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Hector BERLIOZ ( 1803 – 1869 )

La démesure du romantisme  

INTRODUCTION :

Trois journées d’étude ne seront pas de trop pour célébrer dignement un artiste de la dimension d’Hector Berlioz, un compositeur que le monde entier nous envie.

Pourtant, bien peu de nos compatriotes ont su comprendre son génie et le saisir dans toute son ampleur. En France, Berlioz demeure méconnu, mal perçu, la majorité du public ne retenant de lui que la sempiternelle « Symphonie fantastique ». Et, s’il est vrai que cette prodigieuse création suffirait pour laisser un nom dans l’Histoire de l’Art, il n’est plus admissible , aujourd’hui, d’ignorer les architectures puissantes de tous ses autres chefs-d’œuvre. Charles MUNCH, Serge BAUDO et les britanniques, Sir Colin DAVIS en tête ont accompli dans ce but une action de pionniers en contribuant à la redécouverte de partitions aux limites de l’humain, véritables joyaux de notre patrimoine musical national.

1ère EPOQUE :

(I ère  époque)

"la fougueuse jeunesse
d’un romantique"

(1803 - 1830)

 

Ce premier chapitre de notre exploration nous permettra de découvrir ce que furent les jeunes années d’Hector Berlioz, depuis sa naissance en 1803 dans le Dauphiné, à la Côte-Saint-André, jusqu’à l’avènement de son premier chef-d’œuvre.

Fils de médecin, destiné à suivre le même chemin que son père, c’est de haute lutte qu’il parviendra à faire accepter sa vocation profonde par une famille réticente.

Initié à la musique dès sa petite enfance, c’est à Paris, âgé de 18 ans, qu’il découvre toutes les ressources de l’art d’Euterpe, en allant aux concerts et à l’Opéra. Dès lors, influencé par GLUCK, BEETHOVEN, SPONTINI ou WEBER en musique, tout autant que par VIRGILE, GOETHE ou SHAKESPEARE en littérature, il choisit d’empoigner son destin.

Entré au Conservatoire, Hector devient l’élève favori de LESUEUR et aspire à remporter le Prix de Rome. Il lui faudra le tenter à 4 reprises pour l’obtenir ! En dehors des quatre cantates du Prix de Rome (Orphée, Herminie, Cléopâtre, Sardanapale), cette période est, quantitativement, la plus féconde de la vie de Berlioz. Elle nous offre, certes, des partitions d’inégal intérêt, mais aussi des surprises et des promesses pour l’avenir. Il en va ainsi des diverses mélodies de la Messe Solennelle (retrouvée en 1991), des ouvertures des ‘‘Francs-Juges’’ et de ‘‘Waverley’’, des ‘‘Huit scènes de Faust’’ qui conduisent à la ‘‘Symphonie Fantastique’’.

Reflet d’une époque, ce manifeste glorieux de la France musicale romantique est aussi une confession puissamment personnelle où Berlioz se met en scène avec, pour fil conducteur, sa dévorante passion pour l’actrice britannique Harriet SMITHSON.

Mais comment s’étonner de cette audace dans ce Paris de 1830 où, aux accents de la Marseillaise, l’élan populaire met fin à la Restauration des Bourbons ? Charles X renversé, c’est moins Louis-Philippe d’Orléans qui sera acclamé par la nouvelle France que le Triumvirat de ses plus puissants génies créateurs : Victor HUGO, Eugène DELACROIX …et Hector BERLIOZ !

 

IIème  époque)

 ‘‘  les travaux et les luttes
  Ou
le Prométhée de
la musique française
 
(1830 - 1840)

L’existence de Berlioz est un véritable roman.
A ce héros balzacien rien ne saurait, pour l’heure, barrer la route :  ni les amours tumultueuses avec les plus belles et les plus capricieuses des jeunes femmes de son temps, ni les contraintes de fond comme de forme imposées par les mandarins de la musique.

C’est d’abord la merveilleuse aventure italienne, avec le séjour à la Villa Médicis. Au-delà de ses humeurs, Hector va y faire des rencontres décisives et communier bientôt avec l’âme d’un pays et de son peuple. Entre Florence, Rome et Naples , il s’imprègne  de l’atmosphère de l’Italie que l’on retrouvera présente dans nombre de ses chefs-d’œuvre futurs (dont  « Harold en Italie », librement inspiré de Lord Byron). 

Dès son retour à Paris, il propose au public le résultat de ses récentes expériences :
les ouvertures du  « Roi Lear » et du  « Corsaire » ~ « Lelio » ~ des mélodies de premier ordre comme « la captive ». Toutefois, il réalise bientôt combien il va avoir du mal à s’imposer, tant il s’inscrit en décalage avec une époque sclérosée sur le plan artistique. 

En 1837, l’affaire de la création de son   « Requiem »   - la plus colossale parmi les messes des morts écrites au XIXème siècle -   nous révèle déjà une fracture. L’année suivante, c’est la chute de  « Benvenuto Cellini »,  son ambitieux et flamboyant opéra, après seulement quatre représentations. 

Pour Berlioz, quelque chose vient de se briser avec cet échec. C’est un adieu à l’enthousiasme de ses jeunes années. Sur le plan personnel, ni son mariage avec Harriet SMITHSON, ni la naissance de leur fils, Louis, ne semblent avoir contribué à l’épanouir. Notre compositeur va vieillir d’un coup et s’aigrir. Les créations s’espacent. La maturité aidant, elles font place à un approfondissement de sa pensée dont on placera le sommet dans son ample partition de  « Roméo et Juliette ».

 

 

 

III ème  époque)

 ‘‘  le crépuscule des chimères
  Ou
le Prométhée enchaîné 
(1841 - 1869)

 

 

 



Berlioz à Vienne 1845
Lithographie par August PRINZHOFER

 

Les trois dernières décennies de la vie de BERLIOZ à l’opposé des trois premières, dessinent une courbe globalement descendante. Et, à l’image de son idole BEETHOVEN, notre compositeur se marginalise de plus en plus . Il semble se résigner à cette espèce de lente mais inexorable agonie de la gloire. Il sait, désormais, qu’il doit créer pour l’avenir.
Au sein de ces années dominées par le doute vont venir au monde : l’ouverture du "Carnaval romain", la "Damnation de Faust", le grandiose "Te Deum". Marquée par la douleur, sa musique revêt souvent des teintes automnales (dans "Tristia" par exemple) . En vain il tente d’attirer l’attention du pouvoir sur sa création (avec sa monumentale cantate "L’Impériale"). Finalement, ce sera en reniant tout ce qui avait fait les caractéristiques de son style propre qu’il parvient à surprendre et convaincre parfois (tout particulièrement avec "L’enfance du Christ").
Par ailleurs, la montée du wagnérisme lui procure de nouveaux soucis.
Notre héros connaît cependant encore quelques joies. Dédaigné en France, il est reçu princièrement à l’étranger: L’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Bohème, l’Angleterre, la Russie l’acclament comme jamais ne le font ses compatriotes. En outre, l’amitié chaleureuse de ses pairs, Franz LISZT en tête, le réconforte . Grâce à leur soutien moral, il trouve encore la force de composer "Béatrice et Bénédict" pour le festival de Baden-Baden. C’est même l’égérie de Liszt, la Princesse Carolyne Von SAYN-WITTGENSTEIN, qui le pousse à écrire son testament musical: "Les troyens", colossal drame lyrique en deux parties, réponse de la latinité à la tétralogie germanique de Wagner.
BERLIOZ n’entendra jamais en intégralité son ultime opéra. Ce dernier, atrophié, défiguré, atrocement mutilé à sa création, n’obtiendra qu’un succès d’estime. C’en est fini du compositeur Hector BERLIOZ. Pour l’homme, néanmoins dans les six dernières années de son existence (pourtant obscurcies par les décès de tous ceux qui lui sont chers) un petit miracle va se produire. Une incroyable étincelle due à l’Amour, sous les traits d’un revenant de son adolescence lointaine, va surgir du passé et adoucir sa fin.
C’est ainsi qu’en 1869, un an avant l’écroulement de la France, le plus romantique des romantiques rend l’âme, sans regrets, ... comme tous les géants qui ont vécu dans un monde de nains.

Patrick FAVRE-TISSOT-BONVOISIN

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