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LES ETATS-UNIS







PRÉSENTATION


États-Unis, en anglais United States of America. État d’Amérique du Nord, incluant l’Alaska (au nord-ouest du Canada) et les îles Hawaii (dans le Pacifique Nord, à quelque 5 000 km des côtes californiennes). Les États-Unis sont bordés au nord par le Canada, à l’est par l’océan Atlantique, au sud par le golfe du Mexique et le Mexique et, à l’ouest par l’océan Pacifique. République fédérale formée de cinquante États et d’un district fédéral, possédant quelques îlots dans le Pacifique (Midway, Wake), les États-Unis exercent en outre une tutelle sur certaines îles et archipels du Pacifique et des Caraïbes, dotés d’un statut d’État associé (Porto-Rico), de territoires « librement associés » (république des îles Marshall, États fédérés de Micronésie et république de Belau) ou de territoires « non incorporés » aux États-Unis (Samoa américaines, Guam, îles Vierges). Avec un territoire de 9 629 047 km², dont 1 593 438 km² en Alaska, les États-Unis forment un « État-continent », le quatrième du monde par la superficie, doté de deux façades océaniques. La capitale du pays est Washington. Les plus grandes villes sont New York et Los Angeles, deux métropoles au rayonnement international.




MILIEU NATUREL


Les États-Unis s’étirent sur 4 517 km d’est en ouest et sur 2 572 km du nord au sud. Ils présentent, en raison de l’étendue de leur territoire, une grande variété de climats et de paysages. Le point culminant du pays se situe en Alaska, au sommet du mont McKinley (6 194 m). Le point le plus bas se trouve dans vallée de la Mort, en Californie, à 86 m en dessous du niveau de la mer.


Relief

Orogenèse

L’armature physique du pays est d’une grande simplicité, à l’image du continent nord-américain. Trois grands ensembles méridiens se succèdent de l’ouest vers l’est : le système montagneux des Rocheuses, les Grandes Plaines centrales (Middle West) et le massif ancien des Appalaches, bordé par une étroite plaine côtière sur l’Atlantique.

Les montagnes Rocheuses

L’ouest des États-Unis est occupé par la longue cordillère nord-américaine. Connue sous le nom de montagnes Rocheuses (Rocky Mountains), celle-ci forme un système orogénique complexe, d’une largeur maximale de 1 500 km entre Denver et San Francisco. Elle se divise en trois ensembles : les chaînes côtières du Pacifique (Pacific Ranges) à l’ouest, de hauts plateaux désertiques au centre, et une imposante barrière montagneuse à l’est. Cette dernière culmine à 4 399 m, au sommet du mont Elbert. Les principales chaînes sont la Bitterroot Range et les Salmon River Mountains au nord, la Front Range et les San Juan Mountains au centre et les Sangre de Cristo Mountains au sud. De hauts plateaux centraux, sédimentaires ou volcaniques, séparent les montagnes Rocheuses orientales des chaînes côtières du Pacifique. On distingue, au nord, le plateau de la Columbia, au centre, le Grand Bassin, au sud, les plateaux du Colorado et le désert Mojave. Ces plateaux, dont l’altitude varie entre 1 500 m et 3 000 m, sont accidentés par des chaînons montagneux (monts Wasatch) et des cuvettes profondes (Grand Lac salé, vallée de la Mort), au drainage endoréique, et découpés par un réseau hydrographique profondément encaissé (Grand Canyon du Colorado). À l’ouest s’élèvent les Pacific Ranges. Le relief s’y organise en trois bandes parallèles : à l’est, une cordillère de hautes montagnes, formée par la chaîne des Cascades (Cascade Range), surmontée de cônes volcaniques, et par la Sierra Nevada, qui culmine à 4 418 m d’altitude, au sommet du mont Whitney ; au centre, un ensemble de dépressions tectoniques forment le profond golfe du Puget Sound, la vallée de la Willamette et la Grande Vallée de Californie ; à l’ouest, les Coast Ranges forment une cordillère d’étroites chaînes côtières, dont celle des Olympic Mountains au nord, culminant entre 1 500 et 2 500 m d’altitude. Les Pacific Ranges sont des montagnes de formation récente et inachevée. Issues de la collision des plaques pacifique et américaine, elles sont le siège de violents phénomènes sismiques et volcaniques. Le volcanisme concerne plus particulièrement la chaîne des Cascades, où l’on dénombre plus d’une centaine de sommets volcaniques et où, en 1980, l’éruption du mont Saint Helens fit environ 60 victimes. Le contact entre les deux plaques se transforme en Californie, la collision faisant place à un mouvement de coulissement le long de la faille de San Andreas, de Point Arena, au nord de San Francisco, jusqu’au golfe de Californie. Cette faille est à l’origine de nombreux séismes (San Francisco, 1906, 1989).

Les Grandes Plaines

Les Grandes Plaines intérieures, qui constituent la partie centrale du continent nord-américain, sont un vaste bassin sédimentaire drainé par le réseau fluvial du Missouri-Mississippi. En contrebas des Rocheuses s’étendent les « Hautes Plaines », hauts plateaux de piemont (Llano Estacado) culminant à près de 2 000 m d’altitude, profondément entaillés par les affluents de rive droite du Mississippi (Missouri, Arkansas). Elles se raccordent, par un glacis doucement incliné vers l’est, aux basses terres centrales (Central Lowland). Au sud, en revanche, elles dominent la plaine côtière du golfe du Mexique par un escarpement (Balcones Escarpment). Le relief plan et faiblement accidenté des Grandes Plaines septentrionales, tapissé d’épais dépôts glaciaires (coteau du Missouri), a été modelé par les glaciers quaternaires. Ceux-ci sont à l’origine du paysage lacustre du Minnesota et surtout des cinq Grands Lacs (Supérieur, Michigan, Huron, Érié, Ontario) qui occupent un bassin surcreusé par l’érosion glaciaire, dans une zone de contact entre le Bouclier canadien (socle précambrien) et les terrains sédimentaires qui le recouvrent, au sud. Le relief des Grandes Plaines devient plus vigoureux au sud du confluent du Missouri et du Mississippi, avec les massifs hercyniens des monts Ozark et Ouachita, qui culminent à 899 m d’altitude au mont Rich. Au sud, la plaine côtière du golfe du Mexique, qui comprend la basse vallée et l’immense delta du Mississippi, s’étend de la Floride au Rio Grande. La côte, basse et sableuse, est bordée de cordons littoraux et de lagunes marécageuses.

Les Appalaches

À l’est s’élève le massif des Appalaches, moyenne montagne culminant à 2 037 m d’altitude, au mont Mitchell. Étiré sur 2 000 km de la frontière canadienne à l’Alabama, il atteint une largeur de près de 500 km à la hauteur de la Pennsylvanie. Vieux massif primaire, érodé à l’ère secondaire, soulevé et rajeuni au Tertiaire, puis creusé par les glaciers quaternaires, les Appalaches sont constitués à l’ouest par des plateaux calcaires (plateau du Cumberland au sud, monts Allegheny au nord), au centre par une succession de crêtes et de sillons parallèles (Great Valley), et à l’est par les Blue Ridge, qui s’élèvent entre 1 500 et 2 000 m d’altitude. Une série de cluses en permettent le franchissement transversal. Au nord-est, les Appalaches septentrionaux (Nouvelle-Angleterre) se composent de plusieurs massifs modelés par les glaciers quaternaires (monts Adirondacks, monts Catskill, Green Mountains), à l’origine d’une multitude de lacs et d’une côte rocheuse entaillée par des fjords (Hudson). Au pied des Blue Ridge s’étend le Piemont appalachien, plateau fortement disséqué (collines), limité par une ligne de faille, la Fall Line, et bordé, en contrebas, par la plaine côtière atlantique, depuis le Massachusetts jusqu’à la Floride. Étroite au nord-ouest, celle-ci s’élargit progressivement vers le sud, où elle est relayée par la plaine côtière du golfe du Mexique. La côte est profondément marquée par l’ennoyage postglaciaire (baie de Chesapeake). Au sud du cap Hatteras, elle est barrée par une succession de cordons littoraux isolant des lagunes et des marais maritimes. Au sud-est du pays, la péninsule de Floride, d’origine corallienne, se rattache par sa structure aux archipels antillais.


Hydrographie

Fleuves

Les États-Unis possèdent un formidable potentiel hydrographique grâce à d’immenses bassins fluviaux, parcourus par des cours d’eau aux débits puissants. Les montagnes appalachiennes donnent naissance aux affluents de rive gauche du Mississippi (Ohio, Tennessee) et à d’importants fleuves côtiers, tributaires de l’Atlantique (Hudson, Delaware, Susquehanna, Potomac, Roanoke et Savannah). Ceux-ci doivent à l’ennoyage postglaciaire des estuaires larges et profonds (baie de Chesapeake, baie de la Delaware), qui constituent d’excellents sites portuaires. Toutefois, la présence de la Fall Line, en amont, jalonnée de chutes et de rapides, interdit toute remontée fluvio-maritime vers l’intérieur du continent, à l’exception toutefois de l’Hudson. Les Grandes Plaines intérieures sont drainées par le bassin hydrographique du Mississippi (3,2 millions de km2), tributaire du golfe du Mexique. Le Mississippi (3 770 km) prend sa source dans le nord du Minnesota et traverse le pays du nord au sud. Son débit moyen est d’environ 18 000 m3/s. Il termine sa course par un immense delta, qui s’avance dans la mer sur plus de 100 km. Ses principaux affluents sont l’Ohio (rive gauche), le Missouri, l’Arkansas et la Red (rive droite). Le Mississippi et ses affluents connaissent des crues dévastatrices, notamment au printemps, malgré d’importants travaux d’endiguements. Les grands fleuves de l’Ouest sont le Rio Grande (3 100 km), dont le bassin hydrographique couvre 896 000 km2, le Colorado (2 330 km), la Columbia (2 000 km) et son principal affluent, la Snake River (1 670 km). Ils prennent naissance dans les montagnes Rocheuses. À l’exception du Rio Grande, tributaire du golfe du Mexique, ils s’écoulent vers le Pacifique. Ils traversent les hauts plateaux désertiques et les massifs montagneux par de profonds canyons. Dans le Grand Canyon du Colorado (446 km), le fleuve coule à plus de 1 600 m en contrebas du plateau. Un important système de barrages et de digues a permis de réguler le débit de ces fleuves. Certains, comme le Colorado, voient une part importante de leurs eaux détournée pour alimenter les villes et les cultures des régions semi-arides environnantes.

Lacs

Les lacs naturels sont particulièrement nombreux dans les régions anciennement englacées (Grandes Plaines septentrionales, Nouvelle-Angleterre). Frontière naturelle entre le Canada et les États-Unis, les cinq Grands Lacs constituent une véritable mer intérieure de 244 100 km², dont les deux tiers appartiennent aux États-Unis. Ils constituent la plus vaste étendue d’eau douce du monde. Communiquant avec l’Atlantique par la vallée du Saint-Laurent, ils forment une grande voie de pénétration à l’intérieur de l’Amérique du Nord. Le lac Supérieur est le plus étendu (82 100 km²) et le plus profond (406 m). Il communique à l’est avec le lac Huron (59 600 km²), par les rapides de Sault-Sainte-Marie (dénivelé : 6,4 m). Quatrième lac du monde et deuxième plus grand lac des États-Unis, celui-ci communique avec le lac Michigan (57 800 km²), à l’ouest, par le détroit de Mackinac, et s’écoule dans le lac Érié, au sud, par le lac Saint-Clair. Le lac Érié (25 700 km²) est relié au lac Ontario (19 010 km²) par le Niagara (56 km) dont l’impressionnant dénivelé de 100 m constitue les chutes du Niagara. Parmi les principaux lacs intérieurs des États-Unis figurent le lac Champlain (1 100 km²), le lac Winnipesaukee (190 km²), le lac Winnebago (534 km²), le lac Okeechobee (1 720 km²) ou encore le Grand Lac salé (5 200 km²).


Climat

Le trait dominant du climat des États-Unis est la continentalité, caractérisée par une forte amplitude thermique annuelle et de faibles précipitations. Toutefois, le pays présente une grande variété de climats, résultant de la combinaison de différents facteurs : l’extension en latitude, l’échelle continentale, les masses d’air (d’origine polaire ou tropicale), la topographie (barrières orographiques des Appalaches et des Rocheuses, organisation méridienne du relief), ou encore la présence de courants marins froids ou chauds. Parmi ces facteurs, la topographie joue un rôle essentiel. Son incidence sur la répartition des précipitations est déterminante. Les masses d’air océanique humide du Pacifique, transmises par les vents d’ouest dominants, sont arrêtées au seuil même du continent nord-américain par la barrière orographique des montagnes Rocheuses. Au-delà des crêtes littorales (Coast Ranges, chaîne des Cascades), qui reçoivent annuellement plus de 1,5 m de précipitations, l’aridité s’impose, à des degrés divers, jusqu’au 100e méridien, rendant l’irrigation indispensable. Par ailleurs, l’absence de relief dans les Grandes Plaines centrales — qui permet une circulation sans entrave, dans l’axe nord-sud, des masses d’air tropical et polaire — est à l’origine de l’intensité des contrastes thermiques saisonniers. En été, les masses d’air chaud et humide du golfe du Mexique remontent très haut dans le nord, jusqu’au Manitoba (Canada) alors qu’en hiver les masses d’air froid arctique, qui stationnent normalement sur le Dakota du Nord, font parfois des incursions jusqu’en Floride (cold waves). À la fin de l’été ou en automne, des cyclones tropicaux (hurricanes) se forment sur le sud de la côte atlantique ou sur le golfe du Mexique. Ils sont à l’origine de pluies abondantes et de graves inondations, notamment à proximité des côtes. On distingue six zones climatiques aux États-Unis. Le climat continental humide du Nord-Est (Nouvelle-Angleterre, Centre-Est) se caractérise par de forts contrastes thermiques saisonniers. Les étés sont chauds et les hivers exceptionnellement froids pour la latitude et compte tenu de la proximité de l’océan Atlantique (courant du Labrador). Les précipitations sont abondantes, notamment l’hiver, lorsque la combinaison de l’humidité et du froid provoque d’importantes chutes de neige qui paralysent régulièrement l’activité des grandes villes. Le climat subtropical humide du Sud-Est se caractérise par des hivers doux et des étés chauds et humides. Les côtes sont régulièrement frappées par des cyclones dévastateurs. Le climat sec des Grandes Plaines centrales subit les effets de la continentalité : à la brutalité des contrastes thermiques saisonniers s’ajoute une diminution progressive des précipitations d’est en ouest. L’irrigation devient indispensable à l’ouest du 100e méridien, où une sécheresse croissante se conjugue à l’irrégularité saisonnière des pluies. Le plateau des « Hautes Plaines » connaît parfois des vents très violents (blizzards) et des tornades, touchant notamment les États de l’Oklahoma et du Kansas, où ils sont responsables d’une importante érosion éolienne des sols (« Dust Bowl », 1935). Le climat devient franchement désertique dans les plateaux de l’Ouest intérieur, notamment au sud du Grand Bassin (vallée de la Mort, désert Mojave), qui connaissent des étés torrides. Le climat océanique du Nord-Ouest pacifique est très humide et se caractérise par une faible amplitude thermique annuelle (hiver doux, été frais). Les précipitations sont très abondantes sur les montagnes (Olympic Mountains, chaîne des Cascades). Le climat méditerranéen du Sud-Ouest pacifique se distingue du précédent par sa sécheresse estivale. Le sud de la côte connaît le vent chaud et sec de Santa Ana, à l’origine de graves incendies de forêt. L’été est relativement frais sur le littoral, en raison du courant marin froid de Californie, à l’origine d’épais brouillards, aggravés par la pollution (smog). Il devient de plus en plus chaud vers l’intérieur. L’arrière-pays est désertique et l’irrigation nécessaire.


Végétation et faune

Végétation

La notion de végétation naturelle n’a pas grande signification dans ce pays profondément marqué par l’action humaine, et notamment par un défrichement intensif. Ainsi, une grande partie de la végétation naturelle (forêts, prairies, toundra) a disparu au fur et à mesure de la mise en valeur du continent américain. Au tout début de la colonisation européenne, les forêts étaient présentes sur la moitié du territoire des États-Unis. Aujourd’hui, elles n’en couvrent plus que 29 p. 100, soit environ 226 millions d'hectares. Une grande partie de la forêt a été défrichée pour les besoins de l’agriculture, notamment dans les Grandes Plaines, aujourd’hui domaine des grandes cultures céréalières, ainsi que sur le Piémont appalachien et la plaine côtière atlantique, où elle a été remplacée par les plantations de canne à sucre, de coton, de tabac et d’arachides. Les forêts occupent encore toutes les régions de la façade atlantique et des Appalaches, une partie de la région des Grands Lacs, les montagnes de l’Ouest et la plaine côtière du golfe du Mexique. La forêt mixte (conifères, feuillus) des Appalaches se caractérise par la profusion et la grande variété des arbres (chênes, hêtres, bouleaux, noyers, sapins, épicéas, érables). Elle atteint un maximum de diversité dans le Great Smoky Mountains National Park, à l’ouest de la Caroline du Nord et à l’est du Tennessee, qui possède à lui seul plus d’espèces d’arbres que tout le continent européen. D’épaisses forêts de conifères (pins, cèdres rouges, sapins de Douglas, épicéas) couvrent également les montagnes Rocheuses septentrionales, notamment dans les montagnes du Nord-Ouest pacifique (chaîne des Cascades, Olympic Mountains). Elles laissent progressivement la place, vers le sud, à des forêts sèches de pins jaunes, puis à une végétation basse de type garrigue (chaparal). Toutefois, au sud-est, le massif montagneux de la Sierra Nevada, où les précipitations demeurent notables, est célèbre pour ses forêts de séquoias géants millénaires. La plaine côtière de l’Atlantique et du golfe du Mexique est le domaine du pin et du gommier tandis que la côte marécageuse est bordée de cyprès et de palétuviers. Dans les plateaux semi-arides (« Hautes Plaines », plateaux de l’Ouest) domine une végétation steppique de plus en plus clairsemée, au caractère xérophile (adapté à la sécheresse). Les « Hautes Plaines » sont le domaine des prairies naturelles (chiendents, armoises, genévriers). Vers l’ouest, la prairie se dégrade et laisse la place à des formations herbeuses plus courtes, puis à une végétation discontinue. Dans les montagnes Rocheuses, les étendues désertiques (plateaux et bassins intérieurs), présentant une végétation xérophile et discontinue composée de courts arbustes, de buissons épineux, de cactées (cactus, euphorbes candélabres), de yuccas et de pins parasols, alternent avec les montagnes couvertes de forêts. La vallée de la Mort constitue l’une des terres les plus arides du monde. Toutefois, les techniques d’irrigation, de plus en plus modernes, font aujourd’hui reculer le désert. De vastes zones forestières ont été précocement protégées par la législation américaine (parcs nationaux). Aujourd’hui, le reboisement l’emporte sur le déboisement, notamment dans le Sud dont les forêts, décimées par les incendies, sont replantées de façon intensive (arbres à pousse rapide) à des fins commerciales.

Faune

La richesse de la faune américaine s’explique par la grande diversité des habitats. Les montagnes et les forêts sont peuplées de grands mammifères (caribous, élans, ours bruns, ours Kodiak, grizzlys, cerfs de Virginie, moutons des Rocheuses, chèvres des montagnes, loups), d’un grand nombre de petits mammifères (marmottes, renards, ratons laveurs, moufettes, écureuils) et d’une grande variété d’oiseaux. Les côtes de l’Alaska sont peuplées de morses, de loutres de mer et d’otaries à fourrure, celles du golfe du Mexique de grands oiseaux (pélicans, flamants), d’alligators, de poissons-chats et de serpents venimeux. Les prairies sont le domaine des petits mammifères (écureuils, lièvres, chiens de prairie, furets), des fouisseurs et du bison. Exterminés par la chasse après avoir jadis peuplé la plupart des États du Centre et de l’Est de l’Amérique du Nord, les bisons n’existent aujourd’hui qu’en captivité ou dans des zones protégées. Les déserts accueillent les rats-kangourous, les lézards et les oiseaux de grande envergure (vautours, aigles).


Ressources et contraintes du milieu naturel

Le territoire des États-Unis recèle des ressources nombreuses et variées : fertilité des sols (sols noirs, sols alluviaux), favorables à de riches cultures ; abondance des réserves forestières, qui alimentent une importante industrie du bois ; énorme potentiel hydraulique, mis à profit pour l’irrigation et la production d’hydroélectricité ; diversité et splendeur des paysages naturels, exploités par l’industrie du tourisme. Mais les principales ressources des États-Unis restent l’extraordinaire abondance des richesses minérales (énergies fossiles, minerais), à l’origine du puissant développement industriel du pays. Outre les phénomènes exceptionnels (tornades, cyclones, séismes, inondations), la contrainte la plus importante du milieu physique est de nature hydro-climatique. Sur une grande partie du territoire, les précipitations sont faibles et le déficit en eau chronique. La mise en valeur n’a pu se faire que grâce à d’importants travaux hydrauliques (barrages, forages, dérivations, etc.), que ce soit pour l’agriculture irriguée ou pour l’approvisionnement des villes en eau. Il existe à ce jour plus de 5 000 barrages dont 1 300 en Californie. Parmi ces grands travaux figure la maîtrise du fleuve Colorado, avec notamment le barrage Hoover et son immense réservoir, le lac Mead, l’un des plus grands lacs artificiels du monde, destiné à approvisionner en eau la Californie (Los Angeles, Grande Vallée californienne) et les régions semi-arides environnantes (Imperial Valley). Plus récemment s’est opéré un transfert massif des eaux du Colorado vers le centre de l’Arizona (Central Arizona Project). Aujourd’hui, la question se pose de savoir si le débit du Colorado pourra satisfaire une demande en eau qui augmente chaque année, du fait de la croissance démographique et économique des États du Sud-Ouest (Californie, Texas, Arizona). Ce problème, qui ne peut que s’amplifier et opposer les différents usagers de l’eau (citadins, compagnies minières, agriculteurs pratiquant l’irrigation), anime aujourd’hui une grande partie du débat politique.





POPULATION ET SOCIÉTÉ


En 2002, la population des États-Unis était estimée à 280,6 millions d'habitants (3e rang mondial). La société américaine se caractérise par son caractère pluriethnique, par une forte mobilité spatiale et par un niveau de vie parmi les plus élevés de la planète. Elle est toujours affectée par d’importants clivages sociaux et ethniques. Les grands problèmes sociaux sont aujourd’hui l’insuffisance de la protection sociale, un chômage chronique et une grave crise urbaine (pauvreté, criminalité, ghettos ethniques).


Démographie

La population américaine a connu, pour la période 1990-1995, un taux d’accroissement de 10 p. 1 000 par an, dont les deux tiers reviennent à l’accroissement naturel (6 p. 1 000 par an). Le taux de natalité, estimé à 14,7 p. 1 000 pour la période 1995-2000, a fortement baissé depuis la période du baby-boom (1947-1961), caractérisée par une natalité élevée (24 p. 1 000) et une croissance annuelle de 15 à 20 p. 1 000. Le taux de mortalité est aujourd’hui très faible (8,7 p. 1 000). L’immigration (500 000 à 800 000 entrées annuelles autorisées), thème politique de nouveau sensible depuis 1980, représente le tiers de la croissance démographique annuelle, et sans doute beaucoup plus si l’on intègre l’immigration clandestine (estimée à 1 million d’entrées par an). La population américaine vieillit mais reste relativement jeune par rapport aux autres pays développés, avec un indice de fécondité de 2 enfants par femme en 1998. L’âge médian est passé de 30 ans en 1980 à 32,9 ans en 1990. Le nombre des individus âgés de moins de 15 ans (22 p. 100 de la population) a décru d’environ 0,9 p. 100 entre 1970 et 1990. Celui des personnes âgées de 65 ans et plus (13 p. 100 de la population) a, quant à lui, augmenté de 55,6 p. 100. L’espérance de vie était estimée à 77,4 ans en 1998. Les structures familiales, en constante évolution, traduisent les mutations socio-économiques. L’âge moyen du premier mariage est de plus en plus tardif (25,5 ans pour les hommes, 23,7 ans pour les femmes). Le taux de nuptialité diminue : il est passé de 10,8 p. 1 000 en 1970 à 9,7 p. 1 000 en 1990. Après une forte hausse et un taux record atteint en 1981, le taux de divorces tend aujourd’hui à diminuer. Le nombre de couples non mariés a quasiment doublé entre 1980 et 1990, tandis que celui des familles monoparentales a littéralement explosé, avec une progression de 242 p. 100 entre 1970 et 1990. Les naissances hors mariage représentent aujourd’hui 30 p. 100 du total annuel contre 11 p. 100 en 1970. La densité moyenne de population aux États-Unis est très faible (29 habitants au km²). Ce chiffre masque toutefois une répartition fort inégale. En 1990, les cinq États les plus peuplés étaient la Californie (29,7 millions d'habitants),l’État de New York (17,9 millions), le Texas (16,9 millions), la Floride (12,9 millions) et la Pennsylvanie (11,8 millions). Sept États avaient une population inférieure à 1 million d’habitants : le Montana, le Dakota du Sud, le Delaware, le Dakota du Nord, le Vermont, l’Alaska et le Wyoming, qui constitue l’État le moins peuplé avec 453 000 habitants. En 1990, le Sud et l’Ouest rassemblaient 138,2 millions d’habitants, soit plus de la moitié de la population totale. Ils sont aujourd’hui plus peuplés que le Nord-Est, centre historique du peuplement et de la révolution industrielle. Depuis les années soixante-dix, on observe un déplacement du centre de gravité du pays depuis le Nord-Est vers le Sud-Ouest. Ce sont en effet les États de l’Ouest et du Sud qui enregistrent, aujourd’hui, la plus forte progression démographique. Ainsi, 54,3 p. 100 de la croissance démographique nationale, entre 1980 et 1990, s’est faite au bénéfice des trois États de Californie, de Floride et du Texas. Le Nevada a enregistré le taux de croissance le plus important (42 p. 100), la Floride, l’Alaska et l’Arizona atteignant plus de 30 p. 100. Les déclins ou stagnations s’observent dans les États et les grandes villes du Nord-Est (New York), de la région des Grands Lacs et des Grandes Plaines centrales et septentrionales. Un certain nombre d’États y enregistrent une baisse de population (Iowa, Virginie-Occidentale, Dakota du Nord, Wyoming) ou bien une croissance nulle (Pennsylvanie, Illinois, Ohio, Michigan, etc.). La population de certaines grandes villes, comme Chicago, Cleveland, Philadelphie ou Detroit, a sensiblement chuté entre 1980 et 1990. Les migrations interrégionales traduisent, depuis plusieurs générations, l’attraction des États de la Sunbelt (« Ceinture du Soleil ») et la répulsivité (relative) des vieilles régions industrielles et urbaines du Nord-Est (Manufacturing Belt), désormais baptisées Frost Belt (« Ceinture du froid »). La crise économique, particulièrement vive dans la Manufacturing Belt, conjuguée à des conditions de vie souvent médiocres (climat pénible, pollution, congestion urbaine, criminalité), explique, en effet, qu’un bon nombre d’Américains du Nord-Est et de la région des Grands Lacs émigrent vers les régions du Sud ou de l’Ouest, plus attirantes et aux conditions de vie plus clémentes, notamment pour les retraités. Ces évolutions dans la répartition spatiale de la population conditionnent directement la composition de la Chambre des représentants, la Californie, le Texas et la Floride détenant à eux seuls le quart des sièges.


Population

Diversité ethnique

Le melting-pot (« creuset ») américain a bien fonctionné et fonctionne toujours, mais il n’aboutit pas pour autant à l’assimilation ou à l’homogénéité de la population. Les minorités sont, dans l’ensemble, économiquement et socialement défavorisées. Les différentes communautés conservent leurs spécificités culturelles et de graves rivalités les opposent (comme en témoignent les émeutes de Los Angeles en 1992). Le recensement de 1990 montre un renforcement notable des minorités ethniques, notamment hispaniques et asiatiques, et une diminution de la majorité blanche. Entre 1980 et 1990, ces minorités ont enregistré un taux de croissance très supérieur à la moyenne nationale (9,8 p. 100) : 14,2 p. 100 pour les Noirs, 50 p. 100 pour les Amérindiens, 58 p. 100 pour les Hispaniques et 108 p. 100 pour les Asiatiques. Elles se caractérisent également par leur concentration géographique dans les grandes métropoles (New York, Los Angeles) et les États de la Sunbelt. La communauté blanche non hispanique, descendant des anciennes vagues d’immigration européenne, reste très fortement majoritaire, mais connaît une baisse relative par rapport à la population totale (76,6 p. 100 en 1980, 74,9 p. 100 en 1990). Les descendants de la première grande vague d’immigration, anglo-saxonne et germanique, antérieure à 1890, constituent la majorité WASP (White Anglo-Saxon Protestant). C’est la communauté présentant la population la plus âgée (âge médian : 34,4 ans) et le taux de natalité le plus faible. Sa croissance démographique, aujourd’hui essentiellement naturelle, est moins rapide que celle des minorités, dont la natalité élevée est renforcée par une immigration venue d’Asie et d’Amérique latine. Les États où la communauté blanche représente le plus fort pourcentage sont le Maine (98 p. 100), le Vermont (98,6 p. 100) et le New Hampshire (98 p. 100). Les Noirs américains constituent la minorité la plus nombreuse. Ils représentaient 12,3 p. 100 de la population totale en 1990 (11,7 p. 100 en 1980). En 1992, leur nombre était estimé à 31,4 millions. Leur taux de natalité est élevé, et ils sont inégalement intégrés dans la société américaine. Ce sont les descendants des esclaves africains, emmenés de force d’Afrique vers le sud des États-Unis par les planteurs de coton et de tabac, et dont l’émancipation ne fut proclamée qu’en 1865. Longtemps confinés dans les campagnes du Sud, ils ont connu, avec les transformations économiques de la première moitié du XXe siècle, une immigration massive vers les grandes cités industrielles du Nord-Est, où ils constituèrent un prolétariat urbain. Ils furent les premiers frappés par la crise des industries traditionnelles du Nord-Est, amorcée dans les années soixante-dix. Beaucoup participent à un mouvement de retour vers le Sud, en direction des grandes villes (Houston, Atlanta, La Nouvelle-Orléans). Aujourd’hui, ils constituent une part importante de la population des États du Sud-Est (35 p. 100 dans le Mississippi, 32 p. 100 en Louisiane, 25 p. 100 en Géorgie) et des grandes villes, où ils sont parfois majoritaires (66 p. 100 de la population à Washington). Toutefois, les plus importantes communautés noires se situent dans les États de New York (2,8 millions), de Californie (2,2 millions) et du Texas (2 millions). Cette population jeune (âge médian : 28,1 ans) et essentiellement urbaine, vivant dans les quartiers dégradés des centres-ville, est en grande partie touchée par la pauvreté, un taux de chômage élevé (le double de celui des Blancs), une sous-qualification, un retard scolaire chez les jeunes, une forte délinquance juvénile et adulte. Les ghettos noirs (Harlem à New York, Loop à Chicago, Watts à Los Angeles) sont aujourd’hui le symbole de l’Amérique paupérisée. Les Hispano-Américains représentaient 9 p. 100 de la population totale en 1990 (6,4 p. 100 en 1980). En 1992, leur nombre était estimé à 24,2 millions. Ils constituent la communauté la plus jeune (âge médian : 25,5 ans). Environ 65 p. 100 d’entre eux vivent en Californie, au Texas, à New York et en Floride. Minorité montante, ils représentent aujourd’hui plus du quart de la population de la Californie et du Texas, et 38 p. 100 de celle du Nouveau-Mexique. Descendants des anciens colons mexicains (Hispanos) ou immigrants récents (Chicanos), la communauté hispanophone est très hétérogène. Les Mexicains sont de loin les plus nombreux (60 p. 100). Beaucoup d’entre eux sont entrés clandestinement aux États-Unis, en franchissant à la nage le Rio Grande (d’où leur nom de Wet Backs, ou Dos mouillés). Installés dans le Sud-Ouest (Californie, Texas, Nouveau-Mexique), ils constituent une main-d’œuvre docile, sous-qualifiée et mal rémunérée, exploitée par des employeurs souvent peu scrupuleux. Les Portoricains (2,5 millions), qui sont citoyens américains, peuvent s’installer librement aux États-Unis. Ils résident principalement à New York (10 p. 100 de la population). Souvent mal adaptés, ils connaissent des problèmes similaires à ceux des Noirs. Les Cubains, réfugiés politiques anticastristes, se concentrent en Floride (Miami), où ils s’intègrent pour la plupart à la classe moyenne. Les Asiatiques représentaient 3 p. 100 de la population en 1990 (1,5 p. 100 en 1980). En 1992, leur nombre était estimé à 8,2 millions. Les Chinois, les Philippins et les Japonais, implantés depuis longtemps aux États-Unis, sont rejoints en cette fin de siècle par un nombre croissant de Coréens, d’Indiens et de Vietnamiens. Près de 50 p. 100 d’entre eux résident à Hawaii et en Californie (Chinatown, à San Francisco). Beaucoup vivent également dans les États de New York et du New Jersey. Ils constituent le groupe ethnique le plus âgé après la communauté blanche (âge médian : 29,8 ans). Les Amérindiens (2 millions) représentaient 0,8 p. 100 de la population en 1990. En 1992, leur nombre était estimé à 2,1 millions. Ils forment une minorité fondée sur la terre et leurs réserves constituent 2,5 p. 100 du territoire national. Regroupés pour la majorité en tribus, ils ont en commun d’avoir été progressivement décimés, refoulés, spoliés de leurs terres et finalement parqués dans des réserves (Sud-Ouest, nord des Grandes Plaines) au fur et à mesure de la colonisation européenne. Près de la moitié d’entre eux vivent dans l’Ouest (Arizona, Oklahoma). Leur situation est diverse. Certains connaissent une relative aisance grâce à l’exploitation de leurs forêts (Nez-Percés), d’autres une réelle prospérité grâce aux revenus de leurs richesses minières (Osages de l’Oklahoma, Navajos) ; beaucoup cependant demeurent très défavorisés. Citoyens de seconde zone, affectés par des taux de chômage supérieurs à 50 p. 100 et souvent ravagés par l’alcool, ils connaissent une grande misère morale, culturelle et matérielle. Leur forte natalité s’accompagne aujourd’hui d’une affirmation de l’identité amérindienne.

Histoire du peuplement

L’histoire du peuplement du continent nord-américain est indissociable de celle de l’immigration, les autochtones (Amérindiens, Inuits, Aléoutes) ne constituant plus, aujourd’hui, qu’une infime minorité de la population. Depuis l’arrivée des premiers colons européens, au XVIe siècle, plus de 50 millions d’immigrants se sont installés aux États-Unis. Jusqu’en 1940, la quasi-totalité des immigrés venait d’Europe. Peu nombreux jusqu’aux années 1830, ceux-ci arrivèrent massivement à partir de 1840-1850. D’abord anglo-saxonne, l’immigration s’élargit, dans le dernier quart du XIXe siècle, aux pays de l’Europe méditerranéenne (Italiens surtout) et de l’Europe centrale. Plus de 23 millions d’immigrants affluèrent entre 1880 et 1920. À partir des années vingt, les États-Unis, désireux de mettre un frein à l’immigration, établirent un système de quotas. La crise économique des années trente ne fit que renforcer cette tendance. Une nouvelle forme d’immigration se développa après la Seconde Guerre mondiale (réfugiés politiques d’Europe de l’Est, Cubains anticastristes à partir de 1960, boat people indochinois après 1974). Aujourd’hui, l’immigration provient essentiellement des pays du tiers-monde : Latino-Américains (Mexicains surtout) et Asiatiques (Coréens, Philippins, Vietnamiens). Dans les années quatre-vingt-dix, un nouveau courant migratoire s’est développé en provenance des anciens pays de l’Europe communiste. L’immigration clandestine est probablement plus importante, aujourd’hui, que l’immigration légale. Elle a encore augmenté depuis 1990, en raison de la crise économique que traverse l’Amérique latine. Plus de la moitié des clandestins viennent en effet du Mexique.


Découpage administratif et villes principales

Découpage administratif

Les États-Unis sont une république fédérale formée de 50 États et d’un district fédéral (District of Columbia), comprenant la capitale fédérale, Washington : Alabama, Alaska, Arizona, Arkansas, Californie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Colorado, Connecticut, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Delaware, Floride, Géorgie, Hawaii, Idaho, Illinois, Indiana, Iowa, Kansas, Kentucky, Louisiane, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Mississippi, Missouri, Montana, Nebraska, Nevada, New Hampshire, New Jersey, New York, Nouveau-Mexique, Ohio, Oklahoma, Oregon, Pennsylvanie, Rhode Island, Tennessee, Texas, Utah, Vermont, Virginie, Virginie-Occidentale, Washington, Wisconsin, Wyoming. Presque tous les États américains sont divisés en comtés, à l’exception de la Louisiane, divisée en paroisses.

Villes principales

En 2000, le taux de population urbaine s’élevait à 77 p. 100 de la population totale. Trois constats ressortent du recensement de 1990 : entre 1980 et 1990, la croissance démographique s’est faite au profit des villes de la Sunbelt (États du Sud et de l’Ouest) notamment les banlieues des grandes métropoles, à l’image de Los Angeles, qui a gagné 3 millions d’habitants. Les États-Unis se caractérisent par un phénomène de métropolisation très poussé. Le pays compte 39 métropoles de plus d’1 million d’habitants(contre 14 en 1950) ; ces 39 aires métropolitaines regroupent 124,8 millions de personnes, soit la moitié de la population totale. Les dix plus grandes agglomérations, en 1990, étaient New York (18 millions d’habitants), Los Angeles (14,5 millions), Chicago (8 millions), San Francisco (6,2 millions), Philadelphie, (5,9 millions), Detroit (4,6 millions), Boston (4,1 millions), Washington (3,9 millions), Dallas (3,8 millions), Houston (3,7 millions). Les façades pacifique et atlantique se caractérisent par de très fortes concentrations urbaines, avec à l’est la puissante Mégalopolis (45 millions d’habitants de Boston à Washington), qui enregistre des densités très élevées (396 habitants au km² dans le New Jersey) et, à l’ouest, de vastes conurbations transfrontalières (Portland-Seattle-Vancouver, au nord-ouest ; Los Angeles-San Diego-Tijuana, au sud-ouest). La structure des grandes villes américaines est très différente de celle des cités européennes. De formation récente, organisées sur le principe du plan en damier (grid), les agglomérations sont pour la plupart dépourvues de « noyau » historique. Le centre actif de la cité se limite fréquemment au quartier des affaires, le « Central Business District » (CBD), dont les gratte-ciel dominent la ville et abritent les banques, les sièges des grandes sociétés et les grands hôtels. La population des grandes villes américaines continue de décroître au profit des banlieues. Celles-ci connaissent, depuis les années cinquante, un formidable accroissement, les populations aisées délaissant les centres-ville pour venir s’installer dans des banlieues pavillonnaires. Celles-ci rassemblent aujourd’hui plus de 60 p. 100 de la population urbaine et s’étendent sur des espaces de plus en plus vastes, à l’image de Los Angeles, qui s’étale sur une centaine de kilomètres. Progressivement, s’y créent des centres d’activité (commerces, bureaux, industries) qui deviennent à leur tour des villes, elles-mêmes entourées de nouvelles banlieues. Le départ des classes moyennes et d’une partie des emplois vers les banlieues a accentué la ségrégation spatiale, sociale et ethnique de l’espace urbain, et entraîné une dégradation et une paupérisation dramatique des centres-ville. Les minorités ethniques défavorisées s’y concentrent aujourd’hui dans des ghettos, où l’insalubrité, la pauvreté et le chômage génèrent une importante criminalité. Désertées par les populations aisées et donc privées de ressources fiscales, la plupart des grandes villes américaines sont aujourd’hui confrontées à une grave crise financière. Totalement impuissantes, elles s’enlisent dans une crise urbaine de plus en plus insoluble. Ce phénomène est aujourd’hui l’un des problèmes les plus graves auxquels sont confrontés les États-Unis.


Institutions et vie politique

Les États-Unis sont une démocratie présidentielle. Complétée peu à peu par 27 amendements mais non modifiée dans son essence, la Constitution de 1787 n’a pas cessé jusqu’à nos jours de régir le fonctionnement des institutions américaines. Elle a servi de modèle à de nombreux pays. Reposant sur le fédéralisme et la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire), elle établit le partage des responsabilités entre les États fédérés et l’État fédéral. Elle est marquée par la volonté de protéger les citoyens contre tout abus de pouvoir. La Constitution peut être amendée par un vote à la majorité des deux tiers de chaque chambre du Congrès. Les dix premiers amendements, connus sous le nom de Déclaration des droits (Bill of Rights), furent adoptés en 1791. Ils établirent, entre autres, la liberté de parole, de religion, de la presse ou encore de réunion. Dix-sept autres amendements furent adoptés entre 1795 et 1992, parmi lesquels l’abolition de l’esclavage et l’établissement d’un impôt sur le revenu.

Pouvoir exécutif

Le pouvoir exécutif est détenu par le président, élu pour un mandat de quatre ans au suffrage universel indirect en même temps qu’un vice-président. Le 22e amendement (1951) limite le cumul à deux mandats. Le président détient seul le pouvoir exécutif. Il est à la fois le chef de l’État, le chef du gouvernement et le chef des armées. Il réside à la Maison-Blanche et est assisté d’un cabinet, constitué par les secrétaires en charge des différents ministères (Departments) et de quelques autres officiels, tels que le directeur de la CIA (Central Intelligence Agency) et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies. Les services chargés de l’exécutif sont : l’Office of Management and Budget, qui prépare les budgets et contrôle les dépenses, le National Security Council, qui s’occupe de la défense nationale, et le Council of Economic Advisers, qui conseille le président en matière économique. Le pouvoir exécutif du gouvernement est organisé en 14 départements : l’État, le Trésor, la Défense, la Justice, l’Intérieur, l’Agriculture, le Commerce, le Travail, la Santé et les Services sociaux, l’Éducation, le Logement et le Développement urbain, le Transport, l’Énergie et les Anciens Combattants.

Pouvoir législatif

Le pouvoir législatif est détenu par le Congrès, formé de deux Chambres : le Sénat (100 membres), qui représente les États (2 sénateurs par État), et la Chambre des représentants (435 membres), qui représente la population. Les sénateurs sont élus pour six ans au suffrage universel direct et renouvelable par tiers, tous les deux ans. Le nombre des représentants varie selon la démographie de chaque État. La Californie, l’État le plus peuplé, possède le plus grand nombre de représentants (52) ; plusieurs États comme le Delaware et le Vermont n’en comptent qu’un seul. Le président possède un droit de veto sur les lois votées par le Congrès. Ce veto peut toutefois être contré par un vote à la majorité des deux tiers des membres du Congrès.

Pouvoir judiciaire

Le pouvoir judiciaire est détenu par la Cour suprême, composée de 9 membres, nommés à vie par le président et irrévocables. Elle juge les procès impliquant l’État ou un État fédéré, fait office de cour d’appel et contrôle tout le système judiciaire fédéral. Elle juge également de la constitutionnalité des lois.

Gouvernement local

Chaque État possède sa propre Constitution, fondée sur le principe de la séparation des pouvoirs entre le gouverneur de l’État, élu pour un mandat de quatre ans, le Congrès de l’État et la Justice. L’État est compétent dans les domaines de l’éducation, de la police, de la protection de l’environnement, de l’économie (commerce, industrie, agriculture), des prisons, des hôpitaux, des services sociaux ou encore de la justice. Ainsi certains États fédérés autorisent la peine de mort, d’autres non. Au cours du XXe siècle, le rôle de l’État fédéral a eu tendance à se renforcer, aux dépens du fédéralisme, victime d’une politique de centralisation. La répartition des pouvoirs s’est toutefois rééquilibrée sous les présidences de Richard Nixon et de Ronald Reagan, avec une redistribution d’une partie des fonds publics aux États fédérés. Le pouvoir central, qui conserve la maîtrise de l’évolution générale du pays, s’impose dans les domaines requérant une approche globale, comme la politique monétaire ou l’éducation.

Partis politiques

Deux grands partis dominent la vie politique aux États-Unis : le Parti démocrate, fondé vers 1828-1830, et le Parti républicain, fondé en 1854, plus conservateur en matière fiscale, économique et sociale. Le Parti démocrate défend traditionnellement les salariés, les consommateurs et les minorités, le Parti républicain, les chefs d’entreprises et les milieux d’affaires. Une partie du débat politique porte sur le rôle de l’État fédéral, notamment dans le règlement des problèmes sociaux et le contrôle de l’économie. Il existe, par ailleurs, un grand nombre de petits partis indépendants et de multiples groupes de pression (lobbies) dont les ambitions se limitent à la défense d’une cause ou à une revendication précise.

Défense

Le président des États-Unis est le commandant en chef des forces armées américaines. Toutefois, seul le Congrès détient le pouvoir de déclarer la guerre. Les États-Unis possèdent une armée puissamment équipée, gérée par le ministère de la Défense, le Pentagone. Depuis 1973, les forces armées américaines ne sont composées que d’hommes et de femmes volontaires. Depuis la fin de la guerre froide, le gouvernement américain a fortement réduit le budget de la Défense (3 p. 100 du PIB en 2000 contre 6,5 p. 100 en 1985). Les effectifs de l’armée ont considérablement baissé. En 2001, l’armée de terre comptait environ 477 800 soldats, la marine 366 100 et l’aviation 352 500. Les États-Unis sont membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et ont un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU).


Langues et religions

La langue officielle des États-Unis est l’anglais, parlé par la majorité des Américains. Toutefois, près de 32 millions de personnes parlent une autre langue dans leur foyer. Plus de la moitié d’entre eux parlent l’espagnol (hispanophones), notamment en Arizona, au Texas, en Californie et au Nouveau-Mexique. Les autres langues sont le français, pratiqué en Louisiane par les Cajuns et dans le Maine, les langues amérindiennes (navajo, hopi, etc.) et celles des principales communautés d’immigrés (chinois, japonais, italien, allemand, etc.). Les principales religions sont le protestantisme (57 p. 100), le catholicisme (28 p. 100) et le judaïsme (2 p. 100). Les principales Églises protestantes sont baptistes (19,4 p. 100) ou méthodistes (8 p. 100). Au début de la colonisation, les colonies anglaises d’Amérique du Nord constituèrent un refuge contre l’intolérance religieuse en Europe. Un grand nombre de sectes et de croyances s’y épanouirent, comme celle fondée en Pennsylvanie par le quaker anglais William Penn. En Nouvelle-Angleterre se développa, à partir de 1620, le congrégationalisme, fondé par des séparatistes et des puritains, dissidents de l’Église anglicane. Jusqu’en 1691, la colonie de Plymouth, fondée par les Pères Pèlerins, fut une théocratie. Son intolérance religieuse à l’égard des non-congrégationalistes, tels que les baptistes et les quakers, amena l’un d’eux, Roger Williams, à quitter la colonie, en 1636, et à fonder la colonie de Providence (Rhode Island), ouverte à toutes les croyances religieuses. En 1639, Williams y établit la première Église baptiste d’Amérique. Les premiers juifs débarquèrent, dès 1654, à La Nouvelle-Amsterdam (New York), fondée en 1625 par les Hollandais, qui y maintinrent les croyances et les pratiques de l’Église réformée. Le luthéranisme se développa en Pennsylvanie, dans la colonie de New York et au Delaware tandis que, plus au sud, c’est le presbytérianisme qui connut une grande diffusion, à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. L’Église anglicane resta, en revanche, l’Église officielle dans les colonies du Sud. Elle fut imposée plus tard au Maryland, qui avait été colonisé au XVIIIe siècle par des catholiques à l’initiative de la famille Calvert. Le mouvement « Revival of Religion », ou « Réveil », prônant un retour à la foi originelle, exerça, au milieu du XVIIIe siècle, une grande influence sur les différentes religions protestantes des colonies américaines. Les principaux « réveils » aux États-Unis furent le méthodisme et le « Grand Réveil », fondé en 1740 par le congrégationaliste Jonathan Edwards et qui se diffusa dans les églises baptistes. Jusque dans la première moitié du XIXe siècle, la population des États-Unis resta majoritairement protestante. À partir des années 1820, le nombre des catholiques s’accrut rapidement avec l’arrivée massive d’immigrants irlandais (plus de 1 million entre 1845 et 1855), puis, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, avec les vagues d’immigration en provenance des pays du sud et de l’est de l’Europe (Italie, Autriche, Hongrie, Pologne). Parmi les développements religieux du XIXe siècle, citons la fondation de plusieurs cultes d’origine américaine tels que l’Église des mormons, la Science chrétienne, l’Église adventiste du Septième jour et les témoins de Jéhovah.


Éducation

L’éducation scolaire est assurée, de la maternelle au secondaire, par des établissements scolaires publics ou privés. L’enseignement élémentaire et secondaire s’étend sur douze années et est sanctionné par un diplôme. La responsabilité de l’enseignement public est décentralisée au niveau des États fédérés (financements, programmes scolaires, etc.). La ségrégation raciale appliquée dans les écoles (ségrégation scolaire) fut une pratique courante, surtout dans les États du Sud, jusqu’en 1954, date à laquelle elle fut déclarée illégale par la Cour suprême des États-Unis. Depuis, de grands progrès ont été accomplis vers la non-ségrégation, mais une ségrégation de fait est encore largement répandue en ville et dans les banlieues. À la fin des années quatre-vingt, plus de 60 p. 100 des élèves noirs et hispano-américains fréquentaient des écoles où les minorités constituaient plus de 50 p. 100 de la population scolaire. L’enseignement supérieur est payant et souvent très coûteux. Les premiers établissements ont été créés dès la seconde moitié du XVIIe siècle. Parmi les universités les plus prestigieuses figurent l’université Harvard (Cambridge, Massachusetts), le California Institute of Technology (Caltech) à Pasadena, l’université Yale (New Haven, Connecticut), l’université de Stanford (Palo Alto, Californie), l’université du Michigan, l’université Columbia (New York), l’université de Californie (Berkeley, Los Angeles), l’université du Texas (Austin), l’université d’État de Pennsylvanie (Penn State University) et Penn, ou University of Pennsylvania, à Philadelphie, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge, l’université de Chicago et l’université de Princeton (New Jersey). Les États-Unis possèdent également de célèbres écoles d’enseignement artistique comme par exemple la Juilliard School (New York). Tout comme l’enseignement élémentaire et secondaire, l’enseignement supérieur a appliqué une ségrégation raciale jusqu’en 1954.


Arts et vie culturelle

Les États-Unis comptent plus de 7 000 musées. Les plus grands musées américains sont le Museum of Modern Art (New York), le Museum of Contemporary Art (MOCA) de Los Angeles, le San Francisco Museum of Modern Art, l’Hirshhorn Museum and Sculpture Garden (Washington), le musée Solomon R. Guggenheim (New York), le Museum of Modern Art (San Francisco), le Metropolitan Museum of Art (New York), l’Art Institute of Chicago, le Museum of Fine Arts (Boston), la Smithsonian Institution (Washington), le Philadelphia Museum of Art, et l’American Museum of Natural History (New York). Les États-Unis possèdent près de 32 000 bibliothèques dont certaines sont très prestigieuses, comme la célèbre bibliothèque du Congrès (la bibliothèque nationale, 28 millions de volumes) à Washington, ou la New York Public Library (environ 10 millions de volumes). Les États-Unis présentent également de nombreux théâtres, salles de concerts et d’opéra dont les célèbres Metropolitan Opera et Carnegie Hall de New York, ainsi que de multiples compagnies de spectacles.





ÉCONOMIE


Généralités

Avec un produit intérieur brut (PIB) de 7 246 milliards de dollars en 1995, les États-Unis constituent la première puissance économique du monde. Le PIB par habitant (29 270 dollars), très élevé (2e rang mondial), les classe parmi les pays les plus riches du globe. Le seuil de pauvreté a toutefois été atteint, en 1997, par plus de 13 p. 100 de la population. En 2000, les États-Unis comptaient environ 144,7 millions d’actifs. Le secteur tertiaire est aujourd’hui prépondérant, en liaison avec le développement des activités des services publics (administrations) et privés (banques, assurances) et du secteur « quaternaire ». Le taux de chômage (4,1 p. 100 en 2000 et 4,3 p. 100 en 1998, soit le taux le plus bas depuis 1970) est relativement faible par rapport à l’Europe. Mais le marché du travail est marqué par une flexibilité croissante et par la précarité de l’emploi.

Facteurs de prospérité

Les États-Unis sont le pays du libéralisme économique et du capitalisme : le principe du « laisser-faire », la concurrence, l’économie de marché et la libre entreprise sont les moteurs de l’économie américaine. Sa puissance repose à la fois sur un vaste marché intérieur et sur une internationalisation très poussée, grâce aux investissements massifs des grandes multinationales américaines à l’étranger. Les intérêts des États-Unis sont présents sur tous les continents. Les grandes firmes américaines contrôlent une partie des ressources agricoles et minières des pays du tiers-monde : exploitation du pétrole, du fer, de la bauxite et du cuivre du continent africain, production bananière au Guatemala, du fer et du manganèse au Brésil, ainsi que d’une partie des industries du Mexique, depuis la mise en place des maquiladoras. Certains dénoncent cette mainmise américaine et parlent d’exploitation économique du tiers-monde. Dans les pays industrialisés (Europe, Canada), les investissements américains concernent surtout les industries manufacturières. À l’inverse, le marché intérieur américain est largement ouvert aux importations et aux investissements étrangers (Japon, Grande-Bretagne). La force de l’économie américaine, aujourd’hui, ne repose pas seulement sur son internationalisation, mais aussi sur sa suprématie technologique. Celle-ci est fondée sur l’importance des crédits consacrés à la recherche-développement (2,5 p. 100 du PIB en 1996) et sur le travail de quelque 5 millions de chercheurs et d’ingénieurs. Cet effort est partagé entre un réseau d’universités prestigieuses et les firmes industrielles, qui travaillent en étroite collaboration. Pays de prix Nobel, les États-Unis attirent des chercheurs du monde entier (« Brain Drain »). Le secteur « quaternaire », qui regroupe les travailleurs les plus qualifiés (chercheurs, ingénieurs), emploie désormais plus de personnes que l’agriculture. Les États-Unis sont devenus la première puissance économique mondiale au début du XXe siècle, à l’issue de la première révolution industrielle et agricole. À la prospérité et à l’euphorie des années vingt succéda la grande crise économique des années 1930. L’économie américaine, stimulée par la politique du New Deal puis par l’effort de guerre, renoua avec la prospérité durant la Seconde Guerre mondiale. Modèle du capitalisme mondial au lendemain de la guerre, jouissant d’une suprématie économique incontestée, les États-unis connurent alors une très forte croissance. La production industrielle doubla en quinze ans. Les firmes multinationales américaines conquirent des positions clés en Europe et en Amérique latine tandis que les services (banques, assurances, commerce, administration) connaissaient un développement exceptionnel. Toutefois, la rapidité de la croissance et la compétitivité nouvelle de l’Europe et du Japon, le déficit croissant et chronique de la balance des paiements américaine (à partir des années soixante) et de la balance commerciale (à partir des années soixante-dix) entraînèrent un déclin relatif mais régulier de l’économie américaine. Le PIB des États-Unis n’a cessé de croître, mais la part du pays dans la production mondiale a diminué. En 1945, le PIB américain (213 milliards de dollars) représentait la moitié du PIB mondial ; en 1995, 7 246 milliards de dollars, les États-Unis n’ont produit que le quart de la richesse mondiale. L’aggravation du déficit budgétaire, liée à une forte augmentation des dépenses publiques (sociales sous Carter, militaires sous Reagan), a par ailleurs entraîné une forte croissance de l’endettement national. Premier créancier du monde au début des années quatre-vingt, les États-Unis sont devenus aujourd’hui les premiers débiteurs (dette brute en 1997 : 61,5 p. 100 du PIB).

Échanges internationaux

Aux début des années quatre-vingt-dix, dans le cadre de la mondialisation des échanges et compte tenu de l’ouverture du marché américain aux produits étrangers, les États-Unis ont entamé une vaste négociation (Uruguay Round) sur les échanges internationaux, dans le cadre du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, aujourd’hui Organisation mondiale du commerce ou OMC). Celle-ci a finalement débouché sur une série d’accords sur les tarifs douaniers et le commerce international. Par ailleurs, depuis le 1er janvier 1994, est entré en application l’Accord de libre-échange nord américain (Alena ou NAFTA). Celui-ci marque l’abolition des barrières douanières entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui forment désormais un marché unique de 388 millions de consommateurs. À ce jour, l’Alena a eu un effet très bénéfique, en stimulant fortement les échanges à l’intérieur des trois États membres. Avec un taux de croissance de 4,1 p. 100 en 1994, de 2 p. 100 en 1995, de 2,4 p. 100 en 1996 et 3,8 p. 100 en 1997 (contre 0,4 p. 100 en 1990), l’économie américaine semble désormais sortie de la grave récession des années 1989-1992. Le déficit budgétaire a été considérablement réduit, passant de 290 milliards de dollars en 1992 à 107 milliards de dollars en 1996, le budget devenant même exédentaire en 1998, pour la première fois depuis trente ans. Mais les États-Unis, favorables à l’établissement d’un grand marché commun continental, de l’Alaska à la Terre de Feu, souhaitent aller plus loin et poussent à l’ouverture des marchés en Amérique latine. Lors du premier Sommet des Amériques en décembre 1994, Bill Clinton s’est prononcé en faveur de la création d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) d’ici 2005. Malgré la réticence des pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), le processus de négociations a été lancé à l’issue du deuxième Sommet des Amériques, en avril 1998, et réaffirmé lors du troisième Sommet en avril 2001 à Québec.

Concentration des entreprises

Les PME (petites et moyennes entreprises) sont très nombreuses, notamment dans le domaine des services et dans celui de la sous-traitance. Toutefois, une grande partie de la population active travaille dans des firmes employant plus de 100 personnes, qui rassemblent plus de 40 p. 100 des salariés. La concentration est très importante dans l’industrie et dans la finance. On observe une tendance à l’oligopole, c’est-à-dire au contrôle des marchés par un nombre réduit de grandes sociétés. La concentration des entreprises se poursuit, mais ses conséquences humaines (licenciements massifs ou downsizing) sont de plus en plus mal acceptées. À la fin des années quatre-vingt, les États-Unis possédaient 44 des 100 premières firmes industrielles du monde. Au palmarès des chiffres d’affaires réalisés en 1997, 4 d’entre elles figuraient parmi les 10 premiers groupes mondiaux : General Motors, Ford Motors, Exxon et Wal-Mart. Il existe aux États-Unis, depuis la fin du xixe (loi Sherman, 1890) et le début du XXe siècle (loi Clayton, 1914), une législation antitrust visant à éviter une concentration excessive pouvant conduire à l’établissement d’un monopole. La tendance aujourd’hui est aux conglomérats, qui ajoutent, aux formes traditionnelles de concentration horizontale et verticale, une diversification des activités. Parmi les plus grands conglomérats figurent United Technologies, International Telegraph and Telephone (ITT) ou encore Textron.

Rôle de l’État fédéral

Depuis le New Deal, l’État fédéral a multiplié et diversifié ses interventions. Les démocrates sont, dans ce domaine, plus interventionnistes que les républicains. Ces derniers défendent les milieux d’affaires et sont favorables, par leur programme (« moins d’État, moins d’impôts ») à la déréglementation administrative et au désengagement public. Dans sa politique conjoncturelle, l’État fédéral s’efforce de maîtriser l’inflation par le contrôle des prix, des salaires (Nixon, 1971-1974), et par des taux d’intérêts élevés (Reagan, 1981-1982), ou encore de soutenir l’activité économique par des allégements d’impôts afin de relancer la consommation (Carter, 1977-1978). Il aide également l’agriculture et finance, par ses commandes, l’entreprise industrielle privée. Il intervient, enfin, dans le financement des programmes sociaux et les diverses prestations que le gouvernement s’est engagé à fournir aux citoyens, tels le Medicare (assurance maladie des personnes âgées) ou le Medicaid (assurance maladie des plus démunis). Toutefois, l’État-providence et le welfare (système garantissant aux plus démunis une aide financière de l’État fédéral) ont été fortement remis en cause, dans un pays qui compte aujourd’hui quelque 38 millions d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté. Désormais, nul ne pourra bénéficier de l’aide sociale plus de cinq ans durant toute sa vie. Par cette réforme, signée par Bill Clinton en août 1996, l’État fédéral renonce à corriger les inégalités induites par l’économie de marché et un capitalisme sauvage. L’objectif avoué est d’économiser près de 55 milliards de dollars en six ans. Plus récemment, Bill Clinton s’est prononcé en faveur d’une augmentation du salaire horaire minimal (4,42 dollars), inchangé depuis sept ans.


Agriculture, forêts, pêche

Agriculture

Grâce à un climat et à des sols favorables, l’agriculture des États-Unis est la première du monde. Le secteur primaire employait 2,7 p. 100 de la population active et produisait 1,70 p. 100 du PIB en 1998. Les terres arables couvrent 19 p. 100 du territoire national. Dominants pour certaines productions (céréales, soja, viande bovine, agrumes), les États-Unis sont les premiers exportateurs mondiaux de produits agricoles. Ils assurent 80 p. 100 des exportations mondiales de soja, 55 p. 100 des exportations de maïs et 30 p. 100 de celles du blé. La balance agricole est chaque année très excédentaire, avec un surplus de 14,1 milliards de dollars en 1994 (2e rang mondial après le Canada). Bien équipée mais fortement endettée, l’agriculture américaine est intégrée au grand capitalisme. Dominée par de grands groupes financiers industriels et commerciaux, elle est au centre d’un vaste complexe agro-industriel ou « agrobusiness » (33 p. 100 de la population active), allant de la production de biens et de services aux agriculteurs jusqu’aux structures de transformations et de distribution des produits alimentaires. Le développement de la mécanisation et de l’agriculture scientifique a entraîné une réduction massive du nombre des agriculteurs et des exploitations agricoles (5,6 millions en 1950, 2,1 millions en 1993), une concentration des terres et l’augmentation de la taille moyenne des exploitations (86 ha en 1950, 189 ha en 1993). La petite ferme familiale a pratiquement disparu du paysage agricole américain, au profit de vastes exploitations agro-industrielles, chargées de satisfaire la consommation des grandes villes et adaptées aux besoins d’une puissante industrie agroalimentaire. Ces exploitations géantes, ou corporate farming (jusqu’à 2 000 ha), sont des entreprises capitalistes, contrôlées souvent par des conglomérats (Boeing, Coca-Cola). Elles sont spécialisées dans des productions à forte valeur ajoutée (plantations de canne à sucre, pépinières, vignobles de qualité, aviculture, agrumes, élevage bovin industriel) et ouvertes sur le marché mondial. L’agriculture industrielle (700 000 exploitations) assure plus de 80 p. 100 de la production et des ventes. L’agriculture américaine fournit une gamme très étendue de productions végétales et animales. L’élevage (bovin, porcin, ovin, volailles) et ses produits dérivés fournissent 50,5 p. 100 des recettes de l’agriculture. L’élevage bovin (embouche et produits laitiers) domine la production. Le cheptel bovin (103,3 millions de têtes en 1995) est le troisième du monde. Le troupeau laitier est concentré dans les zones humides et verdoyantes des Grands Lacs (Dairy Belt), du nord-est atlantique et du nord-ouest pacifique. L’élevage pour la viande associe les régions de l’Ouest, spécialisées dans la reproduction, aux régions d’engraissement des Grandes Plaines centrales (Iowa, Nebraska, nord du Texas, Colorado), où se développent de véritables usines d’élevage (feedlots, ou « parcs d’engraissements »). Le cheptel porcin est également très important, avec 60 millions de têtes (2e rang mondial). Les cultures sont très variées. Les États-Unis sont leaders mondiaux pour les céréales (282,2 millions de t en 1995 soit 15 p. 100 de la production mondiale) et le soja (69,6 millions de t en 1994). En 1995, ils produisaient 47 p. 100 du soja mondial, 38 p. 100 du maïs (Iowa, Illinois), avec une production de 191,5 millions de t (1er rang mondial), et 11 p. 100 du blé (59,4 millions de t, 2e rang mondial). Les autres céréales sont l’orge (7,9 millions de t, 5e rang mondial) et le riz (8 millions de t), cultivé essentiellement en Arkansas et en Californie. Les rendements céréaliers sont élevés (5 572 kg/ha). Parmi les plantes industrielles dominent le coton (Vieux Sud, Californie), avec une production de 4,1 millions de t de fibres (2e rang mondial, 22 p. 100 de la production mondiale), les arachides (Géorgie), avec une production de 1,9 million de t en 1994 (3e rang mondial), le tabac (Caroline du Nord, Kentucky), dont la production s’est élevée à 723 000 t en 1994 (2e rang mondial), la canne à sucre (Hawaii, Floride ; 27,4 millions de t en 1995) et la betterave à sucre. Les États-Unis sont les troisièmes producteurs mondiaux de sucre brut (6,9 millions de t en 1995). Les fruits et légumes tempérés sont cultivés dans les régions urbanisées du Nord-Est atlantique, sur les rives des Grands Lacs (Fruit Belt) et dans les États de Washington et de l’Oregon. Les agrumes (13,2 millions de t en 1994, 2e rang mondial) et les fruits tropicaux (ananas, papayes) sont cultivés en Floride, en Californie et à Hawaii. Les autres grandes cultures sont les plantes fourragères, destinées au bétail, la pomme de terre (20,3 millions de t en 1995, 4e rang mondial) et la vigne (Californie ; 4e rang mondial). L’agriculture américaine s’est longtemps caractérisée par la spécialisation de vastes régions agricoles dans une monoculture (Corn Belt, Cotton Belt, Wheat Belt). Ces belts (« ceintures ») spécialisées ont été remplacées, aujourd’hui, par des régions agricoles aux cultures plus diversifiées. La Grande Vallée californienne, dominée par les cultures maraîchères et fruitières, est irriguée à très grande échelle. Le nord-est des États-Unis (Nouvelle-Angleterre, Pennsylvanie, New York, région des Grands Lacs) est spécialisé dans la production laitière (Dairy Belt). Les Grandes Plaines centrales sont le domaine des grandes cultures céréalières (maïs, blé), de l’élevage intensif (porcs, bovins) et, plus récemment, du soja. L’irrigation y est nécessaire à l’ouest du 100e méridien. Ces espaces agricoles sont aujourd’hui gravement menacés par l’érosion des sols. Dans le Vieux Sud (de l’Atlantique au Mississippi), la culture traditionnelle du coton (plantations de la Cotton Belt) a fortement décliné. Elle est aujourd’hui associée à des cultures variées (tabac, légumes, céréales, soja, arachides). Dans les zones subtropicales (littoral du golfe du Mexique, Floride), la culture du riz, des agrumes, de la canne à sucre et des légumes est prédominante. Enfin, les montagnes et les plateaux de l’Ouest sont le domaine de l’élevage traditionnel extensif bovin (ranching) et ovin.

Sylviculture et pêche

Aux ressources agricoles s’ajoute un puissant secteur sylvicole. Environ 195 millions d’hectares de forêt (soit la quasi-totalité de la forêt américaine) sont exploités. Les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de bois (500 millions de m3 en 1993). La production concerne essentiellement les bois tendres (sapin de Douglas, pin jaune du Sud). La moitié est destinée à la construction (bois de charpente) et un tiers à la production de pâte à papier. Les principales régions sylvicoles sont les plaines côtières du Sud, la Nouvelle-Angleterre, les Appalaches, la région des Grands Lacs, les Rocheuses et les chaînes côtières du Pacifique. Le secteur de la pêche est également très actif. Avec une prise annuelle de 4 millions de tonnes en 1999, les États-Unis occupent le 5e rang mondial derrière la Chine, le Pérou, le Japon et le Chili. Les espèces marines (mollusques, crustacés, poissons) constituent l’essentiel des prises. Les principales régions productrices sont l’Alaska (saumon, colin), le Massachusetts, la Louisiane, le Texas, le Maine et la Californie. La région de la Nouvelle-Angleterre est réputée pour ses crustacés (homards). L’ostréiculture (côte atlantique) et la pisciculture (truite, saumon) sont développées.


Exploitation minière et énergie

En 1996, le secteur secondaire employait 24 p. 100 de la population active et fournissait, en 1991, 27 p. 100 du PIB.

Ressources minières

Grâce à l’abondance de ses ressources minérales, les États-Unis sont la deuxième puissance minière du monde. Leur exploitation fournissait 3,5 p. 100 du PIB national en 1991 et occupait 3,5 p. 100 de la population active en 1996. Cinq États assurent la moitié de la production annuelle : le Texas, la Louisiane, l’Alaska, l’Oklahoma et la Californie. Les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon, uranium) sont les premières productions en valeur. Les États-Unis occupent le 2e rang mondial pour la production de charbon (849 millions de t en 1995), dont ils possèdent un cinquième des réserves mondiales. Premier exportateur mondial de charbon, les États-Unis possèdent 23 p. 100 des réserves planétaires. Le charbon est extrait principalement dans les Appalaches (près de Kentucky et de Pittsburgh) et dans le bassin du lac Michigan (Illinois, Indiana). Les plateaux de l’Ouest et les montagnes Rocheuses possèdent d’importantes réserves. Le charbon fournit 55 p. 100 de l’électricité du pays. Les États-Unis sont également les deuxièmes producteurs mondiaux de gaz naturel (530 milliards de m3 en 1995) et de pétrole (386 millions de t en 1995). Les principales régions productrices sont le golfe du Mexique (Texas, Louisiane), qui fournit 60 p. 100 du pétrole national et 70 p. 100 du gaz naturel, la Californie et l’Alaska (20 p. 100 du total grâce au gisement de Prudhoe Bay). La distribution des produits pétroliers est assurée par l’un des plus grands réseaux mondiaux d’oléoducs et de gazoducs (1,3 million de km), qui relie les zones productrices du Sud aux régions industrielles et urbaines du Nord-Est. Les réserves de pétrole sont estimées à 3 064 millions de t (10e rang mondial), soit 2,4 p. 100 des réserves planétaires. Celles de gaz naturel sont estimées à 4 640 milliards de m3 (6e rang mondial), soit 3,2 p. 100 des réserves mondiales. Le pays se place au 8e rang mondial pour la production d’uranium (Nouveau-Mexique, Texas, Wyoming, Utah), avec une production de 1 590 t en 1995, au 6e rang mondial pour le minerai de fer (région du lac Supérieur, en particulier le Minnesota et le Michigan), avec une production de 39,2 millions de t en 1995, au 1er rang mondial pour le cuivre (2,28 millions de t en 1995), au 3e rang mondial pour le plomb (408 000 t en 1995), l’or (Nevada, Californie, Utah, Dakota du Sud) et l’argent (Nevada, Idaho, Alaska, Montana, 1 400 t en 1995), ainsi qu’au 1er rang mondial pour le molybdène (Colorado, Arizona, Idaho, Montana) et les phosphates (Floride, Caroline du Nord, Idaho, Tennessee), avec une production de 45,5 millions de t en 1995. Les autres minerais importants sont le zinc, avec une production de 363 000 t en 1995 (4e rang mondial), la bauxite, le soufre (1er rang mondial, production de 11,6 millions de t en 1993), la potasse (Nouveau-Mexique ; 1,4 million de t en 1995, 5e rang mondial), le magnésium et le sel. Malgré cette extraordinaire richesse minérale, les États-Unis ne produisent aujourd’hui que 65 p. 100 de leurs besoins en pétrole et importent 80 p. 100 de leurs besoins en aluminium, chrome, cobalt, magnésium, amiante, étain et tungstène.

Énergie

Les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux d’électricité (3 575 milliards de kWh en 1995), soit 20 p. 100 de l’énergie mondiale : 10 p.100 sont d’origine hydraulique, 20 p. 100 d’origine nucléaire, 70 p. 100 d’origine thermique. Grâce au formidable potentiel hydraulique du pays, l’eau des fleuves est mobilisée pour la production d’hydroélectricité dans le Nord-Est (Nouvelle-Angleterre, chutes du Niagara), dans les Appalaches, avec l’aménagement de la Fall Line, et de la vallée du Tennessee (Tennessee Valley Authority, 1933), dans les Hautes-Plaines (Missouri) et surtout dans l’Ouest, dans les bassins du Colorado et de la Columbia, équipés de grands barrages (barrage Hoover, barrage de Grand Coulee). Les États-Unis consomment plus du quart de l’énergie mondiale (2 073 millions de tep en 1995 ; taux de couverture : 80,2 p. 100). Le pétrole fournit près de 41 p. 100 de l’énergie totale consommée à des fins industrielles ou domestiques, le charbon 23 p. 100, le gaz naturel 24 p. 100, l’énergie hydraulique 4 p. 100 et le nucléaire 8 p. 100. Les États-Unis sont, aujourd’hui, les premiers importateurs mondiaux d’hydrocarbures, d’où leur souci constant de garantir la sécurité de leurs approvisionnements (guerre du Golfe, 1991).


Industrie

Les États-Unis ont la plus forte production industrielle mondiale. Ils assurent encore 20 p. 100 de la production industrielle mondiale (contre plus de 30 p. 100 en 1960). En 1996, l’industrie américaine employait 20,5 p. 100 de la population active et fournissait, en 1991, 23,5 p. 100 du PIB. Ses points forts sont sa grande diversité, une capacité d’innovation remarquable, et son avance technologique. Les États-Unis occupent la première place mondiale dans de nombreuses branches industrielles : le pétrole (Exxon, Mobil, Texaco, Chevron, Amoco), l’automobile (General Motors, Ford Motors, Chrysler), les constructions aéronautiques (Lockheed Martin, United Technologies, Boeing, McDonnel Douglas, Textron) et électriques (General Electric), les biens de consommations (Philip Morris, Procter & Gamble, Conagra, Coca-Cola), la chimie-pharmacie (DuPont de Nemours, Dow Chemical) ou encore l’informatique (IBM, Hewlett-Packard, Compaq, Digital Equipment, Apple, Microsoft). Malgré un déclin relatif depuis la fin des années soixante, l’industrie reste un secteur clé de l’économie américaine. Seuls la sidérurgie et le textile ont été gravement affectés par la désindustrialisation. De plus en plus, l’industrie américaine évolue vers une spécialisation dans des activités de haute technologie. La puissance des grandes firmes américaines se maintient, malgré une vive concurrence internationale, émanant principalement du Japon (téléviseurs, appareils hi-fi, photographie, motocycles, automobile), de l’Europe (armements, aéronautique, chimie) et des nouveaux pays industriels d’Asie extrême-orientale, notamment la Corée du Sud, la Chine, Taïwan et Hong Kong (jouets, plastique, textiles, etc.).

Régions industrielles

L’espace industriel des États-Unis a connu une importante évolution au cours des dernières décennies, caractérisée par le déclin relatif des vieilles régions industrielles du Nord-Est, cœur historique de la révolution industrielle, et par l’industrialisation rapide des États du Sud et de l’Ouest. Cet étonnant retournement de la dynamique spatiale, qui caractérise aussi bien l’économie que la démographie, s’est accéléré à partir des années soixante-dix, lorsque le Nord-Est industrialisé s’est trouvé confronté à une grave crise de ses industries de main-d’œuvre traditionnelles (sidérurgie, automobile, textile). Celles-ci ont perdu plusieurs millions d’emplois. Comprise entre les Grands Lacs et la Mégalopolis (quadrilatère Baltimore-Portland-Milwaukee-Saint-Louis), la Manufacturing Belt est victime d’une désindustrialisation notable. Appelée parfois la Rust Belt (« Ceinture de la rouille »), elle reste toutefois la première concentration industrielle du pays et conserve l’essentiel du pouvoir de commandements. Elle concentre 70 p. 100 des sièges sociaux des grandes firmes et fournit encore 43 p. 100 de la production industrielle nationale. Les cinq États les plus industrialisés y sont l’Ohio, l’Illinois, le Michigan, la Pennsylvanie et l’État de New York. De l’autre côté du continent nord-américain, le Texas et surtout la Californie constituent les nouvelles grandes régions industrielles du pays. Le Sud fournit de nos jours 32 p. 100 de la production industrielle nationale et l’Ouest pacifique, 16 p. 100. Le début de la croissance économique et urbaine des États de la Sunbelt date des années quarante ; il résulte autant de la décision de l’État fédéral d’y implanter ses centres de recherche et ses usines d’armement que des mutations qui ont affecté la production industrielle (développement des industries de pointe, essor de la Silicon Valley) et la recherche d’une main-d’œuvre bon marché (Mexicains). La concurrence internationale a entraîné la création et un développement rapide des maquiladoras dans les villes mexicaines situées le long de la frontière avec les États-Unis (Tijuana, Ciudad Juárez, Mexicali, Nuevo Laredo), considérées comme des zones de libre-échange. Sous l’initiative d’industriels américains, cherchant à réduire les coûts d’assemblage de leurs produits manufacturés, et à de grands fermiers mexicains désireux de rentabiliser leur domaine, ces usines de montage emploient une main-d’œuvre mexicaine à bon marché. Les maquiladoras mexicaines attirent de plus en plus de multinationales étrangères, en particulier japonaises. L’extraordinaire dynamisme de l’aire Pacifique, qui constitue aujourd’hui le cœur de l’activité économique mondiale, joue aujourd’hui en faveur de la façade ouest des États-Unis. Grâce à leur situation très favorable, la Californie et les autres États du Pacifique (Oregon, Washington, Hawaii, Alaska) apparaissent les mieux placés pour affronter la compétition industrielle internationale au sein des États-Unis. La Californie, désormais l’État le plus industrialisé du pays, fournit à elle seule 10 p. 100 de la production industrielle nationale. Elle a gagné 600 000 emplois entre 1994 et 1996. Si elle était une nation indépendante, elle serait la sixième puissance économique mondiale.

Agroalimentaire et textile

L’industrie agroalimentaire américaine est puissante et diversifiée, à l’image des productions agricoles : produits laitiers dans la région des Grands Lacs et en Nouvelle-Angleterre, industries de la viande et minoteries dans les Grandes Plaines, conserveries de fruits et légumes dans la plaine côtière atlantique et en Californie, raffineries de sucre, brasseries dans la région des Grands Lacs et dans le Kentucky (bourbon), viticulture en Californie. C’est un secteur très concentré. Les deux tiers de la production sont assurées par cinquante entreprises parmi lesquelles Nabisco, Coca-Cola et Pepsi-Cola, géants de l’agroalimentaire mondial, ou encore Mac Donald’s et Burger King, leaders de la restauration rapide. Les États-Unis sont, avec la France, les premiers exportateurs mondiaux de produits agroalimentaires. L’industrie textile (confection, fibres, textiles), activité traditionnelle en Nouvelle-Angleterre et en Pennsylvanie, a fortement régressé, de même que l’industrie cotonnière localisée dans le Sud (Géorgie, Caroline du Nord, Caroline du Sud). Industrie de main-d’œuvre, elle emploie près de 2 millions de personnes dans des firmes de petite taille et des travailleurs souvent peu qualifiés et sous-payés (femmes, minorités ethniques). La balance commerciale est déficitaire en raison de l’importance des importations de produits textiles (confection, bonneterie) en provenance des pays du tiers-monde (plus de 50 p. 100 du marché national aujourd’hui). Cette concurrence a entraîné la fermeture de nombreuses usines et des suppressions massives d’emplois (près de 2 millions dans la confection). Cependant, grâce à la modernisation de ses techniques et de son appareil de production, sous l’impulsion des grandes entreprises (Burlington, Levi Strauss), l’industrie textile américaine a retrouvé une forte productivité. Elle se situe au deuxième rang mondial pour la fabrication des tissus naturels et domine le marché pour les fibres synthétiques. L’industrie du vêtement (confection) et de la mode, très dynamique, se concentre dans les grands centres urbains de l’Est (New York, Philadelphie), de Chicago et de la Californie.

Métallurgie et industrie automobile

Les États-Unis sont le 3e producteur mondial d’acier brut avec une production de 91 millions de t en 1994. Parmi les industries métallurgiques, la sidérurgie reste un secteur essentiel malgré son déclin. En 1987, elle fournissait encore 11 p. 100 de l’acier mondial (contre 60 p. 100 en 1945). Elle subit une concurrence accrue des entreprises japonaises et européennes. Cependant, grâce à d’importants efforts de restructuration, la sidérurgie américaine a retrouvé une forte productivité. Elle est dominée par trois grandes firmes (Bethlehem Steel, LTV, US Steel). D’abord localisée aux pieds des Appalaches (gisements de charbon) et sur les rives des Grands Lacs (minerai de fer de la région du lac Supérieur et du Canada), elle a commencé à se rapprocher du littoral dans les années 1950-1960, vers les ports d’importation de minerai de fer (Philadelphie, Baltimore, Houston). Toutefois, l’essentiel de la production est toujours issu de la région des Grands Lacs (Pennsylvanie, Illinois, Indiana, Ohio, Michigan), les centres les plus actifs étant Pittsburgh (Pennsylvanie) et Chicago-Gary (Illinois, Indiana). D’autres noyaux sidérurgiques sont situés au sud des Appalaches (Birmingham), au Texas (Houston), en Californie, dans les Rocheuses (mini-mills). Les États-Unis possèdent également une puissante industrie de l’aluminium dont ils sont les premiers producteurs mondiaux (3,3 millions de t en 1994, soit près d’un tiers de la production mondiale). Ce secteur est dominé par trois grandes sociétés, les « Big Three » (Kaiser, Reynolds et Alcoa). Les États-Unis importent le minerai brut (bauxite) d’Amérique latine, d’Afrique et d’Australie. Les usines sont installées dans les ports d’importation de matières premières (golfe du Mexique, Texas) et dans les régions productrices d’hydroélectricité (vallée du Tennessee, vallée de la Columbia). L’industrie automobile américaine, la première du monde, est fortement concurrencée par les constructeurs japonais. Elle fabrique près du quart de la production mondiale (6,6 millions d’unités en 1994). La filière automobile fournit près de 8 p. 100 de la valeur de la production industrielle. C’est une activité financièrement et spatialement concentrée. Trois firmes (les « Majors ») assurent la quasi-totalité de la production : General Motors, fondée en 1908 et première entreprise mondiale, Ford Motors (1903) et Chrysler (1923). Les principaux constructeurs étrangers aux États-Unis sont les firmes japonaises Honda (devenue le 1er exportateur automobile du pays) et Toyota, ainsi que la firme allemande Volkswagen. Encore concentrée dans l’État du Michigan (le tiers de la production nationale) et surtout à Detroit, capitale mondiale de l’automobile, l’industrie automobile a essaimé dans d’autres villes des Grands Lacs (Cleveland, Toledo, Buffalo, Chicago) et plus au sud (Indianapolis, Cincinnati, Saint-Louis). Elle s’accompagne de productions annexes (machines-outils, machines agricoles, électroménager). Des usines de montage existent également dans les grands centres urbains de l’Est et du Sud (Dallas, Atlanta, Memphis, Californie). Frappée par deux grandes crises en 1974-1975 et en 1980-1982, l’industrie automobile américaine n’a pu se redresser qu’au prix d’une reconversion profonde de son appareil de production. Celle-ci s’est accompagnée de suppressions massives d’emplois (fermeture de dix usines).

Industrie chimique

Les États-Unis sont les leaders mondiaux dans le secteur de la chimie. Ils possèdent une puissante industrie, avec des firmes comme DuPont de Nemours, Dow Chemical, Union Carbide, Monsanto et les grandes firmes pétrolières (Exxon, Mobil, etc.). En aval de la chimie lourde, on trouve des firmes plus spécialisées, comme Eastman Kodak (matériel et films photographiques), ou encore les entreprises fabriquant le caoutchouc synthétique et les pneumatiques, installées à Akron (Goodyear, Firestone). La chimie minérale fournit la soude, l’acide sulfurique, les engrais. La chimie organique est la plus importante : elle fournit 20 p. 100 du caoutchouc synthétique mondial. Elle repose sur la carbochimie (nord du bassin des Appalaches) et sur la pétrochimie (Louisiane, Texas, Chicago, Toledo, New York).

Industries de pointe

Les États-Unis se caractérisent aujourd’hui par le dynamisme des industries de pointe (informatique, électronique, biotechnologies, robotique, etc.). Employant une main-d’œuvre hautement qualifiée et utilisant des technologies très sophistiquées, elles constituent l’un des secteurs à plus forte croissance de l’économie américaine. Elles se concentrent de plus en plus dans des technopoles à proximité des grandes villes, des campus universitaires et des grands aéroports (hubs) : Boston (route 128, route 495), Philadelphie (route 202), Portland (Sunset Corridor), San Francisco (Silicon Valley, université Stanford), Caroline du Nord (Triangle d’or), New Jersey (Route 1, Zip Strip, université de Princeton), Texas (complexe micro-électronique d’Austin), etc. Les industries électriques et électroniques sont particulièrement importantes. Les États-Unis ont été les initiateurs de la « révolution électronique ». Celle-ci bouleverse le monde depuis l’invention du transistor (1948), la fabrication des premiers micro-ordinateurs (1964) et la mise au point du microprocesseur (1971), qui miniaturise l’ordinateur et multiplie les applications de l’informatique. Malgré l’essor du Japon, l’industrie électrique et électronique américaine reste la plus puissante du monde et fournit une gamme très étendue de produits : semi-conducteurs (Motorola, IBM) ; armements très sophistiqués (missiles, radars, instruments de guidage) ; biens d’équipement (matériel informatique, supercalculateurs, ordinateurs, micro-ordinateurs, robots industriels) et biens de consommation grand public (calculatrices, téléviseurs, hi-fi, etc.). Elle est dominée par de grandes firmes comme IBM, numéro un mondial de l’informatique, Microsoft, Apple, Hewlett-Packard, Commodore, Unimation, Texas Instruments, General Electric, Zenith ou ITT. Elle se concentre dans le Nord-Est (New York, siège d’IBM et d’ITT, le Connecticut, le Massachusetts, Detroit). Toutefois, c’est dans le Sud et l’Ouest qu’elle connaît le taux d’expansion le plus élevé (Californie, Texas). Les États-Unis figurent également au premier rang mondial pour les industries aérospatiales. Ils dominent le secteur de l’aéronautique avec des firmes comme Boeing, premier avionneur mondial, Mac Donnell Douglas ou Rockwell. L’industrie aéronautique américaine se localise dans le Nord-Est (Philadelphie, Columbus), dans les Grandes Plaines (Saint Louis, Wichita), dans le sud (Atlanta) et surtout sur la façade pacifique, principale région de fabrication des cellules d’avions (Californie ; région de Seattle, où est installée la firme Boeing). L’industrie aérospatiale est plus dispersée. Associée à l’électronique, ses principaux centres sont situés dans le Sud (Alabama, Texas, Virginie, Louisiane, Floride) et dans l’Ouest (Californie, Nevada). Depuis le lancement du programme spatial Apollo, en 1961, en riposte au défi soviétique, les États-Unis se sont lancés dans la conquête de l’espace (programme Skylab, navettes spatiales). Le rôle de l’État a été et reste déterminant dans ce secteur. Agence fédérale, la NASA est le maître d’œuvre des programmes spatiaux dont elle assure le financement. Celui-ci représente le quart des dépenses publiques de recherche-développement. Les États-Unis ont aujourd’hui perdu le monopole des lanceurs de satellites, suite à la concurrence de l’Europe (fusée Ariane), de la Russie, et, plus récemment, de la Chine et du Japon. Grande puissance militaire, les États-Unis possèdent également un très important secteur de l’armement, résultat de la course aux armements classiques et nucléaires lancée durant la guerre froide, face à l’URSS. Les dépenses militaires engagées par l’État sont en baisse mais restent considérables. Elles jouent un rôle déterminant dans l’économie et dans le commerce extérieur (exportations d’armes). Les industries de l’armement sont assez dispersées. Les firmes travaillent en étroite coopération avec le ministère de la Défense, dans le cadre d’un véritable « complexe militaro-industriel », qui, depuis 1940, représente une des composantes de base de l’économie du pays.


Secteur tertiaire

L’économie américaine connaît, depuis plusieurs décennies, une tertiarisation croissante de ses activités. On parle aujourd’hui d’économie et de société postindustrielles, dominées par les services et les activités de consommation destinés à satisfaire les besoins d’une population à revenus élevés. Celles-ci caractérisent les pays riches les plus développés. Ainsi, en 1995, 73,3 p. 100 de la population active étaient employés dans les activités de services : fonction publique (22 p. 100 des emplois tertiaires), services administratifs et financiers des entreprises, défense, recherche, commerces et grande distribution (31 p. 100 des emplois tertiaires), transports et communications, tourisme et loisirs, banques, culture, activités juridiques et paramédicales, services à domiciles, etc. En 1998, 72 p. 100 du PIB étaient réalisés par le secteur tertiaire. Celui-ci représente, en valeur, 30 p. 100 des exportations américaines. Les États-Unis sont en effet le premier exportateur mondial de services. Ainsi, en 1992, les sociétés de services ont dégagé un excédent commercial de 59 milliards de dollars. Parmi les géants mondiaux figurent American Express, Mac Donald’s ou encore Walt Disney.

Transports

Les États-Unis possèdent l’une des populations les plus mobiles du monde et un trafic de marchandises supérieur à 3 milliards de t. Au début des années quatre-vingt-dix, les chemins de fer assuraient près de 37,3 p. 100 du fret total, les camions 25,3 p. 100, les oléoducs 21,2 p. 100, les voies navigables internes 15,8 p. 100 et l’aviation seulement 0,4 p. 100. Le trafic passager annuel était assuré à 81 p. 100 par les voitures individuelles, à 17,2 p. 100 par les compagnies aériennes, à 1,1 p. 100 par les lignes d’autocars et à seulement 0,6 p. 100 par les trains de voyageurs. Le développement des infrastructures de transport fut une étape fondamentale du développement des États-Unis. Les voies navigables naturelles, ainsi que de vagues pistes, constituèrent les premières voies de circulation. Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, de nombreux canaux furent construits pour relier les Grands Lacs et les fleuves navigables de l’est des États-Unis. Les chemins de fer à vapeur commencèrent à circuler à partir de 1829. La première voie ferrée transcontinentale fut construite entre 1862 et 1869 par les sociétés Union Pacific et Central Pacific, avec l’aide du gouvernement fédéral. Les transcontinentaux furent le principal moyen de transport utilisé par les colons européens partant pour l’Ouest à la fin du XIXe siècle. Le réseau ferré s’étend aujourd’hui sur 330 000 km. L’automobile et les routes se développèrent dans la première moitié du XXe siècle. Le réseau routier des États-Unis est aujourd’hui le premier du monde (6,30 millions de kilomètres en 1999). En 1956, le gouvernement fédéral a lancé un vaste programme autoroutier, le National Interstate Highway System. Le pays compte aujourd’hui 80 000 km d’autoroutes. Il possède le premier parc automobile du monde (145 millions de voitures particulières soit 1 voiture pour 1,7 habitant). Près de 55 p. 100 des ménages ont au moins deux voitures. Le transport aérien se développa après la Première Guerre mondiale, mais ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’avion devint l’un des principaux modes de transport. Depuis les années soixante, l’essentiel des relations interurbaines est assuré par un réseau complexe de lignes aériennes qui, depuis la déréglementation, proposent des tarifs concurrentiels. Cet essor des transports aériens a entraîné la création de gigantesques aéroports ou hubs (Chicago-O’Hare International Airport ; Dallas-Fort Worth ; John F. Kennedy International Airport et La Guardia Airport, à New York ; Hartsfield International Airport à Atlanta). Ainsi, 6 des 10 premiers complexes aéroportuaires mondiaux se trouvent aux États-Unis. Celui de Chicago (Chicago-O’Hare, Midway) détient le plus fort trafic aérien du monde. Les transports par voies d’eau (41 000 km), notamment par les Grands Lacs et la voie maritime du Saint-Laurent (ouverte en 1959), par l’ensemble Mississippi-Ohio et par les grands canaux du Nord-Est, jouent un rôle de premier plan. Le trafic est particulièrement intense sur les Grands Lacs, véritable mer intérieure, reliés par plusieurs canaux, notamment le canal Érié (construit en 1825, long de 547 km) et le canal de Sault-Sainte-Marie. Le long des côtes du golfe du Mexique, les lagunes isolées en arrière des cordons littoraux ont été aménagées pour former une grande voie navigable, la Gulf Intracoastal Waterway. Celle-ci longe le littoral depuis le Texas jusqu’à la Floride et joue un rôle économique important. Les plus grands ports fluviaux et maritimes sont La Nouvelle-Orléans (Louisiane), New York, Houston, Valdez (Alaska), Baton Rouge (Louisiane), Corpus Christi (Texas), Long Beach (Californie), Hampton Roads (Virginie), Tampa (Floride), Seattle (Washington) et Los Angeles (Californie).

Secteur financier

La monnaie américaine est le dollar US (divisible en 100 cents). La suprématie monétaire des États-Unis s’appuie sur l’hégémonie du dollar dans le monde. Une grande partie des règlements internationaux s’effectuent dans cette devise. En 1993, les actifs américains atteignaient 1 130 milliards de dollars. En 1991, les États-Unis possédaient 11 920 banques, dont les actifs atteignaient 3 430 milliards de dollars. La Réserve fédérale est la banque centrale du pays. Toutes les banques nationales lui sont affiliées. Le marché financier international est dominé par cinq grandes banques d’affaires américaines, les « Golden Banks ». En 1994, les holdings bancaires les plus riches étaient Citicorp, Chemical Banking Corp., J. P. Morgan. Les États-Unis possèdent, avec New York, la première place financière et commerciale de la planète. La Bourse de New York (Wall Street) reste la première du monde tandis que Chicago s’impose comme le centre international des marchés à terme.

Télécommunications

Les États-Unis possèdent un réseau de médias et de télécommunications parmi les plus développés au monde. Sept compagnies régionales sont nées, en 1984, du démantèlement du géant des télécommunications américaines, l’American Telephone and Telegraph (ATT) qui, grâce à une concession de service public, jouissait d’un quasi-monopole. En 1995, quatre entreprises américaines se classaient parmi les dix premiers opérateurs mondiaux (ATT, GTE, Southern Bell, MCI Communications). Elles prennent une part active à la guerre des réseaux électroniques qui constituent, de nos jours, l’élément moteur des échanges mondiaux d’informations. Les États-Unis ont pris aujourd’hui une grande avance dans le domaine de la télévision numérique et des autoroutes de l’information, à l’image des deux géants américains Time Warner et Viacom, premiers groupes multimédias du monde. Ils ont été les fervents artisans d’une déréglementation internationale des télécommunications.

Tourisme

Le tourisme est une activité très importante aux États-Unis. Ce secteur emploie 9 millions de personnes. En 1999, les recettes touristiques se sont élevées à 60 milliards de dollars. Bénéficiant d’un patrimoine naturel et culturel remarquable, les États-Unis ont investi dans de très importants aménagements touristiques (stations de sports d’hiver, stations balnéaires, parcs d’attractions, etc.). Le loisir organisé y est particulièrement développé. Le tourisme draine une clientèle considérable : 140 millions d’Américains et plusieurs dizaines de millions d’étrangers (en provenance d’Europe occidentale, du Canada, du Japon, d’Amérique latine et des Caraïbes). Il constitue l’un des piliers de l’économie de la Californie, du Nevada, de la Floride ou encore d’Hawaii. Les principales destinations touristiques sont New York, la Californie, la Floride, le Nevada (Las Vegas) et les grands parcs nationaux des montagnes Rocheuses et des Appalaches (Great Smoky Mountains, Zion Canyon, Monument Valley, Mesa Verde, Grand Canyon, Yellowstone). Disneyworld (Floride) et Disneyland (Californie) sont les parcs d’attractions les plus célèbres des États-Unis.

Industrie cinématographique

Les États-Unis jouissent d’une véritable hégémonie dans le domaine de la production cinématographique et télévisuelle. Spécialisée dans la réalisation de films grand public, de superproductions et de séries télévisées bon marché, l’industrie cinématographique américaine alimente 60 p. 100 des exportations mondiales. L’essentiel de la production est assuré par les grands réseaux télévisés (ABC, NBC, etc.) et, surtout, par quelques grands studios de cinéma (Hollywood), aux mains de groupes industriels puissants (les Majors) : Metro Goldwyn Mayer (MGM), Paramount (rachetée par Viacom), Columbia (rachetée par le japonais Sony en 1989), Warner Bros (WB, aujourd’hui Time Warner), United Artists, Walt Disney, Twentieth Century Fox, etc. La suprématie américaine s’affirme également dans les secteurs de la publicité et les agences de presses (Associated Press, United Press).


Commerce extérieur

Les États-Unis sont la première nation commerciale du monde avec, au début des années quatre-vingt-dix, un montant de plus de 979 milliards de dollars de marchandises vendues. Toutefois, le pays est victime d’un déficit chronique de sa balance commerciale et de sa balance des paiements. En 1995, la balance des paiements a été déficitaire de 169,6 milliards de dollars. Le montant total des exportations de marchandises, en 2000, s’élevait à 781 milliards de dollars. En 1996, les produits agricoles (riz, céréales, coton, soja, tabac) représentaient 3,1 p. 100 de la valeur des exportations et les produits manufacturés (machines, équipements de transport, textiles, produits chimiques, cigarettes), 82 p. 100. Les principaux clients des États-Unis sont l’Union européenne (21,2 p. 100 des exportations), l’Amérique latine (18 p. 100), le Canada et le Mexique (29,6 p. 100), l’Asie (33,8 p. 100), dont le Japon (11 p. 100). Le montant total des importations s’élevait en 2000 à 1 258 milliards de dollars. En 1994, les produits agricoles (produits tropicaux, caoutchouc naturel, sucre) représentaient 7,3 p. 100 de la valeur des importations, les produits miniers et énergétiques (pétrole, aluminium, étain, manganèse), 9,8 p. 100 et les produits manufacturés, 79 p. 100. Les principaux fournisseurs des États-Unis sont l’Asie (43,3 p. 100 des importations), dont le Japon (16,6 p. 100), le Mexique et le Canada (27,8 p. 100) et l’Europe (17,7 p. 100). Les principaux partenaires commerciaux des États-Unis en Europe sont la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Mais la part de l’Europe dans les échanges commerciaux des États-Unis ne cesse de décliner, au profit des pays de l’aire Asie-Pacifique. Ainsi, le déséquilibre commercial est particulièrement grave avec l’Asie et le Japon.





HISTOIRE


Les États-Unis constituent un État jeune, né il y a à peine deux cents ans. La naissance de la nation américaine a été précédée d’une période coloniale de plus d’un siècle.


L'époque coloniale

Les premières explorations du territoire

Les premiers navigateurs Européens qui, dans le sillage de Christophe Colomb, abordèrent les côtes du continent nord-américain furent les Italiens Jean Cabot et Sébastien Cabot (1497). Voyageant au service de Henry VII d’Angleterre, ils découvrirent Terre-Neuve et explorèrent les côtes du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre. L’Espagnol Juan Ponce de León découvrit la Floride en 1513. L’Italien Jean de Verrazane (1524), voyageant pour le compte de François Ier, explora les côtes atlantiques, de la Caroline du Sud au Maine ; puis le Français Jacques Cartier (1534) découvrit l’estuaire du Saint-Laurent. Tous étaient à la recherche d’une route maritime septentrionale vers les Indes et la Chine. Les premiers explorateurs européens (Robert Cavelier de La Salle, sir Walter Raleigh, Hernando de Soto) qui pénétrèrent, aux XVIe et XVIIe siècles, sur le territoire américain, rencontrèrent une population autochtone peu nombreuse. Estimée à quelques millions d’individus, elle était probablement venue d’Asie, par le détroit de Béring, quarante mille ans plus tôt. Le contact avec les Européens provoqua chez la population amérindienne un désastre démographique (choc microbien) et culturel (spoliation des terres, alcoolisme, destruction des cultures indigènes). Les maladies venues d’Europe (grippe, typhus, rougeole, etc.) et les guerres décimèrent jusqu’à 95 p. 100 d’entre eux.

Les débuts de la colonisation européenne

La colonisation de l’Amérique du Nord par les Européens commença dès la fin du XVIe siècle. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, elle fut menée essentiellement par trois pays : l’Espagne, la France et l’Angleterre. La première implantation européenne permanente date de 1565, avec la fondation de Saint Augustine (Floride) par les Espagnols. Ceux-ci étendirent leur domination sur les territoires actuels de la Floride, du Texas, de la Californie, puis sur une grande partie de l’ouest des États-Unis. Les Français commencèrent par s’installer au Canada (fondation de Québec par Samuel de Champlain, en 1608) puis fondèrent la vaste colonie de la Louisiane (début XVIIIe siècle), englobant la région des Grands Lacs et toute la vallée du Mississippi (voyages de Jacques Marquette et de Louis Jolliet en 1673 ; voyages de Robert Cavelier de La Salle, 1669-1682). Les Anglais, quant à eux, colonisèrent les régions de la côte atlantique, qui devaient devenir, ultérieurement, le noyau politique et culturel des États-Unis.

La mainmise anglaise

La fondation de Jamestown, en Virginie, en 1607, inaugura la colonisation anglaise. Ce fut une colonisation de peuplement, menée par des émigrants persécutés dans leur pays pour leurs convictions religieuses ou politiques, notamment des séparatistes anglais, secte dissidente de l’Église anglicane. En 1620, les Pères Pèlerins, dissidents religieux adeptes du puritanisme, arrivèrent à bord du Mayflower dans la baie de Plymouth et fondèrent la colonie de Plymouth (future colonie de la baie du Massachusetts). L’émigration puritaine continua jusqu’en 1642, entraînant la création des autres colonies de la Nouvelle-Angleterre (colonies septentrionales) : le New Hampshire (1629), Rhode Island (1644) et le Connecticut (1662). Ces colonies développèrent une société souvent théocratique et intolérante, reposant sur une vie spirituelle très riche (fondation de l’université Harvard, en 1636). Situées plus au sud, les colonies méridionales, constituées de la Virginie (1607), du Maryland (1632), de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud (1663) ainsi que de la Géorgie (1732), développèrent une structure politico-religieuse et socio-économique très différente des colonies du Nord. Essentiellement agricoles, elles reposaient sur une économie de plantation (tabac, coton) qui exigeait une main-d’œuvre abondante. Le commerce triangulaire commença dès 1620 et se poursuivit durant tout le XVIIe siècle. Une société esclavagiste se constitua ainsi, au profit des seuls grands propriétaires, restés fidèles à l’anglicanisme. Les deux groupes de colonies anglaises restèrent longtemps étrangers l’un à l’autre. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle se constituèrent les colonies du Centre. Suite aux explorations menées en 1609-1610 par Henry Hudson, navigateur anglais au service de la Compagnie des Indes orientales, les Hollandais s’implantèrent en 1613-1614 à l’embouchure de l’Hudson (actuelle baie de New York), où ils fondèrent la colonie de la Nouvelle-Hollande. Sa capitale, La Nouvelle-Amsterdam (aujourd’hui New York), fut fondée en 1625 par Peter Minuit, dans l’île de Manhattan. En 1655, les Hollandais annexèrent la colonie suédoise du Delaware (créée en 1638). Puis, en 1664, les colonies hollandaises d’Amérique du Nord passèrent sous domination anglaise. De cette annexion naquirent les colonies de New York, du New Jersey et du Delaware (1664). La Pennsylvanie fut fondée un peu plus tard, en 1681, par le quaker William Penn. Les colonies anglaises bénéficièrent dès le début d’une grande autonomie vis-à-vis de la métropole. Attribuées en pleine propriété à des particuliers par charte royale (chartes de propriété), ces colonies propriétaires possédaient chacune un gouvernement et une assemblée. Il s’y institua très tôt des pratiques démocratiques. À l’exception de la Géorgie, qui fit l’objet d’une charte en 1732, toutes les colonies anglaises d’Amérique du Nord furent fondées avant la fin du XVIIe siècle.

La colonisation française

Les Français, de leur côté, délaissant les régions de la côte atlantique, pénétrèrent à l’intérieur du continent nord-américain en remontant le Saint-Laurent. Depuis Québec, ils étendirent leur autorité sur un immense territoire, dans les Grandes Plaines centrales, qu’ils appelèrent Louisiane en l’honneur de Louis XIV. Mais la rivalité coloniale franco-anglaise déboucha rapidement, en Amérique du Nord, sur une succession de guerres. Contrairement à la colonisation anglaise, l’immigration française, trop limitée, ne permit pas à la France d’assurer un contrôle réel et une défense efficace de son empire colonial. Après avoir perdu l’Acadie à l’issue du traité d’Utrecht (1713), la France abandonna toutes ses possessions américaines lors du traité de Paris (1763), qui mettait fin à la guerre de Sept Ans (1754-1763). La Louisiane occidentale, à l’ouest du Mississippi, fut cédée, en compensation, à l’Espagne, alliée de la France (qui la récupéra en 1800). La Louisiane orientale, à l’est du Mississippi, ainsi que toutes les possessions françaises canadiennes revinrent à la Grande-Bretagne.

Le renforcement du pouvoir anglais

Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, l’autorité royale anglaise renforça son emprise sur ses colonies américaines, par l’intermédiaire des gouverneurs royaux. Après l’élimination de la présence française en Amérique du Nord, la métropole anglaise raidit encore son attitude en réclamant à ses treize colonies une contribution financière pour amortir les dépenses de la guerre de Sept Ans. Mais les colonies anglaises, habituées à une certaine indépendance (assemblées politiques élues, vote des budgets), refusèrent les charges fiscales imposées par Londres. Le Stamp Act de 1765 suscita une vive indignation parmi les colons américains et provoqua des émeutes (Virginie, New York, Massachusetts). Des sociétés secrètes de patriotes (les Fils de la liberté) se constituèrent. Le mouvement de protestation colonial culmina, en octobre 1765, lors du congrès contre le Stamp Act. Cette loi fut finalement révoquée par le Parlement en 1766. Désireuse d’établir un commerce reposant sur le principe de l’exclusif colonial, la métropole tenta, en 1767, d’imposer à ses colonies les lois Townshend qui taxaient lourdement les importations, notamment celles du thé. La résistance coloniale fut à nouveau très vive. Elle prit la forme d’un boycottage des produits anglais par les colons. La réaction énergique des Britanniques marqua la rupture définitive entre la Grande-Bretagne et ses colonies. Les taxes Townshend furent annulées. En 1773, le monopole de la vente du thé en Amérique fut accordé par le Parlement britannique à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Cette décision déclencha une nouvelle crise. Les cargaisons de thé des navires de la Compagnie des Indes furent détruites par les habitants de Boston, alors le grand port de la Nouvelle-Angleterre. Par mesure de rétorsion, le Parlement britannique vota les lois « intolérables » (« Intolerable Acts », 1774) à l’encontre du Massachusetts (fermeture du port de Boston, suppression des libertés du Massachusetts). L’unité des treize colonies américaines se réalisa dans leur opposition commune à la politique du gouvernement britannique : en septembre 1774, à l’initiative de Benjamin Franklin, elles se réunirent à Philadelphie en un premier Congrès continental (5 septembre-26 octobre 1774).


La révolution américaine et la naissance d'une nation

La guerre de l’Indépendance

La fusillade de Lexington (19 avril 1775) contre des patriotes précipita la rébellion. Lors du second Congrès continental, qui se tint à Philadelphie à partir du 10 mai 1775, les colonies américaines affirmèrent leur volonté commune de résister à l’agression britannique par des moyens militaires. Le Congrès décida d’assumer le pouvoir exécutif sur les colonies et de créer une armée continentale, dont George Washington reçut le commandement. La guerre de l’Indépendance américaine (1776-1783) entre les Britanniques et les treize colonies insurgées (Massachusetts, New Hampshire, Connecticut, Rhode Island, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Sud, Caroline du Nord et Géorgie) débuta le 17 juin 1775, avec la bataille de Bunker Hill. Le 4 juillet 1776, les colonies américaines adoptèrent la Déclaration d’Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson puis, le 15 novembre 1777, les Articles de la Confédération. Cependant, les colons étaient loin d’être tous solidaires : les « loyalistes », fidèles à la métropole, se rangèrent du côté des Britanniques avant de fuir au Canada. Nombreux sont ceux qui restèrent neutres. Sur le plan militaire, l’armée américaine, essentiellement formée de volontaires, était nettement inférieure à l’armée britannique, renforcée de 20 000 mercenaires allemands. Battu à la bataille de Long Island, en août 1776, George Washington fut contraint d’abandonner New York aux Britanniques. Ce fut ensuite le tour de Philadelphie, un an plus tard, en septembre 1777. La première victoire américaine fut la bataille de Saratoga, le 17 octobre 1777. Celle-ci marqua un tournant dans la guerre de l’Indépendance. La France vit dans l’insurrection américaine l’occasion d’une revanche sur le Royaume-Uni. En janvier 1778, les généraux La Fayette et Rochambeau prirent le commandement d’un corps expéditionnaire français envoyé en Amérique afin de soutenir militairement les révolutionnaires américains. La capitulation des Britanniques à Yorktown, le 19 octobre 1781, fut décisive et consacra la victoire des Américains. L’indépendance des États-Unis fut officiellement reconnue par la Grande-Bretagne à l’issue des traités de Paris et de Versailles (3 septembre 1783) qui leur attribuèrent, en outre, la possession des territoires compris entre l’Atlantique et le Mississippi, depuis les Grands Lacs, au nord, jusqu’à la Floride espagnole. Les relations anglo-américaines restèrent longtemps tendues, en raison de la controverse concernant l’établissement de la frontière politique avec le Canada.

La mise en place des institutions

La nouvelle nation américaine se trouva rapidement dans une situation politique et économique difficile. Le gouvernement fédéral ne détenait alors qu’une faible autorité. La nécessité d’établir un gouvernement central s’imposa bientôt dans les esprits. Une Convention constitutionnelle se réunit sous la présidence de George Washington. Une nouvelle Constitution des États-Unis, inspirée par James Madison, Alexander Hamilton et James Wilson, fut adoptée le 17 septembre 1787. Ménageant le souci d’indépendance des treize États, elle mit en place un pouvoir fédéral compétent dans les domaines du commerce extérieur, de la défense et de la politique extérieure, ainsi que dans le domaine des relations entre les États fédérés. Afin que les grands États ne dominent pas les petits, il fut décidé d’une représentation égale au Sénat (deux sièges par État) et proportionnelle à la Chambre des représentants. La séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire fut instituée. La nouvelle Constitution fut, dès 1788, signée par onze États. La Caroline du Nord ne la ratifia qu’en novembre 1789 et Rhode Island en mai 1790. Le 4 mars 1789, le premier Congrès des États-Unis se réunit à New York. Le 30 avril, George Washington devint le premier président des États-Unis (1789-1797). En 1791 furent adoptés les dix premiers amendements de la Constitution des États-Unis.


L'essor des États-Unis jusqu'à la guerre de Sécession

L’organisation de la vie politique

Deux partis politiques se développèrent sous la présidence de Washington : les fédéralistes et les républicains. Les fédéralistes, représentés par George Washington et Alexander Hamilton, étaient favorables au renforcement du pouvoir fédéral. Soutenus par les industriels et les milieux d’affaires du Nord, ils restèrent au pouvoir jusqu’en 1801, avec John Adams (1797-1801), successeur de Washington. Les présidences fédéralistes furent marquées par des troubles intérieurs (révolte du Whisky, 1794) et par une opposition violente avec les républicains (lois sur la sédition et les étrangers). Le Parti républicain, avec Thomas Jefferson et James Madison à sa tête, hostile à toute ingérence excessive du pouvoir central, était favorable à une limitation stricte des pouvoirs fédéraux. Il reçut le soutien des petits propriétaires terriens du Sud et de l’Ouest. Sous l’influence d’Andrew Jackson et de John C. Calhoun, il devint, à partir de 1828-1830, le Parti démocrate. Le Parti républicain accéda au pouvoir avec Thomas Jefferson (1801-1809) et s’y maintint sous les présidences de James Madison (1809-1817) et de James Monroe (1817-1825). Ce dernier, en affirmant son opposition à toute intervention européenne dans les affaires du continent américain (doctrine de Monroe, 1823), définit les principes de la politique étrangère des États-Unis jusqu’au XXe siècle.

L'expansion territoriale

Les deux partis pratiquèrent la même politique d’expansion territoriale et de développement économique par la colonisation progressive des terres, l’achat de territoires (Louisiane, Floride) ou l’usage de la force (Californie). Cantonnée en 1783 à la seule façade atlantique, la jeune nation se lança dans la colonisation de l’Ouest et étendit rapidement son territoire, avec la formation de nouveaux États (Ohio, 1803 ; Kentucky, 1792 ; Tennessee, 1796 ; Vermont, 1791). En 1803, les États-Unis doublèrent leur superficie grâce à l’acquisition de la Louisiane occidentale, vendue par la France pour un montant de 15 millions de dollars. Quatorze États, dont la Louisiane (1812), l’Indiana (1816), le Mississippi (1817), l’Illinois (1818) et l’Alabama (1819), furent créés. Les États-Unis optèrent pour la neutralité dans les guerres opposant Napoléon Ier à l’Angleterre. Mais l’obstination du gouvernement britannique à vouloir interdire tout commerce entre les États-Unis et la France provoqua la guerre anglo-américaine (1812-1815), qui s’acheva par le traité de Gand (1814), ratifié par le Sénat américain le 16 février 1815. Ce conflit créa un fort sentiment nationaliste aux États-Unis et mit fin à la prépondérance européenne sur les affaires politiques américaines. Après avoir étendu leur domination sur la Floride, cédée par l’Espagne en 1819, les États-Unis se lancèrent dans la conquête de l’Ouest. Dès 1804, une expédition américaine, dirigée par Meriwether Lewis et William Clark, avait remonté les affluents occidentaux du Mississippi et atteint la Columbia, qu’elle descendit jusqu’à son embouchure sur la côte pacifique. Les États-Unis et la Grande-Bretagne revendiquèrent tous deux la possession du vaste territoire de l’Oregon (actuels Oregon, Washington et Idaho). À l’issue d’une longue polémique, le traité du 15 juin 1846 attribua finalement l’Oregon aux États-Unis et fixa définitivement la frontière avec le Canada, de l’ouest des Rocheuses jusqu’au Pacifique, sur le 49e parallèle. Le pays s’étendait désormais de l’Atlantique au Pacifique. Dans le même temps, la colonisation progressait dans le Sud-Ouest. Fondée par des colons américains en 1835-1836 à l’issue d’une révolte victorieuse contre le Mexique, la république du Texas fut annexée par les États-Unis en 1845. Cette annexion suscita la colère du Mexique, qui n’avait jamais accepté l’indépendance du Texas. Un raid américain en territoire mexicain, mené par le général Zachary Taylor, déclencha la guerre avec le Mexique (1846-1848). Celle-ci s’acheva par la victoire des États-Unis et le traité de Guadalupe Hidalgo (2 février 1848). Le Mexique dut abandonner aux États-Unis le Texas, la Californie et les territoires de l’Utah, du Nevada, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. La frontière entre le Texas et le Mexique fut établie sur le Rio Grande. En 1853, l’achat au Mexique d’une bande de territoire, au sud de l’Arizona, fixa définitivement la frontière américano-mexicaine (convention de Gadsden).Cette acquisition mit fin à l’expansion des États-Unis vers l’ouest. Composé désormais de trente et un États, le pays avait triplé sa superficie depuis 1789. Durant toute cette période, les Amérindiens furent refoulés à l’ouest du Mississippi. Mais, après la guerre de Sécession (1861-1865), ils furent victimes d’une extermination, et les survivants concentrés dans des réserves. Le gouvernement américain encouragea la colonisation des terres nouvelles (Homestead Laws). Celles-ci furent cadastrées, découpées en parcelles égales et vendues à bas prix. L’Ouest devint alors un rêve pour les Américains et suscita un vaste mouvement de migration (« ruée vers l’or » de Californie, en 1849), facilité par le développement des moyens de transports (routes, chemins de fer). La mise en valeur de ces terres lointaines s’accéléra avec le rapide accroissement de la main-d’œuvre et les facilités de crédit. En effet, la population américaine (4 millions d’habitants en 1789, 9,6 millions en 1820) ne cessa de croître avec l’immigration européenne. Près de 200 000 nouveaux immigrants (Irlandais, Allemands) arrivèrent chaque année entre 1820 et 1850. Parallèlement, les moyens de communications se développèrent rapidement avec l’ouverture au trafic du canal de l’Érié (1825), et la construction de la première ligne de chemin de fer (1829). En 1840, plus de 4 000 km de voies ferrées étaient déjà en exploitation.

Le clivage Nord-Sud

En 1829, Andrew Jackson (1829-1837), soutenu par le nouveau Parti démocrate, succéda au républicain John Quincy Adams (1825-1829) à la présidence des États-Unis. Entre 1834 et 1836, les adversaires du Parti démocrate se regroupèrent pour constituer le parti Whig. De 1840 à 1865, le débat politique fut dominé par la question de l’esclavage, principal sujet de dissension entre les États du Nord et les États du Sud. Stimulé par les inventions de la révolution industrielle, le Nord-Est connut un extraordinaire essor économique. Grâce au protectionnisme, les industries se développèrent en Nouvelle-Angleterre (filature, tissage), multipliant les noyaux urbains. Les canaux et les voies ferrées eurent un rôle décisif sur l’évolution de villes comme Boston, New York, Philadelphie et Baltimore, qui purent accéder facilement aux produits et aux marchés de l’Ouest. Dans le même temps, les États du Sud se spécialisèrent dans la production de tabac et de coton. Ils développèrent de vastes plantations en exploitant la main-d’œuvre servile noire, renforçant du même coup l’économie esclavagiste dont le Nord réclamait la suppression au nom de la démocratie américaine. Vivant essentiellement du commerce du coton, ils étaient pour leur part favorables au libre-échange. Les divergences d’intérêts entre le Nord, industriel, protectionniste et abolitionniste, et le Sud, agricole, esclavagiste et libre-échangiste, allèrent en s’aggravant, notamment sur la question de l’esclavage. Le Nord s’unifia progressivement dans la dénonciation de l’esclavage, toujours toléré par la Constitution. À la fin du XVIIIe siècle, tous les États situés au nord du Maryland en exigeaient l’abolition. En 1808, le Congrès interdit toute nouvelle importation d’esclaves aux États-Unis. Le Sud, de son côté, luttant obstinément pour maintenir l’équilibre entre les États libres et les États esclavagistes, se lança dans une course au peuplement des régions de l’Ouest. Le gouvernement fédéral, soucieux de préserver l’Union, proposa des compromis. Le clivage s’envenima dans les années 1830, lorsqu’un conflit opposa le Sud et le Nord sur l’autorisation de l’esclavage dans les nouveaux territoires de l’Ouest (Texas, Oregon, Californie, Nouveau-Mexique). Le Sud défendit fortement la candidature du Texas esclavagiste, le Nord s’y opposa, à l’image du parti de la Liberté, constitué en 1839, qui réclamait l’abolition de l’esclavage dans la totalité des États-Unis. Le Texas entra finalement dans l’Union en décembre 1845 en tant qu’État esclavagiste, sous la présidence de James K. Polk (1845-1849), successeur de Martin Van Buren (1837-1841), de William H. Harrison (1841) et de John Tyler (1841-1845).

La guerre de Sécession

La lutte entre le Nord et le Sud pour tolérer ou interdire l’esclavage dans les États nouvellement acquis s’amplifia sous les présidences de Zachary Taylor (1849-1850) et de Millard Fillmore (1850-1853). Elle aboutit, sous la présidence de Franklin Pierce (1853-1857), au compromis du Kansas-Nebraska (1854), stipulant que les nouveaux États se prononceraient eux-mêmes pour ou contre l’esclavage. Cet accord souleva un tollé de protestations dans le Nord et causa la ruine du parti Whig, en y créant un fort antagonisme entre défenseurs et adversaires du compromis. Enfin, il opposa violemment les colons esclavagistes et abolitionnistes du Kansas (incendie de Lawrence, mai 1856). Le parti Free Soil, créé en 1848 et adversaire de l’esclavage, puis la publication du livre de Harriet Beecher-Stowe (la Case de l’oncle Tom, 1851-1852) eurent une influence déterminante sur l’extension du mouvement abolitionniste dans le Nord. Celui-ci aboutit, en 1854, à la formation de l’actuel Parti républicain. Ses fondateurs, farouchement opposés à l’esclavage, exigèrent le retrait du décret Kansas-Nebraska. En 1860, la scission du Parti démocrate assura l’élection du candidat républicain Abraham Lincoln (1861-1865), anti-esclavagiste notoire, qui succéda au président James Buchanan (1857-1861). La seule solution qui s’offrait au Sud était alors la sécession. Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud quitta l’Union. Le 4 février 1861, sept États sécessionnistes du Sud (Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Texas) créèrent une nouvelle Confédération. Ils formèrent un gouvernement provisoire et Jefferson Davis fut élu président. Lors de son discours inaugural, en mars 1861, Lincoln déclara la sécession illégale. Cependant, au mois d’avril, quatre nouveaux États esclavagistes rejoignirent la Confédération : la Virginie, l’Arkansas, la Caroline du Nord et le Tennessee. La guerre civile éclata le 12 avril 1861, avec l’attaque de Fort Sumter, à Charleston Harbor, par les confédérés. Le 15 avril, Lincoln fit appel aux États loyalistes afin d’obtenir 75 000 volontaires pour défendre le maintien de l’Union. Les armées sudistes, commandées par les généraux Robert E. Lee et Joseph E. Johnston, et les nordistes, emmenés par Ulysses S. Grant et William T. Sherman, s’affrontèrent pendant quatre ans. Le conflit s’acheva par la victoire des nordistes. Lincoln, qui avait proclamé l’abolition de l’esclavage dès le 1er janvier 1863, fut assassiné le 14 avril 1865. Le 6 décembre 1865, le 13e amendement de la Constitution abolissait officiellement l’esclavage dans tous les États.


De la Reconstruction à l'expansion

L’après-guerre

La période d’après guerre fut marquée par la domination des républicains dans les affaires nationales. Le parti conserva le contrôle des deux Chambres du Congrès jusqu’en 1875 et la présidence jusqu’en 1885. Après la guerre se posa le problème de la réintégration dans l’Union des États sécessionnistes. Le président Andrew Johnson (1865-1869) ne parvint pas à faire accepter le plan de Reconstruction d’Abraham Lincoln, d’inspiration libérale. Les républicains dénoncèrent sa faiblesse à l’égard du Sud, ravagé par la guerre, et lui imposèrent des conditions beaucoup plus sévères. Les décrets de Reconstruction, votés par le Congrès en 1867, divisèrent le Sud en cinq régions d’occupation militaire et donnèrent le droit de vote aux Noirs. Le 14e amendement à la Constitution, voté en 1866, élimina les confédérés de toutes les activités politiques et administratives. Des aventuriers nordistes, les carpet-baggers, en profitèrent pour prendre la tête des gouvernements dans les États sudistes. Le pillage et la corruption se généralisèrent sous la présidence de Ulysses S. Grant (1869-1877). Ces excès provoquèrent un vif ressentiment chez les sudistes et entraîna la création de sociétés secrètes, qui menèrent des actions violentes d’intimidation envers les Noirs américains. Contournant les lois sur l’égalité raciale, les sudistes blancs imposèrent aux Noirs une stricte ségrégation. Il fallut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour la voir disparaître.

La mise en valeur du pays

Vers la fin des années 1870, les tensions finirent par s’apaiser et les Américains, comme leurs présidents, se préoccupèrent avant tout de la mise en valeur du pays. Les républicains, soutenus par les milieux d’affaires du Nord-Est, restèrent au pouvoir jusqu’en 1913, à l’exception des deux présidences de Stephen G. Cleveland (1885-1889, 1893-1897) : Rutherford B. Hayes (1877-1881), James A. Garfield (1881), Chester A. Arthur (1881-1885), Benjamin Harrison (1889-1893), William McKinley (1897-1901), Theodore Roosevelt (1901-1909) et William H. Taft (1909-1913). L’achèvement du premier chemin de fer transcontinental (1869) accéléra la colonisation de l’Ouest. Si le Sud était économiquement ruiné par la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage, le Nord, au contraire, connaissait une rapide croissance industrielle. Du fait de la connivence des intérêts de la finance avec le Parti républicain, les deux décennies de présidence républicaine favorisèrent à outrance le milieu des affaires. Elles virent le début des magnats de l’industrie (Vanderbilt, Rockefeller) et des grands trusts. Durant cette période, le pays connut une extraordinaire croissance démographique liée à l’immigration, avec 62 millions d’habitants en 1890, 75 millions en 1900 et 105 millions en 1920. Les immigrants (Italiens, Slaves) affluaient alors au rythme de 800 000 à 1 million par an. Ils fournirent la main-d’œuvre nécessaire à l’extraordinaire essor de l’agriculture et de l’industrie américaines. Grâce à ses méthodes (mécanisation, concentration), à l’abondance des matières premières et au réseau de voies de communication, la production agricole et industrielle des États-Unis dépassa, au début du XXe siècle, celle des pays européens. À l’abri du protectionnisme (tarif McKinley, 1890), les États-Unis étaient devenus en vingt ans la première puissance économique du monde.

Les crises économiques

Cependant, cette expansion s’accompagna de crises économiques violentes (1873, 1884, 1907). La concentration capitaliste se développa, entraînant la formation de puissants trusts (Standard Oil, 1882 ; U.S. Steel Corporation, 1901). En 1890, le Congrès fit voter une première loi antitrust (Sherman Antitrust Act). C’est à cette époque qu’apparut le syndicalisme américain, dont la lutte porta essentiellement sur l’amélioration des conditions de travail (augmentations des salaires, réduction du temps de travail). Ces revendications déclenchèrent un conflit sans précédent entre le capital et le monde du travail. Entre 1886 et 1887, on dénombra quelque 3 000 grèves aux États-Unis. La grève de Homestead, en 1892, fut sanglante. Lors de la crise économique de 1893-1894 (dépression industrielle, hausse des prix et du chômage), une nouvelle grève ouvrière, également très violente, fut menée, à Chicago, par le Syndicat des chemins de fer américains (1894). De leur côté, les agriculteurs de l’Ouest, endettés, hostiles aux barrières douanières, exprimèrent leur mécontentement au sein du mouvement agrarien Granger, qui connut une grande diffusion dans les années 1870.

La politique extérieure

Les présidents républicains conservèrent une attitude isolationniste jusqu’aux premières années du XXe siècle. En 1867 cependant, le pays acheta l’Alaska à la Russie. Puis, sous la présidence de William McKinley, les États-Unis commencèrent à développer une politique impérialiste. À l’issue de la guerre hispano-américaine (1898), les Américains victorieux s’emparèrent des vestiges de l’Empire colonial espagnol (Porto Rico, Guam, Philippines) et placèrent Cuba sous tutelle américaine. En septembre 1901, McKinley fut assassiné et le vice-président Theodore Roosevelt lui succéda. La domination américaine s’étendit en Amérique centrale avec la construction du canal de Panamá, dans les Antilles (intervention à Saint-Domingue, 1905), ainsi que dans le Pacifique. Les États-Unis respectèrent toutefois la doctrine de non-ingérence définie par le président James Monroe en 1823, à l’exception de leur participation à la conférence d’Algésiras sur le Maroc, en 1906, et de leur rôle de médiateur dans la guerre russo-japonaise (1904-1905).

Les présidences de Roosevelt et de Wilson

Sur le plan intérieur, Theodore Roosevelt accentua la lutte du pouvoir fédéral contre les excès du libéralisme et la multiplication des trusts (loi Elkins, 1903 ; loi Hebburn, 1906). Ceux-ci exerçaient en effet un quasi-monopole sur des secteurs comme le pétrole, le bœuf, le charbon, le sucre ou les chemins de fer. Mais la politique menée par le successeur de Roosevelt, William H. Taft, divisa le Parti républicain et permit la victoire du démocrate Thomas W. Wilson (1913-1921). Reprenant la politique de Roosevelt, Wilson fit voter une nouvelle loi antitrust (Clayton Antitrust Act, 1914), abaissa les tarifs douaniers et réforma le système bancaire (Federal Reserve Act, 1913) et l’agriculture. La journée de travail des ouvriers fut limitée à huit heures. L’élection au suffrage universel des sénateurs fut instaurée (1913) ainsi que le voir vote des femmes (19e amendement de la Constitution, 1920).

La Première Guerre mondiale

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, Wilson, fidèle à l’isolationnisme séculaire américain, refusa d’engager son pays dans le conflit. Mais la guerre sous-marine à outrance menée par les Allemands, ainsi que leur politique malveillante en Amérique centrale, provoquèrent un revirement de l’opinion. En mai 1915, un sous-marin allemand torpilla, sans sommation, le paquebot Lusitania, au large des côtes de l’Irlande, tuant 1 198 personnes, dont 128 citoyens américains. Le peuple américain fut scandalisé. L’incident se reproduisit en mars 1916, avec le torpillage dans la Manche du Sussex, qui causa la mort de deux Américains. Le 6 avril 1917, les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Un corps expéditionnaire, commandé par le général John J. Pershing, fut envoyé en France. Les troupes américaines, qui comptèrent jusqu’à 2 millions d’hommes, jouèrent un rôle décisif dans la victoire finale des Alliés en 1918. Wilson se fit le défenseur d’une paix juste et durable, fondée sur le principe de la libre détermination des peuples. Pourtant, malgré sa participation à la conférence de la paix, le traité de Versailles (28 juin 1919) alla dans un tout autre sens. La France, notamment, insista pour imposer de lourdes réparations de guerre à l’Allemagne. Les États-Unis manifestèrent leur hostilité en refusant de ratifier le traité (novembre 1919). Leur refus d’entrer à la Société des Nations (SDN) marqua leur retour à l’isolationnisme. Les républicains revinrent au pouvoir avec Warren G. Harding (1921-1923), John C. Coolidge (1923-1929) et Herbert C. Hoover (1929-1933).


De l’isolationnisme à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale

Les années de l’après-guerre

Le pays connut, dans les années vingt, une extraordinaire prospérité économique, suivie d’une crise brutale et profonde, aux répercussions mondiales. Au cours de cette période, les États-Unis devinrent la première puissance commerciale et financière du monde. Dès 1925, développant une production industrielle de masse, ils fournissaient 44 p. 100 du charbon et 51 p. 100 de l’acier mondial, grâce à une forte concentration de l’industrie et à de nouvelles méthodes de rendement et d’organisation du travail. Malgré cette prospérité, le pays se referma sur lui-même. Les barrières douanières protectionnistes furent renforcées (tarif Fordney-McCumber, 1922) tandis que la xénophobie (limitation de l’immigration, activités du Ku Klux Klan) et le mouvement de prohibition se développaient. Le contrôle de l’immigration se renforça après la Première Guerre mondiale. Dans les années vingt, le Congrès américain inversa la politique traditionnelle de l’immigration libre en instituant des quotas, qui réduisirent sensiblement l’immigration européenne (lois des quotas, 1921 et 1924). La question la plus controversée de la période 1920-1932 fut cependant la prohibition. Ce mouvement, défendant l’interdiction de la fabrication et de la vente de boissons alcoolisées aux États-Unis, culmina avec la ratification, en janvier 1919, du 18e amendement de la Constitution. La crise économique survint brutalement, dans un climat général d’euphorie.

La crise économique de 1929

La croissance trop rapide de la production, le développement anarchique du crédit, et une confiance excessive dans le libéralisme favorisèrent une importante spéculation à partir de 1926. Certains Américains investirent des milliards de dollars en bourse, après avoir emprunté aux banques et gagé leur maison. La spéculation devint rapidement incontrôlable. En octobre 1929, la fièvre des achats fut suivie d’un brusque mouvement de vente. Les prix chutèrent précipitamment et des milliers de personnes se retrouvèrent complètement ruinées. La panique boursière du jeudi 24 octobre 1929 provoqua l’effondrement, pour plusieurs années, de l’économie américaine. Il s’ensuivit une récession économique, qui toucha non seulement les États-Unis, mais l’ensemble de l’économie mondiale (années trente). Les usines fermèrent, provoquant 7 millions de chômeurs en deux ans. Un grand nombre de banques firent faillite et les prix chutèrent. Dans le même temps, l’érosion éolienne, aggravée par plusieurs années de sécheresse et de surexploitation des sols, ruina l’agriculture des Grandes Plaines méridionales, devenues une véritable « marmite à poussière » (« Dust Bowl »), contraignant la population agricole à l’exode. L’incapacité de l’administration Hoover à remédier à la crise favorisa la victoire du candidat démocrate Franklin D. Roosevelt (1933-1945) lors de l’élection présidentielle de 1932.

Le New Deal et la marche à la guerre

Roosevelt développa un programme économique et social, connu sous le nom de New Deal (1933-1938). S’appuyant sur un groupe de conseillers économistes, le brain trust, il redressa l’économie par une politique interventionniste du pouvoir fédéral, sans toutefois régler le problème du chômage (8 millions de chômeurs en 1935 ; 10,4 millions en 1938). Recourant à la pratique du déficit budgétaire (3,5 milliards de dollars en 1936), il accrut considérablement les dépenses de l’État. Parmi les principales mesures du New Deal figurent la relance de l’industrie et le contrôle de la concurrence (National Industrial Recovery Act ou NIRA, 1933) ; la lutte contre le chômage par une politique de grands travaux d’utilité publique, avec notamment l’aménagement de la vallée du Tennessee en 1933 ; l’abandon de l’étalon-or et la dévaluation du dollar à 59 p. 100 de son ancienne valeur en or (Gold Reserve Act, 1934) ; l’aide aux agriculteurs et la lutte contre la surproduction agricole (Agricultural Adjustment Act ou AAA) ; ou encore la création d’une sécurité sociale (Social Security Act, 1935), instituant une assurance vieillesse et une assurance chômage, dans le cadre de l’État-providence (Welfare State). Cependant, certaines de ces lois furent déclarées anticonstitutionnelles par la Cour suprême (NIRA, 1935 ; AAA, 1936), jugeant que l’État fédéral avait outrepassé ses droits en matière de réglementation. Absorbé par les problèmes intérieurs jusqu’en 1938 et soucieux de l’isolationnisme traditionnel des Américains, Roosevelt ne put que mobiliser tardivement ses concitoyens face au second conflit mondial. En 1940, il fit voter par le Congrès un programme de réarmement ainsi que la conscription de tous les hommes âgés de vingt et un à trente-cinq ans. Prônant un soutien actif des États-Unis à la lutte pour la démocratie, Roosevelt obtint du Congrès le vote de la loi du prêt-bail (11 mars 1941). Celle-ci permit à l’Amérique d’approvisionner en armements les ennemis des puissances de l’Axe. L’année 1941 fut marquée par un débat national entre les isolationnistes, opposés à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale et à l’aide au Royaume-Uni, et les interventionnistes, persuadés que la victoire sur les puissances de l’Axe était vitale pour la sécurité américaine. En août 1941, Roosevelt rédigea avec le Premier ministre britannique, Winston Churchill, la charte de l’Atlantique. Ce fut finalement l’agression japonaise contre la base navale de Pearl Harbor (Hawaii), le 7 décembre 1941, qui décida les États-Unis à entrer en guerre. La flotte américaine du Pacifique fut attaquée par surprise, sans déclaration de guerre préalable, par les sous-marins et les bombardiers japonais. Les Américains subirent de lourdes pertes matérielles et humaines. Près de 3 000 soldats et marins furent tués ou blessés, tandis que 200 avions et de nombreux navires étaient détruits au sol ou coulés. Le 8 décembre 1941, à la demande du Président, le Congrès déclara la guerre au Japon. Le 11 décembre, l’Allemagne et l’Italie déclaraient la guerre aux États-Unis.

La Seconde Guerre mondiale

Grâce à une conversion rapide de l’industrie américaine vers les fabrications de guerre, près de 60 000 avions, 45 000 chars et 20 000 canons sortirent des usines dès 1942. Bien que menant la guerre sur les deux fronts (européen et asiatique), les États-Unis firent la démonstration de leur totale suprématie matérielle. La production accélérée de ses chantiers navals permit les débarquements d’Afrique du Nord (1942), de Sicile (1943) et de Normandie (6 juin 1944). Malgré une guerre longue et difficile contre les Japonais dans le Pacifique, les Américains jouèrent, à partir de juin 1944, un rôle déterminant dans la bataille finale en Europe. C’est un général américain, Dwight D. Eisenhower, qui fut nommé commandant en chef des forces alliées. L’activité diplomatique américaine fut également décisive. Roosevelt multiplia les entretiens avec Winston Churchill essentiellement, mais aussi avec Joseph Staline. Au cours des rencontres avec Churchill (1941-1943), Roosevelt proposa le principe d’une reddition des puissances de l’Axe sans condition. À la conférence du Caire, en 1943, il discuta de la poursuite de la guerre contre le Japon avec le général en chef chinois Jiang Jieshi. Lors de la conférence de Téhéran (Iran, novembre-décembre 1943) et de la conférence de Yalta (Ukraine, février 1945) fut décidée la division de l’Allemagne en zones d’occupation, la création des Nations unies et l’engagement de l’URSS dans la guerre contre le Japon. Roosevelt mourut quelques semaines avant la capitulation de l’Allemagne (8 mai 1945). Son successeur, le président Harry S. Truman (1945-1953), participa à la conférence de Potsdam (Allemagne, juillet 1945) où, malgré la dégradation des relations américano-soviétiques, un accord fut trouvé sur la division finale de l’Allemagne et sur l’élaboration des traités de paix. Les États-Unis, cependant, étaient toujours en guerre contre le Japon. La Seconde Guerre mondiale leur avait déjà coûté 300 000 morts. Truman décida alors de mettre rapidement un terme à la guerre du Pacifique en lançant une bombe atomique sur Hiroshima (6 août 1945) puis sur Nagasaki (9 août 1945). Le Japon se rendit le 14 août.


La présidence de Harry Truman

La bipolarisation

Les États-Unis sortirent de la guerre comme « la nation la plus puissante de l’Histoire » (H. Truman). Ils jouissaient alors du monopole de l’arme atomique (jusqu’en 1949) et d’un énorme potentiel industriel. Leur participation active à l’ONU montra leur ambition de rester sur le devant de la scène internationale. De première puissance, les États-Unis devinrent dès lors une superpuissance. L’opposition idéologique au communisme fut leur principale motivation. La politique extérieure du président Truman fut dominée par le début de la guerre froide avec l’URSS et le rapprochement étroit des États-Unis avec l’Europe occidentale. Les relations avec l’URSS se dégradèrent rapidement. L’esprit de coopération qui avait prévalu pendant la guerre laissa peu à peu la place à une suspicion réciproque, qui s’envenima pour se cristalliser en une « guerre froide ». Fermement décidés à s’opposer, au besoin par les armes, à tout progrès du communisme dans le monde, les États-Unis, se posant en défenseurs du monde libre, développèrent une politique extérieure impérialiste et interventionniste. Cette conception idéologique guida leur politique en Europe. À l’égard des vaincus de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ne voulurent pas réitérer les erreurs du « diktat » de Versailles (1919). En juin 1947, ils proposèrent à toutes les nations européennes un vaste programme d’aide économique, le plan Marshall (European Recovery Program), entièrement à la charge des Américains. Entre 1945 et 1964, celui-ci atteindra un montant total de 97 milliards de dollars. En 1947, la volonté des États-Unis de contenir la progression du communisme en Europe amena le président américain à définir la doctrine Truman. Celle-ci visait à fournir une aide économique et militaire aux pays menacés par l’expansion soviétique. La Grèce et la Turquie en furent les premiers bénéficiaires. Le plan Marshall était un bon complément à la doctrine Truman. L’URSS s’y opposa et força les démocraties populaires d’Europe de l’Est à le refuser. Le coup de force communiste de Prague, en février 1948, poussa les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne à créer un État ouest-allemand. Les Soviétiques ripostèrent par le blocus de Berlin (juin 1948-mai 1949), en interdisant tout trafic ferroviaire entre Berlin-Ouest et la RFA. Celui-ci fut finalement mis en échec par les Britanniques et les Américains grâce à la mise en place d’un pont aérien avec les quartiers occidentaux de l’ancienne capitale allemande. Dès lors, les États-Unis se posèrent en défenseurs de la démocratie de type libéral face au monde communiste. Ils furent à l’origine de la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN, avril 1949), un système de défense atlantique liant étroitement les États-Unis et l’Europe occidentale. En resserrant leurs liens avec celle-ci, ils contribuèrent à la coupure de l’Europe en deux zones, entretenant ainsi le climat de guerre froide.

Le renforcement de la guerre froide

La guerre froide se renforça, en 1949, avec l’annonce de la mise au point de la bombe atomique par l’URSS, qui mettait fin au monopole nucléaire des États-Unis, et avec la victoire des communistes en Chine. Lorsque la Corée du Nord communiste envahit la Corée du Sud, le 25 juin 1950, les États-Unis réagirent aussitôt, avec l’appui de l’ONU. Les Américains se heurtèrent, en Corée, aux communistes chinois, qui s’engagèrent dans le conflit, aux côtés des Nord-Coréens, à partir de novembre 1950. Ils parvinrent, à l’issue d’une guerre difficile, à imposer le retour à la répartition initiale. Les États-Unis montraient ainsi leur résolution à stopper l’expansion du communisme, sans pour autant remettre en cause le principe d’un partage du monde avec les Soviétiques. Leur principal objectif fut d’endiguer la montée en puissance de l’URSS et du bloc communiste. Cette pratique du containment dicta la politique étrangère des États-Unis durant toute la guerre froide.

La politique intérieure de Truman

En politique intérieure, Truman s’efforça de poursuivre le New Deal de Roosevelt. Pour faciliter la reconversion de l’économie de guerre à une économie de paix, il proposa un programme en vingt-quatre points (Fair Deal). Parmi ceux-ci figuraient l’augmentation des indemnités de chômage, l’aide fédérale au logement et à l’éducation, l’augmentation du salaire minimal, la garantie des droits civiques et, surtout, l’extension du contrôle des prix. Le Congrès, dominé par les républicains, s’opposa à plusieurs de ces propositions. Le rejet du contrôle des prix eut pour conséquence une hausse du coût de la vie de 18 p. 100 en 1946. Près de 5 millions de travailleurs se mirent alors en grève pour réclamer une augmentation des salaires. En 1947, le Congrès imposa à Truman, malgré son veto, la loi antigrève Taft-Hartley. Malgré leur incroyable suprématie économique et militaire, les États-Unis furent très marqués par la guerre froide. Celle-ci engendra, à l’intérieur du pays, des réactions politiques proches de l’intolérance. Les dirigeants du Parti communiste américain furent poursuivis. En 1950, le Congrès imposa la loi McCarran, sur la sécurité intérieure, visant à empêcher l’entrée, sur le sol américain, de toute personne membre d’une organisation communiste. Les milieux communistes américains furent, de leur côté, l’objet d’une étroite surveillance. L’instigateur de la campagne anticommuniste aux États-Unis fut le sénateur Joseph R. McCarthy. La « chasse aux sorcières » se porta sur des hauts fonctionnaires, des universitaires, des artistes ou des savants, accusés de sympathies communistes. L’iniquité du procès de Julius et Ethel Rosenberg, condamnés à mort et exécutés en 1953, déchira l’opinion américaine et une partie de l’opinion mondiale.


Les présidences de Dwight D. Eisenhower

L’évolution de la politique étrangère

L’élection de Dwight D. Eisenhower et de son vice-président Richard Nixon marqua le retour des républicains au pouvoir. Eisenhower et son secrétaire d’État John F. Dulles furent les grands artisans de la politique américaine de containment face à l’expansion soviétique. Celle-ci amena les États-Unis à étendre continuellement leur engagement militaire dans le monde entier et se révéla très coûteuse, avec la création de nombreuses bases militaires et l’entretien de flottes américaines en Méditerranée et dans le Pacifique. Les relations américano-soviétiques connurent un début d’amélioration après la mort de Staline (1953). Les progrès de la « détente » furent toutefois très lents et marqués par de nombreux troubles. La course aux armements qu’avait suscitée la guerre froide s’accéléra lorsque les États-Unis firent exploser la première bombe à hydrogène (bombe H), en 1952, imités par l’URSS six mois plus tard. Les deux superpuissances se mirent à construire des engins à grande portée et, en 1957, ils disposaient chacun de missiles balistiques intercontinentaux. En 1953, les États-Unis augmentèrent leur aide militaire et économique envers la France, engagée dans la guerre d’Indochine (1946-1954), mais les accords de Genève de juillet 1954 aboutirent à la partition de l’Indochine. Les États-Unis s’efforcèrent alors, par la création de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (Otase) en 1954, de prévenir toute nouvelle agression communiste dans le Sud-Est asiatique. Parallèlement, ils favorisèrent, par un traité d’assistance, le renforcement des liens avec Taïwan et manifestèrent leur hostilité à la Chine populaire par une politique d’ostracisme. Toutefois, désireux de ne pas provoquer l’URSS, les États-Unis se gardèrent d’intervenir dans l’insurrection antisoviétique de Budapest (Hongrie, octobre-novembre 1956), réprimée par l’Armée rouge. La même année, les deux superpuissances firent cesser, d’un commun accord, l’agression israélo-franco-britannique (octobre-novembre 1956) contre l’Égypte de Nasser, suite à la nationalisation du canal de Suez. Après la mort de J. F. Dulles (1959), la détente s’amorça par la visite du dirigeant soviétique Nikita S. Khrouchtchev aux États-Unis, en septembre 1959. Elle fut toutefois ralentie par la découverte du survol des territoires soviétiques par un avion U-2 américain, abattu en pleine mission d’espionnage au-dessus de l’URSS (mai 1960). Hantée par la menace soviétique, la politique extérieure américaine s’enferma, jusqu’à la fin des années soixante, dans une conception idéologique bipolaire, opposant monde libre et monde communiste. L’intransigeance des États-Unis amena ceux-ci à méconnaître le rôle du nationalisme dans certains États du tiers-monde, et lui aliéna notamment l’Égypte nassérienne, ainsi que de nombreux pays non-alignés du tiers-monde, adeptes du neutralisme. En Amérique latine notamment, le mécontentement grandit à l’encontre des politiques américaines. En 1959, éclata à Cuba une révolution menée par Fidel Castro et Che Guevara. Elle aboutit au renversement du dictateur Fulgencio Batista et à l’établissement d’un régime communiste. En janvier 1961, Eisenhower décida de rompre les relations diplomatiques avec Cuba.

L’évolution de la société américaine

La présidence d’Eisenhower bénéficia d’une prospérité générale sans précédent. Au début de son mandat, l’action du président fut gênée par les campagnes anticommunistes du sénateur McCarthy. Celui-ci, jouissant d’une grande liberté de manœuvre, malgré ses méthodes et ses accusations douteuses, multipliait les enquêtes arbitraires, en prétextant une prétendue infiltration communiste dans les services gouvernementaux. Ses excès amenèrent toutefois le Sénat à le censurer (1954). La présidence d’Einsenhower fut également marquée par le début de la déségrégation raciale et les vives résistances qu’elle provoqua dans le Sud. La question intérieure la plus cruciale fut en effet la lutte des Noirs pour l’accession à leurs pleins droits de citoyens, connue sous le nom de mouvement des droits civiques. Après la Seconde Guerre mondiale, les Noirs avaient une conscience aiguë de la ségrégation raciale dont ils étaient victimes, plus économique dans le Nord, plus institutionnelle et politique dans le Sud. Eisenhower prit résolument parti contre cette ségrégation et entreprit la déségrégation du gouvernement et de l’armée. Le 17 mai 1954, dans l’affaire Brown contre la direction de l’enseignement de Topeka, la Cour suprême condamna, à l’unanimité, la ségrégation raciale dans les écoles publiques. D’autres décisions suivirent (1955-1956), invitant les autorités locales à la déségrégation. Pourtant, de nombreux États du Sud tentèrent de contourner les lois. En septembre 1957, le gouverneur de l’Arkansas, Orval E. Faubus, ordonna à la garde nationale d’empêcher neuf étudiants noirs d’entrer au lycée de Little Rock. Le président Eisenhower décida l’intervention des troupes fédérales pour mettre fin à la résistance du gouverneur Faubus. La déségrégation fut très lente dans les États du Sud : en 1960, seules 765 des 6 676 écoles avaient mis fin à la ségrégation. Le mouvement pour l’obtention des droits civiques prit une grande ampleur chez les Noirs. En décembre 1955, le pasteur noir Martin Luther King Jr. fut à l’origine du boycottage des autobus municipaux de Montgomery (381 jours) afin de s’opposer à toute forme de ségrégation raciale. Les manifestations en faveur de l’égalité raciale se multiplièrent dans tout le sud des États-Unis, à l’initiative de plusieurs organisations et personnalités noires : la Southern Christian Leadership Conference, fondée en 1957 par Martin Luther King et recommandant l’action non-violente, le Congrès de l’égalité raciale, l’Association nationale pour le progrès des personnes de couleur, Black Muslims, Malcolm X, Ralph David Abernathy et Rosa Louise Parks. Sous leur pression, le Congrès vota la loi des Droits civiques de 1957.

Le second mandat d’Eisenhower

C’est également sous l’administration Eisenhower que commença la conquête de l’espace. Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique lança son premier satellite, le Spoutnik 1, suivi d’un deuxième, qui transportait une chienne vivante, Laïka. Les Américains intensifièrent alors le programme de missiles et, le 31 janvier 1958, l’armée américaine lança son premier satellite, Explorer 1. Durant la récession des années 1957-1958, le chômage connut son taux le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 5 millions de chômeurs. La crise provoqua un vaste mouvement de grèves des ouvriers de la sidérurgie (1959). En 1959, l’Alaska et Hawaii intégrèrent l’Union, devenant les 49e et 50e États américains. À l’élection présidentielle de 1960, le démocrate John F. Kennedy fut élu avec une courte majorité devant le républicain Richard Nixon.


La présidence de John F. Kennedy

De la détente à la crise de Cuba

Le plus jeune président (quarante-trois ans) et le premier chef d’État catholique des États-Unis, John F. Kennedy poursuivit la politique de détente avec l’URSS. Avec son secrétaire d’État Robert S. McNamara, il s’efforça d’améliorer les relations américano-soviétiques et rencontra Nikita S. Khrouchtchev à Vienne (juin 1961). En avril 1961, il autorisa l’invasion de la baie des Cochons, attaque menée contre Cuba par des exilés cubains anticastristes. L’invasion fut repoussée, et la plupart des participants furent tués ou capturés. En Amérique latine, Kennedy s’efforça d’assouplir la politique des États-Unis en faveur d’un renforcement de l’assistance américaine, avec la création du corps de la Paix (septembre 1961) et le lancement d’un vaste programme d’aide et de coopération, l’Alliance pour le progrès. En octobre 1962, lors de la crise des missiles de Cuba, la tension fut extrême entre Américains et Soviétiques. Lorsque les États-Unis découvrirent l’existence, à Cuba, de bases de lancements de missiles offensifs, Kennedy exigea de Khrouchtchev le retrait des fusées soviétiques et menaça Cuba d’un embargo total. Durant quelques jours, la guerre sembla imminente mais Khrouchtchev accepta finalement le retrait des fusées contre une promesse de non-invasion de Cuba par les Américains. Devant l’avancée des partisans du communisme au Viêt Nam-du-Sud, Kennedy s’engagea, dès 1961, dans une aide militaire croissante au gouvernement sud-vietnamien de Ngô Đình Diêm. Composée dans un premier temps de « techniciens », l’aide américaine ne cessa de se renforcer : dès 1963, il y avait 16 000 militaires américains au Viêt Nam. Jouissant d’un grand prestige à l’extérieur, Kennedy obtint du Marché commun européen (aujourd’hui Union européenne) une réduction substantielle de ses tarifs douaniers qui fut à l’origine de la « négociation Kennedy » (Kennedy Round), conférence tarifaire qui réunit à Genève, entre 1964 et 1967, les représentants de plus de cinquante pays du monde capitaliste, adhérents du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade). Profitant du climat de détente qui suivit la crise des missiles de Cuba, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS conclurent, le 5 août 1963, un traité d’interdiction des essais atomiques dans l’atmosphère.

La « nouvelle frontière » de Kennedy

À l’intérieur des États-Unis, Kennedy jouissait également d’une grande popularité. Il avait fait campagne sur le thème d’une « nouvelle frontière » à conquérir, dans les domaines de l’éducation nationale, de la législation sociale, de l’augmentation du salaire minimal, de l’assistance aux personnes âgées, de l’intégration raciale et de l’aide économique aux pays sous-développés. Ses premières propositions économiques eurent pour but de contrer les effets de la récession en augmentant les dépenses fédérales. Il accéléra l’intégration raciale, mais le Congrès lui refusa presque tous les moyens financiers qui lui étaient nécessaires pour réaliser le programme social de la « nouvelle frontière ». En 1961, il lança le programme spatial d’exploration de la Lune, ou programme Apollo, avec pour objectif d’atteindre la Lune avant dix ans. La question des droits civiques fut l’une des priorités de l’administration Kennedy. À l’automne 1962, un étudiant noir, James Meredith, voulut s’inscrire à l’université du Mississippi. L’affaire déclencha une émeute sur le campus. Kennedy obligea la garde nationale du Mississippi, placée sous l’autorité fédérale, à protéger le campus. Il fit également intervenir des responsables fédéraux pour accélérer la déségrégation à l’université d’Alabama, malgré l’opposition du gouverneur George C. Wallace. Les Noirs poursuivirent leurs manifestations contre la violence et la discrimination. À l’occasion d’un vaste rassemblement à Washington, le 28 août 1963, Martin Luther King prononça, devant 250 000 personnes, son célèbre discours « J’ai fait un rêve ». Le président Kennedy prépara un ensemble de lois régissant les droits civiques et interdisant la discrimination en matière de droit de vote, d’enseignement, de logement et d’emplois. Le Congrès en différa l’approbation tout au long de l’année 1963. Alors qu’il se trouvait à Dallas en tournée électorale, le président Kennedy fut assassiné, le 22 novembre 1963. Sa mort provoqua une immense émotion dans le monde entier et l’on s’interrogea sur les mobiles qui avaient inspiré le meurtrier. L’assassin présumé, Lee Harvey Oswald, fut arrêté presque immédiatement, mais il fut lui-même assassiné, deux jours plus tard, par Jack Ruby, avant d’avoir été interrogé. La rumeur d’un éventuel complot s’amplifia rapidement. Le président Lyndon Johnson nomma alors une commission d’enquête dirigée par le procureur Earl Warren. Le rapport Warren, qui conclut qu’Oswald avait agi sans complice, n’a pas fait toute la lumière sur les circonstances de l’attentat et reste très discuté.


La présidence de Lyndon B. Johnson

La guerre du Viêt Nam

Après l’assassinat de John F. Kennedy, le vice-président Lyndon B. Johnson lui succéda immédiatement à la Maison-Blanche puis fut élu président, en novembre 1964. À l’extérieur, l’héritage de Kennedy entraîna l’intervention des États-Unis au Viêt Nam. La guerre du Viêt Nam fut la principale épine dans la politique extérieure de Johnson. Au début, le président américain poursuivit la politique de Kennedy, consistant en l’envoi de « conseillers militaires » auprès des forces militaires du Sud-Viêt Nam, sans intervention directe dans le conflit. À partir d’août 1964 (incidents dans le golfe du Tonkin, premiers bombardements américains sur le Nord-Viêt Nam), le président fut autorisé à accroître la présence militaire américaine en Asie du Sud-Est. Il fut dès lors entraîné dans une politique d’escalade. En dépit des moyens considérables employés, celle-ci ne put parvenir à des résultats décisifs. En 1969, plus de 541 000 soldats américains étaient engagés dans la guerre du Viêt Nam. Les États-Unis procédèrent à des bombardements massifs sur presque tout le territoire nord-vietnamien. Mais le prolongement de la guerre et les méthodes employées par les Américains (massacres de civils désarmés dans le village de My Lai en 1968) débouchèrent sur une grave controverse à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Exploitée dans le monde entier par les opposants aux États-Unis, la guerre du Viêt Nam allait avoir pour les Américains de graves conséquences : lourdes dépenses militaires génératrices d’inflation et de déficit budgétaire, image ternie des États-Unis dans le monde, profonde crise morale et politique au sein de la jeunesse américaine.

La politique extérieure

La guerre du Viêt Nam eut pour conséquence une diminution de l’influence américaine en matière de politique internationale. Du côté européen, le général de Gaulle prônait une politique d’indépendance à l’égard des deux grandes puissances mondiales. La France de la Ve République décida alors de quitter le commandement militaire de l’OTAN. L’administration Johnson fut également confrontée à plusieurs crises en Amérique latine. En avril 1965, Johnson décida une intervention armée en République dominicaine, menacée d’une guerre civile, et envoya 22 000 soldats américains afin de protéger les ressortissants américains et d’empêcher l’installation d’un régime communiste. L’intervention américaine fit naître un violent sentiment antiaméricain dans toute la région et alimenta une forte critique à l’intérieur même des États-Unis. Une crise éclata également entre le Panamá et les États-Unis, concernant le contrôle du canal de Panamá. Suite à des émeutes antiaméricaines au Panamá, un nouveau traité fut négocié entre les Américains et les Panaméens. Malgré la guerre du Viêt Nam, les États-Unis poursuivirent leur rapprochement avec l’URSS. Au cours des années soixante, en effet, leur supériorité militaire s’était progressivement estompée. Les négociations sur le désarmement, amorcées en 1963 avec le traité d’interdiction des expériences nucléaires dans l’atmosphère, se poursuivirent, en 1967, en vue d’un nouveau traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, signé en 1969. Bien que rivaux au Proche-Orient, Américains et Soviétiques s’associèrent pour mettre fin à la guerre israélo-arabe de juin 1967, avec la rencontre du président Johnson et du soviétique Alekseï Kossyguine. Toutefois, en réponse à l’aide apportée par les Soviétiques aux nations arabes et à leur influence croissante en Méditerranée, les États-Unis renforcèrent leur aide à Israël.

La crise intérieure

L’administration Johnson fut confrontée aux conséquences intérieures de la guerre du Viêt Nam. À mesure que l’intervention américaine s’intensifiait, un mouvement pacifiste se développa. La contestation s’amplifia rapidement parmi les étudiants, les universitaires et les intellectuels de gauche, qui menèrent de violentes campagnes contre le président américain. Celui-ci garda cependant l’appui d’une majorité de la population. Les premiers mois de son mandat furent marqués par une importante activité législative. Johnson fit abolir les dernières discriminations raciales et obtint du Congrès le vote d’un vaste programme de mesures sociales, destinées à lutter contre la pauvreté, à favoriser l’éducation et la formation des jeunes, à étendre la sécurité sociale et l’assistance médicale gratuite pour les personnes âgées. Les résistances profondes aux lois de déségrégation ainsi que la misère régnant dans les ghettos noirs des grandes villes de la Manufacturing Belt provoquèrent une flambée de violences raciales dans les villes américaines à partir de 1965. Durant l’été 1965, une grave émeute se produisit à Watts, un quartier noir de Los Angeles. Des troubles de même nature agitèrent plus de trente villes en 1967. Les Noirs américains continuaient à réclamer une intégration plus réelle, non plus seulement par la non-violence prônée par le leader noir Martin Luther King, mais désormais aussi par la violence, avec les Black Panthers, organisation extrémiste fondée en 1966 militant dans le cadre du mouvement pour l'instauration du Black Power (pouvoir noir). Ce contexte politique et social fut propice à une remise en question, par une partie de la jeunesse, des valeurs traditionnelles américaines avec, notamment, le développement de la contre-culture hippie. Parallèlement, la drogue et la criminalité dans les grandes villes se répandirent. C’est dans ce climat de violence qu’eurent lieu les assassinats du pasteur Martin Luther King (4 avril 1968) et de Robert F. Kennedy (5 juin 1968), frère de l’ancien président John F. Kennedy, et candidat démocrate à l’élection présidentielle. L’assassinat de Martin Luther King déclencha une nouvelle vague d’émeutes raciales à Washington et dans d’autres grandes villes. Dans le même temps, la prospérité économique des États-Unis était ébranlée par le renforcement de la concurrence européenne et japonaise, par l’accroissement du déficit de la balance des paiements, et par le poids financier de plus en plus lourd de la guerre du Viêt Nam.


Les présidences de Richard Nixon

La fin de la guerre du Viêt Nam

Sous la présidence du républicain Richard Nixon, la diplomatie américaine, incarnée à partir de 1973 par le secrétaire d’État Henry A. Kissinger, fut très active et obtint de nombreux succès : fin de l’engagement américain au Viêt Nam, poursuite de la détente avec l’URSS, accords sur le désarmement, normalisation des relations avec la Chine populaire, renforcement de l’influence américaine au Proche-Orient. Renonçant désormais à une politique d’intervention systématique et parfois précipitée, Nixon affirma, dans son discours de Guam (25 juillet 1969), sa volonté de réduire l’engagement militaire américain dans le monde (doctrine Nixon). Les pays victimes d’une agression pouvaient compter sur un appui financier et matériel des États-Unis mais non plus sur un engagement direct de l’armée américaine. Nixon commença par rapatrier progressivement le corps expéditionnaire envoyé au Viêt Nam, souhaitant sortir les États-Unis de cette guerre par une politique de « vietnamisation » du conflit. Cela consistait à remplacer les troupes américaines par des troupes sud-vietnamiennes équipées et entraînées par les États-Unis, capables de résister seules à la poussée communiste. Fin 1971, plus de 350 000 soldats américains engagés au Sud-Viêt Nam étaient rentrés aux États-Unis. Il en restait encore 175 000 à rapatrier. Avec l’aide de Henry Kissinger, secrétaire d’État à partir de 1973, Nixon engagea à Paris des pourparlers de paix qui aboutirent, après de longues négociations, aux accords de cessez-le-feu (janvier 1973).

La diplomatie américaine

Les États-Unis compensèrent leur échec au Viêt Nam par un redressement spectaculaire de leur position au Proche-Orient. Ils amorcèrent un rapprochement avec l’Égypte dès le début de 1973. La diplomatie américaine joua un rôle décisif dans la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 et finit par obtenir le retrait des troupes israéliennes au Sinaï (janvier 1974). À l’égard de l’URSS, Nixon mena une politique de détente, notamment en matière de désarmement. Les négociations sur la limitation des armements stratégiques (SALT I), entamées en 1969, se poursuivirent en 1972, avec la signature du premier accord américano-soviétique sur la limitation des armements nucléaires (26 mai 1972). Il faisait suite aux traités de non-prolifération des armes nucléaires (1969) et d’interdiction des essais nucléaires sous-marins (1971). En mai 1972, le président Nixon se rendit en visite d’État à Moscou. En 1973, ce fut le dirigeant soviétique Leonid Brejnev qui se rendit aux États-Unis. Ce climat de détente permit à l’économie américaine d’accroître considérablement ses exportations à destination de l’URSS. Plus spectaculaire encore fut la normalisation des relations entre Washington et Pékin. Un rapprochement avec la Chine populaire s’esquissa dès 1971. Il fut consacré par la visite de Richard Nixon à Pékin et sa rencontre avec Mao Zedong en février 1972.

La stabilité intérieure

En politique intérieure, Nixon, défenseur d’une restauration de la stabilité sociale, s’attaqua aux problèmes de la criminalité et de la drogue. Les violences raciales connurent une accalmie. Le désengagement américain au Viêt Nam fit revenir le calme dans les universités, où le désarroi inspiré par la guerre avait été à l’origine de manifestations de grande ampleur. Certaines débouchèrent, cependant, sur des affrontements très violents entre les étudiants et la garde nationale, comme dans l’université de Kent (Ohio), en mai 1970, où quatre étudiants trouvèrent la mort. Ce fut également l’époque où s’affirma la suprématie américaine dans la conquête de l’espace : le 20 juillet 1969, deux Américains, Neil Armstrong et Edwin Aldrin, membres de l’équipage d’Apollo 11, furent les premiers hommes à marcher sur la Lune. Cinq autres débarquements américains sur la Lune eurent lieu entre 1969 et 1972.

La politique économique de Nixon et l’affaire du Watergate

Nixon développa, à partir de 1971, une « nouvelle politique économique » (New Economic Policy, NEP), dont les grandes modalités furent la suspension de la convertibilité du dollar, le blocage des prix et des salaires, une réduction du déficit budgétaire, ainsi qu’une réforme du système de sécurité sociale. La valeur du dollar fut abaissée de 17 p. 100 suite à deux dévaluations (1971, 1973). Celles-ci provoquèrent un regain des exportations américaines et favorisèrent un redressement de la balance commerciale et de la balance des paiements américaines, qui affichèrent d’importants excédents. La crise du pétrole elle-même, consécutive à la guerre du Kippour (1973), contribua à rendre au dollar sa position hégémonique dans le système monétaire mondial. Réélu triomphalement en novembre 1972, Nixon connut moins de réussite dans sa lutte contre l’inflation, qui s’accéléra à partir de 1973. En 1974, la population des États-Unis fut confrontée à une grave récession. Un scandale politique provoqua alors la chute de Nixon. La presse américaine fit en effet éclater l’affaire du Watergate. Elle révéla l’existence d’écoutes téléphoniques illégales et une tentative de cambriolage, le 17 juin 1972, au siège du Parti démocrate, dans l’immeuble du Watergate à Washington. Nixon nia longtemps son implication et celle de son entourage dans cette affaire. Mais les accusations, procès et enquêtes qui s’ensuivirent, mirent en cause des hauts fonctionnaires de l’Administration. Accumulant mensonges et faux-fuyants, harcelé par la presse, puis menacé par la procédure d’impeachment (destitution par le Congrès), Nixon fut contraint de démissionner le 8 août 1974. Le vice-président Gerald R. Ford le remplaça.


Les États-Unis depuis 1974

Les présidences de Gerald Ford et de Jimmy Carter

Gerald R. Ford (1974-1977) conserva auprès de lui le secrétaire d’État Henry Kissinger. Il poursuivit la politique de détente avec l’URSS (déclaration d’Helsinki, 1975). Cependant, la récession économique mondiale s’aggravait. Aux États-Unis, le taux de chômage et l’inflation connurent une forte hausse. Le quadruplement du prix du pétrole, au cours de l’hiver 1973-1974, intensifia la crise monétaire mondiale. Le discrédit porté sur le Parti républicain par l’affaire du Watergate favorisa le retour des démocrates à la Maison-Blanche, avec l’élection en novembre 1976 de Jimmy Carter (1977-1981). Les États-Unis poursuivirent leur rapprochement avec la Chine populaire, en établissant les premières relations diplomatiques, en janvier 1979. Ils favorisèrent, après l’avoir inspiré, le traité de paix israélo-égyptien, signé le 26 mars 1979 à Washington par le président égyptien Anouar al-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, par lequel l’Égypte récupérait le Sinaï. En septembre 1977, Carter signa avec le Panamá un traité par lequel l’ancienne zone du canal, administrée par les États-Unis, reviendrait intégralement au Panamá à compter de l’an 2000 (traité Carter-Torrijos). Malgré ces succès, la présidence de Carter fut dominée par la crise des otages américains en Iran. En novembre 1979, le chah d’Iran Muhammad Riza Chah, destitué, fut autorisé à entrer aux États-Unis pour des raisons médicales. Un groupe de révolutionnaires iraniens s’empara alors de l’ambassade américaine à Téhéran et prit cinquante-trois membres du personnel en otage. Lorsque le gouvernement américain refusa de satisfaire la demande des ravisseurs et d’extrader le chah, la crise s’enlisa. Les négociations piétinant, une expédition militaire américaine fut tentée pour récupérer les otages, mais celle-ci échoua. Parallèlement, l’invasion soviétique en Afghanistan (1979) créa une grave tension internationale et entraîna une dégradation des relations américano-soviétiques. Les États-Unis réduisirent leurs échanges commerciaux avec l’URSS, puis refusèrent de ratifier le nouveau traité de limitation des armes stratégiques (SALT II). Durant les années 1979-1980, la situation économique se détériora, avec une balance commerciale déficitaire, une baisse du dollar et un taux d’inflation annuel dépassant 10 p. 100.

La présidence de Ronald Reagan

Le déclin économique et les crises extérieures favorisèrent l’élection des républicains Ronald Reagan (1981-1989) et George Bush (1989-1992). Élu sur un programme conservateur et favorable au retour des valeurs morales traditionnelles, libéral sur le plan économique et énergique sur le plan international, Ronald Reagan réussit à relancer l’économie (réduction de l’inflation, baisse des impôts, maintien de taux d’intérêts élevés) au détriment des prestations sociales, qui furent considérablement réduites. Il augmenta fortement le budget de la Défense. Toutefois, la récession de 1981-1982 fit monter le taux de chômage au-dessus de 10 p. 100 pour la première fois depuis 1940. En 1987, l’administration Reagan dut faire face aux déficits persistants du budget et de la balance commerciale supérieurs à 100 milliards de dollars par an. Lors du krach boursier du 19 octobre 1987, l’indice Dow Jones chuta de 22,6 p. 100. En politique extérieure, Reagan eut à régler la crise des otages américains (janvier 1981). En octobre 1983, il déclencha une invasion surprise de la Grenade. En Amérique centrale, Reagan soutint les forces gouvernementales au Salvador, mais aussi les guérillas menées contre le gouvernement nicaraguayen. Sa seconde présidence fut entachée par le scandale de l’Irangate (1986-1987), dû à la vente secrète d’armes à l’Iran, servant au financement de la Contra antisandiniste au Nicaragua. En avril 1986, les États-Unis lancèrent un raid aérien contre la Libye, en réponse à des attaques terroristes antiaméricaines. Reagan et son secrétaire d’État, Alexander Haig, abandonnèrent la politique de détente vis-à-vis de l’URSS. En 1983, les relations américano-soviétiques se dégradèrent après l’annonce par Reagan d’une Initiative de défense stratégique (IDS), communément appelée la Guerre des étoiles. Toutefois, le processus de désarmement fut relancé par deux rencontres entre Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, en novembre 1985 et en octobre 1986. En décembre 1987, ils signèrent un traité de destruction des missiles à courte et moyenne portée.

La présidence de George Bush

La présidence de George Bush eut à gérer les déficits fédéraux du commerce extérieur et du budget puis la grave récession de l’économie américaine, de 1989 à 1992. Celle-ci amplifia la crise économique et urbaine et exacerba les clivages socio-ethniques. En avril 1992, les États-Unis connurent, à Los Angeles, l’une des émeutes les plus violentes de leur histoire (60 victimes). Elle fut provoquée par l’acquittement de quatre officiers de police, blancs, accusés d’actes de brutalités, avec preuves vidéo à l’appui, à l’encontre d’un suspect noir, Rodney King, un an plus tôt. Sur le plan extérieur, l’effondrement de l’URSS entre 1989 et 1991 renforça considérablement la suprématie politique et militaire des États-Unis, désormais la seule superpuissance. En décembre 1989, Bush lança l’opération militaire baptisée « Just Cause » : plus de 24 000 soldats américains envahirent Panamá pour déposer le général Manuel Antonio Noriega Morena, que les États-Unis désiraient extrader et inculper pour trafic de drogue. Puis, en 1991, les États-Unis prirent la tête, avec plus de 500 000 soldats américains, de la coalition internationale contre l’Irak lors de la guerre du Golfe. Ils poursuivirent leur politique de négociations dans le conflit israélo-arabe et développèrent leurs relations avec les pays de l’Europe de l’Est, après l’effondrement du bloc communiste. Les Américains participèrent activement au 8e cycle de négociations entamé au sein du GATT (Uruguay Round, 1986-1993) portant sur la libéralisation des échanges dans le domaine des marchandises et des services.

Le premier mandat de Bill Clinton (1992-1996)

La récession favorisa le retour des démocrates avec l’élection de Bill Clinton, en novembre 1992. En décembre 1992 fut lancée, sous couvert des Nations unies, l’opération « Restore Hope », appuyée par plus de 20 000 soldats américains, afin de rétablir la paix et d’aider à la distribution de l’aide alimentaire en Somalie. En janvier 1993, les États-Unis signèrent le traité de désarmement nucléaire START II, négocié avec le président russe Boris Eltsine. Bénéficiant de l’amorce d’une reprise économique (1993), Bill Clinton concentra ses efforts sur la politique intérieure. Il prit des mesures pour lutter contre la criminalité et pour réduire le déficit budgétaire. Il abrogea les ordonnances restreignant le droit à l’avortement et chercha à mettre fin à la discrimination des homosexuels dans l’armée, mais son projet fut amendé, en raison de la forte opposition du Congrès et du Pentagone. Son épouse, Hillary Rodham Clinton, fut désignée pour diriger une commission chargée de préparer d’urgence une réforme de la sécurité sociale. Parallèlement, il défendit, à la suite de George Bush, la libéralisation des échanges commerciaux au sein des négociations du GATT puis de l’OMC. Clinton réussit à convaincre le Congrès de ratifier l’accord de libre-échange nord-américain (Alena), supprimant les droits de douane entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. L’Alena est entré officiellement en application le 1er janvier 1994. Le 19 avril 1995, un attentat à la bombe fut perpétré contre un immeuble fédéral à Oklahoma City. L’explosion d’une voiture piégée causa la mort de 176 personnes. Cette tragédie bouleversa l’Amérique et mit directement en cause les dérives des milices armées de citoyens, de plus en plus nombreuses, auxquelles appartenaient les principaux suspects de cet attentat meurtrier. En politique étrangère, Clinton maintint le soutien américain au président russe Boris Eltsine et poursuivit la politique de réduction des armements, inaugurée par ses prédécesseurs (accord de dénucléarisation de l’Ukraine, 1994). En septembre 1993, à la Maison-Blanche, Clinton présida la signature d’un accord de paix historique entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en présence du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et du président de l’OLP Yasser Arafat. Clinton refusa toute intervention militaire américaine en ex-Yougoslavie, mais joua un rôle actif dans la recherche d’un règlement pacifique et politique du conflit yougoslave. Le plan de paix américain fut finalement accepté par les belligérants au terme d’une longue négociation, dont la phase finale se déroula aux États-Unis. Face à un Congrès et à un électorat peu enclins aux engagements internationaux, l’administration Clinton acheva le retrait des troupes américaines en Somalie, le 25 mars 1994. Au cours de cette mission de quinze mois, trente soldats américains avaient été tués. L’année 1996 ponctua six années consécutives de croissance, avec un chômage en baisse, une réduction du déficit budgétaire et la création de millions d’emplois. Mais les problèmes de sécurité restèrent très sensibles. Ainsi, le 25 juin 1996, un attentat contre une base militaire américaine en Arabie saoudite fit dix-neuf morts. Un nouvel attentat fut perpétré le 27 juillet à Atlanta durant les jeux Olympiques.

Le second mandat de Bill Clinton (1996-2000)

Un président populaire malgré les « affaires »

Le 5 novembre 1996, Bill Clinton fut réélu avec 49 p. 100 des suffrages, contre 41 p. 100 pour le candidat républicain Bob Dole. Il devint ainsi le premier démocrate depuis Franklin D. Roosevelt à obtenir un second mandat présidentiel. Cependant, au lendemain de sa réélection, Bill Clinton dut affronter de nombreux scandales, portant notamment sur le financement de sa campagne électorale par des gouvernements asiatiques (Indonésie et Chine). Ce sont, toutefois, l’affaire Paula Jones — du nom de la jeune femme accusant le président américain de harcèlement sexuel —, puis l’affaire Monica Lewinsky qui défrayèrent plus durablement la chronique : accusé en 1998 par le procureur Kenneth Starr de subornation de témoins et d’obstruction à la justice après son témoignage déposé sous serment, dans le cadre de l’affaire Paula Jones, sur les relations sexuelles qu’il aurait eues avec une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky, Bill Clinton fut poursuivi devant le Congrès américain. Sur la base du rapport Starr, publié sur Internet, la Chambre des représentants vota l’ouverture d’une enquête pouvant aboutir à la destitution (impeachment) du président. Les résultats des élections législatives de novembre 1998, bien que traduisant le soutien de l’opinion publique à un président bénéficiant de bons résultats économiques, n’empêchèrent pas le vote de sa mise en accusation par la Chambre en décembre 1998 et la transmission du dossier au Sénat pour confirmation. Ouvert le 14 janvier 1999, le procès s’acheva le 12 février par son acquittement. Malgré l’évolution rocambolesque d’une affaire présentée au monde entier sous ses détails les plus intimes et parfois indécents, Bill Clinton conserva une grande popularité au sein de la population américaine, par ailleurs traumatisée par le massacre du collège de Littleton (Colorado), perpétré par deux lycéens qui tuèrent quinze de leurs camarades en avril 1999. L’opinion publique se montra alors plus réceptive aux tentatives du président Clinton de renforcer la législation sur la vente et la détention d’armes à feu. Si le président parvint finalement à « gérer » les affaires à son avantage, l’opposition républicaine ne put, ni ne sut, en tirer profit, Newt Gingrich — speaker (« porte-parole ») républicain de la Chambre des représentants — étant contraint à la démission, de même que son successeur immédiat, lui-même finalement remplacé par Dennis Hastert après de nouvelles accusations de harcèlement sexuel. Fragilisés, les républicains apportèrent leur soutien à George Bush Jr. lors des primaires permettant de désigner les candidats à l’élection présidentielle de septembre 2000, opposant par conséquent le fils de l’ancien président à l’actuel vice-président démocrate Al Gore. La First Lady Hillary Clinton, quant à elle, se porta candidate au poste de sénateur de l’État de New York, tentative politique que d’aucuns interprétèrent comme un premier pas vers la magistrature suprême.

Un climat économique particulièrement favorable

Le second mandat de Bill Clinton fut marqué par une économie américaine revigorée et à nouveau conquérante : forte croissance, réduction sensible puis annulation du déficit budgétaire, taux de chômage et d’inflation très faibles et fusions de « géants » dans différents secteurs d’activité — industries automobile et pétrolière, télécommunications —, soit autant d’indicateurs et de signes positifs marquant le retour des États-Unis en tant que « superpuissance » économique. Le secteur informatique et la nouvelle économie (articulée pour l’essentiel autour de l’Internet et des nouvelles technologies) furent toutefois contraints d’affronter de graves crises susceptibles de remettre en cause leur rôle prépondérant au sein de l’économie du pays : les sociétés Intel et Microsoft furent ainsi conduites devant la justice par la Commission fédérale du Commerce américaine pour comportement monopolistique, tandis que les valeurs boursières du NASDAQ subirent au début de l’année 2000 une baisse sans précédent, annihilant une hausse spectaculaire quelques mois auparavant. Après leurs succès à l’OMC, en avril 1999, dans le conflit de la banane qui les opposait à l’Union européenne, les États-Unis comptaient également remporter la « bataille » du bœuf aux hormones et obtenir gain de cause sur la question des OGM (organismes génétiquement modifiés).

Les États-Unis, « gendarmes » du monde ?

La politique extérieure des États-Unis entre 1996 et 2000 fut marquée par un retour en force de la diplomatie américaine sur la scène internationale : Kosovo, Union européenne, OTAN, Afrique, Chine, Proche et Moyen-Orient, Iran, Irak, Afghanistan, Corée du Nord, Panama, Cuba et essais nucléaires furent autant de dossiers sur lesquels la première puissance mondiale se montra très présente. En juillet 1999, des sanctions financières et commerciales furent prises contre l’Afghanistan et le régime des talibans et, après la mise en application par l’Union européenne de l’embargo sur la viande en provenance des États-Unis et du Canada, l’OMC valida le principe d’une « riposte » consistant à taxer les produits européens d’un droit de douane de 100 p. 100. Les Américains affichèrent également clairement leur volonté d’élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe de l’Est et présentèrent, par l’intermédiaire de Bill Clinton lors de son voyage dans plusieurs pays africains en février et mars 1998, leur projet d’un nouveau partenariat avec l’Afrique. En outre, les États-Unis continuèrent à affirmer leur politique de lutte contre le terrorisme international. En riposte à deux attentats à la bombe qui frappèrent, en août 1998, les ambassades américaines de Nairobi, au Kenya, et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, les Américains lancèrent des frappes aériennes contre des sites supposés « terroristes » au Soudan et en Afghanistan. L’administration américaine, face à un Congrès majoritairement et inconditionnellement favorable aux positions du gouvernement israélien, resta dans un premier temps impuissante à relancer le processus de paix israélo-palestinien bloqué depuis l’accession au pouvoir de Benyamin Netanyahou. Le président Clinton organisa toutefois, en octobre 1998, à Wye Plantation, un sommet avec le Premier ministre israélien et Yasser Arafat et parvint à faire signer aux deux protagonistes un mémorandum pour relancer le processus de paix. En l’an 2000, ils cherchèrent aussi à relancer les négociations entre la Syrie et Israël, désormais représentée par le Premier ministre Ehoud Barak, mais malgré une rencontre en mars entre Bill Clinton et le président syrien Hafez al-Assad, celles-ci échouèrent . Le président Clinton adopta une attitude très ferme lors de la crise avec l’Irak (fin 1997-début 1998), dont les dirigeants avaient décidé de renvoyer les inspecteurs de l’ONU chargés de surveiller le désarmement irakien après la guerre du Golfe. En octobre 1998, le Congrès, après avoir œuvré à la réconciliation des factions kurdes irakiennes, vota une aide militaire à l’opposition irakienne. Puis, en décembre 1998, en pleine affaire Lewinsky, l’administration américaine engagea avec la Grande-Bretagne l’opération « Renard du désert » contre l’Irak dans le but de forcer Saddam Hussein à accepter le contrôle du désarmement par l’Unscom. Les relations avec l’Iran, houleuses depuis décembre 1999 et l’attentat perpétré contre un proche du président iranien, s’assouplirent en mars 2000 lorsque les sanctions contre la République islamique furent allégées ; la participation de l’Iran à des actes de terrorisme international fut toutefois à nouveau dénoncée par l’administration américaine. La première puissance mondiale ne put, en outre, empêcher l’Inde de procéder à des essais nucléaires souterrains qui créèrent des tensions dans la région, notamment avec le Pakistan et la Chine, deux pays particulièrement importants et influents en matière de politique de sécurité menée par les États-Unis en Asie. Dans le cadre de la politique d’« engagement constructif » vis-à-vis de la Chine, Bill Clinton se rendit en visite officielle dans ce pays en juin 1998 et put s’adresser librement aux Chinois, critiquant la répression des manifestations de Tian’anmen, plaidant pour le respect des droits de l’homme et préconisant une ouverture démocratique. Parallèlement, il y réaffirma que Taïwan n’avait pas de vocation à l’indépendance. Les relations avec la Chine, malgré la visite de Zhu Rongji, connurent néanmoins une dégradation certaine, liée d’une part à une accusation d’espionnage en matière d’armement nucléaire, et d’autre part au bombardement par « erreur » de l’ambassade chinoise à Belgrade, puis au tir de missile sol-sol déclenché en août 1999 par la Chine en direction de la côte Pacifique des États-Unis et destiné à affaiblir les relations américano-taïwanaises. En novembre 1999, les deux pays conclurent cependant, après treize années de pourparlers, un accord sur l’adhésion de la Chine à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), accord ratifié en mai 2000 par la Chambre des représentants. Les États-Unis annoncèrent parallèlement, en septembre 1999, puis en juin 2000, un assouplissement des sanctions économiques imposées depuis cinquante ans à la Corée du Nord. Le 24 mars 1999, les États-Unis s’engagèrent, aux côtés de treize des dix-neuf membres de l’OTAN, dans l’opération « Force alliée » contre la Yougoslavie, après que Slobodan Milošević eut refusé le plan de paix sur le Kosovo, élaboré au sommet de Rambouillet en début d’année. L’aviation américaine joua dans cette action un rôle prépondérant. Après l’accord signé avec Milošević prévoyant le retrait des forces serbes du Kosovo, les États-Unis se virent confier l’un des cinq secteurs d’occupation de la province. Les relations avec Cuba furent, quant à elles, notamment marquées par l’« affaire » Elian González : le petit garçon, recueilli par ses proches après un naufrage au large de Miami, devint l’objet d’une bataille juridique opposant, en janvier 2000, l’importante communauté cubaine du pays aux services américains de l’immigration. Puis, rapidement, les candidats à l’élection présidentielle — le démocrate Al Gore et le républicain George Bush Jr. — furent contraints de prendre position, de même que le président Clinton, défavorable à l’attribution du droit de résidence permanente à la famille González. Le canal de Panamá fut, par ailleurs, rétrocédé à la souveraineté panaméenne le 30 décembre 1999, en application du traité de restitution signé par Jimmy Carter en 1977.

La présidence de George W. Bush

Le feuilleton judiciaire de l’élection présidentielle

Le 7 novembre 2000, l’élection présidentielle opposant le républicain George W. Bush au démocrate Al Gore donna lieu à un véritable feuilleton judiciaire aboutissant à un nouveau décompte manuel des voix en Floride, à une bataille d’avocats devant les tribunaux, puis à la saisie de la Cour suprême par les républicains. Après cinq semaines de rebondissements, celle-ci trancha le 12 décembre. En refusant le décompte manuel des 450 000 bulletins litigieux de Floride, — ordonné par la Cour suprême de Floride — cinq juges contre quatre désignèrent de facto George W. Bush nouveau président des États-Unis. Arguant que le temps manquait pour une telle procédure, ils préférèrent éviter une crise institutionnelle, quitte à prendre une décision éventuellement injuste. Du fait du système des grands électeurs, George W. Bush devint le 43e président des États-Unis sans avoir recueilli la majorité des suffrages populaires, cas de figure qui ne s’était pas produit depuis l’élection de Benjamin Harrison en 1888. Âgé de cinquante-quatre ans, fils de George Bush (qui fut président de 1989 à 1993), il est entré en politique il y a six ans en tant que gouverneur du Texas. L’élection du républicain Bush intervient à un moment où l’économie américaine connaît un fort ralentissement. Anticipant cette situation, Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), procède en janvier 2001 à une baisse surprise des taux. C’est la première fois depuis novembre 1998 que la Fed réduit le loyer de l’argent. Dans un même esprit de relance économique, Bush favorise, lors du sommet des Amériques en avril, la création d’une Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) qui doit comprendre tous les États du continent à partir de 2005. Le président américain annonce également que son pays n’appliquera pas le protocole de Kyoto (1997) sur la réduction de l’émission des gaz à effet de serre, jugeant les mesures prévues trop coûteuses pour l’industrie américaine. Sur le plan intérieur, il donne des gages aux franges les plus conservatrices de la société américaine en annonçant l’arrêt des subventions au planning familial ou la reprise du programme de bouclier antimissile.

L’onde de choc du 11 septembre 2001

Le 11 septembre 2001, le World Trade Center (symbole de la puissance économique et financière du pays et fleuron architectural de New York) et le Pentagone (centre névralgique de la défense américaine situé à Washington) sont victimes d’un attentat sans précédent dans l’histoire du terrorisme mondial. Percutées par des avions civils détournés, les célèbres tours jumelles de la métropole new-yorkaise sont totalement détruites et l’aile ouest du Pentagone gravement endommagée. Le bilan s’élève à plus de 3 000 morts ou disparus. Le traumatisme est immense dans un pays qui découvre sa vulnérabilité. George W. Bush, qui considère ces attentats comme un acte de guerre, en appelle à la mise en place d’une coalition internationale contre le terrorisme. La riposte, dans le cadre d’une opération baptisée « Liberté immuable », commence le 7 octobre avec les premières frappes américano-britanniques sur l’Afghanistan où les talibans protègeraient Oussama Ben Laden, accusé d’être à l’origine des attentats. Les bombardements visent à s’assurer la maîtrise du ciel afghan, à détruire les installations du réseau de Ben Laden et à permettre la progression de l’Alliance du Nord en pilonnant les positions des talibans sur les lignes de front. Dans le même temps, les États-Unis doivent faire face à la maladie du charbon qui contamine une quinzaine de personnes en un mois et en tue cinq. Des courriers contaminés sont reçus par les plus hautes instances de l’État et par plusieurs journaux et chaînes de télévision. La psychose grandit dans la population tandis que l’enquête piétine et qu’aucune hypothèse n’est écartée. Au mois de novembre, les succès militaires se succèdent en Afghanistan, conduisant à une reconquête de la majeure partie du pays par l’Alliance du Nord, avec l’aide des frappes aériennes américaines, et au débarquement au sol de Marines pour traquer Oussama Ben Laden. Sur le plan économique, la récession devient effective. Le taux de chômage monte à 5,4 p. 100, son chiffre le plus élevé depuis 1996. La Réserve fédérale américaine est amenée à baisser trois fois de suite les taux directeurs tandis que l’administration républicaine débloque des financements fédéraux pour venir en aide aux entreprises les plus affectées par la crise, notamment dans le secteur aérien. Dans ce contexte, New York est de nouveau sous le choc à la suite du crash accidentel d’un avion de ligne sur le quartier du Queens. Au même moment, le républicain Michael Bloomberg est élu à la mairie de la ville où il doit succéder à Rudolph Giuliani.

Le concept de « guerre préventive » et la crise irakienne

En décembre, George W. Bush annonce le retrait des États-Unis du traité ABM. Signé en 1972 par Richard Nixon et Leonid Brejnev, ce traité limite les systèmes antimissiles, or, depuis plusieurs mois, George W. Bush a confirmé son intention de relancer le projet de bouclier antimissile américain. Les attentats du 11 septembre ont renforcé sa certitude selon laquelle le système de défense issu de la guerre froide est inadapté au monde actuel. Aux stratégies de dissuasion et de containment (« endiguement »), qui ont prévalu dans les relations internationales au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le président américain entend substituer le concept de guerre préventive afin de se prémunir de toute menace. En janvier 2002, lors de son discours sur l’état de l’Union, George W. Bush désigne l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord comme un « axe du mal, armé pour menacer la paix du monde ». S’attaquant d’abord à Saddam Hussein, qu’il accuse de parrainer le terrorisme et de posséder des armes de destruction massive, les États-Unis obtiennent du Conseil de sécurité de l’ONU le vote d’une résolution ordonnant à Saddam Hussein de détruire tous ses programmes d’armes de destruction massive sous peine d’un recours à la force (résolution 1441 du 8 novembre 2002). En dépit de l'acceptation par l'Irak du retour sans conditions des experts en désarmement de l’ONU, et de sa collaboration, certes tardive, à leur mission, les États-Unis persistent dans leur volonté de mener une guerre contre l’Irak afin de renverser le régime de Saddam Hussein, et ce même sans l’aval de l’ONU. Soutenus par le Royaume-Uni et l’Espagne, les États-Unis sont cependant confrontés à l’opposition de nombreux pays (dont la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine), qui préconisent au contraire, à l’instar de l’opinion publique internationale, la poursuite et le renforcement des inspections pour mettre fin à la crise irakienne. Face à un Conseil de sécurité majoritairement opposé à une intervention militaire en Irak, les États-Unis décident de se référer à la résolution 1441, dont le non-respect cautionne selon eux une offensive immédiate. Le 18 mars, le président américain lance un ultimatum de 48 heures à Saddam Hussein pour qu’il quitte le pouvoir. À cette date, plus de 200 000 militaires américains sont stationnés à proximité de l’Irak et l’offensive américano-britannique est lancée le 20 mars.