Epée d'Attila

Extraits du roman de Grigori TOMSKI, Les amis d’Attila, Editions du JIPTO, 2005, 360 p.
ISBN : 2–35175–003–9

Roi des rois

Dès le début de 435, Attila adopte officiellement le titre d’empereur et se dit le «Roi empereur» ou «Empereur, roi des Huns». Ces titres montrent, qu’il se considérait comme le fondateur et le chef souverain d’une grande fédération des pays et des peuples autonomes créée sous l’égide des Huns. Tous les khans et princes vassaux, les rois des peuples germaniques et scythes, les chefs des autres peuples soumis lui ont porté un serment solennel de fidélité. Mais Attila a bientôt une occasion de voir encore une fois la perfidie de Théodose et de ses conseillers.

En 437, les émissaires de Constantinople ont violé l’accord de Margum et entrepris une tentative de corruption des princes du peuple hunnique Ak-at-seri, en distribuant de l’or et des cadeaux précieux. Aux yeux d’Attila, les princes, qui violaient les conditions de cet accord et les lois de Modoun khan, étaient deux fois coupables. Sachant que, pendant ce temps, des troubles ont commencé parmi les Alains caucasiens, qui étaient les vassaux des Huns depuis déjà soixante ans.

Tous les princes huns, impliqués dans des négociations séparées avec les messagers du gouvernement de Constantinople, étaient supprimés selon les lois sévères de Modoun khan. Le prince principal Kourdak resta vivant puisque c’était lui qui avait prévenu Attila de l’arrivée des émissaires romains. Pourtant il était clair pour Attila, que le vieux prince n’accomplissait pas bien ses devoirs. Conscient du danger le menaçant, Kourdak se réfugie avec ses plus fidèles dans les montagnes et répond à l’invitation d’Attila de venir le voir de façon éloquente :

- Je suis une personne ordinaire qui peut devenir aveugle, s’il ose regarder fixement le soleil. Comment puis-je alors regarder le visage du Grand khan semblable au soleil et placé sur le trône par la volonté de Tangra !

Attila se rappelle avec un sourire la conduite de l’empereur romain Auguste, qui aimait faire baisser les yeux des autres par son regard, en croyant sincèrement que les gens ordinaires ne peuvent pas supporter la flamme sacrée brillant dans ses yeux. Il décide de cesser la poursuite du vieux prince, mais de le priver du pouvoir. Attila proclame son fils aîné Ellak khan de la Hunnie orientale. Le peuple Ak-at-seri, qui pouvait être sévèrement puni par suite de l’avidité de ses chefs, était content d’une telle issue à une situation aussi délicate.

***

En 439, un miracle confirme l’origine divine de son pouvoir. Un berger hun de la steppe, à l’est du Don, voit boiter une de ses génisses. Il examine les pieds de l’animal et voit une blessure. Suivant avec attention la trace sanglante, il découvre avec une immense surprise la pointe du glaive d’or, qui sort perpendiculairement de la terre.

Les anciennes tribus scythes avaient un dieu de la guerre et de la victoire, Ar-Es (Arès), qu’ils représentaient par une épée. C’est pourquoi, tout de suite, la trouvaille de cette épée s’interprête dans les steppes de la mer Noire comme un message divin.

La rumeur de cette découverte se répand rapidement du Danube jusqu’à la frontière chinoise, de la mer Baltique jusqu’à la mer Caspienne. Des feux de joie s’allument chez toutes les tribus hunniques, qui considèrent, elles-aussi, la trouvaille de l’épée d’or comme un message de Tangra. Dieu donnait à l’empereur hun la victoire, il l’informait qu’il était de son côté pour toutes ses affaires et l’engageait à aller en avant dans la réalisation de ses projets.

Les états voisins et les empires éloignés sont informés par les ambassadeurs. Ainsi Edecon visite de nouveau la Chine. Les empereurs romains félicitent Attila de la trouvaille extraordinaire. Les chefs et les représentants des peuples de l’Empire hun et des régions voisines viennent à la capitale admirer l’épée divine. Plusieurs chefs alliés prêtent serment de fidélité à Attila et deviennent ses vassaux, de nombreuses tribus neutres deviennent des alliées.

En 438, Attila perd son frère Bleda, le deuxième chef de l’Empire hun. Personne ne le remplace. Ainsi l’empereur Attila, roi des Huns, renforce davantage son pouvoir afin de consolider le jeune Empire hun qui était en fait une grande fédération des peuples autonomes. C’est pourquoi il est particulièrement bienveillant pour Ardaric, le roi des Gépides et Valamir, le roi des Ostrogoths, qui accomplissent soigneusement leurs devoirs de vassaux.

Progressivement le pouvoir de l’empereur Attila se renforce tellement, que, selon le témoignage de Jornandès, la foule des autres rois et les chefs des divers peuples, l’accompagnait, épiant ses moindres mouvements et dès qu’il leur faisaient un signe du regard, chacun d’eux, en silence et en tremblant, venait se placer près de lui ou exécutait les ordres qu’il avait reçus ; Attila, roi des rois, seul, veillant sur tous et pour tous.

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