| PROGRAMME
PREVISIONNEL DES SEANCES |
| Séminaire M1-M2,
deuxième semestre (S2) Vendredi de 10 h 15 à 12 h 15 (IEP 199 bd St-Germain 75007 Paris), du 5 février 2010 au 23 avril 2010 Ce séminaire de master porte sur les grandes questions de l'histoire de l'empire de Russie et de l'URSS au XXe siècle. En particulier les problématiques d'administration de l'État, d'expansion territoriale, de politiques des populations, d'économie, de stratification sociale, ou encore la question nationale feront l'objet de présentation avec l'état de la historiographie. Le séminaire portera aussi sur l'influence soviétique sur les pays de l'Europe de l'est. Chaque séance sera assurée par un spécialiste de la question abordée. Programme : 5 février : Dominique Colas, « La révolution de 1905 » 12 février : Dominique Colas, « 1924 : La première constitution de l'URSS - L'URSS et nations de Lénine à Staline» 19 février : (Alain Blum), « Histoire démographique de l’URSS » 26 février : Isabelle Ohayon, « Nomades des steppes et agriculteurs des oasis durant la collectivisation en Asie centrale » 5 mars : Nicolas Werth, « La grande famine Ukrainienne » 12 mars : Nicolas Werth, « 1937 La grande terreur - La dimension répressive de l'histoire soviétique » 19 mars : Vanessa Voisin, « 1941 Invasion et violence de guerre » 26 mars : Marta Craveri « Le goulag» 2 avril : Georges Mink, « 1956 : une date européenne » 9 avril : Juliette Cadiot, « 1953 - La mort de Staline - De la mort de Staline au dégel - Société et politique » 16 avril : Juliette Cadiot, « La fin de l’URSS - Sortir de l'URSS » 23 avril : Gilles Favarel-Garrigues, « De la stagnation brejnévienne à la perestroïka » |
| Bibliographie générale en français |
Blum, Alain, Naître, vivre, mourir en URSS, Plon, 2004 Cadiot, Juliette, Le laboratoire impérial, CNRS éditions, 2007 Colas, Le Léninisme, PUF, 1998 ? Daucé, Françoise, La Russie post soviétique, Repères, La Découverte, 2008 Dullin, Sabine, Histoire de l’URSS, Repères, La Découverte, 2009 Figes, Orlando, La Révolution russe, 1891-1924, Denoël, 2007 Fitzpatrick, Sheila, Le stalinisme au quotidien : la Russie soviétique dans les années 1930, Flammarion, 2002 Favarel Garrigues, Gilles, La police des mœurs économiques, de l’URSS à la Russie, CNRS éditions, 2007 Khlevniouk, Oleg, Le cercle du Kremlin, Seuil, 1996 Mink, Georges, Vie et Mort du bloc soviétique, Casterman, Paris, 1997, rééd. 2007. Serrano, Silvia, Géorgie : Sortie d’empire, CNRS éditions, 2007 Werth, Nicolas, L’histoire de l’Union soviétique, PUF, 2008 Werth, Nicolas, La terreur et le désarroi : Staline et son système, Seuil, 2007 Werth, Nicoles, Les opérations de masse de la grande terreur, sur le site de l'IHTP |
| Bien que la révolution de 1905
ait eu des aspects de révolution
sociale avec des gréves de masse, les premiers soviets
(conseils) et
des troubles agraires, ainsi que de révolte des
nationalités (en
Pologne ou au Caucase) , elle fut, largement, une révolution
politique,
visant pour beaucoup des opposants à l'autocratie à
instaurer un régime
constitutionnel, ce qui échoua. Du Dimanche rouge (9 janvier)
à
l’insurrection de décembre à Moscou, 1905 est
marqué par
l’entrelacement des mouvements de rues, violents ou pacifiques, et des
prises de paroles plus ou moins organisées réclamant
réforme ou
révolution. Le cyle historique commençé avec la
défaite dans la guerre
contre le Japon en 1904 s’achève avec ce que ses partisans comme
ses
adversaires ont appelé le “coup d’Etat” de juin 1907 :
dissolution du
Parlement et nouvelle loi éléctorale restreignant le
droit de suffage. La révolution de 1905 si elle ressemble — revendication d’une constitution et des droits fondamentaux — aux révolutions européennes du XIXe siècle en diffère largement. Son calendrier est spécifique : en Russie les partis politiques sont nés avant l’apparition d’élections générales, alors qu’à l’Ouest leur montée en puissance accompagna l’extension du droit de vote depuis le scrutin censitaire jusqu’au suffrage universel. Surtout, si, par exemple, les révolutions de 1830 ou de 1848 en France se placent dans un espace politique en construction mais où sont reconnues la validité d'une constitution et l’existence de droits civils universels, dans l’Empire russe, c’est de l’existence de l’espace public même dont il est question : l’autocratie, reposait sur une confusion des pouvoirs dans le Tsar et sur une confusion entre le souverain en tant que chef politique et chef religieux. Surtout elle n’était pas un appareil politique, mais aussi une forme d’organisation sociale et culturelle. Ainsi le statut des personnes ne leur accorde pas le principe de l’égalité en droits : les Juifs sont exclus du corps politiques, les paysans relèvent de tribunaux spéciaux et plus généralement (avec plus de virulence dans les parties non Russe de l’Empire), l’administration et la police bénéficient de prérogatives très larges. Le mouvement qui après la réforme du servage a vu naître le système d’autoadministration locale des zemtsvos est contrecarré par l’instauration en 1881, à la suite de l’assassinat du tsar, d’un état d’urgence qui même si sa virulence concrète diminue ne sera par abrogé. Weber, considérait que la révolution n’avait engendré qu’un “pseudoconstitutionnalisme”. Pour d’autres interpètes le Manifeste de1905, les lois fondamentales de 1906 et même le “coup d’Etat” de 1907 s’inscrivaient dans une logique de constitutionnalisation du régime. Selon Marc Raeff si, après 1906 l’autocratie n’était pas formellement abolie, l’existence d’un Parlement élu, même au suffrage restreint, “a permis à la société civile de s’organiser au grand jour (pour la première fois les partis politiques furent autorisés) et de participer d’une façon méthodique à la vie publique du pays” . Mais Richard Pipes évalue l’expérience des années 1905-1914 en notant que les “institutions politiques et les processus susceptibles de résoudre les conflits” n’ont pas pu émerger . Quant à Martin Malia il estime que la “société civile” de l’Ancien Régime russe était exceptionnelement faible, que l’Etat était hypertrophié, ce qui rendait l’ensemble du sytème très vulnérable à une révolution . En tout cas la tentative de coexistence entre le principe autocratique et celui de légitimité parlementaire ayant échoué le radicalisme révolutionnaire en fut renforcé. Dominique Colas, Les constitutions de l'URSS et de la Russie (1905-1993), Que sais-je ? PUF, 1997 |
| « De ce point de vue l’Union
soviétique était surtout une agence de publicité
qui fit courir dans le monde l’information sur la révolution
qu’elle prétendait être. » Peter Stoterdijk, Ecumes, Sphères III, traduit de l’allemand par O. Mannoni, 2005 |

| Staline : "Le
marxisme et la
question nationale" (1913) texte qui a continué à être la référence explicite ou implicite de la pensée communiste jusque dans les années 1970 МАРКСИЗМ И НАЦИОНАЛЬНЫЙ ВОПРОС http://www.hrono.info/libris/stalin/2-19.html |
| "Нация есть исторически
сложившаяся устойчивая общность людей, возникшая на базе общности
языка, территории, экономической жизни и психического склада,
проявляющегося в общности культуры." |
| "La nation est une
communauté humaine, stable, historiquement constituée,
née sur la base d'une communauté de langue, de
territoire, de vie économique et de formation psychique qui se
traduit dans une communauté de culture." |
| Colas, Les constitutions de
l'URSS et de la Russie , Que sais-je ? |
| . Lénine vivait encore
quand fut mise en chantier la constitution qui allait créer
l'URSS : rédigée au sein du parti, elle fut
ratifiée par le IIe Congrès des Soviets de toute l’Union
le 31 janvier 1924. Jusqu’à ce moment la structure territoriale
du nouvel Etat avait été laissée dans le flou,
bien que la “question nationale” ait été au cœur de la
réflexion politique de Lénine depuis longtemps et qu’elle
ait été un des enjeux du conflit entre bolchéviks
et menchéviks. Cependant l’analyse stratégique de
Lénine est marquée par une contradiction : il souhaite un
parti un pour multiplier la force des ouvriers, mais il saisit la
puissance désagrégatrice des revendications nationales,
(l’insurrection irlandaise du printemps 1916 qui affaiblit la
Grande-Bretagne lui apparut comme exemplaire). Il défendait le
principe de l’unité organisationnelle du parti contre les
tenants d’une structure souple, fédérative ou
plurinationale,( alors même qu’il existait plusieurs partis
socialistes dans l’Empire russe), tout en acceptant le droit des
nations à l’autodétermination. Il lutta
particulièrement contre le Bund (Ligue des ouvriers
révolutionnaires juifs de Pologne, Lituanie et Russie) et dans
les années 1910 contre le mot d’ordre de l’”autonomie
culturelle” que celui-ci avait emprunté, comme l'avait fait des
menchéviks, à la social-démocratie
austro-hongroise où il avait été
théorisé par Frank Renner et Otto Bauer. Ce fut dans le
cadre de sa lutte contre ce thème, qui impliquait de
reconnaître comme “nationalité” des peuples sans
territoire, les Juifs au premier chef, qu’il demanda à Staline
(alors un militant obscur) de rédiger sa brochure Le marxisme et
la question nationale, virulente à l’extrême. Ce texte
devint la référence des communistes russes, des
adhérents à la IIIe Internationale et sa validité
ne fut par remis en cause par la mort de Staline en 1953, si bien qu’il
était encore dans les années 1980-1990 à la base
de la pensée de la nation de nombreux dirigeants des anciens
partis communistes. Après Octobre 1917 Staline fut nommé
Commissaire du peuple (autrement dit ministre) à la question
nationale. Les relations entre la Russie soviétique et les autres nations de l’Empire pendant la guerre civile, reposaient, du point de vue juridique, sur des accords bilatéraux entre la République socialiste fédérative des Soviets de Russie (régie par la constitution de 1918) et des Républiques fédérées. Or l'échec de l'Armée Rouge devant Varsovie en septembre 1920 qui lui fermait la porte de la capitale polonaise, avait mis fin aux espoirs d'une expansion révolutionnaire vers l'Ouest, (après Varsovie, Berlin espéraient certains dans un rêve où l’Allemagne aurait apporté à la Révolution communiste lancée en Russie son infrastructure industrielle). Et Lénine se tournait vers l'"Asie avançée". A la diffèrence de celle de 1918 la constitution de l'URSS de 1924 ne mit donc pas l'accent sur "la nécessité d'écraser complétement la bourgeoisie" — c’était fait— mais sur les "libre développement national des peuples" au sein de l'URSS —ce qui ne fut jamais fait. La constitution fut avant tout un instrument de propagande idéologique qui opposait le camp du capitalisme où règne "l'esclavage colonial et le chauvinisme" au camp socialiste où triomphe "la coexistence pacifique et la collaboration fraternelle des peuples". Mais comment se rallier les peuples opprimés si le “chauvinisme grand russe” fait des ravages dans le pays des Soviets lui-même ? Les bolchéviks n'avaient-ils pas, notamment, envahi la Géorgie en 1920. C'est elle qui est au cœur d'un vif conflit au sein de la direction du parti. Staline rédigea en août 1921, un projet constitutionnel privilégiant le centre russe et où était intégrée dans la future URSS une république fédérative transcaucasienne (Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie). Protestation des communistes géorgiens qui réclament le statut de République à part entière et qui se plaignent de la "brutalité" de Staline : Lénine, alerté, ainsi que Trotski, les appuie, en 1922, juste avant de sombrer dans la maladie dont il meurt en mars 1924. Mais la logique ultracentralisatrice, qu'il avait lui même impulsée, l'emporta. Rien n'était dit dans le texte sur le rôle du parti communiste qui pourtant, sous la direction du secrétaire général du comité central, Staline, se constituait au nom des vertus de l’organisation et de l'"unité de la volonté" en armature de l'URSS. |