Qui Sommes-Nous Calendrier annuel Conférences Déplacements Compositeurs & Oeuvres
Coups de Coeur Bonnes Adresses Nos Statuts Devenir Membre Retour  Accueil

 

« Boris Godounov  »

conférence – audition de Gérard LOUBINOUX

Théâtre de l’Echange. 16 décembre 2002

Compte-rendu

_____________________________________________

Opéra en 1 prologue et 4 actes

de Modest MOUSSORGSKI (1839 – 1881 )

Livret d’après la pièce de Pouchkine

Créé à Saint Petersbourg le 27 janvier 1874

_________________

Genèse de l’œuvre.

Elle est complexe. Il y eut 4 quatre versions principales de Boris Godounov : deux de Moussorgski, deux de Rimski-Korsakov.

L’auteur composa sept scènes en 1868-1869 qui furent rejetées par le Comité de Censure. Après remaniement quelques scènes furent jouées en 1872, puis finalement l’opéra fut donné en entier à Saint Petersbourg en 1874 avec un grand succès. Cependant il ne resta pas longtemps au répertoire. En 1896, Rimski-Korsakov le refait jouer en pratiquant des coupures de censure et de longueur. Il modifie orchestration, tessiture, écrit des scènes de « raccord ». En 1906 il revient à l’original en éliminant la plupart de ses modifications. C’est cette version qui sera la plus représentée mais avec souvent des adaptations et des suppressions de scènes.

Moussorgski travaille sous la contrainte de la Censure. Il n’est pas facile de représenter un Tsar et encore moins un peuple qui souffre. Mais il faut bien vivre. De plus le compositeur est à la recherche de la perfection, il hésite, il essaie son œuvre et la modifie en fonction des réactions du public. Il faut noter que Moussorgski est son propre librettiste à partir de l’œuvre de Pouchkine ; il lui manque de s’appuyer sur cette collaboration. Une certaine décadence de l’opéra a pu être due à la disparition du librettiste.

Structure.

Ce n’est pas une unité dramatique composée d’une séquence d’évènements liés les uns aux autres. Ce ne sont pas vraiment des actes, ce sont des tableaux, des épisodes se rapportant à un sujet principal.  Boris Godounov n’est pas à proprement parler un drame ni un opéra, mais plutôt une chronique. Ainsi on n’explique pas l’histoire qui est parfaitement connue du public, on présente des tableaux historiques, des « vitraux » qui parlent par eux-mêmes.

Boris Godounov fait passer le souffle de l’Histoire à l’opéra, peu de compositeurs y parviennent, Verdi par exemple dans Don Carlos. Moussorgski montre comment l’Histoire est un tri du passé et comment elle va construire un peuple, une nation, une personne. Mais le passé est toujours là, et Boris, qui se construit par et pour l’Histoire, ne peut y échapper.

L’œuvre.

Le prologue fait apparaître le peuple, élément majeur de l’œuvre. Il participe activement à l’opéra, avec des ensembles et des apartés. On assiste à l’apothéose de Boris, c’est un grand spectacle politique destiné à frapper les esprits ; une musique fastueuse veut faire entrer le peuple en transe.

Moussorgski est remarquable dans cette scène quant à la méditation de l’homme arrivant au sommet du pouvoir absolu. La modulation de la musique permet de suivre cette réflexion sans comprendre le sens précis du texte : vide, absence de sentiment, crainte diffuse, appel à Dieu.

Au premier acte, le moine Pimène écrit une chronique de l’histoire de la Russie jusqu’à l’époque contemporaine. Il ne veut pas que tombe dans l’oubli l’assassinat du Tsarévitch Dimitri commis par Boris Godounov pour prendre le pouvoir. Il a une très belle méditation sur l’historien, médium faisant revivre le passé. Le jeune moine Gregori décide que ce meurtre ne restera pas impuni. On passe ensuite brutalement du monastère à l’auberge ou l’on retrouve Gregori fugitif.

Au deuxième acte, nous sommes au Kremlin. Boris laisse apparaître ses difficultés face au pouvoir et surtout se montre accablé de remords pour le meurtre du Tsarévitch Dimitri. On lui annonce qu’il ne serait pas mort et qu’il lève une armée en Pologne pour le chasser du trône. Dans une scène étonnante Boris est assailli de visions de l’enfant assassiné et fait le bilan de sa vie dans un phrase mélodique qui ne repose jamais, sans résolution. La musique, sinistre, est extraordinairement évocatrice, on entend les battements de l’horloge, le passage des visions.

Au troisième acte, nous sommes en Pologne. Marina, femme déterminée, expose son projet de séduire l’ex Gregori, appelé maintenant Dimitri. Ceci sur un air de mazurka polonaise obstinée. Dans l’ombre, un jésuite italien manœuvre pour introduire le catholicisme en Russie ; ce personnage, création de Moussorgski, est représenté par un thème aux « reptations gluantes ». L’acte se termine par un célèbre duo d’amour. On pense en écoutant ce passage ainsi que certains autres à la « musique de film » des années 60, il y a bien là une filiation.

Au quatrième acte, Boris apparaît de plus en plus poursuivi et terrifié par ses visions. Un pauvre Innocent pleure de façon déchirante et refuse de prier pour le Tsar. Après une méditation poignante, Boris meurt auprès de son fils. Dimitri entre en vainqueur en Russie. L’Innocent reste seul en scène et pleure le sort de la Russie : « misère de la Russie, pauvre peuple affamé ».

Ainsi il faut voir dans Boris Godounov, autre chose qu’un grand spectacle avec foule, fastes de couronnement, costumes et dorures. C’est un très grand opéra qui pose les questions philosophiques du pouvoir et de l’Histoire

 

C.R. rédigé par J.P. G.

Qui Sommes-Nous Calendrier annuel Conférences Déplacements Compositeurs & Oeuvres
Coups de Coeur Bonnes Adresses Nos Statuts Devenir Membre Retour  Accueil