Dominique Colas



Professeur de Science politique, chercheur au CERI
Directeur de la spécialité  Russie-CEI au sein du master de recherche et
 de l' Ecole doctorale de l'IEP de Paris

Directeur des Cahiers Anatole Leroy-Beaulieu
 
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Visée du cours

Articuler conceptuellement guerre et politique, est l’objet de ce cours qui doit donner des instruments pour les problématiques des mémoires. Il exige la lecture de textes proposant des grammaires de la guerre.
La formule de Clausewitz (« la guerre, continuation de la politique par d’autres moyens ») et celle inverse proposée par Lénine et Mao (la politique continuation de la guerre par d’autres moyens ) seront un axe. Un autre est  la distinction guerre civile/guerre étrangère/joute (stasis/polemos/agon) théorisée pas les Grecs (Aristote, Platon) mais abolie par Marx.
La valorisation de la guerre qui est à la base de l’antilibéralisme (de Schmitt) sera présentée.
Ce n’est cours de sociologie de l’armée mais une réflexion sur l’amitié et l’hostilité, sur l’hospitalité et l’agressivité. On l’on n’étudie pas des auteurs mais des concepts dans des textes.



Lectures obligatoires

Xénophon, Constitution de Sparte, Gallimard, Tel,
Hobbes, Léviathan, chap. 13 et 14
Clausewitz, De la guerre, Ier partie chapitre 1er, "qu'est-ce que la guerre ?"
Marx, La guerre civile en France, 1870-1871
Mao tse toung, De la guerre prolongée
Freud, Considérations actuelles sur la guerre et la mort, 1915 (se trouve notamment dans les Essais de psychanalyse chez Payot)
Carl Schmitt, La notion du politique


1 Introduction
2 Freud : les origines de la guerre
3 Guerre étrangère et guerre civile chez Platon
4 La guerre chez Cicéron et Augustin
5 L'état de nature et guerre de tous contre tous chez Hobbes (et Spinoza)
6 Guerre, Etat et nation chez Hegel
7 La formule de Clausewitz
8 Marx lutte des classes et guerre civile
9 Lénine, guerre civile et hygiène sociale
10 Mao, lecteur de Clausewitz
11 Schmitt et la définition antilibérale de la politique
12 Conclusion


Cours n°3

Guerre étrangère et guerre civile chez Platon


 1) Distinction guerre civile, guerre étrangère et gurerre entre Grecs et entre Grecs et barbares

La République, LivreV




Maintenant, comment nos soldats se conduiront-ils à l'égard de l'ennemi ?
En quoi ?
Premièrement en ce qui concerne l'esclavage. Estimes-tu juste que des cités grecques asservissent des Grecs 469c, ou bien faut-il qu'elles le défendent aux autres, dans la mesure du possible, et que les Grecs s'habituent à ménager la race grecque, par crainte de tomber dans la servitude des barbares ?
En tout et pour tout, répondit-il, il importe que les Grecs en usent entre eux avec ménagement.
Il importe donc qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes des esclaves Grecs, et qu'ils conseillent aux autres Grecs de suivre leur exemple .
Parfaitement; ainsi ils tourneront davantage leurs forces contre les barbares et s'abstiendront de les tourner contre eux-mêmes.
Mais quoi ? enlever aux morts d'autres dépouilles que leurs armes, après la victoire, est-ce bellement se comporter ? Cela ne donne-t-il point aux lâches le prétexte 469d, pour ne pas aller au fort du combat, d'accomplir une besogne nécessaire en restant penchés sur les cadavres ? La pratique de telles rapines n'a-t-elle point déjà perdu bien des armées ?
Si.
N'y a-t-il pas bassesse et cupidité à dépouiller un cadavre ? N'est-ce pas le signe d'un esprit de femme et mesquin que de traiter en ennemi le corps d'un adversaire, quand ce dernier est mort et s'est envolé, ne laissant que l'instrument dont il se servait pour combattre ? Crois-tu que la conduite de ceux qui agissent ainsi diffère 469e de celle des chiennes, qui mordent la pierre qu'on leur jette et ne font aucun mal à celui qui l'a jetée ?
Elle n'en diffère nullement, dit-il.
Il faut donc cesser de dépouiller les cadavres et d'interdire à l'ennemi de les enlever.
Oui, par Zeus, il faut cesser!
Nous ne porterons pas non plus dans les temples, pour les y consacrer aux dieux, les armes des vaincus, surtout celles des Grecs, pour peu que nous soyons jaloux 470 de la bienveillance de nos compatriotes. Nous craindrons plutôt de souiller les temples en y apportant les dépouilles de nos proches, à moins que le dieu ne le veuille autrement.
Très bien.
Passons maintenant à la dévastation du territoire grec et à l'incendie des maisons. Comment se conduiront tes soldats à l'égard de l'ennemi ?
J'aurais plaisir à entendre ton opinion là-dessus.
Eh bien! je crois qu'on ne doit ni dévaster ni incendier 470b, mais enlever seulement la récolte de l'année. Veux-tu que je te dise pour quelle raison ?
Oui.
Il me semble donc que si guerre et discorde sont deux noms différents, ils désignent deux choses réellement différentes, et s'appliquent aux divisions qui. surviennent en deux objets . Or je dis que le premier de ces objets est ce qui appartient à la famille ou lui est apparenté, et le second ce qui appartient à autrui ou est étranger à la famille. Ainsi le nom de discorde s'applique à l'inimitié entre parents et celui de guerre à l'inimitié entre étrangers.
Tu ne dis rien que de fort juste.
470c Vois si ce que je vais dire l'est aussi : je prétends en effet que les Grecs appartiennent à une même famille et sont parents entre eux, et que les barbares appartiennent à une famille différente et étrangère.
Bien, approuva-t-il.
Par suite, lorsque les Grecs combattent les barbares, et les barbares les Grecs, nous dirons qu'ils guerroient, qu'ils sont ennemis par nature, et nous appellerons guerre leur inimitié; mais s'il arrive quelque chose de semblable entre Grecs, nous dirons qu'ils sont amis par nature, mais qu'en un tel moment la Grèce est malade , en état de sédition 470d, et nous donnerons à cette inimitié le nom de discorde.
Je suis tout à fait de ton sentiment.
Considère maintenant, repris-je, ce qui arrive quand un de ces troubles, que l'on est convenu d'appeler séditions, se produit et divise une cité : si les citoyens de chaque faction ravagent les champs et brûlent les maisons des citoyens de la faction adverse, on estime que la sédition est funeste, et que ni les uns ni les autres n'aiment leur patrie - car s'ils l'aimaient, ils n'oseraient pas déchirer ainsi leur nourrice et leur mère; par contre on estime raisonnable que les vainqueurs n'enlèvent 470e que leurs récoltes aux vaincus, dans la pensée qu'ils se réconcilieront un jour avec eux et ne leur feront pas toujours la guerre.
Cette pensée dénote un plus haut degré de civilisation que la pensée contraire.
Mais quoi ? n'est-ce pas un État grec que tu fondes ?
Si, il doit être grec.
Ses citoyens seront, par conséquent, bons et civilisés ?
Au plus haut point.
Mais n'aimeront-ils pas les Grecs ? Ne regarderont-ils par la Grèce comme leur patrie ? N'assisteront-ils pas à de communes solennités religieuses ?
Sans doute.
471 Ils regarderont donc leurs différends avec les Grecs comme une discorde entre parents, et ne leur donneront pas le nom de guerre.
Parfaitement.
Et dans ces différends ils se conduiront comme devant un jour se réconcilier avec leurs adversaires.
Certes.
Ils les ramèneront doucement à la raison, et ne leur infligeront point, comme châtiment, l'esclavage et la ruine, étant des amis qui corrigent et non des ennemis.
Oui.
Grecs, ils ne ravageront pas la Grèce et ne brûleront pas les maisons; ils ne regarderont pas comme des adversaires tous les habitants d'une cité, hommes, femmes, enfants (61), mais seulement ceux, en petit nombre, qui sont responsables du différend; 471b en conséquence, et puisque la plupart des citoyens sont leurs amis, ils se refuseront à ravager leurs terres et à détruire leurs demeures; enfin ils ne feront durer le différend qu'autant que les coupables n'auront pas été contraints, par les innocents qui souffrent, à subir le châtiment mérité.
Je reconnais avec toi que nos citoyens doivent ainsi se comporter à l'égard de leurs adversaires, et traiter les barbares comme les Grecs se traitent maintenant entre eux (62).
Faisons donc aussi une loi interdisant aux gardiens de dévaster les terres 471c  et d'incendier les maisons.
Oui, dit-il, et admettons qu'elle aura de bons effets, comme les précédentes .
Mais il me semble, Socrate, que si l'on te laisse poursuivre tu ne te souviendras jamais de la question que tu as écartée tantôt pour entrer dans tous ces développements : à savoir si pareil gouvernement est possible et comment il est possible. Que s'il se réalise dans une cité il y engendre tous ces biens, j'en conviens avec toi, et je citerai même d'autres avantages que tu omets : les citoyens lutteront d'autant plus vaillamment contre l'ennemi 471d qu'ils ne s'abandonneront jamais les uns les autres, se connaissant comme frères, pères et fils, et s'appelant de ces noms. Et si leurs femmes combattent avec eux - soit dans les mêmes rangs, soit placées à l'arrière pour effrayer l'ennemi et porter secours en cas de nécessité - je sais qu'alors ils seront invincibles.

2)  Le modèle de la cité idéale dans la République

Les trois "classes" de la Cité idéale  (dans La République, LivreIV)

classe

("genos" : lignée, race)
vertu, principe, fonction
lieu du corps
faculté (partie de l'âme)
analogie
métal mélangé à l'âme
rois-
philosophes
sagesse tête raison  bergers or
guerriers courage poitrine colère chiens argent
producteurs
tempérance ventre désir troupeau
bronze fer






3) Platon et l'organisation militaire : la guerre modèle de la vie sociale.





 Les Lois, Livre XII, 942 (texte utilisé par Karl Popper dans la Sociéte ouverte et ses ennemis) traduction Chambry, http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loisindex.htm#



En ce qui concerne les expéditions militaires, il y aurait, pour bien faire, bien des conseils à donner et bien des lois à faire. Mais ce qui importe le plus, c'est qu'il n'y ait personne, ni homme ni femme, qui échappe à l'autorité d'un chef et qui s'accoutume, soit dans les combats sérieux, soit dans les jeux à agir seul et de son chef, mais que toujours, en paix comme en guerre, tout le monde ait les yeux sur le chef, le suive et se laisse gouverner par lui, jusque dans les plus petites choses ; que, par exemple, lorsqu'il le commande, on s'arrête, on marche, on s'exerce, on prenne un bain ou un repas, on s'éveille la nuit pour monter la garde ou transmettre des ordres : qu'au milieu même des dangers on ne poursuive personne et qu'on ne recule devant qui que ce soit que sur un signe des chefs, en un mot qu'on ne prenne pas l'habitude de faire quoi que ce soit seul, en dehors des autres, et qu'on ne cherche pas à connaître et qu'on ne sache absolument rien sans eux, mais qu'on vive tous et toujours, autant que possible, groupés dans une vie commune. Il n'y a pas en effet et il n'y aura jamais de meilleur moyen, d'invention, ni d'art plus efficace pour assurer à l'État le salut et la victoire à la guerre. C'est à cela que les citoyens doivent s'exercer dès l'enfance, même en temps de paix ; il faut qu'ils apprennent à commander et à obéir ; il faut bannir l'esprit d'indépendance de toute la vie de tous les hommes et des animaux soumis aux hommes.


Karl Popper : Open Society and its ennemies (1945)

représentation sous forme de tableau du grand système d'oppositions proposé par Popper .

Société close  Société ouverte
tyrannie  démocratie
holisme
individualisme
tribalisme confrontation à des décisions personnelles
primat de la race, de la nation ou de la classe primat de l'individu
gestion sociale utopique gestion sociale fragmentaire 
changement de gouvernement avec effusion de sang changement de gouvernement sans effusion de sang
Fichte, Hegel, Heidegger Kant, 1789, Russell
politisation de la morale moralisation de la politique
nationalisme totalitaire fraternité humaine


4. Cicéron, Augustin et la question de l'obéissance civile.

 I La société civile selon Cicéron

Cicéron : qu'est-ce que la société civile ?
Quare cum lex sit civilis societatis vinculum, ius autem legis aequale, quo jure societas civium teneri potest, cum par non sit condicio civium? si enim pecunias aequari non placet, si ingenia omnium paria esse non possunt, jura certe paria debent esse eorum inter se qui sunt cives in eadem re publica. Quid est enim civitas nisi juris societas civium?

M. TVLLI CICERONIS DE RE PVBLICA

http://www.thelatinlibrary.com/cicero/repub.shtml
Or, la loi étant le lien de la société civile, et le principe de la loi étant l'égalité, quel droit peut-il rester à une association de citoyens, lorsque la condition de ces citoyens n'est pas égale? Si, en effet, on n'a point voulu mettre l'égalité entre les fortunes, si on ne peut la mettre entre les esprits, au moins doit-elle exister, entre les droits de ceux qui sont citoyens d'une même république. Qu'est-ce, en effet, qu'une cité, sinon une association au partage du droit?

Cicéron, République, Livre I,  XXXII,




CICÉRON : LES GUERRES JUSTES
In Republica maxime conservanda sunt jura belli. Nam cum sint duo genera decertandi, unum per disceptationem, alterum per vim cumque illud sit proprium ho
minis, hoc beluarum, confugiendum est ad posterius, si uti non licet superiore.
Quare suscipienda quidem bella sunt ob eam causam, ut sine injuria in pace vivatur. Parta autem victoria, conservandi sunt ei qui non crudeles in bello, nec immanes fuerunt...

CICÉRON, De officiis, I, XI, 34


Dans la République, il faut parfaitement respecter les droits de la guerre. En effet, il y a deux manières de trancher un différend : par la discussion ou par la force; la première est propre à l'être humain, la seconde, aux bêtes sauvages. Or il faut recourir à la seconde si la première n'est plus de mise.
On doit donc entreprendre des guerres dans le but de vivre en paix sans subir d'injustice. Après la victoire, il faut épargner les adversaires qui n'ont été ni cruels, ni inhumains...



2 La cité terrestre  selon Augustion

a) La libido dominandi

b) le mal indépassable

c) ce que doit faire le chrétien




Saint Sébastien perçé de flèches (mais il survivra) par Mantegna (1480). Musée du Louvre.


L'histoire de Sébastien, militaire romain sous l'empereur Dioclétien dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (Varazze, vers 1228 - Gênes, 1298) (


Sébastien était un parfait chrétien, originaire de Narbonne et citoyen de Milan. Il fut tellement chéri des empereurs Dioclétien et Maximien qu'ils lui donnèrent le.commandement de la première cohorte et voulurent l’avoir constamment auprès d'eux. Or, il portait l’habit militaire dans l’unique intention d'affermir le coeur des chrétiens qu'il voyait faiblir dans les tourments. Quand les très illustres citoyens Marcellien et Marc, frères jumeaux, allaient être décollés pour la foi de J.-C., leurs parents vinrent pour arracher de leurs coeurs leurs bonnes résolutions. Arrive leur mère, la tête découverte, les habits déchirés, qui s'écrie en découvrant son sein : « O chers et doux fils, je suis assaillie d'une misère inouïe et d'une douleur intolérable. Ah, malheureuse que je suis! Je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort : si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons; si une sentence les condamnait a être renfermés, j'irais briser la prison, dussé-je en mourir. Voici une nouvelle manière de périr : aujourd'hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir. Nouveau deuil, nouvelle misère! Pour avoir la vie, des fils, jeunes encore, se dévouent à la mort et des vieillards, des parents infortunés sont forcés de tout subir.» Elle parlait encore quand le père, plus âgé que la mère; arrive porté sur les bras de ses (184) serviteurs. Sa tête est couverte de cendres; il s'écrie en regardant le ciel : « Mes fils se livrent d'eux-mêmes â la mort; je suis venu leur adresser mes adieux et ce que j'avais préparé pour  m’ensevelir, malheureux que je suis! je l’emploierai à la sépulture de mes enfants. O mes fils! bâton de ma vieillesse, double flambeau de mon coeur, pourquoi aimer ainsi la mort? Jeunes gens, venez ici, venez pleurer sur mes fils. Pères, approchez donc, empêchez-les, ne souffrez pas un forfait pareil : mes yeux, pleurez jusqu'à vous éteindre afin que je ne voie pas mes fils hachés par le glaive. » Le père venait de parler ainsi quand arrivent leurs épouses offrant à leurs yeux leurs propres enfants et poussant des cris entremêlés de hurlements : « A qui nous laissez-vous? quels seront les maîtres de ces enfants ? qui est-ce qui partagera vos grands domaines? hélas! Vous avez donc des coeurs de fer pour mépriser vos parents, pour dédaigner vos amis, pour repousser vos femmes, pour méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux! » A ce spectacle, les coeurs de ces hommes se prirent à mollir. Saint Sébastien se trouvait là; il sort de la foule : « Magnanimes soldats du Christ, s'écrie-t-il, n'allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par de pitoyables flatteries. » Et s'adressant aux parents : « Ne craignez rien, dit-il, vous ne serez pas séparés; ils vont dans le ciel vous préparer des demeures d'une beauté éclatante : car dès l’origine du mondé, cette vie n'a cessé de tromper ceux qui espèrent en elle; elle dupe ceux qui la recherchent; elle illusionne ceux qui comptent sur elle ; elle rend tout incertain, en (185) sorte qu'elle ment à tous. Cette vie, elle apprend au voleur, ses rapines; au colère, ses violences; au menteur, ses fourberies. C'est elle qui commande les crimes, qui ordonne les forfaits, qui conseille les injustices; cette persécution que nous endurons ici est violente aujourd'hui et demain elle sera évanouie . une heure l’a amenée, une heure l’emportera; mais les peines éternelles se renouvellent sans cesse, pour sévir; elles entassent punition sur punition, la vivacité de leurs flammes augmente sans mesure. Réchauffons nos affections dans l’amour du. martyre. Ici le démon croit vaincre; mais alors qu'il saisit, il est captif lui-même quand il croit tenir, il est garrotté; quand il vainc, il est vaincu; quand il tourmente, il est tourmenté; quand il égorge, il est tué ; quand il insulte, il est honni. » Or, tandis que saint Sébastien parlait ainsi, tout à coup, pendant près d'une heure, il fut environné d'une grande lumière descendant du ciel, et, au milieu de cette splendeur, il parut revêtu d'une robe éclatante de blancheur ; en même temps il fut entouré de sept anges éblouissants. Devant lui apparut encore un jeune homme qui lui donna la paix et lui dit : « Tu seras toujours avec moi. » Alors que le bienheureux Sébastien adressait ces avis, Zoé, femme de Nicostrate, dans la maison duquel les saints étaient gardés, Zoé, dis-je, qui avait perdu la parole, vint se jeter aux pieds de Sébastien en lui demandant pardon par signes. Alors Sébastien dit : « Si je suis le serviteur de J.-C. et si tout ce que cette femme a entendu sortir de mes lèvres est vrai, si elle le croit, que celui qui a ouvert la bouche de son prophète Zacharie (186) ouvre sa bouche. » A ces mots, cette femme s'écria « Béni soit le discours de votre bouche, et bénis soient tous ceux qui croient ce que vous avez dit : j'ai vu un ange tenant devant vous un livre dans lequel tout ce que vous disiez était écrit. » Son mari, qui entendit cela, se jeta aux pieds de saint Sébastien en lui demandant de le pardonner; alors il délia les martyrs et les pria de s'en aller en liberté. Ceux-ci répondirent qu'ils ne voulaient pas 'perdre la couronne à laquelle ils avaient droit. En effet une telle grâce et une si grande efficacité étaient accordées par le Seigneur aux paroles de Sébastien, qu'il n'affermit pas seulement Marcellien et Marc dans la résolution de souffrir le martyre, mais qu'il convertit encore à la foi leur père Tranquillin et leur mère avec beaucoup d'autres que le prêtre Polycarpe baptisa tous.
Quant à Tranquillin, qui était très gravement malade, il ne fut as plutôt baptisé que de suite il fut guéri. Le préfet de la ville de Rome, très malade lui-même, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Le prêtre Polycarpe et Sébastien vinrent donc chez lui et il les pria de le guérir aussi. Sébastien lui dit de renoncer d'abord à ses idoles et de lui donner la permission de les briser ; qu'à ces conditions, il recouvrerait la santé. Comme Chromace, le préfet, lui disait de laisser ce soin à ses esclaves et de ne pas s'en charger lui-même, Sébastien lui répondit: « Les gens timides redoutent de briser leurs dieux; mais encore si le diable en profitait pour les blesser, les infidèles ne manqueraient pas de dire qu'ils ont été blessés parce qu'ils brisaient leurs dieux.» (187) Polycarpe et Sébastien ainsi autorisés détruisirent plus de deux cents idoles. Ensuite ils dirent à Chromace : « Comme pendant que nous mettions en pièces vos idoles, vous deviez recouvrer la santé et que vous souffrez encore, il est certain que, ou vous n'avez pas renoncé à l’infidélité, ou bien vous avez réservé quelques idoles. » Alors Chromace avoua qu'il avait une chambre où était rangée toute la suite des étoiles, pour laquelle son père avait dépensé plus de deux cents livres pesant d'or ; et qu'à l’aide de cela il prévoyait l’avenir. Sébastien lui dit : « Aussi longtemps que vous conserverez tous ces vains objets, vous ne conserverez pas la santé. » Chromace ayant consenti à tout, Tiburce, son fils, jeune homme fort distingué, dit : « Je ne souffrirai pas qu'une oeuvre si importante soit détruite.; mais pour ne paraître pas apporter d'obstacles à la santé de mon père, qu'on chauffe deux fours, et si, après la destruction de cet ouvrage, mon père n'est pas guéri, que ces hommes soient brûlés tous les deux. » Sébastien répondit: « Eh bien! soit. » Et comme on brisait tout, un ange apparut au préfet et lui déclara que J.-C. lui rendait la santé; à l’instant il fut guéri et courut vers l’ange pour lui baiser les pieds; mais celui-ci l’en empêcha, par la raison qu'il n'avait, pas encore reçu le baptême. Alors lui, Tiburce, son fils, et quatre cents personnes de sa maison furent baptisées. Pour Zoé, qui était entre les mains des infidèles, elle rendit l’esprit dans des tourments prolongés. A cette nouvelle, Tranquillin brava tout et dit : « Les femmes sont couronnées avant nous. Pourquoi vivons-nous encore? » Et quelques jours après, il fut lapidé.
 
188
 
On ordonna à saint Tiburce ou de jeter de l’encens en l’honneur des dieux sur un brasier ardent, ou bien de marcher nu-pieds sur ces charbons. Il fit alors le signe de la croix sur soi, et il marcha- nu-pieds sur le brasier. Il me semble, dit-il, marcher sur des roses au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Le préfet Fabien se mit à dire : « Qui ne sait que le Christ volis a enseigné la matie ? » Tiburce lui répondit : « Tais-toi, malheureux! :car tu n'es pas digne de prononcer un nom si saint et si suave à la bouche. » Alors le préfet en colère le fit décoller. Marcellien et Marc sont attachés à un poteau, et après y avoir été liés, ils chantèrent ces paroles du Psaume : « Voyez comme il est bon et agréable pour des frères d'habiter ensemble, etc. » Le préfet leur dit: « Infortunés, renoncez à ces folies et délivrez-vous vous-mêmes. » Et ils, répondirent: « Jamais nous n'avons été mieux traités. Notre désir serait que tu nous laissasses attachés pendant que nous sommes revêtus de notre corps.» Alors le préfet ordonna que l’on enfonçât des lances dans leurs côtés, et ils consommèrent ainsi leur martyre. Après quoi le préfet fit son rapport à Dioclétien touchant Sébastien. L'empereur le manda et lui dit: «J'ai toujours voulu que, tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et tu insultes aux dieux. » Sébastien lui répondit : « C'est dans ton intérêt que toujours j'ai honoré J.-C. et c'est pour la conservation de l’empire Romain que toujours j'ai adoré le Dieu qui est dans le ciel. » Alors Dioclétien le fit lier au milieu d'une plaine et ordonna aux archers qu'on le perçât à coups de (189) flèches. Il en fut tellement couvert, qu'il paraissait être comme un hérisson; quand on le crut mort, on se retira. Mais ayant été hors de danger quelques jours après, il vint se placer sur l’escalier, et reprocha durement aux empereurs qui descendaient du palais les maux infligés par eux aux chrétiens. Les empereurs dirent : « N'est-ce pas là Sébastien que nous avons fait périr dernièrement à coups de flèches ? » Sébastien reprit: « Le Seigneur  m’a rendu la vie pour que je pusse venir vous reprocher à vous-mêmes les maux dont vous accablez les chrétiens. » Alors l’empereur le fit fouetter jusqu'à ce qu'il rendît l’esprit; il ordonna de jeter son corps dans le cloaque pour qu'il ne fût pas honoré par les chrétiens comme un martyr. Mais saint Sébastien apparut la nuit suivante à sainte Lucine, lui révéla le lieu où était son corps et lui commanda de l’ensevelir auprès des restes des apôtres: ce qui fut exécuté. Il souffrit sous les empereurs Dioclétien et Maximien qui régnèrent vers l’an du Seigneur 287. Saint Grégoire rapporte, au premier livre de ses Dialogues, qu'une femme de Toscane, nouvellement mariée, fut invitée à se rendre à la dédicace d'une église de saint Sébastien ; et la nuit qui précéda la fête, pressée par la volupté de la chair, elle ne put s'abstenir de son mari. Le matin, elle partit, rougissant plutôt des hommes que de Dieu. Mais à peine était-elle entrée dans l’oratoire Où étaient les reliques de saint Sébastien, que le diable s'empara d'elle, et la tourmenta en présence de la foule. Alors un prêtre de cette église saisit un voile de l’autel pour en couvrir cette femme, mais le diable s'empara aussitôt de ce prêtre lui-même. (190) Des amis conduisirent la. femme à des enchanteurs afin de la délivrer parleurs sortilèges. «Mais à l’instant où ils l’enchantaient, et par la permission de Dieu, une légion composée de 6666 démons entra en elle et la tourmenta avec plus de violence. Un personnage d'une grande sainteté, nommé Fortunat, la guérit par ses prières. On lit dans les Gestes des Lombards qu'au temps du roi Gombert, l’Italie entière fut frappée d'une peste si violente que les vivants suffisaient à peine à ensevelir les morts ; elle fit de grands ravages, particulièrement à Rome et à Pavie. Alors un bon ange apparut sous une forme visible à une foule de personnes, ordonnant au mauvais ange qui le suivait et qui avait un épieu à la main, de frapper et d'exterminer. Or, autant de fois il frappait une maison, autant il y avait de morts à enterrer. Il fut révélé alors, par l’ordre de Dieu, à une personne, que la peste cesserait entièrement ses ravages si l’on érigeait à Pavie un autel à saint Sébastien. Il fut en effet élevé dans l’église de Saint-Pierre aux liens. Aussitôt après, le fléau cessa. Les reliques de saint Sébastien y furent apportées de Rome. Voici ce que saint Ambroise écrit dans sa préface : « Seigneur adorable, à l’instant où le sang du bienheureux martyr Sébastien est répandu pour la confession de votre nom, vos merveilles sont manifestées parce que vous affermissez la vertu dans l’infirmité, vous augmentez notre zèle, et par sa prière vous conférez du secours aux malades. »

3 Légitimité de la répression de la violence sociale selon Luther

a) Luther et la destruction de l'Eglis

b) Luther défenseur de l'Etat : la guerre des payans

c) La valorisation de la guerre des paysans par Engels en 1850






5 L'état de nature et guerre chez Hobbes (et Spinoza)


1) La conservation de soi chez Hobbest et Spinoza

a) le principe d'inertie
b) le "power" chez Hobbes
c) le "conatus" chez Spinoza

2) L'égalité de tous dans la nature

a) la guerre de tous contre tous
b) l'impossible supériorité à l'état de nature
c) l'optimisme de Hobbes et Spinoza

3) Identité et reconnaissance

a) La relation spéculaire chez Lacan
b) la "reconnaissance" chez Hegel
c) Blessure narcissique et agressivité




Bibliographie : un article en ligne sur la possibilité de résoudre un conflit par une politique de "reconnaissance" :

Thomas Lindemann


   "Sauver la face, sauver la paix. La politique de reconnaissance dans les crises internationales"
      3 janvier 2009, Revue du Mauss



http://www.journaldumauss.net/spip.php?article446

"Dans les quatre crises que je propose d’examiner, la plupart des décideurs ont davantage agi par sentiment de vulnérabilité que par sentiment d’opportunité. Les guerres effectivement déclenchées n’étaient pas inévitables. Ce qui caractérise ces crises qui ont culminé dans une guerre, c’est leur gestion contraire à une politique de reconnaissance. J’examine dans cette optique quatre grandes crises inter-étatiques, les unes au dénouement belliqueux (la guerre des Six Jours 1967, la guerre contre l’Irak 2003), les autres au dénouement pacifique (la crise de Cuba en 1962, la crise américano- libyenne de 1986 à 2004) afin de voir si une variation de la variable dépendante (la paix ou la guerre ) va de pair avec une variation de la variable indépendante (la présence ou l’absence d’une politique de reconnaissance).

Thomas Lindemann




HOBBES, LEVIATHAN,

 "A Restlesse Desire Of Power, In All Men

So that in the first place, I put for a generall inclination of all mankind, a perpetuall and restlesse desire of Power after power, that ceaseth onely in Death. And the cause of this, is not alwayes that a man hopes for a more intensive delight, than he has already attained to; or that he cannot be content with a moderate power: but because he cannot assure the power and means to live well, which he hath present, without the acquisition of more. And from hence it is, that Kings, whose power is greatest, turn their endeavours to the assuring it a home by Lawes, or abroad by Wars: and when that is done, there succeedeth a new desire; in some, of Fame from new Conquest; in others, of ease and sensuall pleasure; in others, of admiration, or being flattered for excellence in some art, or other ability of the mind. "

LEVIATHAN CHAP. IX


"For it can never be that Warre shall preserve life, and Peace destroy it." (LEVIATHAN CHAP. XV)

  (TEXTE DU "PROJECT GUTEMBERG" : http://www.gutenberg.org/etext/3207)
CHAPTER XIII. OF THE NATURALL CONDITION OF MANKIND
,

AS CONCERNING THEIR FELICITY, AND MISERY


Nature hath made men so equall, in the faculties of body, and mind; as
that though there bee found one man sometimes manifestly stronger
in body, or of quicker mind then another; yet when all is reckoned
together, the difference between man, and man, is not so considerable,
as that one man can thereupon claim to himselfe any benefit, to which
another may not pretend, as well as he. For as to the strength of body,
the weakest has strength enough to kill the strongest, either by secret
machination, or by confederacy with others, that are in the same danger
with himselfe.

And as to the faculties of the mind, (setting aside the arts grounded
upon words, and especially that skill of proceeding upon generall, and
infallible rules, called Science; which very few have, and but in few
things; as being not a native faculty, born with us; nor attained,
(as Prudence,) while we look after somewhat els,) I find yet a greater
equality amongst men, than that of strength. For Prudence, is but
Experience; which equall time, equally bestowes on all men, in those
things they equally apply themselves unto. That which may perhaps make
such equality incredible, is but a vain conceipt of ones owne wisdome,
which almost all men think they have in a greater degree, than the
Vulgar; that is, than all men but themselves, and a few others, whom by
Fame, or for concurring with themselves, they approve. For such is the
nature of men, that howsoever they may acknowledge many others to be
more witty, or more eloquent, or more learned; Yet they will hardly
believe there be many so wise as themselves: For they see their own wit
at hand, and other mens at a distance. But this proveth rather that men
are in that point equall, than unequall. For there is not ordinarily a
greater signe of the equall distribution of any thing, than that every
man is contented with his share.




From Equality Proceeds Diffidence

From this equality of ability, ariseth equality of hope in the attaining
of our Ends. And therefore if any two men desire the same thing, which
neverthelesse they cannot both enjoy, they become enemies; and in the
way to their End, (which is principally their owne conservation, and
sometimes their delectation only,) endeavour to destroy, or subdue one
an other. And from hence it comes to passe, that where an Invader hath
no more to feare, than an other mans single power; if one plant, sow,
build, or possesse a convenient Seat, others may probably be expected to
come prepared with forces united, to dispossesse, and deprive him, not
only of the fruit of his labour, but also of his life, or liberty. And
the Invader again is in the like danger of another.




From Diffidence Warre

And from this diffidence of one another, there is no way for any man to
secure himselfe, so reasonable, as Anticipation; that is, by force, or
wiles, to master the persons of all men he can, so long, till he see no
other power great enough to endanger him: And this is no more than his
own conservation requireth, and is generally allowed. Also because there
be some, that taking pleasure in contemplating their own power in
the acts of conquest, which they pursue farther than their security
requires; if others, that otherwise would be glad to be at ease within
modest bounds, should not by invasion increase their power, they would
not be able, long time, by standing only on their defence, to subsist.
And by consequence, such augmentation of dominion over men, being
necessary to a mans conservation, it ought to be allowed him.

Againe, men have no pleasure, (but on the contrary a great deale of
griefe) in keeping company, where there is no power able to over-awe
them all. For every man looketh that his companion should value him, at
the same rate he sets upon himselfe: And upon all signes of contempt,
or undervaluing, naturally endeavours, as far as he dares (which amongst
them that have no common power, to keep them in quiet, is far enough
to make them destroy each other,) to extort a greater value from his
contemners, by dommage; and from others, by the example.

So that in the nature of man, we find three principall causes of
quarrel. First, Competition; Secondly, Diffidence; Thirdly, Glory.

The first, maketh men invade for Gain; the second, for Safety; and
the third, for Reputation. The first use Violence, to make themselves
Masters of other mens persons, wives, children, and cattell; the second,
to defend them; the third, for trifles, as a word, a smile, a different
opinion, and any other signe of undervalue, either direct in their
Persons, or by reflexion in their Kindred, their Friends, their Nation,
their Profession, or their Name.




Out Of Civil States,

There Is Alwayes Warre Of Every One Against Every One Hereby it is
manifest, that during the time men live without a common Power to keep
them all in awe, they are in that condition which is called Warre;
and such a warre, as is of every man, against every man. For WARRE,
consisteth not in Battell onely, or the act of fighting; but in a tract
of time, wherein the Will to contend by Battell is sufficiently known:
and therefore the notion of Time, is to be considered in the nature of
Warre; as it is in the nature of Weather. For as the nature of Foule
weather, lyeth not in a showre or two of rain; but in an inclination
thereto of many dayes together: So the nature of War, consisteth not in
actuall fighting; but in the known disposition thereto, during all the
time there is no assurance to the contrary. All other time is PEACE.




The Incommodites Of Such A War

Whatsoever therefore is consequent to a time of Warre, where every man
is Enemy to every man; the same is consequent to the time, wherein men
live without other security, than what their own strength, and their
own invention shall furnish them withall. In such condition, there is
no place for Industry; because the fruit thereof is uncertain; and
consequently no Culture of the Earth; no Navigation, nor use of the
commodities that may be imported by Sea; no commodious Building; no
Instruments of moving, and removing such things as require much force;
no Knowledge of the face of the Earth; no account of Time; no Arts; no
Letters; no Society; and which is worst of all, continuall feare, and
danger of violent death; And the life of man, solitary, poore, nasty,
brutish, and short.

It may seem strange to some man, that has not well weighed these things;
that Nature should thus dissociate, and render men apt to invade,
and destroy one another: and he may therefore, not trusting to this
Inference, made from the Passions, desire perhaps to have the same
confirmed by Experience. Let him therefore consider with himselfe, when
taking a journey, he armes himselfe, and seeks to go well accompanied;
when going to sleep, he locks his dores; when even in his house he
locks his chests; and this when he knows there bee Lawes, and publike
Officers, armed, to revenge all injuries shall bee done him; what
opinion he has of his fellow subjects, when he rides armed; of his
fellow Citizens, when he locks his dores; and of his children, and
servants, when he locks his chests. Does he not there as much accuse
mankind by his actions, as I do by my words? But neither of us accuse
mans nature in it. The Desires, and other Passions of man, are in
themselves no Sin. No more are the Actions, that proceed from those
Passions, till they know a Law that forbids them; which till Lawes be
made they cannot know: nor can any Law be made, till they have agreed
upon the Person that shall make it.

It may peradventure be thought, there was never such a time, nor
condition of warre as this; and I believe it was never generally so,
over all the world: but there are many places, where they live so now.
For the savage people in many places of America, except the government
of small Families, the concord whereof dependeth on naturall lust, have
no government at all; and live at this day in that brutish manner, as
I said before. Howsoever, it may be perceived what manner of life there
would be, where there were no common Power to feare; by the manner of
life, which men that have formerly lived under a peacefull government,
use to degenerate into, in a civill Warre.

But though there had never been any time, wherein particular men were in
a condition of warre one against another; yet in all times, Kings, and
persons of Soveraigne authority, because of their Independency, are
in continuall jealousies, and in the state and posture of Gladiators;
having their weapons pointing, and their eyes fixed on one another;
that is, their Forts, Garrisons, and Guns upon the Frontiers of their
Kingdomes; and continuall Spyes upon their neighbours; which is a
posture of War. But because they uphold thereby, the Industry of their
Subjects; there does not follow from it, that misery, which accompanies
the Liberty of particular men.




In Such A Warre, Nothing Is Unjust

To this warre of every man against every man, this also is consequent;
that nothing can be Unjust. The notions of Right and Wrong, Justice and
Injustice have there no place. Where there is no common Power, there is
no Law: where no Law, no Injustice. Force, and Fraud, are in warre the
two Cardinall vertues. Justice, and Injustice are none of the Faculties
neither of the Body, nor Mind. If they were, they might be in a man that
were alone in the world, as well as his Senses, and Passions. They
are Qualities, that relate to men in Society, not in Solitude. It is
consequent also to the same condition, that there be no Propriety, no
Dominion, no Mine and Thine distinct; but onely that to be every mans
that he can get; and for so long, as he can keep it. And thus much
for the ill condition, which man by meer Nature is actually placed in;
though with a possibility to come out of it, consisting partly in the
Passions, partly in his Reason.




The Passions That Incline Men To Peace

The Passions that encline men to Peace, are Feare of Death; Desire of
such things as are necessary to commodious living; and a Hope by their
Industry to obtain them. And Reason suggesteth convenient Articles of
Peace, upon which men may be drawn to agreement. These Articles, are
they, which otherwise are called the Lawes of Nature: whereof I shall
speak more particularly, in the two following Chapters.




CHAPTER XIV. OF THE FIRST AND SECOND NATURALL LAWES, AND OF CONTRACTS





Right Of Nature What

The RIGHT OF NATURE, which Writers commonly call Jus Naturale, is the
Liberty each man hath, to use his own power, as he will himselfe, for
the preservation of his own Nature; that is to say, of his own Life;
and consequently, of doing any thing, which in his own Judgement, and
Reason, hee shall conceive to be the aptest means thereunto.




Liberty What

By LIBERTY, is understood, according to the proper signification of the
word, the absence of externall Impediments: which Impediments, may oft
take away part of a mans power to do what hee would; but cannot hinder
him from using the power left him, according as his judgement, and
reason shall dictate to him.




A Law Of Nature What

A LAW OF NATURE, (Lex Naturalis,) is a Precept, or generall Rule,
found out by Reason, by which a man is forbidden to do, that, which
is destructive of his life, or taketh away the means of preserving the
same; and to omit, that, by which he thinketh it may be best preserved.
For though they that speak of this subject, use to confound Jus, and
Lex, Right and Law; yet they ought to be distinguished; because RIGHT,
consisteth in liberty to do, or to forbeare; Whereas LAW, determineth,
and bindeth to one of them: so that Law, and Right, differ as much,
as Obligation, and Liberty; which in one and the same matter are
inconsistent.




Naturally Every Man Has Right To Everything

And because the condition of Man, (as hath been declared in the
precedent Chapter) is a condition of Warre of every one against every
one; in which case every one is governed by his own Reason; and there
is nothing he can make use of, that may not be a help unto him, in
preserving his life against his enemyes; It followeth, that in such a
condition, every man has a Right to every thing; even to one anothers
body. And therefore, as long as this naturall Right of every man to
every thing endureth, there can be no security to any man, (how strong
or wise soever he be,) of living out the time, which Nature ordinarily
alloweth men to live.




The Fundamental Law Of Nature

And consequently it is a precept, or generall rule of Reason, "That
every man, ought to endeavour Peace, as farre as he has hope of
obtaining it; and when he cannot obtain it, that he may seek, and use,
all helps, and advantages of Warre." The first branch, of which Rule,
containeth the first, and Fundamentall Law of Nature; which is, "To seek
Peace, and follow it." The Second, the summe of the Right of Nature;
which is, "By all means we can, to defend our selves."




The Second Law Of Nature

From this Fundamentall Law of Nature, by which men are commanded to
endeavour Peace, is derived this second Law; "That a man be willing,
when others are so too, as farre-forth, as for Peace, and defence of
himselfe he shall think it necessary, to lay down this right to all
things; and be contented with so much liberty against other men, as
he would allow other men against himselfe." For as long as every man
holdeth this Right, of doing any thing he liketh; so long are all men in
the condition of Warre. But if other men will not lay down their Right,
as well as he; then there is no Reason for any one, to devest himselfe
of his: For that were to expose himselfe to Prey, (which no man is bound
to) rather than to dispose himselfe to Peace. This is that Law of the
Gospell; "Whatsoever you require that others should do to you, that do
ye to them." And that Law of all men, "Quod tibi feiri non vis, alteri
ne feceris."




What it is to lay down a Right

To Lay Downe a mans Right to any thing, is to Devest himselfe of the
Liberty, of hindring another of the benefit of his own Right to the
same. For he that renounceth, or passeth away his Right, giveth not to
any other man a Right which he had not before; because there is nothing
to which every man had not Right by Nature: but onely standeth out of
his way, that he may enjoy his own originall Right, without hindrance
from him; not without hindrance from another. So that the effect which
redoundeth to one man, by another mans defect of Right, is but so much
diminution of impediments to the use of his own Right originall.




Renouncing (or) Transferring Right What; Obligation Duty Justice

Right is layd aside, either by simply Renouncing it; or by Transferring
it to another. By Simply RENOUNCING; when he cares not to whom the
benefit thereof redoundeth. By TRANSFERRING; when he intendeth the
benefit thereof to some certain person, or persons. And when a man hath
in either manner abandoned, or granted away his Right; then is he said
to be OBLIGED, or BOUND, not to hinder those, to whom such Right is
granted, or abandoned, from the benefit of it: and that he Ought, and it
his DUTY, not to make voyd that voluntary act of his own: and that such
hindrance is INJUSTICE, and INJURY, as being Sine Jure; the Right being
before renounced, or transferred. So that Injury, or Injustice, in
the controversies of the world, is somewhat like to that, which in the
disputations of Scholers is called Absurdity. For as it is there called
an Absurdity, to contradict what one maintained in the Beginning: so in
the world, it is called Injustice, and Injury, voluntarily to undo that,
which from the beginning he had voluntarily done. The way by which a man
either simply Renounceth, or Transferreth his Right, is a Declaration,
or Signification, by some voluntary and sufficient signe, or signes,
that he doth so Renounce, or Transferre; or hath so Renounced, or
Transferred the same, to him that accepteth it. And these Signes are
either Words onely, or Actions onely; or (as it happeneth most often)
both Words and Actions. And the same are the BONDS, by which men are
bound, and obliged: Bonds, that have their strength, not from their own
Nature, (for nothing is more easily broken then a mans word,) but from
Feare of some evill consequence upon the rupture.




Not All Rights Are Alienable

Whensoever a man Transferreth his Right, or Renounceth it; it is either
in consideration of some Right reciprocally transferred to himselfe; or
for some other good he hopeth for thereby. For it is a voluntary act:
and of the voluntary acts of every man, the object is some Good To
Himselfe. And therefore there be some Rights, which no man can be
understood by any words, or other signes, to have abandoned, or
transferred. As first a man cannot lay down the right of resisting them,
that assault him by force, to take away his life; because he cannot be
understood to ayme thereby, at any Good to himselfe. The same may be
sayd of Wounds, and Chayns, and Imprisonment; both because there is
no benefit consequent to such patience; as there is to the patience of
suffering another to be wounded, or imprisoned: as also because a man
cannot tell, when he seeth men proceed against him by violence, whether
they intend his death or not. And lastly the motive, and end for which
this renouncing, and transferring or Right is introduced, is nothing
else but the security of a mans person, in his life, and in the means of
so preserving life, as not to be weary of it. And therefore if a man by
words, or other signes, seem to despoyle himselfe of the End, for which
those signes were intended; he is not to be understood as if he meant
it, or that it was his will; but that he was ignorant of how such words
and actions were to be interpreted.




Contract What

The mutuall transferring of Right, is that which men call CONTRACT.

There is difference, between transferring of Right to the Thing; and
transferring, or tradition, that is, delivery of the Thing it selfe. For
the Thing may be delivered together with the Translation of the Right;
as in buying and selling with ready mony; or exchange of goods, or
lands: and it may be delivered some time after.




Covenant What

Again, one of the Contractors, may deliver the Thing contracted for on
his part, and leave the other to perform his part at some determinate
time after, and in the mean time be trusted; and then the Contract on
his part, is called PACT, or COVENANT: Or both parts may contract now,
to performe hereafter: in which cases, he that is to performe in time
to come, being trusted, his performance is called Keeping Of Promise, or
Faith; and the fayling of performance (if it be voluntary) Violation Of
Faith.




Free-gift

When the transferring of Right, is not mutuall; but one of the parties
transferreth, in hope to gain thereby friendship, or service from
another, or from his friends; or in hope to gain the reputation of
Charity, or Magnanimity; or to deliver his mind from the pain of
compassion; or in hope of reward in heaven; This is not Contract, but
GIFT, FREEGIFT, GRACE: which words signifie one and the same thing.




Signes Of Contract Expresse

Signes of Contract, are either Expresse, or By Inference. Expresse, are
words spoken with understanding of what they signifie; And such words
are either of the time Present, or Past; as, I Give, I Grant, I Have
Given, I Have Granted, I Will That This Be Yours: Or of the future;
as, I Will Give, I Will Grant; which words of the future, are called
Promise.




Signes Of Contract By Inference

Signes by Inference, are sometimes the consequence of Words; sometimes
the consequence of Silence; sometimes the consequence of Actions;
sometimes the consequence of Forbearing an Action: and generally a signe
by Inference, of any Contract, is whatsoever sufficiently argues the
will of the Contractor.




Free Gift Passeth By Words Of The Present Or Past

Words alone, if they be of the time to come, and contain a bare promise,
are an insufficient signe of a Free-gift and therefore not obligatory.
For if they be of the time to Come, as, To Morrow I Will Give, they
are a signe I have not given yet, and consequently that my right is not
transferred, but remaineth till I transferre it by some other Act. But
if the words be of the time Present, or Past, as, "I have given, or do
give to be delivered to morrow," then is my to morrows Right given away
to day; and that by the vertue of the words, though there were no
other argument of my will. And there is a great difference in the
signification of these words, Volos Hoc Tuum Esse Cras, and Cros Dabo;
that is between "I will that this be thine to morrow," and, "I will
give it to thee to morrow:" For the word I Will, in the former manner
of speech, signifies an act of the will Present; but in the later, it
signifies a promise of an act of the will to Come: and therefore the
former words, being of the Present, transferre a future right; the
later, that be of the Future, transferre nothing. But if there be other
signes of the Will to transferre a Right, besides Words; then, though
the gift be Free, yet may the Right be understood to passe by words of
the future: as if a man propound a Prize to him that comes first to the
end of a race, The gift is Free; and though the words be of the
Future, yet the Right passeth: for if he would not have his words so be
understood, he should not have let them runne.

Signes Of Contract Are Words Both Of The Past, Present, and Future In
Contracts, the right passeth, not onely where the words are of the time
Present, or Past; but also where they are of the Future; because all
Contract is mutuall translation, or change of Right; and therefore he
that promiseth onely, because he hath already received the benefit for
which he promiseth, is to be understood as if he intended the Right
should passe: for unlesse he had been content to have his words so
understood, the other would not have performed his part first. And
for that cause, in buying, and selling, and other acts of Contract, A
Promise is equivalent to a Covenant; and therefore obligatory.




Merit What

He that performeth first in the case of a Contract, is said to MERIT
that which he is to receive by the performance of the other; and he hath
it as Due. Also when a Prize is propounded to many, which is to be given
to him onely that winneth; or mony is thrown amongst many, to be enjoyed
by them that catch it; though this be a Free Gift; yet so to Win, or
so to Catch, is to Merit, and to have it as DUE. For the Right is
transferred in the Propounding of the Prize, and in throwing down the
mony; though it be not determined to whom, but by the Event of the
contention. But there is between these two sorts of Merit, this
difference, that In Contract, I Merit by vertue of my own power, and the
Contractors need; but in this case of Free Gift, I am enabled to
Merit onely by the benignity of the Giver; In Contract, I merit at The
Contractors hand that hee should depart with his right; In this case of
gift, I Merit not that the giver should part with his right; but that
when he has parted with it, it should be mine, rather than anothers.
And this I think to be the meaning of that distinction of the Schooles,
between Meritum Congrui, and Meritum Condigni. For God Almighty, having
promised Paradise to those men (hoodwinkt with carnall desires,) that
can walk through this world according to the Precepts, and Limits
prescribed by him; they say, he that shall so walk, shall Merit Paradise
Ex Congruo. But because no man can demand a right to it, by his own
Righteousnesse, or any other power in himselfe, but by the Free Grace of
God onely; they say, no man can Merit Paradise Ex Condigno. This I say,
I think is the meaning of that distinction; but because Disputers do not
agree upon the signification of their own termes of Art, longer than it
serves their turn; I will not affirme any thing of their meaning:
onely this I say; when a gift is given indefinitely, as a prize to be
contended for, he that winneth Meriteth, and may claime the Prize as
Due.




Covenants Of Mutuall Trust, When Invalid

If a Covenant be made, wherein neither of the parties performe
presently, but trust one another; in the condition of meer Nature,
(which is a condition of Warre of every man against every man,) upon
any reasonable suspition, it is Voyd; But if there be a common Power set
over them bothe, with right and force sufficient to compell performance;
it is not Voyd. For he that performeth first, has no assurance the other
will performe after; because the bonds of words are too weak to bridle
mens ambition, avarice, anger, and other Passions, without the feare of
some coerceive Power; which in the condition of meer Nature, where all
men are equall, and judges of the justnesse of their own fears cannot
possibly be supposed. And therefore he which performeth first, does
but betray himselfe to his enemy; contrary to the Right (he can never
abandon) of defending his life, and means of living.

But in a civill estate, where there is a Power set up to constrain
those that would otherwise violate their faith, that feare is no more
reasonable; and for that cause, he which by the Covenant is to perform
first, is obliged so to do.

The cause of Feare, which maketh such a Covenant invalid, must be
alwayes something arising after the Covenant made; as some new fact,
or other signe of the Will not to performe; else it cannot make the
Covenant Voyd. For that which could not hinder a man from promising,
ought not to be admitted as a hindrance of performing.




Right To The End, Containeth Right To The Means

He that transferreth any Right, transferreth the Means of enjoying it,
as farre as lyeth in his power. As he that selleth Land, is understood
to transferre the Herbage, and whatsoever growes upon it; Nor can he
that sells a Mill turn away the Stream that drives it. And they that
give to a man The Right of government in Soveraignty, are understood
to give him the right of levying mony to maintain Souldiers; and of
appointing Magistrates for the administration of Justice.




No Covenant With Beasts

To make Covenant with bruit Beasts, is impossible; because not
understanding our speech, they understand not, nor accept of any
translation of Right; nor can translate any Right to another; and
without mutuall acceptation, there is no Covenant.




Nor With God Without Speciall Revelation

To make Covenant with God, is impossible, but by Mediation of such
as God speaketh to, either by Revelation supernaturall, or by his
Lieutenants that govern under him, and in his Name; For otherwise we
know not whether our Covenants be accepted, or not. And therefore they
that Vow any thing contrary to any law of Nature, Vow in vain; as being
a thing unjust to pay such Vow. And if it be a thing commanded by the
Law of Nature, it is not the Vow, but the Law that binds them.




No Covenant, But Of Possible And Future

The matter, or subject of a Covenant, is alwayes something that falleth
under deliberation; (For to Covenant, is an act of the Will; that is to
say an act, and the last act, of deliberation;) and is therefore alwayes
understood to be something to come; and which is judged Possible for him
that Covenanteth, to performe.

And therefore, to promise that which is known to be Impossible, is no
Covenant. But if that prove impossible afterwards, which before was
thought possible, the Covenant is valid, and bindeth, (though not to the
thing it selfe,) yet to the value; or, if that also be impossible, to
the unfeigned endeavour of performing as much as is possible; for to
more no man can be obliged.




Covenants How Made Voyd

Men are freed of their Covenants two wayes; by Performing; or by being
Forgiven. For Performance, is the naturall end of obligation; and
Forgivenesse, the restitution of liberty; as being a retransferring of
that Right, in which the obligation consisted.




Covenants Extorted By Feare Are Valide

Covenants entred into by fear, in the condition of meer Nature, are
obligatory. For example, if I Covenant to pay a ransome, or service for
my life, to an enemy; I am bound by it. For it is a Contract, wherein
one receiveth the benefit of life; the other is to receive mony,
or service for it; and consequently, where no other Law (as in the
condition, of meer Nature) forbiddeth the performance, the Covenant
is valid. Therefore Prisoners of warre, if trusted with the payment of
their Ransome, are obliged to pay it; And if a weaker Prince, make a
disadvantageous peace with a stronger, for feare; he is bound to keep
it; unlesse (as hath been sayd before) there ariseth some new, and just
cause of feare, to renew the war. And even in Common-wealths, if I be
forced to redeem my selfe from a Theefe by promising him mony, I am
bound to pay it, till the Civill Law discharge me. For whatsoever I may
lawfully do without Obligation, the same I may lawfully Covenant to do
through feare: and what I lawfully Covenant, I cannot lawfully break.




The Former Covenant To One, Makes Voyd The Later To Another

A former Covenant, makes voyd a later. For a man that hath passed away
his Right to one man to day, hath it not to passe to morrow to another:
and therefore the later promise passeth no Right, but is null.




A Mans Covenant Not To Defend Himselfe, Is Voyd

A Covenant not to defend my selfe from force, by force, is alwayes voyd.
For (as I have shewed before) no man can transferre, or lay down his
Right to save himselfe from Death, Wounds, and Imprisonment, (the
avoyding whereof is the onely End of laying down any Right,)
and therefore the promise of not resisting force, in no Covenant
transferreth any right; nor is obliging. For though a man may Covenant
thus, "Unlesse I do so, or so, kill me;" he cannot Covenant thus "Unless
I do so, or so, I will not resist you, when you come to kill me." For
man by nature chooseth the lesser evill, which is danger of death in
resisting; rather than the greater, which is certain and present death
in not resisting. And this is granted to be true by all men, in
that they lead Criminals to Execution, and Prison, with armed men,
notwithstanding that such Criminals have consented to the Law, by which
they are condemned.




No Man Obliged To Accuse Himselfe

A Covenant to accuse ones Selfe, without assurance of pardon, is
likewise invalide. For in the condition of Nature, where every man is
Judge, there is no place for Accusation: and in the Civill State, the
Accusation is followed with Punishment; which being Force, a man is
not obliged not to resist. The same is also true, of the Accusation of
those, by whose Condemnation a man falls into misery; as of a Father,
Wife, or Benefactor. For the Testimony of such an Accuser, if it be not
willingly given, is praesumed to be corrupted by Nature; and therefore
not to be received: and where a mans Testimony is not to be credited,
his not bound to give it. Also Accusations upon Torture, are not to
be reputed as Testimonies. For Torture is to be used but as means of
conjecture, and light, in the further examination, and search of truth;
and what is in that case confessed, tendeth to the ease of him that is
Tortured; not to the informing of the Torturers: and therefore ought
not to have the credit of a sufficient Testimony: for whether he deliver
himselfe by true, or false Accusation, he does it by the Right of
preserving his own life.




The End Of An Oath; The Forme Of As Oath

The force of Words, being (as I have formerly noted) too weak to hold
men to the performance of their Covenants; there are in mans nature, but
two imaginable helps to strengthen it. And those are either a Feare
of the consequence of breaking their word; or a Glory, or Pride in
appearing not to need to breake it. This later is a Generosity too
rarely found to be presumed on, especially in the pursuers of Wealth,
Command, or sensuall Pleasure; which are the greatest part of Mankind.
The Passion to be reckoned upon, is Fear; whereof there be two very
generall Objects: one, the Power of Spirits Invisible; the other, the
Power of those men they shall therein Offend. Of these two, though the
former be the greater Power, yet the feare of the later is commonly
the greater Feare. The Feare of the former is in every man, his own
Religion: which hath place in the nature of man before Civill Society.
The later hath not so; at least not place enough, to keep men to their
promises; because in the condition of meer Nature, the inequality of
Power is not discerned, but by the event of Battell. So that before the
time of Civill Society, or in the interruption thereof by Warre, there
is nothing can strengthen a Covenant of Peace agreed on, against the
temptations of Avarice, Ambition, Lust, or other strong desire, but the
feare of that Invisible Power, which they every one Worship as God; and
Feare as a Revenger of their perfidy. All therefore that can be done
between two men not subject to Civill Power, is to put one another
to swear by the God he feareth: Which Swearing or OATH, is a Forme Of
Speech, Added To A Promise; By Which He That Promiseth, Signifieth, That
Unlesse He Performe, He Renounceth The Mercy Of His God, Or Calleth To
Him For Vengeance On Himselfe. Such was the Heathen Forme, "Let Jupiter
kill me else, as I kill this Beast." So is our Forme, "I shall do thus,
and thus, so help me God." And this, with the Rites and Ceremonies,
which every one useth in his own Religion, that the feare of breaking
faith might be the greater.




No Oath, But By God

By this it appears, that an Oath taken according to any other Forme, or
Rite, then his, that sweareth, is in vain; and no Oath: And there is no
Swearing by any thing which the Swearer thinks not God. For though men
have sometimes used to swear by their Kings, for feare, or flattery; yet
they would have it thereby understood, they attributed to them Divine
honour. And that Swearing unnecessarily by God, is but prophaning of his
name: and Swearing by other things, as men do in common discourse, is
not Swearing, but an impious Custome, gotten by too much vehemence of
talking.




An Oath Addes Nothing To The Obligation

It appears also, that the Oath addes nothing to the Obligation. For a
Covenant, if lawfull, binds in the sight of God, without the Oath,
as much as with it; if unlawfull, bindeth not at all; though it be
confirmed with an Oath.
 CHAPTER XV. OF OTHER LAWES OF NATURE





The Third Law Of Nature, Justice

From that law of Nature, by which we are obliged to transferre to another, such Rights, as being retained, hinder the peace of Mankind, there followeth a Third; which is this, That Men Performe Their Covenants Made: without which, Covenants are in vain, and but Empty words; and the Right of all men to all things remaining, wee are still in the condition of Warre.




Justice And Injustice What

And in this law of Nature, consisteth the Fountain and Originall of JUSTICE. For where no Covenant hath preceded, there hath no Right been transferred, and every man has right to every thing; and consequently, no action can be Unjust. But when a Covenant is made, then to break it is Unjust: And the definition of INJUSTICE, is no other than The Not Performance Of Covenant. And whatsoever is not Unjust, is Just.

Justice And Propriety Begin With The Constitution of Common-wealth But because Covenants of mutuall trust, where there is a feare of not performance on either part, (as hath been said in the former Chapter,) are invalid; though the Originall of Justice be the making of Covenants; yet Injustice actually there can be none, till the cause of such feare be taken away; which while men are in the naturall condition of Warre, cannot be done. Therefore before the names of Just, and Unjust can have place, there must be some coercive Power, to compell men equally to the performance of their Covenants, by the terrour of some punishment, greater than the benefit they expect by the breach of their Covenant; and to make good that Propriety, which by mutuall Contract men acquire, in recompence of the universall Right they abandon: and such power there is none before the erection of a Common-wealth. And this is also to be gathered out of the ordinary definition of Justice in the Schooles: For they say, that "Justice is the constant Will of giving to every man his own." And therefore where there is no Own, that is, no Propriety, there is no Injustice; and where there is no coerceive Power erected, that is, where there is no Common-wealth, there is no Propriety; all men having Right to all things: Therefore where there is no Common-wealth, there nothing is Unjust. So that the nature of Justice, consisteth in keeping of valid Covenants: but the Validity of Covenants begins not but with the Constitution of a Civill Power, sufficient to compell men to keep them: And then it is also that Propriety begins.




Justice Not Contrary To Reason

The Foole hath sayd in his heart, there is no such thing as Justice; and sometimes also with his tongue; seriously alleaging, that every mans conservation, and contentment, being committed to his own care, there could be no reason, why every man might not do what he thought conduced thereunto; and therefore also to make, or not make; keep, or not keep Covenants, was not against Reason, when it conduced to ones benefit. He does not therein deny, that there be Covenants; and that they are sometimes broken, sometimes kept; and that such breach of them may be called Injustice, and the observance of them Justice: but he questioneth, whether Injustice, taking away the feare of God, (for the same Foole hath said in his heart there is no God,) may not sometimes stand with that Reason, which dictateth to every man his own good; and particularly then, when it conduceth to such a benefit, as shall put a man in a condition, to neglect not onely the dispraise, and revilings, but also the power of other men. The Kingdome of God is gotten by violence; but what if it could be gotten by unjust violence? were it against Reason so to get it, when it is impossible to receive hurt by it? and if it be not against Reason, it is not against Justice; or else Justice is not to be approved for good. From such reasoning as this, Succesfull wickednesse hath obtained the Name of Vertue; and some that in all other things have disallowed the violation of Faith; yet have allowed it, when it is for the getting of a Kingdome. And the Heathen that believed, that Saturn was deposed by his son Jupiter, believed neverthelesse the same Jupiter to be the avenger of Injustice: Somewhat like to a piece of Law in Cokes Commentaries on Litleton; where he sayes, If the right Heire of the Crown be attainted of Treason; yet the Crown shall descend to him, and Eo Instante the Atteynder be voyd; From which instances a man will be very prone to inferre; that when the Heire apparent of a Kingdome, shall kill him that is in possession, though his father; you may call it Injustice, or by what other name you will; yet it can never be against Reason, seeing all the voluntary actions of men tend to the benefit of themselves; and those actions are most Reasonable, that conduce most to their ends. This specious reasoning is nevertheless false.

For the question is not of promises mutuall, where there is no security of performance on either side; as when there is no Civill Power erected over the parties promising; for such promises are no Covenants: But either where one of the parties has performed already; or where there is a Power to make him performe; there is the question whether it be against reason, that is, against the benefit of the other to performe, or not. And I say it is not against reason. For the manifestation whereof, we are to consider; First, that when a man doth a thing, which notwithstanding any thing can be foreseen, and reckoned on, tendeth to his own destruction, howsoever some accident which he could not expect, arriving may turne it to his benefit; yet such events do not make it reasonably or wisely done. Secondly, that in a condition of Warre, wherein every man to every man, for want of a common Power to keep them all in awe, is an Enemy, there is no man can hope by his own strength, or wit, to defend himselfe from destruction, without the help of Confederates; where every one expects the same defence by the Confederation, that any one else does: and therefore he which declares he thinks it reason to deceive those that help him, can in reason expect no other means of safety, than what can be had from his own single Power. He therefore that breaketh his Covenant, and consequently declareth that he thinks he may with reason do so, cannot be received into any Society, that unite themselves for Peace and defence, but by the errour of them that receive him; nor when he is received, be retayned in it, without seeing the danger of their errour; which errours a man cannot reasonably reckon upon as the means of his security; and therefore if he be left, or cast out of Society, he perisheth; and if he live in Society, it is by the errours of other men, which he could not foresee, nor reckon upon; and consequently against the reason of his preservation; and so, as all men that contribute not to his destruction, forbear him onely out of ignorance of what is good for themselves.

As for the Instance of gaining the secure and perpetuall felicity of Heaven, by any way; it is frivolous: there being but one way imaginable; and that is not breaking, but keeping of Covenant.

And for the other Instance of attaining Soveraignty by Rebellion; it is manifest, that though the event follow, yet because it cannot reasonably be expected, but rather the contrary; and because by gaining it so, others are taught to gain the same in like manner, the attempt thereof is against reason. Justice therefore, that is to say, Keeping of Covenant, is a Rule of Reason, by which we are forbidden to do any thing destructive to our life; and consequently a Law of Nature.

There be some that proceed further; and will not have the Law of Nature, to be those Rules which conduce to the preservation of mans life on earth; but to the attaining of an eternall felicity after death; to which they think the breach of Covenant may conduce; and consequently be just and reasonable; (such are they that think it a work of merit to kill, or depose, or rebell against, the Soveraigne Power constituted over them by their own consent.) But because there is no naturall knowledge of mans estate after death; much lesse of the reward that is then to be given to breach of Faith; but onely a beliefe grounded upon other mens saying, that they know it supernaturally, or that they know those, that knew them, that knew others, that knew it supernaturally; Breach of Faith cannot be called a Precept of Reason, or Nature.




Covenants Not Discharged By The Vice Of The Person To Whom Made

Others, that allow for a Law of Nature, the keeping of Faith, do neverthelesse make exception of certain persons; as Heretiques, and such as use not to performe their Covenant to others: And this also is against reason. For if any fault of a man, be sufficient to discharge our Covenant made; the same ought in reason to have been sufficient to have hindred the making of it.




Justice Of Men, And Justice Of Actions What

The names of Just, and Unjust, when they are attributed to Men, signifie one thing; and when they are attributed to Actions, another. When they are attributed to Men, they signifie Conformity, or Inconformity of Manners, to Reason. But when they are attributed to Actions, they signifie the Conformity, or Inconformity to Reason, not of Manners, or manner of life, but of particular Actions. A Just man therefore, is he that taketh all the care he can, that his Actions may be all Just: and an Unjust man, is he that neglecteth it. And such men are more often in our Language stiled by the names of Righteous, and Unrighteous; then Just, and Unjust; though the meaning be the same. Therefore a Righteous man, does not lose that Title, by one, or a few unjust Actions, that proceed from sudden Passion, or mistake of Things, or Persons: nor does an Unrighteous man, lose his character, for such Actions, as he does, of forbeares to do, for feare: because his Will is not framed by the Justice, but by the apparant benefit of what he is to do. That which gives to humane Actions the relish of Justice, is a certain Noblenesse or Gallantnesse of courage, (rarely found,) by which a man scorns to be beholding for the contentment of his life, to fraud, or breach of promise. This Justice of the Manners, is that which is meant, where Justice is called a Vertue; and Injustice a Vice.

But the Justice of Actions denominates men, not Just, but Guiltlesse; and the Injustice of the same, (which is also called Injury,) gives them but the name of Guilty.




Justice Of Manners, And Justice Of Actions

Again, the Injustice of Manners, is the disposition, or aptitude to do Injurie; and is Injustice before it proceed to Act; and without supposing any individuall person injured. But the Injustice of an Action, (that is to say Injury,) supposeth an individuall person Injured; namely him, to whom the Covenant was made: And therefore many times the injury is received by one man, when the dammage redoundeth to another. As when The Master commandeth his servant to give mony to a stranger; if it be not done, the Injury is done to the Master, whom he had before Covenanted to obey; but the dammage redoundeth to the stranger, to whom he had no Obligation; and therefore could not Injure him. And so also in Common-wealths, private men may remit to one another their debts; but not robberies or other violences, whereby they are endammaged; because the detaining of Debt, is an Injury to themselves; but Robbery and Violence, are Injuries to the Person of the Common-wealth.




Nothing Done To A Man, By His Own Consent Can Be Injury

Whatsoever is done to a man, conformable to his own Will signified to the doer, is no Injury to him. For if he that doeth it, hath not passed away his originall right to do what he please, by some Antecedent Covenant, there is no breach of Covenant; and therefore no Injury done him. And if he have; then his Will to have it done being signified, is a release of that Covenant; and so again there is no Injury done him.




Justice Commutative, And Distributive

Justice of Actions, is by Writers divided into Commutative, and Distributive; and the former they say consisteth in proportion Arithmeticall; the later in proportion Geometricall. Commutative therefore, they place in the equality of value of the things contracted for; And Distributive, in the distribution of equall benefit, to men of equall merit. As if it were Injustice to sell dearer than we buy; or to give more to a man than he merits. The value of all things contracted for, is measured by the Appetite of the Contractors: and therefore the just value, is that which they be contented to give. And Merit (besides that which is by Covenant, where the performance on one part, meriteth the performance of the other part, and falls under Justice Commutative, not Distributive,) is not due by Justice; but is rewarded of Grace onely. And therefore this distinction, in the sense wherein it useth to be expounded, is not right. To speak properly, Commutative Justice, is the Justice of a Contractor; that is, a Performance of Covenant, in Buying, and Selling; Hiring, and Letting to Hire; Lending, and Borrowing; Exchanging, Bartering, and other acts of Contract.

And Distributive Justice, the Justice of an Arbitrator; that is to say, the act of defining what is Just. Wherein, (being trusted by them that make him Arbitrator,) if he performe his Trust, he is said to distribute to every man his own: and his is indeed Just Distribution, and may be called (though improperly) Distributive Justice; but more properly Equity; which also is a Law of Nature, as shall be shewn in due place.




The Fourth Law Of Nature, Gratitude

As Justice dependeth on Antecedent Covenant; so does Gratitude depend on Antecedent Grace; that is to say, Antecedent Free-gift: and is the fourth Law of Nature; which may be conceived in this Forme, "That a man which receiveth Benefit from another of meer Grace, Endeavour that he which giveth it, have no reasonable cause to repent him of his good will." For no man giveth, but with intention of Good to himselfe; because Gift is Voluntary; and of all Voluntary Acts, the Object is to every man his own Good; of which if men see they shall be frustrated, there will be no beginning of benevolence, or trust; nor consequently of mutuall help; nor of reconciliation of one man to another; and therefore they are to remain still in the condition of War; which is contrary to the first and Fundamentall Law of Nature, which commandeth men to Seek Peace. The breach of this Law, is called Ingratitude; and hath the same relation to Grace, that Injustice hath to Obligation by Covenant.




The Fifth, Mutuall accommodation, or Compleasance

A fifth Law of Nature, is COMPLEASANCE; that is to say, "That every man strive to accommodate himselfe to the rest." For the understanding whereof, we may consider, that there is in mens aptnesse to Society; a diversity of Nature, rising from their diversity of Affections; not unlike to that we see in stones brought together for building of an Aedifice. For as that stone which by the asperity, and irregularity of Figure, takes more room from others, than it selfe fills; and for the hardnesse, cannot be easily made plain, and thereby hindereth the building, is by the builders cast away as unprofitable, and troublesome: so also, a man that by asperity of Nature, will strive to retain those things which to himselfe are superfluous, and to others necessary; and for the stubbornness of his Passions, cannot be corrected, is to be left, or cast out of Society, as combersome thereunto. For seeing every man, not onely by Right, but also by necessity of Nature, is supposed to endeavour all he can, to obtain that which is necessary for his conservation; He that shall oppose himselfe against it, for things superfluous, is guilty of the warre that thereupon is to follow; and therefore doth that, which is contrary to the fundamentall Law of Nature, which commandeth To Seek Peace. The observers of this Law, may be called SOCIABLE, (the Latines call them Commodi;) The contrary, Stubborn, Insociable, Froward, Intractable.




The Sixth, Facility To Pardon

A sixth Law of Nature is this, "That upon caution of the Future time, a man ought to pardon the offences past of them that repenting, desire it." For PARDON, is nothing but granting of Peace; which though granted to them that persevere in their hostility, be not Peace, but Feare; yet not granted to them that give caution of the Future time, is signe of an aversion to Peace; and therefore contrary to the Law of Nature.




The Seventh, That In Revenges, Men Respect Onely The Future Good

A seventh is, " That in Revenges, (that is, retribution of evil for evil,) Men look not at the greatnesse of the evill past, but the greatnesse of the good to follow." Whereby we are forbidden to inflict punishment with any other designe, than for correction of the offender, or direction of others. For this Law is consequent to the next before it, that commandeth Pardon, upon security of the Future Time. Besides, Revenge without respect to the Example, and profit to come, is a triumph, or glorying in the hurt of another, tending to no end; (for the End is alwayes somewhat to Come;) and glorying to no end, is vain-glory, and contrary to reason; and to hurt without reason, tendeth to the introduction of Warre; which is against the Law of Nature; and is commonly stiled by the name of Cruelty.




The Eighth, Against Contumely

And because all signes of hatred, or contempt, provoke to fight; insomuch as most men choose rather to hazard their life, than not to be revenged; we may in the eighth place, for a Law of Nature set down this Precept, "That no man by deed, word, countenance, or gesture, declare Hatred, or Contempt of another." The breach of which Law, is commonly called Contumely.




The Ninth, Against Pride

The question who is the better man, has no place in the condition of meer Nature; where, (as has been shewn before,) all men are equall. The inequallity that now is, has been introduced by the Lawes civill. I know that Aristotle in the first booke of his Politiques, for a foundation of his doctrine, maketh men by Nature, some more worthy to Command, meaning the wiser sort (such as he thought himselfe to be for his Philosophy;) others to Serve, (meaning those that had strong bodies, but were not Philosophers as he;) as if Master and Servant were not introduced by consent of men, but by difference of Wit; which is not only against reason; but also against experience. For there are very few so foolish, that had not rather governe themselves, than be governed by others: Nor when the wise in their own conceit, contend by force, with them who distrust their owne wisdome, do they alwaies, or often, or almost at any time, get the Victory. If Nature therefore have made men equall, that equalitie is to be acknowledged; or if Nature have made men unequall; yet because men that think themselves equall, will not enter into conditions of Peace, but upon Equall termes, such equalitie must be admitted. And therefore for the ninth Law of Nature, I put this, "That every man acknowledge other for his Equall by Nature." The breach of this Precept is Pride.




The Tenth Against Arrogance

On this law, dependeth another, "That at the entrance into conditions of Peace, no man require to reserve to himselfe any Right, which he is not content should be reserved to every one of the rest." As it is necessary for all men that seek peace, to lay down certaine Rights of Nature; that is to say, not to have libertie to do all they list: so is it necessarie for mans life, to retaine some; as right to governe their owne bodies; enjoy aire, water, motion, waies to go from place to place; and all things else without which a man cannot live, or not live well. If in this case, at the making of Peace, men require for themselves, that which they would not have to be granted to others, they do contrary to the precedent law, that commandeth the acknowledgement of naturall equalitie, and therefore also against the law of Nature. The observers of this law, are those we call Modest, and the breakers Arrogant Men. The Greeks call the violation of this law pleonexia; that is, a desire of more than their share.




The Eleventh Equity

Also "If a man be trusted to judge between man and man," it is a precept of the Law of Nature, "that he deale Equally between them." For without that, the Controversies of men cannot be determined but by Warre. He therefore that is partiall in judgment, doth what in him lies, to deterre men from the use of Judges, and Arbitrators; and consequently, (against the fundamentall Lawe of Nature) is the cause of Warre.

The observance of this law, from the equall distribution to each man, of that which in reason belongeth to him, is called EQUITY, and (as I have sayd before) distributive justice: the violation, Acception Of Persons, Prosopolepsia.




The Twelfth, Equall Use Of Things Common

And from this followeth another law, "That such things as cannot be divided, be enjoyed in Common, if it can be; and if the quantity of the thing permit, without Stint; otherwise Proportionably to the number of them that have Right." For otherwise the distribution is Unequall, and contrary to Equitie.




The Thirteenth, Of Lot

But some things there be, that can neither be divided, nor enjoyed in common. Then, The Law of Nature, which prescribeth Equity, requireth, "That the Entire Right; or else, (making the use alternate,) the First Possession, be determined by Lot." For equall distribution, is of the Law of Nature; and other means of equall distribution cannot be imagined.




The Fourteenth, Of Primogeniture, And First Seising

Of Lots there be two sorts, Arbitrary, and Naturall. Arbitrary, is that which is agreed on by the Competitors; Naturall, is either Primogeniture, (which the Greek calls Kleronomia, which signifies, Given by Lot;) or First Seisure.

And therefore those things which cannot be enjoyed in common, nor divided, ought to be adjudged to the First Possessor; and is some cases to the First-Borne, as acquired by Lot.




The Fifteenth, Of Mediators

It is also a Law of Nature, "That all men that mediate Peace, be allowed safe Conduct." For the Law that commandeth Peace, as the End, commandeth Intercession, as the Means; and to Intercession the Means is safe Conduct.




The Sixteenth, Of Submission To Arbitrement

And because, though men be never so willing to observe these Lawes, there may neverthelesse arise questions concerning a mans action; First, whether it were done, or not done; Secondly (if done) whether against the Law, or not against the Law; the former whereof, is called a question Of Fact; the later a question Of Right; therefore unlesse the parties to the question, Covenant mutually to stand to the sentence of another, they are as farre from Peace as ever. This other, to whose Sentence they submit, is called an ARBITRATOR. And therefore it is of the Law of Nature, "That they that are at controversie, submit their Right to the judgement of an Arbitrator."




The Seventeenth, No Man Is His Own Judge

And seeing every man is presumed to do all things in order to his own benefit, no man is a fit Arbitrator in his own cause: and if he were never so fit; yet Equity allowing to each party equall benefit, if one be admitted to be Judge, the other is to be admitted also; & so the controversie, that is, the cause of War, remains, against the Law of Nature.




The Eighteenth, No Man To Be Judge, That Has In Him Cause Of Partiality

For the same reason no man in any Cause ought to be received for Arbitrator, to whom greater profit, or honour, or pleasure apparently ariseth out of the victory of one party, than of the other: for he hath taken (though an unavoydable bribe, yet) a bribe; and no man can be obliged to trust him. And thus also the controversie, and the condition of War remaineth, contrary to the Law of Nature.




The Nineteenth, Of Witnesse

And in a controversie of Fact, the Judge being to give no more credit to one, than to the other, (if there be no other Arguments) must give credit to a third; or to a third and fourth; or more: For else the question is undecided, and left to force, contrary to the Law of Nature.

These are the Lawes of Nature, dictating Peace, for a means of the conservation of men in multitudes; and which onely concern the doctrine of Civill Society. There be other things tending to the destruction of particular men; as Drunkenness, and all other parts of Intemperance; which may therefore also be reckoned amongst those things which the Law of Nature hath forbidden; but are not necessary to be mentioned, nor are pertinent enough to this place.




A Rule, By Which The Laws Of Nature May Easily Be Examined

And though this may seem too subtile a deduction of the Lawes of Nature, to be taken notice of by all men; whereof the most part are too busie in getting food, and the rest too negligent to understand; yet to leave all men unexcusable, they have been contracted into one easie sum, intelligible even to the meanest capacity; and that is, "Do not that to another, which thou wouldest not have done to thy selfe;" which sheweth him, that he has no more to do in learning the Lawes of Nature, but, when weighing the actions of other men with his own, they seem too heavy, to put them into the other part of the ballance, and his own into their place, that his own passions, and selfe-love, may adde nothing to the weight; and then there is none of these Lawes of Nature that will not appear unto him very reasonable.




The Lawes Of Nature Oblige In Conscience Alwayes,

But In Effect Then Onely When There Is Security The Lawes of Nature oblige In Foro Interno; that is to say, they bind to a desire they should take place: but In Foro Externo; that is, to the putting them in act, not alwayes. For he that should be modest, and tractable, and performe all he promises, in such time, and place, where no man els should do so, should but make himselfe a prey to others, and procure his own certain ruine, contrary to the ground of all Lawes of Nature, which tend to Natures preservation. And again, he that shall observe the same Lawes towards him, observes them not himselfe, seeketh not Peace, but War; & consequently the destruction of his Nature by Violence.

And whatsoever Lawes bind In Foro Interno, may be broken, not onely by a fact contrary to the Law but also by a fact according to it, in case a man think it contrary. For though his Action in this case, be according to the Law; which where the Obligation is In Foro Interno, is a breach.




The Laws Of Nature Are Eternal;

The Lawes of Nature are Immutable and Eternall, For Injustice, Ingratitude, Arrogance, Pride, Iniquity, Acception of persons, and the rest, can never be made lawfull. For it can never be that Warre shall preserve life, and Peace destroy it.




And Yet Easie

The same Lawes, because they oblige onely to a desire, and endeavour, I mean an unfeigned and constant endeavour, are easie to be observed. For in that they require nothing but endeavour; he that endeavoureth their performance, fulfilleth them; and he that fulfilleth the Law, is Just.




The Science Of These Lawes, Is The True Morall Philosophy

And the Science of them, is the true and onely Moral Philosophy. For Morall Philosophy is nothing else but the Science of what is Good, and Evill, in the conversation, and Society of mankind. Good, and Evill, are names that signifie our Appetites, and Aversions; which in different tempers, customes, and doctrines of men, are different: And divers men, differ not onely in their Judgement, on the senses of what is pleasant, and unpleasant to the tast, smell, hearing, touch, and sight; but also of what is conformable, or disagreeable to Reason, in the actions of common life. Nay, the same man, in divers times, differs from himselfe; and one time praiseth, that is, calleth Good, what another time he dispraiseth, and calleth Evil: From whence arise Disputes, Controversies, and at last War. And therefore so long as man is in the condition of meer Nature, (which is a condition of War,) as private Appetite is the measure of Good, and Evill: and consequently all men agree on this, that Peace is Good, and therefore also the way, or means of Peace, which (as I have shewed before) are Justice, Gratitude, Modesty, Equity, Mercy, & the rest of the Laws of Nature, are good; that is to say, Morall Vertues; and their contrarie Vices, Evill. Now the science of Vertue and Vice, is Morall Philosophie; and therfore the true Doctrine of the Lawes of Nature, is the true Morall Philosophie. But the Writers of Morall Philosophie, though they acknowledge the same Vertues and Vices; Yet not seeing wherein consisted their Goodnesse; nor that they come to be praised, as the meanes of peaceable, sociable, and comfortable living; place them in a mediocrity of passions: as if not the Cause, but the Degree of daring, made Fortitude; or not the Cause, but the Quantity of a gift, made Liberality.

These dictates of Reason, men use to call by the name of Lawes; but improperly: for they are but Conclusions, or Theoremes concerning what conduceth to the conservation and defence of themselves; whereas Law, properly is the word of him, that by right hath command over others. But yet if we consider the same Theoremes, as delivered in the word of God, that by right commandeth all things; then are they properly called Lawes.






Facteurs de la guerre de tous contre tous dans le chapitre XIII du Leviathan
Principe de la querelle Enjeu
Cause de la violence

Competition
Gain
Violence in order to become  master
Diffidence
Safety
Violence in self defense
Glory
Reputation
Violence for trifles



SPINOZA

E T H I C E S

P A R S   T E R T I A

DE ORIGINE ET NATURA AFFECTUUM.

http://users.telenet.be/rwmeijer/spinoza/indexfr.htm



PROPOSITIO IV. Nulla res nisi a causa externa potest destrui.

DEMONSTRATIO. Haec propositio per se patet. Definitio enim cuiuscumque rei ipsius rei essentiam affirmat, sed non negat; sive rei essentiam ponit, sed non tollit. Dum itaque ad rem ipsam tantum, non autem ad causas externas attendimus, nihil in eadem poterimus invenire, quod ipsam possit destruere. Q.E.D.



PROPOSITIO V. Res eatenus contrariae sunt naturae, hoc est, eatenus in eodem subiecto esse nequeunt, quatenus una alteram potest destruere.

DEMONSTRATIO. Si enim inter se convenire vel in eodem subiecto simul esse possent, posset ergo in eodem subiecto aliquid dari, quod ipsum posset destruere, quod (per prop. praeced.) est absurdum. Ergo res etc. Q.E.D.

PROPOSITIO VI. Unaquaeque res, quantum in se est, in suo esse perseverare conatur.

DEMONSTRATIO. Res enim singulares modi sunt, quibus Dei attributa certo et determinato modo exprimuntur (per coroll. prop. 25. P. 1.), hoc est (per prop. 34. P. 1.) res, quae Dei potentiam qua Deus est et agit, certo et determinato modo exprimunt. Neque ulla res aliquid in se habet, a quo possit destrui, sive quod eius existentiam tollat (per prop. 4. huius); sed contra ei omni, quod eiusdem existentiam potest tollere, opponitur (per prop. praeced.). Adeoque quantum potest et in se est, in suo esse perseverare conatur. Q.E.D.

PROPOSITIO VII. Conatus, quo unaquaeque res in suo esse perseverare conatur, nihil est praeter ipsius rei actualem essentiam.

DEMONSTRATIO. Ex data cuiuscumque rei essentia quaedam necessario sequuntur (per prop. 36. P. 1.), nec res aliud possunt, quam id quod ex determinata earum natura necessario sequitur (per prop. 29. P. 1.). Quare cuiuscumque rei potentia sive conatus, quo ipsa vel sola vel cum aliis quidquam agit, vel agere conatur, hoc est (per prop. 6. huius) potentia sive conatus, quo in suo esse perseverare conatur, nihil est praeter ipsius rei datam sive actualem essentiam. Q.E.D.

PROPOSITIO VIII. Conatus, quo unaquaeque res in suo esse perseverare conatur, nullum tempus finitum, sed indefinitum involvit.

DEMONSTRATIO. Si enim tempus limitatum involveret, quod rei durationem determinaret, tum ex sola ipsa potentia, qua res existit, sequeretur, quod res post limitatum illud tempus non posset existere, sed quod deberet destrui. Atqui hoc (per prop. 4. huius) est absurdum. Ergo conatus, quo res existit, nullum tempus definitum involvit, sed contra, quoniam (per eandem prop. 4. huius) si a nulla externa causa destruatur, eadem potentia, qua iam existit, existere perget semper, ergo hic conatus tempus indefinitum involvit. Q.E.D

PROPOSITION IV
Aucune chose ne peut être détruite que par une cause extérieure.
Démonstration : Cette proposition est évidente par elle-même ; car la définition d'une chose quelconque contient l'affirmation et non la négation de l'essence de cette chose ; en d'autres termes, elle pose son essence, elle ne la détruit pas. Donc, tant que l'on considérera seulement la chose, abstraction faite de toute cause extérieure, on ne pourra rien trouver en elle qui soit capable de la détruire. C. Q. F. D.
 
PROPOSITION V
Deux choses sont de nature contraire ou ne peuvent exister en un même sujet, quand l'une peut détruire l'autre.
Démonstration : Car si ces deux choses pouvaient se convenir ou exister ensemble dans un même sujet, il pourrait donc y avoir en un sujet quelque chose qui fût capable de le détruire, ce qui est absurde (par la Propos. précéd.). Donc, etc. C. Q. F. D.
 
PROPOSITION VI
Toute chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être.
Démonstration : En effet, les choses particulières sont des modes qui expriment les attributs de Dieu d'une certaine façon déterminée (par le Corollaire de la Propos. 25, partie 1), c'est-à-dire (par la Propos. 34, partie 1) des choses qui expriment d'une certaine façon déterminée la puissance divine par qui Dieu est et agit. De plus, aucune chose n'a en soi rien qui la puisse détruire, rien qui supprime son existence (par la Propos. 4, partie 3) ; au contraire, elle est opposée à tout ce qui peut détruire son existence (par la Propos. précéd.), et par conséquent, elle s'efforce, autant qu'il est en elle, de persévérer dans son être. C. Q. F. D.
 
PROPOSITION VII
L'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose.
Démonstration : L'essence d'un être quelconque étant donnée, il en résulte nécessairement certaines choses (par la Propos. 36, partie 1) ; et tout être ne peut rien de plus que ce qui suit nécessairement de sa nature déterminée (par la Propos. 29, partie 1). Par conséquent, la puissance d'une chose quelconque, ou l'effort par lequel elle agit ou tend à agir, seule ou avec d'autres choses, en d'autres termes (par la Propos. 6, partie 3), la puissance d'une chose, ou l'effort par lequel elle tend à persévérer dans son être, n'est rien de plus que l'essence donnée ou actuelle de cette chose. C. Q. F. D.
 
PROPOSITION VIII
L'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'enveloppe aucun temps fini, mais un temps indéfini.
Démonstration : Si, en effet, il enveloppait un temps limité, qui déterminât la durée de la chose, il s'ensuivrait de cette puissance même par laquelle la chose existe, qu'après un certain temps elle ne pourrait plus exister et devrait être détruite. Or, cela est absurde (par la Propos. 4, partie 3) ; donc l'effort par lequel une chose existe n'enveloppe aucun temps déterminé ; mais, au contraire, puisque cette chose (en vertu de cette même Propos.), si elle n'est détruite par aucune cause extérieure, devra, par cette même puissance qui la fait être, toujours continuer d'être, il s'ensuit que l'effort dont nous parlons enveloppe un temps indéfini. C. Q. F. D.

Extrait de Jacques LACAN, Communication  au congrès international de psychanalyse, à Zürich, le 17 Juillet 1949
Le stade du miroir comme formateur de la fonction du "Je"

C'est ce moment qui décisivement fait basculer tout le savoir humain dans la médiatisation par le désir de l'autre, constitue ses objets dans une équivalence abstraite par la concurrence d'autrui, et fait du je cet appareil pour lequel toute poussée des instincts sera un danger, répondît-elle à une maturation naturelle, - la normalisation même de cette maturation dépendant dès lors chez l'homme d'un truchement culturel : comme il se voit pour l'objet sexuel dans le complexe d'Oedipe. Le terme de narcissisme primaire par quoi la doctrine désigne l'investissement libidinal propre à ce moment, révèle chez ses inventeurs, au jour de notre conception, le plus profond sentiment des latences de la sémantique. Mais elle éclaire aussi l'opposition dynamique qu'ils ont cherché à définir, de cette libido à la libido sexuelle, quand ils ont invoqué des instincts de destruction, voire de mort, pour expliquer la relation évidente de la libido narcissique à la fonction aliénante du je, à l'agressivité qui s'en dégage dans toute relation à l'autre, fût-ce celle de l'aide la plus samaritaine.
C'est qu'ils ont touché à cette négativité existentielle, dont la réalité est si vivement promue par la philosophie contemporaine de l'être et du néant.
Le stade du miroir chez Lacan présenté par Merleau-Ponty


Maurice Merleau-Ponty, Les relations à autrui chez l’enfant, éd. Les cours de la Sorbonne, pp.55-57.
   “La compréhension de l’image spéculaire consiste, chez l’enfant, à reconnaître pour sienne cette apparence visuelle qui est dans le miroir. Jusqu’au moment où l’image spéculaire intervient, le corps pour l’enfant est une réalité fortement sentie, mais confuse. Reconnaître son visage dans le miroir, c’est pour lui apprendre qu’il peut y avoir un spectacle de lui-même. Jusque là il ne s’est jamais vu, ou il ne s’est qu’entrevu du coin de l’œil en regardant les parties de son corps qu’il peut voir. Par l’image dans le miroir il devient spectateur de lui-même. Par l’acquisition de l’image spéculaire l’enfant s’aperçoit qu’il est visible et pour soi et pour autrui. Le passage du moi interoceptif au ” je spéculaire “, comme dit encore Lacan, c’est le passage d’une forme ou d’un état de la personnalité à un autre. La personnalité avant l’image spéculaire, c’est ce que les psychanalystes appellent chez l’adulte le soi, c’est-à-dire l’ensemble des pulsions confusément senties. L’image du miroir, elle, va rendre possible une contemplation de soi-même, en termes psychanalytiques d’un sur-moi, que d’ailleurs cette image soit explicitement posée, ou qu’elle soit simplement impliquée par tout ce que je vis à chaque minute. On comprend alors que l’image spéculaire prenne pour les psychanalystes l’importance qu’elle a justement dans la vie de l’enfant. Ce n’est pas seulement l’acquisition d’un nouveau contenu, mais d’une nouvelle fonction, la fonction narcissique. Narcisse est cet être mythique qui, à force de regarder son image dans l’eau, a été attiré comme par un vertige et a rejoint dans le miroir de l’eau son image. L’image propre en même temps qu’elle rend possible la connaissance de soi, rend possible une sorte d’aliénation : je ne suis plus ce que je me sentais être immédiatement, je suis cette image de moi que m’offre le miroir. Il se produit, pour employer les termes du docteur Lacan, une ” captation ” de moi par mon image spatiale. Du coup je quitte la réalité de mon moi vécu pour me référer constamment à ce moi idéal, fictif ou imaginaire, dont l’image spéculaire est la première ébauche. En ce sens je suis arraché à moi-même, et l’image du miroir me prépare à une autre aliénation encore plus grave, qui sera l’aliénation par autrui. Car de moi-même justement les autres n’ont que cette image extérieure analogue à celle qu’on voit dans le miroir, et par conséquent autrui m’arrachera à l’intimité immédiate bien plus sûrement que le miroir. L’image spéculaire, c’est ” la matrice symbolique, dit Lacan, où le je se précipite en une forme primordiale avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre. “
     M. Merleau-Ponty, Les relations à autrui chez l’enfant, éd. Les cours de la Sorbonne, pp.55-57.





6 Guerre, Etat et nation chez Hegel

A Histoire et raison

a) Hegel et Napoléon




« J’ai vu l’Empereur [Napoléon] - cette âme du monde - sortir de la ville ce matin pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine »
 
Lettre du 13 octobre 1806, jour où Iéna fut occupé par les Français et où Napoléon entra dans ses murs.

Signé : Hegel, Professeur à Iéna.


Trad. française : Hegel, Correspondance, Vol. I, Gallimard, p. 114-115

 

b) La fin de l’histoire

La chouette de Minerve ne prend son vol qu’à la tombée de la nuit »
(Préface à la Philosophie du droit, 1821)


c) Le nécessaire, le réel et le rationnel. L'Universel et le particulier

« Ce qui est rationnel est effectif,
ce qui effectif est rationnel »
(Préface à la Philosophie du droit, 1821)

"Dans l'histoire universelle nous avons affaire à l'Idée telle qu'elle se manifeste dans l'élément de la volonté et de la liberté humaines. Ici la volonté est la base abstraite de la liberté, mais le produit qui en résulte forme l'existence éthique du peuple. Le premier principe de l'Idée est l'Idée elle-même, dans son abstraction ; l'autre principe est constitué par les passions humaines. Les deux ensemble forment la trame et le fil de l'histoire universelle. L'Idée en tant que telle est la réalité ; les passions sont le bras avec lequel elle gouverne.
     Ici ou là, les hommes défendent leurs buts particuliers contre le droit général; ils agissent librement. Mais ce qui constitue le fondement général, l'élément substantiel, le droit n'en est pas troublé. Il en va de même pour l'ordre du monde. Ses éléments sont d'une part les passions, de l'autre la Raison. Les passions constituent l'élément actif. Elles ne sont pas toujours opposées à l'ordre éthique ; bien au contraire, elles réalisent l'Universel. En ce qui concerne la morale des passions, il est évident qu'elles n'aspirent qu'à leur propre intérêt. De ce côté ci, elles apparaissent comme égoïstes et mauvaises. Or ce qui est actif est toujours individuel : dans l'action je suis moi-même, c'est mon propre but que je cherche à accomplir. Mais ce but peut être bon, et même universel. L'intérêt peut être tout à fait particulier mais il ne s'ensuit pas qu'il soit opposé à l'Universel. L'Universel doit se réaliser par le particulier.
     Nous disons donc que rien ne s'est fait sans être soutenu par l'intérêt de ceux qui y ont collaboré. Cet intérêt, nous l'appelons passion lorsque refoulant tous les autres intérêts ou buts, l'individualité tout entière se projette sur un objectif avec toutes les fibres intérieures de son vouloir et concentre dans ce but ses forces et tous ses besoins. En ce sens, nous devons dire que rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion." La Raison dans l'histoire

B L’Etat et la nation

a) l’Etat et la nation dans l’histoire

Série de citations tirées de la Raison dans l'histoire. (traduction non vérifiée)

« La question de la détermination de la Raison en elle-même dans son rapport avec le monde se confond avec celle de la fin ultime du monde. » (p 70)

« Chaque peuple a son principe propre et il tend vers lui comme s’il constituait la fin de son être ; une fois cette fin atteinte, il n’a plus rien à faire dans le monde ». 86

« L’histoire universelle est la manifestation du processus divin absolu de l’Esprit dans ses plus hautes figures : la marche graduelle par laquelle il parvient à sa vérité et prend conscience de soi. Les peuples historiques, les caractères déterminés de leur éthique collective, de leur constitution, de leur art, de leur religion, de leur science, constituent les configurations de cette marche graduelle. Franchir ces degrés, c’est le désir infini et la poussée irrésistible de l’Esprit du Monde,  car leur articulation aussi bien que leur réalisation est son concept même ». 97

L’idée et les passions humaines « ensemble forment la trame et le fil de l’histoire universelle. L’Idée en tant que telle est la réalité ; les passions sont le bras avec lequel elle gouverne. Ce qui les relie, c’est la liberté concrète » 106.


« Ce sont maintenant les grands hommes historiques qui saisissent cet universel supérieur et font de lui  leur but. Ce sont eux qui réalisent ce but qui correspond au concept supérieur de l’Esprit. C’est pourquoi on doit les nommer des héros ». 120

« Ces grands hommes semblent obéir uniquement à leur passion, à leur caprice. Mais ce qu’ils veulent est l’Universel. C’est là leur côté pathétique. La passion est devenue l’énergie de leur moi ; sans la passion, ils n’auraient rien pu produire ». 125

« Ce que nous appelons Etat est l’individu spirituel, le peuple, dans la mesure où il est structuré en lui-même et forme un tout organique ». 139

« Cette fin, nous l’avons définie dès le début : c’est l’Esprit tel qu’il est dans son essence, le concept de la liberté. Cela est l’objet fondamental et par conséquent le principe conducteur de l’évolution, ce qui lui donne son sens et son importance » 180

« Il est conforme au concept de l’Esprit que l’évolution de l’histoire se produise dans le temps » 181

« En outre, les peuples en tant que formations spirituelles sont également, par certains côtés, des êtres naturels » 183.

b) L’originalité allemande : Hegel et Luther

c) Hegel, nationaliste ? 

C L’Etat moderne

a) Etat, famille, société civile

b) Les modalités de la société civile : le modèle anglais ;
le droit à la dissidence


c) la guerre, tribunal de l'histoire. Les relations internationales comme "état de nature"




Friedrich Hegel, Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques (1817), trad. J. Gibelin, Éd. Vrin, 1976, pp. 289-290.

L Etat offre cet aspect d'être la réalité immédiate d'un peuple particulier,ayant une destination naturelle. Comme individu distinct, il s'oppose de façon exclusive à d'autres États qui sont aussi des individus. Dans leurs rapports réciproques, l'arbitraire et la contingence interviennent parce que l'élément général du droit, à cause de la totalité autonome de ces personnes, doit exister entre elles, mais n'existe pas en réalité. Cette indépendance des États fait de leur conflit un rapport de forces, un état de guerre en vue duquel l'état général se destine à la fin particulière de la conservation de l'autonomie de l'État vis-à-vis d'autres États, à l'état de vaillance. [...]
L'état de guerre met en jeu l'autonomie des États; ce qui amène d'un côté la reconnaissance réciproque de l'individualité libre des peuples, et des traités de paix, qui doivent durer éternellement, établissent cette reconnaissance générale ainsi que les droits particuliers des peuples les uns à l'égard des autres".

Friedrich Hegel, Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques (1817), trad. J. Gibelin, Éd. Vrin, 1976, pp
. 289-290.


EXTRAITS DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT

Gallimard, Tel, trad. Kaan,

Section 324, page 354 :

   "…C'est un calcul très faux, (…) de considérer l'Etat seulement comme société civile et de lui donner comme but final la garantie de la vie et de la propriété des individus, car cette sécurité n'est pas atteinte par le sacrifice de ce qui doit être assuré, au contraire.
   Dans ce que nous venons de proposer, se trouve l'élément moral de la guerre, qui ne doit pas être considérée comme un mal absolu, ni comme une simple contingence extérieure qui aurait sa cause contingente dans n'importe quoi : les passions des puissants ou des peuples, l'injustice, etc., et en général, dans quelque chose qui ne doit pas être. D'abord, en ce qui concerne la nature du contingent, il rencontre toujours un autre contingent, et ce destin est justement la nécessité. (…) La guerre a cette signification supérieure que par elle, comme je l'ai dit ailleurs : la santé morale des peuples est maintenue dans son indifférence en face de la fixation des spécifications finies de même que les vents protègent la mer contre la paresse où la plongerait une tranquillité durable comme une paix durable ou éternelle y plongerait les peuples."
 

Section 329, page 358 :

   "L'Etat est orienté vers l'extérieur en tant qu'il est un sujet individuel ; aussi ses rapports avec les autres Etats appartiennent au pouvoir du prince auquel il revient immédiatement de commander la force armée, d'entretenir les relations avec les autres Etats par des ambassadeurs, de décider de la guerre et de la paix et de conclure des traités."
 

Section 333, page 360 :

   "Les Etats (…) sont par rapport aux autres dans un état de nature, (…)et n'ont pas leurs droits dans une volonté universelle constituée en un pouvoir au-dessus d'eux, mais que leur rapport réciproque a sa réalité dans leur volonté particulière.
   La conception kantienne d'une paix éternelle par une ligue des Etats qui règlerait tout conflit et qui écarterait toute difficulté comme pouvoir absolu reconnu par chaque Etat, et qui rendrait impossible la solution par la guerre, suppose l'adhésion des Etats, laquelle reposerait sur des motifs moraux subjectifs ou religieux, mais toujours sur leur volonté souveraine particulière, et resterait donc entachée de contingence."
 

Section 334, page 361 :

   "Les conflits entre Etats, lorsque les volontés particulières ne trouvent pas de terrain d'entente, ne peuvent être réglés que par la guerre."
 

Section 335, page 362 :

   "De plus l'Etat, comme être spirituel, ne peut s'en tenir à ne considérer que la réalité matérielle…"
 
 

Section 337, page 363 :

   "On a, pendant un temps, beaucoup parlé de l'opposition de la morale et de la politique et de l'exigence que la première commande à la seconde. Il y a lieu seulement de remarquer en général que le bien d'un Etat a une bien autre légitimité que le bien des individus et que la substance morale, l'Etat a immédiatement son existence, c'est-à-dire son droit dans quelque chose de concret et non pas d'abstrait. Seule, cette existence concrète et non pas une des nombreuses idées générales tenues pour des commandements moraux subjectifs peut être prise par l'Etat comme principe de sa conduite."
 
 

Section 340, page 364 :

   "Dans leurs relations entre eux, les Etats se comportent en tant que particuliers. Par suite, c'est le jeu le plus mobile de la particularité intérieure, des passions, des intérêts, des buts, des talents, des vertus, de la violence, de l'injustice, et du vice, de la contingence extérieure à la plus haute puissance que puisse prendre ce phénomène.
    (…) Aussi leurs destinées, leurs actions dans leurs relations réciproques sont la manifestation phénoménale de la dialectique de ces esprits en tant que finis ; dans cette dialectique se produit l'esprit universel, l'esprit du monde, en tant qu'illimité, et en même temps c'est lui qui exerce sur eux son droit (et c'est le droit suprême), dans l'histoire du monde comme tribunal du monde."
 
 

Section 343, page 366 :

   "L'histoire de l'esprit, c'est son action, car il n'est que ce qu'il fait et son action, c'est de faire de soi-même, et cela, en tant qu'il est esprit, l'objet de sa conscience, se concevoir soi-même en se comprenant."
 
 

Section 344, page 367 :

   "Les Etats, les peuples et les individus dans cette marche de l'esprit universel se lèvent chacun dans son principe particulier bien défini qui s'exprime dans sa constitution et se réalise dans le développement de sa situation historique : ils ont conscience de ce principe et s'absorbent dans son intérêt mais en même temps ils sont des instruments inconscients et des moments de cette activité interne dans laquelle les formes particulières disparaissent tandis que l'esprit en soi et pour soi se prépare à son degré immédiatement supérieur."
 
 

Section 345, page 367 :

   "La justice et la vertu, la faute, la violence, le vice, les talents et les actes, les grandes et le petites passions, la faute et l'innocence, la splendeur de la vie individuelle et collective, l'indépendance le bonheur et le malheur des Etats et des individus ont leur signification et leur valeur définies dans la sphère de la conscience réelle immédiate où ils trouvent leur jugement et leur justice, quoique incomplète. L'histoire universelle reste en dehors de ces points de vue. En elle, le moment de l'idée de l'esprit universel qui est son niveau actuel reçoit un droit absolu ; le peuple correspondant et ses actes reçoivent leur réalisation, leur bonheur et leur gloire."
 
 

Section 347, page 368 :

   "Le peuple, qui reçoit un tel élément comme principe naturel, a pour mission de l'appliquer au cours du progrès en conscience de soi de l'esprit universel qui se développe. Ce peuple est le peuple dominant dans l'histoire universelle pour l'époque correspondante.Il ne peut faire époque qu'une seule fois dans l'histoire et contre ce droit absolu qu'il a parce qu'il est le représentant du degré actuel de développement de l'esprit du monde, les autres peuples sont sans droits, et ceux-ci aussi bien que ceux dont l'époque est passée, ne comptent plus dans l'histoire universelle."
 

Section 348, page 369 :

   "A la pointe de toutes les actions, même des événements de l'histoire universelle, se trouvent des individus à titre de subjectivités qui réalisent la substance. Pour ces formes vivantesde l'action substantielle de l'esprit universel qui sont immédiatement identiques à cette action, celle-ci reste cachée, elle n'est pas leur objet ni leur but.Aussi elles ne reçoivent d'honneur et de reconnaissance pour cette action ni de leurs contemporains, ni de l'opinion publique de la postérité.Elles n'ont leur part à cette opinion que comme subjectivités formelles et sous forme de gloire immortelle."
 
 

Section 349, page 369 - 370 :

   "Un peuple n'est pas, d'abord, un Etat (…) Aussi n'est-il pas reconnu, son indépendance qui n'est pas objectivement légale et n'a pas d'expression rationnelle fixe, n'est que formelle, ce n'est pas une souveraineté."
 
 

Section 350, page 370 :

    "C'est le droit absolu de l'Idée de prendre naissance dans les dispositions légales et dans les institutions objectives qui résultent du mariage et de l'agriculture, que la forme de cette réalisation apparaisse comme une législation et un bienfait de Dieu ou comme une violence en dehors du droit. Ce droit est le droit des héros à fonder des Etats."
 
 

Section 351, page 370 :

    "La même condition entraîne que des nations civilisées en face d'autres qui n'ont pas atteint le même moment substantiel de l'Etat (les peuples chasseurs en face des peuples nomades, et les peuples agriculteurs en face des deux autres, etc.) les considèrent comme des barbares, leur reconnaissant dans leur conscience un droit inégal et traitent leur indépendance comme quelque chose de formel."



HEGEL, La Raison dans l’histoire, 10/18
 
IV LES· CONDITIONS NATURELLES
 
LE FONDEMENT GÉOGRAPHIQUE DE L'HISTOIRE UNIVERSELLE
 
1. DÉFINITIONS GÉNÉRALES
 
Le conditionnement naturel
Notre point de départ est l'affirmation générale que l'histoire universelle montre l'Idée de l'Esprit se réalisant comme une suite de figures extérieures. Chaque étape (Stufe) de l'évolution de la conscience de soi de l'Esprit apparaît dans l'histoire comme l'esprit d'un peuple concrètement existant, comme un peuple réel. Elle se manifeste donc dans l'espace et le temps, à la manière d'une existence naturelle. Les esprits particuliers, que nous devons considérer dans leur juxtaposition et leur succession, sont particuliers en vertu de leur principe déterminé, et à chaque peuple historique a été confiée la mission de repré senter un principe. Il doit, il est vrai, passer à travers l'expérience de plusieurs autres, afin que son prin cipe arrive à maturité, mais dans l'histoire universelle il ne présente qu'un seul visage. Il peut, certes, adopter plusieurs positions sur le plan historique, mais cette pluralité disparaît lorsqu'il parvient au sommet de l'histoire du monde. Il s'incorpore plutôt, alors, à un autre principe qui, d'ail1eurs, conformément à sa nature originaire, ne lui est pas adéquat. D'autre part, ce principe particulier du peuple se pré sente dans la réalité comme une caractéristique (Bestimmtheit) naturelle de ce peuple, comme son principe naturel. Les différents Esprits des peuples sont séparés dans le temps et dans l'espace et, à cet égard, l'influence de la situation naturelle, c'est-à-dire du rapport entre le spirituel et le naturel, le tempéra ment, etc., se fait sentir. Comparé à l'universalité du monde moral et à son existence active et individuelle, ce rapport est quelque chose d'extérieur ; mais, étant le terrain sur lequel se meut l'Esprit il est essentiellement et nécessairement fondamental.
Dès qu'il entre dans l'existence, l'Esprit se soumet au mode de la finitude et, par là même, au mode général de la naturalité. Les formations particulières se distinguent l'une de l'autre car le mode d'être de la naturalité est une extériorité réciproque (Ausserei nander) où les déterminations particulières se présentent comme entités singulières (Einzelheit). Cette détermination abstraite contient la raison pour laquelle il est nécessaire que ce qui apparaît dans l'Esprit comme un degré particulier de son dévelop pement se manifeste comme une figure naturelle singulière qui existe pour soi et exclut les autres. Dans la mesure où elle se manifeste dans la nature, cette par ticularité est particularité naturelle, c'est-à-dire qu'elle existe comme principe naturel, comme détermination naturelle particulière. C'est la raison pour laquelle chaque peuple représentant un degré parti culier du développement de l'Esprit, est une nation. Sa configuration naturelle correspond à ce qui, dans la suite des formes spirituelles, est le principe spirituel.
Cet aspect naturel nous fait entrer dans le domaine de la détermination géographique, lequel comprend tout ce qui appartient à la nature. Dans l'existence naturelle les deux aspects de cette détermination sont immédiatement contenus : d'une part, elle se présente comme la volonté naturelle du peuple ou la manière d'être subjective des peuples, mais d'autre part elle est aussi la nature extérieure particulière. L'élément sensible définit l'homme aussi longtemps qu'il est non libre et naturel, et le sensible se présente sous deux aspects, celui de la naturalité subjective et celui de la naturalité extérieure. Ce dernier est l'aspect géogra phique qui appartient d'une façon générale à la nature extérieure. C'est donc le domaine des différences naturelles que nous devons considérer. Elles constituent avant tout les possibilités particulières à partir desquelles opère l'Esprit. Elles en fournissent ainsi la base géographique. Ce qui importe est de connaître non pas le sol comme terrain extérieur, mais le type naturel de l'endroit, qui coïncide exactement avec le type et le caractère du peuple qui est le fils de ce sol. Or ce caractère donne en même temps la manière dont les peuples se présentent dans l'histoire du monde, y prennent place et position. Cette connexion entre la nature et le caractère de l'homme semble bien être en opposition avec la liberté du vouloir humain. L'élément sensible en général (das Sinnliche) est fait de ce lien, et l'on pourrait bien penser que l'homme possède la vérité en lui-même, indépendamment de la nature. En fait, il ne faut pas considérer cette connexion comme un rapport de dépendance signifiant que le caractère des peuples serait formé par la seule détermination naturelle du sol. L'Esprit ne doit pas être pensé comme quelque chose d'abstrait qui recevrait après coup son contenu de la nature. Bien au contraire, les esprits qui se présentent dans l'histoire sont des esprits particu liers, déterminés. L'idée spéculative montre comment le particulier est contenu dans l'universel, sans que ce dernier en soit obscurci. Les peuples sont des esprits d'un type de formation particulier ; leur caractère est un caractère spirituel, mais à celui-ci correspond d'autre part le caractère naturel. Ce qui est d'abord en soi, existe de façon naturelle; ainsi l'enfant est en soi un homme, mais en tant qu'enfant il n'est qu'un homme naturel qui a seulement les aptitudes pour devenir pour soi en tant qu'homme libre.
Ces considérations semblent s'accorder avec ce qu'on dit au sujet de l'influence du climat sur les situations humaines. C'est l'opinion universellement admise que l'esprit particulier d'un peuple se rattache au climat de la nation. Une «nation », c'est un peuple en tant qu'il est né[1]. Toutes ces idées sont très répandues. Cependant, si nécessaire que soit le lien du principe spirituel avec le principe naturel, il ne faut pas s'en tenir à ce qu'on dit généralement et attribuer au climat des effets et des influences trop particulières. Ainsi on parle souvent du doux ciel de l'Ionie, qui aurait produit Homère. Un tel ciel a certes beaucoup contribué à la grâce de la poésie homérique, mais la  côte de l'Asie Mineure a toujours été la même, elle l'est encore, et pourtant du peuple ionien n'a surgi qu'un seul Homère. Le peuple ne chante pas, c'est un individu qui compose une poésie, et même s'ils furent plusieurs à créer les chants homériques, ils furent toutefois des individus. Malgré la douceur du ciel, d’autres Homères ne sont pas apparus, surtout sous la domination turque. Le climat se manifeste dans ces petites particularités dont nous ne devons pas nous occuper, étant donné qu'elles n'ont pas d'influence.
Il est vrai que le climat a de l'influence en ce sens que ni la zone chaude ni la zone froide ne sont favorables à la liberté de l'homme et à l'apparition de peuples historiques. A son premier éveil, l'homme se présente en face de la nature comme une conscience immédiatement naturelle. L'homme est nécessairement en rapport avec la nature : toute évolution implique que l'esprit se dresse contre la nature et se réfléchisse en lui-même; elle signifie une séparation (Besonderung) de l'être spirituel qui se rassemble en soi  en se dressant contre sa propre immédiateté, qui est justement la nature. Or le moment de la naturalité tombe dans cette séparation précisément parce que la naturalité est l'état de séparation ; ainsi naît l'antithèse du spirituel avec l'extérieur. La naturalité est ainsi la première position à partir de laquelle l'homme peut acquérir une liberté en soi. L'homme étant en premier lieu un être sensible, il est nécessaire que dans son lien sensible avec sa nature il puisse conquérir la liberté par le moyen de la réflexion en soi. Or dans les endroits où la nature est trop puis sante, il lui est plus difficile de se libérer. Dans son être sensible aussi bien que dans son repliement sur soi, l'homme opère selon sa manière naturelle d'être et se place sous la détermination de la quantité. C'est pourquoi le lien avec la nature ne doit pas être trop puissant.
Au regard de l'esprit, la nature est en effet quelque chose de quantitatif et sa force ne doit pas être assez grande pour lui conférer la toute-puissance. Les extrêmes ne sont pas favorables au développement spirituel. Aristote dit déjà: c'est seulement quand l'exigence du besoin est satisfaite que l'homme se tourne vers l'universel et le supérieur. Or ni la zone chaude ni la zone froide ne permettent à l'homme de s'élever au degré de liberté de mouvement et de richesse des moyens qui lui permettraient de se livrer à une activité dirigée vers des intérêts supérieurs spirituels. L'homme est maintenu dans une trop grande stupidité, la nature l'abaisse et il ne peut se séparer d'elle, c'est-à-dire qu'il ne peut accomplir ce qui est la première condition d'une culture spirituelle supérieure. La violence des éléments est trop grande pour que l'homme, en lutte contre eux, puisse en venir à bout et fasse valoir sa liberté spirituelle comme force de la nature. Le gel qui rassemble les Lapons ou la chaleur torride de l'Afrique sont des forces trop puissantes par rapport à l'homme pour que l'esprit puisse se mouvoir librement parmi elles et parvienne à la richesse qui est nécessaire à la réalisation d’une forme développée de vie. Le besoin, dans ces zones, ne cesse vraiment jamais, jamais on ne peut l'écarter. L’homme est perpétuellement obligé de tourner son attention vers la nature. L'homme utilise la nature pour ses fins, mais là où elle est trop puissante, elle ne se laisse pas réduire à l'état de moyen. La zone chaude et la zone froide ne sont donc pas le théâtre de l’histoire universelle. Sur ce plan, l'esprit libre a rejeté ces extrêmes.
En somme, c'est la zone tempérée qui a servi de théâtre pour le spectac1e de l'histoire universelle. Parmi les zones tempérées, c'est à son tour la zone nordique qui est seule apte à remplir ce rôle. Ici le continent se présente comme cette « vaste poitrine » dont parlent les Grecs, et c'est ici que se réunissent les diverses parties de la terre. Entre cette disposition de la terre et la diversité de la pensée il existe une certaine concordance qu'on ne doit pas méconnaître. En effet, la terre s'étend en largeur vers le nord, tandis que vers le sud elle se découpe et se divise en pointes très variées. Il en est ainsi en Amérique, en Asie, en Afrique. Le même élément se manifeste dans les produits naturels. La terre du nord, compacte, possède quantité de produits communs, alors que la particularisation s'accentue dans les pointes qui s'en détachent. Ainsi, du point de vue botanique et zoologique, la zone du Nord est la plus importante, et on y trouve le plus grand nombre d'espèces animales et végétales. Vers le sud, où la terre se divise en pointes, les formes naturelles s'individualisent elles aussi et se différencient l'une de l'autre.
Si maintenant nous considérons les différences déterminées de la nature et leur rapport avec la diversité qui existe entre les esprits des peuples, il faut observer que nous devons nous en tenir aux diffé rences essentielles, générales, qui s'imposent néces sairement à la pensée et se manifestent empiriquement. La détermination l'emporte, en vérité, sur la multi plicité qui est souvent accidentelle. Le but de la considération philosophique est de mettre en relief ces différences déterminantes, et on doit se garder  de se perdre dans la multiplicité amorphe. C'est cette             dernière qui est visée par le mot vague de « climat ». Nous avons déjà traité de cette question. Nous devons maintenant entrer dans le détail de la considération des différences naturelles générales.
 La forme la plus générale de détermination naturelle historiquement importante est celle qui est constituée par le rapport entre la mer et la terre. La terre présente trois différences fondamentales. On trouve, en premier lieu, de hauts pays sans eau, en second lieu, des vallées parcourues par des cours d'eau, et en troisième lieu, des pays côtiers. Ces trois moments sont les plus essentiels parmi ceux qui s'offrent à la distinction conceptuelle, et on peut ramener à eux toutes les déterminations ultérieures.
 
 
Le haut pays
Le premier moment est compact, métallique, et reste indifférent, fermé, informe : c'est le haut pays, avec ses grandes steppes et ses plaines. Les seuls mouvements qui peuvent provenir d'ici sont des mouvements de nature impulsive, mécanique et sauvage. Ces plaines privées d'eau sont surtout la résidence des nomades, dans l'ancien monde des  peuples mongols et arabes. Les nomades ont en eux-mêmes un caractère doux, mais le principe qu'ils constituent est fluctuant, vacillant. Ils ne sont pas liés au sol et ne savent rien des droits que la vie en commun, en même temps que l'agriculture, rend obligatoires. Ce principe remuant a une constitution patriarcale, mais se livre à des guerres et des rapines intérieures, et aussi à des agressions contre d'autres peuples que les vainqueurs soumettent d'abord et avec lesquels ils s'amalgament ensuite. L'errance des nomades est seulement formelle, car elle est limitée à des espaces uniformes. Cette limita tion est d'ailleurs un simple donné de fait, et il est possible de s'en dégager. La terre n'est pas cultivée et on peut la retrouver partout ; pour cette raison une impulsion venant de l'intérieur ou de l'extérieur, peut faire reprendre aux peuples leur route. Cet esprit d'inquiétude n'est pourtant pas proprement inné en eux. Dans les parties basses des hauts pays, qui jouxtent des pays tranquilles, ces peuples sont poussés au brigandage. Les hauts pays plus élevés sont en revanche fermés par de hautes montagnes au milieu desquelles habite une population forte. Mais des habitants hostiles se heurtent aux tribus des parties basses et entrent en conflit avec elles, si bien que la note caractéristique de ces nomades devient un état de guerre dirigée vers l'extérieur, ce qui les isole. Tout cela fait naître la personnalité et cette autonomie indomptable et intrépide, mais aussi l'isolement abstrait. La montagne est la patrie de la vie pastorale, mais le sol, avec ses variétés, permet l'agriculture. Le climat extrêmement changeant - hivers rudes, étés chauds - et les périls multiples, excitent le courage. Mais c'est une vie qui reste fermée sur elle-même à cause de sa situation. Quand le territoire devient trop exigu pour un peuple de ce genre, il a besoin d'un chef de bande et il se précipite dans les plaines fertiles des vallées. Mais ce n'est pas une marche en avant perpétuelle ; ce mouvement est au contraire provoqué par un but précis. Les conflits élémentaires des peuples asiatiques restent encore plongés dans de telles oppositions.
Il s'agit donc, ici, d'un ensemble de terres élevées, entourées par une ceinture de montagnes. La secondé caractéristique, maintenant, c'est que cette masse de montagnes est coupée par des cours d'eau qui, prenant leur source dans le haut pays, descendent en se creusant un passage à travers la chaîne monta gneuse. Un haut pays est, en effet, généralement, entouré de montagnes, les cours d'eau les traversent et peuvent former plus loin des vallées aux déclivités moins accentuées, quand la distance jusqu'à la mer est suffisamment grande. Ils traversent ensuite une superficie plus ou moins vaste avant de se jeter dans la mer. Ce qui importe, ici, c'est que la descente de ces cours d'eau des hauts pays ait lieu ou non à proximité de la mer, c'est-à-dire qu'ils aient devant eux seulement une mince bande de territoire ou bien au contraire une vaste étendue qui les oblige à former un cours de bonne longueur, qu'ils soient accueillis par des collines basses ou bien par de grandes vallées en pente douce. En Afrique la ceinture montagneuse est aussi coupée par des cours d'eau, mais ils se jettent très tôt dans la mer, et la zone côtière est en général très étroite. La même chose se produit, dans une certaine mesure, en Amérique du Sud, au Chili et au Pérou, et aussi à Ceylan. Le Chili et le Pérou sont d'étroites bandes côtières, ils n'ont pas de civilisation. Le cas du Brésil est différent. Du reste, il peut arriver aussi que la situation soit différente, c'est-à-dire que le territoire élevé soit formé entièrement de chaînes de montagnes, comportant des étendues plates, mais en petit nombre.
Un haut pays de ce genre est l'Asie centrale habitée par les Mongols (ce mot étant pris dans son acception générale) ; ses steppes s'étendent vers le Nord, de la mer Caspienne à la mer Noire. Du même genre sont les déserts de l'Arabie, les déserts de la Barbarie en Afrique, en Amérique du Sud, ceux qui se trouvent autour de l'Orénoque et ceux du Paraguay. Ce qui caractérise les habitants d'un tel pays, qui n'est souvent arrosé que par la pluie ou le débordement d'un fleuve (comme les plaines de l'Orénoque), c'est la vie patriarcale, la dispersion en familles isolées. Le sol où ils se trouvent est improductif, ou fécond seulement par moments ; la fortune des habitants ne consiste pas en champs, dont ils ne retirent qu'un faible profit, mais en animaux qui se déplacent avec eux. Ceux-ci trouvent quelque temps à paître dans les plaines et quand celles-ci sont épuisées, on va dans d'autres contrées. On n'a pas de soucis et l'on n'amasse pas pour l'hiver, aussi la moitié du troupeau est-elle souvent perdue. Entre ces montagnards, il n'y a pas de rapports juridiques et chez eux se mani festent les extrêmes de l'hospitalité et du brigandage. Ce dernier prévaut quand ils sont entourés de pays civilisés, comme les Arabes soutenus en cette occurrence par leurs chevaux et leurs chameaux. Les Mongols se nourrissent de lait de jument et ainsi le cheval leur fournit à la fois nourriture et arme. Mais si telle est la forme de leur vie patriarcale, il leur arrive souvent cependant de se réunir en grandes masses et, poussés par quelque impulsion, de se mettre en mouvement vers les régions de l'extérieur. L’humeur pacifique d’antan disparaît et ils se précipitent comme un torr ent dévastateur sur les pays civilisés ; le bouleversement qui a lieu n'a d'autres résultats que la destruction et la désolation. C'est un mouvement de ce genre qui saisit les peuples sous Genghis- Khan et Tamerlan ; ils piétinèrent tout, puis disparurent de nouveau, comme s'écoule le torrent ravageur qui se perd parce qu'il ne possède pas en propre un principe de vitalité. Des hauts pays on descend dans les vallées étroites. Là habitent des peuples montagnards, des bergers, qui, accessoirement, font aussi de l'agricul tu re, comme les Suisses. L'Asie en possède aussi; mais dans l'ensemble, ils ont moins d'importance.
 
                       Plaines fluviales         
Le second moment est le pays de la transition, la plaine fluviale. Ce sont les vallées formées par de  grands cours d'eau, les bassins fluviaux au sol durci.  Le terrain est devenu fertile grâce aux sédiments de boue, et te pays doit toute sa fécondité aux cours d’eau qui l'ont formé. C'est là qu'apparaissent les centres de la civilisation. L'autonomie de cette civi­lisation n'est pas l'autonomie mobile du premier élément [des nomades] mais repose sur une différenciation qui, d'ailleurs, ne conduit pas plus loin, mais s'organise en culture dans sa propre sphère. C’est le pays le plus fertile, l'agriculture s'y établit, et avec elle tes droits de la vie sociale. Le terrain fertile apporte spontanément avec lui le passage à l'agriculture, mais dans ce passage apparaissent aussi l'intel ligence et la prévoyance. L'agriculture doit se régler suivant les saisons. Elle n'est pas satisfaction indivi duelle et immédiate du besoin, parce que la satisfaction se fait ici d'une manière universelle. Le souci de l'homme ne porte plus sur une seule journée, mais sur une longue période. Il faut inventer des instruments, et ainsi se développe l'esprit d'invention, ainsi que l'art. La possession constante, la propriété, le droit apparaissent, et, par là-même, la division en classes. Le besoin d'instruments, la nécessité de conserver obligent à rester sédentaire, à se limiter à un territoire donné. Les aspects de la propriété et du droit se déter minent avec 1'organisation de ce territoire. La tendance naturelle à vivre dans l'isolement est détruite par cette autonomie limitée de façon réciproque, exclusive, mais générale, et un état d'universalité s'y substitue, qui exclut ce qui est purement singulier. L'avènement d'un maître unique et, surtout, la domination des lois, sont ainsi rendus possibles. De grands empires s'élèvent dans ces pays, et la fondation d'États puis sants commence. Cette action dans la finitude n'est pas, ainsi, une impulsion vers l'indéterminé, mais une façon de s'en tenir fermement à l'universel. Dans l'histoire orientale nous trouverons des États dont l'avènement correspond précisément à une telle situation: ce sont les royaumes situés sur les rives des fleuves de la Chine, sur les rives du Gange, de l'Indus, et du Nil.
A une époque récente, lorsqu'on a voulu soutenir que les États doivent être nécessairement séparés par des éléments naturels, on s'est habitué à considérer l'eau comme l'élément séparateur. Il est au contraire d'une importance essentielle de dire, contre cette opinion, que rien ne réunit autant que l'eau, et que les pays de culture ne sont rien d'autre que des bassins fluviaux. L'eau, en effet, est ce qui unit. Ce sont les montagnes qui séparent. Quand les pays sont séparés par des montagnes, ils le sont bien plus que lorsqu'ils le sont par un fleuve ou même par la mer. Ainsi les Pyrénées séparent la France de l'Espagne, et Cadix était plus étroitement liée à l'Amérique qu'elle ne l'était avec Madrid. Les montagnes séparent peuples, coutumes et caractères. Un pays au contraire est constitué par le fleuve qui le parcourt : les deux rives d'un fleuve appartiennent typiquement au même pays. La Silésie est le bassin de l'Oder, la Bohême et la Saxe sont la vallée de l'Elbe, l'Égypte celle du Nil. C'est un faux principe qu'ont soutenu les Français pendant les guerres de la Révolution, lorsqu'ils prétendaient que les fleuves seraient les frontières natu relles des pays. Il en est de même dans le cas de la mer. Entre Amérique et Europe le contact est plus facile qu'il ne l'est à l'intérieur de l'Asie ou de l'Amérique. Les Européens ont été en communication ininterrompue avec l'Amérique et avec les Indes orientales depuis le moment de leur découverte, mais ils ont à peine pénétré à l'intérieur de l'Asie et de l'Afrique, parce que les communications par terre sont beaucoup plus difficiles que les communications par eau. Dans l'histoire, nous voyons ainsi réunies pendant des siècles, sous la domination anglaise, la Bretagne et la Grande -Bretagne, et de nombreuses guerres furent nécessaires pour les séparer. La Suède a possédé la Finlande, et aussi la Courlande, la Livonie, l'Esthonie, alors, que la Norvège n 'a pas appartenu à la Suède, et au contraire a été liée par des rapports beaucoup plus cordiaux avec le' Danemark.
De façon analogue,nous voyons ensuite les pays  du troisième élément se distinguer de·ceux du second de façon aussi nette que ces derniers se distinguent du premier. Ce troisième élément est la zone côtière, la  terre au contact de la mer. Il est constitué par les territoires en communication avec la mer, et dans lesquels cette communication est expressément organisée. Aujourd'hui encore on remarque en Europe les signes d'une telle distinction. La Hollande, pays où le Rhin se jette dans la mer, développe pour son compte ses relations avec cette dernière, alors que l'Allemagne ne s'est pas étendue du côté de son fleuve principal. La Prusse constitue la zone côtière qui domine, en face de la Pologne, l'estuaire de la Vistule, alors que l'intérieur de la Pologne est de toute autre espèce avec une culture et des besoins autres que ceux de la côte, qui a développé ses relations avec la mer. C'est au Portugal que les fleuves espagnols se jettent dans la mer. On devrait croire que l'Espagne, ayant des fleuves, devrait nécessairement être aussi en rapport avec la mer. Au contraire, c'est le Portugal qui a spécialement développé ces rapports.
 
 
  La mer
La mer, donne d'une façon générale naissance à un type de vie spécial. L' élément indéterminé nous donne l'idée de l'illimité et de l'infini, et l'homme, en se sentant au milieu de cet infini, en tire courage pour dépas ser le limité. La mer elle-même est ce qui n'a pas de bornes et elle ne tolère pas, comme la terre ferme, les pacifiques délimitations en cités. La terre, la plaine fluviale, fixe l'homme au sol. Sa liberté est ainsi restreinte par un immense ensemble de liens. Mais la mer le conduit au delà de cette limitation. La mer éveille le courage, elle invite l'homme à la conquête, au brigan dage, mais aussi au gain et à l'acquisition. Le travail consacré à l'acquisition se rapporte à cette espèce particulière de fins qu'on appelle le besoin. Or le travail accompli pour la satisfaction du besoin a comme conséquence que les individus se plongent, s'enfoncent dans cette sphère de l'acquisition. Mais si la volonté d'acquisition les conduit sur la mer, la situation change. Ceux qui naviguent sur la mer veulent aussi gagner, acquérir, mais le moyen dont ils disposent se retourne et leur fait courir le danger de perdre leur bien et leur vie même. Le moyen s'oppose donc à la fin. C'est œ qui élève gain et industrie au-dessus d'eux mêmes et en fait une chose courageuse et noble. la mer éveille le courage. Ceux qui la sillonnent pour acquérir vie et richesse doivent chercher leur gain à travers le danger, ils doivent être courageux, risquer et mépriser vie et richesse. Le penchant vers la richesse est donc élevé, comme on l'a dit, grâce à la mer, à quelque chose de courageux et de noble. La mer suscite ensuite la ruse, car l'homme y doit combattre un élément qui semble se soumettre tranquillement à tout, qui s'adapte à toutes les formes, et qui pourtant est terrible. Le courage y est essentiellement lié à l'intelligence, qui est la ruse suprême. C'est précisément la faiblesse de l'élément, cette façon qu'il a de céder, cette mollesse, qui cachent le plus grand danger. Le courage en face de la mer doit aussi être ruse, car il a à faire à l'élément le plus rusé, le moins sûr et le plus menteur. Cette immense étendue est parfaitement molle, car elle ne résiste à aucune pression, même pas au souffle ; elle paraît infiniment innocente, soumise, aimable et câline, et c'est justement cette facilité qui transforme !a mer en l'élément le plus dangereux et le plus puis sant. A une telle fourberie et à une telle violence, l’homme, aes triplex circa pectus, oppose uniquement un simple morceau de bois, ne se fie qu'à son courage et à son ingéniosité et passe ainsi de ce qui est ferme à ce qui est sans appui, apportant avec lui le sol qu'il s’est fait lui-même. Le bateau, ce cygne de l'eau, qui trace sur la plaine liquide des lignes souples et des cercles, est un instrument qui fait le plus grand honneur à la hardiesse de l’homme comme à son intelligence. Cet appel de la mer hors de la limitation du continent a manqué à l'Asie, et cela malgré le fait que ces magnifiques Etats touchent eux-mêmes à la mer, comme par  exemple la Chine. Pour elle, la mer est simplement cet endroit où  la terre cesse ; elle n'a pas avec elle de rapport positif. L'activité à laquelle la mer invite est toute  particulière et c'est un caractère tout à fait particulier qu'elle réclame.
La manière dont la vie des peuples est essentiellement conditionnée par la nature se montre dans ces trois configurations naturelles. Le principe de la vie' continentale et celui de la vie côtière sont le plus forte ment caractérisés l'un par rapport à l'autre. L'Etat supérieurement évolué unifie en lui-même les différences de tous les deux : aussi bien la solidité du con­tinent que l'errance livrée au hasard de la vie côtière.



La guerre continuation de la politique par d'autres moyens

L'ouvrage de Clausewitz : table des matières.

Carl von Clausewitz
De la guerre
Texte intégral
Traduit de l’allemand par Denise Naville
Préface de Camille Rougeron
Introduction par Pierre Naville
1955
Collection « Arguments », 760 pages, 4 cartes, relié pleine toile   
Minuit


Collection « Arguments », 760 pages, 4 cartes, relié pleine toile   
Minuit

Table des matières ‑‑‑‑‑

Préface : Actualité de Clausewitz – Introduction : Carl von Clausewitz et la Théorie de la Guerre – Note de l’éditeur
Trois notes de Clausewitz sur De la Guerre –

  Préface de l’auteur

Première partie
Livre I : La nature de la guerre. Chapitre I. Qu’est-ce que la guerre ? – Chapitre II. La fin et les moyens dans la guerre – Chapitre III. Le génie guerrier – Chapitre IV. Du danger en guerre – Chapitre V. De l’effort physique en guerre – Chapitre VI. Le renseignement en guerre – Chapitre VII. La friction en guerre – Chapitre VIII. Conclusions du Livre I

Livre II : La théorie de la guerre. Chapitre I. Division de l’art de la guerre – Chapitre II. Sur la théorie de la guerre – Chapitre III. Art de la guerre ou science de la guerre – Chapitre IV. Méthodisme – Chapitre V. La critique – Chapitre VI. À propos des exemples

Livre III : De la stratégie en général. Chapitre I. Stratégie – Chapitre II. Les éléments de la stratégie – Chapitre III. Grandeurs morales – Chapitre IV. Les principales puissances morales– Chapitre V. Vertu guerrière de l’armée – Chapitre VI. L’intrépidité – Chapitre VII. Persévérance – Chapitre VIII. La supériorité numérique – Chapitre IX. La surprise – Chapitre X. La ruse – Chapitre XI. Réunion des forces dans l’espace – Chapitre XII. Réunion des forces dans le temps – Chapitre XIII. La réserve stratégique– Chapitre XIV. Économie des forces – Chapitre XV. L’élément géométrique – Chapitre XVI. Sur la suspension de l’acte de guerre – Chapitre XVII. Du caractère de la guerre moderne– Chapitre XVIII. Tension et repos (La loi dynamique de la guerre)

Livre IV : L’engagement. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Caractère de la bataille moderne – Chapitre III. L’engagement en général – Chapitre IV. L’engagement en général (suite) – Chapitre V. Signification de l’engagement – Chapitre VI. Durée de l’engagement – Chapitre VII. La décision de l’engagement – Chapitre VIII. Consentement des deux partie à l’engagement – Chapitre IX. La bataille principale. Sa décision – Chapitre X. La bataille principale. Les effets de la victoire – Chapitre XI. La bataille principale. L’usage de la bataille – Chapitre XII. Moyen stratégique d’utiliser la victoire – Chapitre XIII. Retraite après une bataille perdue – Chapitre XIV. L’engagement de nuit

Deuxième partie
Livre V : Les forces militaires. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Armée, théâtre de guerre et campagne – Chapitre III. Le rapport de force – Chapitre IV. Le rapport des armes – Chapitre V. Ordre de bataille de l’armée – Chapitre VI. Disposition générale de l’armée – Chapitre VII. Avant-garde et avant-postes – Chapitre VIII. Forme d’efficacité des corps avancés – Chapitre IX. – Les camps – Chapitre X. Les marches – Chapitre XI. Les marches (suite) – Chapitre XII. Les marches (suite) – Chapitre XIII. Les quartiers – Chapitre XIV. Le ravitaillement – Chapitre XV. Les bases d’opérations – Chapitre XVI. Les lignes de communications – Chapitre XVII. La contrée et le terrain – Chapitre XVIII. Les hauteurs dominantes

Livre VI : La défense. Chapitre I. Attaque et défense – Chapitre II. Rapports mutuels de l’attaque et de la défense en tactique – Chapitre III. Rapports mutuels de l’attaque et de la défense en stratégie – Chapitre IV. Caractère concentrique de l’attaque et excentrique de la défense– Chapitre V. Caractère de la défense stratégique – Chapitre VI. Étendue des moyens de la défense – Chapitre VII. Action réciproque de l’attaque et de la défense – Chapitre VIII. Méthodes de résistance – Chapitre IX. La bataille défensive – Chapitre X. Les forteresses – Chapitre XI. Les forteresses (suite) – Chapitre XII. La position défensive – Chapitre XIII. Positions fortifiées et camps retranchés – Chapitre XIV. La position de flanc – Chapitre XV. La défense en montagne – Chapitre XVI. La défense en montagne (suite) – Chapitre XVII. La défense en montagne (suite) – Chapitre XVIII. La défense des rivières et des fleuves – Chapitre XIX. La défense des rivières et des fleuves (suite) – Chapitre XX. La défense des marais. Les inondations – Chapitre XXI. La défense des forêts – Chapitre XXII. Le cordon – Chapitre XXIII. Clé de pays – Chapitre XXIV. Action contre un flanc – Chapitre XXV. Retraite à l’intérieur du pays – Chapitre XXVI. L’armement du peuple – Chapitre XXVII. Défense d’un théâtre de guerre– Chapitre XXVIII. Défense d’un théâtre de guerre (suite) – Chapitre XXIX. Défense d’un théâtre de guerre (suite). La résistance échelonnée– Chapitre XXX. La défense du théâtre de guerre quand on ne cherche pas de décision

Troisième partie
Livre VII : L’attaque. Chapitre I. Rapports de l’attaque et de la défense – Chapitre II. Nature de l’attaque stratégique – Chapitre III. Sur les objets de l’attaque stratégique – Chapitre IV. Force décroissante de l’attaque – Chapitre V. Le point culminant de l’attaque– Chapitre VI. Anéantissement des forces armées ennemies – Chapitre VII. La bataille offensive – Chapitre VIII. Le passage des fleuves – Chapitre IX. Attaque des positions défensives– Chapitre X. Attaque des camps retranchés – Chapitre XI. Attaque d’une chaîne de montagnes – Chapitre XII. Attaque des lignes en cordon – Chapitre XIII. La manœuvre – Chapitre XIV. Attaque des marécages, inondations, forêts – Chapitre XV. Attaque sur un théâtre de guerre au cas où l’on cherche une décision – Chapitre XVI. Attaque d’un théâtre de guerre sans décision – Chapitre XVII. Attaque des forteresses – Chapitre XVIII. Attaque des convois – Chapitre XIX. Attaque de l’armée ennemie dans ses quartiers – Chapitre XX. La diversion – Chapitre XXI. L’invasion – Chapitre XXII. Le point culminant de la victoire

Livre VIII : Le plan de guerre. Chapitre I. Aperçu général – Chapitre II. Guerre absolue et guerre réelle – Chapitre III. A. Cohésion interne de la guerre. B. Sur la grandeur du but de guerre et sur les efforts à fournir – Chapitre IV. Définition plus précise du but de la guerre. La défaite de l’ennemi – Chapitre V. Définition plus précise du but de la guerre (suite). But limité – Chapitre VI. A. Influence de l’objectif politique sur le but militaire. B. La guerre est un instrument de la politique – Chapitre VII. But limité. Guerre offensive – Chapitre VIII. But limité. La défense – Chapitre IX. -Le plan de guerre quand le but est la destruction de l’ennemi

Cartes




La guerre civile selon Marx

Introduction : "la force accoucheuse de toute vieille société"

Marx, Le Capital, Livre I, chap XXXI, La génèse du capital historique,

trad. ed. Sociales, p. 193

http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm
Das Kapital. Band I
Kritik der politischen Ökonomie


Erster Band

Buch I:
SIEBENTER ABSCHNITT - Der Akkumulationsprozeß des Kapitals


Der Produktionsprozeß des Kapitals 6. Genesis des industriellen Kapitalisten

http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_741.htm#Kap_24_6
La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. S'ouvrant par la révolte de la Hollande contre l'Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans la croisade de l'Angleterre contre la Révolution française et se prolonge, jusqu'à nos jours, en expéditions de pirates, comme les fameuses guerres d'opium contre la Chine.

Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. Quelques-unes de ces méthodes reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception exploitent le pouvoir de l'État, la force concentrée et organisée de la société, afin de précipiter violemment le passage de l'ordre économique féodal à l'ordre économique capitaliste et d'abréger les phases de transition. Et, en effet, la force est l'accoucheuse de toute vieille société en travail. La force est un agent économique.
Die Entdeckung der Gold- und Silberländer in Amerika, die Ausrottung, Versklavung und Vergrabung der eingebornen Bevölkerung in die Bergwerke, die beginnende Eroberung und Ausplünderung von Ostindien, die Verwandlung von Afrika in ein Geheg zur Handelsjagd auf Schwarzhäute, bezeichnen die Morgenröte der kapitalistischen Produktionsära. Diese idyllischen Prozesse sind Hauptmomente der ursprünglichen Akkumulation. Auf dem Fuß folgt der Handelskrieg der europäischen Nationen, mit dem Erdrund als Schauplatz. Er wird eröffnet durch den Abfall der Niederlande von Spanien, nimmt Riesenumfang an in Englands Antijakobinerkrieg, spielt noch fort in den Opiumkriegen gegen China usw.

Die verschiednen Momente der ursprünglichen Akkumulation verteilen sich nun, mehr oder minder in zeitlicher Reihenfolge, namentlich auf Spanien, Portugal, Holland, Frankreich und England. In England werden sie Ende des 17. Jahrhunderts systematisch zusammengefaßt im Kolonialsystem, Staatsschuldensystem, modernen Steuersystem und Protektionssystem. Diese Methoden beruhn zum Teil auf brutalster Gewalt, z.B. das Kolonialsystem. Alle aber benutzten die Staatsmacht, die konzentrierte und organisierte Gewalt der Gesellschaft, um den Verwandlungsprozeß der feudalen in die kapitalistische Produktionsweise treibhausmäßig zu fördern und die Übergänge abzukürzen. Die Gewalt ist der Geburtshelfer jeder alten Gesellschaft, die mit einer neuen schwanger geht. Sie selbst ist eine ökonomische Potenz.


 I La Commune de Paris selon Marx


Le texte de Marx sur la Commune en français et en Allemand

La guerre civile en France



 
Der Bürgerkrieg in Frankreich
Adresse des Generalrats der Internationalen Arbeiterassoziation
(30. Mai 1871)


II La révolution sans guerre civile : Engels en 1848 analyse la guerre des barricades à Paris en juin 1848 et en 1895 il préfaçe un texte de Marx de 1850, Les luttes des classes en  France
Seitenzahlen verweisen auf: Karl Marx - Friedrich Engels - Werke, Band 5, S. 128-132
Dietz Verlag, Berlin/DDR 1971

Der 25. Juni

["Neue Rheinische Zeitung" Nr. 29 vom 29. Juni 1848]

<128> * Mit jedem Tage nahm die Heftigkeit, die Erbitterung, die Wut des Kampfes zu. Die Bourgeoisie wurde immer fanatisierter gegen die Insurgenten, je weniger ihre Brutalitäten sofort zum Ziele führten, je mehr sie selbst im Kampf, Nachtwachen und Biwakieren ermattete, je näher sie ihrem endlichen Siege rückte.

Die Bourgeoisie erklärte die Arbeiter nicht für gewöhnliche Feinde, die man besiegt, sondern für Feinde der Gesellschaft, die man vernichtet. Sie verbreiteten die absurde Behauptung, es sei den von ihnen selbst mit Gewalt in den Aufstand hineingejagten Arbeitern nur um Plünderung, Brandstiftung und Mord zu tun, sie seien eine Bande Räuber, die man niederschießen müsse wie die Tiere des Waldes. Und doch hatten die Insurgenten während 3 Tagen einen großen Teil der Stadt inne und benahmen sich höchst anständig. Hätten sie dieselben gewaltsamen Mittel angewandt wie die von Cavaignac kommandierten Bourgeois und Bourgeoisknechte, Paris läge in Trümmern, aber sie hätten triumphiert.

Wie barbarisch die Bourgeois in diesem Kampfe verfuhren, geht aus allen Einzelnheiten hervor. Von den Kartätschen, den Granaten, den Brandraketen gar nicht zu sprechen, steht es fest, daß auf den meisten erstürmten Barrikaden kein Quartier gemacht <kein Pardon gegeben> wurde. Die Bourgeois schlugen alles ohne Ausnahme nieder, was sie vorfanden. Am 24. abends wurden in der Allee des Observatoire über 50 gefangene Insurgenten ohne alle Prozeßform erschossen. "Es ist ein Vernichtungskrieg", schreibt ein Korrespondent der "Indépendance Belge", die selbst ein Bourgeoisblatt ist. Auf allen Barrikaden herrschte der Glaube, daß alle Insurgenten ohne Ausnahme niedergemacht würden. <129> Als Larochejaquelein in der Nationalversammlung davon sprach, daß man etwas tun müsse, um diesem Glauben entgegenzuwirken, ließen ihn die Bourgeois gar nicht aussprechen und machten einen solchen Lärm, daß der Präsident sich bedecken und die Sitzung unterbrechen mußte. Als Herr Senard selbst später (s. unten Sitzung der Versammlung) einige heuchlerische Worte der Milde und Versöhnung sprechen wollte, entstand derselbe Lärm. Die Bourgeois wollten von Schonung nichts wissen. Selbst auf die Gefahr hin, einen Teil ihres Eigentums durch ein Bombardement zu verlieren, waren sie entschlossen, ein für allemal ein Ende zu machen mit den Feinden der Ordnung, den Plünderern, Räubern, Brandstiftern und Kommunisten.

Dabei hatten sie nicht einmal den Heldenmut, den ihre Journale sich bemühen ihnen zuzuschreiben. Aus der heutigen Sitzung der Nationalversammlung geht hervor, daß beim Ausbruch des Aufstandes die Nationalgarde vor Schrecken betäubt war; aus den Berichten aller Journale der verschiedensten Farben leuchtet trotz aller pomphaften Phrasen hervor, daß am ersten Tage die Nationalgarde sehr schwach erschien, daß am zweiten und dritten Cavaignac sie aus den Betten mußte holen und durch einen Gefreiten und vier Mann ins Feuer führen lassen. Der fanatische Haß der Bourgeois gegen die aufständischen Arbeiter war nicht imstande, ihre natürliche Feigheit zu überwinden.

Die Arbeiter dagegen schlugen sich mit einer Tapferkeit ohnegleichen. Immer weniger imstande, ihre Verluste zu ersetzen, immer mehr durch die Übermacht zurückgedrängt, ermüdeten sie keinen Augenblick. Vom 25. morgens an mußten sie schon einsehen, daß die Chancen des Siegs sich entschieden gegen sie kehrten. Massen auf Massen neuer Truppen kamen an aus allen Gegenden; die Nationalgarde der Banlieue, die der entfernteren Städte kam in großen Trupps nach Paris. Die Linientruppen, die sich schlugen, betrugen am 25. über 40.000 Mann mehr als die gewöhnliche Garnison; die Mobilgarde kam mit 20.000 bis 25.000 Mann hinzu; dann die Pariser und auswärtige Nationalgarde. Dazu noch mehrere tausend Mann republikanische Garde. Die ganze bewaffnete Macht, die gegen die Insurrektion zu Felde zog, betrug am 25. gewiß an 150.000 bis 200.000 Mann, die Arbeiter waren höchstens den vierten Teil so stark, hatten weniger Munition, gar keine militärische Direktion und keine brauchbaren Kanonen. Aber sie schlugen sich schweigend und verzweifelt gegen die kolossale Übermacht. Massen auf Massen rückten heran auf die Breschen, die das schwere Geschütz in die Barrikaden geschossen; ohne einen Ruf auszustoßen, empfingen sie die Arbeiter und kämpften überall bis auf den letzten Mann, ehe sie eine Barrikade in die Hände der Bourgeois fallen ließen. Auf dem Montmartre riefen die Insurgenten den <130> Einwohnern zu: Wir werden entweder in Stücke gehauen oder wir hauen die andern in Stücke; wir werden aber nicht weichen, und bittet Gott, daß wir Siegen, denn sonst brennen wir ganz Montmartre nieder. Diese nicht einmal erfüllte Drohung gilt natürlich als ein "abscheuliches Projekt", während die Granaten und Brandraketen Cavaignacs "geschickte militärische Maßregeln sind, denen jedermann Bewunderung zollt"!

Am 25. morgens hatten die Insurgenten folgende Positionen inne: das Clos Saint Lazare, die Vorstädte St. Antoine und du Temple, den Marais und das Viertel Saint Antoine.

Das Clos Saint Lazare (das ehemalige Klostergehege) ist eine große Fläche Landes, teilweise bebaut, teilweise erst mit angefangenen Häusern, projektierten Straßen etc. bedeckt. Der Nordbahnhof liegt gerade in seiner Mitte. In diesem an unregelmäßig liegenden Gebäuden reichen Viertel, das außerdem eine Menge Baumaterial umfaßt, hatten die Insurgenten eine gewaltige Festung aufgeworfen. Das im Bau begriffene Hospital Louis-Philippe war ihr Zentrum, sie hatten furchtbare Barrikaden aufgeworfen, die von Augenzeugen als ganz uneinnehmbar geschildert werden. Dahinter lag die von ihnen zernierte und besetzte Ringmauer der Stadt. Von da gingen ihre Verschanzungen bis in die Rue Rochechouart oder in die Gegend der Barrieren. Die Barrieren des Montmartre waren stark verteidigt, Montmartre war ganz von ihnen besetzt. Vierzig Kanonen, seit zwei Tagen gegen sie donnernd, hatten sie noch nicht reduziert.

Man schoß wieder den ganzen Tag mit 40 Kanonen auf diese Verschanzungen; endlich abends 6 Uhr wurden die zwei Barrikaden der Rue Rochechouart genommen und bald darauf fiel auch das Clos Saint Lazare.

Auf dem Boulevard du Temple nahm die Mobilgarde morgens 10 Uhr mehrere Häuser, von wo aus die Insurgenten ihre Kugeln in die Reihen der Angreifer sandten. Die "Verteidiger der Ordnung" waren etwa bis zum Boulevard des Filles du Calvaire vorgerückt. Inzwischen wurden die Insurgenten im Faubourg du Temple immer höher hinaufgetrieben, der Kanal Saint Martin stellenweise besetzt und von hier sowie vom Boulevard aus die breiteren und geraden Straßen mit Artillerie stark beschossen. Der Kampf war ungemein heftig. Die Arbeiter wußten sehr gut, daß man sie hier im Herzen ihrer Stellung angreife. Sie verteidigten sich wie Rasende. Sie nahmen sogar Barrikaden wieder, aus denen man sie schon vertrieben hatte. Aber nach langem Kampfe wurden sie von der Übermacht der Zahl und der Waffen erdrückt. Eine Barrikade nach der andern fiel; bei Anbruch der Nacht war nicht nur das Faubourg du Temple, sondern auch vermittelst des Boulevards und <131> des Kanals die Zugänge zum Faubourg Saint Antoine und mehrere Barrikaden in diesem Faubourg erobert.

Am Hôtel de Ville machte General Duvivier langsame aber gleichmäßige Fortschritte. Von den Quais aus kam er den Barrikaden der Rue Saint Antoine in die Flanken und beschoß zugleich die Insel St. Louis und die ehemalige Insel Louvier mit schwerem Geschütz. Hier wurde ebenfalls ein sehr erbitterter Kampf geführt, über den jedoch die Details mangeln und von dem man nur weiß, daß um vier Uhr die Mairie des neunten Arrondissements nebst den umliegenden Straßen genommen, daß eine Barrikade der Rue Saint Antoine nach der andern erstürmt und die Brücke Damiette genommen wurde, die den Zugang auf die Ile Saint Louis bildete. Mit Anbruch der Nacht waren die Insurgenten hier überall vertrieben und alle Zugänge des Bastillenplatzes befreit.

Damit waren die Insurgenten aus allen Teilen der Stadt geschlagen, mit Ausnahme des Faubourg Saint Antoine. Dies war ihre stärkste Stellung. Die vielen Zugänge dieses Faubourg, des eigentlichen Herdes aller Pariser Aufstände, waren mit besonderem Geschick gedeckt. Schräge, einander gegenseitig deckende Barrikaden, noch verstärkt durch das Kreuzfeuer der Häuser, boten eine furchtbare Angriffsfronte dar. Ihr Sturm würde eine unendliche Menge Leben gekostet haben.

Vor diesen Schanzen lagerten sich die Bourgeois oder vielmehr ihre Knechte. Die Nationalgarde hatte an diesem Tage wenig getan. Die Linie und die Mobilgarde hatten die meiste Arbeit vollzogen; die Nationalgarde besetzte die ruhigen und eroberten Stadtteile.

Am schlechtesten hat sich benommen die republikanische und die Mobilgarde. Die republikanische Garde, neu organisiert und epuriert wie sie war, schlug sich mit großer Erbitterung gegen die Arbeiter, an denen sie ihre Sporen als republikanische Munizipalgarde verdiente.

Die Mobilgarde, die zum größten Teil aus dem Pariser Lumpenproletariat rekrutiert ist, hat sich in der kurzen Zeit ihres Bestehens vermittelst guter Zahlung schon sehr in eine prätorianische Garde <kaiserliche Leibwache im alte Rom> der jedesmaligen Machthaber verwandelt. Das organisierte Lumpenproletariat hat dem nichtorganisierten arbeitenden Proletariat seine Schlacht geliefert. Es hat sich, wie zu erwarten war, der Bourgeoisie zur Verfügung gestellt, gerade wie die Lazzaroni in Neapel zur Verfügung Ferdinands <Siehe "[Die neueste Heldetat das Hauses Bourbon]">. Nur die Abteilungen der Mobilgarde, die aus wirklichen Arbeitern bestanden, gingen über.

Aber wie verächtlich erscheint die ganze jetzige Wirtschaft in Paris, <132> wenn man sieht, wie diese ehemaligen Bettler, Vagabunden, Gauner, Gamins <Gassenjungen> und kleinen Diebe der Mobilgarde, die jeder Bourgeois im März und April als eine nicht länger zu duldende, spitzbübische, aller Verwerflichkeiten fähige Räuberbande bezeichnete, wenn diese Räuberbande jetzt gehätschelt, gepriesen, belohnt, dekoriert wird, weil diese "jungen Helden", diese "Kinder von Paris", deren Tapferkeit unvergleichlich ist, die mit dem brillantesten Mute die Barrikaden erklettern usw. - weil diese gedankenlosen Barrikadenkämpfer des Februar jetzt ebenso gedankenlos auf das arbeitende Proletariat schießen, wie sie früher auf die Soldaten schossen, weil sie sich zur Niedermetzelung ihrer Brüder haben bestechen lassen mit dreißig Sous per Tag! Ehre diesen bestochenen Vagabunden, weil sie um dreißig Sous per Tag den besten, revolutionärsten Teil der Pariser Arbeiter niedergeschossen haben!

Die Tapferkeit, mit der die Arbeiter sich geschlagen haben, ist wahrhaft wunderbar. Dreißig- bis vierzigtausend Arbeiter, die sich drei volle Tage halten gegen mehr als achtzigtausend Mann Soldaten und hunderttausend Mann Nationalgarde, gegen Kartätschen, Granaten und Brandraketen, gegen die noble Kriegserfahrung von Generälen, die sich nicht scheuen, algierische Mittel anzuwenden! Sie sind erdrückt und großenteils niedergemetzelt worden. Ihren Toten werden nicht die Ehren erwiesen werden, wie den Toten des Juli und des Februar; aber die Geschichte wird ihnen einen ganz andern Platz anweisen, den Opfern der ersten entscheidenden Feldschlacht des Proletariats.

Geschrieben von Friedrich Engels.
Journées de juin 1848
Friedrich Engels

Le 25 juin


Chaque jour, la violence, l'acharnement, la fureur de la lutte ont grandi. La bourgeoisie est devenue de plus en plus fanatique contre les insurgés au fur et à mesure que ses brutalités la conduisaient moins vite au but, qu'elle se lassait davantage dans la lutte, la garde de nuit et le bivouac, et qu'elle se rapprochait enfin de sa victoire.

La bourgeoisie a proclamé les ouvriers non des ennemis ordinaires, que l'on vainc, mais des ennemis de la société, que l'on extermine. Les bourgeois ont répandu l'assertion absurde que, pour les ouvriers qu'ils avaient eux-mêmes acculés de force à l'insurrection, il ne s'agissait que de pillage, d'incendie et d'assassinat, que c'était une bande de brigands qu'il fallait abattre comme des bêtes sauvages. Et, cependant, les insurgés avaient occupé pendant trois jours une grande partie de la ville et s'y étaient comportés d'une façon tout à fait convenable. S'ils avaient employé les mêmes moyens violents que les bourgeois et les valets des bourgeois commandés par Cavaignac, Paris serait en ruines, mais ils auraient triomphé.

La façon barbare dont les bourgeois procédèrent dans cette lutte ressort de tous les faits isolés. Sans parler de la mitraille, des obus, des fusées incendiaires, il est établi qu'on ne fit aucun quartier dans la plupart des barricades prises d'assaut. Les bourgeois abattirent sans exception tout ce qu'ils trouvèrent devant eux. Le 24 au soir, plus de 50 insurgés prisonniers furent fusillés sans autre forme de procès dans l'avenue de l'Observatoire. « C'est une guerre d'extermination », écrit un correspondant de L'Indépendance belge, qui est elle-même une feuille bourgeoise. Sur toutes les barricades on croyait que tous les insurgés sans exception seraient massacrés. Lorsque La Rochejaquelein déclara à l'Assemblée nationale qu'il fallait faire quelque chose pour contrecarrer cette croyance, les bourgeois ne le laissèrent pas achever et firent un tel vacarme que le président dut se couvrir et interrompre la séance. Lorsque M. Sénard lui-même voulut prononcer plus tard (voir plus loin la séance de l'Assemblée) quelques paroles hypocrites de douleur et de conciliation, le vacarme recommença. Les bourgeois ne voulaient pas entendre parler de modération. Même au risque de perdre une partie de leur fortune par le bombardement, ils étaient résolus à en finir une fois pour toutes avec les ennemis de l'ordre, les brigands, incendiaires et communistes.

Avec cela, ils n'avaient même pas l'héroïsme que leurs journaux s'efforcent de leur attribuer. De la séance d'aujourd'hui de l'Assemblée nationale, il ressort que lorsque l'insurrection éclata, la garde nationale fut consternée d'effroi; des informations de tous les journaux des nuances les plus diverses, il ressort clairement, malgré toutes les phrases pompeuses, que le premier jour, la garde nationale parut en faible nombre, que le second et le troisième jour, Cavaignac dut les faire arracher de leur lit et mener au feu par un caporal et quatre hommes. La haine fanatique des bourgeois contre les ouvriers insurgés n'était pas à même de surmonter leur lâcheté naturelle.

Les ouvriers, par contre, se sont battu avec une bravoure sans pareille. De moins en moins en mesure de remplacer leurs pertes, de plus en plus refoulés par des forces supérieures, pas un instant ils ne montrèrent de lassitude. Dès le 25 au matin, ils ont dû reconnaître que les chances de la victoire tournaient nettement contre eux. De nouvelles troupes arrivaient par masses successives de toutes les régions; la garde nationale de la banlieue, celle des villes plus éloignées, venaient en gros détachements à Paris. Les troupes de ligne qui se battaient s'élevaient, le 25, à plus de 40 000 hommes, plus que la garnison ordinaire; à cela s'ajoutait la garde mobile avec de 20 à 25 000 hommes; puis la garde nationale de Paris et des autres villes. De plus, encore plusieurs milliers d'hommes de la garde républicaine. Toutes les forces armées qui entrèrent en action contre l'insurrection s'élevaient, le 25, certainement de 150 000 à 200 000 hommes; les ouvriers en avaient tout au plus le quart, ils avaient moins de munitions, absolument aucune direction militaire et point de canons utilisables. Mais ils se battirent en silence et désespérément contre des forces énormément supérieures. C'est par masses successives qu'elles avançaient dans les brèches faites par l'artillerie lourde dans les barricades; les ouvriers les accueillaient sans pousser un cri et ils luttaient partout jusqu'au dernier homme avant de laisser tomber une barricade entre les mains des bourgeois. A Montmartre, les insurgés criaient aux habitants : « Ou bien nous serons mis en pièces, ou c'est nous qui mettrons les autres en pièces; mais nous ne céderons pas, et priez Dieu que nous soyons vainqueurs, car, sinon nous brûlerons tout Montmartre. » Cette menace qui ne fut pas même mise à exécution, est taxée naturellement de « projet abominable », alors que les obus et les fusées incendiaires de Cavaignac sont des « mesures militaires habiles » qui provoquent l'admiration de tous !

Le 25 au matin, les insurgés occupaient les positions suivantes : le Clos Saint-Lazare, les faubourgs Saint-Antoine et du Temple, le Marais et le quartier Saint-Antoine.

Le Clos Saint-Lazare (d'un ancien monastère) est une grande étendue de terrain en partie bâtie, en partie couverte seulement de maisons inachevées, de rues tracées, etc. La gare du Nord se trouve exactement en son milieu. Dans ce quartier riche en bâtisses inégalement disposées et qui renferme en outre quantité de matériaux de construction les insurgés avaient construit une forteresse formidable.

L'hôpital Louis-Philippe, en construction, était leur centre; ils avaient élevé des barricades redoutables que les témoins oculaires décrivent comme tout à fait imprenables. Derrière, se trouvait le mur de la ceinture de la ville, cerné et occupé par eux. De là, leurs retranchements allaient jusqu'à la rue Rochechouart ou dans les alentours des barrières. Les barrières de Montmartre étaient fortement défendues; Montmartre était complètement occupé par eux. Quarante canons, tonnant contre eux depuis deux jours, ne les avaient pas encore réduits.

On tira de nouveau toute la journée avec 40 canons sur ces retranchements; finalement, à 6 heures du soir, les deux barricades de la rue Rochechouart furent prises et bientôt après le Clos Saint-Lazare succombait aussi.

Sur le boulevard du Temple, la garde mobile prit à 10 heures du matin plusieurs maisons d'où les insurgés envoyaient leurs balles dans les rangs des assaillants. Les « défenseurs de l'ordre » avaient avancé à peu près jusqu'au boulevard des Filles-du-Calvaire. Sur ces entrefaites, les insurgés furent refoulés de plus en plus loin dans le faubourg du Temple, le canal Saint-Martin occupé par endroits et de là, ainsi que du boulevard, l'artillerie canonnait fortement les rues assez larges et droites. Le combat fut d'une violence extraordinaire. Les ouvriers savaient très bien qu'on les attaquait là au cœur de leurs positions. Il se défendaient comme des forcenés. lis reprirent même des barricades dont on les avait déjà délogés. Mais, après une longue lutte, ils furent écrasés par la supériorité du nombre et des armes. Les barricades succombèrent l'une après l'autre; à la tombée de la nuit, non seulement le faubourg du Temple était pris, mais aussi, au moyen du boulevard et du canal, les abords du faubourg Saint-Antoine et plusieurs barricades de ce faubourg.

A l'Hôtel de ville, le général Duvivier faisait des progrès lents, mais réguliers. Des quais, il prit de flanc les barricades de la rue Saint-Antoine, en même temps qu'il canonnait l'île Saint-Louis et l'ancienne île Louvier avec des pièces lourdes. On se battit là également avec un grand acharnement, mais on manque de détails sur cette lutte dont on sait seulement qu'à 4 heures la mairie du IX° arrondissement ainsi que les rues avoisinantes furent prises, que les barricades de la rue Saint-Antoine furent emportées d'assaut l'une après l'autre et que le pont de Damiette qui donnait accès dans l'île Saint-Louis fut pris, A la tombée de la nuit, les insurgés y étaient partout refoulés et tous les accès de la place de la Bastille dégagés.

Ainsi, les insurgés étaient rejetés de toutes les parties de la ville, à l'exception du faubourg Saint-Antoine. C'était leur position la plus forte. Les nombreux accès de ce faubourg, le vrai foyer de toutes les insurrections parisiennes, étaient couverts avec une habileté particulière, Des barricades obliques, se couvrant mutuellement les unes les autres, encore renforcées par le feu croisé des maisons, constituaient un redoutable front d'attaque. Leur assaut aurait coûté une énorme quantité d'existences.

Devant ces retranchements campaient les bourgeois, ou plutôt leurs valets. La garde nationale avait fait peu de choses ce jour-là, C'est la ligne et la garde mobile qui avaient accompli la plus grande partie de la besogne; la garde nationale occupait les quartiers calmes et les quartiers conquis.

C'est la garde républicaine et la garde mobile qui se sont comportées le plus mal. La garde républicaine, réorganisée et épurée comme elle l'était, se battit avec un grand acharnement contre les ouvriers gagnant contre eux ses éperons de garde municipale républicaine.

La garde mobile qui est recrutée, dans sa plus grande partie, dans le lumpen-prolétariat parisien, s'est déjà beaucoup transformée, dans le peu de temps de son existence, grâce à une bonne solde, en une garde prétorienne de tous les gens au pouvoir. Le lumpen-prolétariat organisé a livré, sa bataille au prolétariat travailleur non organisé. Comme il fallait s'y attendre, il s'est mis au service de la bourgeoisie, exactement comme les lazaroni à Naples se sont mis à la disposition de Ferdinand. Seuls, les détachements de la garde mobile qui étaient composés de vrais ouvriers passèrent de l'autre côté.

Mais comme tout le remue-ménage actuel à Paris semble méprisable quand on voit comment ces anciens mendiants, vagabonds, escrocs, gamins et petits voleurs de la garde mobile que tous les bourgeois traitaient en mars et en avril de bande de brigands capables des actes les plus répréhensibles, de coquins qu'on ne pouvait supporter longtemps, sont maintenant choyés, vantés, récompensés, décorés parce que ces « jeunes héros », ces « enfants de Paris » dont la bravoure est incomparable, qui escaladent les barricades avec le courage le plus brillant, etc., parce que ces étourdis de combattants des barricades de Février tirent maintenant tout aussi étourdiment sur le prolétariat travailleur qu'ils tiraient auparavant sur les soldats, parce qu'ils se sont laissé soudoyer pour massacrer leurs frères à raison de 30 sous par jour ! Honneur à ces vagabonds soudoyés, parce que pour 30 sous par jour ils ont abattu la partie la meilleure, la plus révolutionnaire des ouvriers parisiens !

La bravoure avec laquelle les ouvriers se sont battu est vraiment admirable. Trente à quarante mille ouvriers qui tiennent trois jours entiers contre plus de quatre-vingt mille hommes de troupe et cent mille hommes de garde nationale, contre la mitraille, les obus et les fusées incendiaires, contre la noble expérience guerrière de généraux qui n'ont pas honte d'employer les moyens algériens ! Ils ont été écrasés et, en grande partie, massacrés. On ne rendra pas à leurs morts les honneurs comme aux morts de Juillet et de Février; mais l'histoire assignera une tout autre place aux victimes de la première bataille rangée décisive du prolétariat.

(Neue Rheinische Zeitung, 29 juin 1848, nº 29, p. 1-2.)








Les luttes de classes en France
K. Marx
(1850)

Introduction par Friedrich Engels
(1895)


Le présent ouvrage de Marx fut sa première tentative d'explication d'un fragment d'histoire contemporaine à l'aide de sa conception matérialiste et en partant des données économiques qu'impliquait la situation. Dans le Manifeste communiste, la théorie avait été employée pour faire une vaste esquisse de toute l'histoire moderne, dans les articles de Marx et de moi qu'avait publiés la Neue Rheinische Zeitung nous l'avions utilisée pour interpréter les événements politiques du moment. Ici, il s'agissait, par contre, de démontrer l'enchaînement interne des causes dans le cours d'un développement de plusieurs années qui fut pour toute l'Europe aussi critique que typique, c'est-à-dire dans l'esprit de l'auteur, de réduire les événements politiques aux effets de causes, en dernière analyse, économiques.

Dans l'appréciation d'événements et de suites d'événements empruntés à l'histoire quotidienne, on ne sera jamais en mesure de remonter jusqu'aux dernières causes économiques. Même aujourd'hui où la presse technique compétente fournit des matériaux si abondants, il sera encore impossible, même en Angleterre, de suivre jour par jour la marche de l'industrie et du commerce sur le marché mondial et les modifications survenues dans les méthodes de production, de façon à pouvoir, à n'importe quel moment, faire le bilan d'ensemble de ces facteurs infiniment complexes et toujours changeants, facteurs dont, la plupart du temps, les plus importants agissent, en outre, longtemps dans l'ombre avant de se manifester soudain violemment au grand jour. Une claire vision d'ensemble de l'histoire économique d'une période donnée n'est jamais possible sur le moment même; on ne peut l'acquérir qu'après coup, après avoir rassemblé et sélectionné les matériaux. La statistique est ici une ressource nécessaire et elle suit toujours en boitant. Pour l'histoire contemporaine en cours on ne sera donc que trop souvent contraint de considérer ce facteur, le plus décisif, comme constant, de traiter la situation économique que l'on trouve au début de la période étudiée comme donnée et invariable pour toute celle-ci ou de ne tenir compte que des modifications à cette situation qui résultent des événements, eux-mêmes évidents, et apparaissent donc clairement elles aussi. En conséquence la méthode matérialiste ne devra ici que trop souvent se borner à ramener les conflits politiques à des luttes d'intérêts entre les classes sociales et les fractions de classes existantes, impliquées par le développement économique, et à montrer que les divers partis politiques sont l'expression politique plus ou moins adéquate de ces mêmes classes et fractions de classes.

Il est bien évident que cette négligence inévitable des modifications simultanées de la situation économique, c'est-à-dire de la base même de tous les événements à examiner, ne peut être qu'une source d'erreurs. Mais toutes les conditions d'un exposé d'ensemble de l'histoire qui se fait sous nos yeux renferment inévitablement des sources d'erreurs; or, cela ne détourne personne d'écrire l'histoire du présent.

Lorsque Marx entreprit ce travail, cette source d'erreurs était encore beaucoup plus inévitable. Suivre pendant l'époque révolutionnaire de 1848-1849 les fluctuations économiques qui se produisaient au même moment, ou même en conserver une vue d'ensemble, était chose purement impossible. Il en fut de même pendant les premiers mois de l'exil à Londres - pendant l'automne et l'hiver de 1849-1850. Or, ce fut précisément le moment où Marx commença son travail. Et malgré ces circonstances défavorables, sa connaissance exacte de la situation économique de la France avant la révolution de Février, ainsi que de l'histoire politique de ce pays depuis lors, lui a permis de faire une description des événements qui en révèle l'enchaînement interne d'une façon qui reste inégalée, description qui a subi brillamment la double épreuve que Marx lui-même lui a imposée par la suite.

La première épreuve eut lieu lorsque Marx, à partir du printemps de 1850, retrouva le loisir de se livrer à des études économiques et qu'il entreprit tout d'abord l'étude de l'histoire économique des dix dernières années. Ainsi, des faits eux-mêmes, il tira une vue tout à fait claire de ce que jusque-là il n'avait fait que déduire, moitié a priori, de matériaux insuffisants : à savoir que la crise commerciale mondiale de 1847 avait été la véritable mère des révolutions de Février et de Mars [1] et que la prospérité industrielle, revenue peu à peu dès le milieu de 1848 et parvenue à son apogée en 1849 et 1850, fut la force vivifiante où la réaction européenne puisa une nouvelle vigueur. Ce fut une épreuve décisive. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d'économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l'espoir d'un nouvel essor prochain de l'énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions : « Une nouvelle révolution n'est possible qu'à la suite d'une nouvelle crise. Mais elle est aussi sûre que celle-ci. » Ce fut d'ailleurs la seule modification essentielle à faire. Il n'y avait absolument rien de changé à l'interprétation des événements donnée dans les chapitres précédents ni aux enchaînements de cause à effet qui y étaient établis, ainsi que le prouve la suite du récit donnée dans ce même tableau d'ensemble et qui va du 10 mars à l'automne de 1850. Voilà pourquoi j'ai inséré cette suite comme quatrième article dans cette nouvelle édition.

La deuxième épreuve fut plus dure encore. Immédiatement après le coup d'État de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx travailla de nouveau à l'histoire de France de février 1848 jusqu'à cet événement qui marquait provisoirement la fin de la période révolutionnaire. (Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 3° édition, Meissner Hambourg, 1885.) [2] Dans cette brochure, la période qu'il expose dans notre ouvrage est traitée à nouveau, quoique de façon plus brève. Que l'on compare avec la nôtre cette deuxième description écrite à la lumière de l'événement décisif survenu plus d'un an après, et l'on constatera que l'auteur n'eut que fort peu à y changer.

Ce qui donne encore à notre ouvrage une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie : l'appropriation des moyens de production par la société. Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail », qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :

Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques.

Donc, pour la première fois, se trouve formulée ici la thèse par laquelle le socialisme ouvrier moderne se distingue nettement aussi bien de toutes les diverses nuances du socialisme féodal, bourgeois, petit-bourgeois, etc. que de la confuse communauté des biens du socialisme utopique et du communisme ouvrier primitif. Si, plus tard, Marx a élargi la formule à l'appropriation des moyens d'échange eux aussi, cette extension qui, d'ailleurs, allait de soi après le Manifeste communiste, n'exprimait qu'un corollaire de la thèse principale. Puis, quelques gens avisés en Angleterre ont encore ajouté dernièrement que l'on doit transférer aussi les « moyens de répartition » à la société. Il serait difficile à ces messieurs de dire quels sont donc ces moyens de répartition économiques différents des moyens de production et d'échange, à moins que l'on ne parle des moyens de répartition politiques, impôts, secours aux indigents, y compris le Sachsenwald  [3] et autres dotations. Mais, premièrement, ceux-ci ne sont-ils pas déjà maintenant des moyens de répartition en possession de la collectivité, de l'État ou de la commune, et, deuxièmement, ne voulons-nous pas précisément les faire disparaître ?



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Lorsque éclata la révolution de Février, nous étions tous, quant à la façon dont nous concevions les conditions et le cours des mouvements révolutionnaires, sous la hantise de l'expérience historique passée, et notamment de celle de la France. N'était-ce pas précisément de cette dernière qui, depuis 1789, avait dominé toute l'histoire de l'Europe, qu'était parti encore une fois le signal du bouleversement général ? Aussi, était-il évident et inévitable que nos idées sur la nature et la marche de la révolution « sociale » proclamée à Paris en février 1848, de la révolution du prolétariat, fussent fortement teintées des souvenirs des modèles de 1789 et de 1830 ! Et, notamment, lorsque le soulèvement de Paris trouva son écho dans les soulèvements victorieux de Vienne, Milan et Berlin, lorsque toute l'Europe jusqu'à la frontière russe fut entraînée. dans le mouvement, lorsque ensuite au mois de juin à Paris la première grande bataille pour le pouvoir se livra entre le prolétariat et la bourgeoisie, lorsque la victoire même de sa classe ébranla la bourgeoisie de tous les pays au point qu'elle se réfugia à nouveau dans les bras de la réaction monarchiste-féodale qu'on venait seulement de renverser, nous ne pouvions dans les circonstances d'alors absolument plus douter que le grand combat décisif était commencé, qu'il faudrait le livrer dans une seule période révolutionnaire de longue durée et pleine d'alternatives, mais qu'il ne pouvait se terminer que par la victoire définitive du prolétariat.

Après les défaites de 1849, nous ne partagions nullement les illusions de la démocratie vulgaire groupée autour des Gouvernements provisoires in partibus [4]. Celle-ci comptait sur une victoire prochaine, décisive une fois pour toutes, du « peuple » sur les « oppresseurs », nous sur une longue lutte, après l'élimination des « oppresseurs », entre les éléments antagonistes cachés précisément dans ce « peuple ». la démocratie vulgaire attendait le nouveau déclenchement du jour au lendemain; dès l'automne de 1850, nous déclarions que la première tranche au moins de la période révolutionnaire était close et qu'il n'y avait rien à attendre jusqu'à l'explosion d'une nouvelle crise économique mondiale. C'est pourquoi nous fûmes mis au ban comme des traîtres à la révolution par les mêmes gens qui, par la suite, ont fait presque sans exception leur paix avec Bismarck, pour autant que Bismarck trouva qu'ils en valaient la peine.

Mais l'histoire nous a donné tort à nous aussi, elle a révélé que notre point de vue d'alors était une illusion. Elle est encore allée plus loin : elle n'a pas seulement dissipé notre erreur d'alors, elle a également bouleversé totalement les conditions dans lesquelles le prolétariat doit combattre. Le mode de lutte de 1848 est périmé aujourd'hui sous tous les rapports, et c'est un point qui mérite d'être examiné de plus près à cette occasion.

Toutes les révolutions ont abouti jusqu'à présent à l'évincement de la domination d'une classe déterminée par celle d'une autre; mais toutes les classes dominantes n'étaient jusqu'à présent que de petites minorités par rapport à la masse du peuple dominé. C'est ainsi qu'une minorité dominante était renversée, qu'une autre minorité se saisissait à sa place du gouvernail de l'État et transformait les institutions publiques selon ses intérêts. Et, chaque fois, cette minorité était le groupe rendu apte au pouvoir et qualifié par l'état du développement économique et c'est précisément pour cela, et pour cela seulement, que lors du bouleversement la majorité dominée ou bien y participait en faveur de la minorité ou du moins l'acceptait paisiblement. Mais si nous faisons abstraction du contenu concret de chaque cas, la forme commune de toutes ces révolutions était d'être des révolutions de minorités. Même lorsque la majorité y collaborait, elle ne le faisait - sciemment ou non - qu'au service d'une minorité; mais par là, et déjà aussi du fait de l'attitude passive et sans résistance de la majorité, la minorité avait l'air d'être le représentant du peuple tout entier.

Après le premier grand succès, c'était la règle que la minorité victorieuse se scindât en deux : une des moitiés était satisfaite du résultat obtenu, l'autre voulait encore aller plus loin, posait de nouvelles revendications qui étaient au moins partiellement dans l'intérêt réel ou prétendu de la grande foule du peuple. Ces revendications plus radicales s'imposaient bien dans certains cas, mais fréquemment pour un instant seulement; le parti plus modéré reprenait la suprématie, les dernières acquisitions étaient perdues à nouveau en totalité ou partiellement; les vaincus criaient alors à la trahison ou rejetaient la défaite sur le hasard. Mais en réalité la chose était le plus souvent ainsi, les conquêtes de la première victoire n'étaient assurées que par la deuxième victoire du parti plus radical une fois cela acquis, c'est-à-dire ce qui était momentanément nécessaire, les éléments radicaux disparaissaient à nouveau du théâtre d'opérations et leurs succès aussi.

Toutes les révolutions des temps modernes, à commencer par la grande révolution anglaise du XVIIe siècle [5], présentèrent ces caractéristiques qui paraissaient inséparables de toute lutte révolutionnaire. Elles parurent également applicables aux luttes du prolétariat pour son émancipation; d'autant plus applicables que, précisément, en 1848, on pouvait compter les gens capables de comprendre, ne fût-ce que passablement, dans quelle direction il fallait chercher cette émancipation. Même à Paris, les masses prolétariennes elles-mêmes, n'avaient encore, après la victoire, absolument aucune idée claire de la voie à suivre. Et pourtant le mouvement était là instinctif, spontané, impossible à étouffer. N'était-ce pas là précisément la situation dans laquelle devait nécessairement réussir, une révolution conduite, il est vrai, par une minorité, mais cette fois non pas dans l'intérêt de la minorité, mais dans l'intérêt le plus immédiat de la majorité ? Si dans toutes les périodes révolutionnaires un peu longues, les grandes masses populaires pouvaient être gagnées si facilement par de simples supercheries présentées de façon plausible par les minorités poussant de l'avant, comment auraient-elles été moins accessibles à des idées qui étaient le reflet le plus caractéristique de leur situation économique et n'étaient autre chose que l'expression claire, rationnelle de leurs besoins qu'elles ne comprenaient pas encore elles-mêmes et dont elles n'avaient qu'un sentiment encore indistinct ? Cet état d'esprit révolutionnaire des masses, il est vrai, avait presque toujours fait place, et très vite le plus souvent, à une dépression ou même à un revirement en sens contraire, dès que l'illusion était dissipée et que la déception s'était produite. Mais il ne s'agissait point ici de supercheries, mais au contraire de la réalisation des intérêts les plus spécifiques de la grande majorité elle-même, d'intérêts qui, il est vrai, n'étaient point du tout clairs alors à cette grande majorité, mais qui devaient nécessairement lui devenir bientôt assez clairs au cours de la réalisation pratique par l'aspect convaincant de leur évidence. Et si, au printemps de 1850, comme Marx l'a démontré dans son troisième article, le développement de la République bourgeoise sortie de la révolution « sociale » de 1848 avait désormais concentré le véritable pouvoir dans les mains de la grande bourgeoisie - qui était en outre d'esprit monarchiste - et avait groupé par contre toutes les autres classes de la société, paysans comme petits bourgeois, autour du prolétariat, de telle sorte que dans et après la victoire commune ce n'étaient pas eux; mais bien le prolétariat qui avait profité des leçons de l'expérience et qui devait nécessairement devenir le facteur décisif, - n'y avait-il pas là toutes les perspectives de transformation de cette révolution de la minorité en révolution de la majorité ?

L'histoire nous a donné tort à nous et à tous ceux qui pensaient de façon analogue. Elle a montré clairement que l'état du développement économique sur le continent était alors bien loin encore d'être mûr pour la suppression de la production capitaliste; elle l'a prouvé par la révolution économique qui depuis 1848 a gagné tout le continent et qui n'a véritablement donné droit de cité qu'à ce moment à la grande industrie en France, en Autriche, en Hongrie, en Pologne et dernièrement en Russie et fait vraiment de l'Allemagne un pays industriel de premier ordre - tout cela sur une base capitaliste, c'est-à-dire encore très capable d'extension en 1848. Or, c'est précisément cette révolution industrielle qui, la première, a partout fait la lumière dans les rapports de classes, supprimé une foule d'existences intermédiaires provenant de la période manufacturière et en Europe orientale issues même des corps de métier, engendrant une véritable bourgeoisie et un véritable prolétariat de grande industrie et les poussant l'un et l'autre au premier plan du développement social. Mais, c'est à ce moment seulement, que la lutte de ces deux grandes classes qui, en 1848, en dehors de l'Angleterre, ne s'était produite qu'à Paris et tout au plus dans quelques grands centres industriels, s'élargit à toute l'Europe, prenant une intensité encore inimaginable en 1848. Alors, c'était encore la pléiade des évangiles fumeux de petits groupes avec leurs panacées, aujourd'hui c'est la seule théorie de Marx universellement reconnue, d'une clarté lumineuse et qui formule de façon décisive les fins dernières de la lutte; alors, c'étaient les masses séparées et divisées selon les localités et les nationalités, unies seulement par le sentiment de leurs souffrances communes, peu évoluées, ballottées entre l'enthousiasme et le désespoir, aujourd'hui, c'est la seule grande armée internationale des socialistes, progressant sans cesse, croissant chaque jour en nombre, en organisation, en discipline, en clairvoyance et en certitude de victoire. Même si cette puissante armée du prolétariat n'a toujours pas atteint le but, si, bien loin de remporter la victoire d'un seul grand coup, il faut qu'elle progresse lentement de position en position dans un combat dur, obstiné, la preuve est faite une fois pour toutes qu'il était impossible en 1848 de conquérir la transformation sociale par un simple coup de main.

Une bourgeoisie divisée en deux fractions, monarchistes dynastiques [6], mais qui demandait avant toute chose le calme et la sécurité pour ses affaires financières; en face d'elle, un prolétariat vaincu, il est vrai, mais toujours menaçant et autour duquel petits bourgeois et paysans se groupaient de plus en plus - la menace continuelle d'une explosion violente qui, malgré tout, n'offrait aucune perspective de solution définitive, - telle était la situation qu'on aurait dit faite pour le coup d'État du troisième larron, du prétendant pseudo-démocratique Louis Bonaparte. Se servant de l'armée, celui-ci mit fin le 2 décembre 1851 à la situation tendue, assurant bien à l'Europe la tranquillité intérieure, mais la gratifiant, par contre, d'une nouvelle ère de guerres [7]. La période des révolutions par en bas était close pour un instant; une période de révolutions par en haut lui succéda.

La réaction impériale de 1851 fournit une nouvelle preuve du manque de maturité des aspirations prolétariennes de cette époque. Mais elle devait elle-même créer les conditions dans lesquelles celles-ci ne pouvaient manquer de mûrir. La tranquillité intérieure assura le plein développement du nouvel essor industriel, la nécessité d'occuper l'armée et de détourner vers l'extérieur les courants révolutionnaires engendra les guerres où Bonaparte chercha, sous le prétexte de faire prévaloir le « principe des nationalités », à ramasser quelques annexions pour la France. Son imitateur Bismarck adopta la même politique pour la Prusse : il fit son coup d'État, sa révolution par en haut en 1866 face à la Confédération allemande et à l'Autriche, et tout autant face à la Chambre des conflits de Prusse. Mais l'Europe était trop petite pour deux Bonaparte, et l'ironie de l'histoire voulut que Bismarck renversât Bonaparte et que le roi Guillaume de Prusse instaurât non seulement le petit Empire allemand, mais aussi la République française [8]. Or, le résultat général fut qu'en Europe l'indépendance et l'unification interne des grandes nations, à la seule exception de la Pologne, furent établies en fait, A l'intérieur, il est vrai, de limites relativement modestes - mais néanmoins dans des proportions suffisantes pour que le processus de développement de la classe ouvrière ne trouvât plus d'obstacles sérieux dans les complications nationales. Les fossoyeurs de la révolution de 1848 étaient devenus ses exécuteurs testamentaires. Et à côté d'eux se dressait déjà menaçant l'héritier de 1848, le prolétariat, dans l'Internationale.

Après la guerre de 1870-1871, Bonaparte disparaît de la scène, et la mission de Bismarck est terminée, de sorte qu'il peut de nouveau redescendre au rang de vulgaire hobereau. Mais c'est la Commune de Paris qui constitue la fin de cette période. Une tentative sournoise de Thiers pour voler ses canons à la garde nationale de Paris, provoqua une insurrection victorieuse. Il s'avéra de nouveau qu'à Paris il n'y a plus d'autre révolution possible qu'une révolution prolétarienne. Après la victoire, le pouvoir échut tout à fait de lui-même, de façon absolument indiscutée à la classe ouvrière. Et on put voir une fois de plus combien à ce moment-là, ce pouvoir de la classe ouvrière était encore impossible vingt ans après l'époque que nous décrivons ici. D'une part, la France fit faux bond à Paris, le regardant perdre son sang sous les balles de Mac-Mahon, d'autre part, la Commune se consuma dans la querelle stérile des deux partis qui la divisaient, les blanquistes (majorité) et les proudhoniens (minorité), tous deux ne sachant ce qu'il y avait à faire. Le cadeau de la victoire en 1871 ne porta pas plus de fruits que le coup de main en 1848.

Avec la Commune de Paris on crut le prolétariat combatif définitivement enterré. Mais, tout au contraire, c'est de la Commune et de la guerre franco-allemande que date son essor le plus formidable. Le bouleversement total de toutes les conditions de la guerre par l'enrôlement de toute la population apte à porter les armes dans les armées qui ne se comptèrent plus que par millions, les armes à feu, les obus, et les explosifs d'un effet inconnu jusque-là, d'une part mirent une brusque fin à la période des guerres bonapartistes et assurèrent le développement industriel paisible en rendant impossible toute autre guerre qu'une guerre mondiale d'une cruauté inouïe et dont l'issue serait absolument incalculable. D'autre part, du fait que les dépenses de guerre s'accroissaient en progression géométrique, les impôts s'élevèrent à une hauteur vertigineuse, jetant les classes populaires les plus pauvres dans les bras du socialisme. L'annexion de l’Alsace-Lorraine, cause immédiate de la folle course aux armements, a bien pu exciter le chauvinisme des bourgeoisies française et allemande l'un contre l'autre; pour les ouvriers des deux pays, elle devint un élément nouveau d'union. Et l'anniversaire de la Commune de Paris fut le premier jour de fête universel de tout le prolétariat.

La guerre de 1870-1871 et la défaite de la Commune avaient, comme Marx l'avait prédit, transféré pour un temps de France en Allemagne le centre de gravité du mouvement ouvrier européen. En France, il va de soi qu'il fallut des années pour se remettre de la saignée de mai 1871. En Allemagne, par contre, où l'industrie, favorisée en outre par la manne des milliards français [9], se développait vraiment comme en serre chaude à un rythme toujours accéléré, la social-démocratie grandissait avec une rapidité et un succès plus grands encore. Grâce à l'intelligence avec laquelle les ouvriers allemands ont utilisé le suffrage universel institué en 1866, l'accroissement étonnant du Parti apparaît ouvertement aux yeux du monde entier dans des chiffres indiscutables. En 1871, 102 000; en 1874, 352 000; en 1877, 493 000 voix social-démocrates. Ensuite, vint la reconnaissance de ces progrès par les autorités supérieures sous la forme de la loi contre les socialistes [10]; le Parti fut momentanément dispersé, le nombre de voix tomba en 1881 à 312 000. Mais ce coup fut rapidement surmonté, et, dès lors, c'est seulement sous la pression de la loi d'exception, sans presse, sans organisation extérieure, sans droit d'association et de réunion, que l'extension rapide va vraiment commencer : 1884 : 550 000, 1887 : 763 000, 1890 : 1 427 000 voix. Alors, la main de l'État fut paralysée. La loi contre les socialistes disparut, le nombre des voix socialistes monta à 1787 000, plus du quart de la totalité des voix exprimées. Le gouvernement et les classes régnantes avaient épuisé tous leurs moyens - sans utilité, sans but, sans succès. Les preuves tangibles de leur impuissance, que les autorités, depuis le veilleur de nuit jusqu'au chancelier d'Empire, avaient dû encaisser, - et cela de la part d'ouvriers méprisés ! - ces preuves se comptaient par millions. L'État était au bout de son latin, les ouvriers n'étaient qu'au commencement du leur.

Mais, outre le premier service que constituait leur simple existence, en tant que Parti socialiste, parti le plus fort, le plus discipliné et qui grandissait le plus rapidement, les ouvriers allemands avaient rendu encore à leur cause un autre grand service. En montrant à leurs camarades de tous les pays comment on se sert du suffrage universel, ils leur avaient fourni une nouvelle arme des plus acérée.

Depuis longtemps déjà, le suffrage universel avait existé en France, mais il y était tombé en discrédit par suite du mauvais usage que le gouvernement bonapartiste en avait fait. Après la Commune, il n'y avait pas de parti ouvrier pour l'utiliser. En Espagne aussi, le suffrage universel existait depuis la République, mais en Espagne l'abstention aux élections fut de tout temps la règle chez tous les partis d'opposition sérieux. Les expériences faites en Suisse avec le suffrage universel étaient rien moins qu'un encouragement, pour un parti ouvrier. Les ouvriers révolutionnaires des pays romans s'étaient habitués à regarder le droit de suffrage comme un piège, comme un instrument d'escroquerie gouvernementale. En Allemagne, il en fut autrement. Déjà le Manifeste communiste avait proclamé la conquête du suffrage universel, de la démocratie, comme une des premières et des plus importantes tâches du prolétariat militant, et Lassalle avait repris ce point. Lorsque Bismarck se vit contraint d'instituer ce droit de vote [11] comme le seul moyen d'intéresser les masses populaires à ses projets, nos ouvriers prirent aussitôt cela au sérieux et envoyèrent August Bebel au premier Reichstag constituant. Et à partir de ce jour-là, ils ont utilisé le droit de vote de telle sorte qu'ils en ont été récompensés de mille manières et que cela a servi d'exemple aux ouvriers de tous les pays. Ils ont transformé le droit de vote, selon les termes du programme marxiste français  [12] de moyen de duperie qu'il a été jusqu'ici en instrument d'émancipation . Et si le suffrage universel n'avait donné d'autre bénéfice que de nous permettre de nous compter tous les trois ans, que d'accroître par la montée régulièrement constatée, extrêmement rapide du nombre des voix, la certitude de la victoire chez les ouvriers, dans la même mesure que l'effroi chez les adversaires, et de devenir ainsi notre meilleur moyen de propagande; que de nous renseigner exactement sur notre propre force ainsi que sur celle de tous les partis adverses et de nous fournir ainsi pour proportionner notre action un critère supérieur à tout autre, nous préservant aussi bien d'une pusillanimité inopportune que d'une folle hardiesse tout aussi déplacée - si c'était le seul bénéfice que nous ayons tiré du droit de suffrage, ce serait déjà plus que suffisant. Mais il a encore fait bien davantage. Avec l'agitation électorale, il nous a fourni un moyen qui n'a pas son égal pour entrer en contact avec les masses populaires là où elles sont encore loin de nous, pour contraindre tous les partis à défendre devant tout le peuple leurs opinions et leurs actions face à nos attaques : et, en outre, il a ouvert à nos représentants au Reichstag une tribune du haut de laquelle ils ont pu parler à leurs adversaires au Parlement ainsi qu'aux masses au dehors, avec une tout autre autorité et une tout autre liberté que dans la presse et dans les réunions. A quoi servait au gouvernement et à la bourgeoisie leur loi contre les socialistes si l'agitation électorale et les discours des socialistes au Reichstag la battaient continuellement en brèche.

Mais en utilisant ainsi efficacement le suffrage universel le prolétariat avait mis en œuvre une méthode de lutte toute nouvelle et elle se développa rapidement. On trouva que les institutions d'État où s'organise la domination de la bourgeoisie fournissent encore des possibilités d'utilisation nouvelles qui permettent à la classe ouvrière de combattre ces mêmes institutions d'État. On participa aux élections aux différentes Diètes, aux conseils municipaux, aux conseils de prud'hommes, on disputa à la bourgeoisie chaque poste dont une partie suffisante du prolétariat participait à la désignation du titulaire. Et c'est ainsi que la bourgeoisie et le gouvernement en arrivèrent à avoir plus peur de l'action légale que de l'action illégale du Parti ouvrier, des succès des élections que de ceux de la rébellion.

Car, là aussi, les conditions de la lutte s'étaient sérieusement transformées. La rébellion d'ancien style, le combat sur les barricades, qui, jusqu'à 1848, avait partout été décisif, était considérablement dépassé.

Ne nous faisons pas d'illusions à ce sujet : une véritable victoire de l'insurrection sur les troupes dans le combat de rues, une victoire comme dans la bataille entre deux armées est une chose des plus rares. Mais d'ailleurs il était rare aussi que les insurgés l'aient envisagée. Il ne s'agissait pour eux que d'amollir les troupes en les influençant moralement, ce qui ne joue aucun rôle ou du moins ne joue qu'un rôle beaucoup moins grand dans la lutte entre les armées de deux pays belligérants. Si cela réussit, la troupe refuse de marcher, ou les chefs perdent la tête, et l'insurrection est victorieuse. Si cela ne réussit pas alors, même avec des troupes inférieures en nombre, c'est la supériorité de l'équipement et de l'instruction, de la direction unique, de l'emploi systématique des forces armées et de la discipline qui l'emporte. Le maximum de ce que l'insurrection peut atteindre dans une action vraiment tactique, c'est l'établissement dans les règles et la défense d'une barricade isolée. Soutien réciproque, constitution et utilisation des réserves, bref, la coopération et la liaison des différents détachements indispensables déjà pour la défense d'un quartier, à plus forte raison de toute une grande ville, ne sauraient être réalisées que d'une façon tout à fait insuffisante et le plus souvent pas du tout; la concentration des forces armées sur un point décisif n'a naturellement pas lieu. La résistance passive est, par conséquent, la forme de lutte prédominante; l'attaque, ramassant ses forces, fera bien à l'occasion çà et là, mais encore de façon purement exceptionnelle, des avances et des attaques de flanc, mais en règle générale elle se bornera à l'occupation des positions abandonnées par les troupes battant en retraite. A cela s'ajoute encore que du côté de l'armée l'on dispose de canons et de troupes de génie complètement équipées et exercées, moyens de combat qui presque toujours font complètement défaut aux insurgés. Rien d'étonnant donc que même les combats de barricades disputés avec le plus grand héroïsme - à Paris en juin 1848, à Vienne en octobre 1848, à Dresde en mai 1849, - finirent par la défaite de l'insurrection dès que, n'étant pas gênés par des considérations politiques, les chefs dirigeant l'attaque agirent selon des points de vue purement militaires et que leurs soldats leur restèrent fidèles.

Les nombreux succès des insurgés jusqu'en 1848 sont dus à des causes très variées. A Paris, en juillet 1830 et en février 1848, comme dans la plupart des combats de rues en Espagne, il y avait entre les insurgés et les soldats une garde civile qui, ou bien passait directement du côté de l'insurrection ou bien, par son attitude flottante, irrésolue, amenait également un flottement dans les troupes et fournissait en outre des armes à l'insurrection. Là où cette garde civile se dressa dès le début contre l'insurrection, comme en juin 1848 à Paris, celle-ci fut aussi vaincue. A Berlin, en 1848, le peuple fut vainqueur, soit grâce à l'afflux considérable de nouvelles forces armées pendant la nuit et la matinée du 19, soit par suite de l'épuisement et du mauvais approvisionnement des troupes, soit enfin par suite de la paralysie du commandement. Mais, dans tous les cas, la victoire fut remportée parce que la troupe refusa de marcher, parce que l'esprit de décision manquait chez les chefs militaires ou parce qu'ils avaient les mains liées.

Même à l'époque classique des combats de rues, la barricade avait donc un effet plus moral que matériel. Elle était un moyen d'ébranler la fermeté des soldats. Si elle tenait jusqu'à ce que celle-ci flanche, la victoire était acquise; sinon, on était battu. (Tel est le point principal qu'il faut également avoir à l'esprit dans l'avenir lorsque l'on examine la chance d'éventuels combats de rues.)

Les chances d'ailleurs étaient assez mauvaises dès 1849. La bourgeoisie était passée partout du côté des gouvernements. « La civilisation et la propriété » saluaient et traitaient les soldats qui partaient contre les insurgés. La barricade avait perdu son charme, les soldats ne voyaient plus derrière elle le « peuple », mais des rebelles, des excitateurs, des pillards, des partageux, le rebut de la société; l'officier avait appris avec le temps les formes tactiques du combat de rues, il ne marchait plus directement et sans se couvrir sur la barricade improvisée, mais il la tournait en se servant des jardins, des cours et des maisons. Et avec quelque adresse, cela réussissait maintenant neuf fois sur dix.

Mais depuis lors, beaucoup de choses se sont encore modifiées, et toutes en faveur des soldats. Si les grandes villes ont pris une extension considérable, les armées ont grandi davantage encore. Depuis 1848, Paris et Berlin n'ont pas quadruplé, or, leurs garnisons se sont accrues au delà. Ces garnisons peuvent être plus que doublées en vingt-quatre heures grâce aux chemins de fer, et grossir, jusqu'à devenir des armées gigantesques en quarante-huit heures. L'armement de ces troupes énormément renforcées est incomparablement plus efficace. En 1848, c'était le simple fusil à percussion, aujourd'hui c'est le fusil à magasin de petit calibre qui tire quatre fois aussi loin, dix fois plus juste et dix fois plus vite que le premier. Autrefois, c'étaient les boulets et les obus de l'artillerie relativement peu efficaces : aujourd'hui ce sont les obus à percussion dont un seul suffit pour mettre en miettes la meilleure barricade. Autrefois, c'était le pic du pionnier pour percer les murs, aujourd'hui ce sont les cartouches de dynamite.

Du côté des insurgés, par contre, toutes les conditions sont devenues pires. Une insurrection qui a la sympathie de toutes les couches du peuple se reproduira difficilement; dans la lutte de classes toutes les couches moyennes ne se grouperont sans doute jamais d'une façon assez exclusive autour du prolétariat pour que, en contre-partie, le parti réactionnaire rassemblé autour de la bourgeoisie disparaisse à peu près complètement. Le « peuple » apparaîtra donc toujours divisé, et, partant, c'est un levier puissant, d'une si haute efficacité en 1848, qui manquera. Si du côté des insurgés viennent un plus grand nombre de combattants ayant fait leur service, leur armement n'en sera que plus difficile. Les fusils de chasse et de luxe des boutiques d'armuriers - même si la police ne les a pas rendus inutilisables au préalable en enlevant quelque pièce de la culasse - sont même dans la lutte rapprochée loin de valoir le fusil à magasin du soldat. Jusqu'en 1848, on pouvait faire soi-même avec de la poudre et du plomb les munitions nécessaires, aujourd'hui, la cartouche diffère pour chaque fusil et elle n'a partout qu'un seul point de commun, à savoir qu'elle est un produit de la technique de la grande industrie et que, par conséquent, on ne peut pas la fabriquer ex tempore  [13]; la plupart des fusils sont donc inutiles tant qu'on n'a pas les munitions qui leur conviennent spécialement. Enfin, les quartiers construits depuis 1848 dans les grandes villes ont des rues longues, droites et larges, et semblent adaptés à l'effet des nouveaux canons et des nouveaux fusils. Il serait insensé, le révolutionnaire qui choisirait les nouveaux districts ouvriers du nord et de l'est de Berlin pour un combat de barricades. [Cela veut-il dire qu'à l'avenir le combat de rues ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout. Cela veut dire seulement que les conditions depuis 1848 sont devenues beaucoup moins favorables pour les combattants civils, et beaucoup plus favorables pour les troupes. Un combat de rues ne peut donc à l'avenir être victorieux que si cette infériorité de situation est compensée par d'autres facteurs. Aussi, se produira-t-il plus rarement au début d'une grande révolution qu'au cours du développement de celle-ci, et il faudra l'entreprendre avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute la Révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris [14], préféreront sans doute l'attaque ouverte à la tactique passive de la barricade.] [15]

Le lecteur comprend-il maintenant pourquoi les pouvoirs dirigeants veulent absolument nous mener là où partent les fusils et où frappent les sabres ? Pourquoi on nous accuse aujourd'hui de lâcheté, parce que nous ne descendons pas carrément dans la rue où nous sommes certains à l'avance d'être défaits ? Pourquoi on nous supplie si instamment de vouloir bien enfin jouer un jour à la chair à canon ?

C'est inutilement et pour rien que ces messieurs gaspillent leurs suppliques comme leurs provocations. Nous ne sommes pas si bêtes. Ils pourraient aussi bien exiger de leur ennemi dans la prochaine guerre qu'il veuille bien se disposer en formations de ligne comme au temps du vieux Fritz ou en colonnes de divisions tout entières à la Wagram et à la Waterloo [16], et cela avec le fusil à pierre à la main. Si les conditions ont changé pour la guerre des peuples, elles n'ont pas moins changé pour la lutte de classes. Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête des masses inconscientes, est passé. Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit, pour quoi elles interviennent (avec leur corps et avec leur vie). Voilà ce que nous a appris l'histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu'il y a à faire, un travail long, persévérant est nécessaire; c'est précisément ce travail que nous faisons maintenant, et cela avec un succès qui met au désespoir nos adversaires.

Dans les pays romans aussi on comprend de plus en plus qu'il faut réviser l'ancienne tactique. Partout, [le déclenchement sans préparation de l'attaque passe au second plan, partout] on a imité l'exemple allemand de l'utilisation du droit de vote, de la conquête de tous les postes qui nous sont accessibles, [sauf si les gouvernements nous provoquent ouvertement à la lutte]. En France, où pourtant le terrain est miné depuis plus de cent ans par des révolutions successives, où il n'y a pas de parti qui n'ait eu sa part de conspirations, d'insurrections et d'autres actions révolutionnaires de toutes sortes, en France, où, par conséquent, l'armée n'est pas sûre du tout pour le gouvernement et où, en général, les circonstances sont beaucoup plus favorables pour un coup de main insurrectionnel qu'en Allemagne - même en France les socialistes comprennent de plus en plus qu'il n'y a pas pour eux de victoire durable possible, à moins de gagner auparavant la grande masse du peuple, c'est-à-dire ici les paysans. Le lent travail de propagande et l'activité parlementaire sont reconnus là aussi comme la tâche immédiate du Parti. Les succès n'ont pas manqué. Non seulement on a conquis toute une série de conseils municipaux; aux Chambres siègent cinquante socialistes et ceux-ci ont déjà renversé trois ministères et un président de la République. En Belgique, les ouvriers ont arraché l'année dernière le droit de vote et triomphé dans un quart des circonscriptions électorales. En Suisse, en Italie, au Danemark, voire même en Bulgarie et en Roumanie, les socialistes sont représentés au Parlement. En Autriche, tous les partis sont d'accord pour dire qu'on ne saurait nous fermer plus longtemps l'accès au Reichsrat (Conseil d'Empire). Nous y entrerons, c'est une chose certaine, on se querelle seulement sur la question de savoir par quelle porte. Et même si en Russie le fameux Zemski Sobor se réunit, cette Assemblée nationale contre laquelle se cabre si vainement le jeune Nicolas, même là nous pouvons compter avec certitude que nous y serons représentés également.

Il est bien évident que nos camarades étrangers ne renoncent nullement pour cela à leur droit à la révolution. Le droit à la révolution n'est-il pas après tout le seul « droit historique », réel, le seul sur lequel reposent tous les États modernes sans exception, y compris le Mecklembourg dont la révolution de la noblesse s'est terminée en 1755 par le « pacte héréditaire », glorieuse consécration écrite du féodalisme encore en vigueur aujourd'hui. Le droit à la révolution est ancré de façon si incontestable dans la conscience universelle que même le général de Bogouslavski fait remonter à ce droit du peuple seul, le droit au coup d'État qu'il réclame à son empereur.

Mais quoi qu'il arrive dans d'autres pays, la social-démocratie allemande a une situation particulière et, de ce fait, du moins dans l'immédiat, aussi une tâche particulière. Les deux millions d'électeurs qu'elle envoie au scrutin, y compris les jeunes gens et les femmes qui sont derrière eux en qualité de non-électeurs, constituent la masse la plus nombreuse, la plus compacte, le « groupe de choc » décisif de l'armée prolétarienne internationale. Cette masse fournit dès maintenant plus d'un quart des voix exprimées; et, comme le prouvent les élections partielles au Reichstag, les élections aux Diètes des différents pays, les élections aux conseils municipaux et aux conseils de prud'hommes, elle augmente sans cesse. Sa croissance se produit aussi spontanément, aussi constamment, aussi irrésistiblement et, en même temps, aussi tranquillement qu'un processus naturel. Toutes les interventions gouvernementales pour l'empêcher se sont avérées impuissantes. Dès aujourd'hui, nous pouvons compter sur deux millions et quart d'électeurs. Si cela continue ainsi, nous conquerrons d'ici la fin du siècle la plus grande partie des couches moyennes de la société, petits bourgeois ainsi que petits paysans, et nous grandirons jusqu'à devenir la puissance décisive dans le pays, devant laquelle il faudra que s'inclinent toutes les autres puissances, qu'elles le veuillent ou non. Maintenir sans cesse cet accroissement, jusqu'à ce que de lui-même il devienne plus fort que le système gouvernemental au pouvoir (ne pas user dans des combats d'avant-garde, ce « groupe de choc » qui se renforce journellement, mais le garder intact jusqu'au jour décisif), telle est notre tâche principale. Or, il n'y a qu'un moyen qui pourrait contenir momentanément le grossissement continuel des forces combattantes socialistes en Allemagne et même le faire régresser quelque temps, c'est une collision de grande envergure avec les troupes, une saignée comme en 1871 à Paris. A la longue, on surmonterait bien cette chose aussi. Rayer à coups de fusil de la surface du globe un parti qui se compte par millions, tous les fusils à magasin d'Europe et d'Amérique n'y suffisent pas. Mais le développement normal serait paralysé (le « groupe de choc » ne serait peut-être pas disponible au moment critique), le combat décisif serait retardé, prolongé et s'accompagnerait de sacrifices plus lourds.

L'ironie de l'histoire mondiale met tout sens dessus dessous. Nous, les « révolutionnaires », les « chambardeurs », nous prospérons beaucoup mieux par les moyens légaux que par les moyens illégaux et le chambardement. Les partis de l'ordre, comme ils se nomment, périssent de l'état légal qu'ils ont créé eux-mêmes. Avec Odilon Barrot, ils s'écrient désespérés : la légalité nous tue, alors que nous, dans cette légalité, nous nous faisons des muscles fermes et des joues roses et nous respirons la jeunesse éternelle. Et si nous ne sommes pas assez insensés pour nous laisser pousser au combat de rues pour leur faire plaisir, il ne leur restera finalement rien d'autre à faire qu'à briser eux-mêmes cette légalité qui leur est devenue si fatale.

En attendant, ils font de nouvelles lois contre le chambardement. Tout est à nouveau mis sens dessus dessous. Ces fanatiques de l'antichambardement d'aujourd'hui, ne sont-ils pas eux-mêmes les chambardeurs d'hier ? Est-ce nous peut-être qui avons provoqué la guerre civile de 1866 ? Est-ce nous qui avons chassé de leurs pays héréditaires légitimes, le roi de Hanovre, le prince électeur de Hesse, le duc, de Nassau et annexé ces pays héréditaires ? Et ces chambardeurs du Bund allemand et de trois couronnes par la grâce de Dieu se plaignent du chambardement ? Quis tulerit Gracchos de seditione querentes [17] ? Qui pourrait permettre aux adorateurs de Bismarck de se répandre en invectives sur le chambardement ?

Cependant, ils peuvent bien faire passer leurs projets de lois contre la révolution, ils peuvent les aggraver encore, transformer toutes les lois pénales en caoutchouc, ils ne feront rien que donner une nouvelle preuve de leur impuissance. Pour s'attaquer sérieusement à la social-démocratie, il leur faudra encore de tout autres mesures. Sur la révolution sociale-démocrate qui se porte justement si bien parce qu'elle se conforme aux lois, ils ne pourront avoir prise que par le chambardement du parti de l'ordre, lequel ne peut vivre sans briser les lois. M. Roessler, le bureaucrate prussien, et M. de Bogouslavski, le général prussien, leur ont montré la seule voie par laquelle on peut peut-être encore avoir prise sur les ouvriers qui ne se laisseront pas, tant pis, pousser au combat de rues. Rupture de la Constitution, dictature, retour à l'absolutisme, regis voluntas suprema lex [18] ! Donc, ayez seulement du courage, messieurs, il ne s'agit plus ici de faire semblant, il s'agit de siffler.

Mais n'oubliez pas que l'Empire allemand, comme tous les petits États et en général tous les États modernes, est le produit d'un pacte; du pacte d'abord des princes entre eux, ensuite des princes avec le peuple. Si une des parties brise le pacte, tout le pacte tombe et alors l'autre partie n'est plus liée non plus. [Comme Bismarck nous en a si bien donné l'exemple en 1866. Si donc vous brisez la Constitution impériale, la social-démocratie est libre, libre de faire ce qu'elle veut à votre égard. Mais ce qu'elle fera ensuite, elle se gardera bien de vous le dire aujourd'hui.]

Il y a maintenant presque exactement mille six cents ans que dans l'Empire romain sévissait également un dangereux parti révolutionnaire. Il sapait la religion et tous les fondements de l'État. Il niait carrément que la volonté de l'empereur fût la loi suprême, il était sans patrie, international, il s'étendait sur tout l'Empire depuis la Gaule jusqu'à l'Asie, débordait les limites de l'Empire, Il avait fait longtemps un travail de sape souterrain, secret. Mais depuis assez longtemps déjà il se croyait assez fort pour paraître au grand jour. Ce parti révolutionnaire qui était connu sous le nom de chrétien avait aussi sa forte représentation dans l'armée; des légions tout entières étaient chrétiennes. Lorsqu'ils recevaient l'ordre d'aller aux sacrifices solennels de l'Église païenne nationale pour y rendre les honneurs, les soldats révolutionnaires poussaient l'insolence jusqu'à accrocher à leur casque des insignes particuliers - des croix, - en signe de protestation. Même les chicanes coutumières des supérieurs à la caserne restaient vaines. L'empereur Dioclétien ne put conserver plus longtemps son calme en voyant comment on sapait l'ordre, l'obéissance et la discipline dans son armée. Il intervint énergiquement, car il était temps encore. Il promulgua une loi contre les socialistes, je voulais dire une loi contre les chrétiens. Les réunions des révolutionnaires furent interdites, leurs locaux fermés ou même démolis, les insignes chrétiens, croix, etc., furent interdits, comme en Saxe les mouchoirs rouges. Les chrétiens furent déclarés incapables d'occuper des postes publics, on ne leur laissait même pas le droit de passer caporaux. Comme on ne disposait pas encore à l'époque de juges aussi bien dressés au « respect de l'individu » que le suppose le projet de loi contre la révolution de M. de Koeller [19], on interdit purement et simplement aux chrétiens de demander justice devant les tribunaux. Cette loi d'exception resta elle aussi sans effet. Par dérision, les chrétiens l'arrachèrent des murs; bien mieux, on dit qu'à Nicomédie, ils incendièrent le palais au-dessus de la tête de l'empereur. Alors, celui-ci se vengea par la grande persécution des chrétiens de l'année 303 de notre ère. Ce fut la dernière de ce genre. Et elle fut si efficace que dix-sept années plus tard, l'armée était composée en majeure partie de chrétiens et que le nouvel autocrate de l'Empire romain qui succède à Dioclétien, Constantin, appelé par les curés le Grand, proclamait le christianisme religion d'État.

Londres, le 6 mars 1895.

Notes

Les passages en bleu sont en français dans le texte.

[1] La révolution de 1848 a commencé en France le 24 février, à Vienne le 13 mars, à Berlin le 18 mars.

[2] Éditions sociales, 1963.

[3] Une grande propriété qui fut offerte au chancelier Bismarck.

[4] Sur des territoires étrangers. Se dit de l'évêque dont le titre est purement honorifique et ne donne droit à aucune juridiction. On dit, par ironie, gouvernement, ministre, ambassadeur, etc., in partibus.

[5] Sur la révolution anglaise, voir l'étude d'Engels : « Le matérialisme historique » dans K. Marx et F. Engels : Études philosophiques, pp. 116-137, Éditions sociales, Paris, 1961.

[6] Il s'agit des légitimistes, partisans de la monarchie « légitime » des Bourbons qui fut au pouvoir jusqu'à la Révolution de 1789 et pendant la Restauration (1815-1830), et des orléanistes, partisans de la dynastie des Orléans qui vint au pouvoir au moment de la révolution de juillet 1830 et qui fut renversée par la révolution de 1848. Les premiers étaient les représentants de la grande propriété foncière, les seconds de la banque.

[7] Sous le règne de Napoléon III, la France participa à la guerre de Crimée (1854-1855); elle fit la guerre à l'Autriche (1859), organisa une expédition en Syrie (1860), participa avec l'Angleterre à la guerre contre la Chine, conquit le Cambodge (Indochine) et participa à l'expédition du Mexique en 1863 et en 1870 fit la guerre contre l'Allemagne.

[8] Le résultat de la victoire sur la France dans la guerre franco-allemande de 1870-71, fut la formation de l'Empire allemand à l'exclusion de l'Autriche (de là l'appellation « le petit Empire allemand »). La défaite de Napoléon III donna le signal de la révolution en France. La révolution renversa Napoléon III et conduisit à la proclamation de la République le 4 septembre 1870.

[9] La guerre franco-allemande une fois terminée, l'Allemagne annexa, conformément au traité de paix de 1871, l'Alsace-Lorraine et contraignit la France à payer une contribution de 5 milliards.

[10] C'est le 19 octobre 1878 qu'entra en vigueur en Allemagne la loi d'exception contre les socialistes, interdisant le Parti social-démocrate et le poussant à l'illégalité. Elle ne fut abolie qu'en 1890.

[11] Le suffrage universel fut introduit par Bismarck en 1866 lors des élections au Reichstag de l'Empire allemand unifié.

[12] Il s'agit du programme du Parti ouvrier français qui avait été élaboré par Jules Guesde et Paul Lafargue sous la direction personnelle de Marx.

[13] Sur le champ.

[14] Il s'agit du 4 septembre 1870, journée où le gouvernement de Louis Bonaparte fut renversé et la République proclamée, ainsi que de l'échec du soulèvement des blanquistes contre le gouvernement de la défense nationale le 31 octobre de cette même année.

[15] Les passages entre crochets, ici et par la suite, ont été rayés par Engels lui-même.

[16] Dans la bataille de Wagram en 1809, Napoléon ler vainquit l'armée autrichienne; à Waterloo, 18 juin 1815, les armées alliées (anglaise, prussienne, etc.), lui infligèrent une défaite décisive.

[17] Qui supportera que les Gracques se plaignent d'une sédition ?

[18] La volonté du roi est la loi suprême.

[19] Le 5 décembre 1894, un nouveau projet de loi contre les socialistes fut déposé au Reichstag. Ce projet fut renvoyé à une commission qui le discuta jusqu'au 25 avril 1895.

IX Lenine, Guerre civile et hygiène social




Introduction

Interprétations :

Le léninisme effet de la guerre de 1914 ?  Période de brutalisation

La mobilisation générale comme modèle pertinent de la « volonté unique »

Ou

Effet d’une vision de l’histoire russe comme marquée par un retard que l’ »épuration » sociale devra compenser et d’une volonté de construire une société parfaite (millénarisme). Le schéma de l’histoire européenne proposée par Marx joue comme un modèle historique : accumulation primitive du capital suppose l’expropriation des masses paysannes.

Ultérieurement importance de la propagande pacifiste et de la justification de la guerre révolutionnaire : la guerre c’est la paix.

I Lénine et la classification des guerres

1) la guerre de 14 guerre impérialiste
2) La transformation de la guerre en guerre contre son propre gouvernement
3) Mieux vaut une fin pleine d’horreur qu’une horreur sans fin


II Lénine et la guerre civile : la réhabilitation du combat de barricades

1) La révolution de 1905
2) La légimité de la violence révolutionnaire
3)

III Lénine et l’épuration
a) Caractère fonctionnel et non accidentel de l’épuration. L’exportation de la révolution dans les campagnes Légitimité de la terreur
b) Le nettoyage de classe. La biopolitique léniniste. Le racisme de classe.
c) Classification des ennemis.
 

Le léninisme et le stalinisme. Le
totalitarisme.



Textes de Lénine et sur Lénine

GUERRE
 
Under a False Flag[

Written: Written not earlier than February 1915
Published: First published in 1917, in the first Collection of the Priliv Publishers, Moscow. Signed: N. Konstantinov. Published according to the text in the Collection.
Source: Lenin Collected Works, Progress Publishers, [197[4]], Moscow, Volume 21, pages 135-157.
Translated:
Transcription\Markup: D. Walters and R. Cymbala
Public Domain: Lenin Internet Archive 2002 (2005). You may freely copy, distribute, display and perform this work; as well as make derivative and commercial works. Please credit “Marxists Internet Archive” as your source.
 

Issue No. 1 of Nashe Dyelo (Petrograd, January 1915)[4] published a highly characteristic programmatic article by Mr. A. Potresov, entitled “At the Juncture of Two Epochs”. Like an earlier magazine article by the same author, the present article sets forth the ideas underlying an entire bourgeois trend of public thought in Russia—the liquidationist—regarding the important and burning problems of the times. Strictly speaking, we have before us not articles but the manifesto of a definite trend, and anyone who reads them carefully and gives thought to their content will see that only fortuitous considerations, i.e., such that have nothing in common with purely literary interests, have prevented the author’s ideas (and those of his friends, since the author does not stand alone) from being expressed in the more appropriate form of a declaration or credo.

Potresov’s main idea is that present-day democracy stands at the juncture of two epochs, the fundamental difference between the old epoch and the new consisting in a transition from national isolation to internationalism. By present-day democracy, Potresov understands the kind that marked the close of the nineteenth century and the beginning of the twentieth, as distinct from the old bourgeois democracy that marked the end of the eighteenth century and the first two-thirds of the nineteenth.

At first glance it may seem that the author’s idea is absolutely correct, that we have before us an opponent to the national-liberal tendency predominant in present-day democracy, and that the author is an “internationalist”, not a national-liberal.

Indeed, this defence of internationalism, this reference to national narrow-mindedness and national exclusiveness as features of an outworn and bygone epoch—is it not a breakaway from the wave of national-liberalism, that bane   of present-day democracy or, rather, of its official representatives.

That, at first glance, is not only the possible but the almost inevitable impression. Yet it would be a gross error to think so. The author is transporting his cargo under a false flag. Consciously or otherwise—that does not matter in this instance—he has resorted to a stratagem by hoisting the flag of “internationalism” so as the more securely to transport under this flag his contraband cargo of national-liberalism. After all, Potresov is a most undeniable national-liberal. The gist of his article (and of his programme, platform, and credo) is in the employment of this little—and if you wish even innocent—stratagem, in carrying opportunism under the flag of internationalism. One must go into all the details of this manoeuvre, for the matter is of prime and tremendous importance. Potresov’s use of a false flag is the more dangerous since he not only cloaks himself with the principle of “internationalism” but also assumes the title of an adherent of “Marxist methodology”. In other words, Potresov pretends to be a true follower and exponent of Marxism, whereas in actual fact he substitutes national-liberalism for Marxism. Potresov tries to “amend” Kautsky, accusing him of “playing the advocate”, i.e., of defending liberalism now of one shade, now of another, that is to say, the liberalism of shades peculiar to various nations. Potresov is out to contrast national-liberalism (for it is absolutely indubitable and indisputable that Kautsky has become a national-liberal) with internationalism and Marxism. In reality, Potresov is contrasting particoloured national-liberalism with national-liberalism of a single colour, whereas Marxism is hostile—and in the present historical situation, absolutely hostile—to any kind of national-liberalism.

We shall now go on to show that such is the case, and why.
I

The highlight of Potresov’s misadventures, which led to his setting out under a national-liberal flag, can be best understood if the reader examines the following passage in his article:

“With their characteristic temperament, they [Marx and his comrades] attacked the problem, no matter how difficult it was; they diagnosed the conflict, and attempted to determine the success of which side opened up broader vistas for possibilities desirable from their point of view; thus they laid down a certain basis on which to build their tactics” (p. 73, our italics in excerpts).

“The success of which side is more desirable”—this is what has to be determined, and that from an international, not a national point of view. This is the essence of the Marxist methodology. This is what Kautsky does not do, thus turning from a “judge” (a Marxist) into an “advocate” (a national-liberal). Such is Potresov’s line of argument. Potresov himself is most deeply convinced that he is not “playing the advocate” when he defends the desirability of success for one side (namely, his own) and that, conversely, he is guided by truly international considerations with regard to the egregious sins of the other side.

Potresov, Maslov, Plekhanov, etc., who are all guided by truly international considerations, have reached the same conclusions as Potresov has. This is a simple-mindedness that borders on—well, we shall not make undue haste, but shall first complete an analysis of the purely theoretical question.

“The success of which side is more desirable” was established by Marx in the Italian war of 1859, for instance. Potresov dwells on this particular instance, which, he says, “has a special interest for us because of certain of its features”. We too, for our part, are willing to take the instance chosen by Potresov.

In 1859 Napoleon III declared war on Austria, allegedly for the liberation of Italy, but in reality for his own dynastic aims.

“Behind the back of Napoleon III,” says Potresov, “could be discerned the figure of Gorchakov, who had just signed a secret agreement with the Emperor of the French.” What we have here is a tangle of contradictions: on the one side, the most reactionary European monarchy, which has been oppressing Italy; on the other, the representatives of revolutionary Italy, including Garibaldi, fighting for her liberation, side by side with the ultra-reactionary Napoleon III, etc.   “Would it not have been simpler,” Potresov writes, “to step aside and to say that the two are equally bad? However, neither Engels, Marx, nor Lassalle were attracted by the “simplicity” of such a solution, but started to search the problem [Potresov means to say, to study and explore the problem], of the particular outcome of the conflict which might provide the greatest opportunities for a cause dear to all three.”

Lassalle notwithstanding, Marx and Engels came to the conclusion that Prussia must intervene. Among their considerations, as Potresov himself admits, was that “of the possibility, as a result of a conflict with the enemy coalition, of a national movement in Germany, which might develop over the heads of its numerous rulers; there was also the consideration as to which Power in the Concert of Europe was the main evil: the reactionary Danubian monarchy, or other outstanding representatives of this Concert”.

“To us, it is not important who was right, Marx or Lassalle,” Potresov concludes; “what is important is that all were agreed on the necessity of determining, from an international point of view, the success of which side was more desirable.”

This is the instance cited by Potresov, and the way our author pursues the argument. If Marx was then able “to appraise international conflicts” (Potresov’s expression), notwithstanding the highly reactionary character of the governments of both belligerent sides, then Marxists too are at present obliged to make a similar appraisal, Potresov concludes.

This conclusion is either naïve childishness or crass sophistry, since it boils down to the following: since, in 1859, Marx was working on the problem of the desirability of success for which particular bourgeoisie, we, over half a century later, must solve the problem in exactly the same way.

Potresov has failed to notice that, to Marx in 1859 (as well as in a number of later cases), the question of “the success of which side is more desirable” meant asking “the success of which bourgeoisie is more desirable”. Potresov has failed to notice that Marx was working on the problem at a time when there existed indubitably progressive bourgeois movements, which moreover did not merely exist, but were   in the forefront of the historical process in the leading states of Europe. Today, it would be ridiculous even to imagine a progressive bourgeoisie, a progressive bourgeois movement, in, for instance, such key members of the “Concert” of Europe, as Britain and Germany. The old bourgeois “democracy” of these two key states has turned reactionary. Potresov has “forgotten” this, and has substituted the standpoint of the old (bourgeois) so-called democracy for that of present-day (non-bourgeois) democracy. This shift to the standpoint of another class, and moreover of an old and outmoded class, is sheer opportunism. There cannot be the least doubt that a shift like this cannot be justified by an analysis of the objective content of the historical process in the old and the new epochs.

It is the bourgeoisie—for instance in Germany, and in Britain too, for that matter—that endeavours to effect the kind of substitution accomplished by Potresov, viz., replacing of the imperialist epoch by that of bourgeois-progressive, national and democratic movements for liberation. Potresov is uncritically following in the wake of the bourgeoisie. This is the more unpardonable, since, in the instance he has selected, Potresov has himself been obliged to recognise and specify the considerations guiding Marx, Engels, and Lassalle in those bygone days.[1]

First of all, these were considerations on the national movement (in Germany and Italy)—on the latter’s development over the heads of the “representatives of medievalism”; secondly, these were considerations on the “main evil” of   the reactionary monarchies (the Austrian, the Napoleonic, etc.) in the Concert of Europe.

These considerations are perfectly clear and indisputable. Marxists have never denied the progressiveness of bourgeois national-liberation movements against feudal and absolutist forces. Potresov cannot but know that nothing like this does or can exist in the major, i.e., the leading rival states of today. In those days there existed, both in Italy and in Germany, popular national-liberation movements with decades of struggle behind them. In those days the Western bourgeoisie did not give financial support to certain other states; on the contrary, those states were really “the main evil”. Potresov cannot but know—as he admits in the same article—that today none of the other states is or can be the “main evil”.

The bourgeoisie (in Germany, for instance, though not in that country alone) is, for selfish reasons, encouraging the ideology of national movements, attempting to translate that ideology into the epoch of imperialism, i.e., an entirely different epoch. As usual, the opportunists are plodding along in the rear of the bourgeoisie, abandoning the standpoint of present-day democracy and shifting over to that of the old (bourgeois) democracy. That is the chief shortcoming in all the articles, as well as in the entire position and the entire line of Potresov and his liquidationist fellow-thinkers. At the time of the old (bourgeois) democracy Marx and Engels were working on the problem of the desirability of success for which particular bourgeoisie; they were concerned with a modestly liberal movement developing into a tempestuously democratic one. In the period of present-day (non-bourgeois) democracy, Potresov is preaching bourgeois national-liberalism at a time when one cannot even imagine bourgeois progressive movements, whether modestly liberal or tempestuously democratic, in Britain, Germany, or France. Marx and Engels were ahead of their epoch, that of bourgeois-national progressive movements; they wanted to give an impetus to such movements so that they might develop “over the heads” of the representatives of medievalism.

Like all social-chauvinists, Potresov is moving backwards, away from his own period, that of present-day democracy,   and skipping over to the outworn, dead, and therefore intrinsically false viewpoint of the old (bourgeois) democracy.

That is why Potresov’s following appeal to democracy reveals his muddled thinking and is highly reactionary:

“Do not retreat, but advance, not towards individualism, but towards internationalist consciousness in all its integrity and all its vigour. To advance means, in a certain sense, to go also back—back to Engels, Marx, and Lassalle, to their method of appraising international conflicts, and to their finding it possible to utilise inter-state relations for democratic purposes.”

Potresov drags present-day democracy backwards, not “in a certain sense” but in all senses; he drags it back to the slogans and the ideology of the old bourgeois democracy, to the dependence of the masses upon the bourgeoisie. . . . Marx’s method consists, first of all, in taking due account of the objective content of a historical process at a given moment, in definite and concrete conditions; this in order to realise, in the first place, the movement of which class is the mainspring of the progress possible in those concrete conditions. In 1859, it was not imperialism that comprised the objective content of the historical process in continental Europe, but national-bourgeois movements for liberation. The mainspring was the movement of the bourgeoisie against the feudal and absolutist forces. Fifty-five years later, when the place of the old and reactionary feudal lords has been taken by the not unsimilar finance capital tycoons of the decrepit bourgeoisie, the knowledgeable Potresov is out to appraise international conflicts from the standpoint of the bourgeoisie, not of the new class.[2]

Potresov has not given proper thought to the significance of the truth he uttered in the above words. Let us suppose that two countries are at war in the epoch of bourgeois, national-liberation movements. Which country should we wish success to from the standpoint of present-day   democracy? Obviously, to that country whose success will give a greater impetus to the bourgeoisie’s liberation movement, make its development more speedy, and undermine feudalism the more decisively. Let us further suppose that the determining feature of the objective historical situation has changed, and that the place of capital striving for national liberation has been taken by international, reactionary and imperialist finance capital. The former country, let us say, possesses three-fourths of Africa, whereas the latter possesses one-fourth. A repartition of Africa is the objective content of their war. To which side should we wish success? It would be absurd to state the problem in its previous form, since we do not possess the old criteria of appraisal: there is neither a bourgeois liberation movement running into decades, nor a long process of the decay of feudalism. It is not the business of present-day democracy either to help the former country to assert its “right” to three-fourths of Africa, or to help the latter country (even if it is developing economically more rapidly than the former) to take over those three-fourths.

Present-day democracy will remain true to itself only if it joins neither one nor the other imperialist bourgeoisie, only if it says that the two sides are equally bad, and if it wishes the defeat of the imperialist bourgeoisie in every country. Any other decision will, in reality, be national-liberal and have nothing in common with genuine internationalism.

The reader should not let himself be deceived by the pretentious terminology Potresov employs to conceal his switch over to the standpoint of the bourgeoisie. When Potresov exclaims: “. . . not towards individualism, but towards internationalist consciousness in all its integrity and all its vigour”, his aim is to contrast his own point of view with that of Kautsky. He calls the latter’s view (and that of others like him) “individualism”, because of Kautsky’s refusal to decide “the success of which side is more desirable”, and his justification of the workers’ national-liberalism in each “individual” country. We, on the contrary, he, as it were, says, we—Potresov, Cherevanin, Muslov,   Plekhanov, and others—appeal to “internationalist consciousness in all its integrity and all its vigour”, for we stand for national-liberalism of a definite shade, in no way from the standpoint of an individual state (or an individual nation) but from a standpoint that is genuinely internationalist. This line of reasoning would be ridiculous if it were not so—disgraceful.

Both Potresov and Co. and Kautsky, who have betrayed the standpoint of the class which they are trying hard to represent, are following in the wake of the bourgeoisie.
II

Potresov has entitled his article “At the Juncture of Two Epochs”. We are undoubtedly living at the juncture of two epochs, and the historic events that are unfolding before our eyes can be understood only if we analyse, in the first place, the objective conditions of the transition from one epoch to the other. Here we have important historical epochs; in each of them there are and will always be individual and partial movements, now forward now backward; there are and will always be various deviations from the average type and mean tempo of the movement. We cannot know how rapidly and how successfully the various historical movements in a given epoch will develop, but we can and do know which class stands at the hub of one epoch or another, determining its main content, the main direction of its development, the main characteristics of the historical situation in that epoch, etc. Only on that basis, i.e., by taking into account, in the first place, the fundamental distinctive features of the various “epochs” (and not single episodes in the history of individual countries), can we correctly evolve our tactics; only a knowledge of the basic features of a given epoch can serve as the foundation for an understanding of the specific features of one country or another.

It is to this region that both Potresov’s and Kautsky’s main sophism, or their fundamental historical error, pertains (Kautsky’s article was published in the same issue of Nashe Dyelo ), an error which has led both of them to national-liberal, not Marxist, conclusions.

The trouble is that the instance chosen by Potresov, which has presented a “special interest” to him, namely, the instance of the Italian campaign of 1859, as well as a number of similar historical instances quoted by Kautsky, “in no way pertain to those historical epochs”, “at the juncture” of which we are living. Let us call the epoch we are entering (or have entered, and which is in its initial stage) the present-day (or third) epoch. Let us call that which we have just emerged from the epoch of yesterday (or the second). In that case we shall have to call the epoch from which Potresov and Kautsky cite their instances, the day-before-yesterday (or first) epoch. Both Potresov’s and Kautsky’s revolting sophistry, the intolerable falseness of their arguments, consist in their substituting for the conditions of the present-day (or third) epoch the conditions of the day-before-yesterday (or first) epoch.

I shall try to explain what I mean.

The usual division into historical epochs, so often cited in Marxist literature and so many times repeated by Kautsky and adopted in Potresov’s article, is the following: (1) 1789-1871; (2) 1871-1914; (3) 1914 - ? Here, of course, as everywhere in Nature and society, the lines of division are conventional and variable, relative, not absolute. We take the most outstanding and striking historical events only approximately, as milestones in important historical movements. The first epoch from the Great French Revolution to the Franco-Prussian war is one of the rise of the bourgeoisie, of its triumph, of the bourgeoisie on the upgrade, an epoch of bourgeois-democratic movements in general and of bourgeois-national movements in particular, an epoch of the rapid breakdown of the obsolete feudal-absolutist institutions. The second epoch is that of the full domination and decline of the bourgeoisie, one of transition from its progressive character towards reactionary and even ultra-reactionary finance capital. This is an epoch in which a new class—present-day democracy—is preparing and slowly mustering its forces. The third epoch, which has just set in, places the bourgeoisie in the same “position” as that in which the feudal lords found themselves during the first epoch. This is the epoch of imperialism and imperialist upheavals, as well as of upheavals stemming from the nature of imperialism.

It was none other than Kautsky who, in a series of articles and in his pamphlet Der Weg zur Macht (which appeared in 1909), outlined with full clarity the basic features of the third epoch that has set in, and who noted the fundamental differences between this epoch and the second (that of yesterday), and recognised the change in the immediate tasks as well as in the conditions and forms of struggle of present-day democracy, a change stemming from the changed objective historical conditions. Kautsky is now burning that which he worshipped yesterday; his change of front is most incredible, most unbecoming and most shameless. In the above-mentioned pamphlet, he spoke forthrightly of symptoms of an approaching war, and specifically of the kind of war that became a fact in 1914. It would suffice simply to place side by side for comparison a number of passages from that pamphlet and from his present writings to show convincingly how Kautsky has betrayed his own convictions and solemn declarations. In this respect Kautsky is not an individual instance (or even a German instance); he is a typical representative of the entire upper crust of present-day democracy, which, at a moment of crisis, has deserted to the side of the bourgeoisie.

All the historical instances quoted by Potresov and Kautsky belong to the first epoch. The main objective content of the historical wartime phenomena, not only of 1855, 1859, 1864, 1866, or 1870, but also of 1877 (the Russo-Turkish war) and 1896-1897 (the wars between Turkey and Greece and the Armenian disturbances) were bourgeois-national movements or “convulsions” in a, bourgeois society ridding itself of every kind of feudalism. At that time there could have been no possibility of really independent action by present-day democracy, action of the kind befitting the epoch of the over-maturity, and decay of the bourgeoisie, in a number of leading countries. The bourgeoisie was then the chief class, which was on the upgrade as a result of its participation in those wars; it alone could come out with overwhelming force against the feudal-absolutist institutions. Represented by various strata of propertied producers of commodities, this bourgeoisie was progressive in various degrees in the different countries,   sometimes (like part of the Italian bourgeoisie in 1859) being even revolutionary. The general feature of the epoch, however, was the progressiveness of the bourgeoisie, i.e., its unresolved and uncompleted struggle against feudalism. It was perfectly natural for the elements of present-day democracy, and for Marx as their representative, to have been guided at the time by the unquestionable principle of support for the progressive bourgeoisie (i.e., capable of waging a struggle) against feudalism, and for them to be dealing with the problem as to “the success of which side”, i.e., of which bourgeoisie, was more desirable. The popular movement in the principal countries affected by the war was generally democratic at that time, i.e., bourgeois-democratic in its economic and class content. It is quite natural that no other question could have been posed at the time except the following: the success of which bourgeoisie, the success of which combination of forces, the failure of which reactionary forces (the feudal-absolutist forces which were hampering the rise of the bourgeoisie) promised contemporary democracy more “elbow room”.

As even Potresov has had to admit, Marx was guided, in his “appraisal” of international conflicts springing from bourgeois national and liberation movements, by considerations as to whose success was more capable of contributing to the “development” (p. 74 of Potresov’s article) of national and, in general, popular democratic movements. That means that, during military conflicts stemming from the bourgeoisie’s rise to power within the various nationalities, Marx was, as in 1848, most of all concerned with extending the scope of the bourgeois-democratic movement and bringing it to a head through the participation of broader and more “plebeian” masses, the petty bourgeoisie in general, the peasantry in particular, and finally of the poor classes as a whole. This concern of Marx for the extension of the movement’s social base and its development is the fundamental distinction between Marx’s consistently democratic tactics and Lassalle’s inconsistent tactics, which veered towards an alliance with the national-liberals.

The international conflicts in the third epoch have, in form, remained the same kind of international conflicts as those of the first epoch, but their social and class content has   changed radically. The objective historical situation has grown quite different.

The place of the struggle of a rising capital, striving towards national liberation from feudalism, has been taken by the struggle waged against the new forces by the most reactionary finance capital, the struggle of a force that has exhausted and outlived itself and is heading downward towards decay. The bourgeois-national state framework, which in the first epoch was the mainstay of the development of the productive forces of a humanity that was liberating itself from feudalism, has now, in the third epoch, become a hindrance to the further development of the productive forces. From a rising and progressive class the bourgeoisie has turned into a declining, decadent, and reactionary class. It is quite another class that is now on the upgrade on a broad historical scale.

Potresov and Kautsky have abandoned the standpoint of that class; they have turned back, repeating the false bourgeois assertion that today too the objective content of the historical process consists in the bourgeoisie’s progressive movement against feudalism. In reality, there can now be no talk of present-day democracy following in the wake of the reactionary imperialist bourgeoisie, no matter of what “shade” the latter may be.

In the first epoch, the objective and historical task was to ascertain how, in its struggle against the chief representatives of a dying feudalism, the progressive bourgeoisie should “utilise” international conflicts so as to bring the greatest possible advantage to the entire democratic bourgeoisie of the world. In the first epoch, over half a century ago, it was natural and inevitable that the bourgeoisie, enslaved by feudalism, should wish the defeat of its “own” feudal oppressor, all the more so that the principal and central feudal strongholds of all-European importance were not so numerous at the time. This is how Marx “appraised” the conflicts: he ascertained in which country, in a given and concrete situation, the success of the bourgeois-liberation movement was more important in undermining the all-European feudal stronghold.

At present, in the third epoch, no feudal fortresses of all-European significance remain. Of course, it is the task of   present-day democracy to “utilise” conflicts, but—despite Potresov and Kautsky—this international utilisation must be directed, not against individual national finance capital, but against international finance capital. The utilisation should not be effected by a class which was on the ascendant fifty or a hundred years ago. At that time it was a question of “international action” (Potresov’s expression) by the most advanced bourgeois democracy; today it is another class that is confronted by a similar task created by history and advanced by the objective state of affairs.
III

The second epoch or, as Potresov puts it, “a span of forty-five years” (1870-1914), is characterised very inconclusively by him. The same incompleteness is the shortcoming in Trotsky’s characterisation of the same period, given in his German work, although he does not agree with Potresov’s practical conclusions (this, of course, standing to the former’s credit). Both writers hardly realise the reason for their standing so close to each other, in a certain sense.

Here is what Potresov writes of this epoch, which we have called the second, that of yesterday:

“A detailed restriction of work and the struggle and an all-pervading gradualism—these signs of the times, which by some have been elevated to a principle, have become to others an ordinary fact in their lives, and, as such, have become part of their mentality, a shade of their ideology” (p. 71). “Its [this epoch’s] talent for a smooth and cautious advance had, as its reverse, firstly, a pronounced non-adaptability to any break in gradualness and to catastrophic phenomena of any kind and secondly, an exceptional isolation within the sphere of national action—the national milieu. . .” (p. 72). “Neither revolution, nor war. . .” (p. 70). “Democracy became the more effectively nationalist, the longer the period of its ‘position warfare’ was protracted and the longer there lingered on the stage that spell of European history which . . . knew of no international conflicts in the heart of Europe, and consequently   experienced no unrest extending beyond the boundaries of national state territories, and felt no keen interest on a general European or world scale” (75-76).

The chief shortcoming in this characterisation, as in Trotsky’s characterisation of the same epoch, is a reluctance to discern and recognise the deep contradictions in modern democracy, which has developed on the foundation described above. The impression is produced that the democracy contemporary with the epoch under review remained a single whole, which, generally speaking, was pervaded with gradualism, turned nationalist, was by degrees weaned away from breaks in gradualness and from catastrophes, and grew petty and mildewed.

In reality this could not have happened, since, side by side with the aforesaid tendencies, other and reverse tendencies were undoubtedly operating: the day-by-day life of the working masses was undergoing an internationalisation—the cities were attracting ever more inhabitants, and living conditions in the large cities of the whole world were being levelled out; capital was becoming internationalised, and at the big factories townsmen and country-folk, both native and alien, were intermingling. The class contradictions were growing ever more acute; the employers’ associations were exercising ever greater pressure on the workers’ unions; sharper and more bitter forms of struggle were arising, as, for instance, mass strikes; the cost of living was rising; the pressure of finance capital was becoming intolerable, etc., etc.

In actual fact, events did not follow the pattern described by Potresov. This we know definitely. In the period under discussion, none, literally not one, of the leading capitalist countries of Europe was spared by the struggle between the two mutually opposed currents within contemporary democracy. In each of the big countries, this struggle at times assumed most violent forms, including splits, this despite the general “peaceful”, “sluggish”, and somnolent character of the epoch. These contradictory currents have affected all the various fields of life and all problems of modern democracy without exception, such as the attitude towards the bourgeoisie, alliances with the liberals, the voting for war credits, the attitude towards such matters as   colonial policies, reforms, the character of economic struggle, the neutrality of the trade unions, etc.

“All-pervading gradualism” was in no way the predominant sentiment in all contemporary democracy, as the writings of Potresov and Trotsky imply. No, this gradualism was taking shape as a definite political trend, which at the time often produced individual groups, and sometimes even individual parties, of modern democracy in Europe. That trend had its own leaders, its press organs, its policy, and its own particular—and specially organised—method of influencing the masses of the population. Moreover, this trend was more and more basing itself—and ultimately based itself solidly—on the interests of a definite social stratum within the democracy of the time.

“All-pervading gradualism” naturally attracted into the ranks of that democracy a number of petty-bourgeois fellow-travellers; furthermore, the specifically petty-bourgeois conditions, and consequently, a petty-bourgeois political orientation, became the rule with a definite stratum of parliamentarians, journalists, and trade union officials; a kind of bureaucracy and aristocracy of the working class was arising in a manner more or less pronounced and clear-cut.

Take, for instance, the possession of colonies and the expansion of colonial possessions. These were undoubted features of the period dealt with above, and with the majority of big states. What did that mean in the economic sense? It meant a sum of super-profits and special privileges for the bourgeoisie. It meant, moreover, the possibility of enjoying crumbs from this big cake for a small minority of the petty bourgeois, as well as for the better placed employees, officials of the labour movement, etc. The enjoyment of crumbs of advantage from the colonies, from privileges, by an insignificant minority of the working class in Britain, for instance, is an established fact, recognised and pointed out by Marx and Engels. Formerly confined to Britain alone, this phenomenon became common to all the great capitalist countries of Europe, as their colonial possessions expanded, and in general as the imperialist period of capitalism grew and developed.

In a word, the “all-pervading gradualism” of the second epoch (the one of yesterday) has created, not only a certain   “non-adaptability to any break in gradualness”, as Potresov thinks, not only certain “possibilist” tendencies, as Trotsky supposes, but an entire opportunist trend based on a definite social stratum within present-day democracy, and linked with the bourgeoisie of its own national “shade” by numerous ties of common economic, social, and political interests—a trend directly, openly, consciously, and systematically hostile to any idea of a “break in gradualness”.

A number of Trotsky’s tactical and organisational errors (to say nothing of Potresov’s) spring from his fear, or his reluctance, or inability to recognise the fact of the “maturity” achieved by the opportunist trend, and also its intimate and unbreakable link with the national-liberals (or social-nationalists) of our times. In practice, this failure to recognise this “maturity” and this unbreakable link leads, at least, to absolute confusion and helplessness in the face of the predominant social-nationalist (or national-liberal) evil.

The link between opportunism and social-nationalism is, generally speaking, denied by Potresov, by Martov, Axelrod, V. Kosovsky (who has talked himself into defending the German democrats’ national-liberal vote for war credits) and by Trotsky.

Their main “argument” is that no full coincidence exists between yesterday’s division of democracy “along the line of opportunism” and today’s division “along the line of social-nationalism”. This argument is, firstly, incorrect in point of fact, as we shall presently show; secondly, it is absolutely one-sided, incomplete and untenable from the standpoint of Marxist principles. Persons and groups may shift from one side to the other; that is not only possible, but even inevitable in any great social upheaval; however, it does not at all affect the nature of a definite trend, or the ideological links between definite trends, or their class significance. All these considerations might seem so generally known and indisputable that one feels almost embarrassed at having to lay such emphasis on them. Yet the above-mentioned writers have lost sight of these very considerations. The fundamental class significance of opportunism—or, in other words, its social-economic content—lies in certain elements of present-day democracy   having gone over (in fact, though perhaps unconsciously) to the bourgeoisie, on a number of individual issues. Opportunism is tantamount to a liberal-labour policy. Anyone who is fearful of the “factional” look of these words would do well to go to the trouble of studying the opinions of Marx, Engels, and Kautsky (is the latter not an “authority” highly suitable to the opponents of “factionalism”?) on, let us say, British opportunism. There cannot be the slightest doubt that such a study would lead to a recognition of the coincidence of fundamentals between opportunism and a liberal-labour policy. The basic class significance of today’s social-nationalism is exactly the same. The fundamental idea of opportunism is an alliance or a drawing together (sometimes an agreement, bloc, or the like) between the bourgeoisie and its antipode. The fundamental idea of social-nationalism is exactly the same. The ideological and political affinity, connection, and even identity between opportunism and social-nationalism are beyond doubt. Naturally, we must take as our basis, not individuals or groups, but a class analysis of the content of social trends, and an ideological and political examination of their essential and main principles.

Approaching the same subject from a somewhat different angle, we shall ask: whence did social-nationalism appear? How did it grow and mature? What gave it significance and strength? He who has been unable to find answers to these questions has completely failed to understand what social nationalism is, and is consequently quite incapable of drawing an “ideological line” between himself and social-nationalism, no matter how vehemently he may assert that he is ready to do so.

There can be only one answer to this question: social nationalism has developed from opportunism, and it was the latter that gave it strength. How could social-nationalism have appeared “all of a sudden”? In the same fashion as a babe appears “all of a sudden” if nine months have elapsed since its conception. Each of the numerous manifestations of opportunism during the entire second (or yesterday) epoch in all the European countries was a rivulet, which now flowed “all of a sudden” into a big though very shallow (and, we might add parenthetically, muddy and dirty)   river of social-nationalism. Nine months after conception the babe must separate from its mother; many decades after opportunism was conceived, social-nationalism, its ripe fruit, will have to separate from present-day democracy within a period that is more or less brief (as compared with decades). No matter how good people may scold, rage or vociferate over such ideas and words, this is inevitable, since it follows from the entire social development of present-day democracy and from the objective conditions in the third epoch.

But if division “along the line of opportunism” and division “along the line of social-nationalism” do not fully coincide, does that not prove that no substantial link exists between these two facts? It does not, in the first place, just as the fact that individual bourgeois at the end of the eighteenth century went over either to the side of the feudal lords or that of the people does not prove that there was “no link” between the growth of the bourgeoisie and the Great French Revolution of 1789. Secondly, taken by and large, there is such a coincidence (and we are speaking only in a general sense and of movements as a whole). Take, not one individual country but a number of them, let us say ten European countries: Germany, Britain, France, Belgium, Russia, Italy, Sweden, Switzerland, Holland, and Bulgaria. Only the three countries given in italics may seem the exceptions. In the others, the trends of uncompromising antagonists to opportunism have given birth to trends hostile to social-nationalism. Compare the well-known Monatshefte and its opponents in Germany, Nashe Dyelo and its opponents in Russia, the party of Bissolati and its opponents in Italy, the adherents of Greulich and Grimm in Switzerland, Branting and Höglund in Sweden, and Troelstra, Pannekoek and Gorter in Holland, and finally the Obshcho Dyelo adherents and the Tesnyaki in Bulgaria.[5] The general coincidence between the old and the new division is a fact; as for complete coincidences, they do not occur even in the simplest of natural phenomena, any more than there is complete coincidence between the Volga before the Kama joins it, and the Volga below that point; neither is there full similarity between a child and its parents. Britain only seems the exception; in reality, there   were two main currents in Britain prior to the war, these being identified with two dailies—which is the truest objective indication of the mass character of these currents—namely, the Daily Citizen,[6] the opportunists’ newspaper, and the Daily Herald,[7] the organ of the opponents of opportunism. Both papers have been swamped by the wave of nationalism; yet, opposition has been expressed by under one-tenth of the former’s adherents and by some three-sevenths of the adherents of the latter. The usual method of comparison, whereby only the British Socialist Party is compared with the Independent Labour Party, is erroneous because it overlooks the existence of an actual bloc of the latter with the Fabians[8] and the Labour Party. It follows, then, that only two out of the ten countries are exceptions, but even here the exceptions are not complete, since the trends have not changed places; only (for reasons so obvious that they need not be dwelt on) the wave has swamped almost all the opponents of opportunism. This undoubtedly proves the strength of the wave, but it does not in any way disprove coincidence between the old division and the new for all Europe.

We are told that division “along the line of opportunism” is outmoded, and that only one division is of significance, namely, that between the adherents of internationalism and the adherents of national self-sufficiency. This opinion is fundamentally wrong. The concept of “adherents of internationalism” is devoid of all content and meaning, if we do not concretely amplify it; any step towards such concrete amplification, however, will be an enumeration of features of hostility to opportunism. In practice, this will prove truer still. An adherent of internationalism who is not at the same time a most consistent and determined adversary of opportunism is a phantom, nothing more. Perhaps certain individuals of this type will honestly consider themselves “internationalists”. However, people are judged, not by what they think of themselves but by their political behaviour. The political behaviour of “internationalists” who are not consistent and determined adversaries of opportunism will always aid and abet the nationalist trend. On the other hand, nationalists, too, call themselves “internationalists” (Kautsky, Lensch, Haenisch, Vandervelde,   Hyndman, and others); not only do they call themselves so, but they fully acknowledge an international rapprochement, an agreement, a union of persons sharing their views. The opportunists are not against “internationalism”; they are only in favour of international approval for and international agreement among the opportunists.
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Notes

[1] Incidentally Potresov refuses to make up his mind as to whether Marx or Lassalle was right in appraising the conditions of the war of 1859. We think that (Mehring notwithstanding) Marx was right, whereas Lassalle was then an opportunist, just as he was during his flirtation with Bismarck. Lassalle was adapting himself to the victory of Prussia and Bismarck, to the lack of sufficient strength in the democratic national movements of Italy and Germany. Thus Lassalle deviated towards a national-liberal labour policy, whereas Marx encouraged and developed an independent, consistently democratic policy hostile to national-liberal cowardice (Prussia’s intervention in 1859 against Napoleon would have stimulated the popular movement in Germany). Lassalle was casting glances, not downwards but upwards, as he was fascinated by Bismarck. Bismarck’s “success” was no justification of Lassalle’s opportunism. —Lenin

[2] “Indeed,” Potresov writes, “it was during that period of seeming stagnation that tremendous molecular processes were taking place in every country, the international situation too was gradually changing, the policy of colonial acquisitions, of militant imperialism becoming its determining feature.” —Lenin

[3] A number of changes were made in Lenin’s article “Under a False Flag” by the editors of the Collection issued in March 1917 by Priliv Publishers.

[4] Nashe Dyelo (Our Cause )—a monthly of the Menshevik liquidators; mouthpiece of social-chauvinists in Russia. It began publication in 1915 in Petrograd to replace Nasha Zarya, which had been suppressed in October 1914.

[5] Obshcho Dyelo (The Common Cause ) adherents (also known as Shiroki socialists)—an opportunist trend in Bulgarian Social-Democratic Party. The journal Obshcho Dyelo was published from 1900 onwards. After a split at the Tenth Congress of the Social-Democratic Party in 1903 in Ruse they formed a reformist Bulgarian Social-Democratic Party (of Shiroki socialists). During the world imperialist war of 1914-18 the Obshcho Dyelo adherents took a chauvinist stand.

Tesnyaki—a revolutionary trend in the Bulgarian Social-Democratic Party, which in 1903 took shape as an independent Bulgarian Workers’ Social-Democratic Party. The founder and leader of Tesnyaki was D. Blagoyev, his followers, Georgy Dimitrov and Vasil Kolarov, among others, later heading that Party. In 1914-18 the Tesnyaki came out against the imperialist war. In 1919 they joined the Communist International and formed the Communist Party of Bulgaria.

[6] The Daily Citizen—originally organ of the opportunist bloc—the Labour Party, Fabians and the Independent Labour Party of Britain, published in London from 1912 to 1915.

[7] The Daily Herald—organ of the British Socialist Party, published in London since 1912.

[8] The Fabians—members of the Fabian Society, a British reformist organisation founded in 1884. The name is an allusion to the Roman commander Quintus Fabius Maximus (d. 203), called Cunctator, i.e., the Delayer, for his tactics of harassing Hannibal’s army without risking a pitched battle. Most of the Society’s members were bourgeois intellectuals: scholars, writers, politicians (such as Sidney and Beatrice Webb, Bernard Shaw, Ramsay MacDonald), who denied the need for the class struggle of the proletariat and a socialist revolution, and insisted that the transition from capitalism to socialism lay only through petty reform and a gradual transformation of society. Lenin said it was “an extremely opportunist trend” (see present edition, Vol. 13, p. 358). The Fabian Society, which was   affiliated to the Labour Party in 1900, is one of the ideological sources of Labour Party policy.

During World War I, the Fabians took a social-chauvinist stand. For Lenin’s description of the Fabians, see “British Pacifism and the British Dislike of Theory” (the present volume, pp. 260-65).

Dominique Colas, La logique de l'épuration des paysans du sol russe théorisée pas Lénine en 1907 (texte inédit en français).

Le texte principalement utilisé dans ce texte est :  V. I.   Lenin
The Agrarian Question and the “Critics of Marx” http://www.marxists.org/archive/lenin/works/1907/agrarcom/index.htm

Conclusion : Lénine et le modèle d’ accumulaton du Capital chez Marx
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Le léninisme, à la fois comme idéologie et comme période de la révolution russe, ne peut nullement être considére, comme une sorte de moment de pureté qui aurait ultérieurement subi une série de dégradations ou de souillures. Bien sûr l’histoire de l’URSS et des pays communistes est une histoire au sens le plus simple du terme : des événements non prévus s’y sont produits, des phénomènes inédits y sont apparus. Mais si l’on s’en tient, ce qui pour un régime de dictature de parti unique visant à la construction d’une société nouvelle après destruction de l’ancien, aux pratiques et aux théorisations de la repression est essentiel, au discours (à la fois la formulation d’une forme de rationalité et les pratiques qu’elle fonde) léniniste, il ne contient rien de moins que ce qui se développera ultérieurement. L’épuration n’est pas un accident du socialisme réel qu’on pourrait mettre entre parenthèses pour soutenir qu’il existe un socialisme vrai qui aurait été  perverti : d’emblée le léninisme à opérier dans le double registre de la terreur de masse et de la purification mise en œuvre dans une recherche forcénée de l’unité par un  parti unique et unifié. 
Il reste qu’il n’est pas absurde de se demander si ce socialisme vrai est l’invention du bolchévisme ou se trouve déjà dans le marxisme de Marx. Et l’on sait que l’idée « d’un retour à Marx » dont le mauvais usage, la lecture erronée auraient entrainé la catastrophe stalinienne  a été avancée, notamment dans l’Ecole de Louis Althusser. On peut noter sur un point clef, la question du parasitisme l’écart entre certains des textes de Marx que Lénine a lus et cités et les décisions qu’il a prises. Lénine dans L’Etat et la révolution- s’est beaucoup appuyé sur l’ouvrage de Marx sur la Commune de Paris en 1871. Dans son texte Marx propose une rapide sociologie historique de l’Etat en France (qui reprend des arguments exposés dans la deuxième édition, de 1868, de Louis Napoléon Bonaparte et le coup d’Etat du 2 décembre) : l’histoire de l’Etat en France est caractérisé par une lente différenciation de l’Etat et de la société civile (bürgerliche Gesselschaft) comme on l’observe, avec des spécificités propres, aussi en Angleterre. Mais avec l’apparition du bonapartisme se produit un phénomène nouveau : faute de disposer d’une base de classe suffisante (son soutien essentiel ce sont les petits paysans parcellaires qui reportent sur lui la vénération religieuse qu’ils ont pour son oncle, Napoléon Ier), Napoléon III développe une « bureaucratie » qui étaye son pouvoir.Cette bureaucratie, tout le contraire de la bureaucratie weberienne efficace et rationalisatrice, est composée d’employés de bureau surnuméraires et de sous-officiers inutiles. Aussi pour Marx avec le bonapartisme, l’Etat, dont un des aspects est la fête impériale où l’on dépense sans compter dans un tourbillon de plaisir, est-il le « parasite «  de la société civile, son vampire, sa goule.  Dans la Commune de Paris il faut voir la révolte de la société civile contre un buveur de sang, une lutte contre un boa constrictor qui l’enserrait dans ses anneaux. Lénine, effectuant une relecture des textes de Marx sur la Commune  et une réinterprétation de celle-ci, à la lumière de la révolution de 1905 et de l’insurrection de décembre 1905 à Moscou considère que les communards ont commis deux erreurs. D’une part ils n’ont pas procédé à « l’expropriation des expropriateurs », en ne saississant pas, par exemple, les banques ; la deuxième faute du prolétariat sur « sa trop grande magnanimité »  : « au lieu d’exterminer ses ennemis, il chercha à exercer une influence morale sur eux » et ne marcha pas sur Versailles. Lénine réaffirme que la lutte des classes se transforme à certains moments en guerre civile où les « intérêts du prolétariat » le conduisent à « l’extermination implacable de ses ennemis dans des combats déclarés » . La véhémence du texte est d’autant plus remarquable qu’il a été publié dans un journal en Russie, ce qui contraignait à une certaine prudence.
 Mais plus généralement encore Lénine dénonce moins l’Etat parasite qu’il ne dénonce les parasites : pour lui la destruction de l’Etat tsariste et de toutes les institutions qui lui sont liées, par la dictature du parti, s’accompagne d’une politique d’éradication des groupes sociaux considérés comme parasitaires. Mais si l’on peut marquer une solution de continuité  entre Lénine et Marx (avec la réserve que la quantité de textes que celui-ci a produit limite notre affirmation au seul corpus cité plus haut), l’on pourrait relever que l’idée de parasites sociaux et plus généralement la vision de la politique comme hygiène sociale, est banale chez les socialistes du XIXe siècle. Pas plus que Lénine n’a inventé les camps de concentration, il n’a inventé la thématique de la nocifité de groupes de profiteurs qu’il faudrait éradiquer. Mais l’on peut redire de son usage de la notion de « parasite » ce qu’on a dit à propos des institutions de repression : on ne peut évacuer la spécificité du léninisme par référence à d’autres usages du même terme chez des socialistes contemporains, car « parasite « chez lui n’est pas seulement un motif idéologique, c’est une catégorie discursive et pratique qui conduit  ceux qu’elle désigne à l’exclusion ou à la destruction. On sait que le « parasitisme « fut une catégorie pénale soviétique fort productive de sanctions.
Sur un autre mode on pourrait dire que certains textes qui, chez Marx, avaient le statut de descriptions et d’analyses ont été érigés par Lénine en prescriptions. Le décalage est d’autant plus sensible que Lénine a pris comme  des commandements pertinents pour la Russie des analyses que Marx avait présenté quant à l’Angleterre. L’exemple le plus net est la longue citation d’un passage du livre IV du Capital  que Lénine fait en 1907 dans Le Programme agraire de la social)démocratie dans la première révolution russe de 1905-1917. Ce texte, un des plus longs de Lénine, qui essaye de trouver une réponse à la politique agraire de Stolypine qui s’en prend à la propriété féodale mais que Lénine doit cependant condamner comme bourgeois d’autant que certains socialistes la soutiennent, est d’autant plus pertinent pour montrer les origines de la théorie de l’épuration chez Lénine qu’il fut republié en septembre 1917. Cette continuité permet d’affirmer que la légitimité du « nettoyage de la terre russe » était affirmée par Lénine 10 ans avant la révolution et plus de 20 ans avant la dékoulokisation stalinienne.  L’ouvrage est un plaidoyer pour la « nationalisation «  de la terre contre la solution qui consisterait à un soutien, au travers par exemple, la « municipalisation » , de « la propriété paysanne parcellaire ». Cette solution ne permettrait pas de faire passer la Russie de la domination économique de l’agriculture à une domination  économique de l’industrie ou, comme le dit Lénine, de passer de la « Russie du bois » à la « Russie du fer ». Pour ce faire il faut soutenir la solution  qui permet le meilleur développement des forces productives : il faut suivre une voie qui ne soit pas celle de la lente transformation de l’exploitation féodale en exploitation paysanne (comme avec les junkers  prussiens), mais de la destruction de la propriété féodale qui permette « la transformation du paysan patriarcal en fermier bourgeois » (une solution à l’américaine).  Ainsi sera déblayé la voie qui accélera le développement du capitalisme. Citons ce texte en entier en indiquant les termes utilisés en russe pour traduire Marx et qui font bien apparaître la continuité entre le « clearing of estates » anglais et la ciska, l’épuration russe.

« L’Angleterre est à cet égard [la destruction du régime agraire traditionnel]  le pays le plus révolutionnaire du monde. Tous les régimes que l’histoire lui a légués, là où ils étaient contraires aux conditions de la production  capitaliste dans l’agriculture, ou ne correspondaient pas à ces conditions, ont été balayés sans merci ; non seulement la disposition des localités rurales a été modifiée, mais ces localités elles-mêmes ont été balayées : balayés non seulement les logis et les lieux habités par la population  agricole, mais même la population ; balayés les centres d’économie traditionnels, mais jusqu’à l’économie même. […] Chez les Anglais, le régime historique de l’agriculture s’est trouvé être progressivement constitué par le capital, à partir du XVe siècle. L’expression technique habituelle dans le Royaume-Uni clearing of estates (littéralement : éclaircissement des bien-fonds ou nettoyage (tchiska) des terres) ne se retrouve dans aucun autre pays continental. »

Et Marx, toujours dans la citation  donné par Lénine, poursuivait en décrivant les nethodes du clearing of estates, -explusion, destructin de bâtiments, modification des types de production -  « bref, on n’adoptait pas toutes les conditions de la production sous la forme où elles existaient par tradition, mais on les créait historiquement sous une forme propre à répondre, dans chaque cas donné,     aux exigences d’une application avantageuse du capital » . Création d’un nouveau mode de production par épuration (tchsicka), n’est-ce pas l’essentiel de la politique agraire léniniste-stalinienne ?


L’évolution des théories agraires de Lénine n’a pas besoin d’être retracée ici, sinon pour souligner qu’il a pour thèse permanente celle d’une population excédentaire dont il faut nettoyer la terre russe. Dès ses premiers textes il parle des koulaks comme de « vampires »  ou de « sangsues », dont le nombre est énorme par rapport à la quantité minime de produits dont disposent les paysans , tout en affirmant que ses usuriers et « les paysans bien assis » relèvent d’un même phénomène, le développement du capitalisme dans les campagnes. Ainsie est annoncé, dès avant 1900, l’assimilation que Lénine établie en 1918 entre « koulaks « et « élements exploiteurs des campagnes » ou « bourgeoisie rurale »  . Du reste Lénine, dans le même texte de 1897, soutient que « dans son activité économique le moujik tend à devenir un koulak » . Il se peut que l’idée de parasitisme et de parasitisme de paysans riches ne soit par original, qu’elle ne soit par une invention de Lénine mais  l’idée changera de statut que il le programme communiste sera de se débarasser de ces centaines de milliers de paysans aisés qu’il faut « écraser » par la violence comme le mot d’ordre est donné en 1920-1921 par Lénine . 
Si l’on peut souligner que Lénine à trouver chez Marx le modèle de l’institution  efficace parce qu’épurée et la théorisation de la nécessaire élimination de groupes excédentaires dans la paysannerie, on doit aussi noter deux différences remarquables. Dans la théorisation de la coopération  comme création d’un « corps collectif », Marx souligne que la « direction capitaliste » à une double face : « procès de production coopératif «  et « procès d’extraction de plus-value » aussi la forme de cette direction devient nécessairement « despotique ». Ce despotisme de la fabrique Lénine l’oublie pour ne retenir de la coopération que le prodigieux gain d’efficacité qu’elle permet . Mais l’écart d’avec Marx est aussi remarquable dans la transformation de la notion d’Etat parasite, que l’on trouve chez Marx à la conception  léniniste du parasitisme. En effet, dans La Commune de Paris, 1871, Marx présente l’Etat bonapartise comme un produit ultime de la différenciation entre société civile (bürgerlichte Gesselchaft) et Etat où l’Etat bureaucratique menace de dévorer la société civile : c’est un vampire, un buveur de sang, une goule, un parasite dit Marx. Mais si Marx qualifie l’Etat bourgeois de parasite et souhaite son remplacement par la dictature du parti, il ne ne parle jamais des bureaucrates comme de parasites qu’il faudrait exterminer . En ce sens, et dans la mesure même où l’épuration est au cœur même du dispositif qu’il a conçu, on peut dire que Lénine introduit un concept nouveau de la politique par rapport à Marx : sa théorisation n’est pas centrée sur la distinction entre société civile et Etat, mais entre parti épuré et société à épurer.
Si l’on peut donc  considérer qu’il y a une discontinuité entre Marx et Lénine quant à leur conception du corps social, ce corps collectif que Lénine voudrait exempt de toute impureté (et sans tenire compte des différences entre leur statut historique), on peut soutenir, au contraire la continuité entre Lénine et Staline. Quand  Lénine meurt tous les instruments de la terreur de masse et des diffèrentes formes de violence ont été expérimentés sur une plus ou moins grande échelle : les camps de concentration (dont le premier ouvre en août 1918), la mise en place de l’extermination des koulaks en tant que classe (printemps 1918), l’internement dans des hôpitaux psychiatriques pour des opposants politiques (fevrier 1919), l’organisation de procès truqués, la lutte contre les opposants dans le parti par la mise en place d’une policie intérieure au parti, la rédaction d’articles du code pénal permettant une représsion illimitée. Et il a commençé à faire fonctionner des mécanismes de terreur sur le parti qui sont pour des auteurs comme Arendt ou Aron typique du totalitarisme, même si l’ampleur des violences n’est pas comparable à celle que Staline déploiera.


HYGIÈNE SOCIAL

Vladimir Lenin
How to Organise Competition?

Written: December 24-27, 1917
Source: Collected Works, Volume 26, p. 404-15
Publisher: Progress Publishers
First Published: Pravda No. 17, January 20, 1929.
Translated: Yuri Sdobnikov and George Hanna
Online Version: marx.org 1997; marxists.org 1999
Transcribed: Robert Cymbala
HTML Markup: Brian Baggins and David Walters

 

Bourgeois authors have been using up reams of paper praising competition, private enterprise, and all the other magnificent virtues and blessings of the capitalists and the capitalist system. Socialists have been accused of refusing to understand the importance of these virtues, and of ignoring "human nature". As a matter of fact, however, capitalism long ago replaced small, independent commodity production, under which competition could develop enterprise, energy and bold initiative to any considerable extent, by large- and very large-scale factory production, joint-stock companies, syndicates and other monopolies. Under such capitalism, competition means the incredibly brutal suppression of the enterprise, energy and bold initiative of the mass of the population, of its overwhelming majority, of ninety-nine out of every hundred toilers; it also means that competition is replaced by financial fraud, nepotism, servility on the upper rungs of the social ladder.

Far from extinguishing competition, socialism, on the contrary, for the first time creates the opportunity for employing it on a really wide and on a really mass scale, for actually drawing the majority of working people into a field of labour in which they can display their abilities, develop the capacities, and reveal those talents, so abundant among the people whom capitalism crushed, suppressed and strangled in thousands and millions.

Now that a socialist government is in power our task is to organise competition.

The hangers-on and spongers on the bourgeoisie described socialism as a uniform, routine, monotonous and drab barrack system. The lackeys of the money-bags, the lickspittles of the exploiters, the bourgeois intellectual gentlemen used socialism as a bogey to "frighten" the people, who, under capitalism, were doomed to the penal servitude and the barrack-like discipline of arduous, monotonous toil, to a life of dire poverty and semi-starvation. The first step towards the emancipation of the people from this penal servitude is the confiscation of the landed estates, the introduction of workers’ control and the nationalisation of the banks. The next steps will be the nationalisation of the factories, the compulsory organisation of the whole population in consumers’ societies, which are at the same time societies for the sale of products, and the state monopoly of the trade in grain and other necessities.
Classification of .

Only now is the opportunity created for the truly mass display of enterprise, competition and bold initiative. Every factory from which the capitalist has been ejected, or in which he has at least been curbed by genuine workers’ control, every village from which the landowning exploiter has been smoked out and his land confiscated has only now become a field in which the working man can reveal his talents, unbend his back a little, rise to his full height, and feel that he is a human being. For the first time after centuries of working for others, of forced labour for the exploiter, it has become possible to work for oneself and moreover to employ all the achievements of modern technology and culture in one’s work.

Of course, this greatest change in human history from working under compulsion to working for oneself cannot take place without friction, difficulties, conflicts and violence against the inveterate parasites and their hangers-on. No worker has any illusions on that score. The workers and poor peasants, hardened by dire want and by many long years of slave labour for the exploiters, by their countless insults and acts of violence, realise that it will take time to break the resistance of those exploiters. The workers and peasants are not in the least infected with the sentimental illusions of the intellectual gentlemen, of the Novaya Zhizn crowd and other slush, who "shouted" themselves hoarse "denouncing" the capitalists and "gesticulated" against them, only to burst into tears and to behave like whipped puppies when it came to deeds, to putting threats into action, to carrying out in practice the work of removing the capitalists.

The great change from working under compulsion to working for oneself, to labour planned and organised on a gigantic, national (and to a certain extent international, world) scale, also requires—in addition to "military" measures for the suppression of the exploiters’ resistance—tremendous organisational, organising effort on the part of the proletariat and the poor peasants. The organisational task is interwoven to form a single whole with the task of ruthlessly suppressing by military methods yesterday’s slave-owners (capitalists) and their packs of lackeys—the bourgeois intellectual gentlemen. Yesterday’s slave-owners and their "intellectual" stooges say and think, "We have always been organisers and chiefs. We have commanded, and we want to continue doing so. We shall refuse to obey the ’common people’, the workers and peasants. We shall not submit to them. We shall convert knowledge into a weapon for the defence of the privileges of the money-bags and of the rule of capital over the people."

That is what the bourgeoisie and the bourgeois intellectuals say, think, and do. From the point of view of self-interest their behaviour is comprehensible. The hangers-on and spongers on the feudal landowners, the priests, the scribes, the bureaucrats as Gogol depicted them, and the "intellectuals" who hated Belinsky, also found it "hard" to part with serfdom. But the cause of the exploiters and of their "intellectual" menials is hopeless. The workers and peasants are beginning to break down their resistance—unfortunately, not yet firmly, resolutely and ruthlessly enough—and break it down they will.

"They" think that the "common people", the "common" workers and poor peasants, will be unable to cope with the great, truly heroic, in the world-historic sense of the word, organisational tasks which the socialist revolution has imposed upon the working people. The intellectuals who are accustomed to serving the capitalists and the capitalist state say in order to console themselves: "You cannot do without us." But their insolent assumption has no truth in it; educated men are already making their appearance on the side of the people, on the side of the working people, and are helping to break the resistance of the servants of capital. There are a great many talented organisers among the peasants and the working class, and they are only just beginning to become aware of themselves, to awaken, to stretch out towards great, vital, creative work, to tackle with their own forces the task of building socialist society.

One of the most important tasks today, if not the most important, is to develop this independent initiative of the workers, and of all the working and exploited people generally, develop it as widely as possible in creative organisational work. At all costs we must break the old, absurd, savage, despicable and disgusting prejudice that only the so-called "upper classes", only the rich, and those who have gone through the school of the rich, are capable of administering the state and directing the organisational development of socialist society.

This is a prejudice fostered by rotten routine, by petrified views, slavish habits, and still more by the sordid selfishness of the capitalists, in whose interest it is to administer while plundering and to plunder while administering. The workers will not forget for a moment that they need the power of knowledge. The extraordinary striving after knowledge which the workers reveal, particularly now, shows that mistaken ideas about this do not and cannot exist among the proletariat. But every rank-and-file worker and peasant who can read and write, who can judge people and has practical experience, is capable of organisational work. Among the "common people", of whom the bourgeois intellectuals speak with such haughtiness and contempt, there are many such men and women. This sort of talent among the working class and the peasants is a rich and still untapped source.

The workers and peasants are still "timid", they have not yet become accustomed to the idea that they are now the ruling class; they are not yet resolute enough. The revolution could not at one stroke instill these qualities into millions and millions of people who all their lives had been compelled by want and hunger to work under the threat of the stick. But the Revolution of October 1917 is strong, viable and invincible because it awakens these qualities, breaks down the old impediments, removes the worn-out shackles, and leads the working people on to the road of the independent creation of a new life.

Accounting and control--this is the main economic task of every Soviet of Workers’, Soldiers’ and Peasant’ Deputies, of every consumers’ society, of every union or committee of supplies, of every factory committee or organ of workers’ control in general.

We must fight against the old habit of regarding the measure of labour and the means of production from the point of view of the slave whose sole aim is to lighten the burden of labour or to obtain at least some little bit from the bourgeoisie. The advanced, class-conscious workers have already started this fight, and they are offering determined resistance to the newcomers who flocked to the factory world in particularly large numbers during the war and who now would like to treat the people’s factory, the factory that has come into the possession of the people, in the old way, with the sole aim of "snatching the biggest possible piece of the pie and clearing out". All the class-conscious, honest and thinking peasants and working people will take their place in this fight by the side of the advanced workers.

Accounting and control, if carried on by the Soviets of Workers’, Soldiers’ and Peasants’ Deputies as the supreme state power, or on the instructions, on the authority, of this power -- widespread, general, universal accounting and control, the accounting and control of the amount of labour performed and of the distribution of products—is the essence of socialist transformation, once the political rule of the proletariat has been established and secured.

The accounting and control essential for the transition to socialism can be exercised only by the people. Only the voluntary and conscientious co-operation of the mass of the workers and peasants in accounting and controlling the rich, the rogues, the idlers and the rowdies, a co-operation marked by revolutionary enthusiasm, can conquer these survivals of accursed capitalist society, these dregs of humanity, these hopelessly decayed and atrophied limbs, this contagion, this plague, this ulcer that socialism has inherited from capitalism.

Workers and peasants, working and exploited people! The land, the banks and the factories have now become the property of the entire people! You yourselves must set to work to take account of and control the production and distribution of products—this, and this alone is the road to the victory of socialism, the only guarantee of its victory, the guarantee of victory over all exploitation, over all poverty and want! For there is enough bread, iron, timber, wool, cotton and flax in Russia to satisfy the needs of everyone, if only labour and its products are properly distributed, if only a business-like, practical control over this distribution by the entire people is established, provided only we can defeat the enemies of the people: the rich and their hangers-on, and the rogues, the idlers and the rowdies, not only in politics, but also in everyday economic life.

No mercy for these enemies of the people, the enemies of socialism, the enemies of the working people! War to the death against the rich and their hangers-on, the bourgeois intellectuals; war on the rogues, the idlers and the rowdies! All of them are of the same brood—the spawn of capitalism, the offspring of aristocratic and bourgeois society; the society in which a handful of men robbed and insulted the people; the society in which poverty and want forced thousands and thousands on to the path of rowdyism, corruption and roguery, and caused them to lose all human semblance; the society which inevitably cultivated in the working man the desire to escape exploitation even by means of deception, to wriggle out of it, to escape, if only for a moment, from loathsome labour, to procure at least a crust of bread by any possible means, at any cost, so as not to starve, so as to subdue the pangs of hunger suffered by himself and by his near ones.

The rich and the rogues are two sides of the same coin, they are the two principal categories of parasites which capitalism fostered; they are the principal enemies of socialism. These enemies must be placed under the special surveillance of the entire people; they must be ruthlessly punished for the slightest violation of the laws and regulations of socialist society. Any display of weakness, hesitation or sentimentality in this respect would be an immense crime against socialism.

In order to render these parasites harmless to socialist society we must organise the accounting and control of the amount of work done and of production and distribution by the entire people, by millions and millions of workers and peasants, participating voluntarily, energetically and with revolutionary enthusiasm. And in order to organise this accounting and control, which is fully within the ability of every honest, intelligent and efficient worker and peasant, we must rouse their organising talent, the talent that is to be found in their midst; we must rouse among them—and organise on a national scale -- competition in the sphere of organisational achievement; the workers and peasants must be brought to see clearly the difference between the necessary advice of an educated man and the necessary control by the "common" worker and peasant of the slovenliness that is so usual among the "educated".

This slovenliness, this carelessness, untidiness, unpunctuality, nervous haste, the inclination to substitute discussion for action, talk for work, the inclination to undertake everything under the sun without finishing anything, are characteristics of the "educated"; and this is not due to the fact that they are bad by nature, still less is it due to their evil will; it is due to all their habits of life, the conditions of their work, to fatigue, to the abnormal separation of mental from manual labor, and so on, and so forth.

Among the mistakes, shortcomings and defects of our revolution a by no means unimportant place is occupied by the mistakes, etc., which are due to these deplorable—but at present inevitable—characteristics of the intellectuals in our midst, and to the lack of sufficient supervision by the workers over the organisational work of the intellectuals.

The workers and peasants are still "timid"; they must get rid of this timidity, and they certainty will get rid of it. We cannot dispense with the advice, the instruction of educated people, of intellectuals and specialists. Every sensible worker and peasant understands this perfectly well, and the intellectuals in our midst cannot complain of a lack of attention and comradely respect on the part of the workers and peasants. Advice and instruction, however, is one thing, and the organisation of practical accounting and control is another. Very often the intellectuals give excellent advice and instruction, but they prove to be ridiculously, absurdly, shamefully "unhandy" and incapable of carrying out this advice and instruction, of exercising practical control over the translation of words into deeds.

In this very respect it is utterly impossible to dispense with the help and the leading role of the practical organisers from among the "people", from among the factory workers and working peasants. "It is not the gods who make pots"—this is the truth that the workers and peasants should get well drilled into their minds. They must understand that the whole thing now is practical work; that the historical moment has arrived when theory is being transformed into practice, vitalised by practice, corrected by practice, tested by practice; when the words of Marx, "Every step of real movement is more important than a dozen programmes", become particularly true—every step in really curbing in practice, restricting, fully registering the rich and the rogues and keeping them under control is worth more than a dozen excellent arguments about socialism. For, "theory, my friend, is grey, but green is the eternal tree of life".

Competition must be arranged between practical organisers from among the workers and peasants. Every attempt to establish stereotyped forms and to impose uniformity from above, as intellectuals are so inclined to do, must be combated. Stereotyped forms and uniformity imposed from above have nothing in common with democratic and socialist centralism. The unity of essentials, of fundamentals, of the substance, is not disturbed but ensured by variety in details, in specific local features, in methods of approach, in methods of exercising control, in ways of exterminating and rendering harmless the parasites (the rich and the rogues, slovenly and hysterical intellectuals, etc., etc.).

The Paris Commune gave a great example of how to combine initiative, independence, freedom of action and vigour from below with voluntary centralism free from stereotyped forms. Our Soviets are following the same road. But they are still "timid"; they have not yet got into their stride, have not yet "bitten into" their new, great, creative task of building the socialist system. The Soviets must set to work more boldly and display greater initiative. All "communes"—factories, villages, consumers’ societies, and committees of supplies—must compete with each other as practical organisers of accounting and control of labour and distribution of products. The programme of this accounting and control is simple, clear and intelligible to all—everyone to have bread; everyone to have sound footwear and good clothing; everyone to have warm dwellings; everyone to work conscientiously; not a single rogue (including those who shirk their work) to be allowed to be at liberty, but kept in prison, or serve his sentence of compulsory labour of the hardest kind; not a single rich man who violates the laws and regulations of socialism to be allowed to escape the fate of the rogue, which should, in justice, be the fate of the rich man. "He who does not work, neither shall he eat"—this is the practical commandment of socialism. This is how things should be organised practically. These are the practical successes our "communes" and our worker and peasant organisers should be proud of. And this applies particularly to the organisers among the intellectuals (particularly, because they are too much, far too much in the habit of being proud of their general instructions and resolutions).

Thousands of practical forms and methods of accounting and controlling the rich, the rogues and the idlers must be devised and put to a practical test by the communes themselves, by small units in town and country. Variety is a guarantee of effectiveness here, a pledge of success in achieving the single common aim—to clean the land of Russia of all vermin, of fleas—the rogues, of bugs—the rich, and so on and so forth. In one place half a score of rich, a dozen rogues, half a dozen workers who shirk their work (in the manner of rowdies, the manner in which many compositors in Petrograd, particularly in the Party printing-shops, shirk their work) will be put in prison. In another place they will be put to cleaning latrines. In a third place they will be provided with "yellow tickets" after they have served their time, so that everyone shall keep an eye on them, as harmful persons, until they reform. In a fourth place, one out of every ten idlers will be shot on the spot. In a fifth place mixed methods may be adopted, and by probational release, for example, the rich, the bourgeois intellectuals, the rogues and rowdies who are corrigible will be given an opportunity to reform quickly. The more variety there will be, the better and richer will be our general experience, the more certain and rapid will be the success of socialism, and the easier will it be for practice to devise—for only practice can devise—the best methods and means of struggle.

In what commune, in what district of a large town, in what factory and in what village are there no starving people, no unemployed, no idle rich, no despicable lackeys of the bourgeoisie, saboteurs who call themselves intellectuals? Where has most been done to raise the productivity of labour, to build good new houses for the poor, to put the poor in the houses of the rich, to regularly provide a bottle of milk for every child of every poor family? It is on these points that competition should develop between the communes, communities, producer-consumers’ societies and associations, and Soviets of Workers’, Soldiers’ and Peasants’ Deputies. This is the work in which talented organisers should come to the fore in practice and be promoted to work in state administration. There is a great deal of talent among the people. It is merely suppressed. It must be given an opportunity to display itself. It and it alone, with the support of the people, can save Russia and save the cause of socialism.

Vl. Ilyin

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X Mao  tsé toung, lecteur de Clausewitz.



«La guerre est la continuation de la politique.» En ce sens, la guerre, c'est la politique; elle est donc en elle-même un acte politique; depuis les temps les plus anciens, il n'y a jamais eu de guerre qui n'ait eu un caractère politique. . . .

Mais la guerre a aussi ses caractères spécifiques.

En ce sens, elle n'est pas identique à la politique en général. «La guerre est une simple continuation de la politique par d'autres moyens.»

Une guerre éclate pour lever les obstacles qui se dressent sur la voie de la politique, quand celle-ci a atteint un certain stade qui ne peut être dépassé par les moyens habituels. . . .

Lorsque l'obstacle est levé et le but politique atteint, la guerre prend fin.

Tant que l'obstacle n'est pas complètement levé, il faut poursuivre la guerre jusqu'à ce qu'elle atteigne son but politique. . . .

C'est pourquoi l'on peut dire que la politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique avec effusion de sang.

De la guerre prolongée» (Mai 1938), Œuvres choisies de Mao Tsétoung, tome II.


Textes en français et en PDF : http://classiques.chez-alice.fr/start/mao00.html

Textes en anglais :


Dans une bombe, avant l'explosion, les contraires, par suite de conditions déterminées, coexistent dans l'unité. Et c'est seulement avec l'apparition de nouvelles conditions (allumage) que se produit l'explosion. Une situation analogue se retrouve dans tous les phénomènes de la nature où, finalement, la solution d'anciennes contradictions et la naissance de choses nouvelles se produisent sous forme de conflits ouverts.

Il est extrêmement important de connaître ce fait. Il nous aide à comprendre que, dans la société de classes, les révolutions et les guerres révolutionnaires sont inévitables, que, sans elles, il est impossible d'obtenir un développement par bonds de la société, de renverser la classe réactionnaire dominante et de permettre au peuple de prendre le pouvoir.

Mao tsé toung, De la contradictionhttp://classiques.chez-alice.fr/mao/contradic7.html

ON CONTRADICTION

August 1937



Citations de Mao tsé toung : "Le Petit livre rouge " (1966) http://classiques.chez-alice.fr/mao/PLR.html

Quotations from Mao Tse Tung 

(http://art-bin.com/art/omaotoc.html)

ou : http://www.marxists.org/reference/archive/mao/works/red-book/

CONTENTS
1. The Communist Party
2. Classes and Class Struggle
3. Socialism and Communism3
4. The Correct Handling of Contradictions Among the People
5. War and Peace
6. Imperialism and All Reactionaries Are Paper Tigers
7. Dare to Struggle and Dare to Win
8. People's War
9. The People's Army
10. Leadership of Party Committees
11. The Mass Line
12. Political Work
13. Relations Between Officers and Men
14. Relations Between the Army and the People
15. Democracy in the Three Main Fields
16. Education and the Training of Troops
17. Serving the People
18. Patriotism and Internationalism
19. Revolutionary Heroism
20. Building Our Country Through Diligence and Frugality
21. Self-Reliance and Arduous Struggle
22. Methods of Thinking and Methods of Work
23. Investigation and Study
24. Correcting Mistaken Ideas
25. Unity
26. Discipline
27. Criticism and Self-Criticism
28. Communists
29. Cadres
30. Youth
31. Women
32. Culture and Art
33. Study


Introduction

De la difficulté à lire Mao

Définition du "peuple" :
Communists must use the democratic method of persuasion and education when working among the labouring people and must on no account resort to commandism or coercion. The Chinese Communist Party faithfully adheres to this Marxist-Leninist principle.

    On the Correct Handling of Contradictions Among the People  (February 27, 1957), 1st pocket ed., p. 15.*

[ texte complet : ON THE CORRECT HANDLING OF CONTRADICTIONS AMONG THE PEOPLE
Our comrades must understand that ideological remoulding involves long-term, patient and painstaking work, and they must not attempt to change people's ideology, which has been shaped over decades of life, by giving a few lectures or by holding a few meetings. Persuasion, not compulsion, is the only way to convince them. Compulsion will never result in convincing them. To try to convince them by force simply won't work. This kind of method is permissible in dealing with the enemy, but absolutely impermissible in dealing with comrades or friends.

    Speech at the Chinese Communist Party's National Conference on Propaganda Work  (March 12, 1957), lst pocket ed., p. 23.

We must make a distinction between the enemy and ourselves, and we must not adopt an antagonistic stand towards comrades and treat them as we would the enemy. In speaking up, one must have an ardent desire to protect the cause of the people and raise their political consciousness, and there must be no ridiculing or attacking in one's approach.

    Ibid.,  p. 20.*

I La Guerre et la paix


a)  théorie générale de la guerre

Chapitre 5 du Petit livre rouge (1966) : http://art-bin.com/art/omao5.html

b) les impérialistes sont des tigres en papier

Chapitre 6 du Petit livre rouge : http://art-bin.com/art/omao6.html

II La guerre de guérilla

a) la guerre populaire

Chapitre 8 du Petit livre rouge : http://art-bin.com/art/omao8.html

b) l'Armée populaire de libération

Chapitre 9 du PLR : http://art-bin.com/art/omao9.html

Et chapitre 13 http://art-bin.com/art/omao13.html
et chapitre 14 http://art-bin.com/art/omao14.html

Chapitre 16 : http://art-bin.com/art/omao16.html

III Guerre populaire anti japonaise (nationaliste)

Un nationalisme rural :

It is the peasants who are the source of China's industrial workers. In the future, additional tens of millions of peasants will go to the cities and enter factories. If China is to build up powerful national industries and many large modern cities, there will have to be a long process of transformation of rural into urban inhabitants.

It is the peasants who constitute the main market for China's industry. Only they can supply foodstuffs and raw materials in great abundance and absorb manufactured goods in great quantities.

It is the peasants who are the source of the Chinese army. The soldiers are peasants in military uniform, the mortal enemies of the Japanese aggressors.

It is the peasants who are the main political force for democracy in China at the present stage. Chinese democrats will achieve nothing unless they rely on the support of the 360 million peasants.

It is the peasants who are the chief concern of China's cultural movement at the present stage. If the 360 million peasants are left out, do not the "elimination of illiteracy", "popularization of education", "literature and art for the masses" and "public health" become largely empty talk?

In saying this, I am of course not ignoring the political, economic and cultural importance of the rest of the people numbering about 90 million, and in particular am not ignoring the working class, which is politically the most conscious and therefore qualified to lead the whole revolutionary movement. Let there be no misunderstanding.  (Du Gouvernement de coalition,  avril, 1945)





On Guerrilla Warfare (http://www.marxists.org/reference/archive/mao/works/1937/guerrilla-warfare/index.htm)
6. The Political Problems Of Guerrilla Warfare (http://www.marxists.org/reference/archive/mao/works/1937/guerrilla-warfare/ch06.htm)

In Chapter 1, I mentioned the fact that guerrilla troops should have a precise conception of the political goal of the struggle and the political organization to be used in attaining that goal. This means that both organization and discipline of guerrilla troops must be at a high level so that they can carry out the political activities that are the life of both the guerilla armies and of revolutionary warfare.

First of all, political activities depend upon the indoctrination of both military and political leaders with the idea of anti-Japanism. Through them, the idea is transmitted to the troops. One must not feel that he is anti-Japanese merely because he is a member of a guerrilla unit. The anti-Japanese idea must be an ever-present conviction, and if it is forgotten, we may succumb to the temptations of the enemy or be overcome with discouragement. In a war of long duration, those whose conviction that the people must be emancipated is not deep rooted are likely to become shaken in their faith or actually revolt. Without the general education that enables everyone to understand our goal of driving out Japanese imperialism and establishing a free and happy China, the soldiers fight without conviction and lose their determination.

The political goal must be clearly and precisely indicated to inhabitants of guerrilla zones and their national consciousness awakened. Hence, a concrete explanation of the political systems used is important not only to guerrilla troops but to all those who are concerned with the realization of our political goal. The Kuomintang has issued a pamphlet entitled System of National Organization for War, which should be widely distributed throughout guerrilla zones. If we lack national organization, we will lack the essential unity that should exist between the soldiers and the people.

A study and comprehension of the political objectives of this war and of the anti-Japanese front is particularly important for officers of guerrilla troops. There are some militarists who say: 'We are not interested in politics but only in the profession of arms.' It is vital that these simple-minded militarists be made to realize the relationship that exists between politics and military affairs. Military action is a method used to attain a political goal. While military affairs and political affairs are not identical, it is impossible to isolate one from the other.

It is to be hoped that the world is in the last era of strife. The vast majority of human beings have already prepared or are preparing to fight a war that will bring justice to the oppressed peopled of the world. No matter how long this war may last, there is no doubt that it will be followed by an unprecedented epoch of peace The war that we are fighting today for the freedom of all human beings, and the independent, happy, and liberal China that we are fighting to establish will be a part of that new world order. A conception like this is difficult for the simple-minded militarist to grasp and it must therefore be carefully explained to him.

There are three additional matters that must be considered under the broad question of political activities. These are political activities, first, as applied to the troops; second, as applied to the people; and, third, as applied to the enemy. The fundamental problems are: first, spiritual unification of officers and men within the army; second spiritual unification of the army and the people; of the army and the people; and, last, destruction of the unity of the enemy. The concrete methods for achieving these unities are discussed in detail in pamphlet Number 4 of this series, entitled Political Activities in Anti-Japanese Guerrilla Warfare.

A revolutionary army must have discipline that is established on a limited democratic basis. In all armies, obedience the subordinates to their superiors must be exacted. This is true in the case of guerrilla discipline, but the basis for guerrilla discipline must be the individual conscience. With guerrillas, a discipline of compulsion is ineffective. In any revolutionary army, there is unity of purpose as far as both officers and men are concerned, and, therefore, within such an army, discipline is self-imposed. Although discipline in guerrilla ranks is not as severe as in the ranks of orthodox forces, the necessity for discipline exists. This must be self-imposed, because only when it is, is the soldier able to understand completely, why he fights and why he must obey. This type of discipline becomes a tower of strength within the army, and it is the only type that can truly harmonize the relationship that exists between officers and soldiers.

In any system where discipline is externally imposed, the relationship that exists between officer and man is characterized by indifference of the one to the other. The idea that officers can physically beat or severely tongue-lash their men is a feudal one and is not in accord with the conception of self-imposed discipline. Discipline of the feudal type will destroy internal unity and fighting strength. A discipline self-imposed is the primary characteristic of a democratic system in the army .

A secondary characteristic is found in the degree of liberties accorded officers and soldiers. In a revolutionary army, all individuals enjoy political liberty and the question, for example, of the emancipation of the people must not only be tolerated but discussed, and propaganda must encouraged. Further, in such an army, the mode of living of the officers and the soldiers must not differ too much, and this is particularly true in the case of guerilla troops. Officers should live under the same conditions as their men, for that is the only way in which they can gain from their men the admiration and confidence so vital in war. It is incorrect to hold to a theory of equality in all things. But there must be equality of existence in accepting the hardships and dangers of war, thus we may attain to the unification of the officer and soldier groups a unity both horizontal within the group itself, and vertical, that is, from lower to higher echelons. It is only when such unity is present that units can be said to be powerful combat factors.

There is also a unity of spirit that should exist between troops and local inhabitants. The Eighth Route Army put into practice a code known as 'Three Rules and the Eight Remarks', which we list here:

Rules:

All actions are subject to command.
Do not steal from the people.
Be neither selfish nor unjust.

Remarks:

Replace the door when you leave the house.
Roll up the bedding on which you have slept.
Be courteous.
Be honest in your transactions.
Return what you borrow.
Replace what you break.
Do not bathe in the presence of women.
Do not without authority search those you arrest.

The Red Army adhered to this code for ten years and the Eighth Route Army and other units have since adopted it.

Many people think it impossible for guerrillas to exist for long in the enemy's rear. Such a belief reveals lack of comprehension of the relationship that should exist between the people and the troops. The former may be likened to water the latter to the fish who inhabit it. How may it be said that these two cannot exist together? It is only undisciplined troops who make the people their enemies and who, like the fish out of its native element cannot live.

We further our mission of destroying the enemy by propagandizing his troops, by treating his captured soldiers with consideration, and by caring for those of his wounded who fall into our hands. If we fail in these respects, we strengthen the solidarity of our enemy.

Le parti, l'armée et le peuple (en 1964)

Talk On Putting Military Affairs
Work Into Full Effect And
Cultivating Successors To
The Revolution http://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-9/mswv9_21.htm

June 16, 1964


June 16, 1964

[SOURCE: Long Live Mao Tse-tung Thought, a Red Guard Publication.]

I shall talk about two problems. The first is the question of local party committees paying attention to military affairs, and the second is the question of dealing with successors. . . it will not do to merely observe demonstrations. It is necessary to pay attention to troops, it is necessary to operate armament plants. . . the provinces must inquire into the matter of troop units and the militia. You first secretaries of provincial committees are also political commissars. You have not carried out your duties for a number of years, you have been political commissars in name only and have not paid attention to military affairs. When a problem arises, you become confused without help. Regardless of which direction the enemy may come, it is necessary that you be ready, then our country shall not perish. The various levels of party committees must all pay attention to military affairs work and to militia work. . . How can only we rely on the several millions of Liberation Army troops of the central government in a country such as ours and on such a large battle front? We cannot depend on them. You must make up your own minds. The local authorities have the responsibility. . . needless to say, they will want to fight an atomic war! We shall run away when they drop the atom bombs. When they enter the city, we shall also enter the city and the enemy will not dare to use the atom bomb. We shall engage in street fighting. At any rate, we shall fight them.

It is necessary that the militia be organized a little better organizationally, politically, and militarily. Organizational improvement is to have some sort of an established organization of cadre-militiamen and ordinary militiamen, to have fighters, squad and platoon leaders, and company, battalion, regiment, and division commanders, and to become really functional. It is also necessary that political work personnel be organized so that in case something happens, they may take up their arms and go. Some people have said that their psychological outlook improved greatly after three months of service in the militia. The militia must have organization, it must have soldiers, it must have officers, and it must be put into full effect At present, many localities have not put it into full effect. It is necessary to carry out political work and the work of the people. To put politics into full effect, it is necessary to have a political structure, political commissars, political officers, and political instructors. To do political work is to perform the work of the people. It is necessary to distinguish between the good and the bad people in the militia and eliminate the bad ones. It is necessary to clearly explain to the militiamen that regardless of whatever important matter which may occur, they must not become flustered, for how can one win battles if one is flustered? One must not become flustered in fighting with rifles, guns, or atom bombs. One will not become flustered if one is well prepared politically. When the atom bomb is dropped, there is nothing else but to see Marx; since the days of old there has always been death. Without a belief, one cannot establish oneself. Those who are doomed to die shall die, and those who do not die shall go on. To kill all the Chinese people. I cannot see that, the imperialists will not do that, for who will they have to exploit!. . . . in 20 years of war, have we not lost many people? Huang Kung-lueh, Liu Hu-lan, and Huang Chikuang. . . we did not die, we are the! remaining dregs. When the burden is too heavy, death is the way out. Indeed, death called on Comrade XXX, but he did not go, so he is still alive. It is necessary to be prepared militarily. It is necessary to be prepared with rifles during peacetime, it will be too late when war starts. . . if one only cares about dealing with civil and not military affairs, if one only wants people and not rifles. When war begins, it will be necessary to depend upon China to hold on, it will not do to depend on the revisionists. When the enemy fight their way in, we will be able to fight our way out. In general, we must be ready to fight, we must not become flustered when the fighting starts, we also must not be flustered in fighting the atom bomb. Do not be afraid. It is nothing but a big disorder throughout the world. It is nothing but people dying. Man eventually must die, he may die standing up or lying down. Those who do not die will go on with their work, if one-half meets with death, there is still another half. . . Do not be afraid of imperialism. It will not do to be afraid, the more one is afraid, the less enthusiasm one will have. Being prepared and unafraid, one will have the enthusiasm.

The second problem is to prepare for the future and to bring up successors.

The imperialists have said that our first generation presented no problem, the second generation did not unchange, and that there is hope for the third and fourth generations. Will this hope of the imperialists be realized? Will these words of the imperialists come true? I hope that it will not come true; however, it can also come true. In the Soviet Union, it was the third generation that produced the Soviet Khrushchev Revisionism. We can also possibly produce revisionism. How can we guard against revisionism? How can we cultivate successors to the revolution? As I see it, there are five requirements.

1. It is necessary to regularly observe and educate our cadres, they must have some knowledge of Marxism-Leninism; it would be best if they have a bit more knowledge of Marxism-Leninism. They must practice Marxism-Leninism, not revisionism.

2. They must serve the majority of the people and not the minority. They must serve the majority of the people of China. They must serve the majority of the people of the world and not the minority, or the landlords, rich peasants, counter-revolutionaries, bad elements, and rightists. Without this prerequisite, one cannot serve as a party branch secretary. Moreover, one cannot serve as the central (committee) secretary or the central chairman, Khrushchev was for the minority, we are for the majority of the people.

3. They must be able to unite the majority of the people. What is meant by uniting the majority of the people includes those people who had previously and erroneously opposed ourselves. Regardless of which mountain peak they belong to, we must not seek revenge, we cannot have a new group of officials for each emperor. Our experiences have proven that we would not have been victorious in our revolution if it had not been for the correct guidelines of the 7th National Congress.


Mao et la bombe atomique
THE CHINESE PEOPLE CANNOT BE COWED BY THE ATOM BOMB

January 28, 1955
 
[Main points of a conversation with Ambassador Carl-Johan (Cay) Sundstrom, the first Finnish envoy to China, when he presented his credentials.]

China and Finland are friendly countries. Our relations are based on the Five Principles of Peaceful Coexistence.

China and Finland have never come into conflict. In the past, China's wars with European countries were only with Britain, France, Germany, tsarist Russia, Italy, the Austro-Hungarian Empire and Holland, these countries all came from afar to commit aggressions against China, as in the invasions by the Anglo-French allied forces and by the allied forces of the eight powers, including the United States and Japan. Sixteen countries took part in the war of aggression against Korea, including Turkey and Luxembourg. All these aggressor countries claimed to be peace-loving while branding Korea and China as aggressors

Today, the danger of a world war and the threats to China come mainly from the warmongers in the United States. They have occupied our Taiwan and the Taiwan Straits and are contemplating an atomic war. We have two principles: first, we don't want war; second, we will strike back resolutely if anyone invades us. This is what we teach the members of the Communist Party and the whole nation. The Chinese people are not to be cowed by U.S. atomic blackmail. Our country has a population of 600 million and an area of 9,600,000 square kilometres. The United States cannot annihilate the Chinese nation with its small stack of atom bombs. Even if the U.S. atom bombs were so powerful that, when dropped on China, they would make a hole right through the earth, or even blow it up, that would hardly mean anything to the universe as a whole, though it might be a major event for the solar system.

We have an expression, millet plus rifles. In the case of the United States, it is planes plus the A-bomb. However, if the United States with its planes plus the A-bomb is to launch a war of aggression against China, then China with its millet plus rifles is sure to emerge the victor. The people of the whole world will support us. As a result of World War I, the tsar, the landlords and the capitalists in Russia were wiped out; as a result of World War II, Chiang Kai-shek and the landlords were overthrown in China and the East European countries and a number of countries in Asia were liberated. Should the United States launch a third world war and supposing it lasted eight or ten years, the result would be the elimination of the ruling classes in the United States, Britain and the other accomplice countries and the transformation of most of the world into countries led by Communist Parties. World wars end not in favour of the warmongers but in favour of the Communist Parties and the revolutionary people in all lands. If the warmongers are to make war, then they mustn't blame us for making revolution or engaging in "subversive activities" as they keep saying all the time. If they desist from war, they can survive a little longer on this earth. But the sooner they make war the sooner they will be wiped from the face of the earth. Then a people's united nations would be set up, maybe in Shanghai, maybe somewhere in Europe, or it might be set up again in New York, provided the U.S. warmongers had been wiped out.
ALL REACTIONARIES ARE PAPER TIGERS

November 18, 1957


[Excerpts from a speech at the Moscow Meeting of Representatives of the Communist and Workers' Parties. ]

When Chiang Kai-shek started his offensive against us in 1946, many of our comrades and the people of the country were much concerned about whether we could win the war. I myself was concerned. But we were confident of one thing. At that time an American correspondent, Anna Louise Strong, came to Yenan. In an interview, I discussed many questions with her, including Chiang Kai-shek, Hitler, Japan, the United States and the atom bomb. I said all allegedly powerful reactionaries are merely paper tigers. The reason is that they are divorced from the people. Look! Wasn't Hitler a paper tiger? Wasn't he overthrown? I also said that the tsar of Russia was a paper tiger, as were the emperor of China and Japanese imperialism, and see, they were all overthrown. U.S. imperialism has not yet been overthrown and it has the atom bomb, but I believe it too is a paper tiger and will be overthrown. Chiang Kai-shek was very powerful, for he had a regular army of more than four million. We were then in Yenan. What was the population of Yenan? Seven thousand. How many troops did we have? We had 900,000 guerrillas, all isolated by Chiang Kai-shek in scores of base areas. But we said that Chiang Kai-shek was only a paper tiger and that we could certainly defeat him. We have developed a concept over a long period for the struggle against the enemy, namely, strategically we should despise all our enemies, but tactically we should take them all seriously. In other words, with regard to the whole we must despise the enemy, but with regard to each specific problem we must take him seriously. If we do not despise him with regard to the whole, we shall commit opportunist errors. Marx and Engels were but two individuals, and yet in those early days they already declared that capitalism would be overthrown throughout the world. But with regard to specific problems and specific enemies, if we do not take them seriously, we shall commit adventurist errors. In war, battles can only be fought one by one and the enemy forces can only be destroyed one part at a time. Factories can only be built one by one. Peasants can only plough the land plot by plot. The same is even true of eating a meal. Strategically, we take the eating of a meal lightly, we are sure we can manage it. But when it comes to the actual eating, it must be done mouthful by mouthful, you cannot swallow an entire banquet at one gulp. This is called the piecemeal solution and is known in military writings as destroying the enemy forces one by one.
People Of The World, Unite
And Defeat The U.S. Aggressors
And All Their Running Dogs
May 23, 1970
http://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-9/mswv9_86.htm



[SOURCE: Peking Review (23 May, 1970).]

A new upsurge in the struggle against U.S. imperialism is now emerging throughout the world. Ever since the Second World War, U.S. imperialism and its followers have been continuously launching wars of aggression and the people in various countries have been continuously waging revolutionary wars to defeat the aggressors. The danger of a new world war still exists, and the people of all countries must get prepared. But revolution is the main trend in the world today.

Unable to win in Vietnam and Laos, the U.S. aggressors treacherously engineered the reactionary coup d’etat by the Lon Nol Sirik Matak clique, brazenly dispatched their troops to invade Cambodia and resumed the bombing of North Vietnam, and this has aroused the furious resistance of the three Indo Chinese peoples. I warmly support the fighting spirit of Samdech Norodom Sihanouk, Head of State of Cambodia, in opposing U.S. imperialism and its lackeys. I warmly support the Joint Declaration of the Summit Conference of the Indo Chinese Peoples. I warmly support the establishment of the Royal Government of National Union under the Leadership of the National United Front of Kampuchea. Strengthening their unity, supporting each other and persevering in a protracted people’s war, the three Indo-Chinese peoples will certainly overcome all difficulties and win complete victory.

While massacring the people in other countries, U.S. imperialism is slaughtering the white and black people in its own country. Nixon’s fascist atrocities have kindled the raging flames of the revolutionary mass movement in the United States. The Chinese people firmly support the revolutionary struggle of the American people. I am convinced that the American people who are fighting valiantly will ultimately win victory and that the fascist rule in the United States will inevitably be defeated.

The Nixon government is beset with troubles internally and externally, with utter chaos at home and extreme isolation abroad. The mass movement of protest against U.S. aggression in Cambodia has swept the globe. Less than ten days after its establishment, the Royal Government of National Union of Cambodia was recognized by nearly twenty countries. The situation is getting better and better in the war of resistance against U.S. aggression and for national salvation waged by the people of Vietnam, Laos and Cambodia. The revolutionary armed struggles of the people of the South-east Asian countries, the struggles of the people of Korea, Japan and other Asian countries against the revival of Japanese militarism by the U.S. and Japanese reactionaries, the struggles of the Palestinian and other Arab peoples against the U.S.-Israeli aggressors, the national-liberation struggles of the Asian, African and Latin American peoples, and the revolutionary struggles of the peoples of North America, Europe and Oceania are all developing vigorously. The Chinese people firmly support the people of the three Indo-Chinese countries and of other countries of the world in their revolutionary struggles against U.S. imperialism and its lackeys.

U.S. imperialism, which looks like a huge monster, is in essence a paper tiger, now in the throes of its deathbed struggle. In the world of today, who actually fears whom? It is not the Vietnamese people, the Laotian people, the Cambodian people, the Palestinian people, the Arab people or the people of other countries who fear U.S. imperialism; it is U.S. imperialism which fears the people of the world. It becomes panic-stricken at the mere rustle of leaves in the wind. Innumerable facts prove that a just cause enjoys abundant support while an unjust cause finds little support. A weak nation can defeat a strong, a small nation can defeat a big. The people of a small country can certainly defeat aggression by a big country, if only they dare to rise in struggle, dare to take up arms and grasp in their own hands the destiny of their country. This is a law of history.

People of the world, unite and defeat the U.S. aggressors and all their running dogs!

Transcription by the Maoist Documentation Project.
HTML revised 2004 by Marxists.org

Selected Works of Mao Tse-tung



La Grande révolution culturelle prolétarienne : la lutte des classes continue après la révolution
Speech To The Albanian
Military Delegation


May 1, 1967

[SOURCE: Long Live Mao Tse-tung Thought, a Red Guard Publication.] http://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-9/mswv9_74.htm
I say the revolutionary spirit of the revolutionary little generals is very strong, and this is excellent. But you cannot step onto the stage now, because if you step onto the stage now, you will be kicked off the stage tomorrow. But this word has been leaked out by a Vice Premier’s own mouth, and this is highly inappropriate. As far as the revolutionary little generals are concerned, it is a question of nurturing and training them. At a time when they have committed certain errors, to use such words will only dampen their spirits. Some say that elections are very good and very democratic. As far as I am concerned, election is merely a fancy word, and do not feel that there is any genuine election. I have been elected by the Peking district to serve as a representative to the National People’s Congress, but how many in Peking really understood me? I feel that Chou En-lai’s premiership was an appointment by the Central Committee. Others say that China is profoundly peace-loving, but I cannot see how profound that love is. I think Chinese are militant.

In regard to cadres, we must establish the belief that 95 percent or more of them are good or relatively good, and we must never depart from this class viewpoint! In regard to leading cadres who are revolutionary or want to be revolutionary, one should protect them, protect them forthrightly and bravely, and liberate them from their errors. Even though they have taken the capitalist road, we must allow them to make revolution after they have undergone long-term education and their errors have been rectified. There are not many really bad persons. Among the masses, they constitute at most 5 percent; within the party and league, 1 to 2 percent; and there are only a handful of power holders who stubbornly take the capitalist road. But we must regard this handful of power holder within the party who take the capitalist road as the principal target of attack because their influence and insidious poison are deep and far-reaching. Thus, this is the principal task of this Great Cultural Revolution. As for bad elements among the masses, they number at most 5 percent, and they are scattered, without much strength. If the 35 million of them, calculated at 5 percent, should band together to form an army and oppose us in an organized manner, that would be a problem deserving serious consideration. But since they are diffused in various localities and powerless, they cannot be the principal target of the Great Proletarian Cultural Revolution. However, it is necessary for us to heighten our vigilance and, especially at this crucial stage of the struggle, prevent these bad elements from wreaking havoc. Thus, there should be two premises for the great alliance: one is to destroy self-interest and foster devotion to the public interest; the other is that there must be a struggle. Without struggle the great alliance will not be effective.

The fourth stage of this Great Cultural Revolution is the crucial stage of the struggle between the two classes, the two roads and the two lines. Thus, a relatively longer period of time will be needed to arrange mass criticism. It is still being discussed by the Cultural Revolution Group of the Central Committee. Some feel that the end of this year would be an appropriate time for this, and others feel that next May would be more appropriate. However, the time must conform to the laws of class struggle.

  Un mouvement maoïste : Le sentier luminieux au Pérou.


Intervención del Movimiento Popular Perú en la Conferencia Internacional para celebrar el XX° aniversario de la fundación del Movimiento Revolucionario Internacionalista (http://www.solrojo.org/conf2004/Conf2004_mpp1.htm)
(NOVEMBRE 2004)


¡Proletarios de todos los países, uníos!

¡Viva el XXº aniversario de la fundación del Movimiento Revolucionario Internacionalista!

El Movimiento Popular Perú saluda con fervor revolucionario a la presente Conferencia Internacional, a los Partidos y organizaciones representados, a los que han enviado mensajes y saludos, y a todos los asistentes.
El MPP ha convocado esta Conferencia Internacional para celebrar el 20 aniversario de la fundación del Movimiento Revolucionario Internacionalista (MRI), que el Partido Comunista del Perú considera como un paso adelante en la reunificación de los comunistas a nivel internacional, a la cual servirá en tanto se sustente y siga una línea ideológica y política justa y correcta.
El Partido Comunista del Perú brega por imponer el maoísmo como único mando y guía de la revolución mundial y contribuye al desarrollo del MRI con el pensamiento gonzalo y con nuestra guerra popular.El Presidente Gonzalo aporta a la revolución mundial

[consignas:]
¡Viva el XXº aniversario de la fundación del Movimiento Revolucionario Internacionalista!

Desde la publicación de su acta de nacimiento, el Manifiesto Comunista, los comunistas vienen luchando incesantemente para unirse, y hoy más que nunca esto debe ser asumido con mayor tenacidad y resolución. La unidad de los comunistas tiene hoy que ser basada en el marxismo-leninismo-maoísmo, principalmente el maoísmo; en la lucha implacable contra el revisionismo; y en el servicio a la revolución proletaria mundial, haciendo la propia revolución a través de la guerra popular. Por ello es una necesidad fortalecer y desarrollar las relaciones entre los Partidos Comunistas y organizaciones revolucionarias del mundo. Hay que partir de que estamos en la nueva gran ola de la revolución proletaria mundial y que sólo el marxismo-leninismo-maoísmo, principalmente maoísmo, debe ser su único mando y guía. En la mayoría de los países aún no existen Partidos Comunistas, y la conformación o reconstitución de dichos Partidos como Partidos Comunistas marxistas-leninistas-maoístas militarizados es una tarea estratégica atrasada. La conformación del Partido de la clase para iniciar la Guerra Popular es una necesidad histórica, un Partido con una base de unidad partidaria marxista-leninista-maoísta, principalmente maoísta, porque es el más alto desarrollo de la ideología del proletariado, la tercera, nueva y superior etapa del marxismo.
La lucha de los pueblos de los países oprimidos tiene gran trascendencia para el desarrrollo de la nueva gran ola de la revolución proletaria mundial, constituyendo su propia base. Los pueblos sumidos por siglos en la más cruel explotación y miseria, son fuente inagotable de lucha, claman por la guerra popular. Los pueblos sabrán asumir bajo la dirección del Partido; corresponde en cada país aplastar los planes del imperialismo de montar falsos “partidos comunistas”, con caudillos, que no hacen nada ni harán nunca nada para la clase, porque están hechos de podre revisionista, les importa un pepino la sangre derramada de las masas, son agentes pagados por el imperialismo. La reacción y el revisionismo están coludidos para que la guerra popular no se desarrolle, saben que será su fin, así como los imperialistas saben el papel decisivo que tendrán los pueblos oprimidos en la revolución proletaria mundial, para cercar a los Estados imperialistas, teniendo como bases de apoyo a las naciones oprimidas que desarrollan guerra popular.
Lo que nos falta es más Partidos Comunistas que desarrollen guerra popular para cambiar la correlación de fuerzas. De esta manera, coordinadas estratégicamente las guerras populares de los Partidos Comunistas de las naciones oprimidas irán nucleando a los pueblos del mundo, y solo a través de ello se forjara un verdadero Movimiento Comunista Internacional, porque estarán los que quieren el comunismo, los que desarrollen la guerra popular. Así la unidad será sólida y cohesionada por el maoísmo; la unidad se da entre los que aplican el marxismo de hoy, el marxismo-leninismo-maoísmo, principalmente el maoísmo. Visto así, el MRI es solo un paso en la conformación del movimiento comunista internacional; es la guerra popular mundial la que lo va generar. El movimiento comunista internacional no se genera como consecuencia de conferencias, de foros, no es una amalgama de organizaciones, sino se conforma por los que aplican la guerra popular especificada a cada país, lo que demanda una Jefatura y un pensamiento guía para cada revolución específica..El movimiento comunista internacional será de los comunistas del mundo, es una tarea inmediata, tenemos una gran responsabilidad y cada Partido debe bregar para cumplir a cabalidad su jornada.

Al plasmar la revolución democrática mediante la guerra popular, como parte de la revolución proletaria mundial, el Partido Comunista del Perú está sirviendo a la revolución mundial y el Presidente Gonzalo aporta a la misma. Es gracias a nuestra grandiosa ideología, el marxismo-leninismo-maoísmo, pensamiento gonzalo, principalmente pensamiento gonzalo, y a la guerra popular, pujante y victoriosa, que nuestro Partido cumple su honroso papel de bregar por poner el marxismo-leninismo-maoísmo, principalmente el maoísmo, como único mando y guía de la revolución mundial, que es obligación cada vez más creciente, es tarea para todos los comunistas de la Tierra, pues hoy no se es comunista si no se es maoísta.


Un ancêtre de Mao et de la guerre asymétrique.

L' ART DE LA GUERRE

 

 de Sun Tzu (entre 443 et 221 avant Jésus-Christ), le texte comporte en effet quelques références à ces Royaumes Combattants.

Article XIII


DE LA CONCORDE ET DE LA DISCORDE
 

Sun Tzu dit: Si, ayant sur pied une armée de cent mille hommes, vous devez la conduire jusqu'à la distance de cent lieues, il faut compter qu'au-dehors, comme au-dedans, tout sera en mouvement et en rumeur. Les villes et les villages dont vous aurez tiré les hommes qui composent vos troupes; les hameaux et les campagnes dont vous aurez tiré vos provisions et tout l'attirail de ceux qui doivent les conduire; les chemins remplis de gens qui vont et viennent, tout cela ne saurait arriver qu'il n'y ait bien des familles dans la désolation, bien des terres incultes, et bien des dépenses pour l'État.

Sept cent mille familles dépourvues de leurs chefs ou de leurs soutiens se trouvent tout à coup hors d'état de vaquer à leurs travaux ordinaires; les terres privées d'un pareil nombre de ceux qui les faisaient valoir diminuent, en proportion des soins qu'on leur refuse, la quantité comme la qualité de leurs productions.

Les appointements de tant d'officiers, la paie journalière de tant de soldats et l'entretien de tout le monde creusent peu à peu les greniers et les coffres du prince comme ceux du peuple, et ne sauraient manquer de les épuiser bientôt.

Être plusieurs années à observer ses ennemis, ou à faire la guerre, c'est ne point aimer le peuple, c'est être l'ennemi de son pays; toutes les dépenses, toutes les peines, tous les travaux et toutes les fatigues de plusieurs années n'aboutissent le plus souvent, pour les vainqueurs eux-mêmes, qu'à une journée de triomphe et de gloire, celle où ils ont vaincu. N'employer pour vaincre que la voie des sièges et des batailles, c'est ignorer également et les devoirs de souverain et ceux de général; c'est ne pas savoir gouverner; c'est ne pas savoir servir l'État.

 

Ainsi, le dessein de faire la guerre une fois formé, les troupes étant déjà sur pied et en état de tout entreprendre, ne dédaignez pas d'employer les artifices.

Commencez par vous mettre au fait de tout ce qui concerne les ennemis; sachez exactement tous les rapports qu'ils peuvent avoir, leurs liaisons et leurs intérêts réciproques; n'épargnez pas les grandes sommes d'argent; n'ayez pas plus de regret à celui que vous ferez passer chez l'étranger, soit pour vous faire des créatures, soit pour vous procurer des connaissances exactes, qu'à celui que vous emploierez pour la paie de ceux qui sont enrôlés sous vos étendards: plus vous dépenserez, plus vous gagnerez; c'est un argent que vous placez pour en retirer un gros intérêt.

Ayez des espions partout, soyez instruit de tout, ne négligez rien de ce que vous pourrez apprendre; mais, quand vous aurez appris quelque chose, ne la confiez pas indiscrètement à tous ceux qui vous approchent.

Lorsque vous emploierez quelque artifice, ce n'est pas en invoquant les Esprits, ni en prévoyant à peu près ce qui doit ou peut arriver, que vous le ferez réussir; c'est uniquement en sachant sûrement, par le rapport fidèle de ceux dont vous vous servirez, la disposition des ennemis, eu égard à ce que vous voulez qu'ils fassent.

Quand un habile général se met en mouvement, l'ennemi est déjà vaincu: quand il combat, il doit faire lui seul plus que toute son armée ensemble; non pas toutefois par la force de son bras, mais par sa prudence, par sa manière de commander, et surtout par ses ruses. Il faut qu'au premier signal une partie de l'armée ennemie se range de son côté pour combattre sous ses étendards: il faut qu'il soit toujours le maître d'accorder la paix et de l'accorder aux conditions qu'il jugera à propos.

Le grand secret de venir à bout de tout consiste dans l'art de savoir mettre la division à propos; division dans les villes et les villages, division extérieure, division entre les inférieurs et les supérieurs, division de mort, division de vie.

Ces cinq sortes de divisions ne sont que les branches d'un même tronc. Celui qui sait les mettre en usage est un homme véritablement digne de commander; c'est le trésor de son souverain et le soutien de l'empire.

J'appelle division dans les villes et les villages celle par laquelle on trouve le moyen de détacher du parti ennemi les habitants des villes et des villages qui sont de sa domination, et de se les attacher de manière à pouvoir s'en servir sûrement dans le besoin.

J'appelle division extérieure celle par laquelle on trouve le moyen d'avoir à son service les officiers qui servent actuellement dans l'armée ennemie.

Par la division entre les inférieurs et les supérieurs, j'entends celle qui nous met en état de profiter de la mésintelligence que nous aurons su mettre entre alliés, entre les différents corps, ou entre les officiers de divers grades qui composent l'armée que nous aurons à combattre.

La division de mort est celle par laquelle, après avoir fait donner de faux avis sur l'état où nous nous trouvons, nous faisons courir des bruits tendancieux, lesquels nous faisons passer jusqu'à la cour de son souverain, qui, les croyant vrais, se conduit en conséquence envers ses généraux et tous les officiers qui sont actuellement à son service.

La division de vie est celle par laquelle on répand l'argent à pleines mains envers tous ceux qui, ayant quitté le service de leur légitime maître, ont passé de votre côté, ou pour combattre sous vos étendards, ou pour vous rendre d'autres services non moins essentiels.

Si vous avez su vous faire des créatures dans les villes et les villages des ennemis, vous ne manquerez pas d'y avoir bientôt quantité de gens qui vous seront entièrement dévoués. Vous saurez par leur moyen les dispositions du grand nombre des leurs à votre égard, ils vous suggéreront la manière et les moyens que vous devez employer pour gagner ceux de leurs compatriotes dont vous aurez le plus à craindre; et quand le temps de faire des sièges sera venu, vous pourrez faire des conquêtes, sans être obligé de monter à l'assaut, sans coup férir, sans même tirer l'épée.

Si les ennemis qui sont actuellement occupés à vous faire la guerre ont à leur service des officiers qui ne sont pas d'accord entre eux; si de mutuels soupçons, de petites jalousies, des intérêts personnels les tiennent divisés, vous trouverez aisément les moyens d'en détacher une partie, car quelque vertueux qu'ils puissent être d'ailleurs, quelque dévoués qu'ils soient à leur souverain, l'appât de la vengeance, celui des richesses ou des postes éminents que vous leur promettez, suffiront amplement pour les gagner; et quand une fois ces passions seront allumées dans leur coeur, il n'est rien qu'ils ne tenteront pour les satisfaire.

Si les différents corps qui composent l'armée des ennemis ne se soutiennent pas entre eux, s'ils sont occupés à s'observer mutuellement, s'ils cherchent réciproquement à se nuire, il vous sera aisé d'entretenir leur mésintelligence, de fomenter leurs divisions; vous les détruirez peu à peu les uns par les autres, sans qu'il soit besoin qu'aucun d'eux se déclare ouvertement pour votre parti; tous vous serviront sans le vouloir, même sans le savoir.

Si vous avez fait courir des bruits, tant pour persuader ce que vous voulez qu'on croie de vous, que sur les fausses démarches que vous supposerez avoir été faites par les généraux ennemis; si vous avez fait passer de faux avis jusqu'à la cour et au conseil même du prince contre les intérêts duquel vous avez à combattre; si vous avez su faire douter des bonnes intentions de ceux mêmes dont la fidélité à leur prince vous sera la plus connue, bientôt vous verrez que chez les ennemis les soupçons ont pris la place de la confiance, que les récompenses ont été substituées aux châtiments et les châtiments aux récompenses, que les plus légers indices tiendront lieu des preuves les plus convaincantes pour faire périr quiconque sera soupçonné.

Alors les meilleurs officiers, leurs ministres les plus éclairés se dégoûteront, leur zèle se ralentira; et se voyant sans espérance d'un meilleur sort, ils se réfugieront chez vous pour se délivrer des justes craintes dont ils étaient perpétuellement agités, et pour mettre leurs jours à couvert.

Leurs parents, leurs alliés ou leurs amis seront accusés, recherchés, mis à mort. Les complots se formeront, l'ambition se réveillera, ce ne seront plus que perfidies, que cruelles exécutions, que désordres, que révoltes de tous côtés.

Que vous restera-t-il à faire pour vous rendre maître d'un pays dont les peuples voudraient déjà vous voir en possession?

Si vous récompensez ceux qui se seront donnés à vous pour se délivrer des justes craintes dont ils étaient perpétuellement agités, et pour mettre leurs jours à couvert; si vous leur donnez de l'emploi, leurs parents, leurs alliés, leur amis seront autant de sujets que vous acquerrez à votre prince.

Si vous répandez l'argent à pleines mains, si vous traitez bien tout le monde, si vous empêchez que vos soldats ne fassent le moindre dégât dans les endroits par où ils passeront, si les peuples vaincus ne souffrent aucun dommage, assurez-vous qu'ils sont déjà gagnés, et que le bien qu'ils diront de vous attirera plus de sujets à votre maître et plus de villes sous sa domination que les plus brillantes victoires.

Soyez vigilant et éclairé; mais montrez à l'extérieur beaucoup de sécurité, de simplicité et même d'indifférence; soyez toujours sur vos gardes, quoique vous paraissiez ne penser à rien; défiez-vous de tout, quoique vous paraissiez sans défiance; soyez extrêmement secret, quoiqu'il paraisse que vous ne fassiez rien qu'à découvert; ayez des espions partout; au lieu de paroles, servez-vous de signaux; voyez par la bouche, parlez par les yeux; cela n'est pas aisé, cela est très difficile. On est quelquefois trompé lorsqu'on croit tromper les autres. Il n'y a qu'un homme d'une prudence consommée, qu'un homme extrêmement éclairé, qu'un sage du premier ordre qui puisse employer à propos et avec succès l'artifice des divisions. Si vous n'êtes point tel, vous devez y renoncer; l'usage que vous en feriez ne tournerait qu'à votre détriment.

Après avoir enfanté quelque projet, si vous apprenez que votre secret a transpiré, faites mourir sans rémission tant ceux qui l'auront divulgué que ceux à la connaissance desquels il sera parvenu. Ceux-ci ne sont point coupables encore à la vérité, mais ils pourraient le devenir. Leur mort sauvera la vie à quelques milliers d'hommes et assurera la fidélité d'un plus grand nombre encore.

Punissez sévèrement, récompensez avec largesse: multipliez les espions, ayez-en partout, dans le propre palais du prince ennemi, dans l'hôtel de ses ministres, sous les tentes de ses généraux; ayez une liste des principaux officiers qui sont à son service; sachez leurs noms, leurs surnoms, le nombre de leurs enfants, de leurs parents, de leurs amis, de leurs domestiques; que rien ne se passe chez eux que vous n'en soyez instruit.

Vous aurez vos espions partout: vous devez supposer que l'ennemi aura aussi les siens. Si vous venez à les découvrir, gardez-vous bien de les faire mettre à mort; leurs jours doivent vous être infiniment précieux. Les espions des ennemis vous serviront efficacement, si vous mesurez tellement vos démarches, vos paroles et toutes vos actions, qu'ils ne puissent jamais donner que de faux avis à ceux qui les ont envoyés.

Enfin, un bon général doit tirer parti de tout; il ne doit être surpris de rien, quoi que ce soit qui puisse arriver. Mais par-dessus tout, et de préférence à tout, il doit mettre en pratique ces cinq sortes de divisions. Rien n'est impossible à qui sait s'en servir.

Défendre les États de son souverain, les agrandir, faire chaque jour de nouvelles conquêtes, exterminer les ennemis, fonder même de nouvelles dynasties, tout cela peut n'être que l'effet des dissensions employées à propos.

Telle fut la voie qui permit l'avènement des dynasties Yin et Tcheou, lorsque des serviteurs transfuges contribuèrent à leur élévation.


       


      
   

    
Che Guevarra


Guerra de guerrillas: un método.

 
Cuba Socialista, septiembre de 1963. : http://www.diariochebolivia.cubasi.cu/ampliacion.asp?id_contenido=166&tipo_info=7


La guerra de guerrillas ha sido utilizada innúmeras veces en la historia en condiciones diferentes y persiguiendo distintos fines. Últimamente ha sido usada en diversas guerras populares de liberación donde la vanguardia del pueblo eligió el camino de la lucha armada irregular contra enemigos de mayor potencial bélico. Asia, África y América han sido escenario de estas acciones cuando se trataba de lograr el poder en lucha contra la explotación feudal, neocolonial o colonial. En Europa se la empleó como complemento de los ejércitos regulares propios o aliados.

En América se ha recurrido a la guerra de guerrillas en diversas oportunidades. Como antecedente mediato más cercano puede anotarse la experiencia de César Augusto Sandino, luchando contra las fuerzas expedicionarias yanquis en la Segovia nicaragüense. Y, recientemente, la guerra revolucionaria de Cuba. A partir de entonces, en América se han planteado los problemas de la guerra de guerrillas en las discusiones teóricas de los partidos progresistas del Continente y la posibilidad y conveniencia de su utilización es materia de polémicas encontradas.

Estas notas tratarán de expresar nuestras ideas sobre la guerra de guerrillas y cuál sería su utilización correcta.

Ante todo hay que precisar que esta modalidad de lucha es un método; un método para lograr un fin. Ese fin, indispensable, ineludible para todo revolucionario, es la conquista del poder político. Por tanto, en los análisis de las situaciones específicas de los distintos países de América, debe emplearse el concepto de guerrilla reducido a la simple categoría de método de lucha para lograr aquel fin, casi inmediatamente surge la pregunta: ¿El método de la guerra de guerrillas es la fórmula única para la toma del poder en la América entera; o será, en todo caso, la forma predominante?; o, simplemente, ¿será una fórmula más entre todas las usadas para la lucha? y, en último extremo, se preguntan, ¿será aplicable a otras realidades continentales el ejemplo de Cuba? Por el camino de la polémica, suele criticarse a aquellos que quieren hacer la guerra de guerrillas, aduciendo que se olvidan de la lucha de masas, casi como si fueran métodos contrapuestos. Nosotros rechazamos el concepto que encierra esa posición; la guerra de guerrillas es una guerra de pueblo, es una lucha de masas. Pretender realizar este tipo de guerra sin el apoyo de la población, es el preludio de un desastre inevitable.

La guerrilla es la vanguardia combativa del pueblo, situada en un lugar determinado de algún territorio dado, armada, dispuesta a desarrollar una serie de acciones bélicas tendientes al único fin estratégico posible: la toma del poder. Está apoyada por las masas campesinas y obreras de la zona y de todo el territorio de que se trate. Sin esas premisas no se puede admitir la guerra de guerrillas.

«En nuestra situación americana, consideramos que tres aportaciones fundamentales hizo la Revolución Cubana a la mecánica de los movimientos revolucionarios en América; Son ellas: Primero: las fuerzas populares pueden ganar una guerra contra el ejército. Segundo: no siempre hay que esperar a que se den todas las condiciones para la revolución; el foco insurreccional puede crearlas. Tercero: en la América subdesarrollada, el terreno de la lucha armada debe ser fundamentalmente el campo».

Tales son las aportaciones para el desarrollo de la lucha revolucionaria en América, y pueden aplicarse a cualquiera de los países de nuestro Continente en los cuales se vaya a desarrollar una guerra de guerrillas.

La Segunda Declaración de La Habana señala: En nuestros países se juntan las circunstancias de una industria subdesarrollada con un régimen agrario de carácter feudal.

Es por eso que, con todo lo duras que son las condiciones de vida de los obreros urbanos, la población rural vive aún en las más horribles condiciones de opresión y explotación; pero es también, salvo excepciones, el sector absolutamente mayoritario, en proporciones que a veces sobrepasan el setenta por ciento de las poblaciones latinoamericanas.

Descontando los terratenientes, que muchas veces residen en las ciudades, el resto de esa gran masa libra su sustento trabajando como peones en las haciendas por salarios misérrimos, o labran la tierra en condiciones de explotación que nada tienen que envidiar a la Edad Media. Estas circunstancias son las que determinan que en América Latina la población pobre del campo constituya una tremenda fuerza revolucionaria potencial.

Los ejércitos, estructurados y equipados para la guerra convencional, que son la fuerza en que se sustenta el poder de las clases explotadoras, cuando tienen que enfrentarse a la lucha irregular de los campesinos en el escenario natural de estos, resultan absolutamente impotentes; pierden diez hombres por cada combatiente revolucionario que cae, y la desmoralización cunde rápidamente en ellos al tener que enfrentarse a un enemigo invisible e invencible que no les ofrece ocasión de lucir sus tácticas de academia y sus fanfarrias de guerra, de las que tanto alarde hacen para reprimir a los obreros y a los estudiantes en las ciudades.

La lucha inicial de reducidos núcleos combatientes se nutre incesantemente de nuevas fuerzas, el movimiento de masas comienza a desatarse, el viejo orden se resquebraja poco a poco en mil pedazos, y es entonces el momento en que la clase obrera y las masas urbanas deciden la batalla.

¿Qué es lo que desde el comienzo mismo de la lucha de esos primeros núcleos los hace invencibles, independientemente del número, el poder y los recursos de sus enemigos? El apoyo del pueblo, y con ese apoyo de las masas contarán en grado cada vez mayor.

Pero el campesino es una clase que, por el estado de incultura en que lo mantienen y el aislamiento en que vive, necesita la dirección revolucionaria y política de la clase obrera y los intelectuales revolucionarios, sin la cual no podría por sí sola lanzarse a la lucha y conquistar la victoria.

En las actuales condiciones históricas de América Latina, la burguesía nacional no puede encabezar la lucha antifeudal y antimperialista. La experiencia demuestra que en nuestras naciones esa clase, aun cuando sus intereses son contradictorios con los del imperialismo yanqui, ha sido incapaz de enfrentarse a este, paralizada por el miedo a la revolución social y asustada por el clamor de las masas explotadas.

Completando el alcance de estas afirmaciones que constituyen el nudo de la declaración revolucionaria de América, la Segunda Declaración de La Habana expresa en otros párrafos lo siguiente:

Las condiciones subjetivas de cada país, es decir, el factor conciencia, organización, dirección, puede acelerar o retrasar la revolución, según su mayor o menor grado de desarrollo; pero tarde o temprano en cada época histórica, cuando las condiciones objetivas maduran, la conciencia se adquiere, la organización se logra, la dirección surge y la revolución se produce. Que ésta tenga lugar por cauces pacíficos o nazca al mundo después de un parto doloroso, no depende de los revolucionarios; depende de las fuerzas reaccionarias de la vieja sociedad, que se resisten a dejar nacer la sociedad nueva, que es engendrada por las contradicciones que lleva en su seno la vieja sociedad. La revolución es en la historia como el médico que asiste al nacimiento de una nueva vida. No usa sin necesidad los aparatos de fuerza; pero los usa sin vacilaciones cada vez que sea necesario para ayudar al parto. Parto que trae a las masas esclavizadas y explotadas las esperanza de una vida mejor. [La révolution est dans l'histoire comme le médecin qui aide à la naissance d'une nouvelle vie. Il n'utilise pas sans nécessésit les forceps mais il les utiliste sans hésiter chaque fois que c'est nécessaire pour aider l'accouchement. Acouchement qui apporte aux masses soumises à l'esclavage et à l'exploitation l'espoir d'une vie meilleure. Trad. de D. Colas].

En muchos países de América Latina la revolución es hoy inevitable. Ese hecho no lo determina la voluntad de nadie. Está determinado por las espantosas condiciones de explotación en que vive el hombre americano, el desarrollo de la conciencia revolucionaria de las masas, la crisis mundial, del imperialismo y el movimiento universal de lucha de los pueblos subyugados...

Partiremos de estas bases para el análisis de toda la cuestión guerrillera en América.

Establecimos que es un método de lucha para obtener un fin. Lo que interesa, primero, es analizar el fin y ver si se puede lograr la conquista del poder de otra manera que por la lucha armada, aquí en América.

La lucha pacífica puede llevarse a cabo mediante movimientos de masas y obligar -en situaciones especiales de crisis- ceder a los gobiernos, ocupando eventualmente el poder las fuerzas populares que establecerían la dictadura proletaria. Correcto teóricamente. Al analizar lo anterior en el panorama de América tenemos que llegar a las siguientes conclusiones: En este Continente existen en general condiciones objetivas que impulsan a las masas a acciones violentas contra los gobiernos burgueses y terratenientes, existen crisis de poder en muchos otros países y algunas condiciones subjetivas también. Claro está que, en los países en que todas las condiciones estén dadas, sería hasta criminal no actuar para la toma del poder. En aquellos otros en que esto no ocurre es lícito que aparezcan distintas alternativas y que de la discusión teórica surja la decisión aplicable a cada país. Lo único que la historia no admite es que los analistas y ejecutores de la política del proletariado se equivoquen. Nadie puede solicitar el cargo de partido de vanguardia como un diploma oficial dado por la Universidad. Ser partido de vanguardia es estar al frente de la clase obrera en la lucha por la toma del poder, saber guiarla a su captura, conducirla por los atajos, incluso. Esa es la misión de nuestros partidos revolucionarios y el análisis debe ser profundo y exhaustivo para que no haya equivocación.

Hoy por hoy, se ve en América un estado de equilibrio inestable entre la dictadura oligárquica y la presión popular. La denominamos con la palabra oligárquica pretendiendo definir la alianza reaccionaria entre las burguesías de cada país y sus clases de terratenientes, con mayor o menor preponderancia de las estructuras feudales. Estas dictaduras transcurren dentro de ciertos marcos de legalidad que se adjudicaron ellas mismas para su mejor trabajo durante todo el período irrestricto de dominación de clase, pero pasamos por una etapa en que las presiones populares son muy fuertes; están llamando a las puertas de la legalidad burguesa y ésta debe ser violada por sus propios autores para detener el impulso de las masas. Sólo que las violaciones descaradas, contrarias a toda legislación preestablecida - o legislación establecida a posteriori para santificar el hecho - ponen en mayor tensión a las fuerzas del pueblo. Por ello, la dictadura oligárquica trata de utilizar los viejos ordenamientos legales para cambiar la constitucionalidad y ahogar más al proletariado, sin que el choque sea frontal. No obstante, aquí es donde se produce la contradicción. El pueblo ya no soporta las antiguas y, menos aún, las nuevas medidas coercitivas establecidas por la dictadura, y trata de romperlas. No debemos de olvidar nunca el carácter clasista, autoritario y restrictivo del Estado burgués. Lenin se refiere a él así: El Estado es producto y manifestación del carácter irreconciliable de las contradicciones de clase. El Estado surge en el sitio en el momento y en el grado en que las contradicciones de clase no pueden, objetivamente, conciliarse. Y viceversa: la existencia del Estado demuestra que las contradicciones de clase son irreconciliables.

Es decir, no debemos admitir que la palabra democracia, utilizada en forma apologética para representar la dictadura de las clases explotadoras, pierda su profundidad de concepto y adquiera el de ciertas libertades más o menos óptimas dadas al ciudadano.

Luchar solamente por conseguir la restauración de cierta legalidad burguesa sin plantearse, en cambio, el problema del poder revolucionario, es luchar por retornar a cierto orden dictatorial preestablecido por las clases sociales dominantes; es, en todo caso, luchar por el establecimiento de unos grilletes que tengan en su punta una bola menos pesada para el presidiario.

En estas condiciones de conflicto, la oligarquía rompe sus propios contratos, su propia apariencia de «democracia» y ataca al pueblo, aunque siempre trate de utilizar los métodos de la superestructura, que ha formado para la opresión. Se vuelve a plantear en ese momento el dilema: ¿Qué hacer? Nosotros contestamos: La violencia no es patrimonio de los explotadores, la pueden usar los explotados y más aun la deben usar en su momento. Martí decía: Es criminal quien promueve en un país la guerra que se le puede evitar; y quien deja de promover la guerra inevitable.

Lenin, por otra parte, expresaba: La social-democracia no ha mirado nunca ni mira la guerra desde un punto de vista sentimental. Condena en absoluto la guerra como recurso feroz para dilucidar las diferencias entre los hombres, pero sabe que las guerras son inevitables mientras la sociedad esté dividida en clases, mientras exista la explotación del hombre por el hombre. Y para acabar con esa explotación no podemos prescindir de la guerra que empiezan siempre y en todos los sitios las mismas clases explotadoras, dominantes y opresoras.

Esto lo decía en el año 1905; después, en El programa militar de la revolución proletaria , analizando profundamente el carácter de la lucha de clases, afirmaba: Quien admita la lucha de clases no puede menos que admitir las guerras civiles, que en toda sociedad de clase representan la continuación, el desarrollo y el recrudecimiento - naturales y en determinadas circunstancias inevitables- de la lucha de clases. Todas las grandes revoluciones lo confirman. Negar las guerras civiles u olvidarlas sería caer en un oportunismo extremo y renegar de la revolución socialista.

Es decir, no debemos temer a la violencia, la partera de las sociedades nuevas; solo que esa violencia debe desatarse exactamente en el momento preciso en que los conductores del pueblo hayan encontrado las circunstancias más favorables.

¿Cuales serán éstas? Dependen, en lo subjetivo de dos factores que se complementan y que a su vez se van profundizando en el transcurso de la lucha: la conciencia de la necesidad del cambio y la certeza de la posibilidad de este cambio revolucionario; los que, unidos a las condiciones objetivas -que son grandemente favorables en casi toda América para el desarrollo de la lucha-, a la firmeza en la voluntad de lograrlo y a las nuevas correlaciones de fuerzas en el mundo, condicionan un modo de actuar.

Por lejanos que estén los países socialistas, siempre se hará sentir su influencia bienhechora sobre los pueblos en lucha, y su ejemplo educador les dará más fuerza. Fidel Castro decía el último 26 de julio: Y el deber de los revolucionarios, sobre todo en este instante, es saber percibir, saber captar los cambios de correlación de fuerzas que han tenido lugar en el mundo, y comprender que ese cambio facilita la lucha de los pueblos. El deber de los revolucionarios, de los revolucionarios latinoamericanos, no está en esperar que el cambio de correlación de fuerzas produzca el milagro de las revoluciones sociales en América Latina, sino aprovechar cabalmente todo lo que favorece al movimiento revolucionario ese cambio de correlación de fuerzas ¡y hacer las revoluciones!

Hay quienes dicen «admitamos la guerra revolucionaria como el medio adecuado, en ciertos casos específicos, para llegar a la toma del poder político; ¿de dónde sacamos los grandes conductores, los Fidel Castro que nos llevan al triunfo?» Fidel Castro, como todo ser humano, es un producto de la historia. Los jefes militares y políticos, que dirijan las luchas insurreccionales en América, unidos, si fuera posible, en una sola persona, aprenderán el arte de la guerra en el ejercicio de la guerra misma. No hay oficio ni profesión que se pueda aprender solamente en libros de texto. La lucha, en este caso, es la gran maestra. Claro que no será sencilla la tarea ni exenta de graves amenazas en todo su transcurso.

Durante el desarrollo de la lucha armada aparecen dos momentos de extremo peligro para el futuro de la revolución.

El primero de ellos surge en la etapa preparatoria y la forma en que se resuelva da la medida de la decisión de lucha y claridad de fines que tengan las fuerzas populares.

Cuando el Estado burgués avanza contra las posiciones del pueblo, evidentemente tiene que producirse un proceso de defensa contra el enemigo que, en ese momento de superioridad, ataca. Si ya se han desarrollado las condiciones objetivas y subjetivas mínimas, la defensa debe ser armada, pero de tal tipo que no se conviertan las fuerzas populares en meros receptores de los golpes del enemigo; no dejar tampoco que el escenario de la defensa armada simplemente se transforme en un refugio extremo de los perseguidos.

La guerrilla, movimiento defensivo del pueblo en un momento dado, lleva en sí, y constantemente debe desarrollarla, su capacidad de ataque sobre el enemigo. Esta capacidad es la que va determinando con el tiempo su carácter de catalizador de las fuerzas populares. Vale decir, la guerrilla no es autodefensa pasiva, es defensa con ataque y, desde el momento en que se plantea como tal, tiene como perspectiva final la conquista del poder político.

Este momento es importante. En los procesos sociales la diferencia entre violencia y no violencia no puede medirse por las cantidades de tiros intercambiados; responde a situaciones concretas y fluctuantes y hay que saber ver el instante en que las fuerzas populares, conscientes de su debilidad relativa, pero al mismo tiempo de su fuerza estratégica, deben obligar al enemigo a que dé los pasos necesarios para que la situación no retroceda. Hay que violentar el equilibrio dictadura oligárquica- presión popular.

La dictadura trata constantemente de ejercerse sin el uso aparatoso de la fuerza; el obligar a presentarse sin disfraz, es decir, en su aspecto verdadero de dictadura violenta de las clases reaccionarias, contribuirá a su desenmascaramiento, lo que profundizará la lucha hasta extremos tales que ya no se pueda regresar. De cómo cumplan su función las fuerzas del pueblo abocadas a la tarea de obligar a definiciones a la dictadura -retroceder o desencadenar la lucha-, depende el comienzo firme de una acción armada de largo alcance.

Sortear el otro momento peligroso depende del poder del desarrollo ascendente que tengan las fuerzas populares.

Marx recomendaba siempre que, una vez comenzado el proceso revolucionario, el proletariado tenía que golpear y golpear sin descanso. Revolución que no se profundice constantemente es revolución que regresa. Los combatientes, cansados, empiezan a perder la fe y puede fructificar entonces alguna de las maniobras a que la burguesía nos tiene tan acostumbrados. Estas pueden ser elecciones con la entrega del poder a otro señor de voz más meliflua y cara más angelical que el dictador de turno, o un golpe dado por los reaccionarios, encabezados, en general, por el ejército y apoyándose, directa o indirectamente, en las fuerzas progresistas. Caben otras, pero no es nuestra intención analizar estratagemas tácticas.

Llamamos la atención principalmente sobre la maniobra del golpe militar apuntada arriba. ¿Qué pueden dar los militares a la verdadera democracia? ¿Qué lealtad se les puede pedir si son meros instrumentos de dominación de las clases reaccionarias y de los monopolios imperialistas y como casta, que vale en razón de las armas que posee, aspiran solamente a mantener sus prerrogativas?

Cuando, en situaciones difíciles para los opresores, conspiren los militares y derroquen a un dictador, de hecho vencido, hay que suponer que lo hacen porque aquel no es capaz de preservar sus prerrogativas de clase sin violencia extrema, cosa que, en general, no conviene en los actuales momentos a los intereses de las oligarquías.

Esta afirmación no significa, de ningún modo, que se deseche la utilización de los militares como luchadores individuales, separados del medio social en que han actuado y, de hecho, rebelados contra él. Y esta utilización debe hacerse en el marco de la dirección revolucionaria a la que pertenecerán como luchadores y no como representantes de una casta.

En tiempos ya lejanos, en el prefacio de la tercera edición de La Guerra Civil en Francia , Engels decía: Los obreros, después de cada revolución, estaban armados; por eso el desarme de los obreros era el primer mandamiento de los burgueses que se hallaban al frente del Estado. De ahí que, después de cada revolución ganada por los obreros se llevara a cabo una nueva lucha que acababa con la derrota de estos...

Este juego de luchas continuas en que se logra un cambio formal de cualquier tipo y se retrocede estratégicamente, se ha repetido durante decenas de años en el mundo capitalista. Pero aún, el engaño permanente al proletariado en este aspecto lleva más de un siglo de producirse periódicamente.

Es peligroso también que, llevados por el deseo de mantener durante algún tiempo condiciones más favorables para la acción revolucionaria mediante el uso de ciertos aspectos de la legalidad burguesa, los dirigentes de los partidos progresistas confundan los términos, cosa que es muy común en el curso de la acción, y se olviden del objetivo estratégico definitivo: la toma del poder.

Estos dos momentos difíciles de la revolución, que hemos analizado someramente, se obvian cuando los partidos dirigentes marxistas-leninistas son capaces de ver claro las implicaciones del momento y de movilizar las masas al máximo, llevándolas por el camino justo de la resolución de las contradicciones fundamentales.

En el desarrollo del tema hemos supuesto que eventualmente se aceptara la idea de la lucha armada y también la fórmula de la guerra de guerrillas como método de combate. ¿Por qué estimamos que, en las condiciones actuales de América, la guerra de guerrillas es la vía correcta? Hay argumentos fundamentales que, en nuestro concepto, determinan la necesidad de la acción guerrillera en América como eje central de la lucha.

Primero: aceptando como verdad que el enemigo luchará por mantenerse en el poder, hay que pensar en la destrucción del ejército opresor; para destruirlo hay que oponerle un ejército popular enfrente. Ese ejército no nace espontáneamente, tiene que armarse en el arsenal que brinda su enemigo, y esto condiciona una lucha dura y muy larga, en la que las fuerzas populares y sus dirigentes estarían expuestos siempre al ataque de fuerzas superiores sin adecuadas condiciones de defensa y maniobrabilidad.

En cambio, el núcleo guerrillero, asentado en terrenos favorables a la lucha, garantiza la seguridad y permanencia del mando revolucionario. Las fuerzas urbanas, dirigidas desde el estado mayor del ejército del pueblo, pueden realizar acciones de incalculable importancia. La eventual destrucción de estos grupos no haría morir el alma de la revolución, su jefatura, que, desde la fortaleza rural, seguiría catalizando el espíritu revolucionario de las masas y organizando nuevas fuerzas para otras batallas.

Además, en esta zona comienza la estructuración del futuro aparato estatal encargado de dirigir eficientemente la dictadura de clase durante todo el periodo de transición.

Cuanto más larga sea la lucha, más grandes y complejos serán los problemas administrativos y en su solución se entrenarán los cuadros para la difícil tarea de la consolidación del poder y el desarrollo económico, en una etapa futura.

Segundo: La situación general del campesinado latinoamericano y el carácter cada vez más explosivo de su lucha contra las estructuras feudales, en el marco de una situación social de alianza entre explotadores locales extranjeros.

Volviendo a la Segunda Declaración de La Habana: Los pueblos de América se liberaron del coloniaje español a principios del siglo pasado, pero no se liberaron de la explotación. Los terratenientes feudales asumieron la autoridad de los gobernantes españoles, los indios continuaron en penosa servidumbre, el hombre latinoamericano en una u otra forma siguió esclavo y las mínimas esperanzas de los pueblos sucumben bajo el poder de las oligarquías y la coyunda del capital extranjero. Esta ha sido la verdad de América, con uno u otro matiz, con alguna que otra variante. Hoy América Latina yace bajo un imperialismo mucho más feroz, mucho más poderoso y más despiadado que el imperialismo colonial español.

Y ante la realidad objetiva e históricamente inexorable de la revolución latinoamericana, ¿cuál es la actitud del imperialismo yanqui? Disponerse a librar una guerra colonial con los pueblos de América Latina; crear el aparato de fuerza, los pretextos políticos y los instrumentos pseudolegales suscritos con los representantes de las oligarquías reaccionarias para reprimir a sangre y fuego la lucha de los pueblos latinoamericanos.

Esta situación objetiva nos muestra la fuerza que duerme, desaprovechada, en nuestros campesinos y la necesidad de utilizarla para la liberación de América.

Tercero: El carácter continental de la lucha. ¿Podría concebirse esta nueva etapa de la emancipación de América como el cotejo de dos fuerzas locales luchando por el poder en un territorio dado? Difícilmente. La lucha será a muerte entre todas las fuerzas populares y todas las fuerzas de represión. Los párrafos arriba citados también lo predicen.

Los yanquis intervendrán por solidaridad de intereses y porque la lucha en América es decisiva. De hecho, ya intervienen en la preparación de las fuerzas represivas y la organización de un aparato continental de lucha. Pero, de ahora en adelante, lo harán con todas sus energías; castigarán a las fuerzas populares con todas las armas de destrucción a su alcance; no dejarán consolidarse al poder revolucionario y, si alguno llegara a hacerlo, volverán a atacar, no lo reconocerán, tratarán de dividir las fuerzas revolucionarias, introducirán saboteadores de todo tipo, crearán problemas fronterizos, lanzarán a otros Estados reaccionarios en su contra, intentarán ahogar económicamente al nuevo Estado, aniquilarlo, en una palabra.

Dado este panorama americano, se hace difícil que la victoria se logre y consolide en un país aislado. A la unión de las fuerzas represivas debe contestarse con la unión de las fuerzas populares. En todos los países en que la opresión llegue a niveles insostenibles, debe alzarse la bandera de la rebelión, y esta bandera tendrá, por necesidad histórica, caracteres continentales. La Cordillera de los Andes esta llamada a ser la Sierra Maestra de América, como dijera Fidel, y todos los inmensos territorios que abarca este Continente están llamados a ser escenarios de la lucha a muerte contra el poder imperialista.

No podemos decir cuándo alcanzará estas características continentales, ni cuánto tiempo durara la lucha; pero podemos predecir su advenimiento y su triunfo, porque es resultado de circunstancias históricas, económicas y políticas inevitables y su rumbo no se puede torcer. Iniciarla cuando las condiciones estén dadas, independientemente de la situación de otros países, es la tarea de la fuerza revolucionaria en cada país. El desarrollo de la lucha irá condicionando la estrategia general; la predicción sobre el carácter continental es fruto del análisis de las fuerzas de cada contendiente, pero esto no excluye, ni mucho menos, el estallido independiente Así como la iniciación de la lucha en un punto de un país está destinada a desarrollarla en todo su ámbito, la iniciación de la guerra revolucionaria contribuye a desarrollar nuevas condiciones en los países vecinos.

El desarrollo de las revoluciones se ha producido normalmente por flujos y reflujos inversamente proporcionales; al flujo revolucionario corresponde el reflujo contrarrevolucionario y, viceversa, en los momentos de descenso revolucionario hay un ascenso contrarrevolucionario. En estos instantes, la situación de las fuerzas populares se torna difícil y deben recurrir a los mejores medios de defensa para sufrir los daños menores. El enemigo es extremadamente fuerte, continental. Por ello no se pueden analizar las debilidades relativas de las burguesías locales con vistas a tomar decisiones de ámbitos restringidos. Menos podría pensarse en la eventual alianza de estas oligarquías con el pueblo en armas. La Revolución Cubana ha dado el campanazo de alarma. La dolarización de fuerzas llegará a ser total: explotadores de un lado y explotados de otro; la masa de la pequeña burguesía se inclinará a uno u otro bando, de acuerdo con sus intereses y el acierto político conque se la trate; la neutralidad constituirá una excepción. Así será la guerra revolucionaria.

Pensemos cómo podría comenzar un foco guerrillero.

Núcleos relativamente pequeños de personas eligen lugares, favorables para la guerra de guerrillas, ya sea con la intención de desatar un contraataque o para capear el vendaval, y allí comienzan a actuar. Hay que establecer bien claro lo siguiente: en el primer momento, la debilidad relativa de la guerrilla es tal que solamente debe trabajar para fijarse al terreno, para ir conociendo el medio, estableciendo conexiones con la población y reforzando los lugares que eventualmente se convertirán en su base de apoyo.

Hay tres condiciones de supervivencia de una guerrilla que comience su desarrollo bajo las premisas expresadas aquí: Movilidad constante, vigilancia constante, desconfianza constante. Sin el uso adecuado de estos tres elementos de la táctica militar, la guerrilla difícilmente sobrevivirá.

Hay que recordar que la heroicidad del guerrillero, en estos momentos, consiste en la amplitud del fin planeado y la enorme serie de sacrificios que deberá realizar para cumplimentarlo.

Estos sacrificios no serán el combate diario, la lucha cara a cara con el enemigo; adquirirán formas más sutiles y más difíciles de resistir para el cuerpo y la mente del individuo que está en la guerrilla.

Serán quizás castigados duramente por los ejércitos enemigos; divididos en grupos, a veces; martirizados los que cayeren prisioneros; perseguidos como animales acosados en las zonas que hayan elegido para actuar; con la inquietud, constante de tener enemigos sobre los pasos de la guerrilla; con la desconfianza constante frente a todo, ya que los campesinos atemorizados los entregarán, en algunos casos, para quitarse de encima, con la desaparición del pretexto, a las tropas represivas; sin otra alternativa que la muerte o la victoria, en momentos en que la muerte es un concepto mil veces presente y la victoria el mito que sólo un revolucionario puede soñar.

Esa es la heroicidad de la guerrilla; por eso se dice que caminar también es una forma de combatir, que rehuir el combate en un momento dado no es sino una forma de combatir. El planteamiento es, frente a la superioridad general del enemigo, encontrar la forma táctica de lograr una superioridad relativa en un punto elegido, ya sea poder concentrar más efectivos que este, y a asegurar ventajas en el aprovechamiento del terreno que vuelque la correlación de fuerzas. En estas condiciones se asegura la victoria táctica; si no está clara la superioridad relativa, es preferible no actuar. No se debe dar combate que no produzca una victoria, mientras se pueda elegir el «cómo» y el «cuándo».

En el marco de la gran acción político-militar, del cual es un elemento, la guerrilla irá creciendo y consolidándose; se irán formando entonces las bases de apoyo, elemento fundamental para que el ejército guerrillero pueda prosperar. Estas bases de apoyo son puntos en los cuales el ejército enemigo solo puede penetrar a costa de grandes pérdidas, bastiones de la revolución, refugio y resorte de la guerrilla para incursiones cada vez más lejanas y atrevidas.

A este momento se llega si se han superado simultáneamente las dificultades de orden táctico y político. Los guerrilleros no pueden olvidar nunca su función de vanguardia del pueblo, el mandato que encarnan, y por tanto, deben crear las condiciones políticas necesarias para el establecimiento del poder revolucionario basado en el apoyo total de las masas. Las grandes reivindicaciones del campesinado deben ser satisfechas en la medida y forma que las circunstancias aconsejen, haciendo de toda la población un conglomerado compacto y decidido.

Si difícil será la situación militar de los primeros momentos, no menos delicada será la política; y si un solo error militar puede liquidar la guerrilla, un error político puede frenar su desarrollo durante grandes períodos.

Político-militar es la lucha, así hay que desarrollarla y por lo tanto, entenderla.

La guerrilla, en su proceso de crecimiento, llega a un instante en que su capacidad de acción cubre una determinada región para cuyas medidas sobran hombres y hay demasiada concentración en la zona. Allí comienza el efecto de colmena, en el cual uno de los jefes, guerrillero distinguido, salta a otra región y va repitiendo la cadena de desarrollo de la guerra de guerrillas, sujeto, eso sí, a un mando central.

Ahora bien, es preciso apuntar que no se puede aspirar a la victoria sin la formación de un ejército popular. Las fuerzas guerrilleras podrán extenderse hasta determinada magnitud; las fuerzas populares, en las ciudades y en otras zonas permeables del enemigo, podrán causarle estragos, pero el potencial militar de la reacción todavía estaría intacto. Hay que tener siempre presente que el resultado final debe ser el aniquilamiento del adversario. Para ello, todas estas zonas nuevas que se crean, más las zonas de perforación del enemigo detrás de sus líneas, más las fuerzas que operan en las ciudades principales, deben tener una relación de dependencia en el mando. No se podrá pretender que exista la cerrada ordenación jerárquica que caracteriza a un ejército, pero sí una ordenación estratégica. Dentro de determinadas condiciones de libertad de acción, las guerrillas deben de cumplir todas las órdenes estratégicas del mando central, instalado en alguna de las zonas, la más segura, la más fuerte, preparando las condiciones para la unión de las fuerzas en un momento dado.

¿Habrá otras posibilidades menos cruentas?

La guerra de guerrillas o guerra de liberación tendrá en general tres momentos: el primero, de la defensiva estratégica, donde la pequeña fuerza que, huye muerde al enemigo; no está refugiada para hacer una defensa pasiva en un círculo pequeño, sino que su defensa consiste en los ataques limitados que pueda realizar. Pasado esto, se llega a un punto de equilibrio en que se estabilizan las posibilidades de acción del enemigo y de la guerrilla y, luego, el momento final de desbordamiento del ejército represivo que llevará a la toma de las grandes ciudades, a los grandes encuentros decisivos, al aniquilamiento total del adversario.

Después de logrado el punto de equilibrio, donde ambas fuerzas se respetan entre sí, al seguir su desarrollo, la guerra de guerrillas adquiere características nuevas. Empieza a introducirse el concepto de la maniobra; columnas grandes que atacan puntos fuertes; guerra de movimientos con traslación de fuerzas y medios de ataque de relativa potencia. Pero, debido a la capacidad de resistencia y contraataque que todavía conserva el enemigo, esta guerra de maniobra no sustituye definitivamente a las guerrillas; es solamente una forma de actuar de las mismas; una magnitud superior de las fuerzas guerrilleras, hasta que, por fin, cristaliza en un ejército popular con cuerpos de ejércitos. Aún en este instante, marchando delante de las acciones de las fuerzas principales, irán las guerrillas en su estado de «pureza», liquidando las comunicaciones, saboteando todo el aparato defensivo del enemigo.

Habíamos predicho que la guerra sería continental. Esto significa también que será prolongada; habrá muchos frentes, costará mucha sangre, innúmeras vidas durante largo tiempo. Pero, algo más, los fenómenos de dolarización de fuerzas que están ocurriendo en América, la clara división entre explotadores y explotados que existirá en las guerras revolucionarias futuras, significan que al producirse la toma del poder por la vanguardia armada del pueblo, el país, o los países, que lo consigan, habrán liquidado simultáneamente, en el opresor, a los imperialistas y a los explotadores nacionales.

Habrá cristalizado la primera etapa de la revolución socialista; estarán listos los pueblos para restañar sus heridas e iniciar la construcción del socialismo.

¿Habrá otras posibilidades menos cruentas?

Hace tiempo que se realizó el último reparto del mundo en el cual a los Estados Unidos le tocó la parte del león de nuestro Continente; hoy se están desarrollando nuevamente los imperialistas del viejo mundo y la pujanza del mercado común europeo atemoriza a los mismos norteamericanos. Todo esto podría hacer pensar que existiera la posibilidad de asistir como espectadores a la pugna interimperialista para luego lograr avances, quizás en alianza con las burguesías nacionales más fuertes. Sin contar conque la política pasiva nunca trae buenos resultados en la lucha de clases y las alianzas con la burguesía, por revolucionaria que esta luzca en un momento dado, sólo tienen carácter transitorio, hay razones de tiempo que inducen a tomar otro partido. La agudización de la contradicción fundamental luce ser tan rápida en América que molesta el «normal» desarrollo de las contradicciones del campo imperialista en su lucha por los mercados.

Las burguesías nacionales se han unido al imperialismo norteamericano, en su gran mayoría, y deben correr la misma suerte que este en cada país. Aún en los casos en que se producen pactos o coincidencias de contradicciones entre la burguesía nacional y otros imperialismos con el norteamericano, esto sucede en el marco de una lucha fundamental que englobará necesariamente en el curso de su desarrollo, a todos los explotados y a todos los explotadores. La polarización de fuerzas antagónicas de adversarios de clases es, hasta ahora, más veloz que el desarrollo de las contradicciones entre explotadores por el reparto del botín. Los campos son dos: la alternativa se vuelve más clara para cada quien individual y para cada capa especial de la población.

La Alianza para el Progreso es un intento de refrenar lo irrefrenable. Pero si el avance del mercado común europeo o cualquier otro grupo imperialista sobre los mercados americanos, fuera más veloz que el desarrollo de la contradicción fundamental, sólo restaría introducir las fuerzas populares como cuña, en la brecha abierta, conduciendo estas toda la lucha y utilizando a los nuevos intrusos con clara conciencia de cuáles son sus intenciones finales.

No se debe entregar ni una posición, ni un arma, ni un secreto al enemigo de clase, so pena de perderlo todo.

De hecho, la eclosión de la lucha americana se ha producido. ¿Estará su vórtice en Venezuela, Guatemala, Colombia, Perú, Ecuador? ¿Serán estas escaramuzas actuales solo manifestaciones de una inquietud que no ha fructificado? No importa cuál sea el resultado de las luchas de hoy. No importa, para el resultado final, que uno u otro movimiento sea transitoriamente derrotado. Lo definitivo es la decisión de lucha que madura día a día; la conciencia de la necesidad del cambio revolucionario, la certeza de su posibilidad.

Es una predicción. La hacemos con el convencimiento de que la historia nos dará la razón. El análisis de los factores objetivos y subjetivos de América y del mundo imperialista, nos indica la certeza de estas aseveraciones basadas en la Segunda Declaración de La Habana.





Che Guevarra : Bien utiliser les mitaillettes.

    


      Las ametralladoras en el combate defensivo.

 
Verde Olivo, 24 de julio de 1960.

Por la rapidez de tiro y la precisión las ametralladoras constituyen el armazón de toda defensa bien organizada. ¿Cuántas veces en el transcurso de las últimas guerras, una ametralladora, bien emplazada y con sirvientes serenos y abnegados, han hecho fracasar el ataque de batallones enteros causándoles además enorme cantidad de bajas...?

Por esto, todo miliciano o soldado cubano en su preparación para la defensa de la Patria, debe aprender el manejo de la ametralladora (su funcionamiento, mecanismo y el tiro con ella) y, además, lo que no es menos importante, el empleo de la misma en el combate y en particular en el combate defensivo.

Es ésta una cuestión de tanta importancia, que no podía ser pasada por alto en estos consejos al combatiente y a ella se va a dedicar una serie de los mismos.

Pero antes de entrar a explicar los principios del empleo de las ametralladoras en el combate defensivo, vamos a recordar las características principales que distinguen esta arma y las reglas elementales de su tiro como cuestiones estrechamente ligadas a la aplicación de dichos principios.