Dominique Colas



Professeur de Science politique, chercheur au CERI
Directeur de la spécialité  Russie-CEI au sein du master de recherche et
 de l' Ecole doctorale de l'IEP de Paris

Directeur des Cahiers Anatole Leroy-Beaulieu
 
cliquez sur la bannière pour atteindre le portail de SciencesPo.   

 
  sciences po

 
27 rue Saint Guillaume - 75337 Paris Cedex 07

 
 




Mon bureau est au 199 boulevard Saint Germain : je reçois les étudiants sur rendez vous et tous les mardis du 1er semestre de 17 à 18h30, et au second semestre le mardi de 14h30 à 17H30.

Vous pouvez m'envoyer un email : dominique.colas@sciences-po.fr


LISTE DE MES PUBLICATIONS



Master de recherche

Mention Politique Comparée


Dominique Colas

Théorie politique :  Pouvoir, Etat et Société civile.


Apporter les instruments intellectuels de la théorie politique pour structurer la problématique du travail de terrain qui donnera lieu au mémoire en M2 et qui est indispensable pour la rédaction d’un projet de thèse, puis d’une thèse, tel est l’objectif de ce cours.

 On doit se rappeler que les mémoires de master doivent nécessairement montrer une compétence de l'étudiant en théorie politique, c'est-à-dire d'abord la capacité à définir des notions de base ou à montrer la difficulté dans l'utilisation des ces notions. La science politique est particulièrement vulnérable à la pénétration de son vocabulaire par des termes venus de la vie politique, mais elle peut aussi l'alimenter. En soi l'usage journalistique et politicien d'un terme ne le condamne pas mais dans un mémoire il faut montrer qu'on possède des repères théoriques, par exemple en ne mélangeant pas naïvement des théories sociologiques incompatibles (On peut se réclamer à la fois de Bourdieu et Foucault, mais il faut être pouvoir expliquer qu'est-ce qui légitime de considérer comme secondaire la différence entre la conception du pouvoir comme dominatoin dans un champ selon Bourdieu et la conception du pouvoir comme action sur une action selon Foucault). La problématique est le coeur même d'un mémoire et d'une thèse. Donc la compétence à manier un certain nombre de notions.

La théorie politique, dont l'objet même fait débat (en quoi est-elle différente de la philosophie politique ?) est en tout cas susceptible d'un apprentissage à partir d'un corpus d'auteurs qui donnent plusieurs grammaires de la politique. Et ce cours sera présenté en tenant compte de la perspective d'ensemble de cette mention : la comparaison.

Le cours de 2007-2008 avait été centré sur l'oppostion notionnelle Etat/société civile. Celui de 2008-2009  sera centrée sur la notion de "violence". La violence est-elle le fondement du pouvoir ? La violence est-elle coeur de l'Etat ? La violence a-t-elle une orgine anthropologique ? La violence est-elle l'accoucheuse de l'histoire ? La volonté de savoir est-elle séparable de la volenté de pouvoir ?

Le cours reposera sur la référence constante à des textes classiques (en petit nombre) qui seront présentés et analysés dans le cours et  dont la lecture est obligatoire :

Marx, Le Manifeste du Parti Communiste

Freud, Totem et Tabou

Weber, Le Savant et le Politique

Carl Schmitt, La notion du politique

Foucault, La Volonté de savoir.


Une bibliographie complémentaire (par exemple le texte de W. Benjamin "Critique de la violence", 1921 in Oeuvres, Folio, t.1 ou l'ouvrage de P. Veyne, Foucault ) sera fournie au fur et à mesure.


Deux de ses textes devront être présentés pour l'oral qui sanctionnera l'examen.


Les étudiants sont invités à consulter régulièrement la page liée à ce cours sur le site : http://mapage.noos.fr/dcolas/



Préliminaires

 


Walter Benjamin a écrit un texte en 1921 intitué "Critique de la violence" (Zur Kritik der Gewalt). (Traduction en français dans Benjamin, W., Essais, t. 1, "Folio", Gallimard.

Ce texte a été publié dans une revue où Carl Schmitt publiait aussi.

Dans Hamlet ou Hécube, (1956, trad. française, l'Arche), Carl Schmitt renvoie dans la préface et le texte à l'ouvrage de Benjamin : Origine du drame baroque allemand (trad. française Flammarion)


HAMLET, Acte II, scène 2 b

TEXTE MIS PAR CARL SCHMITT EN EXERGUE À HÉCATE ET HÉCUBE, EXTRAIT DE LA "VERSION 1603" DU TEXTE DE SHAKESPEARE (accessible sur le site de l'université de Victoria, (B C, Canada)

Why these Players here draw water from eyes:
For Hecuba, why what is Hecuba to him, or he to Hecuba?
What would he do and if he had my losse?
His father murdred, and a Crowne bereft him ?


Sur le site : http://internetshakespeare.uvic.ca/index.html

Page : http://internetshakespeare.uvic.ca/Annex/Texts/Ham/Q1/Scene/2.2b



On a publié après la mort de W. Benjamin - qui s'est suicidé le 26 septembre 1940 juste après avoir passé la frontière française  vers l'Espagne - une série de textes, en formes de fragments, 19, rédigés en1940 :
"Sur le concept d'histoire" in (Ecrits français, Gallimard). Il mentionne la fin de la rédactin de ces textes, qu'il méditait sans doute depuis longtemps, dans une lettre écrite, en février 1940. Il sortait du camp de "travailleurs volontaires" de Nevers où il fut enfermé quelques mois en tant qu'allemand apatride après le début de la guerre (par effet de décrets de la IIIe République sur les apatrides allemands, la lutte contre le nomadisme).

Ces textes de Benjamin sur l'histoire, (qu'on doit lire avec comme horizon historique l'apogée du nazisme et la signature du pacte germano-soviétique) dont Hannah Arendt emporta le manuscrit hors de France, furent publiés en allemand à Los Angeles, par l'Institut für Sozialforschung de Francfort (Adorno, Horkheimer, Marcuse) qui s'y état réfugié
, puis dans les Temps modernes en 1947 et repris dans le volume  Ecrits français chez Gallimard.

La thèses IX  renvoie à un dessin sur papier aquerelé de Paul Klee, de 1920,  qu'avait acheté  Benjamin (qui fut un temps en possession de Georges Bataille, à qui Benjamin l'avait confié) qui revint après sa mort à Gershom Scholem dont Benjamin avait fait son héritier. Celui-ci l'a légue à l'Israël museum de Jérusalem.


                                                                               Thèse IX de W. Benjamin sur le concept d'histoire:

history




 "Angelus Novus" de Paul Klee (the israel museum, jerusalem)


 angelus novus
Photo © The Israel Museum, Jerusalem 

      
Oil transfer and watercolor on paper
31.8 x 24.2 cm
Gift of Fania and Gershom Scholem, Jerusalem; John Herring, Marlene and Paul Herring, Jo Carole and Ronald Lauder, New York
© VG Bild-Kunst, Bonn
Accession number: B87.0994

Digital presentation of this object was made possible by: Nancy Wald, in honor of the memory of Benjamin Miller


Sur le dossier intellectuel de la relation Benjamin/Schmitt pris dans une réflexion d'ensemble sur ce qu'on pourrait appeler la "violence constitutionnelle" : Giorgio Agamben, Stato di eccezione, Bollati Boringhieri, Turin 2003






Cours n°1

Le concept politique de violence


I  La violence du concept

a) Le concept manifestation de la “volonté de puissance”  ; bibliographie : Nietzsche “Vérité et mensonge au sens extra moral”.

b) le concept impose un ordre et une connexion aux choses.

c) définition du concept
1) concept de la définition : dénotation et connotation (extension et intension)
2) concept, notion, idée : le concept n’existe que par rapport à un autre concept.
3) Les systèmes conceptuels et les systèmes de pensée. Voir Foucault et l’opposition entre tradition phénoménologique (Sartre, Merleau Ponty) “philosophie de l’expérience, du sens, du sujet”  et “philosophie du savoir, de la rationalité et du concept”,  (Cavaillès, Canguilhem) : “La vie : l’expérience et la science” (1985) in  Dits et écrits,  t. IV, pp.763-776)

II Le concept de violence

a) Les concepts voisins : force, énérgie, conatus, puissance, pouvoir, catastrophe, autorité, arbitraire, guerre, révolution. Les concepts opposés : force et justice selon Pascal (et Bourdieu, Méditations pascaliennes). Les aspects psychologiques du concept : cruauté, sadisme, masochisme.

b) Exemples de théories de la violence :

1) Différence par la fonction :  violence destructrice : la guerre ; violence fondatrice : l’instauration de la loi par la révolution.
2) Différence par la forme : violence physique, violence psychique.
3)  Différence dans le rapport au droit : violence qui fonde le droit et violence qui le conserve (cf. Benjamin, “Critique de la violence” (Gewalt), trad. In Oeuvres, Gallimard, Folio, t. 1

c) Doit on penser la politique à partir d’une théorie qui part d’un coup de force conceptuel (Schmitt) ou du concept comme lié à la volonté de savoir ? (voir Derrida : Politiques de l’amitié)

III Comment avancer ?

Marx et Engels, Le Manifeste du Parti Communiste

Freud, Totem et Tabou

Weber, Le Savant et le Politique

Carl Schmitt, La notion du politique

Foucault, La Volonté de savoir t. 1 de L’histoire de la sexualité


Cinq livres à lire, et non cinq auteurs à étudier.

Marx et Weber : opposition entre primauté (sociologique) de la force et insistance sur la légitimité. Mais la théorie de l’Etat chez Marx et Weber mette en avant la violence organisée, du moins dans l’Etat moderne.

La théorie de Schmitt marquée par le rejet radical du libéralisme que Weber accepte.

Freud s’oppose à Marx en ce qu’il fait de la violence un trait constitutif du sujet humain et non un accident lié à l’organisation sociale.

Foucault s’occupe moins des formes de la violence brutale que des dispositifs de pouvoir : il distingue des formes de pouvoir d’Etat et pense le pouvoir comme productif. 



COURS II Sociologie de la violence

1) Eléments de sociologie de la guerre

Bibliographie de base et éléments de réponse dans Colas, Sociologie Politique, chapitre "Modes de destruction" qui est lié à un  chapitre "Mode de production" et à un autre "mode de communication".


2) Principes d’une sociologie du suicide

Bibliographie de base

• STEINER, LA SOCIOLOGIE DE DURKEIM, LA DÉCOUVERTE
• LUKES, Steven, Emile Durkheim, his Life and Work, London
1973
• DURKHEIM, LE SUICIDE, ETUDE SOCIOLOGIQUE,  (1897),
PUF, Quadrige reproduit l’édition de 1930
• BAUDELOT ET ESTABLET, LE SUICIDE, LE SEUIL,2004
• BAUDELOT : LA RICHESSE PROTÉGE IN BULLETIN DU
CAMPUS JOURDAN, N° 10 : http://www.paris-
jourdan.ens.fr/ydepot/actua/bulletin/2006n10.pdf

POUR ALLER PLUS LOIN :

 "La sociologie durkhemienne : tradition
et actualité.  A Philippe Besnard. In memoriam". Revue
Europeénne de sciences sociales. Cahiers Vilfredo Pareto.
Tome XLII, 2004, n° 129.Et notamment dans ce numéro : Colas,
Anomie et légalité. Les origines de la science politique chez
Platon et Aristote. Et l'article de Dubar critiquant l'interprétation
du sucide (et du Suicide) par Philippe Besnard et la réponse de
Besnard. Ainsi que l'article de G. Paoletti (sur le "lien social"
chez Durkheim) ou celui de N.Mayer (sur les manifestations de
rue). A la fin bibliographie de articles de Ph. Besnard.

« Les morts violentes dans le monde" par :  Jean-Claude Chesnais, Population et sociétés, N°395, novembre 2003 :  http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/530/
« Mortalité par suicide chez les jeunes en France en 1997 et évolution depuis 1980" Françoise Péquignot, Eric Jougla, Alain Le Toullec, Martine Bovet, C8 INSERM 44,. Bulletin épidémiologique hebdomadaire, BEH, Institut de veille sanitaire : http://www.invs.sante.fr/beh/2000/0009/index.html
A partir du site de l’OMS : Suicide prevention (SUPRE), http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide/suicideprevent/en/print.html  on peut avoir accès à des données pays par pays : http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide/country_reports/en/index.html avec indication taux de suicide par sexe et classe d’âge et aussi des exemples de politique publique de lutte contre le suicide. Et un bon exemple des théories de l’OMS : intérêt pour le « coût du suicide », «le comportement », les facteurs génétiques et la chimie du cerveau, bref la « biopolitique » (Foucault) mondiale  actuelle : http://www.who.int/mental_health/media/en/64.pdf
 Pour l’OMS le suicide est en effet d’abord un problème de « santé mentale »
Il existe un programme gouvernemental français de « prévention du suicide » lançé en 1999  : http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/suicide/index_suicide.htm


Indications bibliographique pour la comparaison des suicides par pays ou
culture
• Becker, Howard S., Outsiders.Studies in the sociology of
Deviance, 1966 (Becker, qui veut "construire un concept de la
déviance" dit - pp. 10-11- avoir tiré son concept d'interaction de
la présentation du suicide d'un jeune Trohbriandais par
Malinowski qui a compris ce qu'était la "nature de la déviance" :
"Whether an act is deviant depends on  how other people react
to it" (p.11) qu'il cite assez longuement. Donc lire:  Malinowski,
Bronislas, Moeurs et coutunes des Mélanésiens, trad. françaaise
1933, p.56
• Colas, D., "Malinowksi" in Colas et Borrillo, L'homosexualité de
Platon à Foucault, Plon, 2005
•  Maurice, Pinguet La mort volontaire au Japon, Gallimard, Tel
• Pour la Chine les articles de Paul S. Yip accessible par Google
Scholar, par exemple : « An Epidemiological Profile of Suicides in
Beijing », in AMERICAN JOURNAL OF SUICODOLOGY, SPRING 2001 :
http://www.atypon-link.com/GPI/doi/abs/10.1521/suli.31.1.62.21311?journalCode=suli



COURS III Deux types de violence : Etat et Eglise chez Weber

Bibliographie

1) Etat, Eglise et violence

Weber renvoie à Trotski dont il faut lire le texte dans Ma vie. Pour lui il est indispensable de distinguer l'Etat bourgeois de l'Etat prolétarien

Weber :

L'Etat cherche à s'assurer le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné.
L'Eglise cherche à s'assurer le monopole de la violence psychique légitime sur une population donnée.


2) Nécessité de distinguer différents types d'affrontements

Les Grecs opposent : "polemos" la guerre extérieure et "stasis" la guerre civile ou guerre intestine. La "polis" grec repose sur un monopole de la violence par l'Etat. Les citoyens sont soldats et les soldats citoyens

On peut aussi relever l'importance de l'affrontement ou joute, en grec "agon" sur lequel on lira : Nietzsche "La joute chez les Grecs"


COURS IV Violence : légitimité et autorité ches Weber.

1) Des concepts à articuler : pouvoir, domination, obéissance.

Le pouvoir est une relation.  On obéit à un ordre. Se plier à la violence n'est pas obéir.

Opposition dominants/dominés va être systèmatisé par Bourdieu.

2) Formes de l'autorité.

Ses trois idéaux types

légitimité traditionnelle
légitimité charismatique
légitimité bureaucratique légale

3) Le pouvoir chez Machiavel

Le problème spécifique du Prince : il ne s'appuie pas sur la tradtion (non héréditaire)

Le lion (force) et le renard (ruse)

Annibal et le charisme de la cruauté

L'élimination phyisique des familles de nobles rivale du prince

Conclusion : Freud : l'Etat détient le monopole de l'injustice ; thèse avancée pendant la guerre de 1914


 

COURS V  Forces productives et classes sociales chez Marx



Karl Marx
Das Kapital. Band I
Kritik der politischen Ökonomie
Dreiundzwanzigstes Kapitel. Das allgemeine Gesetz der kapitalistischen Akkumulation

   



6. Genesis des industriellen Kapitalisten
Le Capital - Livre premier

Le développement de la production capitaliste






VIII° section : L'accumulation primitive
Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel
Die Entdeckung der Gold- und Silberländer in Amerika, die Ausrottung, Versklavung und Vergrabung der eingebornen Bevölkerung in die Bergwerke, die beginnende Eroberung und Ausplünderung von Ostindien, die Verwandlung von Afrika in ein Geheg zur Handelsjagd auf Schwarzhäute, bezeichnen die Morgenröte der kapitalistischen Produktionsära. Diese idyllischen Prozesse sind Hauptmomente der ursprünglichen Akkumulation. Auf dem Fuß folgt der Handelskrieg der europäischen Nationen, mit dem Erdrund als Schauplatz. Er wird eröffnet durch den Abfall der Niederlande von Spanien, nimmt Riesenumfang an in Englands Antijakobinerkrieg, spielt noch fort in den Opiumkriegen gegen China usw.

Die verschiednen Momente der ursprünglichen Akkumulation verteilen sich nun, mehr oder minder in zeitlicher Reihenfolge, namentlich auf Spanien, Portugal, Holland, Frankreich und England. In England werden sie Ende des 17. Jahrhunderts systematisch zusammengefaßt im Kolonialsystem, Staatsschuldensystem, modernen Steuersystem und Protektionssystem. Diese Methoden beruhn zum Teil auf brutalster Gewalt, z.B. das Kolonialsystem. Alle aber benutzten die Staatsmacht, die konzentrierte und organisierte Gewalt der Gesellschaft, um den Verwandlungsprozeß der feudalen in die kapitalistische Produktionsweise treibhausmäßig zu fördern und die Übergänge abzukürzen. Die Gewalt ist der Geburtshelfer jeder alten Gesellschaft, die mit einer neuen schwanger geht. Sie selbst ist eine ökonomische Potenz.
La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. S'ouvrant par la révolte de la Hollande contre l'Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans la croisade de l'Angleterre contre la Révolution française et se prolonge, jusqu'à nos jours, en expéditions de pirates, comme les fameuses guerres d'opium contre la Chine.

Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. Quelques-unes de ces méthodes reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception exploitent le pouvoir de l'État, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter violemment le passage de l'ordre économique féodal à l'ordre économique capitaliste et d'abréger les phases de transition. Et, en effet, la force est l'accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique.



COURS VI Violence, Etat et Révolution chez chez Marx
ENGELS, EXTRAITS DU CHAPITRE IV DE L'ANTI -DÜRHING (Monsieur E. Dühring bouleverse la science)


http://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611.htm


DANS CET OUVRAGE ENGELS CRITIQUE VIVEMENT LA PENSÉE D'EUGEN DÜHRING (1833-,  THÉORICIEN ALLEMAND QUI ACCORDE UNE PLACE FONDATRICE À LA VIOLENCE

CHAPITRE II DE LA DEUXIÈME PARTIE

......
Ici également, nous voyons donc avec évidence qu'il n'est nullement vrai que

“ I'élément primitif doive être cherché dans la violence politique immédiate et non pas d'abord dans une puissance économique indirecte. ” (DÜHRING)

Au contraire. Qu'est-ce qui apparaît précisément comme “ élément primitif ” de la violence elle-même ? La puissance économique, le fait de disposer des moyens de puissance de la grande industrie. La violence politique sur mer, qui repose sur les navires de guerre modernes, se révèle comme n'étant absolument pas immédiate, mais précisément due à la médiation de la puissance économique, du haut développement de la métallurgie, de l'autorité exercée sur des techniciens habiles et des mines de charbon abondantes.
.....

CHAPITRE III DE LA DEUXIÈME PARTIE


Ajoutons, à cette occasion, que, jusqu'aujourd'hui, toutes les contradictions historiques entre classes exploiteuses et exploitées, dominantes et opprimées trouvent leur explication dans cette même productivité relativement peu développée du travail humain. Tant que la population qui travaille effectivement est tellement accaparée par son travail nécessaire qu'il ne lui reste plus de temps pour pourvoir aux affaires communes de la société, - direction du travail, affaires de l'État, questions juridiques, art, science, etc., - il a toujours fallu une classe particulière qui, libérée du travail effectif, puisse pourvoir à ces affaires; ce qui ne l'a jamais empêchée d'imposer à son propre profit aux masses travailleuses une charge de travail de plus en plus lourde. Seul, l'énorme accroissement des forces productives atteint par la grande industrie permet de répartir le travail sur tous les membres de la société sans exception, et par là, de limiter le temps de travail de chacun de façon qu'il reste à tous suffisamment de temps libre pour prendre part aux affaires générales de la société, - théoriques autant que pratiques. C'est donc maintenant seulement que toute classe dominante et exploiteuse est devenue superflue, voire un obstacle au développement social, et c'est maintenant seulement qu'elle sera impitoyablement éliminée, si maîtresse qu'elle soit encore de la “violence immédiate ”.

[....]

Le rôle que joue la violence dans l'histoire vis-à-vis de l'évolution économique est donc clair. D'abord, toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique de caractère social et s'accroît dans la mesure où la dissolution des communautés primitives métamorphose les membres de la société en producteurs privés, les rend donc plus étrangers encore aux administrateurs des fonctions sociales communes. Deuxièmement, après s'être rendue indépendante vis-à-vis de la société, après être devenue, de servante, maîtresse, la violence politique peut agir dans deux directions. Ou bien, elle agit dans le sens et dans la direction de l'évolution économique normale. Dans ce cas, il n'y a pas de conflit entre les deux, l'évolution économique est accélérée. Ou bien, la violence agit contre l'évolution économique, et dans ce cas, à quelques exceptions près, elle succombe régulièrement au développement économique. Ces quelques exceptions sont des cas isolés de conquêtes, où les conquérants plus barbares ont exterminé ou chassé la population d'un pays et dévasté ou laissé perdre les forces productives dont ils ne savaient que faire. Ainsi firent les chrétiens dans l'Espagne mauresque pour la majeure partie des ouvrages d'irrigation, sur lesquels avaient reposé l'agriculture et l'horticulture hautement développées des Maures. Toute conquête par un peuple plus grossier trouble évidemment le développement économique et anéantit de nombreuses forces productives. Mais dans l'énorme majorité des cas de conquête durable, le conquérant plus grossier est forcé de s'adapter à l' “ état économique” plus élevé tel qu'il ressort de la conquête; il est assimilé par le peuple conquis et obligé même, la plupart du temps, d'adopter sa langue. Mais là où dans un pays, - abstraction faite des cas de conquête, - la violence intérieure de l'État entre en opposition avec son évolution économique, comme cela s'est produit jusqu'ici à un certain stade pour presque tout pouvoir politique, la lutte s'est chaque fois terminée par le renversement du pouvoir politique. Sans exception et sains pitié, l'évolution économique s'est ouvert la voie, - nous avons déjà mentionné le dernier exemple des plus frappants : la grande Révolution française. Si, selon la doctrine de M. Dühring, l'état économique et avec lui la constitution économique d'un pays déterminé dépendaient simplement de la violence politique, on ne verrait pas du tout pourquoi, après 1848, Frédéric-Guillaume IV ne put réussir, malgré sa “ magnifique armée ”  [3], à greffer dans son pays les corporations médiévales et autres marottes romantiques, sur les chemins de fer, les machines à vapeur et la grande industrie qui était alors en train de se développer; ou pourquoi l'empereur de Russie, qui est encore bien plus puissant, s'avère incapable non seulement de payer ses dettes, mais même de maintenir sa “ violence ” sains emprunter sans cesse à la “situation économique” d'Europe occidentale.
Pour M. Dühring la violence est le mal absolu, le premier acte de violence est pour lui le péché originel, tout son exposé est une jérémiade sur la façon dont toute l'histoire jusqu'ici a été ainsi contaminée par le péché originel, sur l'infâme dénaturation de toutes les lois naturelles et sociales par cette puissance diabolique, la violence. Mais que la violence joue encore dans l'histoire un autre rôle, un rôle révolutionnaire; que, selon les paroles de Marx, elle soit l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs (SOULIGNE PAR MOI, D. COLAS) ; qu'elle soit l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes- de cela, pas un mot chez M. Dühring. C'est dans les soupirs et les gémissements qu'il admet que la violence soit peut-être nécessaire pour renverser le régime économique d'exploitation, - par malheur ! Car tout emploi de la violence démoralise celui qui l'emploie. Et dire qu'on affirme cela en présence du haut essor moral et intellectuel qui a été la conséquence de toute révolution victorieuse ! Dire qu'on affirme cela en Allemagne où un heurt violent, qui peut même être imposé au peuple, aurait tout au moins l'avantage d'extirper la servilité qui, à la suite de l'humiliation de la Guerre de Trente ans, a pénétré la conscience nationale ! Dire que cette mentalité de prédicateur sans élan, sans saveur et sans force a la prétention de s'imposer au parti le plus révolutionnaire que connaisse l'histoire !


COURS VII La violence et la pulsion

Pulsion, refoulement, identification, aggression


I Structure de la pulsion (trieb)

a) S’oppose à l’instinct

b) Quantité d’énérgie et muqueuse mais indétérminée quant au but et quant au moyen de satisfaction

c) Etayage de la pulsion sur le besoin

d) Impossibilité de satisfaire le désir : désir du désir de l’autre

II Le refoulement n’est pas la repression

III Réalité du fantasme.

IV La pulsion est sociale. Le moi petit foule. La foule grand moi.

VII Le stade du miroir chez Lacan

VIII L’agressivité est liée à l’idenfication : jalousie

IX L’identification fonde la vie sociale

 X  Temporalité freudienne : “stade”, “origine”, “après coup”




COURS VIII Totem et Tabou, de Freud

A
ccompagné d’un parallèle avec le Léviathan de Hobbes



Freud renvoie au moins une fois à la formule utilisée par  Hobbes « l’homme est un loup pour l’homme » dans Du citoyen. L’idée est présente dans Le Léviathan où il est question de la « guerre de tous contre tous » ;
Freud


 

"L'homme n'est pas un être doux, en besoin d'amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais qu'au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l'agression. En conséquence de quoi, le prochain n'est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d'exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ce qu'il possède, de l'humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer: homo homini lupus ; qui donc, d'après toutes les expériences de la vie et de l'histoire, a le courage de contester cette maxime? Cette cruelle agression attend en règle générale une provocation ou se met au service d'une autre visée dont le but pourrait être atteint aussi par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque sont absentes les contre-forces animiques qui d'ordinaire l'inhibent, elle se manifeste d'ailleurs spontanément, dévoilant dans l'homme la bête sauvage, à qui est étrangère l'idée de ménager sa propre espèce. Quiconque se remémore les atrocités de la migration des peuples, des invasions des Huns, de ceux qu'on appelait Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, de la conquête de Jérusalem par les pieux croisés, et même encore les horreurs de la dernière guerre mondiale ne pourra que s'incliner humblement devant la confirmation de cette conception par les faits."

Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture (1930), trad. P Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Éd. PUF, coll. Quadrige, 3` éd. corrigée, 1998, pp. 53-54.
 
A) L’épreuve de la haine


1) L’antisémitisme et la guerre mondiale pour Freud

 2) Les guerres civiles de religion pour Hobbes et leur lien avec le racisme (cf. Foucault)

B) Une conception du sujet comme animé par le désir
 
  1) La «libido »  (énergie de la pulsion sexuelle chez Freud)

  2) Le «  désir de puissance » (« desire of power » « chez Hobbes)
 


 
Léviathan  I , 11, OF THE DIFFERENCE OF MANNERS
So that in the first place, I put for a general inclination of all mankind a perpetual and restless desire of power after power, that ceaseth only in death. And the cause of this is not always that a man hopes for a more intensive delight than he has already attained to, or that he cannot be content with a moderate power, but because he cannot assure the power and means to live well, which he hath present, without the acquisition of more. And from hence it is that kings, whose power is greatest, turn their endeavours to the assuring it at home by laws, or abroad by wars: and when that is done, there succeedeth a new desire; in some, of fame from new conquest; in others, of ease and sensual pleasure; in others, of admiration, or being flattered for excellence in some art or other ability of the mind.
Competition of riches, honour, command, or other power inclineth to contention, enmity, and war, because the way of one competitor to the attaining of his desire is to kill, subdue, supplant, or repel the other. Particularly, competition of praise inclineth to a reverence of antiquity. For men contend with the living, not with the dead; to these ascribing more than due, that they may obscure the glory of the other.
 
(texte anglais sur le site : http://oregonstate.edu/instruct/phl302/texts/hobbes/leviathan-contents.html)
 

 

III L' « état de nature » chez Hobbes et  la « horde primitive » chez Freud

 
A) Statut de ces deux notions : moments historiques, « mythe scientifique » (Freud), ou concepts

B) « La guerre de tous contre tous » (bellum omnium contra omnes) chez Hobbes : •« l’homme est un loup pour l’homme »  •L’homme « enfant robuste et méchant »   (Le Citoyen)

C) Promiscuité sexuelle et toute puissance du « père primitif » (Urvater) chez Freud
 

IV La sortie de l'originaire


 
A) La révolte des frères et le meurtre du « père originaire » (Urvater) chez Freud


B) Le calcul rationnel d'individus chez Hobbes : le passage de « l’état de nature » à la « société civile »


V la « culture » chez Freud

A) La possibilité du « bien-être » selon Hobbes. Le Léviathan ne détruit pas l’individu.
 
B) La fragilité de la culture selon Freud : la répétition du meurtre du père et le masochisme primaire. Culpabilité et sadisme retourné contre soi. 

C) L'Etat comme institution revendiquant « le monopole de l'injustice » selon Freud

 
Conclusion
 
• Optimisme de Hobbes : le « bien être » dans la société civile.

• Pessimisme de Freud : la fonctionnalité de l’antisémitisme et de la haine comme lien social du groupe.





COURS IX La politique comme discrimination entre l’ami et l’ennemi selon Schmitt


COURS X La critique du libéralisme par Schmitt


COURS XI La volonté de savoir et volonté de pouvoir selon Foucault


   APPAREIL DE NOTES SOMMAIRE SUR LA VOLONTÉ DE SAVOIR établi par D.Colas

 
Les renvois sont faits par page. Ils donnent des informatons partielles mais vérifiiées. Des références à des textes cités par Foucault (Sade) ou a des textes d'auteurs dont il mentionne le nom (Binet).

Le texte ne comprend ni note ni bibliographie

Les indications suivantes sont évidemment lacunaires étant donné l'ampleur de la tâche mais donnent une idée des lectures de Foucault.

Pas de renvoi à Freud très présent dans tout le livre

 11
Steven  Marcus,
The Other Victorians: A Study of Sexuality and Pornography in Mid-Nineteenth-Century England



About this title: Taking as his point of departure the authors, the audience, and the texts of Victorian writings on sex in general and of Victorian pornography in particular, Steven Marcus offers a startling and revolutionary perspective on the underside of Victorian culture. The subjects dealt with in "The Other Victorians" are not only those to have been "shocking" in the Victorian period. The way these subjects were regarded - and the way our notions of the Victorians continue to change, as the efforts of contemporary scholarship restore them to their full historical dimensions - are matters today of some ... read more


12  et 172
 Wilhem Reich, psychanalyse autrichien puis américain



31

Sade ,
Les 120 journées de Sodome, http://www.sade-ecrivain.com/journees/journees.html


My secret life (publié anonyment à Bruxelles en 1888), http://www.my-secret-life.com/

 L’auteur est maintenant identifié comme Henry Spencer Ashbee (1834-1900)

Il existe des traductions françaises


34

Tardieu :
Etudes médico légales sur les attentats aux mœurs  sur le site Gallica de la BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k77011r


57

Carl Westphal



72
«la polissonerie du morbide «  de la « fin de siècle »

Pouillet, Thésée 1849-19..
Médecin à Noisy-le-Sec, Psychopathie sexuelle. II. De l'onanisme chez l'homme / docteur Pouillet, 1897


 Ladoucette, Ed., Traité de l'onanisme. Paris : Nouvelle collection médicale, (1903)

Maurice Rollinat (1846-1903), poète auteur d'un receuil les Névroses
 

La buveuse d'absinthe
(Les Névroses, 1883)

Au docteur Louis Jullien.

Elle était toujours enceinte,
Et puis elle avait un air...
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Elle vivait dans la crainte
De son ignoble partner :
Elle était toujours enceinte.
 
Par les nuits où le ciel suinte,
Elle couchait en plein air.
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Ceux que la débauche éreinte
La lorgnait d'un oeil amer :
Elle était toujours enceinte !
 
Dans Paris, ce labyrinthe
Immense comme la mer,
Pauvre buveuse d'absinthe,
 
Elle allait, prunelle éteinte,
Rampant aux murs comme un ver...
Elle était toujours enceinte !
 
Oh ! cette jupe déteinte
Qui se bombait chaque hiver !
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Sa voix n'était qu'une plainte,
Son estomac qu'un cancer :
Elle était toujours enceinte !
 
Quelle farouche complainte
Dira son hideux spencer !
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Je la revois, pauvre Aminte,
Comme si c'était hier :
Elle était toujours enceinte !
 
Elle effrayait maint et mainte
Rien qu'en tournant sa cuiller ;
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Quand elle avait une quinte
De toux, - oh ! qu'elle a souffert,
Elle était toujours enceinte ! -
 
Elle râlait : « Ça m'esquinte !
Je suis déjà dans l'enfer. »
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Or elle but une pinte
De l'affreux liquide vert :
Elle était toujours enceinte !
 
Et l'agonie était peinte
Sur son oeil à peine ouvert ;
Pauvre buveuse d'absinthe !
 
Quand son amant dit sans feinte :
«D'débarras, c'en est un fier !
«Elle était toujours enceinte.»
Pauvre buveuse d'absinthe !





36

 Herbert, A , Etudes sur la police générale des grains,
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80066j


60

 Binet, Alfred « inventeur » du « fétichisme » (et aussi du coefficient intellectuel)

http://wwwalf.psychanalyse-paris.com/-Le-fetichisme-dans-l-amour-.html


Extrait de l'ouvrage de Biner :

Le fétichisme de l’amour se présente sous bien des formes ; mais toutes ces formes se ressemblent ; en connaître une, c’est les connaître toutes ; ce sont comme des variations infinies sur un thème unique. Nous étudierons successivement :
_ 1° L’amant de l’œil ;
_ 2° L’amant de la main ;
 _ 3° L’amant des cheveux ;
_ 4° L’amant de l’odeur.

Dans ces quatre cas, le fétichisme, qui souvent ne se distingue de l’état normal que par des nuances insensibles, a pour objet une partie du corps de la personne aimée. C’est l’amour plastique.
Chacun a en amour ses goûts particuliers ; c’est même un sujet habituel de conversation ; telle personne aime la beauté blonde, telle autre la beauté brune ; celui-ci est pour les yeux bleus, celui-là pour les yeux noirs. Certaines personnes avouent que ce qu’elles préfèrent, c’est la taille ; d’autres, c’est le pied ; d’autres la nuque.
Les causes de ces préférences sont multiples. Condillac en signale une, l’association des idées.
« Les liaisons d’idées influent intimement sur toute notre conduite. Elles entretiennent notre amour ou notre haine, fomentent notre estime ou notre mépris, excite notre reconnaissance ou notre ressentiment, et produisent ces sympathies, ces antipathies et tous ces penchants bizarres dont on a quelquefois tant de peine à rendre raison [1] ». À l’appui, Condillac cite une observation relative à Descartes ; cette observation est un exemple du besoin si commun qu’on éprouve de retrouver chez des femmes ce que l’on a aimé chez d’autres. Descartes conserva toujours du goût pour les yeux louches, parce que la première personne qu’il avait aimée avait ce défaut.
Je ne puis m’empêcher de supposer que Descartes pensait à son propre cas, quand il écrivait, dans son Traité des Passions, la section CXXXVI, où il décrit « d’où viennent les effets des passions qui sont particulières à certains hommes ». Voici ce passage, qui est d’une très fine psychologie :
« Il y a telle liaison entre notre âme et notre corps que lorsque nous avons une fois joint quelque action corporelle avec quelque pensée, l’une des deux ne se présente pas à nous par après, que l’autre ne s’y présente aussi... Il est aisé de penser que les étranges aversions de quelques-uns qui les empêchent de souffrir l’odeur des roses ou la présence d’un chat, ou choses semblables, ne viennent que de ce qu’au commencement de leur vie ils ont été offensés par quelques pareils objets, ou bien qu’ils ont compati au sentiment de leur mère, qui en a été offensée étant grosse. L’odeur des roses peut avoir causé un grand mal de tête à un enfant lorsqu’il était encore au berceau, ou bien un chat le peut avoir fort épouvanté, sans que personne y ait pris garde, ni qu’il en ait eu après aucune mémoire [2], bien que l’idée de l’aversion qu’il avait alors pour ces roses et pour ce chat demeure imprimée en son cerveau jusqu’à la fin de sa vie ».

Voici maintenant un premier cas de grand fétichisme. L’observation que nous allons reproduire est relative à un malade que j’ai vu vers 1881 à la clinique de M. Ball, et dont l’éminent professeur a raconté l’histoire avec toute la verve et tout l’esprit qu’on lui connaît, dans une leçon sur la folie érotique [3].
« Il s’agit d’un jeune homme de trente-quatre ans. De petite taille et vigoureusement constitué, il a conservé sur sa physionomie les attributs de la jeunesse. Fils d’un professeur de dessin, il a reçu une éducation assez complète : il est bachelier, et jusqu’à l’époque de son entrée à Sainte-Anne il exerçait les fonctions de professeur de latin dans une institution de jeunes gens. Il a eu des convulsions dans l’enfance. Son caractère est faible, sans ressort, aisément influencé. Dès l’âge de six ans, nous voyons poindre des prédispositions à son état actuel : il avait, dit-il, quelques idées lubriques ; mais au milieu d’une ignorance absolue, il n’a pas tardé à contracter des habitudes de masturbation accouplées à des conceptions fort singulières.
« D’abord notre homme affirme qu’il est resté vierge de tout contact féminin : nous croyons absolument qu’il dit la vérité, car son récit est parfaitement en accord avec ses idées.
« Cet homme vierge a été assujetti pendant toute sa vie à des idées obscènes. Constamment préoccupé de l’idée de la femme, il ne voyait absolument dans son idéal que les yeux. C’est là qu’il trouvait l’expression de toutes les qualités qui doivent caractériser la femme, mais enfin ce n’était point assez ; et comme il fallait absolument en venir à des idées d’un ordre plus matériel, il avait cherché à s’éloigner le moins possible des yeux qui constituaient son centre d’attraction, et dans son inexpérience absolue, il avait placé les organes sexuels dans les fosses nasales. Sous l’empire de ces préoccupations, il avait tracé des dessins étranges, car, fils d’un professeur de dessin, il avait appris de bonne heure à manier le crayon. Les profils qu’il esquissait, et dont il nous a montré quelques exemplaires, reproduisent assez exactement le type grec, sauf on un seul point qui les rendait irrésistiblement comiques la narine était démesurément grande, afin de permettre l’introduction du pénis. Mais comme il n’avait mis personne dans la confidence, il a pu mener une vie régulière et tranquille jusque vers la fin de l’année 1880.
« Il était, nous l’avons déjà dit, professeur dans une institution privée, et on l’avait chargé de conduire les élèves en omnibus à la pension. Dans une de ses promenades, il rencontre son idéal on la personne d’une jeune fille habitant le quartier ; il aperçoit une forêt de cheveux au-dessous desquels se dessinent des yeux immenses.
« À partir de ce moment, son destin est fixé. Il est décidé dans son esprit qu’il épousera la belle inconnue ; il s’assure de son domicile, et, sans plus d’ambages, il monte chez elle et se fait annoncer. Il est reçu par la mère, à qui il demande catégoriquement la main de sa fille. On le jette à la porte, ce qui ne modifie nullement ses sentiments ; il se représente une seconde et une troisième fois ; il finit par être arrêté et conduit à la préfecture.
« Sous tous les autres rapports, son intelligence paraît régulière... Il n’accuse personne, il ne se connaît point d’ennemis ; il ne manifeste aucune animosité contre sa bien-aimé ; il est convaincu que s’il est enfermé à Sainte-Anne, c’est pour y passer un temps d’épreuve et se rendre plus digne d’elle ».
Ajoutons qu’après un séjour prolongé à l’asile pendant plusieurs années, ce malade a versé insensiblement dans un état de demi-démence, et que la démence complète paraît devoir être malheureusement la solution de sa carrière d’érotomane.
Nous reviendrons bientôt sur cette observation, et nous essayerons d’en faire l’analyse psychologique. Pour le moment, nous nous contentons de rassembler les faits.
On remarquera dès à présent que l’observation précédente ne doit pas être confondue avec le joli délire des amoureux. Le malade de M. Ball n’est pas un de ces simples enthousiastes qui chantent les beaux yeux de leur maîtresse. Il ne s’agit point ici de poésie, mais d’une véritable perversion sexuelle qui a conduit le sujet à la démence.




   Charles Lasègue   Les Exhibitionnistes



Notre langue médicale manque d’expressions pour désigner les états si nombreux qui servent d’intermédiaire entre la raison et la folie. Sous ce rapport, comme sous tant d’autres, la langue populaire est plus riche et, cependant, malgré la richesse de son vocabulaire, on est forcé de recourir, à l’occasion, à des néologismes. C’est cette nécessité qui excusera le titre que j’ai cru devoir donner à cette courte note.

Parmi les aliénés, il en est un grand nombre qui ne passent pas de l’idée à l’acte, et renferment leur activité dans la sphère toute psychique des conceptions délirantes. Étrangers au monde extérieur, ils lui empruntent peu et surtout ne lui rendent rien. D’autres, moins nombreux, n’ayant pas d’ordinaire franchi les limites extrêmes de la raison, éprouvent le besoin d’une demi-satisfaction, et, défiants ou intimidés, conforment partiellement leurs actions aux idées qui les dominent. Ce type se rencontre souvent chez les aliénés persécutés, chez ceux surtout qui, impliqués dans une persécution dont lis ne sont que l’objectif secondaire, se sont donné la mission de redresseurs de torts. Un seul exemple suffira pour faire comprendre cette étrange espèce de folie avortante.

Un employé d’une administration publique passe chaque jour, au sortir de son bureau, sous les fenêtres d’une jeune fille. La pensée lui vient que cette jeune fille est prise de passion pour lui, et que la résistance des parents est le seul obstacle à leur union. Cette donnée délirante que rien ne justifie l’obsède, et il se résout, après une attente de plusieurs mois, à entamer la lutte. Jamais il n’a essayé de lui parler, de lui faire parvenir une lettre ; il n’a cherché nulle part un renseignement ; mais tous les soirs d’abord, puis tous les jours ensuite, abandonnant ses occupations qui le font vivre, il se poste devant la maison ; il suit la famille partout, à l’église, à la promenade ; il l’attend à la porte des amis qu’elle a été visiter. Pas un mot, pas un regard expressif. Son rôle se borne à faire fonction d’ombre, et cela pendant plus d’une année, jusqu’à ce que la famille, effrayée de ce mutisme et de cette incessante obsession, demande qu’on l’en délivre à tout prix.

Si ce fait était une exception individuelle, il ne mériterait pas d’être rappelé, mais il s’est reproduit tant de fois sous mes yeux, avec des variantes qui ne changeaient rien au fond, qu’il acquiert une valeur pathologique. Cet homme rentrait dans la classe de ce que l’on ma pardonnera d’appeler les exhibitionnistes. Il faisait montre de sa personne et n’allait pas au delà.

Quand on interroge ces malades avec les ménagements qu’exigent de semblables aberrations, on soupçonne plutôt qu’on ne découvre le travail intime qui s’opérait dans leur esprit. L’insistance n’était pour eux qu’un procédé de concentration intellectuelle, et ils ressemblaient (venia sit verbo) au mathématicien qui pense devant un tableau noir où le schème d’une figure géométrique est grossièrement esquissé.

Le sens génital est certainement celui qui se prête le mieux à des perversions compatibles avec un suffisant exercice de l’intelligence. Toutes les déviations y sont représentées, que les étapes marquent un temps d’arrêt dans la démoralisation ou dans la débilité d’esprit. Même à l’état normal, il se comptait dans les satisfactions incomplètes, aussi est-ce lui qui fournit le plus aux exhibitions.

Un individu, presque toujours, sinon toujours un homme (je n’ai vu qu’une seule femme ainsi entraînée), est arrêté pour outrage public à la pudeur. Il a fait montre de ses organes génitaux, non pas au hasard, devant les passants quels qu’ils soient, mais au mêmes endroits, en regard des mêmes personnes, car le plus ordinairement le manège s’est répété nombre de fois avant qu’il ait donné lieu à une plainte, motivé la surveillance ; c’est un scandale privé plutôt qu’un outrage public.

La première pensée est qu’il s’agit d’un homme vicieux, ayant épuisé les débauches et réduit aux dernières ressources des excitations impuissantes. L’enquête prouve surabondamment qu’il n’en est rien. Le prévenu a les antécédents les plus honorables ; il n’était pas forcément aux limites de la virilité ; sa situation d’argent, son indépendance de tout lien lui permettaient et lui rendaient faciles les satisfactions autorisées, il ne se distingue ni par l’excès ni par l’absence d’appétition.

Seulement, tandis qu’on obtenait du persécuté persécuteur des demi-confidences, ici on ne pénètre presque jamais dans les sentiments intimes. L’individu, honteux, se renferme dans l’expression ou plutôt dans l’explosion de ses regrets ou de ses remords. Il lui semble que toute réponse serait compromettante, et que moins il rendra compte de ses sentiments, plus on croira à une impulsion excusable, parce qu’elle a été inconsciente. À défaut des aveux, les faits donnent quelques éclaircissements.

Le premier cas qu’il m’ait été donné d’observer m’avait laissé une vive impression. Il s’agissait d’un jeune homme (moins de 30 ans) appartenant à une famille honorable, jouissant lui-même d’une situation enviée comme secrétaire d’un personnage politique de cette époque. II était distingué d’esprit et de formes, et son éducation le rattachait au meilleur monde.

L’autorité avait été informée, par des plaintes multiples, d’un scandale qui se renouvelait dans les églises, toujours vers la tombée de la nuit. Un jeune homme, dont on donnait le signalement, se présentait subitement devant une femme en prière dans l’église alors peu fréquentée ; il étalait ses organes génitaux sans prononcer une parole et disparaissait dans l’ombre après une courte apparition.

La surveillance était difficile, à cause du nombre des endroits où elle devait s’exercer. Un soir, cependant, cet étrange fantaisie fut arrêté à Saint-Roch, au moment où il se livrait à son exercice périodique devant une vieille religieuse qui poussa un grand cri et éveilla l’attention du gardien. Le délit était si singulier que le parquet demanda un examen médical. J’eus avec le prévenu de longs entretiens dont je ne pus dégager que quelques indices. L’impulsion était invincible, elle se reproduisait périodiquement aux mêmes heures, jamais dans la matinée ; elle était précédée d’une anxiété qu’il attribuait à une sorte de résistance intérieure. L’enquête, poursuivie avec une sollicitude concevable, ne fournit que des documents négatifs. Tout était irréprochable, sauf les faits qui avaient motivé l’arrestation.

J’étais alors moins expérimenté, et, devant l’absence de toute conception délirante, de toute perversion intellectuelle ou nerveuse, je dus m’incliner et déclarer qu’il n’y avait pas lieu d’admettre l’irresponsabilité. J’ignore quelle suite fut donnée à l’affaire.

Peu de temps après, j’appris qu’une plainte avait été déposée contre un employé supérieur d’une administration, âgé de 60 ans, veuf et père de famille. On l’accusait de se poster près de sa fenêtre et d’y faire l’exhibition de ses organes génitaux devant une petite fille de 8 à 10 ans, qui demeurait en face de lui. Cette pratique avait lieu tous les matins, entre dix et onze heures ; elle s’était répétée pendant une quinzaine de jours, puis avait cessé pendant plusieurs mois pour se reproduire dans des conditions identiques. Je connaissais personnellement l’inculpé, j’allai le voir et lui demandai confidentiellement des renseignements qu’il ne refusa pas. Il avouait tout, reconnaissait l’énormité et l’absurdité de la faute, sans savoir, disait-il, comment s’en défendre. L’incitation instinctive était intermittente, mais, dès qu’elle se produisait, il la sentait invincible. Sa conduite, connue non plus par une enquête de police, mais par les relations de ses amis, échappait à tout soupçon. Averti à temps, il se décida à partir en Belgique avant l’instruction judiciaire. J’ai appris qu’il était mort un an après, à la suite d’accidents cérébraux.

D’autres exemples qu’il serait inutile de rappeler m’avalent permis d’établir ce qu’on me pardonnera d’appeler les caractères scientifiques de l’espèce ; exhibitions à distance, pas de manœuvres lubriques, pas de tentative pour entrer en relations plus intimes ; retour du même instinct aux mêmes lieux et habituellement aux mêmes heures ; pas un acte répréhensible au point de vue génital en dehors de cette manifestation monotone.

Comment pouvait s’expliquer cette aliénation partielle ! Fallait-il y voit un caprice inexpliqué, ou était-il possible de la rattacher à un état pathologique ? Je ne me bornai plus à chercher dans le fait un éclaircissement, et je regardai comme un devoir de remonter dans le passé et de continuer ma surveillance médicale dans l’avenir. Ce procédé avait deux mérites : médico-légalement, il était scientifique ; moralement, il était honnête.

Un officier supérieur en retraite (65 ans) est sous le coup d’une prévention d’outrage public à la pudeur, dans les conditions suivantes : Tous les deux jours, bizarre intermittence, il va se placer devant la grille d’une maison où habitent de jeunes filles, dans la localité où lui-même a sa résidence. Là il découvre ses organes génitaux ; puis, après quelques minutes, reboutonne son pantalon et continue sa promenade périodique. Détail non moins curieux, il dépose toujours sa canne au même endroit avant du se mettre en posture. L’inculpé jouit, en apparence, de la plénitude de sa raison, il répond pertinemment aux questions, nie sans insistance, en faisant valoir moins la non-existence que l’improbabilité du délit.

Or cet homme, d’une intelligence élevée, d’habitudes correctes, avait perdu sa femme il y a un an ; depuis lors, il était. sujet à des accès vertigineux avec contusion intellectuelle et parfois même subdélire. Il errait dans son jardin pendant les crises, prononçant des phrases sans suite, rentrait dans son appartement et s’endormait dans un fauteuil. Lui-même ne conservait qu’une vague notion de ces accidents, dont ses serviteurs rendaient un compte exact et détaillé. Sa mémoire, en toutes choses, avait faibli, et il avait dû renoncer, dans son isolement, à des lectures qui le fatiguaient sans l’intéresser. Une attaque de ce genre, mais plus intense, s’était produite chez un de ses parents au moment de se mettre à table et en présence d’une nombreuse compagnie ; on avait dû ramener le malade en voiture à son domicile. Il n’invoquait pas et ne pouvait invoquer, pour sa défense, des souvenirs, qui lui faisaient défaut. Aucune suite ne fut donnée à l’affaire, et le malade est mort depuis, hémiplégique, chez un de ses parents qui l’avait recueilli pour éviter de nouvelles aventures.

Un administrateur, également distingué jusque-là par l’intelligence, est arrêté pour une exhibition périodique de ses organes génitaux dans une rue de Paris. Ses antécédents sont d’une telle honorabilité qu’on admet un trouble mental sans recourir à l’expertise d’un médecin. Un an après, je suis obligé d’interner le malade dans un asile privé d’aliénés, où il succombe aux suites d’une démence sénile à marche rapide. L’attention une fois éveillée, on découvre que cette aberration génésique n’est qu’un chaînon dans la chaîne des perversions intellectuelles qui avaient passé inaperçues. En médecine mentale, les observations rétrospectives sont toujours les plus probantes ; des renseignements qu’on aurait sollicités vainement avant la chute se produisent en foule dès que les observateurs non médicaux sont mis sur la voie par la maladie confirmée.

On comprend que je signale des types, et n’entends donner ni une statistique ni un catalogue des cas trop nombreux que j’ai été en mesure de recueillir.

Un jeune homme (26 ans) est arrêté dans les conditions suivantes : Toutes les après-midi, à cinq heures sonnantes, Il se place au coin de la porte d’un pensionnat de jeunes filles. Au moment de la sortie des enfants externes, il découvre ses organes génitaux et laisse défiler les pensionnaires devant lui. Le manège uniforme quant au lieu, quant à l’heure, quant au procédé, n’est signalé qu’au bout d’une dizaine de jours. L’affaire s’instruit et donne lieu à une condamnation à quelques semaines de prison.

La famille réussit â empêcher que la chose ne s’ébruite, et le condamné peut rentrer dans l’administration à laquelle il appartient. Deux mois plus lard, il est mis en congé pour cause de maladie ; on s’aperçoit que ses écritures sont irrégulières, qu’il a des défaillances intellectuelles incompatibles avec son service. Le malade rentre dans sa famille. Il est célibataire, et sa conduite ne diffère en rien de celle des jeunes gens de son âge. Après un an d’oisiveté, surviennent des accidents cérébraux qui me forcent à provoquer le placement du malade. Il est dans un état de délire hypocondriaque, avec excitation, une forme connue, mais mal décrite ; sa conviction est que sa personne se compose de deux pôles en antagonisme : sa tête et ses organes. L’excitation passe de l’un à l’autre de ces foyers, et il est là, anxieux, attendant chacune des révolutions, qu’il compare à des secousses électriques. Un amendement relatif se produit bientôt, suivi d’une rechute ; et l’aliénation, devenue incurable, persiste encore aujourd’hui avec des accidents vertigineux graves.

Un homme de lettres (63 ans), de moeurs pacifiques, vivant, avec une soeur plus âgée que lui, dans les conditions les plus modestes et les plus dignes, est arrêté, un soir, faisant l’exhibition de ses organes génitaux dans une rue isolée de son quartier et devant de rares passants. Il est condamné à deux mois de prison. Un an plus tard, nouvelle arrestation, à la même heures, 9 heures du soir, en plein été, à l’entrée d’un des urinoirs des Champs-Élysées, attendant avec une passivité niaise. C’est un pauvre homme, faible de caractère, sujet à des éblouissements, à marche mal assurée, sans paraplégie, et présentant quelques intermittences cardiaques.

J’avais, il y a peu de jours, dans mon service un jeune homme qui peut servir de type. C’est par son observation très résumée que je clorai ce long et sommaire exposé.

X… a 20 ans. Il a fait la guerre comme soldat, puis comme sous-officier dans un régiment de ligne. Ses notes militaires sont parfaites de tout point. En 1813, étant au service, il est atteint d’une maladie mal définie qu’on aurait, à son dire, nommée fièvre typhoïde, qui se renouvelle à deux reprises dans la même année et, chaque fois, débute par une attaque subite et comateuse. Rentré chez son père, il y exerce la profession de commis marchand de vins. Une plainte est portée par une voisine qui l’accuse de se mettre demi-nu à la fenêtre, presque tous les jours, entre deux et trois heures de l’après-midi. X…, vivement réprimandé, s’enfuit de la maison, court la campagne, fait sur une route la rencontre d’une enfant, à laquelle il exhibe ses organes génitaux sans lui adresser la parole. Arrêté par le père, qui travaillait à peu de distance de là, il est condamné à deux mois de prison.

Sa peine finie, il se place chez son frère. Le même manège a lieu, à la même heure, à sa fenêtre ; même plainte est adressée à l’autorité ; mais la prévenu est soumis à mon examen, sur la demande de la famille. C’est un homme robuste, sain d’intelligence ; il avoue sans restriction, et déclare que cette tentation, dont l’étrangeté ne lui échappe pas, est au-dessus de sa force de résistance. Quand elle survient, il succombe, et il ne l’éprouve qu’à certaines heures de la journée. X… est d’ailleurs sujet à des attaques de sommeil maladif, dont on rencontre tant d’exemples au début de diverses affections cérébrales. On le trouve dormant au milieu de ses occupations, et demi-conscient de ce qui se passe autour de lui ; réveillé, il reprend immédiatement sa besogne. Jamais de crise ni épileptique ni épileptiforme.

Les faits que je viens de résumer portent l’empreinte des états pathologiques : leur instantanéité, leur non-sens reconnu par le malade, l’absence d’antécédents génésiques, l’indifférence aux conséquences qui en résulteront, la limitation de l’appétit à une exhibition qui n’est jamais le point de départ de lubriques aventures, toutes ces données imposent la croyance à la maladie.

Seulement, le fond sur lequel ces accès se développent n’a rien de commun avec les folies confirmées. À l’égal de toutes les affections intermittentes, qu’elles s’appellent la fièvre paludéenne, la goutte ou l’hystérie, la maladie fondamentale comporte des intermissions absolues.

Déclarer que la continuité est l’élément obligé de l’aliénation serait, aujourd’hui plus que jamais, une erreur inadmissible.

C’est pour poser un nouveau jalon sur la route encore peu frayée qu’on doit suivre dans la recherche des désordres intermittents et des impulsions par accès, que j’ai rassemblé ces souvenirs.

(Union médicale, mai 1877.)

http://www.psychanalyse-paris.com/-Le-fetichisme-dans-l-amour-.html

Rohleder, Herman, auteur de Sexualpsychologie. Monographien zur Sexualwissenschaft 2. Hamburg: P. Hartung,


75

 Bourneville Iconographie de la Salpétière

 http://jubil.upmc.fr/sdx/pl/toc.xsp?id=CH_00000124&fmt=upmc&idtoc=CH_00000124-pleadetoc&base=fa




85

La « lyrique pauvre du disparate sexuel » :


Heinrich Kaan auteur de la Psychopathia sexualis, (1844) en latin, traduit en allemand, pas de traduction française (cité aussi p.155)
Krafft Ebbing auteur de la Psychopathia sexualis (première édition en 1866) dont il existe une traduction en français (tous les passages considérés comme obscène sont en latin), voir la notice (par Borrillo) dans L’homosexualité de Platon à Foucault, Plon, 2006
Havelock Ellis (par Colas) dans L’homosexualité de Platon à Foucault, Plon, 2006

Ambroise Tardieu voir page 34

(voir l’article, trad. de l’allemand, de Sarrasin, Ph., « L’invention de la « sexualité » des Lumières à Freud. Esquisse », Le Mouvement social, 2002 :2003, n°200


101

 Diderot, Les Bijoux indiscrets, Texte :
http://www.bribes.org/trismegiste/table.htm


167

 le texte de Marx, Le Capital, livre I, Chap. X, « La journée de travail » , « 2  Le Capital affamé de surtravail - Boyard et fabricant « :
http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-10-2.htm


172
 « Dora » prénom donné par Freud à une de ses patientes souffrant d’ hystérie ; son cas est présenté dans les
Cinq psychanalyses.


182
 le suicide : allusion à l’ouvrage de Durkheim.



183
Les « disciplines » : l’ouvrage de Foucault
Surveiller et punir. La naissance de la prison est consacré aux « technologies disciplinaires » (armée, usine, école)


184
 « Bio-politique » , 
Naissance de la biopolitique.  Cours 1978-1979


184

 Maréchal de Saxe 
Mes rêveries,  cité dans Surveiller et punir, p. 141

Servan, Joseph-Michel-Antoine (1737-1807)  auteur de  Avis charitable du Tiers et du Quart au trois ordres du royaume  et de Discours sur l'administration de la justice criminelle ( utilisé dans Surveiller et punir, p. 105

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k47437x

 Guibert, Jacques-Antoine-Hippolyte de (1744?-1790) auteur notamment de : Essai général de tactique (cité dans Surveiller et punir, p. 150, 170, 171)

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408326q

 Quesnay 1694-1774. Fondateur de l’Ecole Physiocratique.  Auteur du « Tableau économique de la France » http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k89393f

Souvent mentionné dans le séminaire de Foucault Sécurité, Territoire, Population



188

« l’homme est un animal politique » Aristote,
Les Politiques, Livre I



207

 Citation extraite de la traduction française de Plumed Serpent par D.H. Lawrence,  texte anglais : Wordsworth Classics Paperback, p.396 (accessible par Amazon.com)


 Le Serpent à plumes  Traduit de l'anglais par Denise Clairouin. Préface de René Lalou






Cours XII Sécurité, territoire ; discipline et institution

Dans plusieurs textes Foucault renvoie à Clausewitz et à son De la Guerre, qui est aussi un ouvrage cité par Carl Schmitt (mais aussi Engels, Lénine, Mao tsé toung et Staline mais celui-ci formulera des critiques nettes, n'hésitant pas à prendre ses distances avec Lénine qui admirez le général prussien.

Carl von Clausewitz
De la guerre
Texte intégral
Traduit de l’allemand par Denise Naville
Préface de Camille Rougeron
Introduction par Pierre Naville
1955
Collection « Arguments », 760 pages, 4 cartes, relié pleine toile   
Minuit

Table des matières ‑‑‑‑‑

Préface : Actualité de Clausewitz – Introduction : Carl von Clausewitz et la Théorie de la Guerre – Note de l’éditeur
Trois notes de Clausewitz sur De la Guerre –


  Préface de l’auteur

Première partie
Livre I : La nature de la guerre. Chapitre I. Qu’est-ce que la guerre ? – Chapitre II. La fin et les moyens dans la guerre – Chapitre III. Le génie guerrier – Chapitre IV. Du danger en guerre – Chapitre V. De l’effort physique en guerre – Chapitre VI. Le renseignement en guerre – Chapitre VII. La friction en guerre – Chapitre VIII. Conclusions du Livre I

Livre II : La théorie de la guerre. Chapitre I. Division de l’art de la guerre – Chapitre II. Sur la théorie de la guerre – Chapitre III. Art de la guerre ou science de la guerre – Chapitre IV. Méthodisme – Chapitre V. La critique – Chapitre VI. À propos des exemples

Livre III : De la stratégie en général. Chapitre I. Stratégie – Chapitre II. Les éléments de la stratégie – Chapitre III. Grandeurs morales – Chapitre IV. Les principales puissances morales– Chapitre V. Vertu guerrière de l’armée – Chapitre VI. L’intrépidité – Chapitre VII. Persévérance – Chapitre VIII. La supériorité numérique – Chapitre IX. La surprise – Chapitre X. La ruse – Chapitre XI. Réunion des forces dans l’espace – Chapitre XII. Réunion des forces dans le temps – Chapitre XIII. La réserve stratégique– Chapitre XIV. Économie des forces – Chapitre XV. L’élément géométrique – Chapitre XVI. Sur la suspension de l’acte de guerre – Chapitre XVII. Du caractère de la guerre moderne– Chapitre XVIII. Tension et repos (La loi dynamique de la guerre)

Livre IV : L’engagement. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Caractère de la bataille moderne – Chapitre III. L’engagement en général – Chapitre IV. L’engagement en général (suite) – Chapitre V. Signification de l’engagement – Chapitre VI. Durée de l’engagement – Chapitre VII. La décision de l’engagement – Chapitre VIII. Consentement des deux partie à l’engagement – Chapitre IX. La bataille principale. Sa décision – Chapitre X. La bataille principale. Les effets de la victoire – Chapitre XI. La bataille principale. L’usage de la bataille – Chapitre XII. Moyen stratégique d’utiliser la victoire – Chapitre XIII. Retraite après une bataille perdue – Chapitre XIV. L’engagement de nuit

Deuxième partie
Livre V : Les forces militaires. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Armée, théâtre de guerre et campagne – Chapitre III. Le rapport de force – Chapitre IV. Le rapport des armes – Chapitre V. Ordre de bataille de l’armée – Chapitre VI. Disposition générale de l’armée – Chapitre VII. Avant-garde et avant-postes – Chapitre VIII. Forme d’efficacité des corps avancés – Chapitre IX. – Les camps – Chapitre X. Les marches – Chapitre XI. Les marches (suite) – Chapitre XII. Les marches (suite) – Chapitre XIII. Les quartiers – Chapitre XIV. Le ravitaillement – Chapitre XV. Les bases d’opérations – Chapitre XVI. Les lignes de communications – Chapitre XVII. La contrée et le terrain – Chapitre XVIII. Les hauteurs dominantes

Livre VI : La défense. Chapitre I. Attaque et défense – Chapitre II. Rapports mutuels de l’attaque et de la défense en tactique – Chapitre III. Rapports mutuels de l’attaque et de la défense en stratégie – Chapitre IV. Caractère concentrique de l’attaque et excentrique de la défense– Chapitre V. Caractère de la défense stratégique – Chapitre VI. Étendue des moyens de la défense – Chapitre VII. Action réciproque de l’attaque et de la défense – Chapitre VIII. Méthodes de résistance – Chapitre IX. La bataille défensive – Chapitre X. Les forteresses – Chapitre XI. Les forteresses (suite) – Chapitre XII. La position défensive – Chapitre XIII. Positions fortifiées et camps retranchés – Chapitre XIV. La position de flanc – Chapitre XV. La défense en montagne – Chapitre XVI. La défense en montagne (suite) – Chapitre XVII. La défense en montagne (suite) – Chapitre XVIII. La défense des rivières et des fleuves – Chapitre XIX. La défense des rivières et des fleuves (suite) – Chapitre XX. La défense des marais. Les inondations – Chapitre XXI. La défense des forêts – Chapitre XXII. Le cordon – Chapitre XXIII. Clé de pays – Chapitre XXIV. Action contre un flanc – Chapitre XXV. Retraite à l’intérieur du pays – Chapitre XXVI. L’armement du peuple – Chapitre XXVII. Défense d’un théâtre de guerre– Chapitre XXVIII. Défense d’un théâtre de guerre (suite) – Chapitre XXIX. Défense d’un théâtre de guerre (suite). La résistance échelonnée– Chapitre XXX. La défense du théâtre de guerre quand on ne cherche pas de décision

Troisième partie
Livre VII : L’attaque. Chapitre I. Rapports de l’attaque et de la défense – Chapitre II. Nature de l’attaque stratégique – Chapitre III. Sur les objets de l’attaque stratégique – Chapitre IV. Force décroissante de l’attaque – Chapitre V. Le point culminant de l’attaque– Chapitre VI. Anéantissement des forces armées ennemies – Chapitre VII. La bataille offensive – Chapitre VIII. Le passage des fleuves – Chapitre IX. Attaque des positions défensives– Chapitre X. Attaque des camps retranchés – Chapitre XI. Attaque d’une chaîne de montagnes – Chapitre XII. Attaque des lignes en cordon – Chapitre XIII. La manœuvre – Chapitre XIV. Attaque des marécages, inondations, forêts – Chapitre XV. Attaque sur un théâtre de guerre au cas où l’on cherche une décision – Chapitre XVI. Attaque d’un théâtre de guerre sans décision – Chapitre XVII. Attaque des forteresses – Chapitre XVIII. Attaque des convois – Chapitre XIX. Attaque de l’armée ennemie dans ses quartiers – Chapitre XX. La diversion – Chapitre XXI. L’invasion – Chapitre XXII. Le point culminant de la victoire

Livre VIII : Le plan de guerre. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Guerre absolue et guerre réelle – Chapitre III. A. Cohésion interne de la guerre. B. Sur la grandeur du but de guerre et sur les efforts à fournir – Chapitre IV. Définition plus précise du but de la guerre. La défaite de l’ennemi – Chapitre V. Définition plus précise du but de la guerre (suite). But limité – Chapitre VI. A. Influence de l’objectif politique sur le but militaire. B. La guerre est un instrument de la politique – Chapitre VII. But limité. Guerre offensive – Chapitre VIII. But limité. La défense – Chapitre IX. -Le plan de guerre quand le but est la destruction de l’ennemi

Cartes

 



Cours XIII L’Etat pastoral et la question de la biopolitique de Foucault à Agamben


Foucault, " 'Omnes et singulatim' Vers une critique de la raison politique", Dits et écrits, t. IV, Gallimard, 1994 (ce texte de Michel Foucault est une conférence qu'il a donnée en anglais dans le cadre des "Tanner Lectures on Human values" à l'université de Stanford dont la version originale peut être lue sur le site qui rassemble ces différentes conférences en format PDF).





COURS XIV Conclusion