Mare Nostrum Corsica

- Les nouveautés 2012 -

Le Piana a succédé en toute fin d'année dernière au Kalliste de La Méridionale sur Marseille-Bastia et constitue la plus grande innovation de la saison 2012
Le Piana à quai à Marseille en décembre 2011 ; photo : Alain Pigeon
Le Piana, dans la nouvelle livrée de La Mérdionale à ondulations de couleur bleue évoquant le mouvement des vagues, aura finalement été livré par les chantiers Croates Brodosplit avec près de 9 mois de retard par rapport au calendrier annoncé (mise en service initialement projetée pour mars 2011).


Les lignes de Corse elles aussi rattrapées par la crise, mais jusqu'ici moins durement touchées
que d'autres routes maritimes en Méditerranée

En dépit d'un contexte économique mondial difficile et alors que bien des armateurs en Méditerranée ou au-delà en Europe étaient victimes d'une chute de leurs trafics, les lignes maritimes de Corse tiraient jusque récemment remarquablement leur épingle du jeu. En effet, après une légère inflexion lors de l'automne et de l'hiver 2008-2009, les trafics passagers de l'île étaient nettement repartis à la hausse au printemps et surtout à l'été 2009. Cette croissance s'était ensuite poursuivie, certes à un rythme ralenti, jusqu'au début de l'été 2010, le mois de juillet 2010 constituant un point culminant historique pour le trafic passagers maritime sur 12 mois cumulés avec plus de 4,66 millions de voyageurs sur les lignes de Corse. Par la suite, même si les records de fréquentation ont été battus pendant la saison 2010 - d'après l'Observatoire régional des transports de la Corse (ORTC) qui a comptabilisé 3,70 millions de passagers de début mai à fin septembre, soit +2,0% par rapport à la même période de 2009 - le mois d'août 2010 a commencé à marquer une inflexion. Il semble en particulier que les effets de la crise économique se soient fait plus durement ressentir par les ménages depuis lors, ce qui, associé aux multiples mouvements de grève ayant affecté la SNCM, a conduit à une saison touristique corse moins bonne qu'anticipée. 

Dans ce contexte de flambée des cours du pétrole et de crise économique devenue plus aiguë, l'année 2011 a marqué le pas, comme en attestent les dernières données publiées par l'ORTC : pendant la saison 2011 (mai à septembre), si le trafic entre la Corse et la Sardaigne est resté quasiment stable (187 800 passagers, -0,2%), celui entre la Corse et le continent français a marqué le pas pour la première fois depuis 2004 (2 347 200 passagers, soit -1,2%) et, surtout, le trafic entre la Corse et l'Italie continentale a fortement chuté (954 400 passagers, -14,9%) et se situe désormais à un niveau inférieur à celui de 1992 ! Cela traduit notamment la très forte réduction du nombre de navires en service pendant la saison estivale 2011, qui a été amputée d'au moins quatre unités1 : il s'agit d'une baisse considérable et d'une ampleur sans précédent dans l'histoire de la desserte maritime de l'île. Toutefois, cette baisse - qui atteint environ 240 000 passagers sur la Corse sur 12 mois flottants - apparaît contenue au regard de celle observée sur les lignes sardes. Sur les trois principaux ports de l'île voisine (Olbia, Porto Torres et Golfo Aranci), les trafics passagers ont chuté de 1,33 million au cours de l'année 2011, soit une baisse de 23,2% relève l'Autorità Portuale del Nord Sardegna. Sur le seul port d'Olbia, la baisse se monte à 1,14 million de passagers (-30%) sur la même période, diminution qui représente à elle seule plus que le trafic annuel de la SNCM sur la Corse ! Les lignes maritimes entre la France et les pays du Maghreb auraient également souffert (la SNCM ayant revu à la baisse sa programmation sur l'Algérie et la Tunisie pendant l'été 2011 par rapport au planning de traversées initialement annoncé) de même que les lignes grecques, en contraction depuis plusieurs années déjà.

Si les trafics maritimes de la Corse ont commencé à baisser dès le début 2011, la chute du mois d'août a été particulièrement remarquée
Jusqu'à l'été 2010, les trafics maritimes de la Corse ont connu une hausse quasi-continue, interrompue net depuis, même si les niveaux de trafic demeurent élevés.
Ceux-ci pourront-ils se maintenir à l'avenir si le dispositif d'aide sociale au passager est supprimé ou fortement circonscrit par l'Assemblée de Corse

Pour en revenir à la Corse, les menaces pesant sur la pérennité du dispositif d'aide sociale - qui conduisait jusqu'à présent à fortement dynamiser le marché en faisant baisser significativement les prix sur les lignes maritimes de Corse (voir une présentation détaillée de ce dispositif en réponse aux idées fausses n°5 et n°6) - font augurer le pire pour l'économie touristique de l'île et les compagnies qui en dépendent le plus, Corsica Ferries en tête, qui a lancé une pétition pour défendre ce système. Théoriquement prévu pour perdurer jusque fin 2013, l'Assemblée de Corse a finalement discuté de la pertinence de ce système dès la fin novembre 2010 mais, devant les divergences entre élus, n'a toujours pas présenté ses propositions pour la future desserte de l'île. Il était question en novembre 2010 de décider de relancer un nouvel appel d'offres pour le service public, la SNCM ayant publiquement fait part de son souhait de ne pas continuer à assurer la desserte de la Corse dans les conditions actuelles. D'après la presse insulaire, cette nouvelle délégation de service public aurait pu, si l'Assemblée de Corse en avait décidé ainsi, prendre effet avant le terme théorique de l'actuelle DSP (le calendrier initial prévoit un maintien des conditions actuelles de desserte jusqu'en décembre 2013 inclus). Récemment, on aurait pu penser qu'elle se serait donné plus de temps et, qu'au vu des développements intervenus cette année (retrait de la Moby Lines de l'axe Bastia-Toulon, intervenu au 25 février 2011, incidences du conflit social ayant totalement paralysé les navires de la SNCM pendant 47 jours à compter de fin janvier 2011), le calendrier initial aurait finalement été respecté. Toutefois, l'annulation de l'appel d'offres Marseille-Corse de 2007 intervenu le 7 novembre 2011 par la Cour administrative d'appel de Marseille sonne comme un coup de tonnerre car "il est enjoint à la Collectivité territoriale de Corse de procéder à la résiliation amiable du contrat à compter du 1er septembre 2012, ou de saisir le juge du contrat dans les six mois", indique l'arrêt de la cour d'appel, annulant le jugement rendu en première instance en 2008 ainsi que la délibération de l'Assemblée de Corse attribuant la DSP au groupement SNCM-CMN. Dans l'attente du lancement d'un nouvel appel d'offres à l'horizon 2014 par l'Assemblée de Corse, de la définition du contenu et de la durée de la période transitoire précédant la nouvelle convention et compte tenu du contexte général décrit plus haut, les compagnies sont incitées à une grande prudence pour leur programmation 2012. Seules la SNCM et la Corsica Ferries proposent un nombre substantiellement plus élevé de traversées, la SNCM en proposant elle aussi des traversées entre Toulon et la Corse depuis le 11 février 2012, la Corsica Ferries en renforçant la desserte de la ligne Savona-Bastia, aussi bien en basse saison qu'en été. 

Enfin, même si cela ne devrait intervenir qu'en décembre 2012, il faut souligner parmi les événements marquants que cette année à venir sera marquée par l'entrée en vigueur au niveau européen de nouveaux droits pour les passagers maritimes, dont la présentation fait ici l'objet d'une page spéciale.


La Corsica Ferries se renforce pour la saison 2012 entre l'Italie et la Corse par redéploiement d'un navire jusqu'ici affecté aux lignes Sardes
Gros plan sur le drapeau à tête de maure orné des couleurs de la Corsica Ferries (ici, à la proue du Mega Smeralda)
Pour 2012, la compagnie aux bateaux jaunes maintient le cap. Malgré les forts remous qui agitent actuellement le secteur maritime européen, la Corsica Ferries densifie sa desserte Italie-Corse, avec davantage de départs de Savona et de Livorno vers Bastia.

Pour 2011, la Corsica Ferries avait revu sa programmation dans le sens d'une plus grande prudence (avec deux navires de moins en périodes de pointe), ce qui ne l'a pas empêchée de se maintenir à la place de premier opérateur sur la Corse, malgré une légère érosion de son trafic passagers consécutive à la réduction de l'offre (la compagnie devrait vraisemblablement clore l'exercice avec plus de 2,6 millions de passagers transportés sur ses lignes corses, l'activité fret demeurant par ailleurs orientée à la hausse). En vue de la saison 2012, la compagnie aux bateaux jaunes reconduit une programmation très proche de celle de la saison dernière entre le continent français et la Corse, avec toujours sa stratégie "à quatre Megas" (les Mega Smeralda, Mega ExpressMega Express Four et Mega Express Five) inaugurée en 2009 dont le succès commercial ne se dément pas. Celle-ci lui permet d'assurer tous les soirs en saison à la fois un départ de Bastia et un autre d'Ajaccio pour le continent (vers Toulon le plus souvent, parfois aussi vers Nice) ainsi que, symétriquement et en sens inverse, deux départs du continent vers la Corse.

À noter aussi le renforcement acté pour 2012 de la desserte des lignes Savona-Corse, qui ont bien résisté l'été dernier malgré un contexte difficile. Cela passe par le maintien d'un lien permanent entre Savona et Bastia quatre fois par semaine au plus creux de la saison0, assuré par les ferries Sardinia Regina et Sardinia Vera. Cela se traduit aussi par la réouverture d'un lien hebdomadaire en saison entre Savona et Calvi (ligne qui n'avait pas été desservie en 2011) par ripage d'une rotation de Nice sur Savona du Sardinia Regina qui prendra cet été la relève du Sardinia Vera (dès lors sans affectation, mais qui pourrait être réaffecté aux lignes sardes si celles-ci montraient des signes de reprise) sur les lignes de Nice, pour plus de confort. En été, le navire partira de Calvi pour Savona les jeudis soirs à 20h30 (arrivée 6h); le retour s'effectuant les vendredis matins à 7h30 (arrivée à Calvi à 14h). 

Surtout, au plus fort de la saison, la Corsica Ferries a finalement opté pour un renforcement notable de ses lignes Italie-Corse en redéployant le Mega Express Two, jusqu'ici affecté en été aux liaisons avec la Sardaigne, qui souffrent beaucoup de la crise ; à noter que ce redéploiement intervient au moment où la Moby Lines réduit quant à elle notablement ses capacités sur ses lignes Corses (voir plus bas). Si ce cinquième Mega de la compagnie aux bateaux jaunes affecté aux lignes Corses vient, sur ces lignes, en substitution du Sardinia Regina, il n'en reprend pas les horaires0. En effet, outre l'augmentation de capacité directe induite par le remplacement du Sardinia Regina par le Mega Express Two (ce dernier navire pouvant embarquer environ 200 voitures de plus), la Corsica Ferries table sur une intensification du nombre de rotations grâce à la plus grande vitesse du navire (jusqu'à 29 noeuds en vitesse de pointe, contre 19). Ainsi, de jour, la traversée Savona-Bastia s'effectuera en 4h30 à 5h seulement (au lieu de 6h15) et il y aura jusqu'à trois départs quotidiens sur cet axe (dont généralement une traversée de nuit en 6h05 ; à noter que les horaires sont variables mais conçus de manière à offrir la plus grande capacité aux heures les plus demandées dans le sens de pointe : on note ainsi par exemple de nombreuses traversées Savona-Bastia à 12h30 - arrivées 17h - jusqu'à la mi-août et Bastia-Savona à 12h30 à partir de la mi-août). Cette reconfiguration des horaires ne se limite pas aux lignes de Savona puisque la Corsica Ferries profite de l'arrivée du Mega Express Two pour renforcer également sa ligne Livorno-Bastia, assurée par le Corsica Victoria et par le Corsica Marina Seconda, désormais jusqu'à quatre fois par jour (au lieu de trois fois auparavant).  À noter enfin que, cette année, leurs horaires ont été réajustés de manière à améliorer la ponctualité des navires.

Rappelons par ailleurs que la compagnie à tête de maure avait envisagé dès 2009 d'inaugurer des liaisons en NGV entre Piombino et Portoferraïo, sur l'Ile d'Elbe (avec des prolongements possibles vers Bastia) mais s'était heurtée à des difficultés avec les autorités portuaires du port de Piombino, fief de la Moby Lines, pour l'assignation de créneaux horaires de départs commercialement satisfaisants. Si le projet d'escale à Bastia n'a pu voir le jour à ce stade, la Corsica Ferries met désormais le cap sur l'ile d'Elbe au départ de Piombino pour la saison 2012 en NGV. Pour plus de détails sur les grands changements intervenus récemment sur les lignes maritimes de l'île d'Elbe, voir la page spéciale.

Enfin, pour être tout à fait complets sur les nouveautés 2012 des bateaux jaunes, soulignons que la Corsica Ferries a décidé de revoir sa grille tarifaire : depuis le 1er avril, celle-ci ne fait désormais plus référence aux trois couleurs traditionnelles de la compagnie (jaune, vert et bleu) mais comporte semble-t-il un plus grand nombre de gradations, ce qui donne plus de souplesse à la tarification. Les billets sont désormais vendus par défaut à un "tarif standard", modifiable mais non remboursable, qui peut être rendu remboursable - il est alors appelé "tarif flex" - en cas de paiement d'un supplément forfaitaire de 30 euros par voyage (pour les personnes voyageant avec véhicule, quel que soit le nombre de passagers). Autre nouveauté, sur le plan environnemental cette fois : la Corsica Ferries est la première compagnie présente sur la Corse à proposer à ses passagers, sur la base du volontariat, une "compensation carbone" des émissions de gaz à effet de serre dues à leur voyage ; l'argent ainsi récolté servira à financer un projet de reforestation en Amazonie.


La SNCM met le cap sur Toulon dans le sillage de la Corsica Ferries et poursuit le désengagement partiel des lignes du Maghreb amorcé en 2011 ! 
Les Méditerranée et Jean Nicoli simultanément à quai à Porto Vecchio, les samedis en saison (photo : Alain Pigeon, août 2011)
Suite au succès rencontré par la formule inaugurée l'été dernier, la SNCM reconduit pour la saison 2012 le doublement de la rotation du week-end du Jean Nicoli
entre Marseille et Porto Vecchio par une traversée du Méditerranée, en remplacement d'une rotation entre Marseille et Tunis.

L'ex-compagnie publique SNCM, désormais détenue aux deux tiers par Veolia suite au retrait du fonds d'investissement Butler Capital Partners, a mis en ligne dès la mi-octobre ses traversées de service public au départ de Marseille et de Nice, qui ne seront pas impactées par les décisions prochaines de l'Assemblée de Corse quant à la future desserte de service public de l'île. Si la programmation des cargos mixtes de la compagnie semble quasi-inchangée, les Napoléon Bonaparte et Danielle Casanova assureraient quant à eux en périodes de pointe des rotations à peu près aussi nombreuses qu'en 2011, année qui avait vu un renforcement de cette desserte au détriment de celle de Nice (décision qui avait provoqué un mouvement social paralysant la SNCM pour une durée de 47 jours de fin janvier à mars 2011 mais qui a, in fine, permis d'obtenir de remarquables résultats sur Marseille-Corse en termes de passagers transportés : +35,9%, toutes compagnies confondues, de mai à septembre 2011 selon l'ORTC). Rappelons qu'à l'inverse, ces deux ferries avaient été un peu moins présents sur les lignes de Corse durant l'été 2010 : 108 traversées, principalement parmi les moins fréquentées en milieu de semaine, avaient alors été supprimées des obligations de service public pendant 11 semaines de pointe par la précédente Assemblée de Corse, concomitamment à la réduction de l'aide sociale sur Toulon et Nice-Corse (voir la page spéciale dressant un premier bilan de ces ajustements de la DSP). 

Le rebond des lignes Marseille-Corse de l'été 2011 est également à rapprocher du ripage partiel opéré par la SNCM l'été dernier entre ses lignes corses et d'Afrique du Nord : la compagnie avait en effet décidé de reprogrammer les week-ends de pointe en saison l'Ile de Beauté et le Méditerranée sur Marseille-Ile Rousse et Marseille-Porto Vecchio en lieu et place de liaisons initialement prévues sur le Maghreb, en proie à une certaine désaffection touristique. Pour 2012, si les traversées Marseille-Porto Vecchio du Méditerranée sont confirmées en sus de celles du Jean Nicoli, celle de l'Ile de Beauté n'a pas été reconduite. La direction de la SNCM a démenti des rumeurs de vente de ce navire dans l'immédiat. Celui-ci effectue pour la première fois son hivernage en Tunisie et ne devrait guère plus effectuer de traversées sur les lignes du Maghreb pendant la saison 2012. En effet, l'arrivée d'un nouveau concurrent (LD Lines) pour le transport des passagers et du fret - dont la presse spécialisée rapporte qu'il bénéficierait de coûts de revient inférieurs, quoique naviguant également pour cette occasion sous pavillon Français - a été annoncée puis retardée au printemps 2012 sur l'axe Marseille-Tunis. Le navire envisagé pour cette desserte serait le Norman Voyager, construit en 2008 par les chantiers italiens Visentini (d'une capacité de 800 passagers et 2255 mètres linéaires de fret) et qui a récemment été replacé par LD Lines sur la ligne Le Havre-Portsmouth après un passage éclair sur l'autoroute de la mer entre Montoir-de-Bretagne et Gijon, en Espagne

Dans le même temps, la SNCM, dont l'équipe dirigeante a récemment été remaniée par Veolia, concurrence la Corsica Ferries sur les lignes Toulon-Corse depuis le 11 février 2012 : dans un premier temps, un seul navire (le car-ferry Corse puis l'Ile de Beauté) est affecté à cette desserte, avec, en saison, jusqu'à une rotation par semaine sur Toulon-Ajaccio et trois sur Toulon-Bastia. En réalité, la mise en service du Corse sur les lignes Toulon-Corse en dehors du cadre de la délégation de service public a provoqué un nouveau conflit social à la SNCM, marqué notamment par le blocage du navire à Marseille qui devait initialement débuter la nouvelle liaison le 27 janvier. Le Tribunal de grande instance de Marseille a décidé mardi 31 janvier de faire procéder au déblocage du navire le "Corse" par huissiers assistés de la force publique, une décision notifiée mercredi 1er février par la direction de la SNCM au personnel présent sur le bateau et finalement intervenue le 16 février. À noter que ce choix est rejeté par la CGT de la compagnie qui dénonce l'ouverture d'une ligne annoncée comme "structurellement déficitaire" à hauteur de 8 millions d'euros par an, rapporte la presse ; un nouveau préavis de grève a d'ailleurs été déposé pour le 24 février, date du conseil d'administration de la compagnie. La tension au sein de la compagnie est aussi à rapprocher de la convocation récente par la direction de la SNCM d'un comité d'entreprise extraordinaire portant sur la "dénonciation des accords et usages" des personnels navigants en vue de plus de souplesse. L'objectif est de parvenir, à terme, à un aller-retour par jour entre Toulon et la Corse, ce qui suppose que la compagnie puisse se doter de navires modernes plus rapides en vue de la saison 2013, capables de faire un aller-retour entre Toulon et la Corse en traversée de jour, à l'image des Mega Express de la Corsica Ferries dont la SNCM reprendrait ainsi non seulement la principale destination, mais aussi le modèle économique ! Rappelons que la SNCM était épisodiquement présente sur le port de Toulon jusque dans le courant des années 2000, seulement l'été, mais que la compagnie ne semblait pas alors considérer le port Varois comme une destination à part entière mais plutôt comme un supplétif du port de Marseille. Ainsi, au début des années 2000, la SNCM regroupait l'essentiel de ses traversées sur Toulon-Corse les dimanches soirs afin de permettre aux navires ayant navigué sur Marseille le week-end de rettraper plus facilement leurs éventuels retards, ce qui ne permettait pas d'assurer pas une desserte très équilibrée sur la semaine (laquelle se concentrait par ailleurs surtout sur le port de Propriano). C'est l'arrivée de la Corsica Ferries fin 2000 qui a permis aux lignes Toulon-Corse de connaître une expansion sans précédent, grâce aux traversées nombreuses et rapides qu'elle a développé, cette fois hiver comme été, avec ses nouveaux Mega Express. Pour en revenir à la SNCM, sauf à prévoir l'entrée en flotte d'un ou plusieurs navires supplémentaires à très brève échéance, une telle programmation de l'Ile de Beauté pose inévitablement la question de la poursuite du désengagement de la compagnie aux bateaux blancs des lignes du Maghreb amorcé en 2011 (le dernier navire dévolu à cette desserte, le Méditerranée étant, quant à lui, déjà programmé sur Marseille-Corse chaque week-end d'été en 2012, ce qui laisse peu de marge pour desservir l'Afrique du Nord).  

Sur Nice, en revanche, la SNCM jouerait elle aussi la carte de la continuité par rapport à 2011. En saison, la desserte est assurée à titre principal par le ferry Corse, qui opère, selon les jours, sur les lignes à destination d'Ile Rousse, Bastia ou Ajaccio. En sus de ces rotations, la programmation des lignes de Balagne est complétée comme par le passé par le navire mixte Monte d'Oro à raison de deux rotations hedbomadaires entre Nice et l'Ile Rousse le week-end (en sus de sa desserte en semaine de la ligne Marseille-Ile Rousse). Rappelons que depuis l'an passé, il n'est plus question de desservir la Corse en NGV au départ de Nice (pour mémoire, voir la page spéciale sur la fin de la navigation à grande vitesse entre la Corse et le continent français).

Enfin, d'après l'hebdomadaire Le Marin du 21 octobre 2011, la SNCM envisagerait dans le cas où elle serait retenue par la Collectivité territoriale de Corse comme nouveau délégataire de service public dans le cadre de la future convention, d'investir pas moins de 850 millions d'euros dans le renouvellement de sa flotte de 2015 à 2018, au rythme de deux nouveaux bateaux par an ! Pour mémoire, depuis la privatisation de la compagnie fin 2005, rappelons que la compagnie n'a fait l'acquisition que de deux navires - baptisés l'un et l'autre Jean Nicoli, le premier ayant rapidement été revendu sans avoir navigué sur les lignes de Corse ! L'annonce récente du retrait imminent (d'ici fin 2013) du groupe Veolia de l'ensemble de ses activités de transport - et donc de l'actionnariat de la SNCM - vient toutefois conditionner ce plan massif d'investissement à l'identification préalable d'un nouvel actionnaire principal pour la compagnie.


Renouveau désormais effectif à La Méridionale
réduction de capacités à la Moby Lines
Détail du Moby Aki ( Bastia, avril 2010)
2011 restera pour la Moby Lines comme une année de très forts contrastes avec des pertes record de trafic sous ses propres couleurs
et de grands succès suite à l'acquisition des compagnies Tirrenia et Toremar.


Forte de son indépendance vis-à-vis de la SNCM, définitivement reconnue par la Justice en novembre 2007 et consolidée par un nouveau partenariat finalisé avec la SNCM à l'automne 2009, La Méridionale s'active au renouveau de la desserte Marseille-Corse. Après avoir changé de logo et de couleurs en 2010 (l'ensemble des navires de la flotte arbore désormais la nouvelle livrée bleue qui a remplacé le ton de gris utilisé jusqu'ici), elle a mis en service un nouveau navire, le Piana, lancé l'an passé aux chantiers Croates de Brodosplit. D'une très grande capacité (notamment pour le fret), il innove également par la qualité de ses prestations intérieures en matière d'accueil des passagers ; son entrée en ligne est d'autant plus remarquée qu'aucun navire n'a été mis en service depuis 2010 sur les lignes de Corse et qu'aucun autre n'est annoncé pour 2012. Ce navire mixte, qui vient en remplacement du Scandola, n'a finalement débuté ses rotations commerciales que le 26 décembre 2011 du fait de retards dans sa construction (sa mise en service était initialement prévue en mars 2011 puis avait été repoussée à plusieurs reprises depuis). Plus précisément, le Piana prend la place du Kalliste sur la ligne phare Marseille-Bastia (celle sur laquelle le trafic fret est le plus important) lequel ripe en conséquence sur Marseille-Propriano en lieu et place du Scandola, destiné à être vendu ; à noter que le nouveau navire effectuera aussi quelques rotations sur cette dernière ligne. La programmation du Girolata sur Marseille-Ajaccio n'est en revanche pas affectée par ces changements. Soucieuse de la protection de la nature, La Méridionale, qui s'est vue décerner le 16 février 2009 la certification ISO 14 001 pour son système de "management environnemental", étudierait par ailleurs des solutions consistant à réduire la consommation en carburant de ses navires (qui pourraient, à l'avenir, passer aussi par le fait d'équiper de voiles les navires de commerce !).

Quant à la Moby Lines, ses horaires pour 2012 ne prévoyaient a priori pas de grandes nouveautés sur les lignes de Corse. Au vu des résultats de la saison 2011 marquée par une très forte chute de fréquentation de cette compagnie - aussi bien sur la Corse (-45% environ sur le seul port de Bastia lors des dix premiers mois de l'année selon la CCI de la Haute Corse, soit un perte de plus de 260 000 passagers qui va bien au-delà du trafic que réalisait la Moby l'an passé sur Toulon-Bastia) que sur la Sardaigne- la Moby Lines se consacrera essentiellement à la finalisation de l'absorption de l'ex-compagnie publique Tirrenia (dont elle a obtenu le contrôle pour 380 millions d'euros en fondant la CIN - Compagnia Italiana di Navigazione - en partenariat avec d'autres grands armateurs italiens : le groupe Aponte qui contrôle entre autres SNAV-GNV et le groupe Grimaldi de Naples) et de son ex-filiale toscane, la Toremar (au total, avant de devoir céder des créneaux de départ à ses concurrents sur injonction de la Commission européenne, le groupe Moby-Toremar possède désormais des parts de marché supérieures à 90% dans la desserte de l'île l'Elbe au départ du continent italien).

La programmation initiale des horaires de la compagnie à la baleine bleue ne prévoyait que de légers changements. Ainsi, la ligne Genova-Bastia aurait dû être ouverte plus tôt, dès le 6 avril, et desservie au printemps par le
Moby Corse (avec plusieurs traversées par semaine, de jour mais aussi de nuit) avant que les Moby Wonder et Moby Freedom ne prennent le relai pour la saison estivale comme c'était le cas depuis 2001.Or, cette programmation a été totalement remise en cause. Tout d'abord, a été annoncée le 2 février 2012 la vente du Moby Freedom à la compagnie finlandaise Eckerö Line qui a annoncé que le navire desservirait l'été prochain la ligne finno-estonienne Helsingfors (Helsinki)-Tallinn, une fois celui-ci adapté à sa nouvelle ligne. L'achat et la transformation du Moby Freedom représenterait un investissement de 90 millions d'euros pour la compagnie finlandaise (dont 75 millions d'euros pour la seule cession du navire pour la Moby Lines). La Moby Lines a dû réorganiser ses départs sur sa ligne Genova-Bastia suite à la vente surprise2 de ce navire et à la reconfiguration en cours des lignes sardes3 qui s'en est suivie. Dès lors, non seulement le Moby Freedom mais également le Moby Wonder ont cédé la place sur Genova-Bastia à un autre navire de bien plus petite taille de la Moby Lines pour la saison 2012, le Moby Fantasy, jusqu'ici inemployé. Ce navire a une capacité près de deux fois moindre (350 voitures contre 665 et 1200 passagers contre près de 2000) et navigue moins vite (20 noeuds en service, contre 24 noeuds en vitesse de croisière pour les géants de la Moby qui pouvaient filer jusqu'à 29 noeuds en vitesse de pointe). Du coup, les horaires sont fortement revus0 : au lieu d'un aller-retour de jour en 4h45 au départ de Genova le matin, les passagers se voient proposer un départ de Genova à 22h en traversée de nuit d'une durée de 10 heures, le retour de Bastia pour le grand port Ligure s'effectuant à 9h du matin en traversée de jour (d'une durée de 6 heures). Enfin, la ligne Genova-Bastia ne sera finalement réouverte que début juin et le Moby Corse n'effectuera donc aucune traversée sur cet axe au printemps.

Quant à la ligne Livorno-Bastia, le
Moby Vincent n'effectuerait plus qu'une seule rotation par jour, si bien que la Moby Lines ne proposerait plus au total que deux rotations par jour sur ses lignes Italie continentale-Corse (pour mémoire, dans les années 1980, la compagnie en effectuait plus de huit les jours de pointe) !

Enfin, la Saremar, désormais rétrocédée à la région sarde en vue de la privatisation de 51% des parts de la compagnie, continue pour le moment sa liaison entre Bonifacio et la Sardaigne (Santa Teresa di Gallura), assurée de longue date à l'année et continue de se développer entre le continent Italien et la Sardaigne (après les lignes Civitavecchia-Golfo Aranci et Savona Vado-Porto Torres inaugurées à l'été 2011, de nouvelles lignes sont en projet pour 2012, notamment au départ de Cagliari) pour lutter contre l'inflation du prix des voyages en ferries. À noter toutefois qu'en cas de désengagement à terme de la liaison corso-sarde, il est fort probable que celle-ci soit reprise par l'une ou l'autre des compagnies reliant aujourd'hui la Corse au continent italien (la Moby Lines est déjà présente entre Bonifacio et Santa Teresa di Gallura, mais seulement de manière saisonnière et son navire, le Bastia, est souvent critiqué par les locaux en raison d'incidents multiples qui nuisent à la fiabilité de cette liaison). Rappelons que plusieurs élus corses et sardes ont appelé conjointement de leurs voeux, fin janvier 2010, un développement de ces liaisons, jugées insuffisantes, en particulier dans le domaine du transport de marchandises. En effet, pour aller de Corse en Sardaigne, distantes d'à peine une quinzaine de kilomètres, certains transporteurs sont actuellement contraints de passer de Corse à Marseille, puis de rallier Genova pour s'embarquer ensuite pour la Sardaigne ! C'est pourquoi, plusieurs observateurs ont appelé de leurs voeux le prolongement de la ligne Marseille-Porto Vecchio, assurée jusqu'ici par le Jean Nicoli et le Paglia Orba de la SNCM, jusqu'à Olbia, sur la côte Nord-Est de la Sardaigne ; projet qui ne s'est toutefois pas concrétisé à ce jour.


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Notes :

0 À noter que ces modifications ont été apportées postérieurement à la sortie de la première édition des brochures papier des compagnies, respectivement pour les périodes hiver 2011/2012 et été 2012 ; celles-ci sont donc désormais obsolètes. En attente de parution de versions révisées, se reporter aux sites internet des compagnies maritimes, qui font foi.

1 La SNCM a retiré son NGV Liamone II des lignes Nice-Corse, la Corsica Ferries en a fait de même avec le Corsica Serena Seconda dont elle s'est séparé et n'a pas reconduit durant la saison 2011 les traversées Bastia-Piombino qu'elle avait opéré les deux étés précédents avec le NGV Corsica Express Seconda. Par ailleurs, la Moby Lines a retiré le Moby Corse des lignes de Corse, fermant par là-même sa ligne Toulon-Bastia et amputant la liaison Livorno-Bastia de nombreuses traversées. On arrive donc à un décompte de quatre navires en moins "à plein temps". Pour être tout à fait complets, signalons que, suite à sa fusion avec Grandi Navi Veloci (GNV) et à la réorganisation de sa flotte qui s'en est suivie, la SNAV qui opérait jusque là surtout dans le golfe de Napoli et entre Civitavecchia et Olbia, en Sardaigne, a également fermé sa liaison hebdomadaire entre Civitavecchia et Porto Vecchio, qu'elle avait ouvert durant la saison 2010 à l'aide du navire SNAV Toscana.