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Compte-rendu du voyage Lyria à Vérone (25-28/08/2006
)Vais-je arriver à exprimer l'enchantement que nous ont procuré ces quatre jours à Vérone ? Ce sera difficile et il va falloir que je bride mon enthousiasme pour condenser le récit de ces jours voués à l'Opéra et au tourisme en Italie.
Nous étions 22 "Lyria-fans" à prendre le car dans la fraîcheur relative du petit matin le 25 juillet; tous à l'heure. Car très confortable et climatisé. Nous faisons connaissance avec Jean-Michel, le chauffeur, dont nous aurons mille occasions de connaître la compétence, la ponctualité, la gentillesse et la culture touristique digne d'un guide patenté.
Marie-Paule, à la fois organisatrice et accompagnatrice de ce voyage, nous distribue le fruit du travail préparatoire de son équipe Lyria sous forme d'une enveloppe dans laquelle nous nous plongeons avec délice; nous y trouvons tous les renseignements concernant le voyage: Carmen ! Aîda ! Cavalleria rusticana ! Paillasse ! Hourra ! Juste le temps de lever le nez pour admirer le Mont blanc, les châteaux que nous signale Jean-Michel dans la vallée d'Aoste. Une pause restaurant…et nous voilà à Vérone. Il fait 40°5, mais l'hôtel est climatisé, très confortable et à deux pas des arènes. Certains se reposent, d'autres plus impatients font le tour de la ville et s'émerveillent des arènes, de la piazza Bra en partie encombrée des décors des futures spectacles. Mais quel cosmopolitisme dans cette foule qui déambule et sirote aux terrasses. Repas dans une trattoria où un pied-noir français nous régale (sic) de ses chansons et de son violon grinçant.
Puis aux arènes ! Spectacle inouï de ces immenses gradins où grouille une foule bigarrée de 11.000 personnes. La scène est aux pieds d'environ 1/5ème des gradins, vides mais illuminés (ils s'avèreront très utiles aux mises en scène). Nous avons d'excellentes places, sur le côté, assez près.
Carmen, l'opéra le plus joué au monde, n'a nul besoin de description, mais la somptuosité des décors de Zéffirelli nous époustoufle: nous sommes à Séville, grouillante de vie, en 1820. Le chef d'orchestre Lü Jia et ses musiciens sont vaillants et justes. Les ballets, les costumes, les décors sont enchanteurs. Carmen est belle, son mezzo-soprano est agréable. Don José est grassouillet; sa voix devient plus assurée au fil des actes. Les autres protagonistes ne font pas tous l'unanimité (pauvre Micaela !). Dans un si grand espace, les voix sont parfaitement audibles. Sont-ils équipés de micros ? Rien de visible. Est-ce bien ici qu'il faut venir savourer le velouté, la puissance, le charme d'une voix ? Pourtant c'est bien à Vérone que débuta la Callas !!!
Il est tard, mais comment résister à une boisson fraîche, piazza Bra !
Le lendemain, guidés par la charmante Sylvia, nous parcourons la ville après avoir visité San Zeno, basilique étonnante, pleine de merveilles, et fermée par une extraordinaire porte décorée de nombreux panneaux de bronze racontant la bible aux illettrés du XIème siècle. Puis une montée en colline pour admirer le panorama de la ville, lovée dans les méandres de l'Adige; repas dans le centre historique près de la Piazza delle herbe et du balcon de Julietta.
L'après-midi étant libre, certains, bravant la canicule, font le tour des églises, toutes superbes: San Fermo, Sta Anastasia, le Duomo. D'autres se réfugient à l'hôtel, mais tout le monde est à l'heure pour Aïda.
Aïda: je manque d'adjectifs (l'italien est plus riche que le français) pour décrire le décor et la mise en scène composés par Zéffirelli. Stupendo ! Nous sommes à Memphis en 3.000 avant J.C. Des gradins sortent des files de prêtres somptueux, les danseuses ne ravissent pas qu'Amnéris voluptueusement allongée sur un lit-tigre doré. Nous vibrons au son des trompettes fameuses. Le charme de l'opéra de Verdi est magnifié par le travail de tous. Les voix sont belles et puissantes, l'orchestre et le chef Daniel Oren à la hauteur.
Bien sûr, Aïda et Carmen, nous les avons vues plusieurs fois, mieux chantées, mais jamais dans cette ambiance où nous sommes littéralement happés par la vérité de la reconstitution, et oubliant la fiction, nous participons de tout notre être, de tous nos sens, au spectacle.
Il fallait bien une séance de boisson fraîche pour nous remettre de tant d'émotion.
Le 27 juillet, départ en car pour la région de Valpolicella aux vins célèbres. Des vignes magnifiquement entretenues, des forêts de Cyprès sur les collines, une belle église romane, San Floriano, une villa palladienne sobre mais noble que nous visitons et dont nous rencontrons la propriétaire grâce à Sylvia.
Puis sur une colline d'où l'on voit le lac de Garde, voilà San Giorgio di Valpolicella. Très sympathique restaurant au repas gastronomique, arrosé de très bons vins du cru. Nous apprenons à faire la vraie pasta italiana et visitons l'église du village dont le dépouillement roman nous invite au recueillement et à la prière plus que toutes les richesses baroques.
La cave à vins où nous nous rendons ensuite nous permet de déguster, avec un accompagnement de produits locaux, leurs vins, tous assez légers, sauf l'Amarone qui clôt la dégustation. Au retour, nous prenons congé de la charmante Sylvia: arrivederci, cara Sylvia, e grazie.
Nous sommes en forme pour notre troisième soirée opéra. Mineurs, ces véristes Leoncavallo et Mascagni ? Pas autant qu'on ne le dit. Hélas, moi, la chroniqueuse, je n'ai guère apprécié Cavalleria rusticana à la mise en scène sombre, comme le livret d'ailleurs. Pauvre Santuzza ! Il faut reconnaître que la belle voix et la prestance, mais aussi le jeu de scène de José Cura (Turiddu) pouvait faire tourner la tête. La procession sicilienne a tout de même mis une note claire dans ce sombre drame. Nous avons retrouvé Lü Jia en chef d'orchestre efficace.
Puis I pagliacci sont arrivés. Livret presque semblable, mais une mise en scène pétillante, une équipe de chanteurs et de chanteuses jeunes, José Cura en Canio-Paillasse, Svetla Vassileva en Nadda, pour ne citer qu'eux, prenant à cœur leur rôle de saltimbanques et jouant la comedia del arte à merveille. Un feu d'artifice de gaîté, d'agilité. Le petit cirque défilant avec des personnages et animaux humoristiques dans l'arène sur la musique si gaie de Leoncavallo a réjoui petits et grands (il y avait pas mal d'enfants sur les gradins). Le drame finit mal: double meurtre de la jalousie, mais dans l'euphorie du spectacle, l'amant Sylvio (Marco di Felice) chantait si bien, Nadda était un si ravissant rossignol, que nous comprenons le geste de Canio le jaloux. Nous sommes allés nous consoler d'une boisson fraîche…piazza Bra.
Mais nous sommes le 28 juillet, il faut repartir. Tout au long des trois jours précédents, il a fait une chaleur torride et les orages ont tourné sans jamais tomber. Nous avons eu beaucoup de chance ! Nous prenons la route du retour avec une halte au lac Majeur. Beaucoup moins d'encombrement que prévu et nous sommes à Stresa avec un peu d'avance. La ville a un coté désuet et somptueux avec de magnifiques hôtels 1900 où l'on rêverait de voir des dames à longues robes et immenses chapeaux promenant leur langueur dans leurs cabriolets attelés, près d'un Bel Ami moustachu.
Nous prenons le bateau pour l'île des Pêcheurs. Nous avons le temps de musarder dans l'île, nous amusant des étals de souvenirs qui jalonnent la côte. Il y a de jolis chapeaux de paille, de drôles de masques vénitiens, des tortues rigolotes en verre de Venise. Très bon et très gai repas sur une terrasse-pergola au "Belvédère". Et nous revoilà en bateau vers l'Isola Madre, royaume du château Borromée, véritable musée,: très baroque des étages aux caves-nymphées. Mais le ciel est de plus en plus menaçant, et c'est en hâte que nous faisons le tour des superbes jardins où une profusion de statues imitées de l'antique partagent le terrain avec des bosquets et des parterres de fleurs. Juste le temps de retourner s'abriter sous le porche du château et la tornade, vent, pluie, grêle, s'abat sur l'île. Les grêlons sont assez gros pour faire une bosse à Luce point encore abritée au déclenchement de l'orage. Cela n'a pas duré longtemps, mais a bien rafraîchi l'atmosphère.
Nous reprenons la route vers la France. De notre coté, la circulation est fluide jusqu'au tunnel du Mont blanc. Là, halte obligatoire d'une demi-heure, priorité aux gros camions venant de France, et patience pour la longue queue qui s'étire côté français. Nous nous séparons il est presque minuit devant Ste Bernadette. Nous allons retomber dans la vie quotidienne, qui va nous paraître bien fade après ces quatre jours. Heureusement, nous aurons nos souvenirs.
Au nom de notre groupe, je remercie Marie-Paule pour son organisation sans défaut, son inaltérable gentillesse et son calme lorsque de petits incidents surviennent. Merci aussi à Philippe son époux dont les livrets très bien faits nous ont servi d'utile préparation aux spectacles. Gracie Pompeo-le-ludion sempre ridendo di tutto. Merci à Jean-Michel, discret, compétent et efficace. Et que soit remerciée aussi Sylvia qui a très bien mis en valeur à nos yeux sa ravissante ville et son beau pays.
Liliane Chambron
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