par la victoire des premiers qui disposent des ministères.
Les premiers souverains de la maison de Hanovre sont allemands ; George Ier, qui ne parle pas anglais, réside le plus souvent à Hanovre. Cet éloignement géographique du souverain permet la mise en place d’un régime parlementaire bipartite, décrit et vanté par les philosophes des Lumières, Montesquieu ou Voltaire. En 1721, Robert Walpole est nommé Premier lord du Trésor. Il met progressivement en place un gouvernement d’autant plus indépendant que le souverain s’en désintéresse. Sous son gouvernement (1721-1742), Walpole réussit à maintenir des relations cordiales entre la France et le Royaume-Uni.
George II (1727-1760)
Souverain plus attaché à sa terre d’origine qu’au royaume britannique, George II délaisse les intérêts de la couronne pendant la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763). En poste depuis 1721, Robert Walpole dirige alors de fait le pays jusqu’en 1742. William Pitt devient ensuite le premier homme du gouvernement.
En 1745-1746, profitant de l’intervention britannique sur le continent, le prince Charles Édouard Stuart (jacobite) débarque en Écosse, où des milliers de highlanders se joignent à lui. En septembre, il prend Édimbourg et proclame son père, Jacques Édouard Stuart, roi sous le nom Jacques III. Marchant vers le sud avec son armée, il arrive jusqu’à Derby, à 161 km de Londres, mais il hésite à livrer bataille, en raison de la faiblesse numérique de ses partisans anglais. En décembre 1745, il se retire en Écosse où ses partisans sont massacrés à la bataille de Culloden.
Le règne anglophile de George III (1760-1820)
En 1760, le petit-fils de George II monte sur le trône sous le nom de George III. Né en Angleterre, il essaie de jouer un rôle direct dans le gouvernement du pays. Il nomme donc des hommes en qui il a confiance, comme son ancien tuteur, lord Bute, qui devient Premier ministre en 1762, puis William Pitt (1766-1768) et lord North (1770).
L’autoritarisme du gouvernement se heurte aux campagnes de libelles de l’opposition. Le journaliste John Wilkes est à plusieurs reprises poursuivi, condamné et emprisonné en 1764. Ses partisans, les défenseurs de la Déclaration des droits (Bill of Rights), demandent l’élargissement du texte constitutionnel, réclament la liberté de la presse, la cessation de la fraude électorale et de l’achat des votes, couramment pratiqués, et l’élargissement de la franchise (droit de vote).
La guerre de l’Indépendance américaine
Habitués depuis longtemps à disposer d’une importante autonomie et, après 1763, libérés du danger français, les colons américains supportent très mal la volonté du gouvernement britannique de leur faire payer une partie du prix de la guerre sous forme d’impôts et de taxes sur le commerce. George III et lord North décident de réprimer leur sédition par la force.
Après la défaite du général Burgoyne à la bataille de Saratoga en 1777, la guerre civile devient une guerre internationale. Les Français (1778), puis les Espagnols (1779) et les Hollandais (1780) rejoignent le front antibritannique. La reddition du général Charles Cornwallis, à Yorktown devant les troupes de Washington en 1781, force lord North à démissionner l’année suivante. Un nouveau traité de Paris est signé en 1783 : l’indépendance des treize colonies qui forment la république des États-Unis d’Amérique est reconnue.
Le gouvernement de William Pitt le Second
La conséquence de la guerre est une réforme profonde des institutions. La loi de réforme économique (Economical Reform Act) de 1782 réduit les pouvoirs du roi. Le Parlement irlandais, contrôlé par les protestants anglo-irlandais, obtient une autonomie élargie. En 1783, William Pitt le Second devient, à l’âge de vingt-quatre ans, le plus jeune Premier ministre du royaume. Il soutient notamment l’India Act (1784) qui donne au gouvernement l’autorité sur l’Inde britannique, au détriment de la Compagnie des Indes orientales. Chef de gouvernement de 1783 à 1801, puis de 1804 à 1806, Pitt opère un renversement décisif de l’équilibre des pouvoirs : désormais, le roi ne gouvernera plus.
Coalitions contre la France
L’indépendance américaine et les réformes ont amené la constitution d’un fort parti réformateur anglais ; les sociétés de pensée franc-maçonnes fleurissent, comme les clubs jacobins, qui rassemblent l’élite des penseurs anglais. Des réformateurs comme Charles James Fox et Thomas Paine défendent la Révolution française ; d’autres, comme Edmund Burke, s’en détournent dès qu’ils réalisent qu’elle ne cherche pas uniquement à établir une monarchie constitutionnelle.
La première coalition formée contre la France par Pitt, avec la Prusse, l’Autriche et la Russie, s’effondre en 1796 ; en 1797, le Royaume-Uni doit faire face aux tentatives d’invasion française en Irlande et au réveil du mouvement nationaliste. La guerre entraîne une forte augmentation de la production agricole et de certaines industries, mais elle provoque en même temps une inflation croissante : les salaires ne suivent pas le rythme des prix. En 1797, la Banque d’Angleterre est forcée d’abandonner l’étalon or, et le Parlement, pour financer la guerre, vote le premier impôt sur le revenu. Le Parlement entérine l’Acte d’union avec l’Irlande en 1801 et la formation du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. Le Parlement de Dublin est supprimé et les députés irlandais siègent à Londres.
L’arrivée au pouvoir de Napoléon Ier inquiète plus encore le royaume. Malgré la défaite des marins français à la bataille d’Aboukir (1798), à terre, le sort des armes n’est pas favorable aux Anglais. La deuxième coalition s’effondre en 1801 ; à Amiens, en 1802, le Royaume-Uni signe la paix avec la France. La guerre reprend l’année suivante, mais la troisième coalition s’effondre également entre 1805 et 1807. Les projets napoléoniens d’invasion de la Grande-Bretagne sont réduits à néant par le génie militaire d’Horatio Nelson, qui détruit la flotte française à Trafalgar en 1805, privant ce pays de marine pour vingt ans. Napoléon cherche alors à ruiner le Royaume-Uni par une politique de blocus, connue sous le nom de Blocus continental. Son non-respect par la Russie, pour laquelle les relations commerciales avec les Britanniques sont vitales, entraîne Napoléon dans une désastreuse campagne contre la Russie. En 1812, une quatrième coalition, réunissant le Royaume-Uni, la Russie, l’Autriche et la Prusse est cette fois victorieuse. En 1815, l’épisode des Cent-Jours voit la victoire d’Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington à la bataille de Waterloo, qui ferme le cycle révolutionnaire et napoléonien.
Les règnes de George IV et Guillaume IV (1820-1837)
George IV, prince à la jeunesse turbulente, monte sur le trône en 1820. À sa mort en 1830, son frère Guillaume IV lui succède.
La crise de l’après-guerre napoléonienne
La fin de la guerre et de mauvaises récoltes provoquent une crise monétaire, industrielle et frumentaire, en 1816. Le prix de la victoire du Royaume-Uni dans les guerres napoléoniennes est une grave crise économique. La guerre a masqué les oppositions et la misère des artisans, des ouvriers et des petits paysans. Le gouvernement instaure des mesures protectionnistes (lois sur le blé, 1815), supprime l’impôt sur le revenu (1817) et rétablit l’étalon-or (1819). Ces mesures, combinées à l’élargissement du système de la manufacture et des usines, accroissent les manifestations populaires de résistance, qui dégénèrent parfois en affrontements sanglants, comme lors du massacre de Peterloo à Manchester, en 1819. Le gouvernement limite alors, par les Six Actes (1819), la liberté de la presse et le droit de réunion. En même temps, Robert Peel, le ministre de l’Intérieur, réforme la loi criminelle et instaure une force de police moderne à Londres, les bobbies, appelés ainsi en référence au prénom de Peel.
Malgré un renouveau religieux au début du XIXe siècle, les gouvernements tories refusent toujours de remettre en question les fondements religieux du régime politique. En 1828, le Parlement accepte d’abolir les mesures discriminatoires à l’encontre des protestant dissenters (non-conformistes) ; un an plus tard, le gouvernement du duc de Wellington (1828-1830) est contesté en Irlande par un mouvement massif : l’Association catholique demande l’émancipation des catholiques, tacitement promise par Pitt à l’époque de l’Acte d’union. Craignant une révolte générale, Wellington accorde aux catholiques le droit de siéger au Parlement et d’accéder à la fonction publique (1828, 1829), mais cette réforme divise le parti tory. En novembre 1830, l’élection qui suit la mort de George IV et le couronnement de son frère, Guillaume IV, amène au pouvoir un ministère whig, dirigé par Charles Grey, 2e comte Grey.
Les réformes des années 1830
La grande nouveauté politique des années 1831 et 1832 réside dans le bill de réforme. On procède à une redistribution des sièges en faveur des villes industrielles et on accorde le droit de vote à de nouvelles catégories sociales jusque-là privées de la capacité électorale. En Angleterre, au pays de Galles et en Irlande, l’électorat double. En Écosse, il est multiplié par 15. Une première loi sur le travail des femmes et des enfants réduit leur temps de travail (1833) ; une nouvelle loi sur les pauvres (très restrictive) est adoptée, créant des asiles, les workhouses, où l’on enferme les plus démunis qui y sont soumis à l’arbitraire le plus complet. L’esclavage dans les colonies est aboli la même année, sous l’impulsion des sociétés antiesclavagistes. La loi sur les municipalités (1835) met en place des conseils municipaux.
L’ère victorienne (1837-1910)
Le règne de Victoria (1837-1901)
Les débuts du règne
En 1837, Victoria, âgée de dix-huit ans, succède à son oncle, Guillaume VI. On assiste alors au déclin de l’esprit de réforme whig sous le ministère de lord Melbourne (1835-1841). Le règne de Victoria débute par une crise économique et par l’apparition d’un vaste mouvement de contestation populaire : le chartisme. Les chartistes exigent l’adoption immédiate d’une Charte du peuple, destinée à faire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne une démocratie égalitaire ; ils réclament l’égalité électorale, le suffrage universel pour tous les hommes de plus de vingt et un ans et l’éligibilité de tous. Des millions de travailleurs signent les pétitions en faveur de la Charte en 1839, 1842 et 1848 ; les manifestations parfois violentes entraînent des émeutes, réprimées par l’armée. Le Parlement rejette la Charte du peuple à plusieurs reprises, mais se montre plus réceptif aux propositions de la Ligue pour l’abolition des lois sur le blé. Son principal leader, Richard Cobden, espère l’abolition des droits de douane sur les produits alimentaires, afin d’améliorer les conditions de vie des ouvriers et des travailleurs. C’est le ministère conservateur de sir Robert Peel (1841-1846) qui, sous le choc de la grande famine d’Irlande, réduit les droits de douane au sein du Royaume-Uni. Durant l’hiver de 1845-1846, Peel propose l’abolition complète des lois sur le blé. Cette mesure est adoptée, avec l’aide du parti whig, même si les deux tiers des conservateurs, liés aux grands propriétaires terriens, la condamnent. Les conservateurs se divisent alors entre peelites et protectionnistes, et les whigs reviennent au pouvoir avec John Russell, 1er comte Russell (1846). L’abolition des lois sur le blé ne soulage en rien les souffrances de l’Irlande. Durant l’hiver de 1846, on assiste à la réapparition de la maladie de la pomme de terre, et les récoltes de blé dans le Royaume-Uni et en Europe sont médiocres. Affaiblis par la famine et l’éviction des fermiers par les propriétaires, environ un million d’Irlandais meurent entre 1847 et 1851.
Pendant les années Peel et Russell, la tendance au libre-échange se confirme, appuyée par l’abolition, en 1849, des lois de navigation ; tout un système de réglementation administrative est progressivement mis en place. Le travail des femmes et des enfants au fond des mines est définitivement interdit (1842) et, en 1847, le temps de travail est limité à dix heures par jour dans les usines. Des réglementations sont également imposées sur les systèmes sanitaires des villes (1842) et les transports ferroviaires (1844). Des commissions se créent pour contrôler les prisons, les asiles d’aliénés et les œuvres de charité privées.
La prospérité industrielle victorienne
L’exposition universelle de Londres en 1851, la première du genre, symbolise la suprématie industrielle britannique. Le réseau ferroviaire couvre 10 600 km en 1850. Le câble télégraphique permet des communications instantanées. Le procédé Bessemer (1856) réduit encore le coût de l’acier, et la construction des bateaux à vapeur prend un essor considérable durant les années 1860. La valeur des exportations britanniques est multipliée par trois ; les investissements de capitaux à l’étranger quadruplent. On enregistre également une amélioration du niveau de vie de la classe ouvrière ainsi que le développement du syndicalisme, avec la création du Trade Unions Congress (confédération intersyndicale) en 1868.
Après les révolutions survenues sur le continent européen en 1848, le Royaume-Uni, gouvernée par la coalition peelite-libérale (1852-1855) de lord Aberdeen, est entraînée dans une guerre avec la Russie. Allié à la France de Napoléon III, le Royaume-Uni participe à la guerre de Crimée en 1854, qui provoque la chute du ministère Aberdeen. Il est remplacé par lord Palmerston, un libéral. En 1857 et 1858, la révolte des Cipayes est réprimée et toutes les responsabilités de la Compagnie des Indes sont transférées à la Couronne. À l’inverse, on accorde l’autonomie interne aux colonies de peuplement : le Canada, fédéré dans le cadre de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la colonie du Cap (Afrique du Sud). La colonisation se fait sur de nouvelles bases : l’exploitation primaire des colonies cède le pas à une colonisation paternaliste, où le Royaume-Uni apporte la modernité, la science et l’éducation aux peuples colonisés.
La rivalité Gladstone-Disraeli
De 1865 à 1881, la rivalité entre William Gladstone et Benjamin Disraeli domine la vie politique. S’ils appartiennent initialement tous les deux au parti tory, Gladstone se rapproche progressivement des libéraux. En tant que ministre des Finances du gouvernement Palmerston, il acquiert une grande popularité en abolissant l’impôt sur le papier (autorisant ainsi une réduction sensible du prix des journaux) et en préconisant l’extension du droit de vote. Disraeli est d’abord, à la fin des années 1840, le chef de file conservateur des protectionnistes à la Chambre des communes. En 1867, il accorde le droit de vote aux locataires de logement et non plus aux seuls propriétaires. Le nombre des électeurs ouvriers double : l’ensemble du corps électoral passe de 600 000 à 1 600 000 votants.
Disraeli succède à lord Derby au poste de Premier ministre en 1868, puis s’efface devant Gladstone après la victoire des libéraux aux élections de décembre. On doit à Gladstone (1868-1874) de nombreuses réformes : la séparation de l’Église d’Irlande et de l’État, la création d’un système national d’enseignement primaire, l’admission des dissenters religieux aux universités d’Oxford et de Cambridge, l’accès à la fonction publique au mérite, le scrutin secret et une réforme de la justice et de l’armée. Durant le ministère de Disraeli suivant (1874-1880), les conservateurs votent la législation proposant la « démocratie tory », la légalisation du syndicalisme, la suppression des taudis et un début de législation sur la santé publique.
Durant son deuxième ministère (1880-1885), Gladstone lutte contre la corruption électorale (1883) et, avec la réforme de 1884, octroie le droit de vote à presque tous les hommes propriétaires ou locataires d’un logement (à l’exclusion des domestiques et des fils de famille vivant chez leurs parents). Gladstone tente également d’imposer la paix et une réforme agraire en Irlande, que défend au Parlement le Parti autonomiste irlandais de Charles Stewart Parnell. Quand Gladstone se rallie à la cause du Home Rule que propose Parnell — à savoir la création d’un ministère et d’un corps législatif irlandais autonomes —, il brise le Parti libéral et signe son suicide politique, la majorité protestante refusant tout compromis. Lors de son dernier ministère, Gladstone fait une dernière tentative visant à instaurer le Home Rule en Irlande (1892-1894), mais son projet est bloqué par la Chambre des lords.
Les dernières années de l’Empire victorien
L’essor enregistré au milieu de la période victorienne est suivi par une crise du système. Les États-Unis et l’Allemagne rattrapent le Royaume-Uni en termes de production d’acier et d’autres biens manufacturés. Le Royaume-Uni reste cependant le premier constructeur de navires, le premier transporteur maritime et le premier banquier du monde. L’envers de cette réussite est la subsistance de vastes poches de pauvreté dans les quartiers ouvriers de Londres et des grandes villes. Malgré une forte émigration vers les colonies britanniques et vers les États-Unis (plus de 200 000 départs chaque année durant les années 1880), la population, en Angleterre et au pays de Galles, est multipliée par deux entre 1851 et 1911 (elle passe à plus de 36 millions d’habitants) ; celle de l’Écosse augmente de plus de 60 p. 100 (approchant les 5 millions). En Irlande, où l’émigration est la plus forte, la chute de la population se stabilise autour de 2 millions d’habitants vers 1861.
Pendant les années 1880 et 1890, l’intérêt pour l’Empire est relancé par les politiques impérialistes des États-Unis, de l’Allemagne et de la France. Elles redonnent à la politique coloniale britannique une nouvelle vigueur ; on assiste alors à la naissance d’une rivalité avec la Russie, au Moyen-Orient et le long de la frontière indienne, et à une « lutte pour l’Afrique » entre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Solidement installés à Hong Kong et Singapour, les Britanniques continuent leur expansion en Chine et dans le Pacifique Sud. Le percement du canal de Suez (1869) est indirectement à l’origine du protectorat britannique sur l’Égypte, occupée en 1882. La reine Victoria devient impératrice des Indes en 1876 ; les cinquantième (1887) et soixantième (1897) anniversaires du couronnement de Victoria célèbrent l’unité impériale. La poursuite de la colonisation est d’autant plus âpre qu’elle oppose les puissances coloniales entre elles, et qu’on s’en prend à des États historiquement et culturellement développés. Sous les ministères conservateurs de lord Salisbury (1885, 1886-1892 et 1895-1902), la politique agressive du secrétaire aux Colonies, Joseph Chamberlain, conduit au déclenchement de la guerre des Boers en 1899. Le Royaume-Uni ne remporte la victoire qu’en 1902, plus d’un an après la mort de Victoria, et l’Union sud-africaine ne voit le jour qu’en 1906.
La période édouardienne (1901-1910) (1837-1901)
En 1901, Édouard VII monte sur le trône. Après sa victoire sur les Boers, le Royaume-Uni signe un traité avec le Japon (1902) et met fin à plusieurs décennies de rivalité avec la France en parvenant à l’Entente cordiale (1904). Après la réconciliation anglo-russe, les trois puissances forment la Triple-Entente (1907), destinée à faire face à la Triple-Alliance réunissant l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie.
Marquant la fin du gouvernement aristocratique, lord Salisbury est le dernier des Premiers ministres choisis parmi les lords. Cependant, au début du règne d’Édouard VII, la majeure partie des Britanniques se préoccupe plus des questions intérieures. La loi sur l’éducation (1902) d’Arthur Balfour donne naissance à un système national d’enseignement secondaire, mais cette mesure réveille les anciennes passions religieuses. Pendant le ministère de Balfour (1902-1905), le Parti conservateur se divise à nouveau entre les protectionnistes, qui souhaitent restaurer les barrières douanières, et les partisans du libre-échange. Les élections générales de 1906 donnent aux libéraux une majorité écrasante. L’influence des syndicats se traduit par la naissance d’un petit Parti travailliste, composé de 29 membres. Le gouvernement libéral, d’abord présidé par sir Henry Campbell-Bannerman (1905-1908) puis par Herbert Henry Asquith (1908-1916), accorde le statut de dominion, c’est-à-dire une pleine souveraineté interne, à la jeune Union sud-africaine (1910) et une souveraineté partielle aux provinces des Indes britanniques (1909).
Inspiré par David Lloyd George, le gouvernement jette également les bases d’un début de sécurité sociale : création des assurances vieillesse (1908), des bureaux de placement (1909), de l’assurance chômage (1911), d’un programme de contribution d’assurance maladie pour la plupart des travailleurs (1911) et des comités pour fixer le salaire minimal des mineurs (1909, 1912). La volonté de Lloyd George, qui cherche à financer ce programme ambitieux par la mise à contribution des classes fortunées (1909), est repoussée par la Chambre des lords. Le gouvernement réplique par la loi sur le Parlement de 1911, qui entame le pouvoir des lords en réduisant la durée de leur veto et en leur interdisant de s’opposer à toute mesure fiscale.
Malgré la croissance économique, l’augmentation des salaires suit difficilement celle des prix, et le début des années 1910 est marqué par d’importantes grèves de mineurs, de dockers et de transporteurs. Le mouvement des suffragettes organise également de grandes manifestations en faveur du droit de vote des femmes. Quand le gouvernement libéral décide enfin de décréter le Home Rule en Irlande, les Irlandais protestants d’Ulster (province du Nord) s’y opposent fermement ; il est accordé en 1914, mais l’Ulster s’insurge. Entre-temps, la crise des Balkans a débouché sur la Première Guerre mondiale.
La monarchie parlementaire sous George V de Windsor (1910-1936)
La dynastie des Windsor (1837-1901)
En 1910, George V succède à son père Édouard VII. Sept ans plus tard, il renonce à tous les titres allemands appartenant à la branche des Saxe-Cobourg-et-Gotha et proclame la maison de Windsor.
En mai 1915, le libéral Asquith forme une coalition regroupant des libéraux, des conservateurs et des membres du Parti travailliste. Lloyd George devient ministre de l’Armement. Cependant, les échecs de la guerre obligent Asquith à quitter le pouvoir. Il est remplacé par Lloyd George, qui dirige une coalition dominée par les conservateurs en décembre 1916. En Irlande, les troubles ne cessent pas : la Grande-Bretagne ne peut y instaurer la conscription, et l’insurrection de 1916 — les Pâques sanglantes, qui font plusieurs centaines de morts et ravagent Dublin — annonce les troubles encore plus graves de l’immédiat après-guerre.
La tourmente de la Première Guerre mondiale
L’intervention britannique
En 1914, la menace allemande contre la France et la violation de la neutralité belge obligent le Royaume-Uni à déclarer la guerre à l’Allemagne. Un corps expéditionnaire britannique, commandé par le maréchal French, est immédiatement envoyé en France. Les Allemands repoussés sur la Marne par les troupes françaises et anglaises, la bataille sur le front de l’ouest s’enlise rapidement et se transforme en une sanglante guerre de tranchées, à laquelle les Alliés ne sont nullement préparés. Les efforts pour contenir les empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie et Turquie) dans les Balkans et en Asie Mineure, notamment la campagne des Dardanelles (1915-1916), échouent également. À l’occasion de la bataille du Jutland (1916), les Britanniques empêchent la flotte allemande de prendre le contrôle de la mer du Nord, mais les sous-marins allemands font peser sur le Royaume-Uni la menace d’une famine. Au début de l’année 1917, les convois de navires marchands sont protégés par des destroyers, qui permettent d’éviter ce désastre.
L’entrée en guerre des États-Unis, en avril 1917, rééquilibre les forces et rend possible le succès des offensives de l’été de 1918 et la reddition de l’Allemagne en novembre.
Le gouvernement de Lloyd George
Les élections qui ont lieu immédiatement après l’armistice de Rethondes donnent à la coalition de Lloyd George en place depuis 1916 une majorité écrasante. Le Parti travailliste, désormais formellement proche du socialisme, représente la principale opposition, tandis que les libéraux, divisés, sont écartés du pouvoir. La réforme de 1918 accorde le droit de vote à tous les hommes de plus de vingt et un ans, ainsi qu’à toutes les femmes âgées de plus de trente ans. En 1918, le budget annuel du Royaume-Uni équivaut à 13 fois celui de 1913 ; les impôts ont quintuplé et la dette nationale totale a été multipliée par 14.
L’entre-deux guerres
La recherche de la paix
Lloyd George représente le Royaume-Uni, qui fait partie des trois grands (avec la France et les États-Unis), à la conférence de la Paix de Paris en 1919. Les traités qui en découlent consolident l’Empire britannique : les colonies allemandes en Afrique et les territoires turcs du Moyen-Orient sont placés sous mandat britannique. À l’intérieur du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, un accord, négocié par Lloyd George en 1921, met un terme à la guerre civile qui sévit en Irlande. Les 26 comtés du Sud forment l’État libre d’Irlande ; les 6 comtés d’Irlande du Nord restent au sein du Royaume-Uni et continuent d’être représentés au Parlement britannique, tout en disposant de leur propre Parlement. C’est en 1922 que le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande devient le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.
Le souvenir de la Première Guerre mondiale a fait naître chez les Britanniques le désir d’éviter un autre conflit ; le pays joue un rôle de premier ordre au sein de la Société des Nations (SDN) et lors des conférences pour le désarmement à Washington (1921-1922) et à Londres (1930), notamment. La politique étrangère du gouvernement britannique est guidée par le souci de ne pas voir l’Allemagne trop affaiblie. En conséquence, le Royaume-Uni ne soutient pas la politique française d’occupation de la Ruhr et approuve les décisions qui visent à alléger le fardeau financier de la République de Weimar. Les dirigeants britanniques, inconscients du danger nazi, adoptent après 1933 une politique d’apaisement à l’égard de l’Allemagne, alors qu’Adolf Hitler vient d’arriver au pouvoir. De même, le Royaume-Uni s’accommode-t-il parfaitement du régime mussolinien en Italie. Lorsque Adolf Hitler décide le retrait de l’Allemagne de la SDN (1934) et le réarmement (1935) puis la remilitarisation de la Rhénanie (1936) en dépit du traité de Versailles, les réactions sont tout aussi faibles, tant la peur de la guerre et l’esprit du pacifisme sont entrés dans les esprits.
La formation du Commonwealth
Au sortir de la Première Guerre mondiale, les dominions autonomes du Royaume-Uni (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud) entrent dans la jeune Société des Nations, créée pour tenter de régler par la négociation les conflits internationaux. L’Empire reste une réalité, même si le statut de Westminster (1931) proclame l’égalité de certaines nations au sein du Commonwealth, telles que le Canada et l’Australie.
Instabilité politique et réformes sociales
En 1922, l’opposition des membres du Parti conservateur du Parlement fait chuter Lloyd George, remplacé par le conservateur Bonar Law. Le Royaume-Uni connaît une relative instabilité politique, reflet du désarroi des classes dirigeantes face aux problèmes économiques et sociaux. Les conservateurs sont victorieux en 1922 mais, un an plus tard, le successeur de Bonar Law, le conservateur Stanley Baldwin, n’obtient pas de majorité nette pour le soutenir. À la suite de ces élections, Ramsay MacDonald, leader du Parti travailliste, devient le premier travailliste accédant au poste de Premier ministre. Son ministère dure moins d’un an (1924) ; en 1925, le Parti conservateur de Baldwin revient au pouvoir. Les efforts de Lloyd George et d’Asquith ne parviennent pas à rendre au Parti libéral sa base électorale : il reste un parti politique mineur dans le pays. Le ministère de Baldwin (1924-1929) est confronté à une mobilisation syndicale sans précédent, lors de la grève générale de 1926. La grève est organisée par les Trade Unions pour soutenir les mineurs, qui s’opposent à la baisse des salaires et à l’augmentation du temps de travail ; cette grève très dure est neutralisée par la troupe. À l’époque, cependant, elle est interprétée comme un défi lancé directement à l’État et elle entraîne des changements dans la législation syndicale ; les travailleurs doivent s’engager dans un syndicat et leur cotisation de membre n’est plus prélevée automatiquement sur leur salaire. Toutefois, le gouvernement Baldwin a engagé plusieurs réformes d’ordre social, dont la loi sur les pensions pour les veuves, les orphelins et les personnes âgées (1925). Un réseau national de distribution d’électricité est installé (1926). En 1928, on accorde à toutes les femmes le même droit de vote qu’aux hommes.
La crise économique mondiale et l’arrivée des travaillistes au pouvoir (1929-1935)
Entre 1929 et 1932, les effets de la crise économique mondiale frappent le Royaume-Uni, multipliant par deux un taux de chômage déjà élevé. En trois ans, on constate une chute de 25 p. 100 des niveaux d’activité industrielle et des prix ; certaines industries, comme la construction navale, cessent quasiment toute production. Le deuxième gouvernement travailliste formé par MacDonald (1929-1931) se révèle incapable de faire face à la crise. En 1931, un gouvernement national, d’abord dirigé par MacDonald puis par Baldwin (1935-1937), regroupant principalement des conservateurs, est constitué. Le Parti travailliste dénonce MacDonald comme traître, mais le gouvernement national obtient une écrasante majorité aux élections générales de 1931. L’étalon-or est supprimé, les barrières douanières sont restaurées et la construction des logements reçoit des subventions. Entre 1933 et 1937, l’économie se relève avec l’industrie de l’automobile, le bâtiment et l’électricité. Le taux de chômage reste cependant élevé, en particulier au pays de Galles, en Écosse et dans le nord de l’Angleterre. La vie britannique est peu affectée par les idéologies communiste et fasciste, même si un mouvement fasciste, fondé par sir Oswald Mosley, prend une certaine importance. Malgré tout, le roi George V maintient le prestige de la monarchie. Lorsque son fils, Édouard VIII, insiste pour épouser une citoyenne américaine divorcée deux fois, son abdication (1936) s’avère la seule solution acceptable. Le règne de George VI, frère d’Édouard, restaure l’image traditionnelle de la royauté.
La monarchie parlementaire sous George VI de Windsor (1936-1952)
La politique d’« apaisement » du conservateur Neville Chamberlain (1937-1940)
En 1936, le Royaume-Uni décide (comme la France) de mettre en place un programme de réarmement. En 1938, l’Anschluss, l’union de l’Autriche avec l’Allemagne, déclenche une vague de protestations dans l’opinion publique, sans qu’il y ait pour autant de riposte politique. Dans ses efforts pour maintenir la paix à tout prix, le Premier ministre Neville Chamberlain et le président du Conseil français, Édouard Daladier, entérinent avec les accords de Munich l’annexion par Hitler des Sudètes de Tchécoslovaquie. Mais loin de sauver la paix, ces accords ne parviennent qu’à convaincre un peu plus Hitler de la faiblesse des démocraties. Le Royaume-Uni ne se décide à apporter son soutien militaire à la Pologne et à la Roumanie qu’après l’annexion de Prague par l’Allemagne (mars 1939). Dès lors néanmoins, il joue un rôle clé dans la lutte contre les pays totalitaires.
Winston Churchill face à la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)
La Seconde Guerre mondiale commence par une série de graves revers. Le Royaume-Uni ne doit son salut qu’à l’efficacité de son fossé antichar, la Manche, et à la qualité de son aviation, au cours de la bataille d’Angleterre. À partir du mois de juillet 1940, elle résiste seule à l’Allemagne nazie. L’organisateur de la victoire est Winston Churchill, le remplaçant de Neville Chamberlain à la tête du cabinet de guerre (1940-1945). Dès l’automne 1940, les États-Unis aident économiquement et militairement le Royaume-Uni avec la loi prêt-bail, qui permet d’acheter du matériel de guerre alors que les caisses du Trésor sont vides.
L’alliance avec l’URSS en juin 1941, puis avec les États-Unis après Pearl Harbor en décembre 1941, permet au Royaume-Uni de mener la guerre à un pays de 58 millions d’habitants, alors qu’il n’en compte que 48 millions. En 1942, la victoire de Montgomery à El-Alamein marque, à l’Ouest, le tournant de la guerre, comme Stalingrad le fait à l’Est ; à partir de ce moment, les Alliés prennent le dessus sur l’Allemagne, qui capitule le 8 mai 1945.
L’immédiat après-guerre : les travaillistes de Clement Attlee (1945-1951)
À la surprise générale, les élections de 1945 donnent une écrasante majorité au Parti travailliste au Parlement. Au cours des années qui suivent, les travaillistes, dirigés par Clement Attlee, cherchent à promouvoir l’égalité sociale et à reconstruire un pays ruiné : pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, le Royaume-Uni est une nation débitrice.
Le National Insurance Act de 1946 (assurances nationales) et le National Health Service (service national de santé) sont adoptés en 1948. Mesures très populaires s’inspirant des rapports d’après-guerre du libéral William Beveridge, elles établissent ce qu’on appelle l’État-providence (Welfare State). Les nationalisations de la Banque d’Angleterre, de l’industrie du charbon, du gaz et de l’électricité, des chemins de fer et de la plupart des lignes aériennes, du transport routier et des industries sidérurgiques sont effectuées sans opposition. En 1948, les travaillistes éliminent les dernières traces du vote plural (c’est-à-dire le vote dans plus d’une circonscription électorale) et réduisent la durée du veto de la Chambre des lords à une année.
Parallèlement, le Royaume-Uni, avec l’aide du plan Marshall mis en place par les États-Unis (1948-1952), se relève et s’unit à d’autres puissances européennes et aux États-Unis dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 1949, afin de faire face à la menace soviétique. En 1948, le Royaume-Uni quitte la Palestine sous mandat, permettant la fondation d’Israël. Le gouvernement travailliste, conscient que les fonds publics sont au plus bas et qu’il est incapable de contenir les nombreuses demandes d’autodétermination, accorde l’indépendance à l’Inde et au Pakistan, en 1947, et à la Birmanie et à Ceylan en 1948.
Le Royaume-Uni d’aujourd’hui : le règne d’Élisabeth II de Windsor (depuis 1952)
Les conservateurs au pouvoir (1951-1964)
Winston Churchill (1951-1955)
Une fois son programme social mis en place, le gouvernement travailliste perd les élections de 1951. Winston Churchill revient au pouvoir. À l’exception de la dénationalisation de l’industrie du fer et de l’acier, les conservateurs ne font aucune tentative pour inverser la législation ou le programme d’État-providence mis en place par les travaillistes. Avec la réduction des impôts sur le revenu et le démantèlement de la législation de guerre et d’après-guerre, l’immobilier prend son essor et le commerce international entre dans une période florissante. En juin 1952, le couronnement d’Élisabeth II semble ouvrir une période de prospérité et de paix.
Anthony Eden (1955-1957)
Le successeur et gendre de Churchill, le ministre des Affaires étrangères sir Anthony Eden, conduit son parti à une deuxième victoire aux élections de 1955. Toutefois, son mandat en tant que Premier ministre prend brusquement fin avec la crise qui suit la nationalisation du canal de Suez par le gouvernement nationaliste de Nasser en 1956. Les troupes franco-britanniques occupent le canal de Suez et l’Égypte, tandis que l’armée israélienne s’empare du Sinaï. Sous la pression de l’URSS, qui menace d’intervenir directement, et les pressions diplomatiques des États-Unis, refusant de cautionner une aventure coloniale, Français et Anglais quittent l’Égypte. Cet épisode sanctionne la perte de l’influence britannique au Moyen-Orient.
Harold Macmillan et sir Alec Douglas-Home (1957-1964)
Anthony Eden démissionne et son successeur, Harold Macmillan, comte de Stockton (1957-1963), comprend la leçon : il réussit à se faire élire trois fois de suite et peut mettre en œuvre la politique de décolonisation qui s’avère nécessaire. Contrairement à celle de la France, la décolonisation britannique se déroule, à quelques exceptions près, sans conflits importants. Le Soudan a déjà obtenu son indépendance en 1956. Au cours des sept années suivantes, le Ghana, le Nigeria, la Somalie, la Tanzanie, la Sierra Leone, l’Ouganda et le Kenya suivent l’exemple. La plupart de ces États restent membres du Commonwealth des Nations, à l’exception de l’Union d’Afrique du Sud, dominée par la minorité blanche, qui quitte le Commonwealth en 1961 et s’autoproclame république. L’indépendance est également accordée à la Malaisie, à Chypre et à la Jamaïque. En 1961, Macmillan dépose la demande britannique d’adhésion auprès de la Communauté économique européenne (CEE). De nombreux Britanniques ne se sentent pas prêts et, de surcroît, la candidature est contrée par le veto du président français Charles de Gaulle.
En 1963, Macmillan est remplacé par un Premier ministre conservateur, sir Alec Douglas-Home, qui est battu de justesse aux élections de 1964 par le travailliste Harold Wilson.
L’alternance politique (1964-1979)
Le travailliste Harold Wilson (1964-1970)
Le gouvernement travailliste d’Harold Wilson cherche à la fois à étendre les chances d’accès à l’enseignement supérieur et à mettre fin à un système d’enseignement secondaire qui sépare le monde académique des autres étudiants. Pendant les dernières années de la décennie 1960, les lois sur le divorce se simplifient, l’avortement est légalisé, les discriminations pesant sur les pratiques homosexuelles se relâchent, la peine de mort est abolie, les femmes obtiennent l’égalité des salaires à travail égal, et l’âge du droit de vote passe de vingt et un à dix-huit ans.
Le conservateur Edward Heath (1970-1974)
En 1970, les conservateurs reviennent au pouvoir avec Edward Heath. Au cours des années 1970, le Royaume-Uni connaît un vaste mouvement de contestation sociale qui s’exprime dans la mode, la musique et les spectacles populaires. Ce phénomène fait de Londres une capitale mondiale de la musique, du théâtre et de la mode. Le Royaume-Uni rejoint la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1973 et, deux ans plus tard, le premier référendum national de l’histoire britannique approuve largement cette initiative. Les tentatives d’Heath, en 1972 et en 1973, pour geler salaires et prix rencontrent l’opposition des mineurs. Heath perd de peu les élections générales de février 1974.
Les travaillistes Harold Wilson et James Callaghan (1974-1979)
Harold Wilson peut former un gouvernement travailliste qui, sous sa direction et, après 1976, celle de James Callaghan, gouverne de 1974 à 1979. Pendant les années 1970, le gouvernement doit également faire face aux difficultés en Irlande et en Écosse. Le mouvement pour les droits civils de la minorité catholique d’Irlande du Nord, en butte à une réaction très violente des protestants du pays, oblige le gouvernement britannique à envoyer des troupes pour maintenir l’ordre ; en 1972, il interdit le Parlement autonome d’Irlande du Nord. Les violences des organisations paramilitaires protestantes ont pour effet de jeter la population catholique dans le giron de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) qui, en 1967, n’était plus qu’une organisation d’anciens combattants. Bénéficiant d’un sang neuf, l’IRA peut mener une guérilla urbaine et des campagnes d’attentats terroristes, qui ensanglantent l’Irlande et la Grande-Bretagne ; en 1979, lord Mountbatten est assassiné (et, en 1984, Margaret Thatcher échappe de peu à un attentat revendiqué par l’IRA). L’objectif de l’organisation — la réunification de l’Irlande du Nord avec le Sud — renforce les extrémistes protestants ; la majorité reste attachée à l’appartenance au Royaume-Uni. Les mesures britanniques restreignent progressivement, sans y mettre un terme définitif, la vague d’attentats à la bombe et d’assassinats en Irlande du Nord et en Angleterre. En Écosse, on assiste à un réveil inattendu du nationalisme écossais. Le Parti national écossais fait d’excellents scores aux élections de 1974, et le gouvernement Callaghan (1976-1979) tente d’établir un Parlement semi-autonome à Édimbourg. Mais une majorité d’Écossais repousse ce plan au référendum de 1979.
Le gouvernement travailliste en place de 1974 à 1979 met fin au gel des salaires et des prix, mais le pays connaît un taux d’inflation de 25 p. 100 en 1975. Vers la fin des années 1970, la politique britannique se polarise entre le Parti travailliste, souhaitant un accroissement du rôle de l’État afin de créer une plus grande égalité sociale, et les conservateurs. Un hiver d’agitation sociale provoque, en mars 1979, la chute de James Callaghan.
L’ère conservatrice (1979-1997)
La décennie Margaret Thatcher (1979-1990)
Les élections d’avril 1979 portent au pouvoir Margaret Thatcher, première femme à accéder au poste de Premier ministre dans l’histoire britannique et européenne. Elle conserve ses fonctions durant onze ans.
Les premières années de gouvernement de Margaret Thatcher sont difficiles. Influencée par les monétaristes ultra-libéraux de l’école de Chicago, elle rompt avec les traditions de l’État-providence (Welfare State). Elle cherche à résorber l’inflation par une politique de taux d’intérêt élevés et de restrictions des dépenses publiques. Elle accepte que la restructuration de l’appareil industriel se fasse au prix d’un chômage énorme, limite au minimum les aides sociales et s’attaque à la toute-puissance des syndicats. En 1981 et 1982, cette politique rencontre quelques succès, mais aux dépens du monde du travail : les taux de chômage atteignent leurs niveaux les plus élevés depuis les années 1930. Le gouvernement, ébranlé par la montée du chômage, sait exploiter le conflit des Malouines. La « Dame de fer » envoie un corps expéditionnaire qui reprend les îles en juin, assurant une confortable victoire aux conservateurs (42 p. 100) aux élections de juin 1983. En juin 1987, un phénomène similaire a lieu : ces victoires ne sont pas seulement la conséquence de la guerre des Malouines, mais également celle de la division de l’opposition. En 1980, un groupe de travaillistes, dirigé par Roy Jenkins et David Owen, démissionne du parti, et forme le Parti social-démocrate en 1981. Le nouveau parti, rejoint par les libéraux, recueille 25 et 23 p. 100 des suffrages en 1983 et 1987, les travaillistes n’en recueillant que 28 et 31 p. 100.
Servie par la « rente » du pétrole de la mer du Nord, Margaret Thatcher poursuit son programme : les privatisations d’entreprises assurent des rentrées monétaires substantielles à l’État, qui abaisse l’impôt sur le revenu, désormais limité à deux taux : 25 p. 100 et 40 p. 100. Le Royaume-Uni devient attractif pour les investisseurs, les lois antisyndicales de 1984 affaiblissent les Trade Unions désormais sur la défensive, la clause d’embauche des syndicats ayant été supprimée. Cette politique agressive a plusieurs inconvénients : d’une part, la persistance d’un chômage structurel massif (de 7 à 14 p. 100 de la population active suivant les années) ; d’autre part, la concentration de la richesse dans le sud de l’Angleterre au détriment du nord (sans compter l’aggravation des inégalités sociales).
C’est une réforme fiscale qui fait chuter le gouvernement Thatcher : la tentative d’instaurer un impôt local, la poll tax, touchant toutes les personnes indépendamment de leurs revenus réels et donc par essence inégalitaire, déclenche la crise. En butte aux attaques d’une majorité au sein de son propre parti, inquiète de l’aggravation de l’inflation et de l’impopularité de la poll tax, Margaret Thatcher doit démissionner en novembre 1990.
Le gouvernement John Major (1990-1997)
Le nouveau Premier ministre, John Major, poursuit une politique similaire. Les troupes britanniques participent à la guerre du Golfe en 1991. Mais l’année suivante, la reprise de la crise amène John Major à faire sortir la livre du Système monétaire européen (SME), une politique exactement inverse de celle de Margaret Thatcher ; malgré la récession économique, le Parti conservateur remporte à une courte majorité les élections générales d’avril 1992. Le leader du Parti travailliste, Neil Kinnock, démissionne après les élections, remplacé par John Smith. À la suite des élections, le gouvernement Major fait face à une crise financière croissante, aggravée par l’affaiblissement de la livre sur le marché des changes, par un taux élevé de l’inflation et du chômage et par une récession s’étendant à tout le pays. John Major devient le plus impopulaire de tous les Premiers ministres britanniques. En 1993, après les révélations sur les contacts établis à la demande du gouvernement Major avec le Sinn Féin, l’aile politique de l’IRA, le gouvernement évite de peu un scandale. John Major et le Premier ministre irlandais Albert Reynolds publient un communiqué demandant à l’IRA de cesser ses activités terroristes pendant trois mois, durée après laquelle le Sinn Féin pourra se joindre aux discussions sur l’avenir de l’Irlande du Nord.
En mars 1994, l’IRA reconnaît sa responsabilité dans deux attaques au mortier sur l’aéroport d’Heathrow, à Londres. Certains observateurs concluent que l’IRA a tenté d’obtenir une meilleure position dans ses négociations avec le gouvernement britannique. Le 31 août 1994, l’IRA annonce un cessez-le-feu sans conditions, promettant de suspendre ses opérations militaires pendant les négociations de paix. En octobre, les groupes paramilitaires loyalistes (protestants) annoncent à leur tour une trêve. Le cessez-le-feu de l’IRA et des loyalistes dure jusqu’au milieu de l’année 1995. En réponse à l’arrêt des campagnes d’attentats, les patrouilles militaires britanniques en Irlande du Nord sont réduites ; en mars 1995, les patrouilles de jour régulières sont définitivement arrêtées dans toute la province. Toutefois, la transformation des négociations en une table ronde sur l’avenir de l’Irlande du Nord, réunissant tous les belligérants, est entravée par les unionistes d’Irlande du Nord, hostiles à tout changement, et par le refus de l’IRA de remettre ses armes lourdes. Des discussions directes entre le gouvernement britannique et le Sinn Féin ont été entamées en décembre 1994, mais la reprise des attentats par l’IRA en 1996 enraye le processus de paix.
En mai 1994, le successeur de John Smith à la tête du Parti travailliste, Tony Blair, achève la transformation du parti en une organisation de centre gauche. En avril 1995, les travaillistes abandonnent leur programme de nationalisations et prennent leurs distances à l’égard des syndicats.
Le premier mandat du travailliste Tony Blair (1997-2001)
Cette réforme du Parti travailliste, qui a adopté le nom de New Labour, permet à Tony Blair de remporter une large victoire lors des élections de mai 1997, mettant ainsi fin à dix-huit années de conservatisme. Avec 44,5 p. 100 des suffrages, les travaillistes acquièrent la majorité absolue au sein de la Chambre des communes, soit 419 sièges ; les conservateurs remportent 165 sièges, les libéraux-démocrates 46, et les autres partis 29. Se démarquant de ses prédécesseurs, Tony Blair adopte une ligne plus favorable à la construction européenne : il annonce le transfert du contrôle des taux d'intérêt à un comité de politique monétaire indépendant (à l'instar des mesures prises dans les autres pays européens en vue de l'Union économique et monétaire) et ratifie le protocole social annexé au traité de Maastricht. Parallèlement, le Royaume-Uni se désengage des derniers vestiges de son empire, rétrocédant notamment Hong Kong à la Chine, le 1er juillet 1997.
La réforme de l’État et de la monarchie
Très populaire, symbolisant la « jeune et nouvelle Angleterre », Tony Blair s'engage dans la réforme du Welfare State, autrement dit l'État-providence. S'inspirant de la politique menée par Bill Clinton aux États-Unis, il lance un plan important visant à privilégier l'emploi par rapport à l'aide sociale, en organisant une refonte des pensions et du mode de gestion des aides et en remettant en cause l'allocation chômage sans contrepartie. Il s'agit de mettre en place le welfare to work (« retour au travail ») des chômeurs. Dans le même temps, Blair engage également une réforme de l'éducation, avec pour objectifs principaux d'améliorer la qualité du système scolaire et de lutter contre le chômage des jeunes. Une réforme de la Sécurité sociale et de la justice ainsi que la modernisation du système fiscal sont également à l’étude.
Au lendemain de la mort de la princesse Diana (31 août 1997), Tony Blair prend, par ailleurs, une part active aux côtés du prince Charles dans la tentative de modernisation de la monarchie anglaise. Revenant sur la politique centralisatrice des conservateurs, Blair annonce l'élection d'un maire pour Londres, et organise deux référendums victorieux sur l'autonomie de l'Écosse et du pays de Galles.
La question de l’Irlande du Nord
S'engageant personnellement sur le dossier de l'Ulster, Tony Blair réussit à obtenir, avec son homologue irlandais Bertie Ahern, un accord de paix historique le 10 avril 1998, également signé par les républicains et les unionistes. Un an après cependant, l’accord de Stormont semble dans l’impasse : les groupuscules terroristes, opposés au processus de paix, ont multiplié les attentats et les divergences entre le Premier ministre d’Irlande du Nord, David Trimble (protestant modéré élu en juillet 1998) et le Sinn Féin ont bloqué les négociations. Celles-ci reprennent à la mi-avril 1999, mais continuent de buter sur la question du désarmement des milices, préalable jugé nécessaire par David Trimble avant la formation d’un exécutif.
La politique extérieure
En matière internationale, le Royaume-Uni renoue, en septembre 1998, ses relations diplomatiques avec l’Iran (désolidarisé de la fatwa prononcée contre Salman Rushdie). Il lance, avec les États-Unis, l’opération « Renard du désert » contre l’Irak qui a mis des obstacles au contrôle du désarmement par l’Unscom. En mars 1999, le pays s’engage en outre, aux côtés de treize des dix-neuf membres de l’OTAN, dans l’opération militaire « Force alliée » contre la Yougoslavie. Tony Blair prend dans le conflit du Kosovo une position particulièrement ferme. Le Royaume-Uni contribue, avec 13 000 hommes, au plus fort contingent armé de la KFOR et se voit attribué un des cinq secteurs mis en place au Kosovo.
L’affaire Pinochet, quant à elle, détériore gravement les relations avec le Chili. La police britannique arrête le général Pinochet le 16 octobre 1998, à la suite d’un mandat d’Interpol présenté par le juge espagnol Baltasar Garzón. Ce dernier réclame l’extradition vers l’Espagne de l’ancien chef de la junte militaire, afin de le juger pour des délits de « génocides », « tortures » et « disparitions » commis pendant la dictature. Malgré les protestations des autorités chiliennes, le Royaume-Uni décide de poursuivre la procédure. Un premier jugement des 5 juges-lords, déniant l’immunité au général Pinochet (par trois voix contre deux, le 25 novembre 1998), est cassé par la Chambre des lords (11 décembre) en raison de l’appartenance de l’un des juges-lords à Amnesty International. Finalement, à l’issue d’une nouvelle procédure d’examen, 6 des 7 juges-lords lui refusent l’immunité pour la période 1988-1990 (24 mars 1999), ne retenant cependant que 3 des 32 chefs d’inculpation. Le ministre britannique de l’Intérieur Jack Straw autorise, le 15 avril, la poursuite de la procédure d’extradition.
Les élections européennes de juin 1999 sont marquées par un taux d'abstention record (77 p. 100) et par la défaite du Parti travailliste au pouvoir, qui ne recueille que 28 p. 100 des suffrages (soit une représentation de 29 sièges au Parlement européen), tandis que les conservateurs obtiennent 37,5 p.100 des voix (36 sièges) et les libéraux-démocrates 13 p. 100 (10 sièges).
Les élections locales de mai 2000 sont également un échec pour le gouvernement qui voit le candidat travailliste devancé par le dissident Ken Livingstone, dit « Ken le Rouge », à l’élection de la mairie de Londres. Sur l’initiative des travaillistes, cette élection s’est tenue pour la première fois au suffrage universel.
La question de l’immigration
Devant l’arrivée massive de clandestins demandeurs d’asile, le durcissement du système d’accueil britannique est décidé par le gouvernement de Tony Blair : celui-ci est en effet considéré comme offrant les meilleures conditions aux réfugiés. Les immigrés clandestins sont en majorité kurdes, afghans ou iraniens mais viennent également d'Irak, du Kosovo, de Tchétchénie, de Somalie, du Rwanda ou d’Angola. Prêts à tout pour gagner la Grande-Bretagne, ils sont victimes de l’exigence financière des réseaux de passeurs qui les font voyager dans des conditions inhumaines. Ainsi, en juin 2000, les douaniers anglais de Douvres trouvent 58 ressortissants chinois morts d’asphyxie dans un camion venant de Belgique.
En février 2001, la France et le Royaume-Uni conviennent notamment de renforcer leur coopération policière sur les liaisons trans-Manche. Tony Blair s'associe à Giuliano Amato, le président du Conseil italien, pour lutter contre le trafic de réfugiés passant par la Bosnie. Quant au ministre de l'Intérieur, Jack Straw, il multiplie les initiatives pour changer le système européen de demande d'asile. Il veut établir des listes de pays, classés selon leur respect des droits de l'homme, afin que ne soient pas acceptés les réfugiés ressortissants de pays jugés sûrs.
La crise du secteur agricole
La vie politique et économique des années 2000 et 2001 est surtout marquée par les difficultés du secteur agricole. La maladie de Creutzfeld-Jakob, dont le premier cas est recensé en 1985, fait en quinze ans près de 80 victimes humaines. Une commission d’enquête publique ordonnée par Tony Blair dénonce en 2000 l’irresponsabilité de hauts fonctionnaires dans cette affaire. L’embargo français sur la viande britannique prend l’allure d’une « guerre du bœuf » après que la France, présidente de l’Union européenne jusqu’au 31 décembre 2000, décide de maintenir l’embargo alors que la Commission préconise sa levée.
En février 2001, les ovins britanniques sont touchés par une épizootie de fièvre aphteuse. La Commission européenne interdit toutes les importations d'animaux vivants, de viande et de produits laitiers venant de Grande-Bretagne. Pour enrayer l'épidémie, plus d'un million d'animaux sont abattus en Grande-Bretagne.
Le second mandat de Tony Blair (depuis 2001)
Des élections législatives anticipées se tiennent en juin 2001. Comme en 1997, le Parti travailliste remporte une victoire écrasante. Pour la première fois dans l’histoire du pays, il obtient ainsi la majorité absolue deux fois de suite. Néanmoins, forte de 37 p. 100, l’abstention atteint son taux le plus élevé depuis 1918. Les travaillistes remportent 413 sièges (- 5), les conservateurs 166 (+ 1) et les libéraux-démocrates 52 (+ 6). Au lendemain des résultats, le chef de file du Parti conservateur, William Hague, présente sa démission.
Le Premier ministre, Tony Blair, est reconduit dans ses fonctions, à la tête d’un gouvernement qu’il remanie profondément — l'ancien ministre de l'Intérieur Jack Straw remplace notamment Robin Cook comme secrétaire au Foreign Office. L’amélioration des services publics et l’entrée du Royaume-Uni dans la zone euro apparaissent comme les principaux enjeux de ce nouveau mandat. Tony Blair continue de mener une politique extérieure particulièrement active dans le sillage de la riposte lancée par les États-Unis aux attentats qui les ont touchés le 11 septembre 2001. Le Royaume-Uni assure notamment le commandement de la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF), mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU, déployée à partir du mois de janvier 2002.
