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Giacomo PUCCINI

1858 – 1924

PRÉFACE

S’il est aujourd’hui un nom dans l’OPERA ITALIEN, qui se détache pour son incomparable DON MELODISTE, SON SENS du THEÂTRE, SON INVENTION HARMONIQUE, c’est INCONTESTABLEMENT celui de PUCCINI.

Il aura pourtant fallu un bon siècle pour que cette belle unanimité se fasse et que les passions suscitées par son œuvre disparaissent, car l’hostilité qu’on lui vouait était à la mesure de l’immense ENTHOUSIASME que lui valaient ces CHEFS d’ŒUVRE.

L’œuvre de PUCCINI – qui a écrit presque exclusivement pour le théâtre est mal connue : des interprétations caricaturales, qui exagèrent certaines « facilités » ont défiguré ses ouvrages les plus populaires en insistant sur les « GRANDS AIRS » qui occupent, en fait, une place secondaire et sont rigoureusement inséparables de leur contexte dramatique.

Il peur paraître étrange – sinon absurde – de parler de l’œuvre de PUCCINI en tant qu’expression d’une « problématique » quelle qu’elle soit, écrit le regretté René LEIBOVITZ. Peut-il y avoir un problème PUCCINI, continue d’écrire LEIBOVITZ, alors que tout semble donner à penser qu’il n’existe peut-être pas un autre compositeur dans toute l’histoire de la musique dont l’œuvre ait paru, à l’ensemble des auditeurs aussi claire et aussi indiscutable ?

Mais à vrai dire cette certitude est à double face et déjà une certaine contradiction dans l’unanimité, fait apparaître une qualité fort ambiguë de l’œuvre de PUCCINI qui pose des problèmes complexes et difficiles à résoudre.

En effet, l’opinion que l’on se fait généralement des ouvrages tels que LA BOHÈME, TOSCA ou Madame BUTTERFLY se divise en deux camps sensiblement égaux, situés, si l’on peut dire, aux antipodes l’un de l’autre.

Voici d’un côté l’amateur d’opéra pur et simple, celui du public des théâtres lyriques de tous les pays – Pour lui, les trois ouvrages que nous venons de nommer ne sont rien d’autre que le « pain quotidien » dont il se nourrit à longueur de saison ; ils incarnent à côté de quelques autres titres, non moins célèbres l’essence même de l’opéra ; ils symbolisent tout ce que l’art lyrique contient de plus caractéristique et de plus prestigieux.

Mais voici à l’opposé du « gourmet » du théâtre lyrique, celui du concert classique, l’amateur de musique que l’on dit « pure » bref le mélomane sérieux. Il n’y a que les grands festivals internationaux de la saison d’été qui provoquent en lui le besoin d’art lyrique, car seuls quelques rares ouvrages trouvent grâce à ses yeux (ceux de MONTEVERDI, de GLUCK et de MOZART surtout, peut-être tout au plus, ceux de WAGNER et les dernières partitions de VERDI). Quant à la musique de PUCCINI, son opinion est catégorique : elle représente ce qu’il peut y avoir de plus abject, de plus vulgaire et de plus haïssable dans l’art musical en général.

L’amateur d’opéra et le véritable mélomane s’imaginent juger l’art lyrique de façon différente :  le premier est sensible à la valeur dramatique et au « BEL CANTO », tandis que le second ne s’intéresse qu’à la qualité strictement musicale d’une œuvre.

Il existe tout de même une troisième catégorie de musiciens fort peu nombreux, il est vrai, mais qui est peut-être en train d’augmenter, pour qui l’œuvre de PUCCINI présente une VALEUR RÉELLE, envisagée d’un point de vue total si j’ose dire. Il existe encore des musiciens : citons quelques noms illustres seulement : Gustav MAHLER qui inscrivit plusieurs ouvrages de PUCCINI, quand il était directeur de l’Opéra de VIENNE, d’autre part des musiciens tels que Maurice RAVEL et Arnold SCHOENBERG ont souvent manifesté leur admiration à l’égard de PUCCINI. Pour eux, PUCCINI prend place dans cette glorieuse lignée des créateurs de l’art musical, c’est à dire qu’il représente pour eux un MUSICIEN ACCOMPLI, un compositeur inspiré au même titre que tous ceux qui ONT FAIT et CONSTITUÉ cet ART que nous appelons MUSIQUE.

PUCCINI, qu’on accuse si facilement de VÉRISTE, n’appartenait pas véritablement à l’école vériste dont le fondateur fut MASCAGNI avec CAVALLERIA RUSTICANA, suivi de LEONCAVALLO auteur de I PAGLIACCI (PAILLASSE).

Une seule de ses œuvres, IL TABARRO (LA HOUPPELANDE) assez tardive dans sa carrière puisqu’elle fut créée en 1918 à NEW YORK, peut vraiment être classée dans cette catégorie.

Reste que la plupart de ses autres OPERAS contiennent des éléments de VÉRISME .

Mais PUCCINI qu’on accuse de tendances au MELO FACILE, TRAGIQUE et sanglant, évite au contraire partout la facilité et traite ses situations de façon continue . N’est-ce pas d’ailleurs grâce à cette RETENUE qu’il atteint à degré d’intensité passionnée et que l’impression produite sur les auditeurs acquiert cette force qui fait qu’on ne l’oublie plus ?

Un artiste, et spécialement un musicien se reflète dans son œuvre : l’écriture trahit l’homme, les graphologues vous le diront.

PUCCINI est simplement lui-même avec toutes les faiblesses, les contradictions, les qualités et les défauts que cela implique, et là SE TROUVE PEUT-ETRE LE SECRET DE SON POUVOIR UNIVERSEL d’ATTIRANCE : IL EST VERIDIQUE, IL N’EST QU’UN HOMME, ACCESSIBLE à CHACUN DE NOUS, TOUT SIMPLEMENT .

Fin de la 1ère partie de la PREFACE

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2ème partie de la préface

Giacomo PUCCINI naquit le 22 Décembre 1858 à LUCQUES, en Italie, ville de Toscane, à quelques kilomètres au Nord-Est de PISE. Sixième enfant et seul garçon, PUCCINI est issu d’une longue lignée de Musiciens d’ĖGLISE – En effet, il faut compter dans la famille 4 générations de COMPOSITEURS et MAITRES de CHAPELLE, musiciens de père en fils depuis le 18ème siècle.

Son père, qu’il perdit à l’âge de 5 ans, avait été organiste et Maître de chapelle à la Cathédrale de Lucques.

Le chemin peut lui paraître tout tracé : il serait le 5ème organiste de la famille.

Mais élève des séminaires de SAN MICHELE et SAN MARTINO, il n’y fait que des études médiocres, sauf dans la classe d’ORGUE où il recueille ses premiers lauriers.

A l’Institut PACINI, les notes sont au contraire excellentes. Giacomo a eu la chance d’y rencontrer Carlo ANGELONI, réputé l’un des meilleurs musiciens de toute l’Italie, qui l’initie aux partitions de RIGOLETTO, de la TRAVIATA et du TROUVERE, VERDI, représentant pour les jeunes compositeurs italiens de l’époque l ‘idole absolue, tout comme WAGNER pour leurs contemporains allemands.

A l’âge de 17 ans environ, lorsqu’il commença à improviser pendant les offices, il fut accusé de vouloir amener le théâtre à l’église. Visiblement PUCCINI cherchait encore sa voie, et signifiait seulement par ses incartades que son tempérament le portait à d’autres horizons que ceux de le MUSIQUE RELIGIEUSE.

C’est alors qu’un ÉVÈNEMENT CAPITAL se présente pour lui. En MARS 1876 « AÏDA » est donnée au Théâtre VERDI de PISE. Le jeune compositeur de 18 ans, a un désir irrépressible d’entendre ce chef d’œuvre. A court d’argent PUCCINI et deux de ses amis décident de parcourir à pied, aller et retour, les 32 Kms séparant LUCQUES de PISE. Mais quelle récompense dans le spectacle qui lui est offert à la fois une œuvre géniale et une salle frémissante sous tant de beauté.

« Lorsque j’entendis AIDA à PISE, affirma-t-il plus tard, je compris qu’en matière de musique une voie toute tracée s’ouvrait devant moi ».

Cette audition lui révèle le sens véritable de sa vocation. MUSICIEN, il le sera, mais MUSICIEN de THEATRE, MUSICIEN de la VIE, de l’AMOUR, de la PASSION, MUSICIEN de la SOUFFRANCE, MUSICIEN pour qui la musique n’existe qu’en fonction du SENTIMENT qu’elle exprime. Au diable les tribunes poussiéreuses et la misérable existence de Maître de Chapelle. Il veut être un nouveau VERDI.

Le métier ne pouvait s’acquérir qu’à Milan.

Mais d’ici là, il faut TRAVAILLER. Fils aîné d’une famille nombreuse et très pauvre, orphelin de père à cinq ans, il a dû, de bonne heure, partager les inquiétudes de sa mère et ouvrir ses yeux aux difficultés de l’existence. Malgré son caractère jovial et toujours enclin à faire des farces, il a gardé de sa première adolescence une secrète attirance pour les PROBLÈMES HUMAINS, LES LUTTES, LES DRAMES de la VIE QUOTIDIENNE, et l’EMOTION, sœur de la générosité qui fait battre les cœurs. UNE MÉLANCOLIE s’est déjà installée en lui qui ne le quittera plus.

Pendant ce temps, il compose un PRÉLUDE SYMPHONIQUE en (1876) un motet et un credo (en 1878). Et 2 ans plus tard en 1880 , il écrivit une MESSE pour 4 voix et orchestre, publiée ultérieurement sous le nom de MESSA DI GLORIA dont l’Agnus Dei lui servira plus tard pour le madrigal de MANON LESCAUT. Cette MESSE est une œuvre considérable couvrant quelques 200 pages avec des chœurs splendides. Elle n’a assurément aucun caractère liturgique et révèle que son auteur est plus un MUSICIEN de THÉÂTRE qu’un honnête MAÎTRE de CHAPELLE.

Tel est le bagage du jeune PUCCINI quand il prend le chemin de Milan, en octobre 1880, après quatre années d’études sérieuses. Il vient d’obtenir de la REINE MARGHERITA, une petite bourse d’études au CONSERVATOIRE et sa mère, bien que très pauvre n’hésite pas à lui assurer le moyen de devenir le grand musicien qu’elle devine.

Il fallut beaucoup de courage à PUCCINI pour vivre à MILAN ses 3 années de Conservatoire. Durant ces années, dira-t-il « j’ai tant souffert de la pauvreté, du froid, de la faim, que mon âme endurcie et mon naturel a tourné à l’aigre ».

Cependant sa bonne humeur, stimulée par l’ardeur qu’il apportait à ses études, l’amenait à s’amuser lui-même de sa propre misère.

Cette vie milanaise, passée dans une atmosphère mouvementée et bohémienne, fut très formatrice pour le futur musicien. Il eut comme Maîtres BAZZINI et PONCHIELLI.

En juillet 1883 , il termine ses études au conservatoire avec une pièce intitulée « CAPRICCIO SINFONICO » réutilisée plus tard dans la BOHEME) qui fut très appréciée à l’époque, montre que le futur compositeur d’opéras était par ailleurs doué d’un SENS SYMPHONIQUE REMARQUABLE.

Au même moment on organisait pour la première fois le CONCOURS SONZOGNO pour un opéra en 1 acte. Très encouragé par PONCHIELLI, PUCCINI décida de se présenter.

Puccini composa donc son 1er opéra « LE VILLI » sur un livret du poète FONTANA. Il s’agit d’une légende romantique ayant pour cadre la forêt noire et mettant en scène ces fiancées mortes à le veille de leurs noces qui se rassemblent à minuit et recherchent le jeune hommes qu’elles forceront à danser jusqu’à en mourir. Bien qu’il eût été refusé par le jury du concours le « VILLI » devait être créé le 31 mai 1884 et avec un vif succès. Dix huit rappels en saluaient le dénouement et la presse se faisait dès le lendemain, l’écho d’un tel accueil « L’opéra de PUCCINI est d’un bout à l’autre un petit chef d’œuvre. Nous croyons sincèrement qu’il peut être le COMPOSITEUR que l’Italie ATTEND depuis LONGTEMPS ».

Un tel enthousiasme attirait également l’attention de l’éditeur RICORDI qui offrait d’emblée à GIACOMO un contrat pour un nouvel opéra.

Avec cet opéra, PUCCINI imposait une conception du théâtre où le CHANT n’était plus seul au premier plan. L’ORCHESTRE y faisait une rentrée appréciable et participait à l’action dramatique dans une mesure qui put surprendre.

Encouragé par le succès et les approbations de tous ordres, PUCCINI avait immédiatement demandé au poète FONTANA un autre livret et s’était mis d’accord avec lui sur une adaptation de « LA COUPE et les LÈVRES » d’Alfred de MUSSET. Ce nouvel opéra « EDGAR », devait être représenté à la Scala le 22 avril 1889 c’est à dire qu’il avait demandé à son auteur près de cinq ans de travail.

La longue composition d’EDGAR nous renseigne sur la méthode de travail que PUCCINI devait adopter pendant toute sa vie :il composait de manière discontinue, multipliant les arrêts et les pauses, refusant obstinément les propositions des librettistes, pouvant rester des mois entiers sur un simple problème de scansion syllabique. Aussi la création d’EDGAR à la SCALA, en présence de VERDI, fut accueillie tièdement par le public, qui ne fut pas hostile. Par contre la critique se déchaîna dès le lendemain contre l’œuvre et son infortuné compositeur.
Cependant ce nouvel opéra atteste, dans l’écriture comme dans l’orchestration un pas en avant depuis le VILLI et contient des trouvailles de premier ordre
.

« C’est pour EDGAR que j’ai écrit mes meilleures pages » dira un jour PUCCINI. La scène capitale de l’œuvre est sans doute cette MARCHE FUNÈBRE du 3ème acte après laquelle EDGAR tentera de savoir « quel son rendra ma vie, quand je la frapperai sur ce froid monument ». Majestueux ensemble choral qui n’est que le prélude à une suite de scènes dramatiques et burlesques, il faut isolé par TOSCANINI et exécuté à la cathédrale de Milan pour les obsèques de PUCCINI. C’est alors seulement qu’on en comprit toute la grandeur et la poignante émotion.

Si le sujet l’avait séduit, tout d’abord, au point de s’engager à en faire un opéra, l’étrangeté de l’histoire avait par ailleurs refroidi son enthousiasme et tari son imagination.

« Il me faut mettre en musique des PASSIONS VERITABLES, des PASSIONS HUMAINES, l’amour et la DOULEUR, le SOURIRE et les LARMES et que je les sente, qu’elles m’empoignent, qu’elles me secouent. C’es alors seulement que je peux écrire de la musique et c’est pourquoi je suis si exigeant et circonspect dans le choix d’un sujet. Me mettre à travailler sur un livret que je n’aime pas, c’est une misère ».

Pour mieux comprendre l’œuvre de PUCCINI j’aimerais souligner les CONSTANTES que l’on rencontre chez PUCCINI. Ce qu’il faut souligner avant tout chez PUCCINI c’est « L’INSTINCT THEÂTRAL ».

N’a-t-il pas écrit, lors de son examen de sortie au Conservatoire de MILAN

« Et le Seigneur tout puissant me toucha de son petit doigt et dit « ECRIS POUR le THEÂTRE, mais comprends-moi bien, pour le THEÂTRE UNIQUEMENT ». Et j’ai donc obéi au COMMANDEMENT SUPRÊME ».

Et il déclare plus tard :

« Je suis un HOMME DE THEÂTRE, je fais du THEÂTRE et je suis un VISUEL. Je vois les PERSONNAGES, les COULEURS et les GESTES des PERSONNAGES ».

« Si, renfermé chez moi, je ne réussis pas à voir la SCÈNE, plantée là devant moi, je n’écris pas, je ne peux pas écrire une note ».

L’ORCHESTRE de PUCCINI c’est sa CRÉATURE PREMIÈRE. C’est le terrain qui va lui permettre justement d’apporter à l’opéra une NOUVELLE DIMENSION. Il va inventer un NOUVEL ORCHESTRE complètement étonnant , qui se différencie de ses contemporains: MASCAGNI, ou LÉONCAVALLO, qui n’ont pas des orchestres aussi subtils, aussi complexes, aussi profonds. C'est vraiment une RÉVOLUTION pour l'ensemble des THEÂTRES ITALIENS, et d'ailleurs les opéras de PUCCINI vont poser des PROBLÈMES aux orchestres italiens de mise en place, de répétition. Il faudra des CHEFS d’ORCHESTRE comme GUARNIERI, comme TOSCANINI, pour vraiment discipliner la masse orchestrale puccinienne, et lui donner cette espèce de LUMIÈRE, de SUAVITÉ, d’ÉLÉGANCE, d’AMPLEUR. Giacomo PUCCINI a laissé à la postérité une correspondance très riche, très abondante : plusieurs milliers de lettres ont été trouvées dans sa maison de TORRE DEL LAGO où il s’était installé.

Non seulement elles nous renseignent sur sa personnalité complexe mais elles permettent de mieux comprendre son langage musical.

On constate que PUCCINI est un être INSTABLE et MELANCOLIQUE. C’est sans aucun doute son BESOIN de contact HUMAIN, lui qui avait su si bien dans tous ses opéras établir un contact privilégié avec le spectateur, réclamait sans cesse à cor et à cri la visite de ses amis. Ce besoin effectif aigu allait de pair avec une MELANCOLIE QUASI MALADIVE :

« J’ai toujours traîné avec moi un grand sac PLEIN de MELANCOLIE. J’ai peut-être tort, mais je suis fait ainsi, ainsi sont faits les hommes qui ont du cœur et des larmes ».

La MÉLANCOLIE est la PULSION la plus profonde de sa PSYCHOLOGIE. Il dira :

« La joie ne s’harmonise pas avec ma musique. C’est dans la TRISTESSE, l’AMERTUME et les TOURMENTS que j’ai entendu la VOIX PATHETIQUE de ses MEILLEURES PAGES. JE SUIS UN HOMME de l’AUTOMNE. RIRE, chasser et naviguer sur le lac, c’est agréable. Mais cela me laisse une sensation de vide. Par contre, QUAND JE SOUFFRE, JE VIS et je COMPOSE. J’AI PLUS de CŒUR que de CERVEAU ! »

Il ira, assistant à une représentation de la BOHÈME jusqu’à PLEURER à la MORT de MIMI, en murmurant et « dire qu’une femme comme cela doit mourir ». CETTE MÉLANCOLIE « LA TRISTESSE EST L’ESSENCE MÊME DE LA VIE; LA VIE EST UN FARDEAU et LA MORT UNE DELIVRANCE » est en fait le fruit d’un perpétuel manque satisfaction en soi. Non pas un complexe d’infériorité, mais une angoisse devant ses limites.

« J’entends chanter tout cela en moi et puis je suis déçu EN VOYANT LE PEU QUE J’AI REUSSI A EXTERIORISER » confie-t-il.

Soulignons également la « MODERNITÉ HARMONIQUE de PUCCINI ». PUCCINI ! MAÎTRE de la MÉLODIE, il l’a été à un point absolu, consacrant dans toutes ses œuvres, LA SUPRÉMATIE de la VOIX CHANTÉE, des GRANDES ENVOLÉES LYRIQUES, AUX DIALOGUES LES PLUS CONCIS.

Ah, ces thèmes pathétiques, doublés ou triplés par des cordes larmoyantes à souhait, que soulignaient ses critiques.

Il serait injuste de réduire le STYLE VOCAL de PUCCINI à ce cliché CARICATURAL. Car l’ÉTENDUE de SA PALETTE EXPRESSIVE est INFINIMENT PLUS VARIÉE que ce qu’ont insinué bon nombre de détracteurs chagrins.

L’ELOQUENCE de sa LIGNE VOCALE est CELLE d’UN AUTHENTIQUE HOMME de THEÂTRE. IL COMPOSE POUR LA SCENE AVANT TOUT. SOUCIEUX de l’EFFICACITE DRAMATIQUE de SON ECRITURE LYRIQUE.

UNE ESTHÉTIQUE BASÉE sur l’ÉMOTION et l’EFFICACITÉ : « Je dois émouvoir, mais sans RHÉTORIQUE et CAPTER l’ÉMOTION du PUBLIC en FAISANT VIBRER ses NERFS COMME LES CORDES D’UN VIOLONCELLE », ce qu’il affirma à la fin de sa vie, à l’époque de TURANDOT. Les MOTS CLEFS « EMOTION, PASSION, SENTIMENT HUMAIN, SINCÉRITÉ, SIMPLICITÉ » ces mots reviennent comme des LEITMOTIVES dans toute sa correspondance. « LA CHOSE LA PLUS COMPLIQUÉE EST LA SIMPLICITÉ et la simplicité est une DIVINITÉ que doivent célébrer tous les artistes qui croient ». 

« Quand j’écris un OPERA, je CHERCHE AVANT TOUT à ÊTRE SINCÈRE, à ÊTRE VRAI et A DONNER de toutes mes forces et PAR TOUS LES MOYENS LE SENS de la VIE »

Ces 2 maximes l’entraîneront à chercher perpétuellement une VÉRITÉ MUSICALE et DRAMATIQUE DONT DÉPEND JUSTEMENT L’ÉMOTION, étroitement liée à la PERSONNALITÉ du COMPOSITEUR .

LA SENSIBILITE FRANCAISE DE PUCCINI

L’une des accusations formulées contre PUCCINI par la PHALANGE des jeunes NATIONALISTES était celle « d’internationalisme »,

Traduite en termes de musique, elle visait avant tout l’INFLUENCE de la France sur SON STYLE.

Le côté Français de PUCCINI, si apparent dans les opéras de la période intermédiaire, est d’autant plus remarquable qu’un sang Toscan coulait dans ses veines. Par son penchant pour la France, PUCCINI se tient à l’écart de ses contemporains italiens ; son importance historique réside incontestablement en partie dans le fait qu’il créa un type d’opéra qui même la VIGOUREUSE PASSION de la nature italienne au SENTIMENT RAFFINÉ et SOPHISTIQUÉ de la nature française.

Sur les 12 opéras de PUCCINI, 5 empruntent leur sujet à des auteurs français et 4 se situent en France :

L’ABBÉ PREVOST pour « MANON LESCAUT », Henry MURGER pour la « BOHÊME » Pierre LOTI qui écrivit Madame Crysanthème qui eut une incidence directe sur le livret de « Madame BUTTERFLY », Alfred de MUSSET pour « EDGAR », Victorien SARDOU pour TOSCA ;

Et 4 se situent en France « MANON LESCAUT », «LA BOHÊME », «IL TABARRO » et la « RONDINE ».

En revanche, TOSCA et surtout TURANDOT descendent directement des GRANDES HEROÏNES DRAMATIQUES de VERDI.

«L’HEROÏNE PUCCINIENNE »

On a souvent parlé des « PETITES FEMMES de PUCCINI », ces PETITES FEMMES qui ne savent qu’AIMER et MOURIR, dira lui-même PUCCINI .

Les opéras de PUCCINI possèdent-ils un THÈME CENTRAL et RECURRENT ; et dans ce cas quelle est la nature de ce THÈME .

Ce THÈME CENTRAL EXISTE et en fait, se trouve CONTENU dans une réplique de l’un des personnages du compositeur.

Le CHANTEUR DES RUES, d’IL TABARRO, opéra qui fait partie du TRIPTYQUE qu’a composé PUCCINI (ensemble de 3 opéras en 1 acte). Ce CHANTEUR de RUE CHANTE

« CHI AVISSUTO PER AMORE, PER AMORE SI MORI »

« QUI A VECU PAR AMOUR EST MORT PAR AMOUR »

Ce vers pourrait servir de DEVISE à 10 opéras sur les 12 écrits par PUCCINI. Sa signification est capitale :

« ASSIMILATION de l’AMOUR et de la MORT »

Autrement dit, c’est le « CONCERT de l’AMOUR VÉCU COMME TRAGIQUE ET COUPAGLE ET RACHETÉ PAR LA MORT»

THÈME ETERNEL du THÉATRE et de l’OPERA, et qui n’a jamais été montré avec plus de grandeur et élaboré avec plus de profondeur psychologique et de métaphysique que dans TRISTAN de WAGNER.

Chez PUCCINI, ce thème n’avait pas de telles implications, il était essentiellement l’expression d’une NIHILISME EROTIQUE qui s’oppose apparemment à l’HEDONISME dont témoignait sa vie privée; Cependant le schéma dramatique particulier à travers lequel il présentait ce thème et la persistance à y adhérer, du premier au dernier de ses opéras sont particulièrement frappants !

Le LIVRET PUCCINIEN est conçu à FAIRE de l’HEROÏNE le PIVOT autour duquel tourne tout le drame. UN DES TRAITS DE CARACTERE les plus spécifiques de cette héroïne étant :

L’AMOUR VÉRITABLE et TOTAL qu’elle éprouve, c’est cela, aux yeux du compositeur qui semble justifier un sentiment de culpabilité qu’il lui faut payer d’une souffrance physique et mentale par laquelle elle sera écrasée jusqu’à la mort.

Et ceci nous amène à nous poser la question : En QUEL PERSONNAGE le COMPOSITEUR s’incarne-t-il le plus intensément

AUCUN DOUTE N’EST POSSIBLE : DANS DES PERSONNAGES FÉMININS. PUCCINI, comme MASSENET, est un PEINTRE de la FEMME. Ses figures masculines, chez lui, sont plus ou moins pâles à peu d’exceptions près. SES TITRES RENVOIENT le plus souvent à L’HÉROÏNE .

C’est une vraie GALERIE DE TABLEAUX FÉMININS, qui commence avec les œuvres de jeunesse

Quelque DIVERSE que soit leur nationalité ou leur époque, ces FEMMES SONT FONDAMENTALEMENT sœurs.

Que la tendresse de PUCCINI aille vers elles plutôt que vers ses HEROS MASCULINS est visible à tous les yeux.

Elles ne SONT PAS d’ailleurs des HÉROÏNES, MAIS PLUTÔT de SIMPLES FEMMES COURBÉES SOUS LE POIDS D’UNE ATROCE RÉALITÉ QUOTIDIENNE .

« JE NE SUIS PAS FAIT pour des GESTES HEROÏQUES – dira PUCCINI lui-même, UN JOUR, j’AIME LES AMES QUI RESSENTENT COMME MOI, QUI VIVENT d’ESPOIR ET d’ILLUSION, QUI ONT L’EXPÉRIENCE des JOIES FULGURANTES, et de la NOSTALGIE dans LES LARMES »

N’est-il pas, d’ailleurs lui-même un peu une Manon, une Mimi ? Doux, mais égoïste, INSTABLE et CAPRICIEUX, lui qui avait juré à Elvira GEMIGNIANI « UN AMORE SOLO E’VERO, SANTO » pour la convaincre de quitter son mari, il la trompe avec qui lui tombe sous la main. Il dira plus tard « IO SONE INNAMORATO SEMPRE » « Je suis toujours AMOUREUX », alors que dans le fond il est incapable d’aimer vraiment, il ira vers des femmes qui lui sont intellectuellement inférieures.

Quoi d’étonnant à ce que ce FAIBLE se réfugie de préFérence dans l’INTIMISME, lui dont on dira qu’il est le « COMPOSITEUR DES PETITES CHOSES » « LE PEINTRE DES PETITES FEMMES QUI NE SAVENT QU’AIMER et SOUFFRIR », ce qu’il confirmera lui-même.

On trouve dans ces héroïnes, en majorité la FEMME de PETITE VERTU LÉGÈRE : MANON, MIMI, MUSETTA, BUTTERFLY et MAGDA (dans la Rondine).

On y trouve LIU (dans Turandot) ESCLAVE, donc CRÈATURE INFÈRIEURE.

A son tour, GIORGETTA, d’Il Tabarro, originaire d’une banlieue pauvre de Paris, EST UNE FEMME ADULTÈRE et la RELIGIEUSE ANGELICA, bien que de haute naissance, a déshonoré le nom de sa famille.

Bef, chacune de ses héroïnes témoigne d’un sérieux travers, c’est précisément à cause de leur dégradation qu’il put tomber amoureux de ses héroïnes, se trouver en parfaite communion avec elles, et arrivera à s’identifier si totalement à leurs personnalités.

Et comme s’il tenait à les DÉDOMMAGER pour leur DÉMERITE, il les PARE des TRAITS LES PLUS ATTACHANTS. Elles sont DOUCES, TENDRES, AFFECTUEUSES et JUVÉNILES, CAPABLES d’AIMER JUSQU’AU SACRIFICE !

Si AVILIES MORALEMENT qu’elles puissent être, ON NE TROUVE JAMAIS chez les FEMMES LÉGÈRES que sont MANON, MIMI et MUSETTA la MOINDRE SUGGESTION de LUBRICITÈ et de DÈBAUCHE.

Aucune de ses HÈROÏNES à la seule exception de TURANDOT n’est non plus AFFLIGEÈE des traits pathologiques que l’on rencontre chez les PROTAGONISTES de STRAUSS ou de BERG.

Pour elles, il écrit sa musique la plus inspirée, la plus poétique, la plus poignante, musique dans laquelle sa puissance créative se révèle à son apogée.

FIN de la PRÉFACE

 

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