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Une conférence de Gérard LOUBINOUX
Jules
MASSENET . St Etienne 1842- Paris 1912 .
Hérodiade. Opéra en 4 actes et 7 tableaux, livret de Paul Milliet et Henri
Grémont.
Créé à Bruxelles le 19 décembre 1881, première à Paris en 1903.
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Avec Manon (1884), Werther (1892), Thaïs (1894), Massenet est le grand compositeur français du dernier quart du XIX° siècle. On redécouvre aujourd'hui un compositeur à l’image un peu désuète.
LA FORME MUSICALE
Massenet n’est certes pas un révolutionnaire. Il se coule dans l’opéra bourgeois du XIX° siècle, qui commence avec Rossini (Guillaume Tell,1829), suivi par Meyerbeer (Robert le Diable, 1831). C’est une oeuvre en quatre actes, à grand spectacle, avec décors, chœurs, ballets, défilés. Cette esthétique, qui peut dégénérer en kitsch, n’a pas survécu au développement du cinéma.
Massenet s’y inscrit, mais Wagner est passé par là (L’ Or du Rhin, 1869) et l’on sent son influence, même si Massenet évite le wagnérisme .(On ne trouvera pas de leitmotiv, même si certains thèmes sont repris dans différentes scènes).
Massenet s ‘attache à la fluidité. Au lieu de faire des «numéros», il fait certes des scènes comportant un air traditionnel à reprises, mais ce n’est plus «saucissonné», on n’a pas envie d’applaudir à tout moment.
Il va rechercher la somptuosité orchestrale. Il innove en introduisant des instruments modernes tels que le saxophone. Le lyrisme apparaît à l’orchestre et pas seulement dans la déclamation.
Il innove aussi dans le domaine de la prosodie. Le livret est écrit en vers assez classiques, mais Massenet ne tient pas compte de la poésie mesurée, il traite la phrase comme de la prose. La musique est calibrée sur le sens, c’est le sens de la phrase qui définit le galbe mélodique. A l’écoute on ne perçoit pas le retour des rimes, et c’est tant mieux car le livret nous paraît parfois un peu «pompier». Il accentue musicalement là où la poésie ne le fait pas. Il apporte que l’on peut faire de la musique autrement que sur des vers.
L’HISTOIRE
Dans ces années 80 se développe une idée nouvelle : le concept de fin de siècle. C’est la fin du vieil univers classique et le début d’un autre, c’est le mythe de la Science popularisé par Jules Verne. Il est bien d’être « moderne ». Les gens du XIX° siècle font le rapprochement avec le déclin de l’ Antiquité et le début du christianisme. Il y a dans Hérodiade une fascination pour un monde qui meurt, mais aussi un certain optimisme pour l’avenir.
Dans Jérusalem, Hérode Antipas est roi des Juifs, sous la suzeraineté romaine. Sa femme, Hérodiade, a abandonné un enfant pour le suivre. Dénoncée comme impie par Jean, elle demande la tête de ce dernier. Hérode temporise. Par ailleurs il désire Salomé, femme de son palais qui se refuse à lui. Cette dernière admire et aime Jean.
Jean, qui annonce le Messie, est un fauteur de troubles. Les prêtres juifs et Hérodiade demandent sa mort. Salomé implore sa grâce et dévoile ainsi son amour. Hérode découvrant qui est son rival les condamne à mort tous les deux. Après la mort de Jean, Salomé, graciée en dernière minute, se poignarde devant Hérodiade dont on découvre qu’elle est sa mère.
Massenet transforme donc complètement l’histoire dans laquelle, si c’est bien Hérodiade qui veut la mort de Jean, c’est Salomé qui, en dansant devant Hérode, obtient sa tête. Ces deux épisodes ont donné naissance à une abondante iconographie : danse de Salomé, Salomé portant la tête de Jean. La métamorphose de Salomé nous prive donc de la danse des Sept Voiles ! Mais ce qui intéressait Massenet c’était l’opposition d’une pure jeune fille, mais charnelle, à un saint mystique.
LA COULEUR LOCALE
Il y a deux
ambiances : une romaine, une vaguement orientale.
Les Romains apparaissent avec fanfares et timbales. C’est le défilé attendu
par le public. Cela nous parait un peu pompier, un peu péplum. Ce ne l’était
pas à l’époque.
Le monde juif apporte plus de ressources. Massenet insère une mélodie
hébraïque authentique, une marche orientale, des danses sacrées et une belle
musique évocatrice de l’Orient. Nous sommes dans la mode de l’orientalisme,
exotisme, volupté, opiomanie (rêve de Hérode). Un critique venimeux,
rassemblant influence de Wagner et orientalisme, a qualifié Hérodiade de
« choucroute au musc » !
LA FASCINATION
Chaque personnage est fasciné par un autre « qui n’a rien fait pour chercher à lui plaire ».
Hérode, fasciné par Salomé.
Hérodiade, fascinée par Hérode.
Salomé, fascinée par Jean.
Tous les personnages
sont frustrés, sauf Jean, fasciné par Jésus, qui accède au martyre.
Le personnage n’est pas responsable de l’amour qu’il inspire : ainsi
Manon et Thaïs.
Les amours sont adressées au vide , à l’inaccessible. On aime une
image : « aime moi commc on aime en songe », « vision
fugitive ». Solitude des êtres.
LA TENTATION
Massenet est un homme de foi. Il est préoccupé par la question du mal. Le thème de la tentation est très présent dans son oeuvre ( Marie-madeleine, Manon, Thaïs). Jean a une foi qui lutte, c’est un saint et un homme. Pour Jean et Salomé, il n’y a pas d’autre issue que la mort « les âmes enlacées ».
CONCLUSION
Hérodiade est une oeuvre riche. Tout en se pliant aux règles du temps, Massenet a montré une poétique propre . Il n’a pas d’audaces tonales, mais il a des audaces prosodiques et par là il annonce Debussy.

Esplanade Saint - Etienne Opéra
Le grand Théâtre Massenet rénové depuis le 1er février 2001
nous donne rendez-vous le
Dimanche 04 mars 2001 (15 h.)
Opéra en 4 actes et 7 tableaux de Jules Massenet - Livret de Paul Millet et Henri GrémontHERODIADE"Une musique pleine de fougue pour un drame passionné"
On considère Hérodiade comme le premier opéra de la maturité de Massenet. Destiné à l'Opéra de Paris, il y est cependant refusé sous de fallacieux prétextes. La création triomphale - a donc lieu à la Monnaie de Bruxelles en décembre 1881. Hérodiade devra attendre 4o ans pour entrer au Palais Garnier, en 1921.
Le livret, librement inspiré d'un conte de Flaubert, situe l'action à la cour du roi Hérode. Celui-ci éprouve une violente passion pour Salomé qui, elle-même, aime jean, le prophète. Hérodiade, l'épouse délaissée du roi, rend Jean responsable de sa situation. Elle réclame sa tête à Hérode. Le roi hésite jusqu'à ce que Salomé lui avoue ses sentiments pour le prophète : ils sont alors tous deux condamnés à mort. Lorsque Hérodiade se rend compte que Salomé est la fille qu'elle avait abandonnée avant d'épouser Hérode, il est trop tard. Jean a été exécuté et Hérodiade assiste, impuissante, au suicide de sa fille.
Massenet a écrit une musique pleine de fougue et d'énergie pour ce drame passionné. Enrichi de la sonorité du saxophone, l'orchestre est très coloré, en particulier dans les scènes de foule dont le compositeur sait habilement agencer le pittoresque.
L'invention mélodique, toujours jaillissante, est remarquable : faut-il rappeler que l'air d'Hérode " Vision fugitive et toujours poursuivie" a été chanté lors de la soirée d'inauguration de l'Opéra-Bastille, le 13 juillet 1989 ? Pour ce premier opéra au Grand Théâtre Massenet, les amateurs d'art lyrique retrouveront une équipe qu'ils connaissent bien et qu'ils suivent avec une fidélité toujours renouvelée. La présence des artistes d'exception que sont Béatrice Uria-Monzon et Alain Fondary achèvera de donner à ce spectacle le lustre que ce chef-d'oeuvre du Stéphanois Jules Massenet mérite.
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