Dominique Colas



Professeur de Science politique, chercheur au CERI
Directeur de la spécialité  Russie-CEI au sein du master de recherche et
 de l' Ecole doctorale de l'IEP de Paris

Directeur des Cahiers Anatole Leroy-Beaulieu
 
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  sciences po

 
27 rue Saint Guillaume - 75337 Paris Cedex 07
 
 




Mon bureau est au 199 boulevard Saint Germain

Vous pouvez m'envoyer un email : dominique.colas@sciences-po.fr
 



Cours Histoire des idées politiques  Semestre d'automne,

2e Année du premier cycle




Une conférence de méthode, obligatoire,
pour tous les étudiants est liée à ce cours

24 heures de cours en 12 séances.




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Visée du cours

Ce cours vise à pemettre la lecture de texte (plutôt des ouvrages que des fragments) qui sont à la base de la pensée politique et sociale moderne, du moins en occident. On articulera une réflexion sur la "société civile" et sur la guerre


On montrera comment se structurent certaines problématiques et se forment certains concepts politiques, en dessinant les implications dans l'éthique et la politique contemporaines de conceptions souvent séculaires mais aussi comment elles peuvent être une ressource pour penser le présent. Le cours de l'automne 2009 mettra en avant différentes conceptions de la "société civile" et de ses rapports aussi bien avec l'Etat qu'avec l'Eglise (ou plus généralement la religion). Mais il accordera aussi une importance particulière à la notion de guerre : une société en guerre est-elle à l'opposé d'une "société civile" ? La paix n'est-elle pas le fondement de celle-ci, selon Cicéron par exemple ?

Le cours orientera les étudiants dans la lecture de certains ouvrage dont certains devront être lus en entier. Mais le nombre total de pages n'est pas considérable 

Le premiers cours, -après une réflexion rapide sur ce qu'est un texte et un auteur politique - montrera la différence entre la liberté chez les anciens et chez les modernes à travers un texte de Xénophon - la Constitution de Sparte- et un texte de Benjamin Constant : De la liberté chez les anciens comparée à celle des modernes qui est une lecture obligatoire. Puis on examinera l'actualité de Platon, à partir du lien qu'il construit  entre savoir et pouvoir politiques et de sa vision hiérarchique de la société idéale :  certains arguments du débat sur le platonisme, tels qu'ils apparaissent chez Nietzsche, Popper ou Foucault seront analysés. Ce sera le moment d'une première interrogation sur l'individualisme et le totalitarisme, avec une référence à Bertrand Russell ou à Tocqueville et à l'oppostion société individualiste, société démocratique. Les livres IV et V de la République de Platon sont une lecture obligatoire. En s'appuuyant sur Les Lois on montrera certains aspects du lien entre Etat et guerre chez Platon. Pour les Grecs le citoyen est soldat.

La formule d'Aristote sur l'homme comme " animal politique " (ou " social ") sera replacée dans son contexte théorique (notamment dans l'opposition entre société civile et "ethnie"), et son rejet par Hobbes, comme sa tentative de dépassement par Rousseau, seront étudiés. On comparera les différentes théories du contrat (chez Hobbles, Locke et Rousseau). La présentation de la théorie de " l'état de nature " comme " guerre de tous contre tous ", opposé à la "société civile" chez Hobbes  impose une lecture de chapitres du Léviathan, dont on commentera brièvement l'iconographie qui comprend une symbolique guerrière (et religieuse).

En même temps que la notion de "guerre", et en lien avec elle, le cours travaille la notion de société civile. Après l'avoir analysée chez Aristote (dont la lecture du livre I des Politiques est obligatioire) on montrera sa transformation chez Saint Augustin qui oppose cité de Dieu et société terrestre ou société civile : l'on soulignera le caractère toujours actif de cette opposition, sous la forme des conflits, et compromis, entre Etat et Eglise, pouvoir politique et pouvoir hiérocratique mais aussi que chez Augustin la guerre, l'impérialisme sont des marques du mal en l'homme. Machiavel et sa conception du souverain comme artiste de l'Etat apparaît comme un novateur radical : la lecture du Prince de Machiavel s'impose. On étudiera des notions comme celle de "fortuna" ou de "virtù". Et l'on dessinera la figure de quelques hommes de guerre remarquables (comme Annibal ou Giovanni Acuto)

On étudiera aussi comment la Réforme protestante, avec Luther et Melanchthon, puis Calvin, a vu naître le concept de fanatisme en liaison avec celui de société civile. On s'intéressera particulièrement à Rousseau qui, à la fois, distingue "état de nature" et "société civile" et identifie "société civile" et "Etat" (dans le Discours sur l'origine et le fondement de l'inégalité entre les hommes - lecture obligatoire - et dans Du Contrat social). Mais Rousseau renverse entièrement Hobbes : il ne pense pas que l'homme soit méchant et le "contrat" a chez lui un autre sens que ches l'auteur du Léviathan.

L'histoire de "société civile" sera suivie jusqu'à Hegel, en montrant, chemin faisant, l'importance de l'apparition  au XVIIIe siècle de l'économie politique. L'originalité de Marx par rapport à Hegel, -une véritable rupture notamment par le rejet de l'idée de droits de l'homme  sera présentée : lecture obligatoire du Manifeste du Parti communiste. Marx et Engels réhabilitent la guerre civile, alors qu'Hegel faisait de la guerre étrangère le "tribunal de l'histoire". On fera apparaître la novation politique que représente le bolchévisme de Lénine et sa vision d'une société épurée par la guerre civile et l'hygiène social.

Pour terminer : un cours sur le micro pouvoir et le pouvoir pastoral chez Miche Foucault (Foucault, " 'Omnes et singulatim' Vers une critique de la raison politique", Dits et écrits, t. IV, Gallimard, 1994 un texte à lire en entier ) en renvoyant à la problématique du pouvoir et de l'Etat proposée dans Sécurité, territoire, population. On rappellera les travaux de Foucault sur la guerre ("Il faut défendre la societé" et l'armée (Surveiller et punir).

 On ne cherchera pas à présenter la totalité de la doctrine politique d'un auteur mais, cependant les étudiants devront fournir un effort de lecture particulier en allant au-delà de la lecture d'extraits afin d'aborder des textes en entier. Aussi le cours implique-t-il la lecture de textes proposés dans leur intégralité.

On donnera des références  à des oeuvres picturales, essentiellement des collections du Musée du Louvre et du Metropolitain Museum de New York, sans pouvoir néanmoins engager de véritables analyses iconographiques.

Voici, peint par Ucello, dans le Duomo de Florence le momument funéraire d'un condottiere, Acuto, (en anglais : John Hawkwood) un professionnel de la violence (né en Angleterre en 1320, mort en Italie en 1394) évoqué par Machiavel dans le Prince. Allez voir au Louvre La Bataille de San Romano par le même Ucello. Et au Musée Jacquemart André son Saint Georges tuant un dragon

Aucut

Lectures obligatoires

Un des objectifs du cours est de permettre aux étudiants la lecture d'ouvrages dans leur intégralité ou de parties significatives d'ouvrages : la formation des étudiants de Sciences Po,  repose sur l'acquisition d'outils intellectuels qui passe, nécessairement, par la lecture de textes classiques.

Ces lectures seront facilitées par l'intégration dans le cours de séances consacrées aux textes (par exemple aux interprétations de la République de Platon) ou à une approche précise du texte (le cours sur Machiavel comportera une présentation des termes et concepts utilisés  dans le Prince). La lecture de ces ouvrages ou textes est une obligation pour les étudiants : l'épreuve écrite de validation impliquera une connaissance des textes.

Il faut entreprendre ces lectures dès le début du semestre. Le nombre de pages n'est pas très élevé (les textes de Platon et Aristote quelques dizaines de pages par exemple) mais ces textes devront avoir été compris.

Lectures obligatoires :


Platon,  La République, Livres IV et V

Aristote, Les Politiques, Livre I,  (de préférence dans la traduction par Pierre Pellegrin aux Editions  Garnier Flammarion : Livre I)

Machiavel, Le Prince (si possible dans la traduction d'Yves Lévy, Garnier Flammarion) (texte en italien)

Hobbes, Léviathan, chap. XIII et XIV

Rousseau, Discours sur l'origine et le fondement de l'inégalité parmi les hommes

Benjamin Constant : De la liberté des Anciens comparée à celle des modernes (1819)

Marx, Le Manifeste du parti communiste (texte en allemand)

Foucault,
" 'Omnes et singulatim' Vers une critique de la raison politique", Dits et écrits, t. IV, Gallimard, 1994 (ce texte de Michel Foucault est une conférence qu'il a donnée en anglais dans le cadre des "Tanner Lectures on Human values" à l'université de Stanford dont la version originale peut être lue sur le site qui rassemble ces différentes conférences en format PDF). Etant donné le prix de l'ouvrage où se trouve ce texte en français il en sera fait un tirage à part



Validation du cours

L'ENSEIGNEMENT EST VALIDÉ A PARTIR DE DEUX TEXTES : L'UN AU MILIEU DU SEMESTRE, L'AUTRE EN FIN DE SEMESTRE. LES SUJETS QUE VOUS AUREZ A TRAITER SERONT LIES AUX TEXTES QUE VOUS AVEZ A LIRE

 
AVANT CHAQUE COURS IL FAUT DÉCHARGER LE PLAN DE COURS ET L'UTILISER LE JOUR DU COURS POUR NE PAS AVOIR À RECOPIER LE POWER POINT

Bibliographie de base :


Vous trouverez des bibliographies dans les ouvrages suivants :

Colas, D., La Pensée politique, Larousse, 1992

Colas, D., Dictionnaire de la pensée politique. Auteurs, Œuvres. Notions , Larousse, 1998  (LA COUVERTURE MONTRE UN FRAGMENT DE LA FRESQUE DU BON GOUVERNEMENT DE AMBROGIO LORENZETTI)

Dictionnaire pensée politique


    Le fragment reproduit sur la couverture de ce livre provient de la fresque d'Ambrogio Lorenzetti au Palais communal (Palazzo Publico) de Sienne 1337-1340 :  "Du bon et du mauvais gouvernement" Au dessus de la femme du haut on lit : "SAPIENTIA",  et sur celle qui est assisse en dessous : "DILIGITE IUSTITIAM QUI IUDICATIS TERRAM"

Colas D., Le Glaive et le Fléau. Généalogie de la société civile et du fanatisme, Grasset, 1992, traduit en anglais, par Amy Jacobs, sous le titre Civil Society and Fanaticism. Conjoined histories. Stanford University Press, 1997
 

[Ces trois ouvrages sont très différents l'un de l'autre ; le premier est une anthologie, le second un dictionnaire critique, le troisième un ouvrage d'histoire de la pensée, de philosophie politique et de sociologie politique dont la lecture est plus difficile].

Et aussi : D. Colas, Races et racismes de Platon à Derrida, Anthologie critique, Plon,  2004 (pour en savoir plus sur ce livre cliquer sur ce lien ). Certains éléments de cet ouvrage seront utilisés dans le cours

imarace


LISEZ DANS CET OUVRAGE LES NOTICES CONCERNANT LES AUTEURS TRAITES DANS LE COURS




 La bibliographie du cours que nous proposons ici est plus une liste de lectures qu'une bibliographie scientifique. Methodoloiogie bibliographique :  les titres doivent être soulignés (ou en italiques) pour les ouvrages et les titres de revue, tandis que les titres d'articles sont entre guillemets) ; chaque notice bibliographique  doit comporter le  nom de l'éditeur, celui de l'édition, le lieu d'édition et pour les traductions l'indication de la langue source et le nom du traducteur.

Vous trouverez des indications bibliographique plus conformes  aux normes scientifiques dans :

Châtelet, F., Duhamel O., Pisier, E., Dictionnaire des Oeuvres politiques, PUF 
Colas D., Dictionnaire de la pensée politique, Larousse, 1998 (épuisé mais des exemplaires en accès libre à la bibliothèque André Siegfried)
Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994 (épuisé mais des exemplaires sont en accès libre à la bibliothèque André Siegfried)
et plus généralement pour la science politique dans :
Colas D., Sociologie politique, PUF, 2006
Leca, J. et Grawitz M.M.  (dir.), Traité de science politique, 4 vol., PUF.

    Plan du cours
      (les plans détaillés des cours sont mis en ligne au fur et à mesure)


    I.  Introduction les Anciens et les modernes selon Benjamin Constant
    II. La République de Platon et ses interprétations
    III La "société civile" selon Aristote dans Les  Politiques
    IV Cité de Dieu et "société civile" chez Saint Augustin
    V Défense de la "société civile" par Luther et Calvin
    VI. Machiavel et l'art de conserver le pouvoir dans le Prince
    VII. "Guerre de tous contre tous" et "société civile"chez Hobbes dans le Léviathan
    VIII. L'"Etat" (ou "société civile") opposé à l'"état de nature" selon Rousseau
    IX. Du Contrat social de Rousseau
     X. La "société civile" et l'Etat selon  Hegel
    XI De  Marx à Lénine : de la domination du prolétariat au totalitairsme
    XII.Biopolitique et pouvoir pastoral selon Michel Foucault

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I Introduction. Les Anciens et les modernes selon Benjamin Constant.



Bibliographie complémentaire pour le cours I

Textes politiques :


Héraclite : Fragments  in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994
Aristote, Constitution d'Athènes, Gallimard, "Tel", présentation par D. Colas
De  Gaulle :  Discours des 18 et 19 juin 1940  dans Discours et Messages, t. 1, Plon et in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994
Ibn Khaldûn, Discours sur l'histoire universelle, ( Al-Muqaddina), trad. Monteil, Sindbad, (Livre 1, chap. 2, au moins les deux premières pages, à défaut du chapitre en entier, un classique de la sociologie politique).
Mao tsé toung, Petit Livre Rouge
Wittgenstein, L., Tractacus Logico-Philosphicus, (1922) trad. Granger, Gallimard, 1993 (les propositions 4.4003, le sous-chapitre 6.4 en entier, la totalité du chapitre 7 - il ne comprend qu'une phrase.)

Lectures recommandées sur le discours et le pensée politique :

Austin J.-L :  Quand dire c'est faire, trad. de l'anglais, Le Seuil
Balzac, H. de, Le médecin de campagne, Préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie, "Folio", Gallimard
Barthes : Mythologies, Le Seuil
Colas, D., "La grammaire politique de l'occident" in Aristote, Constitutions d'Athènes, Xénophon, Constitutions de Sparte, Gallimard, "Tel"
Searle John : La construction de la réalité sociale, trad. française, Gallimard







Plan du cours   
Introduction : présentaton du cours, objectifs

Lecture obligatoire   : Benjamin Constant : De la liberté des Anciens comparée à celle des modernes (1819)
(ce texte ne fait que quelques pages : essayez de le lire avant le 9 septembre)

Lectures conseillées : 

Xénophon, La Constitution de Sparte (collection Tel Gallimard)

Dominique Colas,
"Evolution des conceptions de la liberté", Juris Classeur, LexisNexis, 2009

I Qu'est-ce qu 'une "idée politique" ?

a) On peut trouver des "idées politiques" dans la peinture :

 - La politique de Platon à partir d'un tableau de David (voir plus bas)

- La "puissance" de Dieu d'après un tableau de Piero de la Francesca (voir plus bas)

 - Mais un tableau a contenu religieux peut avoir un signification directement politique. Ainsi un tableau de Raphaël (voir plus bas) qui se trouve au Musée du Louvre et la notice qui l'accompagne sur le site informatique de la base de données Joconde.

b) On peut trouver un contenu politique dans des statues

voir  Dominique Colas, "An Icon of the Republic: Statues of Rampart-Crowned Women in Paris, Prague and Italy" dans Dominique Colas and Oleg Kharkhordine, eds., The Materiatlity of Res publica. How to Do Things with Publics. Cambrigde Scholars publishing. 304 pages. 94 illustrations.

c) On peut trouver des "idées politiques" dans la musique

Selon Theodor W. Adorno, (qui fit des études musicales avec Berg) la musique de Gustav Mahler (mort en 1911) a "pressenti le fascisme" comme Kafka (Adorno, Mahler, p. 56), juif lui aussi.

d) Les idées politiques dans la propagande : exemple l'hymne soviétique

 II Un exemple de pensée politique : l'opposition anciens, modernes chez Benjamin Constant

Une pensée : système plus ou moins structurée de concepts. Un concept n'existe jamais seul  mais il est lié à d'autres concepts, il peut se retrouver dans des domaines différents. Par exemple le concept de "constitution" trouve chez Rousseiau une partie de sa signifiication dans le jeu entre constitution politique et physiologique.

a) Qu'est-ce qu'un ancien ?

- Les "anciens" (Platon notamment) critiqués par Aristote

- Rousseau est-il un auteur "ancien" ?

- Le libéralisme idéologie "ancienne" car du XVIIIe siècle ?

b) La critique des "anciens" par Constant

 - La Constitution de Sparte de Xénophon, Sparte exemple de la cité antique- ancienne
-  Le monde moderne selon Constant


c) Constant s'inscrit dans une tradition ancienne et moderne

- Un prédecesseur de Constant : Adan Ferguson (XVIIIe siècle) et la peur du "moderne"
- Un successeur de Constant :  Karl Marx (XIXe siècle) et la valorisation du "moderne"





Distinctions entre les genres de liberté selon Constant
Peuples anciens
Nations modernes
Participation active et constante au pouvoir collectif
Jouissance paisible de l’indépendance privée
Des esclaves
Uniquement des hommes libres
Exercice de la liberté
Jouissance de la liberté
Suprématie du corps social
individu
Aristocratie monacale à Sparte
Gouvernement représentatif : la nation se décharge sur quelques individus, ce qui implique leur contrôle et leur surveillance
Tyrannie, pouvoir sans bornes, arbitraire, despotisme
Droit de proprieté, à une vie familiale, à la liberté de pensée, liberté religieuse
Liberté collective mais assujettissement complet de l’individu
souveraineté dans les affaires publiques mais esclave dans tous les rapports privés
Individu indépendant dans sa vie privée, mais souveraineté politique limitée
Etendue et population limitée donc importance politique de chacun élevée
L'influence personnelle élément imperceptible dans volonté sociale agissant sur le gouvernement
Limites étroites des cités donc esprit belliqueux
Etats vastes avec une masse d’hommes
Guerre, force, impulsion
Doux commerce,  calcul, spéculation, crédit
Moments d’inaction entre les guerres et grâce à l'esclavage
Occupation continuelle dans la spéculation et amour de l'indépendance individuelle
Rousseau,
Mably

La Fayette
Sparte Athènes, France, Angleterre
La liberté individuelle sacrifiée à la liberté politique
La liberté politique garantie de la liberté individuelle




III Pourquoi étudier l'histoire des idées politiques

a) Différence entre "pensée politique" et "idéologie politique"
b) La réflexivité occidentale est historique
c) La structuration du monde par la pensée

Conclusion

Présentation du cours du semestre. Indication des concepts à étudier particulièrment. Précisons sur la validation. Bibliographie.


Appendices au plan du Cours I

On peut trouver des "idées politiques" dans la peinture :
 

mort de socrate par David (MET)

La mort de Socrate par David au MET New York.

 Le personnage à gauche est Platon (qui, en fait, n'était pas présent). Sur le sol des chaînes. Socrate reçoit une coupe contenant la ciguë, le poison mortel qui va le tuer. Il désigne le ciel avec son bras tendu à la verticale, tandis qu'un disciple pose, à l'horizontal, sa main sur sa jambe comme pour le retenir sur terre. Nous sommes dans un sous sol, comme un caveau. "Le corps est une prison", dit Socrate, et la mort une libération. (voir l'encart : la vie est-elle une maladie ?)
Mais pourquoi Socrate a-t-il accepté une condamnation injuste ? Suicide dépressif disait Gilles Deleuze dans la tradition de Nietzsche qui voit dans Socrate une des figures du "nihilisme".  Affirmation de la liberté subjective selon Hegel mais que le monde antique rend impossible et ainsi il faudrait rapprocher la mort de Socrate de celle du Christ.
Mais on pourrait dire de Socrate qu'il est comme esclave des lois de la Cité, qui sont supérieures à la liberté individuelle. Une lecture qu'on trouvera aussi bien chez Hegel que chez l'historien Paul Veyne. Et l'on devra réfléchir au terme qui désigne la ciguë : un "pharmakon", poison mais aussi remède ce qui permet à Jacques Derrida de s'interroger sur le statut du "logos" (la parole, la raison) chez Platon (pour qui l'écriture est un "pharmakon". Mais on le voit l'interprétation politique du tableau exige la lecture des textes de Platon, dans ce cas au moins, le Phédon.
Et les dernières paroles de Socrate peuvent apparaître comme énigmatiques :



LAVIE EST-ELLE UNE MALADIE  ?

UN DÉBAT SUR LA DERNIÈRE PAROLE DE SOCRATE , ALORS QUE LE POISON (PHARMAKOS) FAIT DÉJÀ SON EFFET :

"CRITON, NOUS SOMMES DÉBITEURS D'ASCLÉPIOS POUR UN COQ : ET BIEN PAYEZ MA DETTE, PENSEZ Y" (PHÉDON, 118)

ASCLÉPIOS EST LE DIEU DES MÉDECINS ET DE LA GUÉRISON. FAUT-IL DONC COMPRENDRE QUE SOCRATE VEUT FAIRE UN SACRIFICE POUR REMERCIER LE DIEU DE LE GUÉRIR DE LA MALADIE QUE SERAIT LA VIE ?

CETTE INTERPRÉTATION EST REFUSÉE PAR GEORGES DUMÉZIL ET, À SA SUITE, PAR MICHEL FOUCAULT (1).

LA MALADIE À LAQUELLE PENSE SOCRATE CE N'EST PAS LA VIE, MAIS LA PENSÉE MAUVAISE, TELLE QU'ELLE EST APPARUE DANS LE DIALOGUE QUI S'APPELLE, JUSTEMENT "LE CRITON". SOCRATE CONTRE  L'AVIS DE CRITON (QUI À CE MOMENT PENSE MAL) SOUTIENT QU'IL FAUT ACCEPTER LA CONDAMNATION QUI LE TOUCHE AU NOM DE LA SUPÉRIORITE DES LOIS DE LA CITÉ QU'IL FAUT MAINTENIR.


(1) Dumézil, G., "...Le moyne noir en gris dedans Varennes", Gallimard, 1984, pp. 131-170
Foucault, M., Le Courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II, Cours au Collège de France. 1984, Hautes Etudres, Gallimard, Le Seuil, 2009

Piero de la Francesca, Saint Michel : http://nationalgallery.org.uk/paintings/piero-della-francesca-saint-michael

Sur la cuirasse de ce Saint Michel on peut lire : "Angelus potentia Dei". "L'ange est la puissance de Dieu". Saint Michel a tué le dragon de l'Apocalypse. Il a dans la hiérarchie des anges le statut d'archange. Chef de la milice céleste il combat pour l'Eglise.

francesca


- Mais un tableau a contenu religieux peut avoir un signification directement politique. Voici un tableau de Raphaël qui se trouve au Musée du Louvre et la notice qui l'accompagne sur le site informatique de la base de données Joconde.



rapael saint michel

Raffaello SANTI, dit RAPHAËL
Urbino, 1483 - Rome, 1520

Saint Michel terrassant le démon, dit Le Grand Saint Michel
Bois transposé sur toile en 1751
H. : 2,68 m. ; L. : 1,60 m.

Signé et daté sur le bord de la tunique de Saint Michel : RAPHAEL. VRBINAS. PINGEBAT M.D.XVIII

Commandé en 1518 par le pape Léon X à l'intention de François Ier, à qui il fut offert quelques mois plus tard par le neveu du pape, Lorenzo de' Medici, dans le cadre des échanges diplomatiques qui scellaient l'alliance récente du roi de France avec la papauté. Le thème de l'archange saint Michel terrassant le démon est une flatterie à l'égard de l'Ordre de Saint Michel, dont le roi de France était grand-maître et dont l'existence même était le gage de l'union de la France et de l'Église, renouvelée à cette date pour lutter contre les Turcs.


POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA HIERARCHIE DES ANGES SELON SAINT THOMAS D'AQUIN LISEZ UN EXTRAIT DE LA SOMME CONTRE LES GENTILS (TEXTE ÉCRIT AUTOUR DE 1270 POUR DONNER DES INSTRUMENTS INTELLECTUELS AUX MISSIONAIRES QUI CHERCHENT À CONVERTIR MUSULMANS ET JUIFS EN ESPAGNE). A LA SUITE DE DENYS L'ARÉOPAGITE, SAINT THOMAS ETABLI UNE CLASSIFICATION HIERARCHIQUE DES ANGES DANS LE LIVRE III, CHAPITRE 80
LA SOMME CONTRE LES GENTILS EN LATIN : http://www.corpusthomisticum.org/iopera.html
LA SOMME CONTRE LES GENTILS EN FRANçAIS
: http://bibliotheque.editionsducerf.fr/

La "hiérarchie" selon Saint Paul (Aux Colossiens chap. I) )
 

12 ....vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière.

13.     Il nous a en effet arrachés à l'empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
14.     en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.
15.     Il est l'Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16.     car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17.     Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
18.     Et il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire de l'Église : Il est le Principe, Premier-né d'entre les morts, il fallait qu'il obtînt en tout la primauté ,
19.     car Dieu s'est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
20.     et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

http://www.unboundbible.org/index.cfm?method=searchResults.doSearch


- On peut trouver un contenu politique dans des statues : Dominique Colas, "An Icon of the Republic: Statues of Rampart-Crowned Women in Paris, Prague and Italy" dans Dominique Colas and Oleg Kharkhordine, eds., The Materiatlity of Res publica. How to Do Things with Publics. Cambrigde Scholars publishing. 304 pages. 94 illustrations.




On peut trouver des "idées politiques" dans la musique : exemple Adorno et Mahler

Selon Adorno montre que Mahler, dans ses symphonies ne méprise pas la "collectivité" et ne fait pas une valeur supérieure du "moi isolé" mais qu'il ne considère pas non plus que le moi devrait disparaître dans la foule (On peut voir ici chez Adorno une influence des théorisations de Freud sur la "psychologie de la masse" cf. Psychologie collective et analyse du moi). "La musique du Mahler ne s'identifie pas à la masse sans la craindre en même temps"( idem, p.56). En témoigne le début du premier mouvement de la Sixième symphonie.

Sous la direction de Leonard Bernstein :

  http://www.hosting-media.com/fr/amazon/ram30s20k/0028945908021-08_01.ram

ou sous la direction de Pierre Boulez

http://www.hosting-media.com/fr/amazon/ram30s20k/0028944583526-01_01.ram

Mais sans la lecture d'Adorno, qui a écrit sur Mahler dans les années 1940-1950, pourrions nous entendre dans Mahler un contenu politique ?
Le double refus  de l'anéantissement du moi dans la masse mobilisée  et d'un mépris pour la foule qui caractérise Mahler ne s'entend que si on dispose d'instruments conceptuels, comme ceux qu'utilise Adorno (qui a étudié la composition musicale mais qui a choisi de devenir sociologue et philosophe).

L'ouvrage de Theodor W. Adorno,  Mahler, une physionomie musicale, a été publié en allemand en 1960, et  traduit en français par Leleu et Leydenbach, aux Editions de Minuit (1976, dans la collection "Le sens commun" dirigée par Pierre Bourdieu)
 
Les idées politiques dans la propagande

Bien entendu on trouvera un contenu politique plus facilement dans des affiches de propagande, dans des hymnes nationaux, ou encore dans la peinture allégorique, par exemple la fresque que l'on trouve dans le Palazzo Publico de Sienne, "le bon gouvernement". par Ambrogio Lorenzetti (sur ces fresques voir les deux articles de Quentin Skinner dans Q. Skinner, Visions of Politics, vol. II, Renaissance Virtues, Cambridge, Cambridge University Press, 2007.


Exemple de texte de propagande : L'hymne soviétique.


Texte russe de la version de 1944
Texte anglais de la version de 1944
Anthem of the USSR

Music: A. Alexandrov Lyrics: S. Mikhalkov and El- Registane


Союз нерушимый республик свободных     
Сплотила навеки Великая Русь.          
Да здравствует созданный волей народов 
Единый, могучий Советский Союз!        

Славься, Отечество наше свободное,     
Дружбы, народов надежный оплот!        
Знамя советское, знамя народное        
Пусть от победы, к победе ведет!       

Сквозь грозы сияло нам солнце свободы, 
И Ленин великий нам путь озарил.       
Нас вырастил Сталин - на верность народу
На труд и на подвиги нас вдохновил.    

Славься, Отечество чаше свободное,     
Счастья народов надежный оплот!        
Знамя советское, знамя народное        
Пусть от победы к победе ведет!        

Мы. армию нашу растили в сраженьях,    
Захватчиков подлых с дороги сметем!    
Мы в битвах решаем судьбу поколений,   
Мы к славе Отчизну свою поведем!       

Славься, Отечество наше свободное,     
Славы народов надежный оплот!          
Знамя советское, знамя народное        
Пусть от победы к победе ведет!        
1944

Anthem of the USSR - English

Music: A.Alexandrov Lyrics: S. Mikhalkov


United Forever in Friendship and Labour,                 
Our mighty Republics will ever endure.                   
The Great Soviet Union will Live through the Ages.       
The Dream of a People their fortress secure.             

Long Live our Soviet Motherland,                         
Built by the People's mighty hand.                   
Long Live our People, United and Free.                   
Strong in our Friendship tried by fire.                  
Long may our Crimson Flag Inspire,                       
Shining in Glory for all Men to see.                     


Through Days dark and stormy where Great Lenin Lead us   
Our Eyes saw the Bright Sun of Freedom above             
and Stalin our Leader with Faith in the People,          
Inspired us to Build up the Land that we Love.           


Long Live our Soviet Motherland,                         
Built by the People's mighty hand.                   
Long Live our People, United and Free.                   
Strong in our Friendship tried by fire.                  
Long may our Crimson Flag Inspire,                       
Shining in Glory for all Men to see.                     

We fought for the Future, destroyed the invaders,        
and Brought to our Homeland the Laurels of Fame.         
Our Glory will live in the Memory of Nations             
and All Generations will Honour Her Name.                

Long Live our Soviet Motherland,                         
Built by the People's mighty hand.                   
Long Live our People, United and Free.                   
Strong in our Friendship tried by fire.                  
Long may our Crimson Flag Inspire,                       
Shining in Glory for all Men to see.                     
1949
Choeur du Bolchoï, 1944

http://download.sovmusic.ru/m32/ussr44.mp3
Paul Robeson, 1949

http://download.sovmusic.ru/m32/ussr_eng.mp3
 



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II  la République de Platon  et ses interprétrations


Lecture obligatoire :
Platon, La République, Livre IV et V

Lectures recommandées :
 
Colas, Dominique
- "Anomie et légalité : les origines de la science politique chez Platon et Aristote" in  La Sociologie Durkheimienne : tradition et actualité. A Philippe Besnard,  in memoriam. Textes et études réunis par Massimo Borlandi et Giovanni Busino. Revue Europénne des sciences sociales. Cahiers Vilfredo Pareto, Droz, Genève, Paris, T. XLII, 2004, n°129. : http://ress.revues.org/374

- "LE VOYAGE EN RUSSIE SOVIÉTIQUE DE BERTRAND RUSSELL, HERM7ÈS", 1990, http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/2042/15336/1/HERMES_1990_7_215.pdf

Dumont, Louis, Homo Hierarchicus, Gallimard,

Popper, K. :  Open society and its ennemies (traduit en français sour le titre : la Société ouverte et ses ennemis)

Nietzsche, Humain, trop humain

 Tocqueville, De la démocratie en  Amérique (II, chap. II; 2e partie : "De l'individualisme dans les pays démocratiques")

(lire le passage sur l'individuallisme chez Tocqueville in Colas, D., Sociologie politique, PUF, Tocqueville, L'Ancien régime et la révolution, notamment livre II, chap. 12)

Sloterdijk, Peter  Ecumes, Sphères, III, trad. de l'allemand par O. Mannoni, Hachette, Pluriel, p. 247 et sv. (commentaire d'un passage des Lois Livre X de Platon)

République :
 
 res publica , la chose publique,
ou  Cité (civitas)

Traduit  politeia  qui vient de  polis , la Cité, l’Etat, la « société civile » ( societas civilis ).

Politeia  parfois traduit par « police » ou « politie » (Policy en anglais)   

I Quelques thèses fondamentales de la République

 «  L’individu est sage de la même manière et en fonction du même principe que la cité  » (440e)

 

 1 ) « le juste ne prend pas avantage de son semblable, mais de celui qui n’est pas juste comme lui, tandis que l’homme injuste prend avantage de son semblable [l’injuste] comme de celui qui n’est pas comme lui [le juste] » (349 c-d)

2 ) L’injustice engendre la dissension (stasis),  tandis que la justice engendre la concorde et l’amitié (551d)
(la stasis - la guerre intestine - est pire que la polemos, la guerre)

3 ) L’injustice peut exister dans l’individu comme dans la cité : elle engendre la dissension interne (551d)

4 ) Il existe une « fonction », une « tâche » (ergon)  propre à l’âme : commander, délibérer.

5 ) La justice est une vertu, l’injustice est un vice (353d)
 
6) L’homme juste est heureux, l’homme injuste est malheureux (354a)

7 ) Les individus ne peuvent se suffire à eux même (369b) (cf. Le mythe de Prométhée dans le Protagoras)

8) Les individus ont, naturellement, des compétences différentes (370 b) : si chacun ne s’occupe que de la tâche pour laquelle il est compétent l’efficacité est plus grande (371a)

 10) Une cité est composée de trois principes (ou classes) (genos) : le principe par lequel l’âme raisonne (439 d), celui de l’ardeur morale (441a), celui par lequel l’âme désire (439c)

11) Une cité est juste si chacun des trois groupes s’occupe de la tâche qui lui est propre (441d)

12) Le principe rationnel doit commander parce qu’il est sage et possède la capacité de penser avec prévoyance (441e)


Les trois "classes" de la Cité idéale  (dans La République, LivreIV)

classe

("genos" : lignée, race)
vertu, principe, fonction
lieu du corps
faculté (partie de l'âme)
analogie
métal mélangé à l'âme
rois-
philosophes
sagesse tête raison  bergers or
guerriers courage poitrine colère chiens argent

II Les interprétations de La République  

 1) L'utopie

a) Divers auteurs ont traité la République comme une utopie et d'abord celui qui a inventé le mot : Thomas MORE, L'Utopie, 1516

b) Mais aussi fin XVIe siècle : Bodin, Les Six Livres de la République, L. chap. I 



 c) Apologie de Platon par Kant.  Critique de la Raison pure,  « Dialectique transcendantale, L.Ier, Des concepts de la Raison pure » (Ed. de la Pléiade, t. 1, p. 1028-1029)

 2)  La société démocratique et  individualiste de Tocqueville contre modèle de l'Etat hiérarchique

a.  Passion pour l'égalité / passion pour la liberté, société démocratrique/société aristocratique

b.  La société démocratique : les individus dans un même plan et sans passé. Le primat du contrat et la fin de la hiérarchie aristocratique : l'exemple des domestiques américains opposé aux serviteurs des sociétés aristocratique (Sganarelle dans le Don Juan de Molière, Leporello dans le Don Giovanni de Mozart)


Société aristocratique et société démocratique selon Tocqueville : De la Démocratie en Amérique
 

[Sources des tableaux : D. Colas, Sociologie politique, PUF, 2002]


Société aristocratique
Société démocratique
corps intermédiaires  Etat
petite patrie/grande patrie petite société/grande société 
égoïsme individualisme
individus liés à quelque chose en dehors d'eux famille (même état, même lieu)
inférieurs, supérieurs masse, semblables, humanité
haut /bas proximité dans un même plan
mémoire, honneur  oubli
longue chaine  solitude, individus  isolés, indifférents, étrangers entre eux
intensité   extension
aristocratie-paysannerie aristocratie/paysannerie
inégalité  égalité 
Passion pour la liberté   passion pour l'égalité


 

3) Platon ancêtre du communisme totalitaire

 a) L’interprétation par Nietzsche : « Platon, vieux socialiste type » (Humain, trop humain § 473)

- Critique de l'Etat, de Bismarck ou des socialistes  :

« L’Etat, plus froid de tous les monstres froids »  (Ainsi parlait Zarathoustra)
Le socialisme peut servir à enseigner de façon bien brutale et frappante le danger de toutes les accumulations de puissance étatique, et à inspirer une méfiance fondée envers l’Etat lui-même.


- L'idéal politique de Nietzsche : Le prince de Machiavel comme artiste, qui impose une forme à une matière (comme un sculpteur : Michel Ange)

b)  Bertrand Russell et la Russie soviétique comme Cité platonicienne.

                                                                 Voir film de Lénine et photos illustrant l'analyse de Bertrand Russell


• Lénine : roi philosophe  (il est le chef du parti, qui est vite devenu parti unique)

• Trotsky : chien de berger (il est le fondateur de l'Armée rouge, un des instruments de la violence dictatoriale)

• Le peuple : troupeau (les associations, syndicats, grèves, manifestations sont interdites)
(Pratique et théorie du bolchévisme, 1920)

c) Platon penseur "holiste" (d'un mot grec qui veut dite le tout, l'ensemble)

- L’interprétation par Popper : Platon, ancêtre du totalitarisme (s'appuie notamment sur une texte des Lois de Platon)


 POPPER : Open Society and its ennemies (1945)

représentation du grand système d'oppositions proposé par Popper .

Société close  Société ouverte
tyrannie  démocratie
holisme
individualisme
tribalisme confrontation à des décisions personnelles
primat de la race, de la nation ou de la classe primat de l'individu
gestion sociale utopique gestion sociale fragmentaire 
changement de gouvernement avec effusion de sang changement de gouvernement sans effusion de sang
Fichte, Hegel, Heidegger Kant, 1789, Russell
politisation de la morale moralisation de la politique
nationalisme totalitaire fraternité humaine


Pour Popper : Marx est un Platon diachronique (les lois de l'histoire sont comme les Idées platoniciennes : elles sont comme des essences qui s'accomplissent dans le temps) et Platon est un Marx synchronique (les Idées sont vraies et immuables comme les lois de l'histoire). Mais Popper reconnait à Marx le mérite d'avoir proposer dans certains cas un modèle sociologique individualiste et non holistique

 
- Mais Platon a aussi pensé tous les hommes comme doué des mêmes capacités cognitives (voir le Ménon où un jeune esclave retrouve la propirété de la diagonale d'un carré)


CONCLUSON

ARISTOTE CRITIQUE DE LA RÉPUBLIQUE DE PLATON (DANS LES POLITIQUES) (II, 2, 3, 4, 5) : LA CITE DOIT ÊTRE UNE MULTIPLICITÉ (II, 2 ET II, 5 §§14-15)




MATÉRIAUX SUPPLÉMENTAIRES du cours II



 Thomas MORE, L'Utopie, 1516 (traduit du latin : le texte de l'Utopia en latin  peut être lu sur le site de l'université de Bielefeld http://www.ub.uni-bielefeld.de/diglib/more/utopia/
Platon a dit : L'humanité sera heureuse un jour, quand les philosophes seront rois ou quand les rois seront philosophes. Hélas ! que ce bonheur est loin de nous, si les philosophes ne daignent pas même assister les rois de leurs conseils!

- Vous calomniez les sages, me répliqua Raphaël ; ils ne sont pas assez égoïstes pour cacher la vérité  ; plusieurs l'ont communiquée dans leurs écrits ; et si les maîtres du monde étaient préparés à recevoir la lumière, ils pourraient voir et comprendre. Malheureusement, un fatal bandeau les aveugle, le bandeau des préjugés et des faux principes, dont on les a pétris et infectés dès l'enfance. Platon n'ignorait pas cela ; il savait aussi que jamais les rois ne suivraient les conseils des Philosophes, s'ils ne l'étaient pas eux-mêmes. Il en fît la triste expérience à la cour de Denys le Tyran.

Si je rapportais les théories de la république de Platon, ou les usages actuellement en vigueur chez les Utopiens, choses très excellentes et infiniment supérieures à nos idées et à nos mœurs, alors on pourrait croire que je viens d'un autre monde, parce qu'ici le droit de posséder en propre appartient à chacun, tandis que là tous les biens sont communs. Mais qu'ai-je dit qu'il ne soit convenable et même nécessaire de publier ? Ma morale montre le danger, elle en détourne l'homme raisonnable ; elle ne blesse que l'insensé qui se jette à corps perdu dans l'abîme.

Carte d'Utopia dans l'éditon de 1518 de l'ouvrage de Thomas More. Gravure de Holbein.

Carte_Utopia



Bodin, Les Six Livres de la République, L. chap. I 
« …nous ne voulons pas aussi figurer une République en Idée  sans effet, telle que Platon ou Thomas le More Chancelier d’Angleterre ont imaginé, mais nous contenterons de suivre les règles Politiques au plus près qu’il sera possible »



Platon "totalitaire" ? (Les Lois, Livre XII, 942) (texte utilisé par Karl Popper dans la Sociéte ouverte et ses ennemis) traduction Chambry, http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loisindex.htm#LOIS
En ce qui concerne les expéditions militaires, il y aurait, pour bien faire, bien des conseils à donner et bien des lois à faire. Mais ce qui importe le plus, c'est qu'il n'y ait personne, ni homme ni femme, qui échappe à l'autorité d'un chef et qui s'accoutume, soit dans les combats sérieux, soit dans les jeux à agir seul et de son chef, mais que toujours, en paix comme en guerre, tout le monde ait les yeux sur le chef, le suive et se laisse gouverner par lui, jusque dans les plus petites choses ; que, par exemple, lorsqu'il le commande, on s'arrête, on marche, on s'exerce, on prenne un bain ou un repas, on s'éveille la nuit pour monter la garde ou transmettre des ordres : qu'au milieu même des dangers on ne poursuive personne et qu'on ne recule devant qui que ce soit que sur un signe des chefs, en un mot qu'on ne prenne pas l'habitude de faire quoi que ce soit seul, en dehors des autres, et qu'on ne cherche pas à connaître et qu'on ne sache absolument rien sans eux, mais qu'on vive tous et toujours, autant que possible, groupés dans une vie commune. Il n'y a pas en effet et il n'y aura jamais de meilleur moyen, d'invention, ni d'art plus efficace pour assurer à l'État le salut et la victoire à la guerre. C'est à cela que les citoyens doivent s'exercer dès l'enfance, même en temps de paix ; il faut qu'ils apprennent à commander et à obéir ; il faut bannir l'esprit d'indépendance de toute la vie de tous les hommes et des animaux soumis aux hommes. (Souligné par nous)




PLATON, LOIS, LIVRE X,

Dans ce texte l’homme apparaît comme un élément soumis à la puissance d’un Dieu qui l’inclut dans une totalité. C’est une pensée holiste.

Ce passage est commenté par Peter Sloterdijk, dans Ecumes, Sphères, III, trad. de l'allemand par O. Mannoni, Hachette, Pluriel, p. 247 et sv.


L'ATHÉNIEN Les affaires humaines sont-elles en dehors de la nature animée, et l'homme n'est-il pas celui de tous les animaux celui qui révère le plus la divinité ?_

CLINIAS Il le semble bien en tout cas._

L'ATHÉNIEN Or nous soutenons que tous les êtres mortels sont une possession des dieux, comme le ciel tout entier._

CLINIAS Sans contredit._

L'ATHÉNIEN Et maintenant qu'on dise, si l'on veut, que nos affaires sont petites ou grandes aux yeux des dieux. Ni dans l'un ni dans l'autre cas, il ne convient que ceux à qui nous appartenons nous négligent, alors qu'ils sont très soigneux et très bons. Examinons donc encore ce point._

CLINIAS Lequel ?_

L'ATHÉNIEN Il se rapporte à nos sens et à nos facultés. N'y a-t-il pas entre eux une opposition naturelle en ce qui concerne la facilité et la difficulté ?_

CLINIAS Comment cela ?_

L'ATHÉNIEN C'est qu'il est plus difficile d'entendre et de voir les petites choses que les grandes, et qu'au contraire il est plus aisé pour tout homme de se charger, de se rendre maître, de prendre soin de petites choses et en petit nombre que de grandes choses et en grand nombre._

CLINIAS De beaucoup plus facile.

L'ATHÉNIEN Si un médecin qui veut et qui peut soigner le corps entier d'une personne, s'occupe des parties importantes de ce corps et. néglige les petites, verra-t-il jamais son client tout entier en bon état ?

CLINIAS Jamais.

L'ATHÉNIEN Il en est de même des pilotes, des généraux, des économes, des hommes d'État et de tous ceux qui exercent des professions semblables, s'ils ne s'intéressent qu'au grand nombre des affaires et aux plus importantes et laissent de côté le petit nombre et les affaires de mince importance ; car, comme disent les maçons, les grosses pierres ne s'arrangent pas bien sans les petites._

CLINIAS En effet



L'ATHÉNIEN Ne ravalons donc pas Dieu au-dessous des artisans mortels, qui exécutent avec le même art les ouvrages de leur métier, soit petits, soit grands, avec d'autant plus de précision et de perfection qu'ils sont plus excellents. Ne disons pas que Dieu, qui est très sage et qui veut et peut prendre soin de tout, n'en prend aucun des petites choses, auxquelles il lui est plus aisé de pourvoir, comme un ouvrier paresseux ou lâche qui craint la peine et le prend à son aise, et ne s'occupe que des grandes.

CLINIAS N'adoptons jamais, étranger, de pareils sentiments sur les dieux. Il ne serait ni pieux ni vrai de nous les figurer ainsi._

L'ATHÉNIEN Il me semble que nous avons maintenant suffisamment disputé contre celui qui se plaît à accuser les dieux de négligence.

CLINIAS Oui.

L'ATHÉNIEN Et que nous l'avons contraint par nos raisons de reconnaître son erreur ; mais il me paraît avoir encore besoin de certains discours propres à charmer son âme.

CLINIAS De quels discours ?
 
L'ATHÉNIEN Essayons de persuader à ce jeune homme par nos paroles que celui qui prend soin du tout a tout disposé pour le salut et la perfection du tout, que chaque partie souffre et fait autant que possible ce qu'il lui convient de souffrir et de faire, qu'il a chargé des chefs d'étendre leur surveillance jusqu'aux plus minces affections ou actions de chaque individu, et qu'il a poussé ses soins jusqu'au plus petit détail. La petite portion qu'est ta personne, si chétive qu'elle soit, malheureux, est toujours tournée et tend vers le tout. Mais tu ne te rends pas compte que toute génération se fait en vue du tout, afin qu'il ait une vie heureuse, et que tu n'es pas né pour toi, mais pour l'univers. Tout médecin, en effet, tout artisan habile ne fait rien qu'en vue d'un tout, tendant au bien commun, et il rapporte la partie au tout, et non le tout à la partie. Et tu murmures, parce que tu ignores que ce qui t'arrive est le meilleur pour le tout et pour toi, selon les lois de l'existence universelle. Puis donc que l'âme, toujours unie tantôt à un corps, tantôt à un autre, éprouve toutes sortes de changements soit par sa propre volonté, soit par l'action d'une autre âme, il ne reste à celui qui dispose les pions de l'échiquier qu'à mettre dans une meilleure place l'âme de la meilleure qualité, et dans une moins bonne celle qui est d'une qualité inférieure, selon ce qui convient à chacune, pour qu'elle ait le lot qui lui revient.



Les Lois Livre X, 902-903, traduction Victore Cousin

 


Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Albert

De la nouvelle idole


Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État ? Qu’est-ce, cela ? Allons ! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un État : ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

Je vous donne ce signe : chaque peuple a son langage du bien et du mal : son voisin ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.

Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal ; et, dans tout ce qu’il dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux ; il mord avec des dents volées, le har-gneux. Même ses entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le signe de l’État. En vérité, c’est la vo-lonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle les prédicateurs de la mort !

Beaucoup trop d’hommes viennent au monde : l’État a été inventé pour ceux qui sont superflus !

Voyez donc comme il les attire, les superflus ! Comme il les enlace, comme il les mâche et les remâche.

« Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre : je suis le doigt ordonnateur de Dieu » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues oreilles et la vue basse qui tombent à genoux !

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses som-bres mensonges. Hélas, il devine les cœurs riches qui aiment à se répandre !

Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu an-cien ! Le combat vous a fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole !

Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle idole ! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, – le froid monstre !

Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole : ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.

Vous devez lui servir d’appât pour les superflus ! Oui, c’est l’invention d’un tour infernal, d’un coursier de la mort, clique-tant dans la parure des honneurs divins !

Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante d’être la vie, une servitude selon le cœur de tous les prédicateurs de la mort !

L’État est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les mauvais : l’État, où tous se perdent eux-mêmes, les bons et les mauvais : l’État, où le lent suicide de tous s’appelle – « la vie ».

Voyez donc ces superflus ! Ils volent les œuvres des inven-teurs et les trésors des sages : ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers !

Voyez donc ces superflus ! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas même se digérer.

Voyez donc ces superflus ! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup d’argent, – ces impuissants !

Voyez-les grimper, ces singes agiles ! Ils grimpent les un sur les autres et se poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône : c’est leur folie, – comme si le bonheur était sur le trône ! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la boue.

Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grim-peurs et impétueux. Leur idole sent mauvais, ce froid monstre : ils sentent tous mauvais, ces idolâtres.

Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs appétits ! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors !

Évitez donc la mauvaise odeur ! Éloignez-vous d’idolâtrie des superflus.

Évitez donc la mauvaise odeur ! Éloignez-vous de la fumée de ces sacrifices humains !

Maintenant encore les grandes âmes trouveront devant elles l’existence libre. Il reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à deux, des endroits où souffle l’odeur des mers silencieuses.

Une vie libre reste ouverte aux grandes âmes. En vérité, celui qui possède peu est d’autant moins possédé : bénie soit la petite pauvreté.

Là où finit l’État, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu : là commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, la nulle autre pareille.

Là où finit l’État, – regardez donc, mes frères ! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le pont du Surhomme ?

Ainsi parlait Zarathoustra.


Ebooks libres et gratuits
http://fr.groups.yahoo.com/group/ebooksgratuits

Adresse du site web du groupe :
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Dans les dernières années de son activité intellectuelle Nietzsche attaque vivement Wagner et dans l'oeuvre de celui-ci Parsifal. Et il manifeste un grand enthousiasme pour la Carmen de Bizet : musique du sud, opposé au nord. Le Mistral : manifestation même de la puissance. Nietzsche rejette le christianisme qu'il assimile à un nihilisme : désir de mort, qui se trouve aussi chez Socrate. Il refuse l'idée qu'il y aurait une positivité du négatif : il est contre la dialectique.
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III  La "société civile" selon Aristote dans Les Politiques



Lecture obligatoire :

Aristote,Les Politiques, L. I

Lectures recommandées :
Aristote, Ethique à Nicomaque le début
Aristote, Constitution d'Athènes  Gallimard, collection "Tel" présentation par D. Colas

Amselle et M'Bokolo, Au coeur de l'ethnie, La Découverte, 2e édition, 1999, ns la Grèce antique, Nathan, 1993

INTRODUCTION

LA SUPÉRIORITÉ DE LA « SCIENCE POLITIQUE » SELON ARISTOTE. (voir début de l'ETHIQUE À NICOMAQUE)



    A SPECICITÉS DE L'OEUVRE D'ARISTOTE

1)IMPORTANCE DU MODÈLE BIOLOGIQUE. Aristote est notamment préoccupé de "taxinomie" : classification. Il distingue des "espèces" (animal) et des genres (mamifères)

    2) THÉORIE LOGIQUE : LE SYLLOGISME

Raisonnement ou de deux propositions, qui sont les prémisses on tire une conclusion :

Tous les hommes sont mortels
Socrate est un homme
Donc Socrate est mortel

C'est le début de la logique formelle :

       Tous les A sont B
       X est un A
       Donc X est un B

Mais

Quelques Athéniens sont philosophes
Socrate est Athénien

Donc ...Pas de conclusion nécéssaire

 
        Quelques A sont B
          X est un A
          Donc .....

   3) THÉORIE MORALE : L’AMITIÉ

  B) DIFFUSION D’ARISTOTE DANS LE MONDE ARABE.  LA REPRISE D'ARISTOTE PAR SAINT THOMAS D'AQUIN : LES RACINES ARISTOTÉLICIENNES DE LA PENSÉE CHRÉTIENNE QUI CONNAÎT AUSSI L’INFLUENCE DE PLATON
 
 C) LES POLITIQUES, REPRISE A L'ÉPOQUE MÉDIÉVALE (NOTAMMENT PAR SAINT THOMAS D'AQUIN)  ET AU MOMENT DE LA REFORME  PROTESTANTE: MELANCHTHON  LECTEUR D’ARISTOTE (VOIR DANS DEUX COURS).


 
I ARISTOTE CRITIQUE DE PLATON


A) ARISTOTE PRÉCURSEUR DE LA SOCIOLOGIE ET PLATON PHILOSOPHE NORMATIF : UNE OPPOSITION DISCUTABLE.

1)    LA VALORISATION D’ATHÈNES DANS LA CONSTITUTION D’ATHENES.

2)      LA SUPÉRIORITÉ DE LA DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE DANS LES POLITIQUES


B) ARISTOTE CRITIQUE DE LA RÉPUBLIQUE DE PLATON (DANS LES POLITIQUES) (II, 2, 3, 4, 5) : LA CITE DOIT ÊTRE UNE MULTIPLICITÉ (II, 2 ET II, 5 §§14-15)



II L’HOMME « ANIMAL POLITIQUE » ET LA « SCIENCE POLITIQUE »

 

A) LA « SCIENCE POLITIQUE » A POUR OBJET LA COMMUNAUTÉ POLITIQUE QUI VISE LE « BIEN SUPRÊME »  C’EST LA SCIENCE SUPÉRIEURE : LES POLITIQUES CHAP. 1, §1 ET L’ETHIQUE À NICOMAQUE. DISTINCTION SCIENCE POLITIQUE ET « STRATÉGIE » ET « ECONOMIE ».

B) L'HOMME "ANIMAL SOCIAL" ET/OU "ANIMAL POLITIQUE" PAR NATURE.

         - L’EXISTENCE DU LANGAGE PREUVE DE LA NATURE POLITIQUE DE L’HOMME : LE LANGAGE PORTE SUR LE JUSTE ET L’INJUSTE.
           - L’HOMME ANIMAL SOCIAL DONT L’ESSENCE EST POLITIQUE
          - IL N’Y A PAS DE POLIS CHEZ LES ANIMAUX MÊME GREGAIRES,
           - IL N'Y A PAS DE SOCIÉTÉ CIVILE CHEZ LES BARBARES



III  ANALYTIQUE DU « POUVOIR » ET DES « COMMUNAUTÉS »

(analytique : distinction de différents types)



A)  ANALYTIQUE DU POUVOIR

- LA « DIFFÉRENCE SPÉCIFIQUE » ENTRE LES TYPES DE POUVOIR  (I, 3, § 4)

- L’AME DOIT COMMANDER AU CORPS (I, 5, §6),
LE MÂLE (PLUS FORT) À LA FEMELLE (PLUS FAIBLE) (I, 5, §7),
L’HOMME À L’ANIMAL (I, 5, §7),
LE MAITRE À L’ESCLAVE (I, 5, §7)

- POUVOIR DANS LA FAMILLE ET POUVOIR POLITIQUE SONT DIFFÉRENTS


 
B)  ANALYTIQUE DES « COMMUNAUTÉS »

-  LA FAMILLE
- LA MAISONEE (OIKOS), UNITÉ DE VIE ET DE PRODUCTION.
 (MARI ET FEMME) +(PARENTS ET ENFANTS)+(MAÎTRE ET ESCLAVES) = MAISONÉE
PLUSIEURS FAMILLES = VILLAGES.
 PLUSIEURS VILLAGES = CITÉ (POLIS)

C) QUE VEUT DIRE POLITEIA (CONSTITUTION)
 

D) LA "SOCIÉTÉ CIVILE"  (koinonia politike) OU "CITÉ" OU "ETAT", « REPUBLIQUE » (polis)

- OPPOSÉE À L'ETHNOS  (« PEUPLADE »). HELLÈNES ET BARBARES.
- DISTINGUÉE DE  LA FAMILLE ET DE LA MAISONÉE
-  LA SOCIÉTÉ CIVILE » RÉGLÉE PAR LA JUSTICE QUI  INTRODUIT L’ORDRE (TAXIS) DANS LA COMMUNAUTÉ POLITIQUE

- SPÉCIFICITÉ DU SENS DE SOCIÉTÉ CIVILE CHEZ ARISTOTE ET SES SUCCESSEURS



IVQUELQUES  CONCEPTS FONDAMENTAUX CHEZ ARISTOTE

A) NATURE (PHYSIS) OU ESSENCE . EXEMPLE L’ESSENCE DES « GRAVES » (: LOURDS) : LEUR LIEU NATUREL EST LE BAS;
B) FIN. LA FIN (TELOS) D’UN ÊTRE PERMET DE LE DÉFINIR : FINALITÉ DES FEMMELLES  MAMIFÈRES : ENFANTER
C) DÉFINITION : PAR LE GENRE ET PAR L’ESPÈCE. DENOTATION ET CONNOTATION (VARIENT EN RAISON INVERSE L’UNE DE L’AUTRE)
D) CAUSALITÉ
Aristote,




 
V ARISTOTE ET LA CLASSIFICATION DES PEUPLES

LE MEILLEUR RÉGIME : LA DÉMOCRATIE MODÉRÉE. VALORISATION DE L’AUTARCIE


A)    LA THÉORIE DES CLIMATS ET SON SENS POLITIQUE. CONDAMNATION DES BARBARES ET VALORISATION DES HÉLLÈNES


Carte conceptuelle du monde d’après Aristote
POLITIQUES, LIVRES VII,chap. 7 )


Zone spatiale
Europe de l’Ouest
(Celtes
Centre
(Hellènes)
Asie
(Perses)
Climat
Humide et froid
Tempéré
Sec et chaud
Caractère des hommes
Energiques mais
peu intelligents
Intelligents et énergiques : prudents

Intelligents mais
peu énergiques
Type de régime politique ou social
Tribal ("ethnique")
Société civile (Cité, Etat)
Despotisme


 
B) L'ESCLAVE  EST "ESCLAVE PAR NATURE" (PHYSIS) (ET NON PAR ACCIDENT).

IL EST UN « INSTRUMENT ». (I, 4, §6).
IL EST AVANTAGEUX ET JUSTE POUR L’ESCLAVE D’ETRE COMMANDÉ (I, 5, §8 ET § 11).
L’ESCLAVE A UNE FONCTION DU MÊME TYPE QUE CELLE DE L’ANIMAL : IL APPORTE UNE AIDE (I, 5, §9).
L’ESCLAVE A UN CORPS ROBUSTE MAIS IL N’EST PAS ADAPTE AUX TÂCHES POLITIQUES (DE LA PAIX ET DE LA GUERRE) (I, 5, §10).


C)    LES SUCCESSEURS D'ARISTOTE :
 Non plus l’Ouest opposé à  l’Est mais le Nord au Sud, non plus l’Europe opposée à l’Asie mais opposée à l’Afrique.
 La couleur de la peau comme variable explicative.

1)    JEAN BODIN : multiplicité des climats. Il y des "nords" dans le "sud" et des "suds" dans le nord.
2)    MONTESQUIEU : la valeur relative du sud ; rejet de la thèse de l’esclavage naturel : le blanc n’est pas supérieur au noir; l’âme est distincte du corps.



Carte conceptuelle du monde d’après Montesquieu

(ESPRIT DES LOIS, L. XVII) 



Zone spatiale
Nord

Europe tempérée

Midi

Climat
Froid
Tempéré
Sec et chaud
Caractère des hommes
Courage
Tempéré lâcheté

Type de régime politique ou social
Peuples libres

Monarchie tempérée
Despotisme



 
 
CONCLUSION

KANT : légitimation raciste de l’esclavage des noirs.


    LES VARIANTES DU RACISME ET LA PERSISTANCE DES SCHÈMES ANTIQUES. LES IDÉOLOGIES CHANGENT MAIS NE CONNAISSENT PAS DE RUPTURES. 



COMPLÉMENTS

aristote et Platon par Raphael

Platon et Aristote par Raphael, musée du Vatican, détail  de l'Ecole d'Athénes

(Sur d'autres aspects de cette peinture : http://blogs.sciences-po.fr/recherche-icones-globe/)



 BRÉVE HISTOIRE DE "SOCIÉTÉ CIVILE"

1438 LE FLORENTIN LEONARDO BRUNI RETRADUIT LES POLITIQUES : IL TRADUIT  KOINONIA POLITIKE (=POLIS) PAR SOCIETAS CIVILIS EXPRESSION EMPRUNTÉE À CICÉRON

LE TEXTE DE BRUNI UTILISÉ PAR MELANCHTHON  DANS LOCI COMMUNES THEOLOGICI  (LES LIEUX COMMUNS DE LA THÉOLOGIE), TRADUIT DU LATIN EN FRANçAIS EN 1551 : SOCIETAS CIVILIS  TRADUIT PAS SOCIÉTÉ CIVILE (PREMIÈRE APPARITION EN FRANçAIS

 1570  LE FRANçAIS LEROY DONNE UNE NOUVELLE TRADUCTION DES POLITIQUES D’ARISTOTE. IL TRADUIT KOINONIA POLITIKE  PAR « SOCIETÉ CIVILE »

1598 TRADUCTION DES POLITIQUES D’ARISTOTE DE LEROY EN ANGLAIS : SOCIÉTÉ CIVILE EST TRADUIT PAR CIVIL SOCIETY

1642 HOBBES, DE CIVE  DE TRADUIT EN FRANçAIS EN 1649 USAGE MASSIF DE « SOCIÉTÉ CIVILE » (TRÈS PEU UTILISÉ DANS LE LEVIATHAN

1755 ROUSSEAU, ESSAI SUR L’ORIGINE…OPPOSE « état de nature » et « société civile »

1773 ADAM FERGUSON ECRIT : AN ESSAY ON THE HISTORY OF CIVIL SOCIETY

1821 HEGEL, PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT,  La "société civile" (bürgerliche Gesellschaft) est un moment intercalée entre l'Etat et la famille

1848 MARX, LE MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE, La "société civile" moderne est le lieu d'une guerre civile larvée

(SOURCE : COLAS, LE GLAIVE ET LE FLEAU. GÉNÉALOGIE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ET DU FANATISME. trad. en anglais Civil Society and Fanaticism)




LA SUPÉRIORITÉ DE LA « SCIENCE POLITIQUE » SELON ARISTOTE.



ETHIQUE À NICOMAQUE LIVRE I

TRADUCTION THUROT


LE BIEN ET LE BONHEUR

CHAPITRE PREMIER 1: Le bien et l’activité humaine  La hiérarchie des biens

Tout art et toute recherche, de même que toute action et toute délibération réfléchie, tendent, semble-t-il, vers quelque bien. Aussi a-t-on eu parfaitement raison de définir le bien : ce à quoi on tend en toutes circonstances (01) 1. Toutefois il paraît bien qu'il y a une différence entre les fins. 2. Tantôt ce sont des activités qui se déploient pour elles-mêmes ; d'autres fois, en plus de ces activités, il résulte des actes. Dans le cas où on constate certaines fins, en plus des actes, les résultats de l'action se trouvent être naturellement plus importants que les activités. 3. Du fait qu'il y a des actes, des arts et des sciences multiples, il y a également des fins multiples ; la santé est la fin de la médecine ; le navire, la fin de la construction navale ; la victoire, la fin de la stratégie ; la richesse, la fin de la science économique. 4. Tous les arts et toutes les sciences particulières de cette sorte sont subordonnés à une science maîtresse ; par exemple, à la science de l'équitation sont subordonnées la fabrication des mors et celle de tout ce qui concerne l'équipement du cavalier ; ces arts, à leur tour, ainsi que toute action à la guerre, dépendent de la science militaire ; il en va de même pour d'autres également subordonnées. Ainsi les fins de toutes les sciences architectoniques sont plus importantes que celles des sciences subordonnées. 5. C'est en fonction des premières qu'on poursuit les secondes. Peu importe d'ailleurs que les activités elles-mêmes soient le but de nos actes ou qu'on recherche, en plus, un autre résultat, comme dans les sciences qu'on vient de nommer.

CHAPITRE II : Le bonheur; diverses opinions sur sa nature  — Méthode à employer

S'il est exact qu'il y ait quelque fin de nos actes que nous voulons pour elle-même, tandis que les autres fins ne sont recherchées que pour cette première fin même, s'il est vrai aussi que nous ne nous déterminons pas à agir en toutes circonstances en remontant d'une fin particulière à une autre — car on se perdrait dans l'infini et nos tendances se videraient de leur contenu et deviendraient sans effet —, il est évident que cette fin dernière peut être le bien et même le bien suprême (02). 2. N'est-il pas exact que, par rapport à la vie humaine, la connaissance de ce bien a une importance considérable et que, la possédant, comme des archers qui ont sous les yeux le but à atteindre, nous aurons des chances de découvrir ce qu'il convient de faire ? 3. S'il en est ainsi, il faut nous efforcer de préciser, même d'une manière sommaire, la nature de ce bien et de dire de quelles sciences ou de quels moyens d'action il relève. 4. Il peut sembler qu'il dépend de la science souveraine et au plus haut point organisatrice (03). 5. Apparemment, c'est la science politique. Elle détermine quelles sont les sciences indispensables dans les États, fixe celles que chaque citoyen doit apprendre et dans quelle mesure. Ne voyons-nous pas, en effet, que les sciences les plus honorées se trouvent sous sa dépendance, par exemple la science militaire, l'économique et la rhétorique ? 6. Comme la politique utilise les autres sciences pratiques, qu'elle légifère sur ce qu'il faut faire et éviter, la fin qu'elle poursuit peut embrasser la fin des autres sciences, au point d'être le bien suprême de l'homme. 7. Même si le bien de l'individu s'identifie avec celui de l'État, il paraît bien plus important et plus conforme aux fins véritables de prendre en mains et de sauvegarder le bien de l'État. Le bien certes est désirable quand il intéresse un individu pris à part ; mais son caractère est plus beau et plus divin, quand il s'applique à un peuple et à des États entiers.

   

Sur la causalité

les quatre causes : matérielle, formelle, efficiente, finale  (fin : telos)

ARISTOTE, Physique; Livre II  chapitre III

 traduction  Bathélemy Saint Hilaire



§ 1. Après les explications précédentes, nous devons étudier les causes pour en déterminer les espèces et le nombre. Comme ce traité, en effet, a pour objet de faire connaître la nature, et qu'on ne croit connaître une chose que quand on sait le pourquoi, en d'autres termes la première cause, il est clair que nous aussi nous devons faire cette étude en ce qui regarde la génération et la destruction des choses, c'est-à-dire tout changement naturel, afin qu'une fois que nous connaîtrons les principes de ces phénomènes, nous puissions essayer de rapporter à ces principes tous les problèmes que nous agitons.
§ 2. D'abord, en un premier sens, on appelle cause ce qui est dans une chose et ce dont elle provient ; ainsi, l'airain est en ce sens la cause de la statue ; l'argent est cause de la burette, ainsi que tous les genres de ces deux choses.
§ 3. En un autre sens, la cause est la forme et le modèle des choses ; c'est-à-dire la notion qui détermine l'essence de la chose, et tous ses genres supérieurs. Par exemple, en musique, la cause de l'octave est le rapport de deux à un ; et, d'une manière générale, c'est le nombre et les éléments de la définition essentielle du nombre.
§ 4. Dans une troisième acception, la cause est le principe premier d'où vient le mouvement ou le repos. Ainsi, celui qui a donné le conseil d'agir est cause des actes qui ont été accomplis; le père est la cause de son enfant ; et, en général, ce qui fait est cause de ce qui est fait ; ce qui produit le changement est cause du changement produit.
§ 5. En dernier lieu, la cause signifie la fin, le but ; et c'est alors le pourquoi de la chose. Ainsi, la santé est la cause de la promenade. Pourquoi un tel se promène-t-il ? C'est, répondons-nous, pour conserver sa santé ; et, en faisant cette réponse, nous croyons indiquer la cause qui fait qu'il se promène. C'est en ce sens aussi qu'on appelle causes tous les intermédiaires qui contribuent à atteindre la fin poursuivie, après qu'une autre chose a eu commencé le mouvement. Par exemple, la diète et la purgation sont les causes intermédiaires de la santé, comme le sont aussi les remèdes ou les instruments du chirurgien. En effet, tout cela concourt à la fin qu'on se propose ; et, la seule différence entre toutes ces choses, c'est que les unes sont des actes, et les autres, de simples moyens.
§ 6. Voilà donc à peu près toutes les acceptions du mot de cause.
§ 7. Par suite de ces diversités de sens, il peut se faire qu'une même chose ait plusieurs causes, sans que ce soit même indirectement etet par accident. Ainsi, pour la statue, c'est à la fois l'art du statuaire et l'airain qui en sont causes, non pas sous un autre rapport, mais en tant que statue. Seulement ce n'est pas de la même façon ; car l'une de ces causes est prise comme matière, et l'autre comme le principe d'où part le mouvement.
§ 8. Il y a en outre des choses qui sont réciproquement causes les unes des autres ; ainsi, l'exercice est cause de la santé, et la santé à son tour cause l'exercice ; mais ce n'est pas de la même façon ; car ici la cause est considérée comme fin, et là comme principe de mouvement. § 9. C'est précisément ainsi qu'une seule et même chose est cause des contraires ; car le même objet qui, étant présent, est cause de tel effet, est aussi quelquefois considéré par nous, quand il est absent, comme cause de l'effet contraire. Ainsi, l'absence du pilote est considérée comme cause de la perte du navire, parce que la présence de ce même pilote est considérée comme la cause du salut.
§ 10. Toutes les causes dont nous venons de parler peuvent donc être ramenées à quatre classes qui sont les plus évidentes de toutes. Ainsi les lettres sont causes des syllabes ; la matière est cause de ce que l'art fabrique ; le feu et les éléments analogues sont causes du corps ; les parties sont causes du tout ; les propositions sont causes de la conclusion ; et ce sont là des causes en tant que c'est ce dont vient la chose. De toutes ces causes, les unes sont prises comme le sujet de la chose, et telles sont les parties relativement au tout ; les autres sont prises comme l'essence, et tels sont le total, la combinaison et la forme. Mais le germe, le médecin, le conseiller, et d'une façon générale l'agent, sont autant de causes d'où vient le principe du changement, soit mouvement, soit repos ; et la dernière classe de causes est celle où la cause est prise comme la fin et le bien de tout le reste ; car le pourquoi a droit d'être regardé comme ce qu'il y a de meilleur, dans les choses, et comme la fin de tout ce qui s'y rapporte. Ce ne fait rien d'ailleurs que ce soit réellement le bien ou simplement ce, qui paraît le bien. Telle est donc la nature des causes, et tel en est spécifiquement le nombre.
e l'agent, sont autant de causes d'où vient le principe du changement, soit mouvement, soit repos ; et la dernière classe de causes est celle où la cause est prise comme la fin et le bien de tout le reste ; car le pourquoi a droit d'être regardé comme ce qu'il y a de meilleur, dans les choses, et comme la fin de tout ce qui s'y rapporte. Ce ne fait rien d'ailleurs que ce soit réellement le bien ou simplement ce, qui paraît le bien. Telle est donc la nature des causes, et tel en est spécifiquement le nombre.

§ 11. Les modes des causes peuvent sembler très multipliés ; mais on peut aussi les réduire en les résumant. En effet, le mot de cause peut avoir plusieurs acceptions diverses ; et ainsi, même dans des causes d'espèces pareilles, l'une peut être antérieure ou postérieure à l'autre. C'est en ce sens que le médecin et l'homme de l'art sont causes de la santé ; c'est le double et le nombre qui sont causes de l'octave eu fait d'harmonie, et d'une manière générale, les contenants par rapport à tous les objets particuliers qu'ils embrassent.
§ 12. Parfois les causes et leurs différents genres peuvent être considérés aussi connue agissant indirectement et par accident. Ainsi c'est autrement que Polyclète est cause de la statue, et autrement que le statuaire en est cause ; car Polyclète ne peut être dit la cause de la statue qu'en tant que c'est un accident du statuaire d'être Polyclète. On appelle aussi causes en ce sens, les genres qui renferment et impliquent l'accident. Par exemple, on pourrait dire que c'est l'homme qui est cause de la statue, ou même d'une manière encore plus générale que c'est l'être vivant.
§ 13. Il y a en effet des accidents qui sont plus éloignés ou plus rapprochés les uns que les autres, comme si l'un allait, par exemple, jusqu'à dire que c'est l'homme blanc, ou bien l'homme disciple des Muses, qui est la cause de la statue.
§ 14. Après toutes ces acceptions de l'idée de cause, soit propres, soit accidentelles et indirectes, il faut encore distinguer les causes qui peuvent agir et celles qui agissent en effet. Ainsi, la cause de la construction de la maison, c'est ou le maçon qui pourrait la construire, ou le maçon qui la construit réellement.
§ 15. Ces distinctions de causes que nous venons d'énumérer devront s'appliquer également aux effets dont elles sont les causes ; et, par exemple, on peut distinguer et cette statue qu'on a sous les yeux, ou la statue en général, ou même plus généralement encore l'image ; ou bien encore cet airain qu'on a là, sous la main, ou l'airain en général, ou plus généralement encore la matière. Même remarque eu ce qui concerne les accidents de ces effets.
§ 16. Enfin on peut même encore réunir ces diverses espèces de causes ; et au lieu de considérer à part Polyclète, puis le statuaire, ou peut dire le statuaire Polyctète.
§ 17. Quoiqu'il en soit, toutes ces nuances sont au nombre de six ; et elles sont chacune, susceptibles de deux sens divers : soit au point de vue de la cause même, soit au point de vue de son genre ; soit comme accident, soit comme genre de l'accident ; soit combinées, soit absolues et isolées, dans les mots qui les expriment; enfin, toutes peuvent être distinguées, soit comme étant en acte réellement, soit comme étant en simple puissance.
§ 18. La seule différence, c'est que les causes en acte et les causes particulières sont, ou ne sont pas, en même temps que les choses dont elles sont causes. Par exemple, ce médecin particulier qui guérit existe en même temps que le malade particulier qu'il soigne ; ce constructeur particulier existe en même temps que cette maison particulière qu'il construit. Quant aux causes en puissance, elles ne sont pas toujours contemporaines à leurs effets; et, par exemple, la maison et le maçon ne périssent pas en même temps.
§ 19. Il faut toujours, en recherchant la cause d'une chose quelconque, remonter aussi haut que possible, comme dans toute autre recherche. Par exemple, l'homme construit la maison, parce qu'il est constructeur. Il est constructeur en se conformant à l'art de la construction. Cet art se trouve donc être la première cause, la cause antérieure ; et ainsi de tout le reste.
§ 20. Il faut remarquer en outre que les genres sont causes des genres, et que les individus sont causes des choses individuelles. Ainsi, le statuaire est génériquement la cause de la statue ; mais c'est tel individu statuaire qui est cause de telle statue spéciale. Les causes en puissance sont causes des choses en puissance ; et les causes en acte, causes des choses en acte.
§ 21. Telles sont les considérations que nous avions à présenter sur le nombre des causes et sur leurs nuances.








IV

"Cité de Dieu" et "société civile"

chez Saint Augustin


Lecture conseillée :
Augustin, Cité de Dieu (notamment extaits in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994)

Lectures recommandées :
Brown Peter, La   Vie de Saint Augustin , trad. de l'anglais, Le Seuil, 1971
 Colas, Le Glaive et le Fléau traduit en anglais sous le titre Civil Society and Fanaticism par Amy Jacobs
Duby, G., Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Gallimard, 1978.  Repris dans un volume de la collection "Quarto", Gallimard, (qui mérité d'être lu en entier)
Cicéron : La République
Kolakowski L. : Dieu ne nous doit rien, trad. de l'anglais, Fayard
Leon XIII, Rerum Novarum



INTRODUCTION

"LA CITE DE DIEU" de SAINT AUGUSTIN COMME GRANDE NARRATION 

CONDITION DE PRODUCTION DU TEXTE : CHUTE DE ROME PRISE PAR LES GOTHS (D'ALARIC EN 410)

 ET LUTTE CONTE LES  HÉRÉSIES (DONAT, PÉLAGE)

STRATÉGIE POUR CONVAINCRE DES ÉLITES DE CULTURE LATINE.  LE CHRISTIANISME EST-IL RESPONSABLE DE L'AFFAIBLISSMENT DE ROME ?

NOMBREUSES RÉFERENCES À CICÉRON ET AUX AUTEURS LATINS.

ACTUALITÉ DE L'AUGUSTINISME
 -  SÉPARATION DE L'EGLISE ET DE L'ETAT
-   LA THÉOCRATIE AUJOURD'HUI : LES EGLISES CHRÉTIENNES ONT-ELLES RENONCÉES À LA VOLONTÉ DE CONTRÔLER LA "SOCIÉTÉ CIVILE"?
 - L'ISLAM ET LA SOCIÉTÉ CIVILE : LES THESES OPPOSÉES DE BERNARD LEWIS ET ERNEST GELLNER

I LA THÉORIE DE LA GRACE INCONDITIONNÉE CHEZ SAINT AUGUSTIN

S'OPPOSE À PÉLAGE : PAS DE SALUT PAR LES OEUVRES

A) DIEU NE NOUS DOIT RIEN.
B) DIEU EST ABSOLUMENT LIBRE. LA GRACE EST UN DON INCONDITIONNÉ DE DIEU
C) MISÈRE DE L'HOMME : LE MAL COMME HORIZON DE L'HUMANITE MAIS LE ROYAUME DE DIEU EST OUVERT À TOUS

I I LA CITÉ TERRESTRE COMME CITÉ DU MAL

A)  ADAM ET EVE, ABEL ET CAIN, ROMULUS ET REMUS

B) ROME EN PROIE À LA "LIBIDO DOMINANDI"  (DESIR DE DOMINER).
C) LA CITÉ TERRESTRE COMPARABLE À JÉRUSALEM SOUMISE À NABUCHODONOSOR (LEQUEL APRÈS L'AVOIR CONQUISE DÉTRUIT LE TEMPLE DE SALOMON ET DÉPLACE LA POPULATION À BABYLONE)

 
         CITE DE DIEU                                                =       JÉRUSALEM  
CITÉ TERRESTRE (OU SOCIÉTE CIVILE)                                      BABYLONE


III A DANS UN LIVRE D'HEURES FRANCAIS FIN XVE SIECLE

   B DANS UN TABLEAU DE ALBTRECHT DÜRER : L'ADORATION DE LA SAINTE TRINITE





  A UNE REPRESENTATION DE LA RELATION ENTRE LES DEUX CITÉS : L'ADORATION DE LA SAINTE TRINITÉ DANS UN LIVRE D'HEURE DE L'IMPRIMEUR PIGOUCHET (PARIS FIN XVE SIÈCLE, CLICHE DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE REPRIS DE COLAS, LE GLAIVE ET LE FLEAU, ET DE COLAS, CIVIL SOCIETY AND FANATICISM, traduction anglaise du précédent, Stanford University Press)


 ADORATION DE LA SAINTE TRINITÉ

O SANCTA TRINITAS UNUS DEUS MISERERE NOBIS
AMEN
TE INVOCAMUS, TE AUDORAMUS, TE LAUDAMUS, TE GLORIIFICAMUS, O BEATA TRINITAS

(O SAINTE TRINITÉ, DIEU UN, AIE PITIÉ DE NOUS. NOUS T'INVOQUONS, NOUS T'ADORONS, NOUS TE CÉLÉBRONS, NOUS TE GLORIFIONS, O SAINTE TRINITÉ)

A droite : la foi (FOY) et l'espérance (ESPERANCE)


II L'ADORATION DE LA SAINTE TRINTITÉ PAR DÜRER  (Repris du site du Kunsthistorisches Museum Vienna,    http://bilddatenbank.khm.at/viewArtefact?id=615)




adoration durer






SAINT AUGUSTIN, LA CITÉ DE DIEU, LIVRE XIV,

 CHAPITRE XXVIII.


DIFFÉRENCE DES DEUX CITÉS.
 
Deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu, celle de la terre, et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même, celle du ciel. L’une se glorifie en soi, et l’autre dans le Seigneur; l’une brigue la gloire des hommes, et l’autre ne veut pour toute gloire que le témoignage de sa conscience; l’une marche la tête levée, toute bouffie d’orgueil, et l’autre dit-à Dieu : « Vous êtes ma gloire, et c’est vous qui me faites marcher la tête levée  (1) » ; en l’une, les princes sont dominés par la passion de dominer sur leurs sujets, et en l’autre, les princes et les sujets s’assistent mutuellement, ceux-là par leur bon gouvernement, et ceux-ci par leur obéissance; l’une aime sa propre force en la personne de ses souverains, et l’autre dit à Dieu : « Seigneur, qui êtes ma vertu, je vous aimerai (2) ». Aussi les sages de l’une, vivant selon l’homme, n’ont cherché que les biens du corps ou de l’âme, ou de tous les deux ensemble; et si quelques-uns ont connu Dieu, ils ne lui ont point rendu l’homme et l’hommage qui lui sont dus, mais ils se sont perdus dans la vanité de leurs pensées et sont tombés dans l’erreur et l’aveuglement. En se disant sages, c’est-à-dire en se glorifiant de leur sagesse, ils sont devenus fous et ont rendu l’honneur qui n’appartient qu’au Dieu incorruptible à l’image de l’homme corruptible et à des figures d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents; car, ou bien ils ont porté les peuples à adorer les idoles, ou bien ils les ont suivis, aimant mieux rendre le culte souverain à la créature qu’au Créateur, qui est béni dans tous les siècles (3). Dans l’autre cité, au contraire, il n’y a de sagesse que la piété, qui fonde le culte légitime du vrai Dieu et attend pour récompense dans la société des saints, c’est-à-dire des hommes et des anges, l’accomplissement de cette parole : « Dieu tout en tous  (4) ».
 
1. Ps. III, 4 .- 2.  Ps. XVII, 2 . – 3. Rom.. I, 21-25. – 4. I Cor. V, 28.
 




:Les anges rebelles (musée du Louvre, Paris)


"LA CHUTE DES ANGES REBELLES" (http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=1279) SIENNE VERS 1340-1345 : CE TABLEAU EST AU MUSÉE DU LOUVRE, LE CLICHÉ VIENT DU SITE DU MUSÉE DU LOUVRE ( http://www.louvre.fr/llv/commun/home_flash.jsp ): (ALLEZ LE VOIR : C'EST À 10 MINUTES À PIED DE SCIENCES PO)


"Cité de Dieu" dans le Psaume 87
"Civitas Dei" Psaume 87dans la Vulgate (Bible en latin)


1.     Des fils de Coré. Psaume. Cantique. Sa fondation sur les montagnes saintes,
2.     Yahvé la chérit, préférant les portes de Sion* à toute demeure de Jacob.
3.     Il parle de toi pour ta gloire, cité de Dieu
4.     «Je compte Rahab et Babylone parmi ceux qui me connaissent, voyez Tyr, la Philistie ou l'Ethiopie, un tel y est né.»
5.     Mais de Sion l'on dira »Tout homme y est né» et celui qui l'affermit, c'est le Très-Haut.
6.     Yahvé inscrit au registre les peuples »Un tel y est né»,
7.     et les princes, comme les enfants. Tous font en toi leur demeure.

* Jérusalem est construite sur la colline de Sion
     
La Bible de Jérusalem.
Copyright (C) 1973 by Les Édition du Cerf

   
1.      Filiis Core. Psalmus cantici. Fundamenta ejus in montibus sanctis ;
2.      diligit Dominus portas Sion super omnia tabernacula Jacob.
3.     Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei !
4.     Memor ero Rahab et Babylonis, scientium me ; ecce alienigenæ, et Tyrus, et populus Æthiopum, hi fuerunt illic.
5.     Numquid Sion dicet : Homo et homo natus est in ea, et ipse fundavit eam Altissimus ?
6.     Dominus narrabit in scripturis populorum et principum, horum qui fuerunt in ea.
7.     Sicut lætantium omnium habitatio est in te.





Babylone

    rasta             

 

Babylone est la cité du mal dans la culture rasta : très nombreuses chansons où apparait Babylone

Une célèbre chanson "Rivers of Babylon" (Tigre et Euphrate en Irak contemporain) inspirée du psaume biblique 137 (dans la Bible, Livre des psaumes, psaume 137) a été créée par les Melodians et chantée notamment par Jimmy Cliff dans la bande originale d'un film (1972)

harder


RIVERS OF BABYLON by The Melodians
(B. Dowe - F. McHaughton, adapted from Psalm 137:1)
Psaumes 137

 
By the rivers of Babylon
Where we sat down
And there we wept
When we remembered Zion
But the wicked carried us away in captivity
Required from us a song
How can we sing King Alfa song
In a strange land
Cause the wicked carried us away in captivity
Required from us a song
How can we sing King Alfa song
In a strange land

Sing it out loud
Sing a song of freedom sister
Sing a song of freedom brother
We gotta sing and shout it
We gotta talk and shout it
Shout the song of freedom now

So let the words of our mouth
And the meditation of our heart
Be acceptable in Thy sight
Over I
So let the words of our mouth
And the meditation of our heart
Be acceptable in Thy sight
Over I

Sing it again
We've got to sing it together
Everyone of us together

By the rivers of Babylon...

(Original lyrics from the 1972 album sleeve of "The Harder They Come" o.s.t. )
by Don Julian
 




1.     Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion;

2.     aux peupliers d'alentour nous avions pendu nos harpes.
3.     Et c'est là qu'ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie »Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion.»
4.     Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé sur une terre étrangère?
5.     Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche!
6.     Que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie!
7.     Souviens-toi, Yahvé, contre les fils d'Edom, du Jour de Jérusalem, quand ils disaient : «A bas! Rasez jusqu'aux assises!»
8.     Fille de Babel, qui dois périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus,
9.     heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc!


      La Bible de Jérusalem.
Copyright (C) 1973 by Les Édition du Cerf

Autre version de la même chanson en video :


 Rivers of Bablylon par le goupe Boney M, sur YouTube

Autre exemple de la dénonciation de Bablyolon chez Bob Marley  :


http://www.hosting-media.com/fr/amazon/ram30s20k/0828768760123-01_05.ram

Une version plus récente de la malédiction balbylonienne dans la culture rasta (en vidéo) :Babylon nuh build great man




Le sac de Rome en 410 comparé par Saint Augustin au sort de Job sur son tas de fumier et à celui du Christ


Quel horrible récit nous a été fait de ce désastre ! la ruine, l'incendie, le pillage, le massacre, des barbaries de toute sorte. Nous avons reçu beaucoup de détails des plus navrants, nous avons gémi sur tous ces malheurs, souvent nous avons versé des larmes, sans vouloir aucune consolation dans nos douleurs. Oui, je l'avoue, de grands maux nous ont été racontés, de grands malheurs sont venus fondre sur la ville de Rome.
Cependant, mes Frères, et j'appelle ici toute votre attention, nous avons lu dans le livre de Job, qu'après avoir perdu toutes ses richesses, tous ses enfants, ce saint patriarche ne put même conserver sain et sauf son propre corps, le seul bien qui lui restât. Couvert d'ulcères depuis les pieds jusqu'à la tête, il se tenait assis sur un fumier, où il voyait son corps tombant en pourriture, dévoré par les vers et en proie aux douleurs les plats atroces. Si l'on venait nous annoncer que la cité tout entière est ainsi assise, qu'il n'y a plus en elle aucune partie saine, qu'elle n'est plus qu'une vaste et profonde blessure, que les vivants y sont rongés par les vers; comme les morts le sont par la pourriture; de ces deux maux, cet état que je dépeins, oit la guerre que nous déplorons, lequel nous paraîtrait le plus affreux? Il me semble que le corps humain a moins à craindre du glaive que des vers; j'aimerais mieux voir le sang jaillir d'une blessure, que la pourriture distiller la corruption. Vous voyez un cadavre se corrompre, et vous frémissez d'horreur, et pourtant ce spectacle est moins triste encore parce que vous savez que l'âme a disparu. Dans Job au contraire l'âme était là pour sentir, enchaînée sans pouvoir fuir, esclave pour souffrir, broyée pour se plaindre. Or, ce patriarche supporta cette grande épreuve, et sa patience fut pour lui le titre d'une justice éclatante. Que l'homme ne considère donc pas ce qu'il souffre, mais ce qu'il fait. Il n'est pas en votre puissance de souffrir ou de ne souffrir pas; mais quant à vos actions, elles sont le fruit de votre volonté bonne ou mauvaise. Job souffrait et la seule personne qui fui restât, c'était sa femme, qui au lieu de le consoler ne faisait qu'aggraver son épreuve; au lieu de le guérir, elle le poussait au blasphème : « Blasphémez contre Dieu, lui disait-elle, et mourez ».
Voyez combien il lui eût été avantageux de mourir, et personne ne lui accordait ce bienfait. Mais dans tout ce qu'il avait à souffrir, sa patience s'exerçait, sa foi s'affermissait, sa femme restait confondue , et le démon était vaincu. Quel spectacle, et comme sa vertu brille d'un vif éclat dans cette horrible corruption ! Son ennemi le consume intérieurement; le mal lui- est ouvertement conseillé par sa femme, devenue son ennemie et le bras dévoué du démon. C'était une nouvelle Eve, mais Job ne fut pas le vieil Adam : « Blasphémez contre Dieu, et mourez ». Arrachez par le blasphème ce que vous n'avez pu obtenir par vos .prières. « Vous avez parlé, lui dit-il, comme une femme insensée ». Remarquez ces paroles d'un croyant courageux, d'un homme dont le corps tombait en pourriture, mais dont l'âme restait dans toute son intégrité : « Vous avez parlé comme une femme insensée. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi ne supporterions-nous pas aussi l'adversité? » Dieu est un Père, ne l'aimerons-nous que quand il nous flatte, pour le mépriser quand il nous corrige ? N'est-il pas un Père qui promet la vie, et impose la discipline ? Avez-vous oublié ces paroles : « Mon fils, lorsque vous entrez au service de Dieu, demeurez ferme dans la justice et  dans la crainte, et préparez votre âme à la tentation. Acceptez de bon coeur tout ce qui vous arrivera; demeurez en paix dans votre
 douleur, et au temps de votre humiliation, conservez la patience; car l'or et l'argent s'épurent par le feu, mais les hommes agréables à Dieu s'éprouvent dans le creuset de l'humiliation? » Avez-vous oublié ces autres paroles : « Le Seigneur corrige celui qu'il aime; il frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants? »

Saint Augustin

Ruine de Rome Chapitre I

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Ce que Rome a souffert, un homme l'avait souffert avant elle. Et voyez quel est cet homme « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (1)», lié, garotté, flagellé, couvert de tous les outrages, suspendu à une croix, et y rendant le dernier soupir. Crucifiez Rome avec Jésus-Christ; crucifiez toute la terre avec Jésus-Christ; crucifiez le ciel et la terre avec Jésus-Christ; quelle comparaison établir entre la créature et le Créateur, entre l'œuvre et l'Ouvrier ? « Tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui (2) », et cependant il a été traité comme un ver de terre par ses persécuteurs.

Saint Augustin

Ruine de Rome Chapitre VIII

traduction de M. l'abbé BURLEREAUX.
In Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 339-344.

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/rome/index.htm



 






Le meurtre d'Abel par Caïn

     Genèse 4 [Commentaire] 
1.     L'homme connut Eve, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : J'ai acquis un homme de par Yahvé.
2.     Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn. Or Abel devint pasteur de petit bétail et Caïn cultivait le sol.
3.     Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé,
4.     et qu'Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. Or Yahvé agréa Abel et son offrande.
5.     Mais il n'agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu.
6.     Yahvé dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7.     Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ?
8.     Cependant Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors, et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.
9.     Yahvé dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ?
10.     Yahvé reprit : Qu'as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol !
11.     Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
12.     Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit : tu seras un errant parcourant la terre.
13.     Alors Caïn dit à Yahvé : Ma peine est trop lourde à porter.
14.     Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera !
15.     Yahvé lui répondit : Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point.
16.     Caïn se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l'orient d'Éden.
17.     Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénok. Il devint un constructeur de ville et il donna à la ville le nom de son fils, Hénok.

      La Bible de Jérusalem.
Copyright (C) 1973 by Les Édition du Cerf




cité de dieu

En haut Saint Augustin écrit la cité de Dieu

En bas à gauche Abel et Sion (Jérusalem) et à droite Caïn et Babylone.

Aurelius Augustinaus, De Trinitate. De Civitate Dei, publié par Johann Amerbach, Basle, 1489




 
NABUCHONOSOR,  SOUVERAIN DE BABLYONE (IMAGE DE LA CITÉ TERRESTRE), ATTAQUE JERUSALEME (IMAGE DE LA CITÉ CÉLESTE) À DEUX       REPRISES. LA SECONDE FOIS IL DÉTRUIT LE TEMPLE ET IL DÉPORTE LES JUIFS À BABLYLONE






     Jérémie 52


1.     Sédécias avait 21 ans à son avènement et il régna onze ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Hamital, fille de Yirmeyahu, et était de Libna.
2.     Il fit ce qui est mal aux yeux de Yahvé, tout comme avait fait Joiaqim.
3.     Cela arriva à Jérusalem et en Juda à cause de la colère de Yahvé, tant qu'enfin il les rejeta de devant sa face. Sédécias se révolta contre le roi de Babylone.
4.     En la neuvième année de son règne, au dixième mois le dix du mois, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint attaquer Jérusalem avec toute son armée, il campa devant la ville et la cerna d'un retranchement.
5.     La ville fut investie jusqu'à la onzième année du roi Sédécias.
6.     Au quatrième mois, le neuf du mois, alors que la famine sévissait dans la ville et que la population n'avait plus rien à manger,
7.     une brèche fut faite au rempart de la ville. Alors le roi et tous les hommes de guerre s'enfuirent de nuit et s'échappèrent de la ville par la porte entre les deux murs, qui est près du jardin du roi les Chaldéens cernaient la ville et ils prirent le chemin de la Araba.
8.     Mais les troupes chaldéennes poursuivirent le roi et atteignirent Sédécias dans les plaines de Jéricho, où tous ses soldats, l'abandonnant, se débandèrent.
9.     On fit prisonnier le roi qu'on emmena à Ribla, au pays de Hamat, auprès du roi de Babylone qui le fit passer en jugement.
10.     Il égorgea les fils de Sédécias sous ses yeux; de même tous les princes de Juda, il les égorgea à Ribla.
11.     Puis il creva les yeux de Sédécias et le lia avec des chaînes de bronze. Alors, le roi de Babylone l'emmena à Babylone où il l'emprisonna jusqu'au jour de sa mort.
12.     Au cinquième mois, le dix du mois c'était en la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor, roi de Babylone Nebuzaradân, commandant de la garde, un de l'entourage immédiat du roi de Babylone, fit son entrée à Jérusalem.
13.     Il incendia le Temple de Yahvé, le palais royal et toutes les maisons de Jérusalem.
14.     Les troupes chaldéennes qui étaient avec le commandant de la garde abattirent tous les remparts qui entouraient Jérusalem.
15.     Nebuzaradân, commandant de la garde, déporta une partie des pauvres du peuple et le reste de la population laissée dans la ville, les transfuges qui étaient passés au roi de Babylone et ce qui restait des artisans.
16.     Mais Nebuzaradân, commandant de la garde, laissa une partie des pauvres du pays, comme vignerons et laboureurs.
17.     Les Chaldéens brisèrent les colonnes de bronze du Temple de Yahvé, les bases roulantes et la Mer de bronze qui étaient dans le Temple de Yahvé; ils en emportèrent tout le bronze à Babylone.
18.     Ils prirent aussi les vases à cendres, les pelles, les couteaux, les coupes d'aspersion, les navettes et tous les ustensiles de bronze qui servaient au culte.
19.     Le commandant de la garde prit encore les coupes, les encensoirs, les coupes d'aspersion, les vases à cendres, les chandeliers, les bols et les patères, tout ce qui était en or et tout ce qui était en argent.
20.     Quant aux deux colonnes, à la Mer unique, aux douze bœufs de bronze qui étaient sous la Mer et aux bases roulantes, que le roi Salomon avait fabriqués pour le Temple de Yahvé, on ne pouvait évaluer ce que pesait le bronze de tous ces objets.
21.     Quant aux colonnes, l'une avait dix-huit coudées de haut; un fil de douze coudées en mesurait le tour; épaisse de quatre doigts, elle était creuse à l'intérieur;
22.     un chapiteau de bronze la surmontait, haut de cinq coudées, ayant tout autour un treillis et des grenades, le tout en bronze. De même pour la deuxième colonne.
23.     Il y avait 96 grenades sur les côtés. En tout, cela faisait cent grenades autour du treillis.
24.     Le commandant de la garde fit prisonniers Seraya, le prêtre en chef, Cephanya, le prêtre en second, et les trois gardiens du seuil.
25.     De la ville, il fit prisonniers un eunuque, préposé aux hommes de guerre, sept des familiers du roi qui furent trouvés dans la ville, le secrétaire du chef de l'armée, chargé de la conscription, ainsi que 60 hommes de condition qui furent trouvés dans la ville.
26.     Nebuzaradân, commandant de la garde, les prit et les mena auprès du roi de Babylone, à Ribla,
27.     et le roi de Babylone les fit mettre à mort à Ribla, au pays de Hamat. Ainsi Juda fut-il déporté loin de sa terre.
28.     Voici le nombre des gens déportés par Nabuchodonosor. La septième année : 3.023 Judéens;
29.     la dix-huitième année de Nabuchodonosor, furent emmenées de Jérusalem 832 personnes;
30.     la vingt-troisième année de Nabuchodonosor, Nebuzaradân, commandant de la garde, déporta 745 Judéens. En tout : 4.600
31.     Mais la trente-septième année de la déportation de Joiakîn, roi de Juda, au douzième mois, le 25 du mois, Evil-Mérodak, roi de Babylone, en l'année de son avènement, fit grâce à Joiakîn, roi de Juda, et le tira de prison.
32.     Il lui parla avec bonté et lui accorda un siège supérieur à ceux des autres rois qui étaient avec lui à Babylone.
33.     Joiakîn quitta ses vêtements de captif et mangea toujours à la table du roi, sa vie durant.
34.     Son entretien fut assuré constamment par le roi de Babylone, jour après jour, jusqu'au jour de sa mort, sa vie durant.

      La Bible de Jérusalem.
Copyright (C) 1973 by Les Édition du Cerf

SUR LE SITE LEXILOGOS: http://www.lexilogos.com/bible_multilingue.htm

 


III L'AMOUR DANS LA CITÉ DE DIEU ou JÉRUSALEM CÉLESTE

A) VALORISATION RELATIVE DE LA CITÉ
B) LES CITOYENS DANS LA CITÉ DE DIEU, CITÉ DE LA PAIX ET DE LA JUSTICE (C'EST LA "SOCIETAS CIVILIS", LA SOCIÉTÉ CIVILE SELON CICÉRON)
C) AMOUR DANS LA RÉCIPROCITE,

IV CITE DE DIEU ET CITÉ TERRESTRE

A) COUPURE MAIS PAS SÉPARATION : DES SYMBOLES DE LA CITÉ DE DIEU DANS LE MONDE TERRESTRE (EX. L'EMPEREUR AUGUSTE)
B) LA NECESSITÉ DE LA CITÉ TERRESTRE COMME LIMITATION DU MAL  D'Où L'OBLIGATION D'OBEIR AU POUVOIR POLITIQUE, Y COMPRIS SOUS NÉRON QUI PERSÉCUTAIT LES CHRÉTIENS
C) CHRETIEN ET CITOYEN : LE CHRÉTIEN NE DÉSERTE PAS LA SOCIÉTÉ CIVILE
D) L'EGLISE PEUT UTILISER LA FORCE DE L'ETAT POUR LUTTER CONTRE L'HÉRÉSIE. "COMPELLE INTRARE" : "FORCEZ LES D'ENTRER"

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IV L'AUGUSTINISME POLITIQUE

L'AUGUSTINISME POLITIQUE : UN EXEMPLE GILLES DE ROME ( 13e SIÈCLE) : LE GLAIVE TEMPOREL AU SERVICE DU GLAIVE SPIRITUEL

ACTUALITÉ DU CONFLIT ET DU COMPROMIS ENTRE EGLISE ET ETAT

EXTRAIT DE LA LETTRE 185 À BONIFACE Où SAINT AUGUSTIN JUSTIFIE LA PERSÉCUTION DES DONATIENS (QUI SE RÉCLAMAIENT DE DONAT) PAR L'AUTORITE POLITIQUE

TRADUCTION DE POUJOULAT (1856)  http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/lettres/s003/l185.htm
 

(Les notes renvoient à des livres de l'Ancien ou du Nouveau Testament)

Un malade frénétique se plaint du médecin qui le lie, un fils indiscipliné se plaint du père qui le châtie, mais tous les deux sont aimés. Les laisser faire, les laisser périr, ce serait une fausse et cruelle bonté. Quand le cheval et le mulet, qui n'ont pas l'intelligence , résistent par des morsures et des coups de pied aux hommes qui s'occupent de guérir leurs plaies, et résistent au point de mettre parfois des hommes en péril, on ne laisse pas pour cela ces animaux, on les soigne jusqu'à ce que l'énergie douloureuse des remèdes leur ait rendu la santé : combien plus encore un homme ne doit pas être abandonné par un homme, un frère par son fière, de peur qu'il ne périsse ! Une fois ramené, il peut comprendre que ce qu'il appelait une persécution n'était qu'un grand bienfait.
8. « Pendant que nous en avons le temps, « dit l'Apôtre, faisons du bien à tous sans nous lasser jamais (1). » Le bien peut se faire de deux manières avec nos frères égarés : par les discours des prédicateurs catholiques, par les lois des princes catholiques; que tous aillent au salut, que tous soient retirés de la perdition, les uns par le ministère de ceux qui obéissent aux préceptes divins, les autres par le ministère de ceux qui obéissent aux ordres impériaux. Quand les empereurs font de mauvaises lois pour le mensonge, la vraie foi est éprouvée et la persévérance couronnée ; quand ce sont des lois pour la vérité contre le mensonge, les méchants tremblent et ceux qui comprennent se corrigent. Quiconque donc refuse d'obéir aux lois des empereurs, portées contre la vérité de Dieu, acquiert une grande récompense; mais quiconque refuse d'obéir aux lois des empereurs portées pour la vérité de Dieu, s'expose à un grand supplice. Aux temps des prophètes tous les rois qui n'avaient ni empêché ni aboli
 
1. Gal. VI, 10.
 
ce qui était contre les commandements de Dieu, sont blâmés; les rois qui ont tenu une autre conduite sont comblés de louanges. Nabuchodonosor, lorsqu'il était serviteur des idoles, fit une loi sacrilège pour qu'on adorât une statue; ceux qui ne voulurent pas lui obéir agirent pieusement et fidèlement : et le même roi, ramené par un miracle de Dieu, fit une loi pieuse et louable qui condamnait à mort quiconque aurait blasphémé le vrai Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdénago (1). S'il y eut des violateurs de cette loi, ils purent dire, en subissant leur peine, ce que disent les donatistes : nous sommes justes parce que nous sommes persécutés. Ils auraient tenu ce langage s'ils avaient été insensés comme le sont les donatistes qui divisent les membres du Christ, anéantissent ses sacrements et se glorifient de souffrir persécution, parce qu'ils sont arrêtés par les lois impériales établies au profit de l'unité du Christ, et, ne pouvant recevoir du Seigneur la gloire des martyrs, ils la demandent aux hommes.
9. Mais les vrais martyrs sont ceux dont il a été dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice (2).» Ce sont de vrais martyrs parce qu'ils souffrent persécution pour la justice et non point pour l'iniquité et le déchirement impie de l'unité chrétienne. Agar aussi fut persécutée par Sara (3) ; celle-ci partant était sainte, l'autre ne l'était pas. Peut-on comparer Agar persécutée par Sara au saint roi David persécuté par l'inique Saül (4)? Grande est la différence ; tous les deux ont souffert , mais David a souffert pour la justice. Le Seigneur lui-même a été crucifié avec des voleurs (5); mais la cause séparait ceux que la passion rapprochait. Aussi ce mot du Psalmiste doit être entendu des vrais martyrs qui ne veulent pas être confondus avec les faux martyrs : «Jugez-moi, Seigneur, et séparez ma cause de celle d'une nation qui n'est point sainte (6); » le Psalmiste n'a pas dit : séparez ma peine, mais «séparez ma cause. » Car la peine des impies peut être semblable à celle des martyrs, mais la cause des martyrs est différente ; ce sont eux qui disent à Dieu : « Ils me persécutent injustement, venez à mon aide (7). » C'est parce que David est injustement persécuté qu'il ne se croit pas indigne du secours divin ; autrement il n'aurait pas eu besoin d'être ;secouru, mais ramené.
 
1. Dan. III, 5, 96. — 2. Matth. V, 10. — 3. Gen. XVI. 6. — 4. Rois. XVIII, XIX, etc. — 5. Luc, XXIII, 33. — 6.  Ps. XLII, 1. — 7.  Ibid. CXVIII, 86.


23. Pourquoi l'Eglise ne forcerait-elle pas au retour les enfants qu'elle a perdus, puisque ces enfants perdus forcent les autres à périr? Si, au moyen de lois terribles, mais salutaires, elle retrouve ceux qui n'ont été que séduits, cette pieuse mère leur réserve de plus doux embrassements et se réjouit de ceux-ci beaucoup plus que de ceux qu'elle n'avait jamais perdus. Le devoir du pasteur n'est-il pas de ramener à la bergerie du maître, non-seulemen les brebis violemment arrachées, mais même celles que des mains douces et caressantes ont enlevées au troupeau, et, si elles viennent â résister, ne doit-il pas employer les coups et même les douleurs?
 






« Compelle intrare » dans la parabole des invités du Christ.
 « Forcez les d’entrer »

Cette formule, tirée du parabole du Christ, est souvent utilisée pour présenter la thèse de Saint Augustin (et d’autres) sur la légitimité d’utiliser la violence (physique, psychique ?) pour obliger les «hérétiques » à rejoindre l’Eglise. "Compelle intrare" ("forcer les d'enter") est empruntée à la traduction en latin d’un passage (14, 15-22) de l’Evangile selon Saint Luc qui est interprété comme montrant un droit, fondé sur la parole du Christ, à inviter de force des hommes à « prendre leur repas dans le Royaume de Dieu ».



EVANGILE SELON SAINT LUC 14

15. A ces mots, l'un des convives lui dit [à Jésus] : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! »16. Il lui dit : « Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde.17. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : «Venez ; maintenant tout est prêt. »18. Et tous, comme de concert, se mirent à s'excuser. Le premier lui dit : «J'ai acheté un champ et il me faut aller le voir ; je t'en prie, tiens-moi pour excusé. »19. Un autre dit : «J'ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer ; je t'en prie, tiens-moi pour excusé. »20. Un autre dit : «Je viens de me marier, et c'est pourquoi je ne puis venir. »21. « A son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : «Va-t'en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » 22. «Maître, dit le serviteur, tes ordres seront exécutés, et il y a encore de la place. »23. Et le maître dit au serviteur : «Va-t'en par les chemins et le long des clôtures, et fais entrer les gens de force (compelle intrare)*, afin que ma maison se remplisse.24. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. » »


*  Formule en latin. Le texte original de l’Evangile selon Saint Luc est en grec (mais ce n’était pas la langue qui était parlé par les protagonistes) ; la traduction en latin (par Saint Jérôme) connue comme »La Vulgate » a été la version la plus diffusée en Occident jusqu’à l’époque moderne).


TRADUCTION DITE DE LA BIBLE DE JÉRUSALEM (CATHOLIQUE) SUR LE SITE LEXILOGOS: http://www.lexilogos.com/bible_multilingue.htm



The Wedding Banquet.
(Melody & Lyrics: Miriam Therese Winter, religieuse catholique américaine) (1966)



Chorus:

I cannot come to the banquet, I cannot come to the banquet,
don't trouble me now.
I have married a wife; I have bought me a cow.
I have fields and commitments that cost a pretty sum.
Pray, hold me excused, I cannot come.

A certain man held a feast on his fine estate in town.
He laid a festive table and wore a wedding gown.
He sent invitations to his neighbours far and wide
but when the meal was ready, each of them replied:

The master rose up in anger, called his servant by name,
said: "Go into the town, fetch the blind and the lame,
fetch the peasant and the pauper, for this I have willed,
my banquet seem so crowded, and my table must be filled.
When all the poor had assembled, there was still room to spare,
so the master demanded: "Go search every where,
to the highways and the byways and force them to come in.
My table must be filled before the banquet can begin.

Now God has written a lesson for the rest of the mankind;
If we're slow a responding, he may leave us behind.
He's preparing a banquet for that great and glorious day
when the Lord and Master calls us, be certain not to say:



UN PARADIGME INTERPRÉTATIF DE SAINT AUGUSTIN

AGAR et SARAH : mères des enfants d'Abraham.

 I   DANS L'ANCIEN  TESTAMENT (GENÈSE)

 II  DANS LE NOUVEAU (EPITRE AUX GALATES DE SAINT PAUL)


 Abraham migre de Our en Mésopotamie en Palestine. Dieu noue avec lui l'Alliance.
Àgar, (ou Hagar en hébreu) servante de Saraï qui est stérile, donne à Abraham un fils Isamël puis Dieu (Yahvé) intervient pour rendre Sarah (nouveau nom de Saraï) fertile et celle-ci donne à Abraham son fils Isaac et Abraham, à la demande de Sarah, chasse Agar et Ismaël qui s'installeront en Arabie.

Un passage de la Bible souvent utilisé par Saint Augustin.

Sarah est pour Saint Augustin une image de la Cité de Dieu sur terre et la persécution dont est l'objet Agar est du même type que celle dont sont victimes les hérétiques : douloureuse mais pas inique


 HAGAR ET SARAH DANS LA GENÈSE (ANCIEN TESTAMENT)

Genèse 161.


 La femme d'Abram, Saraï, ne lui avait pas donné d'enfant. Mais elle avait une servante égyptienne, nommée Agar,2. et Saraï dit à Abram : Vois, je te prie : Yahvé n'a pas permis que j'enfante. Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants. Et Abram écouta la voix de Saraï.3. Ainsi, au bout de dix ans qu'Abram résidait au pays de Canaan, sa femme Saraï prit Agar l'Égyptienne, sa servante, et la donna pour femme à son mari, Abram.4. Celui-ci alla vers Agar, qui devint enceinte. Lorsqu'elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux.5. Alors Saraï dit à Abram : Tu es responsable de l'injure qui m'est faite ! J'ai mis ma servante entre tes bras et, depuis qu'elle s'est vue enceinte, je ne compte plus à ses yeux. Que Yahvé juge entre moi et toi !6. Abram dit à Saraï : Eh bien, ta servante est entre tes mains, fais-lui comme il te semblera bon. Saraï la maltraita tellement que l'autre s'enfuit de devant elle.7. L'Ange de Yahvé la rencontra près d'une certaine source au désert, la source qui est sur le chemin de Shur.8. Il dit : Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu et où vas-tu ? Elle répondit : Je fuis devant ma maîtresse Saraï.9. L'Ange de Yahvé lui dit : Retourne chez ta maîtresse et sois-lui soumise.10. L'Ange de Yahvé lui dit : Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu'on ne pourra pas la compter.11. L'Ange de Yahvé lui dit : Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d'Ismaèl, car Yahvé a entendu ta détresse.12. Celui-là sera un onagre d'homme, sa main contre tous, la main de tous contre lui, il s'établira à la face de tous ses frères.13. A Yahvé qui lui avait parlé, Agar donna ce nom : Tu es El Roï, car, dit-elle, Ai-je encore vu ici après celui qui me voit ?14. C'est pourquoi on a appelé ce puits le puits de Lahaï Roï; il se trouve entre Cadès et Béred.15. Agar enfanta un fils à Abram, et Abram donna au fils qu'enfanta Agar le nom d'Ismaèl.16. Abram avait quatre-vingt-six ans quand Agar le fit père d'Ismaèl.


Genèse 21

 1. Yahvé visita Sara comme il avait dit et il fit pour elle comme il avait promis.2. Sara conçut et enfanta un fils à Abraham déjà vieux, au temps que Dieu avait marqué.3. Au fils qui lui naquit, enfanté par Sara, Abraham donna le nom d'Isaac.4. Abraham circoncit son fils Isaac, quand il eut huit jours, comme Dieu lui avait ordonné.5. Abraham avait cent ans lorsque lui naquit son fils Isaac.6. Et Sara dit : Dieu m'a donné de quoi rire, tous ceux qui l'apprendront me souriront.7. Elle dit aussi : Qui aurait dit à Abraham que Sara allaiterait des enfants ! car j'ai donné un fils à sa vieillesse.8. L'enfant grandit et fut sevré, et Abraham fit un grand festin le jour où l'on sevra Isaac.9. Or Sara aperçut le fils né à Abraham de l'Égyptienne Agar, qui jouait avec son fils Isaac,10. et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, il ne faut pas que le fils de cette servante hérite avec mon fils Isaac.11. Cette parole déplut beaucoup à Abraham, à propos de son fils,12. mais Dieu lui dit : Ne te chagrine pas à cause du petit et de ta servante, tout ce que Sara te demande, accorde-le, car c'est par Isaac qu'une descendance perpétuera ton nom,13. mais du fils de la servante je ferai aussi une grande nation car il est de ta race.14. Abraham se leva tôt, il prit du pain et une outre d'eau qu'il donna à Agar, et il mit l'enfant sur son épaule, puis il la renvoya. Elle s'en fut errer au désert de Bersabée.15. Quand l'eau de l'outre fut épuisée, elle jeta l'enfant sous un buisson16. et elle alla s'asseoir vis-à-vis, loin comme une portée d'arc. Elle se disait en effet : Je ne veux pas voir mourir l'enfant ! Elle s'assit vis-à-vis et se mit à crier et à pleurer.17. Dieu entendit les cris du petit et l'Ange de Dieu appela du ciel Agar et lui dit : Qu'as-tu, Agar ? Ne crains pas, car Dieu a entendu les cris du petit, là où il était.18. Debout ! soulève le petit et tiens-le ferme, car j'en ferai une grande nation.19. Dieu dessilla les yeux d'Agar et elle aperçut un puits. Elle alla remplir l'outre et fit boire le petit.20. Dieu fut avec lui, il grandit et demeura au désert, et il devint un tireur d'arc.21. Il demeura au désert de Parân et sa mère lui choisit une femme du pays d'Égypte.



La Bible de Jérusalem.Copyright (C)
 1973 by Les Édition du Cerf


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 HAGAR ET SARAH DANS LE NOUVEAU TESTAMENT : EXÉGÈSE DE LA GENÈSE PAR SAINT PAUL


AUX GALATES, 4

21.     Dites-moi, vous qui voulez vous soumettre à la Loi, n'entendez-vous pas la Loi ?
22.     Il est écrit en effet qu'Abraham eut deux fils, l'un de la servante, l'autre de la femme libre ;
23.     mais celui de la servante est né selon la chair, celui de la femme libre en vertu de la promesse.
24.     Il y a là une allégorie : ces femmes représentent deux alliances ; la première se rattache au Sinaï et enfante pour la servitude : c'est Agar
25.     car le Sinaï est en Arabie et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui de fait est esclave avec ses enfants.
26.     Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et elle est notre mère ;
27.     car il est écrit : Réjouis-toi, stérile qui n'enfantais pas, éclate en cris de joie, toi qui n'as pas connu les douleurs ; car nombreux sont les enfants de l'abandonnée, plus que les fils de l'épouse.
28.     Or vous, mes frères, à la manière d'Isaac, vous êtes enfants de la promesse.
29.     Mais, comme alors l'enfant de la chair persécutait l'enfant de l'esprit, il en est encore ainsi maintenant.
30.     Eh bien, que dit l'Écriture : Chasse la servante et son fils, car il ne faut pas que le fils de la servante hérite avec le fils de la femme libre.
31.     Aussi, mes frères, ne sommes-nous pas enfants d'une servante mais de la femme libre.
     


Copyright (C) 1973 by Les Édition du Cerf

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HAGAR

SARAH QUI NE PEUT AVOIR D'ENFANT OFFRE À ABRAHAM SA SERVANT EGYPTIENNE HAGAR. DE LEUR UNION NAÎTRA ISMAEL, ANCÊTRE DES TRIBUS D'ARABIE. PEINTURE DE Adriaen van der Werff, Peinture de 1696 qui se trouve actuellement au musée de l'Hermitage à Saint Petersbourg (une copie de ce tableau peut se voir au musée du Louvre, en allant sur ce lien vous trouverez sa localisation dans le musée :  http://cartelen.louvre.fr/cartelen/visite?srv=car_not_frame&idNotice=8357


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V Défense de la "société civile" par Luther et Calvin

Lecture de textes de la réforme :

Luther : Missive sur le dur opuscule contre les paysans (juillet 1525)in Luther et les problèmes de l'autorité civile, ed. et trad. par Joel Lefebvre, texte bilingue, Aubier, 1973
Calvin, L'institution de la religion chrétienne (extraits in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994) (texte en français du XVIe siècle d'une lecture difficile)

Lectures recommandées :

Colas, Le Glaive et le Fléau. Généalogie du fanatisme et de la société civile, Grasset, 1992. Traduit en anglais par Amy Jacobs sous le titre : Civil society and fanaticism. Conjoined histories, Stranford University press (cette version est conseillée aux anglophones)
Crouzet, D., Calvin, Fayard, 2000
Engels, F., La Guerre des paysans en Allemagne, (1850)
Fevre, L, Luther, "Quadrige", PUF
Léonard, G., Histoire générale du protestantisme, t. 1, La Réformation, PUF, 1961
Weber, M., Politik als Beruf (1919) (trad. en français in Le Savant et le Politique)


DE LA NATURE ET DE LA GRÂCE. RÉFUTATION DE PÉLAGE.


In Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, tome XVIIème, p. 185 à 221, Bar-le-Duc 1871

CHAPITRE III. LA NATURE, CRÉÉE DANS L'INNOCENCE, A ÉTÉ DEPUIS SOUILLÉE PAR LE PÉCHÉ.
 
3. L'homme fut créé sans tache et sans souillure ; mais Adam se rendit coupable, et toute sa postérité a besoin d'être guérie, parce qu'elle n'est plus saine. Malgré sa chute, il lui reste des biens qui font partie de sa constitution, de sa vie, de ses sens, de son intelligence, et ces biens, il les a reçus de la main de son Créateur. Le vice est survenu, plongeant dans les ténèbres et affaiblissant ces biens naturels et rendant nécessaires la diffusion de la lumière et l'application du remède ; mais ce vice n'est point l'oeuvre de Dieu; car ce vice de la part d'Adam, fut le résultat du dérèglement de son libre arbitre, et, de la part de hommes, il est la conséquence du péché originel. Par conséquent notre nature viciée n'a plus droit qu'à un châtiment légitime. Sans doute, nous sommes devenus une nouvelle créature en Jésus-Christ, mais. « nous étions par la corruption de notre nature, enfant de colère aussi bien que les autres hommes. Dieu, qui est riche en miséricorde, poussé par l'amour extrême dont il nous a aimés lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous sommes sauvés (1) ».
 

CHAPITRE IV. LA GRÂCE GRATUITE.
 
4. Or, cette grâce de Jésus-Christ, sans laquelle ni les enfants ni les adultes ne peuvent être sauvés, ne nous est point donnée à raison de nos mérites, mais d'une manière absolument gratuite ; de là son nom de grâce. « Nous avons été justifiés gratuitement par son sang », dit l'Apôtre. D'où il suit que ceux qui n'ont pas été délivrés par cette grâce, soit parce qu'ils n'ont pas pu en entendre parler, soit parce qu'ils n'ont pas voulu obéir, soit que leur âge ne leur permette pas de comprendre, soit enfin parce qu'ils n'ont pas reçu le sacrement
 
de la régénération, qu'ils auraient pu recevoir ci qui les aurait sauvés, tous ceux-là, dis-je, sont privés du bonheur du ciel, et cette condamnation n'est que justice ; car ils ne sont pas sans péché, soit qu'il s'agisse du péché originel, soit qu'il s'agisse des péchés actuels. « Car tous ont péché », soit en Adam, soit en eux-mêmes, et « tous ont besoin de la gloire de Dieu ».

 
CHAPITRE V. LA JUSTICE EXIGEAIT LA CONDAMNATION DE TOUS LES HOMMES.
 
5. Ainsi donc, par le fait de leur origine, tous les hommes sont soumis au châtiment, et lors même que tous subiraient en réalité le supplice de la damnation, ce ne serait que rigoureuse justice. Voilà pourquoi ceux qui sont délivrés par la grâce ne sont pas appelés des vases de leurs propres mérites, mais des vases de miséricorde (1). Et de qui cette miséricorde, si ce n'est de celui qui a envoyé Jésus-Christ en ce monde pour sauver les pécheurs (2), c'est-à-dire ceux qu'il a connus par sa prescience, qu'il a prédestinés, qu'il a appelés, qu'il a justifiés et qu'il a glorifiés (3) ? N'est-ce donc pas le comble de la folie que de ne point rendre d'ineffables actions de grâce à la miséricorde de celui qui délivre ceux qu'il a voulu, quand on sait que la justice autorisait parfaitement le Seigneur à réprouver tous les hommes sans aucune distinction ?
 
 
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/polemiques/pelage/grace.htm#_Toc9943503


Introduction
Définition du « fanatisme » comme refus de l’  » intervalle » entre « société civile » et « cité de Dieu » (Melanchthon).

a)  La réactivation de la tradition augustinienne par la réforme :
  - il n’y a pas de salut par les œuvres (contre Pélage)
    - la grâce de Dieu est inconditonnée.

b) La réforme comme révolution

- Les guerres civiles de religion en Europe

 La critique de la papauté : la « putain  babylonienne ». Calvin et le rejet
du culte des reliques.

-   La révolution du livre ; la culture portable ; la Bible et sa lecture. Primat des Ecritures: Sola Scriptura. Tous prêtres.

 -Il faut détruire la « putain babylonienne ». Rome, la ville du pape, doit être détruite comme l’est Babylone dans l’ »Apocalypse » selon Saint Jean.`

- Nouvelle définition de l’Eglise comme communauté invisible des croyants. Tous prêtres. L’essentiel pour le fidèle : lire la Bible. Un sacrement essentiel : la messe

- La contre réforme. Le concile de Trente, commence en 1542. La Compagnie de Jésus (les Jésuites) créé par Ignace de Loyola en 1540.

 I Un concept théologico-politique : le fanatisme négation de la "société civile »

Melanchthon contre les « homo fanatici » : hommes fanatiques.
Rejet par Calvin des « phantastisques ».

Grec : phos (la lumière), donne en français fantasme (phantasme) mais « fanatique » vient de « fanus » (latin) : le temple (lieu sacré)
Allemand : Schwarmër : fanatique.

Cf. Colas, Le Glaive et le fléau. (trad. En anglais : Civil society and fanaticism, Stanford, UP)


 
a) Luther, Melanchthon  et Calvin contre les fanatiques et les iconoclastes."

Luther, Melanchthon  et Calvin contre les fanatiques et les iconoclastes
 - Luther contre Rome, la « putain babylonienne »
- Luther contre les paysans révoltés, des « chiens » à écraser (guerre contre les paysans en 1525)

-  L’existence du pouvoir politique comme droit naturel universel. L’Etat doit avoir le monopole de la violence physique légitime. C’est la logique d’Augustin
-  La légitimité de la « société civile » : droit de propriété, droit au  droit.
Même position chez Calvin qui condamne les « phanatiques ».
-  Le mariage de Luther


b) La logique iconoclaste. Une série d’analogies :

Jérusalem
=   Royaume de Dieu Eglise   =     âme    =       Dieu
Babylone           société civile              Etat            corps      images de Dieu


 

 
c) Thomas Münzer et les Anabaptistes : principe d’espérance (Ernst Bloch) ou fanatisme ? Textes de Thomas Münzer en allemand : http://www.mlwerke.de/mu/default.htm

Utopie et fanatisme
Existe-t-il des révoltes spirituelles ?


d) La valorisation par F. Engels des fanatiques en 1850. ans La Guerre des paysans en Allemagne : texte allemand : http://www.mlwerke.de/me/me07/me07_327.htm


 

 II La tolérance comme valeur au siècle des Lumières : « fanatisme » et « enthousiasme »



a) Tolérance de l’intolérance  Locke et l’intolérance catholique    
b) Voltaire et la défense du droit des protestants. Voltaire et Mahomet.
c) Rousseau défenseur de la tolérance dans Du Contrat social  (cf. cours 10). Rousseau et la légitimation du fanatisme de Mahomet



 
III Fanatisme et tolérance d’un point de vue politique


Le fanatisme ne concerne pas que la sphère religieuse mais aussi la politique, notamment quand celle-ci veut atteindre une forme d’infini.
 
 

a) La terreur pendant la Révolution française comme exemple du fanatisme selon Hegel : la terreur comme désir de néant
b) Totalitarisme et fanatisme : Lénine et l’ »épuration » du sol russe ; Hitler le "nationalisme fanatique".
c) Le fanatisme et la liberté d'expression selon Kant : la liberté d’expression dans l’espace public pour éviter un usage abusif de la pensée


 Conclusion

Les réformés dénoncés comme Juifs par les catholiques.
Luther : un antisémite fanatique ? Il espère une "conversion" des juifs qui ne se produit pas et après avoir écrit "Jésus-Christ est né Juif" il tient des propos très violents contre les Juifs
Antijudaïsme et antisémitisme : une distinction discutable.






Gravure de Hans Holbein illustrant l'Apocalypse selon Saint Jean dans la traduction qu'en a faite Luther en 1511.

Des "meules" sont jetées par des anges pour la destruction de la "putain babylonienne".

Le bâtiment rond avec un ange sur son sommet est le Château Saint Ange à Rome. (Evidemment l'actuel Vatican n'est pas encore construità







APOCALYPSE SELON SAINT JEAN

    Revelation 17

1.     Alors l'un des sept Anges aux sept coupes s'en vint me dire : « Viens, que je te montre le jugement de la Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux ;
2.     c'est avec elle qu'ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont saoulés du vin de sa prostitution. »
3.     Il me transporta au désert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une Bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes.
4.     La femme, vêtue de pourpre et d'écarlate, étincelait d'or, de pierres précieuses et de perles ; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d'abominations et des souillures de sa prostitution.
5.     Sur son front, un nom était inscrit - un mystère ! - « Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. »
6.     Et sous mes yeux, la femme se saoulait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. A sa vue, je fus bien stupéfait ;
7.     mais l'Ange me dit : « Pourquoi t'étonner ? je vais te dire, moi, le mystère de la femme et de la Bête qui la porte, aux sept têtes et aux dix cornes.
8.     « Cette Bête-là, elle était et elle n'est plus ; elle va remonter de l'Abîme, mais pour s'en aller à sa perte ; et les habitants de la terre, dont le nom ne fut pas inscrit dès l'origine du monde dans le livre de vie, s'émerveilleront au spectacle de la Bête, de ce qu'elle était, n'est plus, et reparaîtra.
9.     C'est ici qu'il faut un esprit doué de finesse ! Les sept têtes, ce sont sept collines sur lesquelles la femme est assise. » Ce sont aussi sept rois,
10.     dont cinq ont passé, l'un vit, et le dernier n'est pas encore venu ; une fois là, il faut qu'il demeure un peu.
11.     Quant à la Bête qui était et n'est plus, elle-même fait le huitième, l'un des sept cependant ; il s'en va à sa perte.
12.     Et ces dix cornes-là, ce sont dix rois ; ils n'ont pas encore reçu de royauté, ils recevront un pouvoir royal, pour une heure seulement, avec la Bête.
13.     Ils sont tous d'accord pour remettre à la Bête leur puissance et leur pouvoir.
14.     Ils mèneront campagne contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles.
15.     « Et ces eaux-là, poursuivit l'Ange, où la Prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues.
16.     Mais ces dix cornes-là et la Bête, ils vont prendre en haine la Prostituée, ils la dépouilleront de ses vêtements, toute nue, ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu ;
17.     car Dieu leur a inspiré la résolution de réaliser son propre dessein, de se mettre d'accord pour remettre leur pouvoir royal à la Bête, jusqu'à l'accomplissement des paroles de Dieu.
18.     Et cette femme-là, c'est la Grande Cité, celle qui règne sur les rois de la terre. »

    Revelation 18 [Commentary] [Map] 
1.     Après quoi, je vis descendre du ciel un autre Ange, ayant un grand pouvoir, et la terre fut illuminée de sa splendeur.
2.     Il s'écria d'une voix puissante : « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande ; elle s'est changée en demeure de démons, en repaire pour toutes sortes d'esprits impurs, en repaire pour toutes sortes d'oiseaux impurs et dégoûtants.
3.     Car au vin de ses prostitutions se sont abreuvées toutes les nations, et les rois de la terre ont forniqué avec elle, et les trafiquants de la terre se sont enrichis de son luxe effréné. »
4.     Puis j'entendis une autre voix qui disait, du ciel : « Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n'ayez à pâtir de ses plaies !
5.     Car ses péchés se sont amoncelés jusqu'au ciel, et Dieu s'est souvenu de ses iniquités.
6.     Payez-la de sa propre monnaie ! Rendez-lui au double de ses forfaits ! Dans la coupe de ses mixtures, mélangez une double dose !
7.     A la mesure de son faste et de son luxe, donnez-lui tourments et malheurs ! Je trône en reine, se dit-elle, et je ne suis pas veuve, et jamais je ne verrai le deuil...
8.     Voilà pourquoi, en un seul jour, des plaies vont fondre sur elle : peste, deuil et famine ; elle sera consumée par le feu. Car il est puissant, le Seigneur Dieu qui l'a condamnée. »
9.     Ils pleureront, ils se lamenteront sur elle, les rois de la terre, les compagnons de sa vie lascive et fastueuse, quand ils verront la fumée de ses flammes,
10.     retenus à distance par peur de son supplice : « Hélas, hélas ! Immense cité, ô Babylone, cité puissante, car une heure a suffi pour que tu sois jugée ! »
11.     Ils pleurent et se désolent sur elle, les trafiquants de la terre ; les cargaisons de leurs navires, nul désormais ne les achète!
12.     Cargaisons d'or et d'argent, de pierres précieuses et de perles, de lin et de pourpre, de soie et d'écarlate ; et les bois de thuya, et les objets d'ivoire, et les objets de bois précieux, de bronze, de fer ou de marbre ;
13.     le cinnamome, l'amome et les parfums, la myrrhe et l'encens, le vin et l'huile, la farine et le blé, les bestiaux et les moutons, les chevaux et les chars, les esclaves et la marchandise humaine...
14.     Et les fruits mûrs, que convoitait ton âme, s'en sont allés, loin de toi ; et tout le luxe et la splendeur, c'est à jamais fini pour toi, sans retour !
15.     Les trafiquants qu'elle enrichit de ce commerce se tiendront à distance, par peur de son supplice, pleurant et gémissant :
16.     « Hélas, hélas ! Immense cité, vêtue de lin, de pourpre et d'écarlate, parée d'or, de pierres précieuses et de perles,
17.     car une heure a suffi pour ruiner tout ce luxe ! » Capitaines et gens qui font le cabotage, matelots et tous ceux qui vivent de la mer, se tinrent à distance
18.     et criaient, regardant la fumée de ses flammes : « Qui donc était semblable à l'immense cité ? »
19.     Et jetant la poussière sur leur tête, ils s'écriaient, pleurant et gémissant : « Hélas, hélas ! Immense cité, dont la vie luxueuse enrichissait tous les patrons des navires de mer, car une heure a suffi pour consommer sa ruine ! »
20.     O ciel, sois dans l'allégresse sur elle, et vous, saints, apôtres et prophètes, car Dieu, en la condamnant, a jugé votre cause.
21.     Un Ange puissant prit alors une pierre, comme une grosse meule, et la jeta dans la mer en disant : « Ainsi, d'un coup, on jettera Babylone, la grande cité, on ne la verra jamais plus... »
22.     Le chant des harpistes et des trouvères et des joueurs de flûte ou de trompette chez toi ne s'entendra jamais plus ; les artisans de tout métier chez toi ne se verront jamais plus ; et la voix de la meule chez toi ne s'entendra jamais plus ;
23.     la lumière de la lampe chez toi ne brillera jamais plus ; la voix du jeune époux et de l'épousée chez toi ne s'entendra jamais plus. Car tes marchands étaient les princes de la terre, et tes sortilèges ont fourvoyé tous les peuples ;
24.     et c'est en elle que l'on a vu le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui furent égorgés sur la terre

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CANTATE DE BACH DONT LES PAROLES SONT DE
MARTIN LUTHER

CANTATE BWV 4 :

DES  EXTRAITS PAR LE BACH COLLEGIUM JAPAN : 

http://www.amazon.fr/Bach-Cantates-sacrées-BWV-150/dp/B000025UVN
 
UN SITE CONSACRÉ À LA MUSIQUE BAROQUE :

http://www.baroque-music-club.com/index.html




LISEZ DES PRÉCISIONS SUR LE TEXTE ET LA DATE  :

http://www.bach-cantatas.com/BWV4.htm

ET SUR LES AUTRES CANTATES DE BACH SUR DES PAROLES DE LUTHER :
http://www.bach-cantatas.com/Lib/Luther.htm

ET SUR LES CANTATES DE BACH EN GÉNÉRAL :
Christ lag in Todesbanden


Christ gisait dans les liens de la mort
1. Sinfonia

2. (Coro) Versus 1 S A T B

Christ lag in Todesbanden
Für unsre Sünd gegeben,
Er ist wieder erstanden
Und hat uns bracht das Leben;
Des wir sollen fröhlich sein,
Gott loben und ihm dankbar sein
Und singen halleluja,
Halleluja!

3. Versus 2 S A


Den Tod niemand zwingen kunnt
Bei allen Menschenkindern,
Das macht' alles unsre Sünd,
Kein Unschuld war zu finden.
Davon kam der Tod so bald
Und nahm über uns Gewalt,
Hielt uns in seinem Reich gefangen.
Halleluja!

4. Versus 3 T
Violino I/II, Continuo
 
Jesus Christus, Gottes Sohn,
An unser Statt ist kommen
Und hat die Sünde weggetan,
Damit dem Tod genommen
All sein Recht und sein Gewalt,
Da bleibet nichts denn Tods Gestalt,
Den Stach'l hat er verloren.
Halleluja!

5. (Coro) Versus 4 S A T B
 
Es war ein wunderlicher Krieg,
Da Tod und Leben rungen,
Das Leben behielt den Sieg,
Es hat den Tod verschlungen.
Die Schrift hat verkündigt das,
Wie ein Tod den andern fraß,
Ein Spott aus dem Tod ist worden.
Halleluja!

6. Versus 5 B

Hier ist das rechte Osterlamm,
Davon Gott hat geboten,
Das ist hoch an des Kreuzes Stamm
In heißer Lieb gebraten,
Das Blut zeichnet unsre Tür,
Das hält der Glaub dem Tode für,
Der Würger kann uns nicht mehr schaden.
Halleluja!

7. Versus 6 S T
So feiern wir das hohe Fest
Mit Herzensfreud und Wonne,
Das uns der Herre scheinen lässt,
Er ist selber die Sonne,
Der durch seiner Gnade Glanz
Erleuchtet unsre Herzen ganz,
Der Sünden Nacht ist verschwunden.
Halleluja!

8. Versus 7 S A T B

 
Wir essen und leben wohl
In rechten Osterfladen,
Der alte Sauerteig nicht soll
Sein bei dem Wort der Gnaden,
Christus will die Koste sein
Und speisen die Seel allein,
Der Glaub will keins andern leben.
Halleluja

1. Sinfo
2. Verset I S A T B

 
Christ gisait dans les liens de la mort
Sacrifie pour nos péchés,
Il est ressuscité
Et nous a apporté la vie;
Nous devons nous réjouir,
Louer Dieu et lui être reconnaissant
Et chanter Alléluia,
Alléluia!

3. Verset II S A
 
Nul ne peut contraindre la mort
Parmi le genre humain,
La faute en revient seulement à nos péchés,
Il n'existait pas d'innocents.
C'est pourquoi la mort fut si prompte
A s'emparer de nous
Et à nous retenir captifs dans son empire.
Alléluia!

4. Verset III T

Jésus Christ, fils de Dieu,
Est venu à notre place
Et a chassé le péché,
Retirant ainsi à la mort
Tous ses droits et sa puissance,
Il ne reste plus rien de la mort,
Elle a perdu son dard.
Alléluia!

5. Verset IV S A T B

Ce fut une étrange guerre
Qui opposa la mort à la vie,
La vie a remporté la victoire,
Elle a anéanti la mort.
L'écriture a annoncé
Comment une mort supprima l'autre,
La mort est devenue une dérision.
Alléluia!

6. Verset V B

Voici le juste agneau pascal
Exigé par le Seigneur.
Haut sur le tronc de la Croix
Il a été rôti avec le plus fervent amour,
Son sang marque notre porte,
La foi tient la mort en échec,
Le bourreau ne peut plus rien contre nous,
Alléluia!

7. Verset VI S T
 
Aussi célébrons-nous la grande fête
Dans l'allégresse du coeur et les délices
Que le Seigneur nous dispense,
Il est lui-même le soleil
Qui illumine de sa grâce
Tout notre coeur,
La nuit du péché s'est évanouie.
Alléluia!

8. Verset VII S A T B
 
Nous mangeons pour notre bien-être
La juste galette de Pâques,
Le vieux levain ne doit pas
Être associé à la parole de grâce,
Christ sera notre nourriture
Et lui seul rassasiera notre âme.
Le croyant ne veut pas d'autre vie.
Alléluia!







VI Machiavel et l'art de conserver le pouvoir dans le Prince

laurent II

Le duc Laurent de Médicis, duc d'Urbino (1492-1519), a qui est dédié le Prince. Tableau attribué à Raphaël.

(Marié avec une nièce de François Ier et père de Catherine de Médicis qui épousa le roi de France Henri II)



François Ier (1494-1547), qui porte le collier de Grand Maître l'ordre de Saint Michel  -archange chef de la milice divine - par Clouet au musée du Louvre


Lecture obligatoire : Le  Prince

La meilleure traduction française est celle de Yves Lévy, Collection Garnier Flammarion, 1980. Texte en italien  :  http://www.classicitaliani.it/index007.htm  et Il Principe at MetaLibri Digital Library : http://metalibri.wikidot.com/authors:niccolo-di-bernardo-dei-machiavelli

Le texte a été écrit en 1513 et publié en 1532, à Rome, cinq ans après la mort de Machiavel en 1527


Sur le pouvoir comme art à Florence lire : La Civilisation de la Renaissance en Italie (1860)  de Jacob Burckardt (1818-1897) dont
les théories ont influencé Nietzsche (Humain, trop humain)  qui fut son collègue à Bâle et suivi son cours sur l’histoire.

Le texte en français sur Gallica :http://gallica.bnf.fr/Catalogue/noticesInd/FRBNF37261299.htm

Gallica (http://gallica.bnf.fr/) est le site la bibliothèque "virtuelle" créé par la Bibliothèque nationale de France.



Un podcast en anglais : sur le Prince par un des meilleurs spécialistes de Machiavel , Quentin Skinner


http://cdn4.libsyn.com/philosophybites/Quentin_Skinner_on_Machiavellis_The_Prince.mp3?nvb=20081110205611&nva=20081111205611&t=02a512b186c401c070a9a

Lectures recommandées :
Burckhardt, J.,  Civilisation de la renaissance en Italie, Le Livre de Poche
Bec, Cloulas, Jestaz, Tenenti, L'Italie de la Renaissance. Un monde en mutation 1378-1494,Fayard, 1990

Texte du Prince en italien  http://www.liberliber.it/biblioteca/m/machiavelli/il_principe/html/sommario.htm






L’objet du Prince selon  Michel Foucault

« Cette principauté comme rapport du Prince à ses sujets et à son territoire, c’est cela qu’il s’agit de protéger, et non pas directement ou immédiatement ou fondamentalement ou premièrement,le territoire et ses habitants »

Michel Foucault, Sécurité, territoire, population, cours au collège de France, 1977-1978.Gallimard, Seuil 2004


Capitolo XII

Quot sint genera militiae et de mercennariis militibus.
[Di quante ragioni sia la milizia, e de' soldati mercennarii]




Le Prince - Chapitre 12

Combien il y a de sortes de milices et de troupes mercenaires

Avete dunque a intendere come, tosto che in questi ultimi tempi lo imperio cominciò a essere ributtato di Italia, e che il papa nel temporale vi prese più reputazione, si divise la Italia in più stati; perché molte delle città grosse presono l'arme contra a' loro nobili, li quali, prima favoriti dallo imperatore, le tennono oppresse; e la Chiesia le favoriva per darsi reputazione nel temporale; di molte altre e' loro cittadini ne diventorono principi. Onde che, essendo venuta l'Italia quasi che nelle mani della Chiesia e di qualche Repubblica, et essendo quelli preti e quelli altri cittadini usi a non conoscere arme, cominciorono a soldare forestieri. El primo che dette reputazione a questa milizia fu Alberigo da Conio, romagnolo. Dalla disciplina di costui discese, intra li altri, Braccio e Sforza, che ne' loro tempi furono arbitri di Italia. Dopo questi, vennono tutti li altri che fino a' nostri tempi hanno governato queste arme. Et il fine della loro virtù è stato, che Italia è suta corsa da Carlo, predata da Luigi, sforzata da Ferrando e vituperata da' Svizzeri. Il faut donc savoir que lorsque, dans les derniers temps, l’empire [germanique] eut commencé à être repoussé de l’Italie, et que le pape eut acquis plus de prestige  quant au temporel, l'Italie se divisa en un grand nombre d’États. Plusieurs grandes villes, en effet, prirent les armes contre leurs nobles, qui, à l’ombre de l’autorité impériale [germanique], les tenaient sous l’oppression, et elles se rendirent indépendantes, favorisées en cela par l’Église, qui cherchait à accroître le  prestige temporel qu’elle avait gagné. Dans plusieurs autres villes, le pouvoir suprême fut usurpé ou obtenu par quelque citoyen qui s’y établit prince. De là s’ensuivit que la plus grande partie de l’Italie se trouva sous la dépendance, et en quelque sorte sous la domination de l’Église ou de quelque république ; et comme des prêtres, des citoyens paisibles, ne connaissaient nullement le maniement des armes, on commença à prendre en solde des étrangers. Le premier qui mit ce genre de milice en honneur fut Alberigo da Conio, natif de la Romagne : c’est sous sa discipline que se formèrent, entre autres, Braccio et Sforza, qui furent, de leur temps, les arbitres de l’Italie, et après lesquels ou a eu successivement tous ceux qui, jusqu’à nos jours, ont tenu dans leurs mains le commandement de ses armées. Et le résultat de leur valeur a a été de voir prise à et que l'Italie a été envahie par  Charles VIII [de France], ravagée par Louis XII [de France], violée par Ferdinand [d'Espagne], et insultée par les Suisses.
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INTRODUCTION


UN PROJET POLITIQUE :  PROTÉGER L'ITALIE DES AGRESSIONS ET L'UNIFIER :

[...] l'Italie n'est pas unie comme au temps de Rome (Portraits des choses de France (1510), trad. française pas Bec, Bouquins Laffont, p. 49)

Dans le Prince la guerre mécanisme de conservation du pouvoir.
Il existe des ennemis extérieurs et intérieurs.
La conservation du pouvoir implique des alliances intérieures et extérieures.

Le rapport du Prince au territoire est un rapport d'extériorité, un rapport synthétique (
Sécurité, territoire, population, cours au collège de France, 1977-1978.Gallimard, Seuil 2004, p. 95) d'où le primat de la guerre comme art du pouvoir.



LE PRINCE Un manuel dont l'objet est la relation de domination

" m'en tenir à la vérité effective des choses" (chap.XV)

A) Le Prince pose un problème spécifique : la conservation du pouvoir dans un Etat (stato) pour un souverain non héréditaire Comment "tenir (tenere) un Etat nouvellement conquis" (début du chap. IV) ?

Il faut au Prince arriver à "conserver un Etat stable et ferme" (conservare uno stato che sia già stabilito e fermo) (dernière ligne du chap. XX)

a) l'Etat est à la fois territoire et pouvoir

Conviene avere, nello esaminare le qualità di questi principati, un'altra considerazione: cioè, se uno principe ha tanto stato che possa, bisognando, per sé medesimo reggersi, o vero se ha sempre necessità della defensione di altri Il convient, lorsqu’on examine la qualité de ces monarchies, de s’arrêter à une autre considération : à savoir si un prince à un Etat suffisant pour pouvoir en cas de besoin tenir par lui-même ou s’il est toujours dans la nécessité d’être défendu par un autre.


b) Les types d’Etat dans le chapitre premier du Prince

Etat (stato)
Républiques
Monarchies

Héréditaires
Nouvelles

Entièrement nouvelles
Ajoutées à l’ Etat héréditaire du prince qui les conquiert

Habituées à vivre libres Habituées à vivre sous un prince
Etat acquis par les armes du prince
Etat acquis par les armes d’un autre prince
 Etat acquis par les armes du prince
Etat acquis par les armes d’un autre prince
Par fortune ou  par talent (virtù)
Par fortune ou par talent (virtù)

B) Plan du texte :


CHAPITRE I
LES DIFFÉRENTS TYPES DE MONARCHIES
CHAPITRE II À XI
COMMENT ACQUÉRIR ET CONSERVER LES MONARCHIES
CHAPITRE XI A XIV
LES QUESTIONS MILITAIRES
CHAPITRE XV A XXIII
LE PRINCE :  SES SUJETS ET SES AMIS
CHAPITRE XXIV A XXVI
LA QUESTION DE L'ITALIE

C) L'objet du prince n'est pas le gouvernement ou la "police" mais le pouvoir « imperio » (chap.VIII) ou « principato » (chap.VIII, IX, XIX). Le prince n'est pas comme un berger (par opposition à celui de la République de Platon) et la "raison d'Etat" chez Machiavel n'est pas celle de l'Etat pastoral (Foucault) mais de la conservation du pouvoir. Il doit savoir avec qui s'allier : le peuple ou les nobles. Et il est important qu'il s'appuie sur une force armée qui peut être mercenaire.

D) Le pouvoir comme art ; la notion de virtù. Opposé à « vice » dans chap. XV et XVI mais sens essentiel : force, habilité, courage, mérite. Donc "virtuose "  signifie "habile" ou "virtuose" plutôt que "vertueux"
Parfois opposé  ou distingué de « fortuna » : "chance", "à la faveur de …". Mais les deux sont articulés : voir César Borgia : fortune et habilité


E) Le prince doit maîtriser un  "art" : l'art de la guerre

Chapitre  XIV

Ce qui convient au prince en matière militaire
Capitolo XIV

Quello che s'appartenga a uno principe circa la milizia
Quod principem deceat circa militiam.
1. Donc un prince ne doit pas avoir d'autre objet ni d'autre pensée, ni prendre quoique ce soir pour son art, en dehors de la guerre et des institituons et de la discipline de celle-ci, car c'est le seul art qu'on attend de qui commande. Et il a une telle vertu (virtù) que non seulement il maintient ceux qui sont nés prince, mais souvent il fait monter au rang de prince des hommes de condition (fortuna) privée ; et inversemenent on voit que quand des hommes ont plus penser aux plaisirs qu'aux armes, ils ont perdu leur Etat. Et la première cause qui te le fait perdre et de négliger cet art, et la raison qui te le fait acquérir est d'être un expert de cet art.

1. - Debbe adunque uno principe non avere altro obietto né altro pensiero, né prendere cosa alcuna per sua arte, fuora della guerra et ordini e disciplina di essa; perché quella è sola arte che si espetta a chi comanda. Et è di tanta virtù, che non solamente mantiene quelli che sono nati principi, ma molte volte fa li uomini di privata fortuna salire a quel grado; e per avverso si vede che, quando e principi hanno pensato più alle delicatezze che alle arme, hanno perso lo stato loro. E la prima cagione che ti fa perdere quello, è negligere questa arte; e la cagione che te lo fa acquistare, è lo essere professo di questa arte.

http://www.classicitaliani.it/machiav/mac09.htm#cap14



II Analytique de la domination

A) Analytique des formes d'Etat : France, Empire Turque (Chap IV),  Italie

  - Il faut distinguer "conquérir" et "garder" : Il est plus facile de "conquérir" (occupare) le royaume de France que le "conserver" (tener), alors qu''il est plus difficile de "conquérir" (occupare) la Turquie que de la "garder".  En effet en France des "seigneurs" et en Turquie seulement des "esclaves" : il suffit donc après avoir conquis la Turquie de "liquider" (spegnere) la famille régnante. Dans l'antiquité Alexandre a pu s'emparer facilement du Royaume de Darius car après l'avoir battu il ne trouvait plus de résistance en face de lui. (L'idée que le Grand Turc est un "despote" dont les sujets sont des "esclaves" est, en partie un héritage de la pensée grecque sur l'Asie, cf. le cours sur Aristote)

- En Italie faiblesse des chefs qui ne sont pas assez guerriers


B)  Analytique des formes de pouvoir

a) Annibal et son armée : "inhumaine cruauté" du chef militaire condition de sa capacité à commander.
Le roi d'Espagne Ferdinand a fait preuve d'une "pieuse cruauté" (pietosa crudelta) en chassant les Juifs convertis d'Espagne (début du chap. XXI)

b) Légitimité de tous les moyens utiles pour garder le pouvoir : « liquider » (spegnere) les ennemis (chap. VII)

c) Analytique des qualités du prince (chap XVIII) : son but "maintenir l'Etat" (mantenere lo stato)

      1) Force et loi.

Le centaure, le lion et le renard : supériorité de la ruse.

C'est un calcul rationnel : puisque je ne puis être sûr que l'autre est "bon", je dois me comporter comme s'il était méchant. Ceci relève de la "prudence".


  Deux manières de combattre :
    - soit   avec les lois, propre aux hommes
    - soit  avec la force, celle des bêtes.

Mais la première ne suffit pas donc le prince doit utiliser la manière des bêtes. Il en existe deux types :
     1) le lion,  qui ne sait pas se défendre des pièges
     2) Le renard, qui  ne sait pas se défendre des loups.

Un souverain ne peut être sûr que les hommes sont bons (Alexandre VI ne l’était pas) donc il est prudent (rationnel) doit être lion et renard. Mais le renard est le plus important des deux animaux. Le renard est capable de dissimuler qu'il est un renard. La ruse qui consiste à masquer que l'on est rusé.

Exemple d'un lion "très féroce" et d'un "renard très astucieux" l'empereur Sévère  qui arrive à ses fins, mais Commode à "l'âme cruelle et bestiale" devint méprisable aux yeux de ses soldats et fut tué dans une conspiration (chap. XIX).

2 ) Le pouvoir de l'apparence

- Le prince doit sembler posséder cinq qualités (chap. XVIII) :
Miséricorde, bonne foi, droiture, humanité et surtout religion

- Le prince doit toujours conserver de la "majesté de son rang " ("la maestà della dignità sua" fin chap. XXI) ; contre exemple Commode (chap. XIX) qui fit beaucoup de choses viles et peu digne de la "majesté impériale" ("facendo altre cose vilissime e poco degne della maestà imperiale"). La "majesté" est un des éléments qui protège le prince des conspirateurs (chap.XIX)

- "Chacun voit ce que tu parais, peu percoivent ce que tu es : et ce petit nombre ne se hasarde pas à s'opposer à l'opinion d'une foule qui a la majesté de l'Etat (maestà de la stato) qui la défend" (chap. XVIII)



3) "Bon gouvernement" et "cruauté"?

Bon et mauvais usage des "cruautés" (chap. VIII, p.102)

Si but est de conserver un pouvoir qui manque de légitimité la notion de "bon gouvernement" va signifier capacité à se maintenir au pouvoir au besoin par la "cruauté". César Borgia utilise celle de Ramiro d'Orco pour assurer son pouvoir en Romagne (chapitre VII) puis il est crule pour faire porter la responsabilité à son ministre.


4) Un projet transcendant : unifier l'Italie. Appel à un Moïse pour l'Italie.


III Machiavel et le machiavelisme

1)  Machiavel et l'éloge de la République (chap. V)

2)
L’interprétation de Spinoza (Traité politique, V, §7, 1675)

3) L'interprétation de Nietzsche

Le prince comme artiste, celui qui impose une forme à une matière (ainsi que le sculpteur) ; prototype du surhomme


Le Prince chap. XXVI
et in Italia nom manca materia de introdurvi ogni forrma
et en Italie il ne manque pas de matière où introduire quelque forme que ce soit


3) Les Italiens comparés aux Hébreux guidés par Moïse (chap. XXVI). Une fin transcendante : libérer l'Italie des "barbares". Une mission pour les  Médicis.


Conclusion

Le Prince de Machiavel et Leur Morale et la nôtre de Trotski (texte de Trotski en français)


Machiavel n'est pas un ancêtre du totalitarisme (Ce qui est, par exemple avancé par Luigi Sturzo, penseur catholique italien, dans la mouvance de la démocratie chrétienne, qui termine un article de 1938 ainsi : "Depuis Machiavel et Luther, l'État n'a cessé de s'acheminer vers la divinisation. Et Raymond Aron : c'est dans le Prince «que nous trouverons
la théorie dont s'inspire la pratique des régimes totalitaires», Machiavel et les tyrannies modernes


Le Prince - Chapitre 1

Combien il y a de sortes de principautés, et par quels moyens on peut les acquérir


Francesco Sforza
Tutti li stati, tutti e' dominii che hanno avuto et hanno imperio sopra li uomini, sono stati e sono o repubbliche o principati. E' principati sono o ereditarii, de' quali el sangue del loro signore ne sia suto lungo tempo principe, o e' sono nuovi. E' nuovi, o sono nuovi tutti, come fu Milano a Francesco Sforza, o sono come membri aggiunti allo stato ereditario del principe che li acquista, come è el regno di Napoli al re di Spagna. Sono questi dominii cos� acquistati, o consueti a vivere sotto uno principe,o usi ad essere liberi; et acquistonsi, o con le armi d'altri o con le proprie, o per fortuna o per virtù. Tous les États, toutes les dominations qui ont tenu et tiennent encore les hommes sous leur empire, ont été et sont ou des républiques ou des principautés.
Les principautés sont ou héréditaires ou nouvelles.
Les héréditaires sont celles qui ont été longtemps possédées par la famille de leur prince.
Les nouvelles, ou le sont tout à fait, comme Milan le fut pour Francesco Sforza, ou elles sont comme des membres ajoutés aux États héréditaires du prince qui les a acquises ; et tel a été le royaume de Naples à l'égard du roi d’Espagne.
D’ailleurs, les États acquis de cette manière étaient accoutumés ou à vivre sous un prince ou à être libres : l'acquisition en a été faite avec les armes d'autrui, ou par celles de l'acquéreur lui-même, ou par la faveur de la fortune, ou par l'ascendant de la vertu.
Sforza





UN SOUVERAIN NON HÉRÉDITAIRE TYPIQUE : CÉSAR BORGIA

César Borgia, (1475-1507) fils du pape Alexandre VI, nommé aussi Duc de Valentinois (il a reçu ce titre du roi de France Louis XII pour remercier Alexandre VI d'avoir annulé un précédent mariage pour lui permettre d'épouser Anne de Bretage)  ou "le duc" tout court : lire spécialement le chapitre VII. Il est désigne comme "nouveau prince" (chap. XVII) car souverain non héréditaire.

Machiavel l'a rencontré et il indique dans le Prince que César Borgia lui a parlé le jour de l'éléction de Jules II (successeur d'Alexandre VI Borgia son père ) de ses projets d'avenir : mais la "fortune" a fait qu'il est mort peu après.

 Machiavel et César Borgia parle de l'avenir après la mort d'Alexandre VI (1431-1503), père de César
Le Prince chapitre VII, p. 96 de la traduction Lévy chez Garnier Flammarion
Ma, se nella morte di Alessandro fussi stato sano, ogni cosa li era facile. E lui mi disse, ne' di che fu creato Iulio II, che aveva pensato a ciò che potessi nascere, morendo el padre, et a tutto aveva trovato remedio, eccetto che non pensò mai, in su la sua morte, di stare ancora lui per morire. Si sa santé n’eût point éprouvé d’atteinte au moment de la mort d’Alexandre [VI], tout lui [ à César Borgia] aurait été facile. Aussi me [ à moi Machiavel] disait-il, lors de la nomination de Jules II [ nouveau Pape], qu’il avait pensé à tout ce qui pouvait arriver si son père venait à mourir, et qu’il avait trouvé remède à tout ; excepté qu il n’avait jamais imaginé, lors de sa mort, qu'il se trouvait lui-même en danger de mort.


Le roi de France Louis XII n'arrive pas à stabliser son alliance avec le peuple de Milan : il perdi vite le contrôle de la Cité

Capitolo III

De principatibus mixtis.
[De' principati misti]

Le Prince chap. III

Des Principautés mixtes
[...] perché sempre, ancora che uno sia fortissimo in sulli eserciti, ha bisogno del favore de' provinciali a intrare in una provincia.
 Per queste ragioni Luigi XII re di Francia occupò subito Milano, e subito lo perdé; e bastò a torgnene,la prima volta le forze proprie di Lodovico; perché quelli populi che li aveano aperte le porte, trovandosi ingannati della opinione loro e di quello futuro bene che si avevano presupposto, non potevono sopportare e' fastidii del nuovo principe.
[...] quelque puissance qu’un prince ait par ses armées, il a toujours besoin, pour entrer dans un pays, d’être aidé par la faveur des habitants.
C'est pour cette raison que Louis XII, roi de France, se rendit maître en un instant du Milanais, qu’il perdit de même, et que d’abord les seules forces de Lodovico Sforza suffirent pour le lui arracher. En effet, les habitants qui lui avaient ouvert les portes, se voyant trompés dans leur espoir, et frustrés des avantages qu’ils avaient attendus, ne purent supporter les  pesanteurs d'un nouveau prince.
Louis XII roi de France (au pouvoir à Milan fin 1499)
Louis (Ludovici Sforza) (fils de François) (reprend le pouvoir à Louis XII début 1500 puis renversé et livré aux Français, meurt emprissonné à Loches (Indre et Loire) en 1508

 

César Borgia a gagné le pouvoir grâce à la «  fortune de son père »
puis fait preuve de virtuosité
(Chap. VIII début)

• Io voglio all'uno et all'altro di questi modi detti, circa el diventare principe per virtù o per fortuna, addurre dua esempli stati ne' dí della memoria nostra: e questi sono Francesco Sforza e Cesare Borgia
• De l’une ou l’autre de ces manières de devenir prince - par la force ou par la fortune- je veux produire deux exemples que nous avons en mémoire Francesco Sforza et César Borgia



Dall'altra parte Cesare Borgia […], acquistò lo stato con la fortuna del padre, e con quella lo perdé; non ostante che per lui si usassi ogni opera e facessi tutte quelle cose che per uno prudente e virtuoso uomo si doveva fare, per mettere le barbe sua in quelli stati che l'arme e fortuna di altri li aveva concessi. Perché,[..], chi non fa e' fondamenti prima, li potrebbe con una gran virtù farli poi, […]


D’autre part César Borgia […] acquis son Etat par la bonne fortune de son père, et avec celle-ci le perdit, bien qu’il eût mis tout en œuvre, et agi en toutes choses comme devait le faire un homme sage et habile,  pour prendre racine en ses Etats que les armes et la  fortune d’autrui lui avaient procuré. Car qui ne bâtit pas les fondements d’abords, pourrait le faire après avec une grand habilité.



La structure de l'Etat en France
El contrario interviene ne' regni governati come quello di Francia, perché con facilità tu puoi intrarvi, guadagnandoti alcuno barone del regno; perché sempre si truova de' malicontenti e di quelli che desiderano innovare. Costoro, per le ragioni dette, ti possono aprire la via a quello stato e facilitarti la vittoria; la quale di poi, a volerti mantenere, si tira drieto infinite difficultà, e con quelli che ti hanno aiutato e con quelli che tu hai oppressi. Né ti basta spegnere el sangue del principe; perché vi rimangono quelli signori che si fanno capi delle nuove alterazioni; e, non li potendo né contentare né spegnere, perdi quello statoqualunque
Le contraire [du royaume des Turcs] arrive avec les royaumes gouvernés comme la France ; car c’est avec facilité qu’on y peut entrer, en gagnant quelque baron du royaume, car toujours on trouve des mécontents et des gens qui souhaitent des changements : ces gens -là pour des raisons qu’on a dites, peuvent t’ouvrir le chemin de cet Etat et te faciliter la victoire. Et celle-ci, ensuite, lorsque tu cherches  à te maintenir entraîne après elle d’infinies difficultés tant avec ceux qui t’ont aidé qu’avec ceux que tu as  soumis ; et il ne suffit pas de liquider  la lignée du prince, car il reste ses seigneurs, qui se mettent à la tête de nouveaux changement, et ne les pouvant ni contenter ni liquider  tu perds cet Etat à la première occasion qui se présente.




Liquider  ("spegnere") les ennemis du prince
Chi, adunque, iudica necessario nel suo principato nuovo assicurarsi de' nimici, guadagnarsi delli amici, vincere o per forza o per fraude, farsi amare e temere da' populi, seguire e reverire da' soldati, spegnere quelli che ti possono o debbono offendere, innovare con nuovi modi li ordini antichi, essere severo e grato, magnanimo e liberale, spegnere la milizia infidele, creare della nuova, mantenere l'amicizie de' re e de' principi in modo che ti abbino o a beneficare con grazia o offendere con respetto, non può trovare e' più freschi esempli che le azioni di costui.
Qui donc, à la tête d’une monarchie nouvelle, juge nécessaire de s’assurer de ses ennemis, se gagner des amis, vaincre par la force ou par ruse, se faire aimer et craindre du peuple,suivre et respecter des soldats, supprimer ceux qui vous peuvent ou doivent nuire, rénover par de nouveaux usages les institutions anciennes, être sévère et bienveillant, magnanime et libéral, supprimer une milice infidèle, entretenir l’amitié des rois et des princes  de sorte qu’ils aient ou plaisir à vous être utiles ou inquétude à vous nuire, ne peut trouver plus frais exemple que celui-là [ Alexandre VI]



Di che penso assicurarsi in quattro modi: prima, di spegnere tutti e’ sangui di quelli signori che lui aveva spoliati


Et il [Alexandre VI] pensa s’ assurer par quatre moyens : premièrement liquider la lignée des seigneurs qu’il avait dépouillés […]




Le Centaure Chiron

Sur les animaux en politique  Jacques Derrida, La bête et le souverain. Volume 1, (2001-2002), Gallilée, 2008
chiron
Et sur le chapitre XVIII du Prince dans ce livre qui reprend les textes des séminaires de Derrida on lira la troisième séance pp. 97-139
Le centaure Chiron dont parle Machiavel dans le chap. XVIII du Prince, (infra) : il tient Achille dans sa main et lu parle. Il est homme et cheval mâle. Il porte un lapin : le centaure est carnassier.

Vase par Pamphalos et Ottos, 520 avant J-C.

Musée du Louvre

Photograph by Maria Daniels, courtesy of the Musée du Louvre, January 1992

Sur la base Perseus  : http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1992.06.0304
consultée le 11 novembre 2008


  Deux manières de combattre  : ou avec les lois, ou avec la force
Capitolo XVIII

Quomodo fides a principibus sit servanda.



Dovete adunque sapere come sono dua generazione di combattere: l'uno con le leggi, l'altro con la forza: quel primo è proprio dello uomo, quel secondo delle bestie: ma, perché el primo molte volte non basta, conviene ricorrere al secondo. Per tanto a uno principe è necessario sapere bene usare la bestia e lo uomo. Questa parte è suta insegnata a' principi copertamente dalli antichi scrittori; li quali scrivono come Achille, e molti altri di quelli principi antichi, furono dati a nutrire a Chirone centauro, che sotto la sua disciplina li custodissi. Il che non vuol dire altro, avere per precettore uno mezzo bestia e mezzo uomo, se non che bisogna a uno principe sapere usare l'una e l'altra natura; e l'una sanza l'altra non è durabile.







Sendo adunque, uno principe necessitato sapere bene usare la bestia, debbe di quelle pigliare la golpe e il lione; perché il lione non si defende da' lacci, la golpe non si difende da' lupi. Bisogna, adunque, essere golpe a conoscere e' lacci, e lione a sbigottire e' lupi. Coloro che stanno semplicemente in sul lione, non se ne intendano. Non può per tanto uno signore prudente, né debbe, osservare la fede, quando tale osservanzia li torni contro e che sono spente le cagioni che la feciono promettere. E, se li uomini fussino tutti buoni, questo precetto non sarebbe buono; ma perché sono tristi, e non la osservarebbano a te, tu etiam non l'hai ad osservare a loro. Né mai a uno principe mancorono cagioni legittime di colorare la inosservanzia. Di questo se ne potrebbe dare infiniti esempli moderni e monstrare quante pace, quante promesse sono state fatte irrite e vane per la infedelità de' principi: e quello che ha saputo meglio usare la golpe, è meglio capitato. Ma è necessario questa natura saperla bene colorire, et essere gran simulatore e dissimulatore: e sono tanto semplici li uomini, e tanto obediscano alle necessità presenti, che colui che inganna troverrà sempre chi si lascerà ingannare.
 Chapitre 18

Comment les princes doivent tenir leur parole


On peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C’est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu’Achille et plusieurs autres héros de l’antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu’il les nourrît et les élevât.
Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu’un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l’une a besoin d’être soutenue par l’autre.
 Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s’en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles.
n prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ?
À ce propos on peut citer une infinité d’exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d’accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l’infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré.
Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveugles, si entraînés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper.



(Voir le portrait de Sigismond de Malatesta, surnommé le "loup de Rimini" par Piero de la Francesca au Louvre)



malatesta

      
 Le prince peut utiliser des mercenaires

Le Prince - Chapitre 12

Combien il y a de sortes de milices et de troupes mercenaires

Capitolo XII

Quot sint genera militiae et de mercennariis militibus.
[Di quante ragioni sia la milizia, e de' soldati mercennarii]


Si les Vénitiens et les Florentins, en employant de telles troupes [ mercenaires], accrurent néanmoins leurs puissance, et si les commandants, au lieu de les subjuguer, les défendirent, je réponds, pour ce qui regarde les Florentins, qu’ils en furent redevables à leur bonne fortune, qui fit que, de tous les généraux habiles qu’ils avaient et qu’ils pouvaient craindre, les uns ne furent point victorieux ; d’autres rencontrèrent des obstacles ; d’autres encore tournèrent ailleurs leur ambition.
L’un des premiers fut Giovanni Acuto, dont la fidélité, par cela même qu’il n’avait pas vaincu, ne fut point mise à l’épreuve ; mais on doit avouer que, s’il avait remporté la victoire, les Florentins seraient demeurés à sa discrétion.
E, se Viniziani e Fiorentini hanno per lo adrieto cresciuto lo imperio loro con queste arme, e li loro capitani non se ne sono però fatti principi ma li hanno difesi, respondo che Fiorentini in questo caso sono suti favoriti dalla sorte; perché de' capitani virtuosi, de' quali potevano temere, alcuni non hanno vinto, alcuni hanno avuto opposizione, altri hanno volto la ambizione loro altrove. Quello che non vinse fu Giovanni Aucut, del quale, non vincendo, non si poteva conoscere la fede; ma ognuno confesserà che, vincendo, stavano Fiorentini a sua discrezione.

aucut
Le "condottiere" anglais Giovanni Aucut, en italien : John Hawkwood en anglais, Jean Haccoude en français (1320-1394) est nommé par Machiavel dans le chapitre XII du Prince. Un livre de W. Caffaro lui est consacré

Machiavel  pouvait voir une fresque réprésentant son monument funèbre équestre peinta par Paolo Uccello (1397-1475) dans la cathédrale Santa Maria dei Fiori à Florence, le Duomo.









La cruauté de César Borgia
Le "nouveau prince" doit savoir être cruel

Capitolo VII

De principatibus novis qui alienis armis et fortuna acquiruntur.
[De' principati nuovi che s'acquistano con le armi e fortuna di altri]

Preso che ebbe il duca la Romagna, e trovandola suta comandata da signori impotenti, li quali più presto avevano spogliato e' loro sudditi che corretti, e dato loro materia di disunione, non di unione, tanto che quella provincia era tutta piena di latrocinii, di brighe e di ogni altra ragione di insolenzia, iudicò fussi necessario, a volerla ridurre pacifica e obediente al braccio regio, darli buon governo. Però vi prepose messer Remirro de Orco uomo crudele et espedito, al quale dette pienissima potestà. Costui in poco tempo la ridusse pacifica et unita, con grandissima reputazione. Di poi iudicò el duca non essere necessario eccessiva autorità, perché dubitava non divenissi odiosa; e preposevi uno iudicio civile nel mezzo della provincia, con uno presidente eccellentissimo, dove ogni città vi aveva lo avvocato suo. E perché conosceva le rigorosità passate averli generato qualche odio, per purgare li animi di quelli populi e guadagnarseli in tutto, volle monstrare che, se crudeltà alcuna era seguta, non era nata da lui, ma dalla acerba natura del ministro. E presa sopr'a questo occasione, lo fece mettere una mattina, a Cesena, in dua pezzi in sulla piazza, con uno pezzo di legno e uno coltello sanguinoso a canto. La ferocità del quale spettaculo fece quelli populi in uno tempo rimanere satisfatti e stupidi.
Le Prince Chapitre VII

Des principautés nouvelles qu’on acquiert par les armes d’autrui et par la fortune


La Romagne, acquise par le duc, avait eu précédemment pour seigneurs des hommes faibles, qui avaient plutôt dépouillé que gouverné, plutôt divisé que réuni leurs sujets ; de sorte que tout ce pays était en proie aux vols, aux brigandages, aux violences de tous les genres. Le duc [de Valentinois = César Borgia ]  jugea que, pour y rétablir la paix et l’obéissance envers le prince, il était nécessaire d’y former un bon gouvernement : c’est pourquoi il y commit messire Ramiro d’Orco, homme cruel et expéditif, auquel il donna les pleins pouvoirs. Bientôt, en effet, ce gouvernement fit naître l’ordre et la tranquillité ; et il acquit par là une très grande réputation. Mais ensuite le duc, pensant qu’une telle autorité n’était plus nécessaire, et que même elle pourrait devenir odieuse, établit au centre de la province un tribunal civil, auquel il donna un très bon président, et où chaque commune avait son avocat. Il fit bien davantage : sachant que la rigueur d’abord exercée avait excité quelque haine, et désirant éteindre ce sentiment dans les cœurs, pour qu’ils lui fussent entièrement dévoués, il voulut faire voir que si quelques cruautés avaient été commises, elles étaient venues, non de lui, mais de la méchante nature de son ministre. Dans cette vue, saisissant l’occasion, il le fit exposer un matin sur la place publique de Césène, coupé en quartiers, avec un billot et un coutelas sanglant à côté. La férocité de ce  spectacle satisfit le ressentiment des habitants, et les frappa en même temps de terreur.

Capitolo XVII

De crudelitate et pietate; et an sit melius amari quam timeri, vel e contra.
[Della crudeltà e pietà e s'elli è meglio esser amato che temuto, o più tosto temuto che amato]

Scendendo appresso alle altre preallegate qualità, dico che ciascuno principe debbe desiderare di essere tenuto pietoso e non crudele: non di manco debbe avvertire di non usare male questa pietà. Era tenuto Cesare Borgia crudele; non di manco quella sua crudeltà aveva racconcia la Romagna, unitola, ridottola in pace et in fede. Il che se si considerrà bene, si vedrà quello essere stato molto più pietoso che il populo fiorentino, il quale, per fuggire el nome del crudele, lasciò destruggere Pistoia. Debbe, per tanto, uno principe non si curare della infamia di crudele, per tenere e' sudditi sua uniti et in fede; perché, con pochissimi esempli sarà più pietoso che quelli e' quali, per troppa pietà, lasciono seguire e' disordini, di che ne nasca occisioni o rapine: perché queste sogliono offendere una universalità intera, e quelle esecuzioni che vengono dal principe offendono uno particulare. Et intra tutti e' principi, al principe nuovo è impossibile fuggire el nome di crudele, per essere li stati nuovi pieni di pericoli.

Le Prince - Chapitre 17

De la cruauté et de la clémence, et s’il vaut mieux être aimé que craint



Continuant à suivre les autres qualités précédemment énoncées, je dis que tout prince doit désirer d’être réputé pitoyabe et non cruel. Il faut pourtant bien prendre garde de ne point user mal à propos de la pitié. César Borgia passait pour cruel, mais sa cruauté rassemblé la Romagne ; elle y ramena la paix et la fidélité. On peut dire aussi, en considérant bien les choses, qu’il fut plus clément que le peuple florentin, qui, pour éviter le reproche de cruauté, laissa détruire la ville de Pistoie.

Un prince ne doit donc point s’effrayer de ce reproche, quand il s’agit de contenir ses sujets dans l’union et la fidélité. En faisant un petit nombre d’exemples de rigueur, vous serez plus clément que ceux qui, par trop de pitié, laissent s’élever des désordres d’où s’ensuivent les meurtres et les rapines ; car ces désordres blessent la société tout entière, au lieu que les rigueurs ordonnées par le prince ne tombent que sur des particuliers. Et parmi tous les princes c'est au prince nouveau qu'il est impossible d'éviter le nom de cruel, car les Etats nouveaux sont pleins de périls.








 Spinoza Traité politique, V, §7, 1675

“  De quels moyens un Prince, dirigé par son appétit de domination (libido dominandi), doit user pour établir et maintenir son pouvoir (imperium), le très pénétrant Machiavel l'a montré abondamment; mais, quant à la fin qu'il a visée, elle n'apparaît pas très clairement. S'il s'en est proposé une bonne ainsi qu'il est à espérer d'un homme sage, ce semble être de montrer de quelle imprudence la masse fait preuve alors qu'elle supprime un tyran, tandis qu'elle ne peut supprimer les causes qui font qu'un Prince devient un tyran, mais qu'au contraire, plus le Prince a de sujets de crainte, plus il y a de causes propres à faire de lui un tyran, ainsi qu'il arrive quand la multitude fait du Prince un exemple et glorifie un attentat contre le souverain comme un haut fait. Peut être Machiavel a-t-il voulu montrer aussi combien la multitude doit se garder de s'en remettre de son salut à un seul homme qui, s'il n'est pas vain au point de se croire capable de plaire à tous, devra constamment craindre quelque embûche et par là se trouve contraint de veiller surtout à son propre salut et au contraire de tendre des pièges à la multitude plutôt que de veiller sur elle. Et je suis d'autant plus disposé à juger ainsi de ce très habile auteur qu'on s'accorde à le tenir pour un partisan constant de la liberté et que, sur la façon dont il faut la conserver, il a donné des avis très salutaires. ”








    Chapitre 26

Exhortation à délivrer l’Italie des barbares
 
Capitolo XXVI

Exhortatio ad capessendam Italiam in libertatemque a barbaris vindicandam.

On voit aussi l'Italie priant Dieu de daigner lui envoyer quelqu’un qui la délivre de la cruauté et de l’insolence des barbares. On la voit d’ailleurs toute disposée, toute prête à se ranger sous le premier étendard, pourvu qu'il s'offre quelqu'un qui le veuille lever. 
Vedesi come la [Italie] prega Dio, che le mandi qualcuno che la redima da queste crudeltà et insolenzie barbare. Vedesi ancora tutta pronta e disposta a seguire una bandiera, pur che ci sia uno che la pigli.




gozzoli_rois_mages

Benezzo Gozzoli (1424-1497) le cycle de la chapelle des Mages du palais Medici-Riccardi à Florence. Le cortège du mage Gaspard qui est présenté comme Laurent le Magnifique

Une présentation de Machiavel comme auteur pertinent pour l'époque moderne par Trotsky en 1940 dans le livre qu'il écrivait sur Staline. "totalitaire"
Pour Machiavel, la lutte pour le pouvoir était un théorème de jeu d'échecs. Les questions de moralité n'existaient pas pour lui, de même qu'elles n'existent pas pour un joueur d'échecs ou pour un comptable. Sa tâche consistait à déterminer la politique la plus pratique qu'il convenait de suivre dans une situation donnée, et à expliquer comment il fallait l'appliquer d'une manière implacablement brutale, sur la base d'expériences faites dans les creusets politiques des deux continents. Cette manière d'aborder le problème s'explique non seulement par la nature du problème lui-même mais aussi par le caractère de l'époque dans laquelle il était posé. Elle découlait essentiellement de l'état de développement du féodalisme et s’affirmait en accord avec la lutte décisive pour le pouvoir entre les maîtres des deux époques - féodalisme agonisant et société bourgeoise naissante.

Mais à travers tout le dix-neuvième siècle qui fut l'âge du parlementarisme, du libéralisme et des réformes sociales (si on décide de négliger quelques guerres entre nations et quelques guerres civiles), Machiavel était considéré comme absurdement dé modé. L'ambition politique était circonscrite au cadre parlementaire, et par cela même ses tendances trop aventureuses étaient refrénées. Il ne s'agissait plus de prise du pouvoir par un individu et ses valets, mais de conquérir des mandats dans le plus grand nombre possible de circonscriptions électorales. Dans cette époque de lutte pour des portefeuilles ministériels, Machiavel faisait l'effet d'un idéologue original d'un passé lointain, et brumeux. La venue d'une nouvelle époque avait amené une nouvelle et plus haute moralité  politique. Mais, chose surprenante, le vingtième siècle - ce rêve escompté du nouvel âge pour lequel le dix -neuvième siècle avait lutté avec tant d'espoir - nous a ramenés aux pratiques et aux méthodes de la Renaissance !


Ce recul vers le machiavélisme le plus cruel semble incompréhensible à ceux qui vivaient jusqu'à hier dans la confiance confortable que l'histoire humaine se meut selon une ligne régulièrement ascendante de progrès matériel et culturel. Mais quoi qu'on pense de cette conception, nous pouvons tous nous dire maintenant : nulle époque du passé ne fut aussi cruelle, aussi implacable, aussi cynique que la nôtre. Politiquement, la moralité n'a pas progressé du tout par comparaison avec les modèles de la Renaissance ou avec ceux d'époques encore plus éloignées. L'époque de la Renaissance fut une époque de luttes entre deux mondes; les antagonismes sociaux atteignaient une intensité extrême; de là, l'acuité des luttes politiques.
Trotsky, Staline, http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal02.htm
Le dernier texte de Trotsky, Staline, totalitaire
« L'Etat, c'est moi » est presque une formule libérale en comparaison avec les réalités du régime totalitaire de Staline. Louis XIV ne s'identifiait qu'avec l'Etat. Les papes de Rome s'identifient à la fois avec l'Etat et avec l'Eglise - mais seulement durant les époques du pouvoir temporel. L'Etat totalitaire va-bien au-delà du césaro-papisme, car il embrasse l'économie entière du pays. A la différence du Roi Soleil, Staline peut dire à bon droit : « La Société, c'est moi. »
    Trotsky, Staline, http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal22.htm










VII"Etat de nature", "contrat" et "société civile" chez Hobbes



Lectures obligées

 Hobbes, Leviathan (1651) chapitre XIII et XIV (en anglais si possible, diverses éditions de poche) (extraits in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994).

 Une traduction en français sur internet : Leviathan Traduction originale de M. Philippe Folliot, Professeur de philosophie au Lycée Ango, Dieppe, Normandie.  Autres traduction en français : Tricaud chez Vrin, Mairet chez Gallimard

Le texte du Leviathan existe aussi dans une version en latin, due à Hobbes de 1668.

Hobbes : Du  Citoyen, (1642)  Garnier Flammarion, traduction par Sorbières lue et revue par Hobbes : le texte est en français du XVIIe siècle on y trouve fréquemment "société civile " qui est plus rare dans les textes en anglais (notamment le Leviathan).

Lectures d'autres auteurs recommandées :

Foucault : " Il faut défendre la société" Cours de Collège de France de 1976, Gallimard, 1998

Pasquale Pasquino, "Thomas Hobbes, la condition naturelle de l'humanité", in  Revue française de science politique, Année   1994, Volume   44, Numéro   2, pp. 294-307

(Le seul point commun entre "l'état de nature" est la relation entre Etats est l'absence d'autorité au-dessus des hommes à "l'état de nature" et des Etats)

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1994_num_44_2_394828


Quentin Skinner, Hobbes and Republican Liberty ,  Cambridge University Press, 2008

Sur la "cité" particulière qu' est celle de "l'honneur" chez Hobbes, lire Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la Justification. Les économies de la grandeur, Gallimard, 1991, p. 126-137 : "construction d'une grandeur fondée sur l'arbitraire des signes"


Podcast :

Quentin Skinner on Hobbes :

http://nigelwarburton.typepad.com/philosophy_bites/2007/10/quentin-skinner.html

   

                                              Le Léviathan, monstre marin, dans la Bible
Ce jour-là, Yahvé châtiera avec son épée dure, grande et forte, Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux; il tuera le dragon qui habite la mer.

Isaiah chap.27. 1.  


3.7 Que cette nuit devienne stérile, Que l'allégresse en soit bannie!
3.8 Qu'elle soit maudite par ceux qui maudissent les jours, Par ceux qui savent exciter le Léviathan!
3.9 Que les étoiles de son crépuscule s'obscurcissent, Qu'elle attende en vain la lumière, Et qu'elle ne voie point les paupières de l'aurore!

Job 3


Et Léviathan, le pêches-tu à l'hameçon, avec une corde comprimes-tu sa langue?
2.     40:26 Fais-tu passer un jonc dans ses naseaux, avec un croc perces-tu sa mâchoire?
3.     40:27 Est-ce lui qui te suppliera longuement, te parlera d'un ton timide?
4.     40:28 S'engagera-t-il par contrat envers toi, pour devenir ton serviteur à vie?
5.     40:29 T'amusera-t-il comme un passereau, l'attacheras-tu pour la joie de tes filles?
6.     40:30 Sera-t-il mis en vente par des associés, puis débité entre marchands?
7.     40:31 Cribleras-tu sa peau de dards, le harponneras-tu à la tête comme un poisson?
8.     40:32 Pose seulement la main sur lui au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus!
9.     41:1 Ton espérance serait illusoire, car sa vue seule suffit à terrasser.

Job chap. 41

Ce jour-là, Yahvé châtiera avec son épée dure, grande et forte, Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux; il tuera le dragon qui habite la mer.

Isaiah chap.27. 1.  


3.7 Que cette nuit devienne stérile, Que l'allégresse en soit bannie!
3.8 Qu'elle soit maudite par ceux qui maudissent les jours, Par ceux qui savent exciter le Léviathan!
3.9 Que les étoiles de son crépuscule s'obscurcissent, Qu'elle attende en vain la lumière, Et qu'elle ne voie point les paupières de l'aurore!

Job 3
<>

Et Léviathan, le pêches-tu à l'hameçon, avec une corde comprimes-tu sa langue?
2.     40:26 Fais-tu passer un jonc dans ses naseaux, avec un croc perces-tu sa mâchoire?
3.     40:27 Est-ce lui qui te suppliera longuement, te parlera d'un ton timide?
4.     40:28 S'engagera-t-il par contrat envers toi, pour devenir ton serviteur à vie?
5.     40:29 T'amusera-t-il comme un passereau, l'attacheras-tu pour la joie de tes filles?
6.     40:30 Sera-t-il mis en vente par des associés, puis débité entre marchands?
7.     40:31 Cribleras-tu sa peau de dards, le harponneras-tu à la tête comme un poisson?
8.     40:32 Pose seulement la main sur lui au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus!
9.     41:1 Ton espérance serait illusoire, car sa vue seule suffit à terrasser.

Job chap. 41

   



Introduction

Leviathan (1651)
Introduction

Leviathan

Nature (the art whereby God hath made and governs the world) is by the art of man, as in many other things, so in this also imitated, that it can make an artificial animal. For seeing life is but a motion of limbs, the beginning whereof is in some principal part within, why may we not say that all automata (engines that move themselves by springs and wheels as doth a watch) have an artificial life? For what is the heart, but a spring; and the nerves, but so many strings; and the joints, but so many wheels, giving motion to the whole body, such as was intended by the Artificer? Art goes yet further, imitating that rational and most excellent work of Nature, man. For by art is created that great LEVIATHAN called a COMMONWEALTH, or STATE (in Latin, CIVITAS), which is but an artificial man, though of greater stature and strength than the natural, for whose protection and defence it was intended; and in which the sovereignty is an artificial soul, as giving life and motion to the whole body; the magistrates and other officers of judicature and execution, artificial joints; reward and punishment (by which fastened to the seat of the sovereignty, every joint and member is moved to perform his duty) are the nerves, that do the same in the body natural; the wealth and riches of all the particular members are the strength; salus populi (the people's safety) its business; counsellors, by whom all things needful for it to know are suggested unto it, are the memory; equity and laws, an artificial reason and will; concord, health; sedition, sickness; and civil war, death. Lastly, the pacts and covenants, by which the parts of this body politic were at first made, set together, and united, resemble that fiat, or the Let us make man, pronounced by God in the Creation.






To describe the nature of this artificial man, I will consider
First, the matter thereof, and the artificer; both which is man.
Secondly, how, and by what covenants it is made; what are the rights and just power or authority of a sovereign; and what it is that preserveth and dissolveth it.
Thirdly, what is a Christian Commonwealth.
Lastly, what is the Kingdom of Darkness.

La nature (l'art par lequel Dieu a fait le monde et le gouverne) est si bien imitée par l’art de l'homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art peut  fabriquer un animal artificiel. Car, étant donné que la vie n'est rien d'autre qu'un mouvement de membres, dont le commencement est en quelque partie principale   intérieure, pourquoi ne pourrions-nous pas dire que tous les automates (des engins   qui se meuvent eux-mêmes , par des ressorts et des roues, comme une montre  ) ont une vie artificielle ? Car qu'est-ce que le coeur, sinon un ressort, les nerfs, sinon de nombreux fils  , et les jointures  , sinon autant de nombreuses roues qui donnent du mouvement au corps entier, comme cela a été  voulu par l'artisan. L'art va encore plus loin, imitant cet ouvrage raisonnable et le plus excellent de la Nature , l'homme. Car par l'art est créé ce grand LEVIATHAN appelé RÉPUBLIQUE , ou ÉTAT (en latin, CIVITAS), qui n'est rien d'autre qu'un homme artificiel, quoique d'une stature et d'une force supérieures à celles de l'homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été destiné, et en lequel la souveraineté est une âme artificielle, en tant qu'elle donne vie et mouvement au corps entier, où les magistrats et les autres officiers  affectés au jugement et à l'exécution sont des jointures artificielles, la récompense et la punition (qui, attachées au siège de la souveraineté, meuvent chaque jointure, chaque membre pour qu'il accomplisse son devoir) sont les nerfs, et [tout] cela s'accomplit comme dans le corps naturel : la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force, le salus populi (la protection du peuple ) est sa fonction, les conseillers, qui lui proposent toutes les choses qu'il doit connaître, sont la mémoire, l'équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles, la concorde est la santé, la sédition est la maladie, et la guerre civile est la mort. En dernier, les pactes et les conventions, par lesquels les parties de ce corps politique ont en premier lieu étaient faites, réunies et unifiées , ressemblent à ce Fiat ou au Faisons l'homme prononcé par Dieu lors de la création  .

Pour décrire la nature de cet homme artificiel, je considérerai :
* Premièrement, la matière de cet homme artificiel, et l'artisan, les deux étant l'homme.
* Deuxièmement, comment et par quelles conventions   il est fait; quels sont les droits et le juste pouvoir d'un souverain, et ce qui le conserve et le détruit  .
* Troisièmement, ce qu'est une République chrétienne  .
* Enfin, ce qu'est le royaume des ténèbres







hobbes


                                                                                Frontispice du DE CIVE (Du Citoyen) de Hobbes

(sur ce texte voir l'ouvrage de  Quentin Skinner, qui m'a fait connaître cette image, dont une part est consacrée à l'iconographie de Hobbes)



Hobbes et Machiavel : pessimisme anthropologique.

Les théories de l’”état de nature” (formule inventée par Hobbes) comme opposé à la “société civile” : Hobbes, Locke, Rousseau


I Les théories du « contrat social »

Hobbes, Leviathan, chap. XIV
The mutual transferring of right is that which men call contract


Qu'est-ce qu'un contrat ? Accord volontaire entre deux individus (ou institutions considérées comme individu) qui prennent un engagement réciproque (par exemple que l'un livrera tel produit en telle quantité et à tel prix à une certaine date à l'autre, d'être fidèle sexuellement l'un à l'autre, de rendre quelque chose qui a été prêté...)

A) Depuis les sophistes dans le monde grec jusqu’à John Rawls (A theory of Justice)

B) Contrat entre les citoyens,  contrat entre les sujets et le souverain, contrat entre les  homme  faisant naître la cité.

C) Les théories du contrat s’opposent aux théories « naturalistes ».

Aristote : l’homme est un animal social, politique :  "zoon politicon"


Hobbes : l'homme n'est pa sun "animal politique"

La plupart de ceux qui ont écrit touchant les républiques, supposent ou deman-dent, comme une chose qui ne leur doit pas être refusée, que l'homme est un animal politique,
"zoon politicon"  selon le langage des Grecs, né avec une certaine disposition naturelle à la société. Sur ce fondement-là ils bâtissent la doctrine civile; de sorte que pour la conservation de la paix, et pour la conduite de tout le genre hu-main, il ne faut plus rien sinon que les hommes s'accordent et con-vien-nent de l'obser-vation de certains pactes et conditions, auxquelles alors ils donnent le titre de lois. Cet axiome, quoique reçu si communément, ne laisse pas d'être faux, et l'erreur vient d'une trop légère contemplation de la nature humaine


Du citoyen, livre I, chap. I, 2


Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme : "homo homini lupus"
Locke : état de nature, état de guerre et sociéte civile


d) Les théories du contrat font de l’individu l’élément constitutif de la société (et non, par exemple,  la famille)


II  l'état de nature Hobbes

La place du sauvage


A) Une conception du sujet comme  animé par le désir

  Le «  desir de puissance » (« desire of power")


B) L’épreuve de l'hostilité généralisée :  absence de sûreté

 Les trois types de conflit qu'on trouve dans la nature humaine (Leviathan, chap. XIII)
Causes de compétition entre les hommes But du combat
Usage de la violence pour
Profit competition 
Se rendre maître d’autres hommes, femmes, enfants et bétails
Defiance  
Sécurité Pour défendre ceux-ci
Gloire
Réputation  Pour des bagatelles (trifles) : un mot, un sourire, une opintion difféente qui les sous estime,  soit eux même dans leur personne,  soit par projection leur famille, leurs amis, leur nation, leur profession, leur nom



C)   "Et certainement il est également vrai, et qu'un homme est un dieu à un autre homme, et qu'un homme est aussi un loup à un autre homme. L’homme  « enfant robuste et méchant »   (Le Citoyen).

  a) l'état de nature tous les hommes sont égaux car chacun a assez de force pour tuer l'autre
 
 b) "La guerre de tous contre tous" (bellum omnium contra omnes)


III La sortie de l'originaire


A) Le calcul rationnel d'individus chez Hobbes : le passage de « l’état de nature » à la « société civile », qui apporte

a) la sécurité

b) la possiblité du bien être

B) Le souverain

C) Hobbes penseur de « l’absolutisme », mais l'homme garde un droit à la vie qui est inaliénable

D) L'unité du pouvoir comme condition de la société civile selon Hobbes


Conclusion

L'"état de nature" de Hobbes n'est pas celui qui  organise les relations entre Etats-nation

Le contrat comme triomphe de l’individualisme

Rousseau prendra son contre pied systématique.



Frontispice du Leviathan de Hobbes


 

Etat et Eglise dans le frontispice du Leviathan de Hobbes : Le "corps politique" (qui rassemble tous les citoyens et qui assure leur unité) porte une couronne royale et il a en main et le glaive, le pouvoir temporel, et la crosse, le pouvoir spirituel. Le paysage sous lui montre des une ville fortifiée avec des églises, des gens paisibles. Le "Léviathan" sort de la mer comme selon le texte de Job

Dans la partie basse du frontispice on voit deux colonnes de cinq lignes de part et d'autre du titre l'une sous le glaive et l'autre sous la crosse de la partie haute :

côté du glaive (Etat)
         Leviathan
côté  de la crosse (Eglise)
château

or
The Matter, Forme,
église

couronne

and Power of a common mitre

canon
wealth Ecclesiasticall
and Civil
tonnerre

trophée militaire

by Thomas Hobbes
of Malmesbury
argumentation scolastique

bataille

London
Printed for Andrew Crooke
1651
cours éclésiastique catholique



Léviathan  I , 11,

OF THE DIFFERENCE OF MANNERS

So that in the first place, I put for a general inclination of all mankind a perpetual and restless desire of power after power, that ceaseth only in death. And the cause of this is not always that a man hopes for a more intensive delight than he has already attained to, or that he cannot be content with a moderate power, but because he cannot assure the power and means to live well, which he hath present, without the acquisition of more. And from hence it is that kings, whose power is greatest, turn their endeavours to the assuring it at home by laws, or abroad by wars: and when that is done, there succeedeth a new desire; in some, of fame from new conquest; in others, of ease and sensual pleasure; in others, of admiration, or being flattered for excellence in some art or other ability of the mind.



Competition of riches, honour, command, or other power inclineth to contention, enmity, and war, because the way of one competitor to the attaining of his desire is to kill, subdue, supplant, or repel the other.
 

De la différence des mœurs


Si bien qu'en premier,
je tiens comme une inclination générale de tous les hommes un désir permanent et sans relâche  [d'acquérir] puissance   après puissance, désir qui ne cesse qu'à la mort. Et la cause de ce désir n'est pas toujours que l'homme espère un plaisir plus intense que celui qu'il a déjà atteint, ou qu'il ne puisse pas se contenter d'un pouvoir modéré, mais c'est qu'il ne peut pas assurer le pouvoir et les moyens de vivre bien qu'il possède à présent sans en acquérir davantage. Et de là vient que les rois, dont le pouvoir est le plus grand, dirigent leurs efforts pour le rendre sûr à l'intérieur, par des lois, et à l'extérieur, par des guerres. Et quand cela est réalisé, un nouveau désir succède [à l'ancien]; chez certains, désir d'une gloire qui viendrait d'une nouvelle conquête, chez d'autres, désir de bien-être  et de plaisirs sensuels, chez d'autres [encore] désir d'être admiré, ou d'être flatté pour leur excellence dans quelque art ou quelle faculté de l'esprit .

La compétition pour les richesses, l'honneur, les postes de commandement, ou pour d'autres pouvoirs, incline à la discorde, à l'hostilité, et à la guerre, parce que le moyen pour celui qui entre en compétition  d'atteindre ce qu'il désire est de tuer, d'assujettir, de supplanter, ou de repousser l'autre .
 



Chapter XIV: Of the First and Second Natural Laws, and of Contracts
http://oregonstate.edu/instruct/phl302/texts/hobbes/leviathan-c.html#CHAPTERXIV
Première partie : De l’homme
Chapitre XIV

De la première et de la seconde
Lois naturelles, et des Contrats
http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan.html
If a covenant be made wherein neither of the parties perform presently, but trust one another, in the condition of mere nature (which is a condition of war of every man against every man) upon any reasonable suspicion, it is void: but if there be a common power set over them both, with right and force sufficient to compel performance, it is not void. For he that performeth first has no assurance the other will perform after, because the bonds of words are too weak to bridle men's ambition, avarice, anger, and other passions, without the fear of some coercive power; which in the condition of mere nature, where all men are equal, and judges of the justness of their own fears, cannot possibly be supposed. And therefore he which performeth first does but betray himself to his enemy, contrary to the right he can never abandon of defending his life and means of living.



But in a civil estate, where there a power set up to constrain those that would otherwise violate their faith, that fear is no more reasonable; and for that cause, he which by the covenant is to perform first is obliged so to do.

The cause of fear, which maketh such a covenant invalid, must be always something arising after the covenant made, as some new fact or other sign of the will not to perform, else it cannot make the covenant void. For that which could not hinder a man from promising ought not to be admitted as a hindrance of performing.


He that transferreth any right transferreth the means of enjoying it, as far as lieth in his power. As he that selleth land is understood to transfer the herbage and whatsoever grows upon it; nor can he that sells a mill turn away the stream that drives it. And they that give to a man the right of government in sovereignty are understood to give him the right of levying money to maintain soldiers, and of appointing magistrates for the administration of justice.

To make covenants with brute beasts is impossible, because not understanding our speech, they understand not, nor accept of any translation of right, nor can translate any right to another: and without mutual acceptation, there is no covenant.

To make covenant with God is impossible but by mediation of such as God speaketh to, either by revelation supernatural or by His lieutenants that govern under Him and in His name: for otherwise we know not whether our covenants be accepted or not. And therefore they that vow anything contrary to any law of nature, vow in vain, as being a thing unjust to pay such vow. And if it be a thing commanded by the law of nature, it is not the vow, but the law that binds them.

Si une convention est faite de telle façon qu'aucune des parties ne s'exécute tout de suite, car chacune fait confiance à l'autre, dans l'état de nature (qui est un état de guerre de tout homme contre homme), au [moindre] soupçon bien fondé , cette convention est nulle. Mais si existe un pouvoir commun institué au-dessus des deux parties, avec une force et un droit suffisants pour les contraindre à s'exécuter, la convention n'est pas nulle. Car celui qui s'exécute le premier n'a aucune assurance que l'autre s'exécutera après, parce que les liens créés par les mots sont trop faibles pour brider, chez les hommes, l'ambition, la cupidité, la colère et les autres passions, sans la crainte de quelque pouvoir coercitif qu'il n'est pas possible de supposer   dans l'état de simple nature, où tous les hommes sont égaux, et juges du bien-fondé   de leurs propres craintes. C'est pourquoi celui qui s'exécute le premier ne fait que se livrer  à son ennemi, contrairement au droit, qu'il ne peut jamais abandonner, de défendre sa vie et ses moyens de vivre.

Mais dans un état civil, où existe un pouvoir institué pour contraindre ceux qui, autrement, violeraient leur parole, cette crainte n'est plus raisonnable; et pour cette raison  , celui qui, selon la convention, doit s'exécuter le premier, est obligé de le faire.

La cause de crainte, qui rend une telle convention invalide, doit toujours être quelque chose qui se produit après que la convention a été faite, comme quelque nouveau fait ou quelque autre signe de la volonté de ne pas s'exécuter  . Autrement, la convention demeure valide, car on ne doit pas admettre que ce qui n'a pas pu empêcher un homme de promettre puisse l'empêcher de s'exécuter.

Celui qui transmet un droit transmet les moyens d'en jouir, dans la mesure où c'est en son pouvoir. Par exemple, celui qui vend un terrain est censé transmettre l'herbe et tout ce qui y pousse; De même, celui qui vend un moulin ne peut pas détourner le cours d'eau qui le fait fonctionner. Et ceux qui donnent un homme le droit de gouverner comme souverain sont censés lui donner le droit de lever des impôts pour entretenir des troupes et nommer des magistrats pour l'administration de la justice.

Faire des conventions avec des bêtes brutes est impossible parce que, ne compre-nant notre langage, elles ne comprennent et n'acceptent aucun transfert de droit, ni ne peuvent transférer un droit à un autre; et   sans acceptation mutuelle, il n'y a pas de convention.
Faire une convention avec Dieu est impossible, sinon par l'intermédiaire de ceux à qui Dieu parle, soit par révélation surnaturelle, soit par ses lieutenants qui gouvernent sous lui et en son nom, car autrement, nous ne savons pas si nos conventions sont acceptées ou non. Et c'est pourquoi ceux qui jurent quelque chose de contraire à une loi de nature, jurent en vain, car c'est une chose injuste de s'acquitter de ce qu'on a pu ainsi jurer . Et si c'est une chose ordonnée par la loi de nature, ce n'est pas le fait d'avoir juré, mais la loi, qui les lie  .


Chapter XIV.

 Of the First and Second Natural Laws, and of Contracts

http://oregonstate.edu/instruct/phl302/texts/hobbes/leviathan-c.html#CHAPTERXIV
Chapitre XIV

De la première et de la seconde
Lois naturelles, et des Contrats
Traduction originale de M. Philippe Folliot,


http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan.html
Whensoever a man transferreth his right, or renounceth it, it is either in consideration of some right reciprocally transferred to himself, or for some other good he hopeth for thereby. For it is a voluntary act: and of the voluntary acts of every man, the object is some good to himself. And therefore there be some rights which no man can be understood by any words, or other signs, to have abandoned or transferred. As first a man cannot lay down the right of resisting them that assault him by force to take away his life, because he cannot be understood to aim thereby at any good to himself. The same may be said of wounds, and chains, and imprisonment, both because there is no benefit consequent to such patience, as there is to the patience of suffering another to be wounded or imprisoned, as also because a man cannot tell when he seeth men proceed against him by violence whether they intend his death or not. And lastly the motive and end for which this renouncing and transferring of right is introduced is nothing else but the security of a man's person, in his life, and in the means of so preserving life as not to be weary of it. And therefore if a man by words, or other signs, seem to despoil himself of the end for which those signs were intended, he is not to be understood as if he meant it, or that it was his will, but that he was ignorant of how such words and actions were to be interpreted.
Toutes les fois qu'un homme transmet son droit, ou qu'il y renonce, c'est soit en considération d'un droit qu'on lui transmet par réciprocité  , soit pour quelque autre bien qu'il espère [obtenir] par ce moyen.  Car c'est un acte volontaire, et l'objet des actes volontaires de tout homme est un bien pour lui-même. C'est pourquoi il est inconcevable qu'un homme ait pu, par des paroles ou d'autres signes, abandonner ou transmettre certains droits. D'abord, un homme ne peut pas se démettre du droit de résister à ceux qui l'attaquent par la force pour lui ôter la vie, parce qu'il est inconcevable qu'il vise de cette façon quelque bien pour lui-même. On peut dire la même chose pour les blessures, les fers, l'emprisonnement, parce que, d'une part, il n'y a aucunavantage consécutif au fait d'endurer ces choses, comme il y en a au fait de souffrir qu'un autre soit blessé ou emprisonné, et d'autre part, parce qu'un homme, quand il voit des hommes agir avec violence à son égard, ne peut pas dire s'ils projettent ou non sa mort. Enfin, le motif, la fin pour lesquels un homme accepte ce renoncement au droit et sa transmission n'est rien d'autre que la sécurité de sa personne  , pour ce qui est de sa vie et des moyens de la préserver telle qu'il ne s'en dégoûte pas  . Et c'est pourquoi, si un homme, par des paroles, ou d'autres signes, semble se dépouiller de la fin que visaient ces signes, on ne doit pas comprendre qu'il voulait dire cela, ou que c'était sa volonté, mais qu'il était ignorant de la façon dont de telles paroles et de telles actions seraient interprétées.



Chapter XXIX: Of Those Things That Weaken or Tend to the Dissolution of a Commonwealth Chapitre XXIX

Des choses qui affaiblissent la République, ou qui tendent à sa dissolution

As there have been doctors that hold there be three souls in a man; so there be also that think there may be more souls, that is, more sovereigns, than one in a Commonwealth; and set up a supremacy against the sovereignty; canons against laws; and a ghostly authority against the civil; working on men's minds with words and distinctions that of themselves signify nothing, but bewray, by their obscurity, that there walketh (as some think invisibly) another kingdom, as it were a kingdom of fairies, in the dark. Now seeing it is manifest that the civil power and the power of the Commonwealth is the same thing; and that supremacy, and the power of making canons, and granting faculties, implieth a Commonwealth; it followeth that where one is sovereign, another supreme; where one can make laws, and another make canons; there must needs be two Commonwealths, of one and the same subjects; which is a kingdom divided in itself, and cannot stand. For notwithstanding the insignificant distinction of temporal and ghostly, they are still two kingdoms, and every subject is subject to two masters. For seeing the ghostly power challengeth the right to declare what is sin, it challengeth by consequence to declare what is law, sin being nothing but the transgression of the law; and again, the civil power challenging to declare what is law, every subject must obey two masters, who both will have their commands be observed as law, which is impossible. Or, if it be but one kingdom, either the civil, which is the power of the Commonwealth, must be subordinate to the ghostly, and then there is no sovereignty but the ghostly; or the ghostly must be subordinate to the temporal, and then there is no supremacy but the temporal. When therefore these two powers oppose one another, the Commonwealth cannot but be in great danger of civil war and dissolution. For the civil authority being more visible, and standing in the clearer light of natural reason, cannot choose but draw to it in all times a very considerable part of the people: and the spiritual, though it stand in the darkness of School distinctions and hard words; yet, because the fear of darkness and ghosts is greater than other fears, cannot want a party sufficient to trouble, and sometimes to destroy, a Commonwealth. And this is a disease which not unfitly may be compared to the epilepsy, or falling sickness (which the Jews took to be one kind of possession by spirits), in the body natural. For as in this disease there is an unnatural spirit or wind in the head that obstructeth the roots of the nerves and, moving them violently, taketh the motion which naturally they should have from the power of the soul in the brain; thereby causeth violent and irregular motions, which men call convulsions, in the parts; insomuch as he that is seized therewith falleth down sometimes into the water, and sometimes into the fire, as a man deprived of his senses: so also in the body politic, when the spiritual power moveth the members of a Commonwealth by the terror of punishments and hope of rewards, which are the nerves of it, otherwise than by the civil power, which is the soul of the Commonwealth, they ought to be moved; and by strange and hard words suffocates their understanding; it must needs thereby distract the people, and either overwhelm the Commonwealth with oppression, or cast it into the fire of a civil war.
De même qu'il y a eu des docteurs qui ont soutenu qu'il y a trois âmes en l'homme , il y en a aussi qui pensent qu'il peut y avoir dans une République plus qu'une seule âme, c'est-à-dire plus qu'un seul souverain, et ils établissent une suprématie qui s'oppose  à la souveraineté, des canons qui s'opposent aux lois, et une autorité spirituelle   qui s'oppose à l'autorité civile, qui agissent sur les esprits   des hommes avec des mots et des distinctions qui, en eux-mêmes ne signifient rien, mais qui laissent entrevoir, par leur obscurité, l'existence dans les ténèbres d'un autre royaume (que certains croient invisible), qui serait comme un royaume de sylphes . Or, vu qu'il est manifeste que le pouvoir civil et le pouvoir de la République sont la même chose , et que la suprématie et le pouvoir de faire des canons et d'accorder des libertés   impliquent une République; il s'ensuit que là où l'un est souverain et un autre suprême, là où l'un peut faire des lois, et un autre des canons, il doit nécessai-rement y avoir deux Républiques, formées d'un unique groupe des mêmes sujets, ce qui est un royaume divisé en lui-même, qui ne peut demeurer. En effet, même si la distinction entre temporel et spirituel n'a pas de sens , il y a pourtant deux royaumes, et chaque sujet est assujetti à deux maîtres. En effet, vu que le pouvoir spirituel prétend   au droit de déclarer ce qu'est le péché, il prétend en conséquence à celui de déclarer ce qu'est la loi, le péché n'étant rien d'autre que la transgression de la loi, et vu que, de même, le pouvoir civil prétend au droit de déclarer ce qu'est la loi, tout sujet doit obéir à deux maîtres qui, tous deux, veulent que leurs commandements soient observés comme des lois, ce qui est impossible.  Ou, s'il n'y a qu'un seul royaume, soit le pouvoir civil, qui est le pouvoir de la République, doit être subor-donné au pouvoir spirituel, et alors n'existe qu'une souveraineté, la souveraineté spirituelle, soit le pouvoir spirituel doit être subordonné au pouvoir temporel, et alors il n'y a qu'une suprématie, la suprématie  temporelle. Quand donc ces deux pouvoirs s'opposent l'un à l'autre, la République ne peut qu'être en grand danger de guerre civile et de dissolution.  En effet, l'autorité civile, étant plus visible, et se trouvant dans la lumière plus éclairée de la raison naturelle, ne peut faire autrement qu'attirer   à elle, en tout temps, une partie très considérable du peuple; et l'autorité spirituelle, quoiqu'elle se tienne dans l'obscurité des distinctions scolastiques et des mots difficiles, cependant, parce que la crainte des ténèbres et des esprits   est plus importante que les autres craintes, ne peut manquer d'un parti suffisant pour troubler, et parfois détruire, une République. Et c'est une maladie qui peut, sans impropriété, être comparée à l'épilepsie, ou mal caduc   du corps naturel (que les juifs prenaient pour une sorte de possession par les esprits). En effet, de même que dans cette maladie, il y a dans le tête un esprit ou vent non naturel qui obstrue les racines des nerfs et qui, les mouvant violemment, supprime le mouvement que naturellement ils devraient recevoir du pouvoir de l'âme dans le cerveau, et cause ainsi dans les organes des mouvements violents et irréguliers, que les hommes appellent convulsions, de sorte que celui dont le mal s'est emparé tombe parfois dans l'eau, parfois dans le feu, comme un homme privé de ses sens, de même aussi, dans le corps politique, quand le pouvoir spirituel, par la terreur des châtiments et l'espoir des récompenses, qui sont les nerfs de la République, meut les membres de cette dernière autrement que par le pouvoir civil, qui est l'âme de la République, et que, par des mots étranges et diffi-ciles, il étouffe la compréhension   du peuple, il doit nécessairement de cette façon   affoler   le peuple, et, ou écraser la République en l'opprimant, ou la jeter dans le feu de la guerre civ

CHAPTER XLII

OF POWER ECCLESIASTICAL

Chapitre XLII :Du pouvoir ecclésiastique
here be two senses wherein a writing may be said to be canonical: for canon signifieth a rule; and a rule is a precept by which a man is guided and directed in any action whatsoever. Such precepts, though given by a teacher to his disciple, or a counsellor to his friend, without power to compel him to observe them, are nevertheless canons, because they are rules. But when they are given by one whom he that receiveth them is bound to obey, then are those canons not only rules, but laws: the question therefore here is of the power to make the Scriptures, which are the rules of Christian faith, laws.
[...]

By the writings of the Fathers that lived in the time before that Christian religion was received and authorized by Constantine the Emperor, we may find that the books we now have of the New Testament were held by the Christians of that time (except a few, in respect of whose paucity the rest were called the Catholic Church, and others heretics) for the dictates of the Holy Ghost; and consequently for the canon, or rule of faith: such was the reverence and opinion they had of their teachers; as generally the reverence that the disciples bear to their first masters in all manner of doctrine they receive from them is not small. Therefore there is no doubt but when St. Paul wrote to the churches he had converted; or any other Apostle or Disciple of Christ, to those which had then embraced Christ; they received those their writings for the true Christian doctrine. But in that time when not the power and authority of the teacher, but the faith of the hearer, caused them to receive it, it was not the Apostles that made their own writings canonical, but every convert made them so to himself.

But the question here is not what any Christian made a law or canon to himself, which he might again reject by the same right he received it, but what was so made a canon to them as without injustice they could not do anything contrary thereunto. That the New Testament should in this sense be canonical, that is to say, a law in any place where the law of the Commonwealth had not made it so, is contrary to the nature of a law. For a law, as hath been already shown, is the commandment of that man, or assembly, to whom we have given sovereign authority to make such rules for the direction of our actions as he shall think fit, and to punish us when we do anything contrary to the same. When therefore any other man shall offer unto us any other rules, which the sovereign ruler hath not prescribed, they are but counsel and advice; which, whether good or bad, he that is counselled may without injustice refuse to observe; and when contrary to the laws already established, without injustice cannot observe, how good soever he conceiveth it to be. I say he cannot in this case observe the same in his actions, nor in his discourse with other men, though he may without blame believe his private teachers and wish he had the liberty to practise their advice, and that it were publicly received for law. For internal faith is in its own nature invisible, and consequently exempted from all human jurisdiction; whereas the words and actions that proceed from it, as breaches of our civil obedience, are injustice both before God and man. Seeing then our Saviour hath denied his kingdom to be in this world, seeing he hath said he came not to judge, but to save the world, he hath not subjected us to other laws than those of the Commonwealth; that is, the Jews to the law of Moses, which he saith he came not to destroy, but to fulfil; [Matthew, 5] and other nations to the laws of their several sovereigns, and all men to the laws of nature; the observing whereof, both he himself and his Apostles have in their teaching recommended to us as a necessary condition of being admitted by him in the last day into his eternal kingdom, wherein shall be protection and life everlasting. Seeing then our Saviour and his Apostles left not new laws to oblige us in this world, but new doctrine to prepare us for the next, the books of the New Testament, which contain that doctrine, until obedience to them was commanded by them that God had given power to on earth to be legislators, were not obligatory canons, that is, laws, but only good and safe advice for the direction of sinners in the way to salvation, which every man might take and refuse at his own peril, without injustic


Un écrit peut être dit canonique en deux sens : en effet, canon signifie règle, et une règle est un précepte par lequel un homme est guidé et dirigé en une action, quelle qu'elle soit. Ces préceptes, même donnés par un maître à ses disciples, ou par un conseiller à son ami, sans pouvoir de contraindre celui qui les observe, sont néanmoins des canons, parce que ce sont des règles. Mais quand ils sont donnés par quelqu'un à qui celui qui les observe est tenu d'obéir, alors ces canons ne sont pas seulement des règles, mais ce sont des lois. La question est donc ici celle du pouvoir de faire les Ecritures, qui sont les règles de la foi chrétienne, des lois[...]


    

 Par les écrits des Pères qui vécurent avant que la religion chrétienne ne soit reçue et autorisée par l'empereur Constantin, nous pouvons voir que les livres que nous avons maintenant du Nouveau Testament étaient tenus par les Chrétiens de l'époque (mis à part quelques-uns, et par rapport à une minorité qu'on appelait des hérétiques, les autres étaient appelés l'Eglise Catholique) pour les préceptes du Saint-Esprit, et par conséquent tenus pour le canon, la règle de foi : tels étaient le respect et l'opinion qu'ils avaient à l'égard de leurs maîtres car, en général, le respect que les disciples portent à leurs premiers maîtres, quelle que soit la doctrine reçue, n'est pas mince. Il n'y a donc aucun doute que, quand saint Paul écrivait aux Eglises qu'il avait converties, ou quand un autre apôtre ou disciple du Christ écrivait à ceux qui avaient embrassé la foi dans le Christ, ces derniers recevaient ces écrits comme la vraie doctrine chrétienne. Mais à cette époque, alors que ce n'étaient pas le pouvoir et l'autorité du maître, mais la foi de celui qui écoutait, qui faisaient qu'il la recevait, ce n'étaient pas les apôtres qui rendaient leurs propres écrits canoniques, mais chaque converti les considérait comme tels pour lui-même.

 

    


 Mais ici, la question n'est pas de savoir ce que chaque Chrétien considérait comme loi ou canon pour lui-même, qu'il pouvait [d'ailleurs] rejeter par le même droit qu'il l'avait reçu, elle est de savoir ce qui leur était rendu canonique de telle façon qu'ils ne pouvaient sans injustice faire quelque chose qui y fût contraire. Que le Nouveau Testament fût canonique en ce sens, c'est-à-dire fût une loi en des lieux où la loi de la République ne l'avait pas rendu tel, cela est contraire à la nature d'une loi, car une loi, comme je l'ai déjà montré, est le commandement de l'homme ou de l'assemblée à qui nous avons donné l'autorité souveraine pour faire des règles pour la direction de nos actions comme il le jugera bon, et pour nous punir quand nous faisons quelque chose de contraire à la loi. Quand donc quelqu'un nous propose d'autres règles que celles que le législateur souverain a prescrites, elles ne sont que des conseils, des recommandations que celui qui est conseillé, que ces conseils soient bons ou mauvais, peut sans injustice refuser d'observer; et si ces conseils sont contraires aux lois déjà établies, il ne saurait les suivre sans injustice, aussi bonnes soient-elles selon son idée. Je dis qu'il ne saurait dans ce cas observer ces conseils dans ses actions, et pas non plus dans ses entretiens avec les autres hommes, quoiqu'il puisse sans être condamné croire ses maîtres privés et souhaiter avoir la liberté de mettre en pratique leurs recommandations, et souhaiter que ces recommandations soient publiquement tenues pour lois, car la foi intérieure est par sa propre nature invisible, et par conséquent elle est soustraite à toute juridiction humaine, alors que les paroles et les actions qui viennent de cette foi sont, en tant que ruptures de l'obéissance civile, une injustice à la fois devant Dieu et devant les hommes. Attendu que notre Sauveur a nié que son royaume soit de ce monde, attendu qu'il a dit qu'il ne venait pas pour juger le monde, mais pour le sauver, il ne nous a pas assujettis à d'autres lois que celles de la République, c'est-à-dire qu'il a assujetti les Juifs à la loi de Moïse (dont il dit en Matthieu, V, qu'il n'est pas venu pour la détruire, mais pour l'accomplir), et les autres nations aux lois de leurs souverains respectifs, et tous les hommes aux lois de nature. L'observation de ces lois, lui-même et ses apôtres l'ont recommandée dans leur enseignement comme une condition nécessaire pour être admis par lui, au dernier jour, dans son royaume éternel, où nous connaîtrons une protection et une vie éternelles. Donc, étant donné que notre Sauveur et ses apôtres ne nous ont pas laissé de nouvelles lois pour nous obliger en ce monde, mais une nouvelle doctrine pour nous préparer au monde à venir, les livres de l'Ancien Testament, qui contiennent cette doctrine, jusqu'à que ceux  à qui Dieu donna le pouvoir d'être les législateurs terrestres nous ordonnent de leur obéir, ne furent pas des canons obligatoires, c'est-à-dire des lois, mais seulement des recommandations bonnes et salutaires pour diriger les pécheurs dans le chemin du salut, recommandations que chacun pouvait suivre ou refuser sans injustice, à ses risques et périls


La guerre de tous contre tous

Hobbes, Leviathan, livre XIII, traduction française par P. Pasquino et texte latin. Extrait de Pasquale Pasquino, "Thomas Hobbes, la condition naturelle de l'humanité", in  Revue française de science politique, Année   1994, Volume   44, Numéro   2, pp. 294-307

(Le seul point commun entre "l'état de nature" est la relation entre Etats est l'absence d'autorité au-dessus des hommes à "l'état de nature" et des Etats)

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1994_num_44_2_394828
Hobbes leviathan
leviathan 13









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VIII L'"état de nature" et la "société civile" selon Rousseau



Lecture obligatoire : Rousseau, Discours sur l'origine  et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

Lectures recommandées :

Le Roy Ladurie, E., L'Ancien régime, II, 1715-1770, 1991, "Pluriel"
Rousseau, Du Contrat social (nombreuses éditions de poche ou in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994)




Introduction

Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755).

 Enjeu : si l’inégalité est naturelle, elle est quasi inévitable, si elle est sociale elle peut être corrigée. Le « droit naturel » doit garder une valeur régulatrice pour le « droit politique ».

Rousseau dernier grand théoricien de l’opposition « état de nature » / « société civile » (chez Hegel : Etat (moderne)/ société civile/famille, chez Marx : Etat/société civile)

Rousseau n’est pas un « moderne » (au sens de Benjamin Constant) car il refuse le principe de la représentation comme fondement de la loi. Et il valorise Sparte (plutôt qu'Athènes).

I) Etat et état de nature

a) "Etat" et "état" ("estat") en français).

- état : statut
- état : goupe d’individus ayant le même statut (=ordre) : "tiers état"
- état : réunion des « estats » ou « états » : les "états généraux"
- état du royaume (en latin dans des textes médiévaux), d'où Etat

(attention à l'orthographe : Etat (l'institution politique), l'état (la condition etc.)


b) L’importance du modèle civique antique chez Rousseau : exaltation par Rousseau des valeur de la Rome républicaine. La Cité objet d’une forme de culte
- Les valeurs du citoyen-soldat

[…] si ses citoyens s'étaient exercés aux armes, c'eût été plutôt pour entretenir chez eux cette ardeur guerrière et cette fierté de courage qui sied si bien à la liberté et qui en nourrit le goût que par la nécessité de pourvoir à leur propre défense
(Dédicace)


- Contre le luxe

Que les prétendus gens de goût admirent en d'autres lieux la grandeur des palais, la beauté des équipages, les superbes ameublements, la pompe des spectacles et tous les raffinements de la mollesse et du luxe. A Genève, on ne trouvera que des hommes, mais pourtant un tel spectacle a bien son prix, et ceux qui le rechercheront vaudront bien les admirateurs du reste.
(Dédicace)

c) Lycurgue (Sparte), Numa (Rome) et Moïse (les Juifs) : les nomothètes (législateurs) sublimes. Même si Rousseau va développer une théorie originale dans Du Contrat social dans le Disours il pense le contrat comme liant les sujets, citoyens à un souverain.


II) Le statut du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité entre les hommes

a) De la difficulté à lire Rousseau : rigueur mathématique et art littéraire, une paranoïa sublime.

Ainsi on trouve dans le discours des raisonnements qui relève de la théorie des jeux.

Exemple de raisonnement rationnel :

La naissance difficile de la coopération entre les hommes :

  Voilà comment les hommes purent insensiblement acquérir quelque idée grossière des engagements mutuels, et de l'avantage de les remplir, mais seulement autant que pouvait l'exiger l'intérêt présent et sensible; car la prévoyance n'était rien pour eux, et loin de s'occuper d'un avenir éloigné, ils ne songeaient pas même au lendemain. S'agissait-il de prendre un cerf, chacun sentait bien qu'il devait pour cela garder fidèlement son poste; mais si un lièvre venait à passer à la portée de l'un d'eux, il ne faut pas douter qu'il ne le poursuivît sans scrupule, et qu'ayant atteint sa proie il ne se souciât fort peu de faire manquer la leur à ses compagnons.

 Il faut être deux pour attraper le cerf mais on peut attraper le lièvre en étant seul.
Imaginons que la valeur du cerf soit égale à 8 et celle du lièvre à 2. Le chasseur qui voit un lièvre passer à sa portée raisonne ainsi : mon « compagnon » s’il voit passer le lièvre le poursuivra, à 50 chances sur 100. S’il abandonne son poste je n’aurais rien du tout, tandis qu’en abandonnant mon poste je peux gagner. Il est donc rationnel de ne pas coopérer.

<>(le tableau peut se lire ainsi si le chasseur 1 et le chasseur 2 coopérent ils se partagent le lièvre. Si le chasseur 1 reste à l'affût et que le chasseur 2 court après le lièvre le chasseur 1 n'obtient rien et le chasseur 2 a un lièvre. Si les deux chasseurs désertent chacun pour attraper un lièvre ils obtiennent chacun 2).

Donc si les deux « compagnons » avaient coopérés le gain serait de 8 divisé par 2 soit 4 pour chacun. (voir Colas, Sociologie politique, PUF, p. 89 dg
et  R.BOUDON, Effet pervers et ordre social, PUF,)


CHASSEUR N°1
ASSISTANCE
CONCURRENCE

CHASSEUR N°2
ASSISTANCE 4
4
0
2
CONCURRENCE 2
0
2
2



         
b) Le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes : un texte hypothético-déductif

- Au lieu de présuposer la « sociabiité de l’homme » ne lui attribuer que deux « principes » : amour de soi-même (ou « amour de son bien être ») et pitié, un « sentiment naturel » (« répugnance innée à voir souffrir son semblabe »). Le second sentiment « compense » le premier. (Attention : bien distinguer "amour de soi-même" et "amour-propre" : désir d'autoconservation et souci de l'opion d'autrui.

  Laissant donc tous les livres scientifiques qui ne nous apprennent qu'à voir les hommes tels qu'ils se sont faits, et méditant sur les premières et plus simples opérations de l'âme humaine, j'y crois apercevoir deux principes antérieurs à la raison, dont l'un nous intéresse ardemment à notre bien-être et à la conservation de nous-mêmes, et l'autre nous inspire une répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible et principalement nos semblables. C'est du concours et de la combinaison que notre esprit est en état de faire de ces deux principes, sans qu'il soit nécessaire d'y faire entrer celui de la sociabilité, que me paraissent découler toutes les règles du droit naturel ; règles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d'autres fondements, quand par ses développements successifs elle est venue à bout d'étouffer la nature.
(Préface)



L'amour de soi-même est un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui, dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu. L'amour-propre n'est qu'un sentiment relatif, factice et né dans la société, qui porte chaque individu à faire plus cas de soi que de tout autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la véritable source de l'honneur.
(note 15)


Et une disposition plus générale : la « perfectibilité » :  les facultés non utilisées à l’état de nature se développent dans la « société civile ».

- Une déduction logique : il s’agit de comprendre la « nature »  des chose (les « fondements »)  plutôt que de faire une histoire (néanmoins Rousseau renvoie aux « sauvages », notamment des Caraïbes, décrits par les « voyageurs » pour étayer son argumentation).

Commençons donc par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question. Il ne faut pas prendre les recherches, dans lesquelles on peut entrer sur ce sujet, pour des vérités historiques, mais seulement pour des raisonnements hypothétiques et conditionnels; plus propres à éclaircir la nature des choses qu'à en montrer la véritable origine, et semblables à ceux que font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde.
(dans le début du texte)




c) Cependant à l'arrière fond le mythe de Genève, petite société
 
- La transparence : exigence inconditionne.

Si j'avais eu à choisir le lieu de ma naissance, j'aurais choisi une société d'une grandeur bornée par l'étendue des facultés humaines, c'est-à-dire par la possibilité d'être bien gouvernée, et où chacun suffisant à son emploi, nul n'eût été contraint de commettre à d'autres les fonctions dont il était chargé: un Etat où tous les particuliers se connaissant entre eux, les manoeuvres obscures du vice ni la modestie de la vertu n'eussent pu se dérober aux regards et au jugement du public, et où cette douce habitude de se voir et de se connaître, fît de l'amour de la patrie l'amour des citoyens plutôt que celui de la terre (souligné par DC)
(Dédicace)
<>


- La démocratie  : « régime le moins éloigné de l’état de nature »
 
J'aurais voulu naître dans un pays où le souverain et le peuple ne pussent avoir qu'un seul et même intérêt, afin que tous les mouvements de la machine ne tendissent jamais qu'au bonheur commun; ce qui ne pouvant se faire à moins que le peuple et le souverain ne soient une même personne, il s'ensuit que j'aurais voulu naître sous un gouvernement démocratique, sagement tempéré.
(Dédicace)

Pour Rousseau l'être est présence, d'où sa valorisatin de la voix sur l'écriture (sur cette question  : Jacques Derrida, De la Grammatologie)


III '"L 'état de nature" de Rousseau ou l'anti-Hobbes

a) Le paralogisme de Hobbes : il imagine l’homme à l’ »état de nature » comme étant animé par des « passions » sociales.

En raisonnant sur les principes qu'il établit, cet auteur [Hobbes] devait dire que l'état de nature étant celui où le soin de notre conservation est le moins préjudiciable à celle d'autrui, cet état était par conséquent le plus propre à la paix, et le plus convenable au genre humain. Il dit précisément le contraire, pour avoir fait entrer mal à propos dans le soin de la conservation de l'homme sauvage le besoin de satisfaire une multitude de passions qui sont l'ouvrage de la société, et qui ont rendu les lois nécessaires. Le méchant, dit-il, est un enfant robuste; il reste à savoir si l'homme sauvage est un enfant robuste.
(Ière partie)




b) l'homme à l'état de nature est robuste

HOBBES
De sorte que je dirais volontiers, qu'un méchant homme est le même qu'un enfant robuste, ou qu'un homme qui a l'âme d'un enfant; et que la méchanceté n'est autre chose que le défaut de raison en un âge auquel elle a accoutumé de venir aux hommes, par un instinct de la nature, qui doit être alors cultivée par la discipline, et qui se trouve déjà assez instruite par l'expé-rience des dangers et des infortunes passées


(DU CITOYEN,  DÉDICACE)  Texte traduit en français par Sorbière en 1649

ROUSSEAU : Accoutumés dès l'enfance aux intempéries de l'air, et à la rigueur des saisons, exercés à la fatigue, et forcés de défendre nus et sans armes leur vie et leur proie contre les autres bêtes féroces, ou de leur échapper à la course, les hommes se forment un tempérament robuste et presque inaltérable. Les enfants, apportant au monde l'excellente constitution de leurs pères, et la fortifiant par les mêmes exercices qui l'ont produite, acquièrent ainsi toute la vigueur dont l'espèce humaine est capable. La nature en use précisément avec eux comme la loi de Sparte avec les enfants des citoyens; elle rend forts et robustes ceux qui sont bien constitués et fait périr tous les autres; différente en cela de nos sociétés, où l'Etat, en rendant les enfants onéreux aux pères, les tue indistinctement avant leur naissance.

(début Iére partie)




c) l'homme à l'état de nature est solitaire

L'appétit [sexuel] satisfait, l'homme n'a plus besoin de telle femme, ni la femme de tel homme. (note 12 qui critique Locke)




d) l'homme à l'état de nature est heureux

Son âme, que rien n'agite, se livre au seul sentiment de son existence actuelle, sans aucune idée de l'avenir, quelque prochain qu'il puisse être, et ses projets, bornés comme ses vues, s'étendent à peine jusqu'à la fin de la journée.




IV La Société civile



a) La société civile, ou Etat se développe par une série de catastrophes
  Ainsi le langage naît d’un accroissement de la densité de la population

De grandes inondations ou des tremblements de terre environnèrent d'eaux ou de précipices des cantons habités; des révolutions du globe détachèrent et coupèrent en îles des portions du continent
(2e partie



b) La pensée comme malheur

- L'homme qui médite est un animal « dépravé »

Si elle [la nature] nous a destinés à être sains, j'ose presque assurer que l'état de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé. Quand on songe à la bonne constitution des sauvages, au moins de ceux que nous n'avons pas perdus avec nos liqueurs fortes, quand on sait qu'ils ne connaissent presque d'autres maladies que les blessures, et la vieillesse, on est très porté à croire qu'on ferait aisément l'histoire des maladies humaines en suivant celle des sociétés civiles.
(Ière partie)


 - Le langage est la fin de la transparence

Le premier langage de l'homme, le langage le plus universel, le plus énergique, et le seul dont il eut besoin, avant qu'il fallût persuader des hommes assemblés, est le cri de la nature.


 

c) Les trois phases du « progrès de l’inégalité »

  Révolutions  succesives
Changements d’ » état » (conditon) liées aux révolutions
1) Etablissement de la loi et du droit de propriété Riches/pauvres
2) Institution de la magistrature (autorité politique) Puissants/faibles
3) Passage du pouvoir légitime à l’arbitaire Maître/esclave (dernier état de  l’inégalité )


 
 
   
Conclusion Rousseau et la Révolution française.

[…] il est manifestement contre la Loi de Nature, de quelque manière qu'on la définisse, qu'un enfant commande à un vieillard, qu'un imbécile conduise un homme sage, et qu'une poignée de gens regorge de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire
 




IX Le "Contrat social" selon Rousseau


 Lectures recommandées :

Magna Carta (Grande Charte de Jean sans Terre) (1215) in D. Colas, Textes constitutionnels français et étrangers, Larousse, 1994)
Rousseau, Du Contrat social  ( extraits in D. Colas, La pensée politique, Larousse, 1994)

Et Constant : De la Liberté des Anciens comparée à
celle des Modernes: Benjamin Constant, Discours prononcé à
l'Athénée royal de Paris en 1819 in Colas, La Pensée politique et http://www.panarchy.org/constant/liberte.1819.html




« Tout ce qui rompt l'unité sociale ne vaut rien; toutes les institutions qui mettent l'homme en contradiction avec lui-même ne valent rien. » (L. IV, chap. 8)

« Le Prince de Machiavel est le livre des républicains » (Livre III, chap. 6)

« Tout ce qui n'est point dans la nature a ses inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. » (L. III, chap. 15)



INTRODUCTION

Publié la même année que  l’Emile (1762) et comme  lui interdit

Supériorité de la démocratie  « :La constitution démocratique est certainement le chef d’œuvre de l’art politique » (Lettres écrites sur la montagne,  La Pléiade,  p. 838). « Un Gouvernement si parfait ne convient pas aux hommes » (Contrat, L. III, chap.4)

I Place du Contrat social dans l’œuvre de Rousseau

1) Multiplicité des textes politiques de  Rousseau aux statuts différents

- Autreq œuvres politiques de Rousseau : « Considérations sur le gouvernement  de la Pologne » (vers 1772), Constitution de la Corse

- Variations  dans le titre. Une première version non publiée (le manuscrit de Genève) : De l’Etat, De la société civile, Du Contrat social  (à l’occasion « politie »  L. 1 chap. IV) qui est une transcription du grec « politeia »). Mais on pourrait l’appeler le « corps politique » en raison de l’importance de ce modèle (ou de cette métaphore)

2) Du Discours sur l'Origine de l'inégalité (1755)  au Contrat (1762)

 Le contrat comme moins mauvaise solution possible au fondement de la « société civile » ou de « l’état civil »   (en tant qu'opposé à l'"état de nature")

                  a) Comme  dans le Discours l’affirmation d’une « égalité naturelle des hommes »

Il n'y a qu'une seule loi qui, par sa nature, exige un consentement unanime; c'est le pacte social: car l'association civile est l'acte du monde le plus volontaire; tout homme étant né libre et maître de lui-même, nul ne peut, sous quelque prétexte que ce puisse être, l'assujettir sans son aveu. Décider que le fils d'une esclave naît esclave, c'est décider qu'il ne naît pas homme.

L.IV chap.




b) Valeur de la « petite société ».

La paix, l'union, l'égalité, sont ennemies des subtilités politiques. Les hommes droits et simples sont difficiles à tromper à cause de leur simplicité: les leurres, les prétextes raffinés ne leur en imposent point, ils ne sont pas même assez fins pour être dupes. Quand on voit chez le plus heureux peuple du monde des troupes de paysans régler les affaires de l'État sous un chêne et se conduire toujours sagement, peut-on s'empêcher de mépriser les raffinements des autres nations, qui se rendent illustres et misérables avec tant d'art et de mystère  ?

L. IV chap. 2




c) Mais la fragmentation politique  recrée un « état de nature »

L’ »état de nature »  dépassé dans chaque société  reste la norme dans les relations entre les nations : la guerre n’est pas impossible. Les hommes vivent  à la fois dans « l’ordre social » et dans « l’état de nature ».  Le s princes privilégient la « force » et la « raison d’Etat » sur la loi et lajustice (« l’Etat de guerre », Pléiade, t. III, p.610). Donc il faut consacrer beaucoup de « soins » à la « sûrété » au détriment de la « police » : il faudrait un gouvernement « confédératif ».( « Projet de paix perpétuelle », Pléiade, t.III, p.564).

- II Les théories du contrat social et l'originalité de celle de Rousseau

1) Ce n’est pas un contrat entre le peuple et le souverain.
.
 Le peuple souverain ne passe pas de « contrat » avec  le gouvernement   (L.III, chap. 1) (C’est la présentation du contrat  dans l’Essai) mais « il n’y a qu’un contrat dans l’Etat c’est celui de l’association « (L.III, chap. XVI) ?
La loi émanant  du peuple souverain s’impose à tous et doit faire « trembler «  même le roi (Considérations Pologne, Pléiade, p.1002)

 2)  Ce n’est pas un contrat qui est issu d’un calcul rationnel mais qui est la condition de possibilité de la souveraineté. : : « contrat  primitif » (L.IV, chap. 2). Il permet de passer à « l’état civil » . Cependant ce contrat  est un bénéfice. L’ « art vient  secours de la nature »  (Ière version du Contrat ).


Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant.

L.I  chap VIII



a) Avant et après le « passage » (L. I chap. 8)

état de nature
animal stupide et borné
état civil
homme intelligent
Instinct
Impulsion physique
Amour de soi
Penchants
Justice, Raison
Moralité,
Voix du devoir
Elévation de l’âme



   b)  la  « balance » (L.I, chap. 8

Perte   :  liberté naturelle  et droit illimité sur tout ce qui peut être atteint.
Gain    : liberté civile et propriété . 

Mais les « abus «  de cette  « nouvelle condition » peuvent  produire une « dégradation ». (L.I, chap. VIII)

3)  La souveraineté chez Bodin  dans la République :  autonomie par  rapport  à un autre pouvoir.  Rousseau promeut le citoyen :

l'essence du corps politique est dans l'accord de l'obéissance et de la liberté, et que ces mots de sujet et de souverain sont des corrélations identiques dont l'idée se réunit sous le seul mot de citoyen

L. III chap 13



III) Le Souverain et la loi comme "accord" entre "la volonté de chacun" et la "volonté
générale" qui ne peut être représentée (L.III, chap.15)


La souveraineté concerne la loi et non le gouvernement.

1) La souveraineté nait de la "constitution"' un "corps" qui n'a qu'une  une  "seule volonté"   :


Il ne suffit pas que le peuple assemblé ait une fois fixé la constitution de l'État en donnant la sanction à un corps de lois; il ne suffit pas qu'il ait établi un gouvernement perpétuel, ou qu'il ait pourvu une fois pour toutes à l'élection des magistrats; outre les assemblées extraordinaires que des cas imprévus peuvent exiger, il faut qu'il y en ait de fixes et de périodiques que rien ne puisse abolir ni proroger, tellement qu'au jour marqué le peuple soit légitimement convoqué par la loi, sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune autre convocation formelle.

(L.III, chap.13)

Tant que plusieurs hommes réunis se considèrent comme un seul corps, ils n'ont qu'une seule volonté qui se rapporte à la commune conservation et au bien-être général. Alors tous les ressorts de l'État sont vigoureux et simples, ses maximes sont claires et lumineuses il n'a point d'intérêts embrouillés, contradictoires le bien commun se montre partout avec évidence, et ne demande que du bon sens pour être aperçu.

(L. IV, chap.1)



Si rupture du « lien social »  dans les « cœurs »,  si les « les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l'intérêt commun s'altère et trouve des opposants: l'unanimité ne règne plus dans les voix; la volonté générale n'est plus la volonté de tous «  (L IV chap. 1) alors « la volonté générale devient muette ».

2) La volonté générale


La volonté constante de tous les membres de l'État est la volonté générale: c'est par elle qu'ils sont citoyens et libres . Quand on propose une loi dans l’assemblée du peuple, ce qu'on leur demande n'est pas précisément s'ils approuvent la proposition ou s'ils la rejettent, mais si elle est conforme ou non à la volonté générale  qui est la leur: chacun en donnant son suffrage dit son avis là-dessus; et du calcul des voix se tire la déclaration de la volonté générale. Quand donc l'avis contraire au mien l'emporte, cela ne prouve autre chose sinon que je m'étais trompé, et que ce que j'estimais être la volonté générale ne l’était pas. Si mon avis particulier l'eût emporté, j'aurais fait autre chose que ce que j'avais voulu; c'est alors que je n'aurais pas été libre.

L.IV, 2



3) La souveraineté est brisée par les "brigues"  alors que les "petites différences " s'annulent dans leur "somme" . Ce modèle est celui du calcul infinitésimal :  la volonté générale comme  intégrale  (au sens algébrique), comme  loi d’une série.


Il s'ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique: mais il ne s'ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours: jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c'est alors seulement qu'il paraît vouloir ce qui est mal.

Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale; celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun; l'autre regarde à l'intérêt privé, et n'est qu'une somme de volontés particulières: mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s'entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale.

L.II, chap. 3


Il importe donc, pour avoir bien l'énoncé de la volonté générale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'État, et que chaque citoyen n'opine que d'après lui […]

L.II chap. 3



Donc l’idéal de Rousseau  ne correspond pas aux sociétés  contemporaines.

4) La souveraineté de l'Etat est différente du Gouvernement qui est l'"exercice légitime de la
puissance exécutive" (L.III, chap.I)

a) Dans le « corps politique »  il faut distinguer : la volonté et la force. La force concerne des « actes particuliers » qui ne relèvent pas de la « loi ». Le gouvernement  est un « corps intermédiaire » qui unit l’âme (la volonté)  et les sujets.
 
b) Le Prince (gouvernement ) est une « menace » pour la souveraineté : « dégénération » « vieillesse ». La » puissance exécutive «  tend à la « subjuguer la puissance  législative  (Considérations,  p.977)


IV) Rousseau, la nostalgie de la cité antique et « l’amour de la patrie »

1) Le rôle du législateur   (monothète):  Lycurgue,  Moïse, Nuna, Calvin.

Le législateur est à tous égards un homme extraordinaire dans l'État. S'il doit l'être par son génie, il ne l'est pas moins par son emploi. Ce n'est point magistrature, ce n'est point souveraineté. Cet emploi, qui constitue la république, n'entre point dans sa constitution; c'est une fonction particulière et supérieure qui n'a rien de commun avec l'empire humain; car si celui qui commande aux hommes ne doit pas commander aux lois, celui qui commande aux lois ne doit pas non plus commander aux hommes: autrement ces lois, ministres de ses passions, ne feraient souvent que perpétuer ses injustices; jamais il ne pourrait éviter que des vues particulières n'altérassent la sainteté de son ouvrage.

L.II, chap. 7




2) Peuple "policé" et peuple "barbare" (la Russie de Pierre le Grand) (L.II, chap.VIII


La jeunesse n'est pas l'enfance. Il est pour les nations comme pour les hommes un temps de jeunesse ou, si l'on veut, de maturité, qu'il faut attendre avant de les soumettre à des lois: mais la maturité d'un peuple n'est pas toujours facile à connaître; et si on la prévient, l'ouvrage est manqué. Tel peuple est disciplinable en naissant, tel autre ne l'est pas au bout de dix siècles. Les Russes ne seront jamais vraiment policés, parce qu'ils l'ont été trop tôt. Pierre [Le Grand] avait le génie imitatif ; il n'avait pas le vrai génie, celui qui crée et fait tout de rien.

L.II, chap. 8


 
3) La « religion civile »  ( L. IV chap. 8) : critique du fanatisme et éloge de la tolérance (L.IV, chap.8)

Danger de la « double puissance »  (un chef religieux « despotique »  et des chefs politiques dans les Etats chrétiens. Deux « souverains partout » :  chez les Arabes aujoud’hui, en Angleterre  ou en Russie. ( L. IV chap. 8).

Opposition « christianisme d’aujourd’hui «  et « celui de l’Evangile »  ereligion sainte, sublime, véritable, les hommes, enfants du même Dieu, se reconnaissaient tous pour frères, et la société qui les unit ne se dissout pas même à la morte

Il n'y a qu'une seule loi qui, par sa nature, exige un consentement unanime; c'est le pacte social: car l'association civile est l'acte du monde le plus volontaire; tout homme étant né libre et maître de lui-même, nul ne peut, sous quelque prétexte que ce puisse être, l'assujettir sans son aveu. Décider que le fils d'une esclave naît esclave, c'est décider qu'il ne naît pas homme.

L.IV chap.2



Le christianisme est une religion toute spirituelle, occupée uniquement des choses du ciel; la patrie du chrétien n'est pas de ce monde. Il fait son devoir, il est vrai, mais il le fait avec une profonde indifférence sur le bon ou mauvais succès de ses soins. Pourvu qu'il n'ait rien à se reprocher, peu lui importe que tout aille bien ou mal ici-bas. Si l'État est florissant, à peine ose-t-il jouir de la félicité publique; il craint de s'enorgueillir de la gloire de son pays: si l'État dépérit, il bénit la main de Dieu qui s'appesantit sur son peuple.

( L. IV chap. 8)



4) Mais la « religion civile » doit être complétée par  « l’éducation publique ».

C’est ce qu’avance  le projet de constitution de la Pologne  où Rousseau fait de l’éducation une condition pour  le sort de la nation et le maintien de sa spécificité.

5) Et les citoyens de l’Etat doit vivre « sous les yeux du public ».
   Ce qui doit  compter  avant  tout du « du dernier manant  jusqu’au roi », c’est l’ « estime publie »,  la « commune émulation » (Considérations,  p. 1019)

V Le monde moderne favorise la représentation politique

1) Origine sociales de la représentation

L'attiédissement de l'amour de la patrie, l'activité de l'intérêt privé, l'immensité des États, les conquêtes, l'abus du gouvernement, ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C'est ce qu'en certain pays on ose appeler le tiers état. Ainsi l'intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et second rang; l'intérêt public n'est qu'au troisième.

  L.III



C’est ce contre  quoi écrira Benjamin  Constant dans :  De la Liberté des Anciens comparée à
celle des Modernes

2) Pour Rousseau les Etats modernes sont menacés pas les soldats mercernaires  et par les représentants :  « les services personnels » sont changés « en argent »

La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point: elle est la même, ou elle est autre; il n'y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée est nulle; ce n'est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite bien qu'il la perde. (souligné par nous)

L.III, chap.15


  Conclusion


Le contrat social pertinent pour une société mais il existe une loi morale qui vaut pour tous les hommes. Comment se concilie la particularité de la petite nation et le "cosmopolitisme". Pour Rousseau les relations entre les nations relèvent de l'état de nature. Donc "paradis terrestre" (l'état de nature) puis chute (la société civile dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité entre les hommes) puis forme de salut par le "contrat social" mais qui reste limité car la loi morale ne s'impose pas entre les nations.


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X La "société civile"et l'Etat selon Hegel



Lectures conseillées
Hegel, Philosophie du Droit  (en allemand) (extraits en français in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994). La partie sur la "société civile" .


Lectures recommandées Gellner, Nations and Nationalism (en anglais si possible) ou en trad. française chez Payot.
Marx, Critique de "La Philosophie du droit de Hegel"  On peut lire l'introduction à ce texte avec la fameuse formule "la religion c'est l'opium du peuple" à l'adresse internet suivante :
 
http://marx.engels.free.fr/marx/txt/1843critiqueh.htm

« J’ai vu l’Empereur [Napoléon] - cette âme du monde - sortir de la ville ce matin pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine »
 
Lettre du 13 octobre 1806, jour où Iéna fut occupé par les Français et où Napoléon entra dans ses murs. Signé : Hegel, Professeur à Iéna.

Trad. française : Hegel, Correspondance, Vol. I, Gallimard, p. 114-115

 

 
« Ce qui est rationnel est effectif,
ce qui effectif est rationnel »
(Préface à la Philosophie du droit, 1821)

 
« La chouette de Minerve ne prend son vol qu’à la tombée de la nuit »
(Préface à la Philosophie du droit, 1821)

INTRODUCTION :


  

HEGEL,  PENSEUR DU LIBÉRALISME ANCÊTRE DU TOTALITARISME ?

Hegel, penseur du libéralisme, ou ancêtre du totalitarisme ? Hegel prône la liberté économique et le droit des individus

Hegel valorise l’universel concret opposé à l’universel abstrait : 1789 opposé à la terreur jacobine


HEGEL EST LA RATIONALITÉ DE L’HISTOIRE

L’histoire à un sens et une fin ; la raison est aussi puissante que rusée ; l’Esprit absolu advient à  la fin de l’histoire, comme raison qui se pense elle-même

Hegel ne considère pas que le négatif soit mauvais : l’histoire est affrontement de contraires qui se « dépassent », de même que les concepts ( être/néant ----->devenir)



I) L'ETAT HÉGELIEN

 

 
A) L'ETAT MODERNE EST RATIONNEL ET MORAL : LE CITOYEN COMME SUJET MORAL. LA CRITIQUE DE LA MORALE KANTIENNE.

le citoyen comme sujet moral : la moralité en acte
La critique de la morale kantienne : elle manque de contenu


B)  L’ETAT EST L'ORGANISATION DE L'ORGANISATION :FAMILLE, SOCIÉTÉ CIVILE. L’ETAT EST LA CONDITION DE POSSIBILITÉ DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Famille, société civile, Etat : les trois moments de la société moderne
L’Etat est la condition de possibilité de la société civile : l’Etat (moderne) rend possible la société civile
Cette analyse n’est pertinente que pour le monde moderne
Donc la « société civile » n’est pas opposée à l’Etat


C) L’ETAT PERMET L'AFFIRMATION DE LA LIBERTÉ SUBJECTIVE DANS UNE TOTALITÉ ORGANISÉE. LA CRITIQUE DE « LA RÉPUBLIQUE » DE PLATON

La critique de « La République » de Platon comme niant l’individu

Socrate, Antigone, le Christ : la subjectivité libre est impossible dans le monde antique

 




II) LE MOMENT DE LA SOCIÉTÉ CIVILE (bürgerliche Gesellschaft): LE CITOYEN COMME « BOURGEOIS »


A) LA SOCIÉTÉ CIVILE EST UN "MOMENT" ENTRE LA FAMILLE ET L'ETAT

La famille moderne a pour but la création d’autres familles : les enfants atteignent la majorité et quittent la famille pour en fonder une autre

Ainsi la famille se nie elle-même (exemple de dialectique)



B) LA SOCIÉTÉ CIVILE PERMET DE SATISFAIRE LES BESOINS PAR LE TRAVAIL. ELLE EST OUVERTE : LA MER EST SON ÉLEMENT

Division du travail / Progrès technique
La société civile est ouverte : la mer est son élément (Donc pas de frontières naturelles ni d’autarcie)
Le  citoyen est un « bourgeois » (en français dans le texte)

C) LA SOCIÉTÉ CIVILE RETOURNERAIT À L' "ÉTAT DE NATURE"  (A LA HOBBES)  SANS LA POLICE ET LES CORPORATIONS. 

Sans la “police” et les “corporations” la société civile retournerait à l’“état de nature” (“guerre de tous contre tous” à la Hobbes)
La « police » introduit des règles
Les corporations limitent la concurrence
Donc libéralisme économique (pas de protectionnisme mais régulation)

D) La société civile moderne produit une « populace » excédentaire : elle doit partir fonder des « colonies » (Comme dans l’antiquité grecque ou l’Angleterre moderne)
 

III) L'ETAT COMME ETAT-NATION : LE CITOYEN, LE SOLDAT, L’ETRANGER


 

A) LA NATION EXISTE DANS ET PAR L'ETAT

Hegel n’est-il pas un nationaliste ?

Pour lui la nation est un peuple qui possède une âme qui se réalise politiquement dans l’Etat

B) LA GUERRE COMME TRIBUNAL DE L'HISTOIRE

<>La guerre est le critère de la validité  de l’Etat
 (Exemple de la Prusse après la paix de Tilsit, 1807) (effet d'une "ruse de l'histoire")


C) LE DROIT À UNE DISSIDENCE INSTITUTIONNALISÉE DU CITOYEN : LE JUIF COMME ETRANGER-CITOYEN. LE QUAKER UN CITOYEN QUI N’EST PAS SOLDAT

Le quaker un citoyen qui n’est pas soldat
Le Juif comme étranger-citoyen
Donc il y a un primat de l’individu sur l’Etat dans le monde moderne
 

CONCLUSION :

 MARX CRITIQUE ET ADMIRATEUR DE HEGEL : DES CORPORATIONS AUX CLASSES. LE MYSTICISME DE HEGEL. HEGEL ET L'HISTOIRE

Marx reproche (en 1843) à Hegel de ne pas avoir vu la contradiction entre les corporations qui devaient résoudre les contradictions dans la société civile, ce qui le conduit à construire la théorie de la lutte des classes

Marx reproche à Hegel (en 1845) son « mysticisme » :
il fait marcher l’histoire sur la tête, il est « idéaliste »
Marx fait de la société civile, pensée comme purement économique, le fondement du « développement » historique : conception « matérialiste » de l’histoire

Mais Marx déclare adhérer (en 1873) à la thèse de Hegel sur l’histoire comme dialectique :
rien n’est éternel, et notamment pas la bourgeoisie comme classe sociale


MARX, INTRODUCTION À LA CRITIQUE DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT DE HEGEL (1843), Traduction sur le site Marx Engels Archives, légèrement modifiée

Où donc est la possibilité positive de l'émancipation allemande ?

Voici notre réponse. Il faut former une classe avec des chaînes radicales, une classe de la société civile qui ne soit pas une classe de la société civile, une classe qui soit la dissolution de toutes les classes, une sphère qui ait un caractère universel par ses souffrances universelles et ne revendique pas de droit particulier, parce qu'on ne lui a pas fait de tort particulier, mais un tort en soi, une sphère qui ne puisse plus s'en rapporter à un titre historique, mais simplement au titre humain, une sphère qui ne soit pas en une opposition particulière avec les conséquences, mais en une opposition générale avec toutes les suppositions du système politique allemand, une sphère enfin qui ne puisse s'émanciper, sans s'émanciper de toutes les autres sphères de la société et sans, par conséquent, les émanciper toutes, qui soit, en un mot, la perte complète de l'homme, et ne puisse donc se reconquérir elle-même que par le regain complet de l'homme. La décomposition de la société en tant que classe particulière, c'est le prolétariat.

Le prolétariat ne commence à se constituer en Allemagne que grâce au mouvement industriel qui s'annonce partout. En effet, ce qui forme le prolétariat, ce n'est pas la pauvreté naturellement existante, mais la pauvreté produite artificiellement; ce n'est pas la masse machinalement opprimée par le poids de la société, mais la masse résultant de la décomposition aiguë de la société, et surtout de la décomposition aiguë de la classe moyenne. Ce qui n'empêche pas, cela va de soi, la pauvreté naturelle et le servage germano-chrétien de grossir peu à peu les rangs du prolétariat.

Lorsque le prolétariat annonce la dissolution de l'ordre social actuel, il ne fait qu'énoncer le secret de sa propre existence, car il constitue lui-même la dissolution effective de cet ordre social. Lorsque le prolétariat réclame la négation de la propriété privée, il ne fait qu'établir en principe de la société ce que la société a établi en principe du prolétariat, ce que celui-ci, sans qu'il y soit pour rien, personnifie déjà comme résultat négatif de la société. Le prolétariat se trouve alors, par rapport au nouveau monde naissant, dans la même situation juridique que le roi allemand par rapport au monde existant, quand il appelle le peuple son peuple ou un cheval son cheval. En déclarant le peuple sa propriété privée, le roi énonce tout simplement que le propriétaire privé est roi.

De même que la philosophie trouve dans le prolétariat ses armes matérielles, le prolétariat trouve dans la philosophie ses armes intellectuelles. Et dès que l'éclair de la pensée aura pénétré au fond de ce naïf terrain populaire, les Allemands s'émanciperont et deviendront des hommes.

Résumons le résultat. L'émancipation de l'Allemagne n'est pratiquement possible que si l'on se place au point de vue de la théorie qui déclare que l'homme est l'essence suprême de l'homme. L'Allemagne ne pourra s'émanciper du Moyen Age qu'en s'émancipant en même temps des victoires partielles remportées sur le Moyen Age. En Allemagne, aucune espèce d'esclavage ne peut être détruite, sans la destruction de tout esclavage. L'Allemagne qui aime aller au fond des choses ne peut faire de révolution sans tout bouleverser de fond en comble. L'émancipation de l'Allemand, c'est l'émancipation de l'homme. La philosophie est la tête de cette émancipation, le prolétariat en est le cœur. La philosophie ne peut être réalisée sans la suppression du prolétariat, et le prolétariat ne peut être




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XI Marx et  la "guerre civile latente dans la société civile"


Lecture obligatoire:
 Marx et Engels, Manifeste du parti communiste (en allemand si possible) (en français in Colas D., La Pensée politique, Larousse, 1994
Site de textes "marxistes" en allemand : http://www.mlwerke.de/index.shtml

Lectures recommandées :
Agulhon, Maurice, La République au village, Le Seuil
Marx , La Guerre civile en France 1871

"Marx" in Colas, Races et racismes, Plon 2004

Colas, D,, Le léninisme, PUF, 2e éd., 1998, spécialement la fin sur l'épuration.



DU MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE A LA GUERRE CIVILE DE LA SOCIÉTE CONTRE L’ETAT

 

INTRODUCTION


LA « DICTATURE DU PROLÉTARIAT » APPORT ESSENTIEL DE MARX SELON LUI



I DES DIFFICULTÉS À LIRE MARX

MARX HÉRITIER DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE ANGLAISE ET DE LA PHILOSOPHIE DE HEGEL MAIS AUSSI DES THÉORICIENS DES RÉVOLUTIONS FRANçAISES (1789, 1830, 1848, 1871)


 
A) LE POIDS DES HÉRITIERS : LÉNINE, TROTSKY, STALINE, MAO MAIS AUSSI EDUARD BERNSTEIN, LEON BLUM, KARL KAUTSKY, OTTO BAUER.

B) DES THÈSES DIFFÉRENTES  : MARX ET LA QUESTION JUIVE EN 1845 et MARX ET LES JUIFS DANS LE CAPITAL

 C) DES TEXTES AU STATUT DIFFÉRENT : MARX (ET ENGELS) AUTEUR(S) DU « MANIFESTE » ET MARX ECRIVAIN D’UN LIVRE ABSOLU (LE CAPITAL)

D) UN JEUNE ET UN VIEUX MARX : UN PHILOSPHE POST HÉGÉLIEN ET/OU LE FONDATEUR D’UNE NOUVELLE SCIENCE ?




 
 II LE TRIPLE RENVERSEMENT DE HEGEL PAR MARX

A) LA SOCIÉTÉ CIVILE EST CHEZ MARX LE PRINCIPE DU « DEVELOPPEMENT » (Entwiicklung) HISTORIQUE. "LE  MANIFESTE", ODE À LA BOURGEOISIE

B) LA "SOCIÉTÉ CIVILE" CHEZ MARX EST UNE INSTANCE PUREMENT ÉCONOMIQUE : LES CONTRADICTIONS DE CLASSE DANS LA SOCIÉTÉ CIVILE SELON "LE MANIFESTE"

C)     POUR MARX LA GUERRE CIVILE (bürger Krieg) EST UNE GUERRE ENTRE GROUPES ETRANGERS L'UN A L'AUTRE (bourgeois et prolétaires) ET LA GUERRE ÉTRANGÈRE PEUT ÊTRE UNE GUERRE CIVILE.    La guerre extérieure n’est légitime qu’en termes de développement historique (guerre franco-prussienne de 1870). 


 

III LE LIEN CAUSAL  ENTRE HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ( Burgerliche Gesellschaft)
ET HISTOIRE DE L’ETAT

A) LA DIFFÉRENCIATION PROGRESSIVE ET PAS ETAPES DE L’ETAT ET DE LA SOCIÉTÉ CIVILE.

B) L’ETAT ET LA PROPRIÉTÉ : DE L’ETAT PROPRIÉTAIRE À L’ETAT DES PROPRIÉTAIRES. DES TRIBUS DE LA GERMANIE À LA BOURSE.

C) EXEMPLES DE DÉVELOPPEMENT POLITIQE  : ETATS UNIS, ANGLETERRE, ALLEMAGNE, FRANCE.

D) LA RUSSIE POURRAIT-ELLE ÊTRE UNE EXCEPTION ?

 

IV MARX ET L'INVENTION DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT


A) MARX ET LA "DOMINATION (HERRSCHAFT) DE LA BOURGEOISIE" DANS LE MANIFESTE
 
B) MARX ET LA « DICTATURE »  DE LA BOURGEOISE APRÈS JUIN 1848

C) L’ETAT BONAPARTISTE COMME ETAT PARASITE

D) LA COMMUNE DE PARIS : PREMIÈRE MANIFESTATION DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT.

E) DE LA CONSCIENCE DE CLASSE DANS "LE MANIFESTE" AU RÔLE DU PARTI

V Marx et le totalitarisme

A) Théorisations complexes de Marx et simplifications ultérieures

B) Mais Marx accepte et souhaite la violence révolutionnaire

C) Le bolchévisme introduit l’hygiène social dans la pensée marxiste : Lénine passe de la dénonciation de l’Etat parasite à la volonté d’exterminer les « parasites », « poux », « nuiseurs » (koulaks, bourgeois) et forge les instruments (tchéka, goulag, représsion psychiatrique, massacres de masse) que Staline utilisera.

Le totalitarisme comme combinaison de l'épuration et de la guerre civile.

 

CONCLUSION

GUERRE DE CLASSES ET GUERRE DE RACES

LA FIN DU COMMUNISME ET LE RETOUR DE "L'ETAT DE DROIT"  : LA REVANCHE AFFICHÉE  DU LIBÉRALISME HEGELIEN ?





XII Biopolitique et pouvoir selon Foucault

Lecture obligatoire :
Foucault,
" 'Omnes et singulatim' Vers une critique de la raison politique", Dits et écrits, t. IV, Gallimard, 1994 (ce texte de Michel Foucault est une conférence qu'il a donnée en anglais dans le cadre des "Tanner Lectures on Human values" à l'université de Stanford dont la version originale peut être lue sur le site qui rassemble ces différentes conférences en format PDF).

Bibliographie : les deux textes sur Foucault dans Colas, Races et racismes de Platon à Foucault et dans Colas et Borrillo, L'homosexualité de Platon à Foucault, tous les deux chez Plon


Introduction

La pensée de Michel Foucault ne forme pas un système.
Question centrale : « l’histoire de la vérité ». Il entend étudier les effets du savoir sur le pouvoir, du pouvoir sur le savoir.
Influence de Nietzsche : le pouvoir agit sur le savoir et il faut faire une histoire de la rationalité ; on a dit le « vrai » sur la folie à travers une forme de pouvoir, celui du psychiatre.
Influence de Marx : le pouvoir existe à un niveau microsociologique.
Influence de Kant : interrogation sur ce que sont les Lumières.

« Je n’ai jamais été freudien, je n’ai jamais été marxiste, je n’ai jamais été structuraliste » (Dits et écrits, t.IV, p.435)


Refus de la phénoménologie (car il peut y avoir des « effets de sens » sans « sujet » comme on le voit avec Saussure ou Lacan)
Refus de l’opposition société civile/pouvoir et d’une définition purement énergétique  du pouvoir. (Dits et Ecrits, t.IV, p.374)
Foucault analyse notamment la spécificité du monde moderne quant aux "technologies de pouvoir".  
 

 I) Le pouvoir rapport de forces

a)    Définition énergétique du pouvoir chez Foucault
 
Le pouvoir rapport de force inégalitaire relativement stabilisé. [Cette définition se trouverait aussi chez Marx (ou Lénine). Mais aussi chez Weber avec insistance sur la « légitimation » dans la domination, (ce qui est repris et accentué par Bourdieu)].

b) Analytique du pouvoir présentée dans La volonté de savoir (1976)



-Le pouvoir n’est pas un mais multiple.

- Le pouvoir  n’est pas dans un lieu (au dessus de la société, dans un groupe de professionnels de la politique).
- Le pouvoir est présent dans toutes les relations sociales (retrouve l’analytique du pouvoir du livre I des Politiques d’Aristote). 
-  Possibilité de grandes coupures : les révolutions
- Pas de volonté de pouvoir. Les relations de pouvoir sont intentionnelles et non pas subjectives . Hypothèse d’une histoire sans sujet.
- Là où il y a pouvoir, il y a résistance (non pas dans un sens mécanique mais comme mobilisation, refus)




c) La biopolitique et le biopouvoir

Dans la politique moderne l’homme est considéré comme un vivant un animal alors qu’Aristote, dans les Politiques, définissait l’homme comme un « animal politique ».

Le « biopouvoir » c’est aussi bien le développement du « racisme d’Etat » (nazisme, stalinisme) que celui des politiques publiques de santé, le nettoyage « ethnique » et la lutte contre le Sida. Mais Foucault ne considère pas comme équivalent toutes les formes de "biopouvoir" (contrairement à un auteur comme Agamben qui se réclame de lui)


d) Le pouvoir disciplinaire (Surveiller et punir. Naissance de la prison, 1975)

Les technologies du pouvoir dans la prison, l’usine, l’armée ou l’école.

 
II) Le pouvoir pastoral (« Omnes et singulatim » (1981)

Un modèle dont l'origine est plus dans le judéo-christianisme que dans  la pensée politique grecque (Platon, la République, le Politique)
a)    Les deux formes de pouvoir : souveraineté et gouvernabilité. La peine de mort et la sécurité sociale : deux exemples de type de pouvoir différents.
b)    Le pouvoir pastoral individualisant et total (mais pas totalitaire)
- La raison d’Etat (l’Etat a sa propre logique ; l’Etat invoque ses propres exigences).
- La police : la régulation se développe en même temps que le "libéralisme" qui est en économie une "action sur l'action".

c) Il  faut plutôt que de se fixer sur l'Etat, aux multiples fonctions, étudier les transformation de la gouvernabilité depuis le XVIIe-XVIIIe jusqu'à aujourd'hui.

 

III) Le pouvoir comme stratégie

 Dernière théorisation de l’Etat par Foucault (notamment dans « Le pouvoir comment s’exerce-t-il?»  in Dreyfus, H. et Rabinow, P., Michel Foucault, un parcours philosophique, Gallimard, 1984 et Dits et écrits, t. IV. 232-243)  (Dans ce texte Foucault met "domination" entre guillemets).  Le pouvoir "s'exerce".


a) Le pouvoir n’est pas une substance (un capital, une quantité d'énergie)
b) Le pouvoir comme action sur l’action : les « relations de pouvoir «  doivent être comprises en termes de stratégie
c) Le pouvoir comme production : exemple du féminisme ou de l’homosexualité. L’opposition dominants/dominés (Bourdieu) n’est pas le centre de l’analyse du pouvoir chez Foucault.

LES TROIS TYPES DE RELATIONS DE POUVOIR SELON FOUCAULT
 
(ENTRETIEN DE JANVIER 1984 IN DITS ET ECRITS T. IV P. 728)

-  jeux stratégiques entre des libertés (les uns essayent de déterminer les autres qui essayent de ne pas se laisser déterminer ou de déterminer en retour)

- techniques de gouvernement (aussi bien dans la famille que dans l'Etat)

-états de domination (le pouvoir au sens ordinaire du terme)

-



Conclusion
On a raison de se révolter.





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Professeur Dominique  Colas,

 professeur des universités à l'Institut d' Etudes Politiques de Paris
email :  dominique.colas@sciences-po.fr






page due à Dominique Colas, revue le 2 octobre 2011