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Extraits Critiques |
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Le petit séminaire rassemble de courtes proses autobiographiques. Trois lieux (Londres, la chambre, le jardin de l’Étang) témoignent pour trois époques. Les textes sont marouflés de brefs poèmes : voler l'éphémère... |
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Extraits |
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(Les Mémoires)
Je veux aller modestement et épargner les circonstances. Si c’étaient des pérégrinations dans la Chine de Mao ou
les attentats de la rue des Rosiers : mais importuner le siècle avec des contrats et le tumulte des chantiers…
Qu’importent les dates et les lieux, la Chartreuse et les mathématiques, et ce qui s’en suivit, des galeries sous
la mer et des ports en Afrique, et le mince lot de livres qui ballote dans mon havresac.
Si je regarde au-delà du détroit, si je dis je, que l’on ne dise pas : Je vous y prends... Ces engins
qui comblent les marais, ce cimetière abandonné sur la Tamise, ce bourdon qui soulève un instant la poussière, ce
n’est que le hasard en acte. Celui qui demain, saisi d’un désir lunatique, voudrait recomposer ma vie, épluchant ce
maigre viatique, en tirerait-il deux vérités ?
J’avance en effaçant ma trace. Qui croit me suivre règle son compas sur les titubations de la lune. Je suis cet être
aux yeux bandés, punaisé au mur au-dessus de ma table, qui erre dans un labyrinthe de chambres et de cours, la main
ouverte devant lui, poursuivant en tâtonnant une ombre : lui-même peut-être, qu’il cherche vainement, le dos tourné
à une mer livide à force de bleu et de lumière.
Mon modèle sera L’Illustre du soir de Paul Louis Rossi. Ma vie n’y sera qu’une esquisse, une forme sans amidon
flottant sur la feuille. La lumière et les oiseaux du ciel y feront leur partie, avec celle qui est parfois et n’est
souvent qu’une illusion. On ne sait qui a commencé, du peintre ou de la nature... Une liasse d’images coloriées
avec quoi cartomancier le passé.
Ces saisons vives qu’à peine
tu as connues oublie
pour encore aimer
oublie la leçon
indiscrète du passé...
Et quand je ne serai plus qu’un roman, une terre inconnue – la plus ordonnée du monde – déployée dans le soir,
où une femme aux mains tachées de pigments passera sous un masque, ce sera beaucoup si l’on peut entrevoir ce
miracle qui est l’objet de la peinture : que naisse de tout cela celui que l’on aurait pu être.
(La mort)
Que la mort n’y entre pas. Ni la disparition d’Alice, enlevée par un ange à Vinay, au milieu des œillets et des pois,
ni ce jeune homme qui s’effondre sous la falaise des Écouges, dans l’ombre du Vercors, le visage rongé par les
hyposulfites, dont je porte le nom.
Ils mettaient un crâne au coin de leur pupitre, récitaient un psaume, les yeux fermés, le corps raidi devant la
planche grossière qui demain les enfermerait, puis ils se jetaient sur leurs paperasses et sans la déguiser nommaient
l’ultime compagne : leur gloire était de regarder sans ciller le peu d’os et de poudre qu’ils seraient bientôt.
Je n’ai pas leur vertu. J’ai fait ma cellule d’un rêve insistant. Je suis ce simple d’esprit, ce cheminot des
premiers livres, ivre de vent et de mauvais vin, qui erre loin des tombes de sa parentèle, pillant les vergers,
courtisant des femmes trop belles, se moquant qu’on le moque, le dernier des apprentis de Bashô : Les cigales vont
mourir Mais leur cri n’en dit rien.
L’âge vient, je parcours encore le monde, la jambe boiteuse, les yeux brûlés, louant la lumière et la beauté. Tout
m’enseigne, tout m’est contentement. Les collines de Richmond s’évaporent dans le soir : je touche du pied le ciel.
Un faubourg ingrat loin du fleuve, enfermé dans le salpêtre : je consens. Une femme qui passe, défendue par un peu
de couleur : c’est elle, sous ce visage étranger, c’est elle pourtant.
Demain, ayant épuisé les plaisirs, je me retirerai dans mon loculus. La mort n’y atteindra pas. Chaste comme un saint
de Thulé, j’y louangerai l’hiver. Mais qu’une lueur traverse mon volet – un œil brûlant dans le ciel du nord ou une
chevelure de glace – je bredouillerai encore un nom, qui peut-être sera mensonger et peut-être véritable. Telle
qu’au premier jour où j’aperçus vos yeux...
En vain a penché
la lumière et s’accroissent
les nombres d’un geste
aveugle celle
de toujours dans la nuit
réinventer ...
(British Museum)
Leur lit est l’urne qui les renferme. Ils sont allongés sur le flanc, le buste dressé, un coude appuyé sur le dur
oreiller, elle est devant lui, ses cheveux tressés en couronne sous un voile flottant, les yeux très grands – comme
pour avaler en un instant le monde qui s’éloigne. Il regarde par-dessus son épaule, une assiette à la main où un œuf
au plat est figé dans son or.
L’un fut enfermé d’abord sous la double effigie. À chaque anniversaire, l’autre est descendue au pied de la falaise,
elle a lu au tympan du rocher l’inscription familière et a déverrouillé la porte de bois. Les premiers temps, un
intense remugle se répandait alors, la repoussant sans compassion. Il a fait place peu à peu à ce fade relent de
salpêtre et de cendres qu’elle aime à présent plus qu’un parfum.
La lumière tranche l’obscurité. Là-bas, accoudé dans un triangle ombreux, il a un bref instant cligné des yeux. Elle
renouvelle les gâteaux et nettoie les armes, puis s’assied sur la banquette de craie, au bord du mur voûté.
Ce qu’elle regarde, ce n’est pas ce visage plat large comme deux paumes, aux oreilles décollées, aux yeux taillés
dans des noix ; ce qu’elle entend, ce n’est pas la plainte éraillée qui s’échappait au dernier jour, si étrange dans
ce corps massif, comme d’un enfant enfermé dans une statue d’argile. Elle se regarde telle qu’elle sera demain, elle
écoute la poussière retomber sur sa tête.
Elle continuera pourtant à vivre là-haut, dans la lumière des collines, souffrant encore la canicule et le gel. Elle
feindra d’allumer le feu, de remplir d’eau la bassine, de tordre le cou des poules. Les nuits de fin de printemps,
elle sentira encore le désir la fendre. Ce ne sera qu’une dernière ruse, elle est déjà ici, dans la nuit perpétuelle,
allongée près du cadavre de Chétré, sous la voûte où cinq étoiles la veillent, qui font tout l’alphabet :
Je pense à toi, un doigt sur le couvercle, traçant ton nom dans cette langue inversée, comme si tu n’étais plus. Je
descends au fond de la combe épineuse, je trébuche sur les marches érodées, je te rejoins, un plat à barbe à la main,
où roule l’œil d’un taureau qui me guide dans la nuit.
À genoux dans les caves
griffonnant une épître
amoureuse Chimère
aux ailes déployées
la plume sur un traité
d’une langue disparue...
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2
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(Le théâtre)
La lumière baisse. Le silence oscille comme une mer. C’est une cour nue découpée dans la nuit. Un maigre vent y fait
imperceptiblement bouger des voiles. Une ombre blanche s’avance dans la pénombre, une voix murmure, que l’on ne
comprend pas. C’est un chant mélancolique, une plainte.
Puis la lumière est droite. Une femme y titube, gonflée par un enfant monstrueux. Ses cheveux se répandent. Sa voix
sonde un paradis hors d’atteinte. Je la vois se consumer, les yeux agrandis, la voix muable, immobile sur les planches,
brûlant de cette flamme qui se nourrit du sang. Les gémissements, les louanges, les folles étreintes, écoutez : Que
le jour recommence et que le jour finisse…
Elle suit les leçons d’un théâtre cruel. Rien n’y est donné, sinon dans les larmes et la souffrance. Elle ne sait pas
feindre. Là est son orgueil. La Judée est un désert, elle en éprouve le vent brûlant, l’inanité des jours voile ses
yeux. Elle se dessèche devant la mer vide, au sommet d’un palais abandonné. Que tant de mers me séparent de
vous…
Ce n’était qu’un jeu – un jeu terrible. Une amie s’y ruinera, que nous verrons lentement se perdre, les yeux fixés
dans le vide. Quoi si la réalité ne peut pas enfermer l’être, si une vérité plus puissante nous appelle, qui nous
renverse au pied du pauvre monument de notre vie ? Il ne faut pas céder. Pas se donner à l’inconnu. Il faut écouter
la rumeur de la rue qui filtre sous les portes. Regarder le soir bleuir dans la verrière au-dessus des cintres.
Elle n’était pas de celles qui savent se soustraire. Trop franche et trop légère. Ai-je dit : Arrête ? Ai-je
été ce régisseur qui ferme le théâtre par crainte que l’héroïne ne succombe en scène ? Elle dit parfois :
Autrefois... et je détourne les yeux.
(6ème droite, porte
)
O que revienne
le premier hiver qui à peine
se souvient verse-lui
le thé brûlant broie
sur ta planche poudreuse
les couleurs ...
Peins l’ombre peins
la lumière pinceaux
entre les dents puissante
comme un dieu
peins la joie lancinante...
Dans cet âge où tout
se glace où n’est plus
la beauté qu’une ombre
dans les livres peins l’âme
et le corps à qui veut
aimer encore...
(La chapelle des falaises)
Au fond des Cornoualles, errant sur les routes gelées dans la vieille Ami 6. L’hiver pénètre sous les vitres
disjointes, le nez renifle, les mains rougies se cherchent par instants. Nous allons à l’aventure, engoncés dans des
manteaux barbares – une pelisse aux longues fibres hérissées et une veste afghane brodée de couleurs vives. Sans la
vapeur d'essence qui flotte dans l'habitacle, ce serait la terre inconnue des premiers missionnaires : un ciel aux
eaux laiteuses, des collines usées comme des bornes miliaires, et la solitude bénie.
Un soir, au bout du désert, un bourg aux volets tirés. Et sur une pointe, à l’extrémité des landes, une vague ruine
qui penche sur le vide. C’est le terme du voyage, la chapelle des falaises. Le ciel est à nos pieds. Il fait sombre,
le vent balance les herbes, des oiseaux noirs tombent sur la mer. Un écureuil sautant d’ici Ne guérirait pas de
sa mort...
C’est au milieu du conte. Tristran franchit d’un bond la ruelle qui sépare son lit de celui de la reine. Sa blessure
s’ouvre dans l’effort, trois gouttes de sang tombent sur la farine qu’un traître a répandue entre les lits. Les amants
sont pris et Tristran condamné au bûcher. Passant devant la chapelle, il demande à prier pour la rémission de ses
péchés. Gode Sir pray ich... On le délie, il bondit sur l’autel, ouvre d’une main la fenêtre et saute dans le
vide. Le vent s’engouffre dans ses habits et le porte sur la mer.
La nuit venue, dans une auberge de jeunesse livrée aux frimas et aux vents coulis, nous dormons au milieu d’étrangers,
séparés par une cloison mince comme un souffle. À minuit, frissonnant dans mon lit glacé, je saute dans le sien par
la pensée, franchissant le grésil répandu entre nous : Ni vous sans moi Ni moi sans vous...
(Les louanges)
Ils élèvent des temples. Ils dressent des autels où ils font la nuit brûler des parfums. Ils prient et ils macèrent.
Ils écrivent sur des feuilles légères que la plume déchire. Ils louent, ils se blessent, ils invoquent le vent et la
fumée. Elle reste distante. Ils lui donnent des noms inconnus des états-civils et la flattent sous un masque emprunté.
Elle se moque mais les laisse espérer. Ils se plaignent : Qui va plutôt que la fumée... Elle les console et
s’échappe aussitôt. Plutôt que la flamme, le vent ? Ils en remplissent des livres, répétés de siècle en siècle.
Plutôt que le vent, c’est la femme...
Puis ils brûlent tout, les Stances à l’inconstance et la Défense de l’infini. Ils loueront désormais un
visage imparfait et un nom ordinaire. Elle ne sera qu’elle-même, fragile et changeante, non plus cette statue de sel
à l’implacable beauté, mais soumise au feu des années, lourde et fertile, protectrice, grisonnante : Juliette,
Mathilde, Elsa... Ils remontent longuement le courant qui pourtant les emporte, regardant sans frémir le ciel qui
s’assombrit. Puis leur vœu n’est plus que d’une tombe, une pierre sous un bouquet d’arbres où leurs noms se confondent :
Dormir du sommeil de tes bras
Dans le pays sans nom sans éveil et sans rêves...
Je n’ai pas brûlé ce qui n’était pas elle. Et longtemps, feignant d’aimer un être plus parfait, je l’ai louée sous
des noms frauduleux. Mais les années qui éliment les corps et gâtent les pages, les années ont passé sans nous user.
Nous suivons sans nous hausser la trace de ceux qui ont fait tant de bruit. Nous disons parfois leur nom, nous venons
parfois écouter sur leur tombe les oiseaux se plaindre et le vent frotter sa corde dans les branches. Nous les envions,
comme d’autres, peut-être, nous envieront un jour, rêvant à leur tour devant le lieu de nous où toute chose se
dénoue...
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3
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(La Chine)
C’est un cercle de collines couronnées de forêts. On devine au loin, entre les bambous et les cerisiers, leur cime
molle qui s’évapore dans un lavis gris-bleu. Les nuages s’étagent au-dessus, comme les montagnes perdues où courait
le Mara. Plus bas sur la pente, au milieu des cèdres de l’Himalaya, un toit effondré.
Nous sommes seuls dans notre ermitage. Le soir vient sans oiseaux et sans mouches, un brouillard léger qui monte de
la combe et fait vibrer les formes. Entre les arbres, parfois, l’aboi d’un chien ou une plainte inarticulée dont nous
frissonnons sans raison – un voyageur blessé, ou le cri d’un singe ? Une rumeur gonfle et s’éteint dans le vent d’ouest
– l’autoroute, ou le grondement d’un torrent dévalant les rochers ? Un instant, malgré la fatigue et la jambe
claudicante, un instant si loin.
Les montagnes bleues inutile
suivre le long Kiang
ensemble à la brume
sur la terrasse du sud...
Le civet de lièvre fini avec les doigts, ayant atteint la lie au fond du verre, je m’avance dans la nuit, le corps
lourd et l’esprit flottant. Une lune morte glisse entre les fils télégraphiques. J’y cherche le lapin vivant qu’un
soir d’ivresse, ayant gravi la colline, y avait découvert notre consul – jurant et exultant, dressé sur ses sandales
de bois au fond de l’Orient.
La colline vacille, c’est une barque sombre penchant au ras du ciel. Je tends la main vers le miroir terni qui dérive
sur l’eau, ridé par un vent léger, et vacillant au milieu des signes j’y déchiffre une étrange figure. Se peut-il que
me soit accordé plus qu’au Shigin Taïshi ? Que nul ne me dise : C’est le vin ! si j’y vois le visage d’un noyé
qui regrette et se plaint.
…là-bas flottant
dans les roseaux une lune
si pur qu’on y lit
l’épitaphe de Li
Po ...
(Le gui)
Un matin de décembre elle traîne la double échelle au pied d’un aubépin. Les herbes à l’abandon mouillent ses
chevilles nues, les nuages flottent dans les arbres. L’échelle dépliée en grinçant, appuyée à une branche folle, elle
gravit de biais les échelons glissants. Le vent par instants fait pleuvoir les grands arbres, l’échelle oscille et se
dérobe. Là-haut, inaccessible, le gui chevelu, ses centaines d’yeux globuleux luisant sur de minces rameaux, traître
et tentateur comme la chevelure de la Méduse.
N’était-ce pas déjà dans le poème ? Je cherche en vain le livre. Elle n’a pas remis sur l’étagère, à sa lettre, le
volume éventré par la fréquentation, une liasse de pages volantes sous un reste de couverture, comme autant de recettes
pour apprêter le monde.
Elle est sur le dernier échelon, une main accrochée aux branches noires, un bras tendu vers le trésor argenté qui
irradie dans l’ombre. L’arracher à pleine main, sans souci d’en préserver la fragile arborescence, glisser plus que
descendre vers la terre ferme et rentrer en courant, comme après un sombre forfait, en laissant l’échelle ballotter à
chaque souffle du vent, c’est l’affaire d’un instant.
Je me souviens d’un rameau caché dans les feuillages d’un arbre touffu, au bord d’un précipice que l’on dévalait sans
retour, sauf à porter devant soi ce léger viatique. Est-ce dans sa manière ?
L’enfer, ce sera aujourd’hui une salle de classe où trente adolescents arracheront un brin au bouquet glauque en
écoutant célébrer d’une oreille distraite le mimosa nordique. Un rameau fendu, deux boules blanches sous une
courte pousse, leur seront l’occasion d’inépuisables métaphores. L’esprit transfuse malignement.
En était-il si éloigné ? Car six mois plus tard, tandis que d’autres dépouilleront un bouquet d’œillets roses, la
même voix célèbrera la culotte d’une fille jeune déchirée à belles dents...
(La règle)
Je suis à Port-Royal dans le bureau de Pierre Nicole. Au-dessous, le verger se couvre d’un duvet blanc-rosé. Les
oiseaux y pépient sur les branches flexibles. Pommiers en palmettes, bouquets d’iris, cassissiers... Le pinceau du
soleil colorie les formes, précis et délicat comme celui d’un naturaliste.
Entre les murs palissés est un microcosme où les éléments s’offrent purs de toute disgrâce : la qualité s’augmente
du peu de quantité. Un vent grêle fait frissonner les feuilles – celui qui brasse le sommet des forêts. Et l’être qui
chante sur la vigne est frère de celui qui regarde, appuyé à l’allège de sa fenêtre.
Les chartreux eux aussi, tout nourris de prière et de silence, ont chacun leur enclos où condenser le monde. Fleurs
brunes sous la neige, fruits graineux, légumes dentelés s’épousent dans des carrés de planches, au pied de trois murs
que le regard ne peut passer. Retourner la terre. Chasser la pensée. Apprendre et admirer. Travail de la main gauche,
que la droite poursuivra à la tombée du jour, serrant un crayon à la pointe mouillée.
L’équerre tout le jour
d’un jardin sauvage rectifier
la création puis un mètre
court mesurer
dans la nuit le Grand Tout...
Je suis à Port-Royal dans le bureau d’Angélique Arnault. Derrière moi, pendue au mur, une peinture aux gris austères
où une femme sans âge regarde le monde s’apaiser dans le rectangle de la fenêtre. Où porte son regard, je vois les
contours se mêler et se recomposer le chaos originel. Chemins boueux, prés penchés, labyrinthes touffus où l’œil que
n’aiguise pas la grâce ne sait plus rien saisir – ni ce qui l’enchantait ni ce qui l’enseignait.
Critiques |
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