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Il était une fois . . . ( 1813 - 1901 )
 par Francis Perez   

Notre vice-président se propose durant cette année du centenaire de la mort de Verdi de vous raconter sous forme de feuilleton, la vie passionnée et l’oeuvre de celui qui fut non seulement un génie du théâtre lyrique, mais aussi une figure emblématique de la vie italienne.

1ère partie : les débuts

L’année 2001 sera l’année Verdi.

Giuseppe VERDI est mort le 27 janvier 1901 à Milan et tout le monde lyrique s’apprête à commémorer le centenaire de sa mort.

Le samedi 24 mars 2001 à « l’Holiday Inn », notre conférencier Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin consacrera toute cette journée à nous parler de Verdi. Ce sera la première partie de ce Séminaire.

Quant à moi, j’essaierai de vous communiquer des renseignements des anecdotes relatifs à l’oeuvre, à la vie de ce grand compositeur et à vous mentionner la discographie des oeuvres principales.

La biographie fait parfois bien les choses puisque Verdi est né en 1813, c’est-à-dire la même année que Wagner, et que l’opposition Verdi-Wagner fait partie de ces dissertations thèse-antithèse chéries du public.

Je n’entrerai pas dans cette controverse, mais je crois qu’il est indispensable de mettre au point certaines vérités. Pendant plusieurs années on s’est plu, particulièrement en France, à considérer Verdi comme un habile faiseur d’opéras, flattant les goûts d’un public amateur de belles voix. La situation a fort heureusement changé depuis quelques temps et de nombreux ouvrages consacrés à sa vie, surtout à l’étranger, à sa personnalité musicale ou à ses opéras, ont appris à porter un tout autre regard sur son activité de créateur.

En effet, son oeuvre forme un tout et, qu’à l’égal d’un Mozart ou d’un Wagner, Verdi construit un monde dramatique, original et cohérent destiné à se réaliser pleinement sur la scène.

Qualifié un jour de « grand musicien » Verdi répondit : « Laissez tomber le grand musicien, je suis un homme de théâtre !»

Dénominateur commun : le ‘‘génie dramatique’’ le grand mot pour parler de Verdi.

Je consacrerai mon 1er chapitre ‘‘ aux débuts de Verdi’’.

Biographie presto : né le 10 octobre 1813 à Roncole, commune de Busseto près de Parme. Son père tenait une auberge qui faisait également office de débit de boissons et d’épicerie. Les jeux de la guerre et du hasard avaient fait de cette région, pourtant si différente de la nôtre, un département français, le département du Taro, que Napoléon avait confié à un préfet français et où tous les registres de l’état civil étaient réglementairement français, de sorte que l’acte de naissance d’un des plus grands musiciens italiens fut rédigé en français et mentionne ‘’Joseph-Fortunin-François Verdi’’.

Jusqu’à l’âge de 10 ans, le jeune Verdi apprend à lire, à écrire et à compter avec le curé de Roncole et découvre les premiers rudiments du solfège avec l’organiste du village de Busseto.. Mais celui-ci fut bientôt dépassé par son élève. Ces années d’apprentisage eurent dans la vie de Verdi, une importance plus grande encore qu’on ne pourrait le penser. C’est à ce moment en effet, entre 15 et 18 ans, que se forma, inconsciemment mais sûrement, ce qui sera plus tard le style du maître. Ce dernier dira plus tard ‘’ Io sono un paesano’’ (‘’je suis un paysan’’). Verdi est le type parfait de l’autodidacte. Et nous devons bien constater que c’est par un entraînement journalier qu’il conquit peu à peu sa jeune maîtrise. En effet, un beau jour de 1828, il n’a que 15 ans, on joue de lui au Théâtre de Busseto, une Sinfonia qui remporte un succès éclatant.

Par ailleurs à Busseto, Verdi rencontre Antoine Barezzi, riche commerçant, qui fut le mécène, la chance inespérée de Verdi à l’aube de sa carrière.

C’était un très brave homme qui adorait la musique, la pratiquait lui-même, car il animait la Société Philarmonique de Busseto. Le jeune Verdi, amené peu à peu à habiter chez son bienfaiteur Barezzi s’éprend tout naturellement de la fille de ce dernier Margherita.

Ces amours juvéniles interdisent au jeune Verdi de continuer à habiter chez son bienfaiteur Barezzi, pour cela une seule solution, aller à Milan.

A 19 ans, Verdi fut recalé au Conservatoire de Milan, non pour des épreuves d’écriture, mais pour la manière dont il jouait du piano. Le Conservatoire de Milan se nomme de nos jours, Conservatore Giuseppe Verdi, sans doute pour excuser l’échec fameux que subit en cette année 1832 celui qui devait être un des plus grands compositeurs d’Italie.

Verdi demeura cependant à Milan pour travailler avec Lavigna qui devait inculquer au jeune Verdi une solide connaissance du Contrepoint (c’est-à-dire l’art de superposer 2 ou plusieurs lignes mélodiques) et qui forme également Verdi à l’étude de Haydn et de Mozart. Lavigna fait également bénéficier Verdi des fruits de son expérience de claveciniste répétiteur de la Scala, colla- borateur naguère de Rossini. Lavigna avait accompagné la grande Isabel Colbran, la Malibran, la Pasta.

En 1836, Verdi se marie avec Margherita Barezzi, la fille de son bienfaiteur, qui lui donna deux enfants. Le jeune foyer fondé par Giuseppe Verdi, à peine ébauché, va se dissoudre dans le néant, les deux enfants vont disparaître, au même âge de 16 mois tous les deux. Lorsque la tendre et douce Margherita mourra à son tour en 1840, cette sorte de concession que le sort semblait vouloir faire à une vie régulière et tranquille est terminée et, avec de nouveaux partenaires, ceux du théâtre cette fois, l’existence de Verdi va véritablement commencer.

Le théâtre de la Scala, qui, au fond, est déjà le but de sa jeune carrière est aux mains d’un remarquable imprésario, MERELLI.

 C’est un vieux renard, qui tout en ne connaissant que son intérêt personnel, ne recule quelquefois point devant un beau risque à courir.Or, il se trouve que le jeune VERDI, tout candide encore, puisera dans son fond paysan suffisamment d’astuce pour parvenir à convaincre MERELLI de monter à la Scala son premier opéra.

Le destin, là aussi, va jouer un jeu qui peut paraître curieux,Car c’est la chanteuse Giuseppina STREPPONI, cantatrice de renom, celle-là même qui sera la seconde femme de VERDI, qui va servir de "DEUS EX MACHINA" dans l’affaire d’OBERTO, ce premier opéra sur lequel le jeune compositeur fonde tant d’espoir. 

Qu’elle ait été, elle qui avait 23 ans en 1838, la maîtresse du redoutable MERELLI, cela ne fait pour nous aucun doute.

Mais les chanteuses d’opéra ont toujours dû accommoder leur genre de vie avec certaines nécessités, et la liaison avec MERELLI faisait partie de ces dernières, pour une jeune débutante dont tout le monde à l’époque, vante la discrétion, la gentillesse et les rares vertus familiales, puisqu’elle fait vivre tous ses frères et sœurs.

Et ce sera la Giuseppina STREPPONI, alors dans sa jeune gloire qui, parlant de VERDI à MERELLI, va décider ce dernier à inscrire l"OBERTO, Conte di San Bonificio de G.VERDI, au nombre des 3 nouveautés obligatoires de l’automne 1839.

A 26 ans, en 1839, VERDI débute à la Scala en donnant son 1er opéra "OBERTO, CONTE DI SAN BONIFACIO", qui est donné 14 fois et repris l’année suivante pour 17 représentations. A défaut d’un triomphe, l’œuvre obtient un authentique succès tant public que critique. Ce succès lui vaut la commande D"UN GIORNO DI REGNO" qui connaît un fiasco dès le premier soir (1849). On a souvent imputé cet échec à l’impossibilité dans laquelle aurait été VERDI de composer un opéra buffa, étant alors affligé par le récent décès de sa jeune femme et de ses deux enfants.

Les mois qui suivirent ce fiasco furent extrêmement pénibles pour VERDI. Ayant perdu en un temps relativement court, ses enfants et sa femme, il était maintenant en proie à une crise de découragement sans pareil. Il traînait à Milan une existence déprimante, ne mangeant presque pas, ne travaillant pas et n’ayant aucun courage.

C’est à ce moment là que le destin frappe à nouveau.

Conforté par la reprise d’OBERTO, MERELLI l’imprésario de MILAN, suggère à VERDI de mettre en musique le livret de NABUCHODONOSOR, refusé par le compositeur NICOLAÏ, un livret de Temistocle Solera; VERDI emporta, presque malgré lui, le livret de Solera chez lui. VERDI déclara lui-même "une fois à la maison, j’ai jeté d’un geste violent le manuscrit sur la table. Sans que je sache comment, mes yeux tombent sur la page qui s’étalait devant moi et je lis les vers "Va pensiero, sull’ali dorate". Je jette un coup d’œil sur la suite et je suis fortement impressionné parce qu’il s’agit là de la paraphrase d’un passage de la bible que j’ai toujours aimé lire ". Et VERDI écrivit l’œuvre avec passion.

L’acte de naissance du nouveau VERDI devrait donc être daté du 9 mars 1842, jour de la première représentation de ce NABUCCO, pour employer le titre familier que toute l’Italie lui donna rapidement. Aux 8 représentations initiales, il fallut ajouter 57 autres représentations. NABUCCO constituant avec ses 65 représentations, un record absolu dans l’histoire de la Scala.

On se souvient de la part prise par la STREPPONI à la création d’OBERTO par MERELLI, et elle va encore plus encourager VERDI pour NABUCCO. D’abord, parce qu’il y a un rôle pour elle (elle fut la 1ère Abigaille, fille de Nabucco), un rôle qui l’enthousiasme dès que VERDI le lui montre et puis, parce qu’à force de s’intéresser au sort de ce jeune compositeur, elle sent naître en elle un sentiment tout autre que l’intérêt.

Toujours est-il que son appui total soutient VERDI, et que ce NABUCCO marque le début d’une amitié qui, en devenant de l’amour, ne perdra rien de sa solidité.

De plus, NABUCCO marque pour VERDI le début d’une gloire parfaitement populaire, grâce à quelques chœurs que l’Italie entière va chanter rapidement.

"VA PENSIERO SULL’ALI DORATE": "VA, pensée, sur tes ailes dorées", conquiert la faveur immédiate de tout le pays.

Et les Italiens du peuple, séduits par le langage direct de VERDI, le baptisèrent aussitôt "Le père des Chœurs".

Enfin, avec NABUCCO, VERDI commence à s’intégrer au RISORGIMENTO et à payer de sa personne pour l’unité italienne et la libération des provinces encore sous le joug étranger. On sait que le principal personnage de NABUCCO est en réalité le peuple juif en exil à Babylone, et qui chante la patrie perdue en des termes qui pouvaient fort bien convenir à la situation des Milanais soumis à la domination autrichienne. VERDI, dès lors, devient tout naturellement l’un des personnages de la mythologie de la "Résistance" VA, PENSIERO... devient tout de suite le symbole de la patrie réduite en esclavage et qui attend sa libération.

VERDI sera député, jouera un rôle politique. Il y sera amené par l’attitude que lui dicta, dès la première, le succès de NABUCCO.

Le 4ème ouvrage lyrique de VERDI "I LOMBARDI alla Prima Crociata" créé à la Scala en 1843, n’est donc, en fin de compte que le pendant de NABUCCO, utilisant les mêmes recettes et exploitant les mêmes effets. "O Signore, dal tetto natio", semble calqué sur le Va Pensiero et remporte le même succès. Pour NABUCCO, et I LOMBARDI, VERDI est devenu un musicien national, le porte parole-drapeau des aspirations de liberté et d’unité qui font le Risorgimento ..

NABUCCO et LES LOMBARDS mettaient en jeu le surnaturel, la foi et les sentiments de tout un peuple, désormais, VERDI va s’occuper des individus.

Ce sera l’objet de mon prochain chapitre sur VERDI.

NABUCCO : Pour aborder l’œuvre, je vous conseille l"intégrale, dirigée par SINOPOLI avec comme interprètes : P.CAPPUCILLI - G.DIMITROVA - L.VALENTINI et E.NESTERENKO.

2ème partie : les années galère

Il était une fois... VERDI (1813 ‑ 1901) par Francis Perez 

"ATTILA " Drame lyrique en 3 actes, est créé le 17 Mars 1846 à la Fenice de Venise. Il traite de la libération de l’Italie des griffes d'un occupant sanguinaire. Dans l'Italie du Risorgimento et surtout dans VENISE, ployant sous le joug de l'occupant autrichien, on s'attend avec un tel sujet à un opéra patriotique dans la lignée de NABUCCO ou des LOMBARDS qui ont fait vibrer la fibre nationaliste. Une réplique du général Romain EZIO au roi des Huns: "Tu auras tout l'univers pourvu que l'Italie me reste" provoque des réactions enflammées de tout le peuple italien. Ces années de travaux forcés furent d'autant plus pénibles pour VERDI que sa santé était fortement ébranlée et que de douloureux rhumatismes se joignaient à de continuels maux d'estomac. Il faut ajouter à cela que la vie professionnelle est pour lui, qui, au fond est et sera toujours son propre impresario une raison permanente de soucis. Il doit sans cesse, afin de maintenir, comme on dit aujourd'hui le standing de ses oeuvres, être en pourparlers avec le directeur des différents théâtres et les tractations ne sont pas toujours faciles, le caractère entier, parfois cassant de VERDI, rend souvent les discussions malaisées. C'est à cette époque que pour la 1 ère fois l'Opéra de PARIS cherche à s'assurer la création d'une oeuvre originale de VERDI, on verra que ce projet n'aboutira que bien plus tard. Pour l'instant il est partagé entre 2 livrets, l'un tiré de SCHILLER "I MASNADIERF' (Les Brigands), l'autre tiré de SHAKESPEARE "MACBETH'; le sujet résumé brièvement: "Au soir d'une bataille où il s'est couvert de gloire, des sorcières annoncent au général écossais MACBETH qu'il sera roi. Plus tard, celui-ci apprend qu'il ne pourra être vaincu que par un homme qui ne sera pas né d'une femme, en un jour où la forêt avancera sur lui. Poussé par sa diabolique épouse, MACBETH assassinera le roi et ses descendants, et sera proclamé roi lui-même, mais tandis que son épouse sombre dans la folie, il sera abattu par le fils né avant terme du feu roi, tandis que l'année de celui-ci, dissimulée derrière des troncs coupés gagnera la bataille". Lorsque "MACBETH" voit pour la 1 ère fois les feux de la rampe à FLORENCE le 14 Mars 1847, l’œuvre a bénéficié des soins les plus minutieux. En particulier, VERDI dans un voyage à LONDRES, s'est entouré de toutes les garanties sur le plan de l'exactitude historique, des décors et des costumes. La BARBIERININI, qui créa le rôle principal, affirma qu'un seul air fut répété plus de 150 fois. Dans la dramaturgie de VERDI, MACBETH représente un pas en avant considérable, y compris dans le perfectionnement de l'orchestration. Le centre se déplace du héros masculin à une figure féminine : celle de Lady MACBETH, personnage tout à fait insolite dans le théâtre musical italien, qui tranche d'une manière romantique sur un fond presque hallucinant de scène du peuple. La scène de somnambulisme de Lady MACBETH est sans précédent dans l'opéra italien par son atmosphère et ses détails dramatiques.. Après avoir poussé son mari sur le trône d'Écosse par le meurtre du roi DUNCAN et de BANQUO, dévorée par les remords, elle parcourt le sombre château pendant son sommeil, évoquant la nuit du meurtre de DUNCAN et essayant de laver ses mains où elle voit encore des tâches de sang. Le rôle de Lady MACBETH, sur le plan vocal, figure parmi les plus difficiles dans le grand opéra romantique. VERDI, quant à lui, jugeait que MACBETH était sa meilleure oeuvre.

 En 1865 pour la création à l'Opéra de Paris, VERDI remanie la partition et ajoute un ballet, mais les Français font la fine bouche. VERDI s'est toute sa vie efforcé de bien caractériser ses personnages. C'est dans MACETH qu'il a pour la l ère fois,; pleinement atteint son but par la synthèse des 3 éléments qui dominent sa musique: Le THEATRE, le PATRIOTISME et les PERSONNAGES.

 En juin 1847, VERDI débarque à LONDRES. La présence de VERDI à LONDRES va nous permettre de nous faire une idée de sa célébrité déjà grande. Il n'a en effet que 34 ans, et l'on pourrait croire que son nom n'a guère dépassé les frontières de l'Italie. Il n'en est rien, car l'accueil que lui réservent LONDRES et la haute société anglaise nous montre avec quel empressement sa présence sera disputée. Il est en effet curieux de constater que l'attitude de VERDI, vis‑à‑vis du "monde" est celle d'un homme d'une extrême timidité. Tantôt il se dérobera sans rien dire aux avances qu'on lui fera, tantôt il leur opposera une mauvaise humeur bourrue. Sa santé parfois est à l'origine de sa mauvaise humeur.

 Il dirigera la première d"I MASNADIERI" tiré par MAFFEI du drame de SCHILLER "Les Brigands", le livret n'a pas de vérité, pas d'accent sincère, et sonne faux d'un bout à l'autre. Malgré tout, le public londonien fait une ovation à la création le 22 Juillet 1847 au Her Majesty's Théâtre Londres à l’œuvre qui a le privilège pour les anglais, d'être la première oeuvre écrite tout spécialement pour un théâtre londonien par un compositeur italien. En effet, ni ROSSINI ni BELLINI, ni DONIZETTI n'avaient rien donné d'inédit aux scènes anglaises.

 Et VERDI, après avoir dirigé les 2 premières représentations des "MASNADIERI' part pour PARIS. PARIS, pendant quelques temps, va être le centre des activités de notre compositeur. Et pourtant, que de flèches n'a‑t‑il point décochées, toute sa vie contre une ville dont la frivolité correspondait assez mal à son sérieux tout terrien! Que d'ironie n'a‑t‑il point dépensé à l'endroit de l'Opéra de PARIS qu'il dénommait: "La grande boutique" dont il déplorait la décadence irrémédiable. Mais, à PARIS, il trouvait au milieu d'une foule étrangère et anonyme, la solitude que lui refusait, en Italie, sa gloire. Et puis, et surtout à PARIS, habitait la STREPPONI, dont nous avons parlé quand elle a tenu le rôle d'Abigaille dans NABUCCO. Son attachement pour la STREPPONI va devenir un amour très sûr, très profond, et bientôt ils ne se quitteront plus. Peu importe d'ailleurs que pour l'Opéra de Paris, VERDI ait accepté de remanier les 'LOMBARDI' et d'en faire une "JERUSALEM' accueillie plutôt froidement le 26 novembre 1847.

 Peu importe également que pour satisfaire à un contrat déjà vieux signé avec l'éditeur LUCCA, il ait écrit l'un de ses opéras les moins intéressants, "EL CORSARO" créé à TRIESTE le 25 Octobre 1848, dont d'ailleurs, il ne s'occupa même pas.

 Ce qui compte pour nous, avec la place de plus en plus grande prise dans sa vie par Guiseppina STREPPONI, c'est l'incidence que vont avoir de nouveau, sur sa carrière de compositeur, les événements politiques qui, après la révolution parisienne de Février 1848, vont bouleverser l'Europe en général, et l'Italie en particulier ......

Ces années 1848‑1849 nous montrent VERDI doublement occupé à traiter ses affaires avec les imprésari et les directeurs et à s'enflammer, entre deux traductions, pour la cause de la liberté. Lui dont la popularité avait dû son premier élan à des poussées politiques, au temps de NABUCCO , va retrouver cette popularité encore multipliée: son premier ouvrage après le CORSARO, va être LA BATTAGLIA Di LEGNANO, en souvenir de la première victoire remportée, au temps de la ligue lombarde, par les italiens sur un empereur allemand. Il va l'écrire pendant que les patriotes romains s'insurgeront contre le pouvoir du Pape; et la chance voudra que la première représentation de cette "BATTAGLIA Di LEGNANO" ait lieu le 27 Janvier 1849 à ROME, c'est à dire 12 jours avant la proclamation de cette république romaine qui installée par quelques hommes étonnants MAZZINI, MAMELI, devait tomber peu après, à la suite de l'intervention des troupes françaises venues à la rescousse des armées papales. Il est évident que, dans ces circonstances, les qualités indéniables de l'oeuvre prenaient des prestiges considérables et connut un accueil triomphal. D'ailleurs, mêlé de près, par sa renommée personnelle, aux mouvements de libération, VERDI a signé en 1848 une adresse au gouvernement français de CAVAIGNAC, destinée à émouvoir ce dernier et à l'amener à combattre l'Autriche, aux côtés des Italiens insurgés. On sait combien l'Italie entière fut déçue de l'attitude de la France , qui volant au secours de Pie IX, fit s'écrouler pour quelques années, le beau rêve d'unité et d'indépendance. Enfin et cela suffirait à prouver combien les guerres en ce temps là étaient différentes de celles que nous connaissons, c'est au beau milieu des insurrections de 1848‑1849 que VERDI poussé par Giuseppina STREPPONI décide de quitter la vie mondaine parisienne pas faite pour ce paysan et décide d'acheter, auprès de BUSSETTO, la propriété de SANT'AGATA, qui sera le refuge rêvé. Dès lors, ce gentilhomme campagnard qu'est VERDI va poursuivre parallèlement, deux buts simultanés et singulièrement semblables malgré leur apparence. Il va conduire sa carrière de compositeur exactement de la même manière qu'il mènera ses affaires terriennes. Peu à peu il va étendre ses propriétés, acquérir des terrains, faire construire des fermes, assainir des terres. En même temps, son métier de compositeur, en se précisant et s'enrichissant, va faire d'année en année, de nouvelles conquêtes, découvrir de nouveaux horizons, annexer de nouvelles possibilités. Le paysan parvenu va jouer gagnant sur les deux tableaux, celui de l'Art et celui de la Terre.

 Avec '"LUISA MILLER" créée le 8 Décembre 1849 au San Carlo de Naples, VERDI se tourne vers le drame bourgeois. Il va confirmer sa préférence donnée à l'humain et au social sur la politique. 

Le sujet brièvement: au Tyrol au début du 18 ème siècle, le malhonnête Comte WALTER voudrait que son fils RODOLFO épouse sa nièce, la duchesse Frédérica, mais Rodolfo est amoureux de Luisa la fille du vieux soldat MILLER. Le Comte pour dénouer cette situation fait jeter MILLER en prison. Pour sauver son père, Luisa écrit à Rodolpho qu'elle en aime un autre. Tandis que Rodolfo s'apprête à épouser Frédérica, Luisa, dont le père a enfin été libéré, avoue la vérité à son amant. Tous deux s'empoisonnent. On peut considérer Luisa MILLER comme la première grande oeuvre de la maturité artistique de VERDI. Il est évident que désormais le compositeur cherche davantage l'unité des scènes que l'enchaînement des airs, la VÉRITÉ HUMAINE plus que l'effet. On s'explique facilement le succès durable du "QUANDO LE SERE AL PLACIDO' de Rodolfo, l'un des plus beaux airs de ténor jamais écrit. La veine psychologique et intimiste ouverte par Luisa MILLER, VERDI la poursuit dans STIFFELIO

 Mais "STIFFELIO " créé à TRIESTE en 1850 fut un échec dû à un sujet immoral qui met en scène un pasteur protestant trompé par sa femme et qui, à la fin de l'ouvrage possède assez de courage et de charité chrétienne pour lui pardonner.

 STIFFELIO fut remanié le 16 Août 1857 en AROLDO pour l'inauguration du théâtre Nuovo de Rimini. Découpage différent 4 actes au lieu de 3, l'action se déroulant en Ecosse.

 En conclusion de cette 2ème partie, dite des années de galère, on constate que VERDI a évolué des opéras PATRIOTICO, HEROIQUES du début aux opéras psychologiques de la fin. Et un brelan d'as va surgir en 1851 avec RIGOLETTO et en 1853 avec LE TROUVERE et LA TRAVIATA

Ce sera la fameuse trilogie populaire qui fera l'objet de la 3 ème partie de notre feuilleton sur l'immense compositeur qu'est Giuseppe VERDI. 

ANNÉES DE

RÉFÉRENCES DISCOGRAPHIQUES - 1 ère et 2ème parties

Feuilleton VERDI (de 1846 à 1850)

CRÉATION

1846

 

" ATTILA "
Samuel RAMEY - Cheryl STUDER - Neil STICOFF - ZANCANARO
Chœur et orchestre de la Scala de Milan -
Direction Guiseppe PATANE
Enregistrement 1989 - 2 CD Emi Classics CDS
749952
1847 " JERUSALEM "
Leyla GENCER - Giacomo ARAGALL - Emilio SALVODI.
Enregistrement 1963 - Choeur et Orchestre de la Fenice deVenise
- Direction GAVAZZENI
Melodram 27004
1847 "MACBETH"
- Pierro CAPPUCCILLI - Shirley VERRET - Nicolai GHIAVROV -Placido DOMINGO
Enregistrement 1976- Chœur et orchestre de la Scala de Milan
- Direction Claudio ABBADO
2 CD D.6 415 688
1847 «1 MASNADIERl"
Carlo BERGONZI - Montserrat CABALLE - Pierro CAPPUCCILLI -Ruggero RAIMONDI.
New Philarmonia Orch. - Direction GARDELLI
Enregistrement: 1974 - 2 CD Philips 422423 - 2
1848 "IL CORSARO»
Montserrat CABALLE - José CARRERAS - Jessye NORMAN
Enregistrement 1975 - New Philarmonia Orch. - 2 CD
Philips 426-1182
1849 "LA BATTAGLIA Di LEGNANO"
José CARRERAS - Katia RICCIARELLI - MateoMANUGUERRA
Enregistrement 1977 - Choeur et orchestre de la radio Autrichienne
- Direction GARDELLI
1849 “Luisa Miller”
- Katia RICCIARELLI - Placido DOMINGO - Renato BRUSON –
Chœur et Orchestre du COVENT GARDEN de Londres
Enregistrement 1979 - 2CD D6 459 481 2

- Montserrat CABALLÉ - Luciano PAVAR0TTI - Shérill MILNES
Direction Peter MAAG
Enregistrement 1975 - Decca 2 CD 417-420

1850

"STIFFELIO"
José CARRERAS - Sylvia SAAS - Mateo MANUGUERRA
Orchestre de la radio autricihenne - Direction Lamberto GARDELLI

Enregistrement 1979 - 2CO Philips 422 432 2

‘’LA TRILOGIE POPULAIRE ‘’

La trilogie populaire : 3 chefs d’œuvre, 3 visages contrastés de l'opéra:

Si RIGOLETTO marque un approfondissement psychologique, le TROUVERE sublime les clichés du genre mélodrame en les transcendant par un romantisme flamboyant, tandis que LA TRAVIATA laisse pressentir le vérisme futur.

La France est à l'honneur puisque 2 de ces 3 livrets sont inspirés de pièces françaises.

 

Liens vers les Oeuvres et les Discographies

RIGOLETTO LE TROUVERE LA TRAVIATA LES VÊPRES  SICILIENNES
LE  BAL  MASQUE SIMON BOCCANEGRA LA FORCE DU DESTIN AÏDA
OTELLO FALSTAFF    

 

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