CORSE - GR20 - FRA LI MONTI

- Le jour du départ, le 03/07/2005 -
La nuit passée nous avons peu dormi. Il est environ cinq heures du matin et notre réveil sonne. Rendez-vous à la Gare de Lyon pour 6h45. Le train est à l'approche. Nous prenons le petit déjeuner, vite enfilé. Le train part. Le train nous endort.
Il est temps de se réveiller. Une journée palpitante nous attend. Toulon, nous établissons notre QG à la terrasse d'un café sur le port. Encore une dizaine d'heure à rien faire, et notre bateau partira.
22h15, nous quittons le continent. La nuit est longue, nous sommes pressés de poser les pieds sur l'Ile de Beauté.

- Le jour de l'arrivée -
Nous avons posé les pieds. Petit déjeuner à l'aube, sur le port de Bastia. Il est 7h00. Notre car est à 16h00 et des bananes, nous tentons en vainc de faire du stop pour Calvi. Tout compte fait, nous décidons de nous reposer un peu aux pieds d'un arbre. L'attente dure, nous n'en pouvons plus. Il faut bouger. Idée de génie, le petit train corse part deux heures plus tôt. Nous nous décidons, et cela vaut vraiment le déplacement… si l'on n'est pas pressé. Un car et trois trains plus tard (Ponte Lecce, une heure d'attente), nous arrivons enfin avec près de deux heures de retard à Calvi. Faut dire que nous avions pris le train pour pouvoir visiter un peu la ville. Finalement, tout juste le temps de sauter dans le car pour Calenzana. Calenzana, premier refuge du GR20. Dernier repas digne de ce nom pour quatorze jours. Dormons.

- Le grand jour -
Ca y est, c'est parti. On quitte la civilisation et on passe le panneau Fra Li Monti - GR20 - Calenzana - Conca - Ref. Ortu Di U Piobbu 6H00. Nous sommes à 310 mètres. J'croyais qui faisait toujours beau en Corse… C'est pas vrai. Le début de l'ascension est relativement facile, mais la suite se Corse. Il n'en finit plus de monter, et quelques ondées traversent le ciel. Au loin, disparaît lentement le village de Calenzana. Nous passons un premier col, le Boca à u Saltu pour redescendre dans la forêt. Un dernier col, et nous voyons apparaître au loin le refuge. Nous savons pas encore si le GR va nous faire passer en bas puis tout remonter pour l'atteindre, où l'inverse. Ni l'un ni l'autre, nous marchons plus ou moins sur une courbe de niveau. Désormais nous sommes à 1.520 mètres d'altitude. Nous posons la tente sur un emplacement presque plat, et presque à l'abri du vent. Il est treize heures et quart, l'heure du Ricard. Reste à s'enfiler un lyophilisé pour aller piquer du nez. Le plus dur reste à venir, la douche à l'eau de source… C'est d'ailleurs assez marrant d'entendre les gens hurler… tant que l'on n'y va pas soi-même.

- Le jour d'après -
Il est 6h00 et il est tôt. Et pourtant, le bivouac est déjà presque vide. On a dû louper un épisode. Nous nous préparons tranquillement, allons à la source pour remplir nos Camelback. Direction le refuge de Carrozzu. Le chemin passe par de grands pierriers et nous mène à la Boca Di Pisciaghja à 1.950 mètres. Quel magnifique premier panorama sur les sommets corses. Petite collation. Il faut repartir tant que nous sommes encore chauds. Nous longeons une ligne de crêtes et atteignons la Boca Di L'Innominata. Vision d'horreur, le refuge se voit d'ici mais il n'est pas là. Pour l'atteindre il faut descendre 600 longs mètres de dénivelé. Les cailloux, la forêt, c'est à s'y perdre… n'est-ce pas Jean-Didier ;-) ! Il est temps de se laver, mais l'attente est longue. Nous faisons connaissance. La "douche" est spartiate, très spartiate, un jet d'eau très froide au final, derrière une belle bâche en plastique. Waouh ! Le gros rocher qui surplombe la douche offre une vue imprenable. La terrasse du refuge découvre un panorama d'exception sur la vallée. Un dernier rayon de soleil et au dodo. Nous sommes toujours… les derniers.

- Le jour où il s'est fait mal -
C'est au moment de franchir la passerelle que nous l'avons vu pour la dernière fois. Nous passons sur de grandes dalles rocheuses, et les traîtres, les premiers de cordée nous entraînent sur une mauvaise voie. Mais nous nous en rendîmes compte, quand nous vîmes que nous ne pûmes avancer davantage. Embardée sur la gauche, nous rectifions le tir. Après cette ascension, à ne pas entreprendre par temps humide, nous arrivons non loin du lac de Muvrella, puis filons tels des chamois dans un couloir assez raide vers la Boca Di Stagnu. Là-même, le refuge de Asco Stagnu nous tend les bras 600 mètres plus bas. Y'en a marre à la fin de cette descente en plein cagnard ! Arrivée au refuge, la responsable nous accueillit comme ses enfants, et nous fit savoir qu'en nous dépêchant nous aurions de l'eau chaude… Quel bonheur !
Il s'était fait mal en chutant d'un mètre cinquante, double fracture du tibia. L'hélicoptère peine à le recueillir, mais il y parvient. Au revoir monsieur le marathonien. Nous espérons qu'il s'en ait remis sans complication (ndlr). J'ai essayé d'aller me baigner à proximité, dans une petite vasque… impossible, l'eau était à la limite du glaçon. Clin d'œil aux Nancéens qui nous volèrent le dernier melon de la bouche. Les produits frais font l'objet de toutes les convoitises.

- Le jour redoutable -
Debout aux aurores… Nous avons vu une colonie de vacances, et il n'est pas question de se la coltiner pour aller jusqu'aux Bergeries d'U Vallone. Nous quittons les lieux et nous nous égarons rapidement sur une vieille piste de ski. Nous rebroussons chemin pour rejoindre la pistouille cent mètres avant sur notre gauche. Petite pause rapide en cours de route pour reconfigurer le sac de Jeff : l'idée de la tente sur le dessus du sac est plus que moyenne. L'ascension jusqu'à la Boca Tumasginesca commence tranquillement. Premier contact avec les névés qui marquent le début d'un sévère raidillon durant lequel le froid gagne méchamment du terrain. Au col, le vent souffle fort et les polaires sortent. Devant nous se dévoile un trou, une fosse, que dis-je un gouffre, le E Cascettoni ou Cirque de la Solitude. Au loin, en haut, les premiers partis ont déjà traversé et ne nous apparaissent pas plus gros que des têtes d'épingles. Au loin, en bas, tout en bas, d'autres miniatures. La descente comme la montée sont pour le moins raides, à base de mains courantes et d'échelles. On sort franchement du domaine de la randonnée. Sensibles au vertige, s'abstenir… mais la vue d'en bas vaut son pesant d'or. Une fois en haut, la vue de ce que nous venons de grimper ne donne pas envie de rebrousser chemin. Le col franchit, nous apercevons aux jumelles quelques mouflons. Nous descendons, légers, jusqu'au refuge de Tighjettu, et décidons de pousser jusqu'aux Bergeries. Un colosse corse tient la taverne (mieux vaut ne pas l'importuner). Au pied du bivouac, des vasques nous offrent de bons moments de détente. La soirée se prolonge en terrasse avec quelques canons.

- Le jour de la forêt qui n'en finit pas -
Départ pour le refuge de Ciotulu à I Mori auquel nous ne nous arrêterons pas. Mise en jambe peinarde dans la forêt avant d'attaquer l'ascension du col Di Fuciale. Un mouflon nommé Nico cabriolait de rochers en rochers, suivi péniblement par une enclume nommée Jeff. Au refuge, nous demandons la météo : " Quelques gouttes de pluie, ça peut arriver ". Merci pour ce renseignement très utile, tout de suite on y voit plus clair ! Nous entamons une descente agréable, longeant le Golu et ses vasques, jusqu'à la bergerie d'E Radule. Enfin, un sentier interminable dans une forêt nous amène jusqu'au Castel Di Vergio, surnommé le " camp de Kosovars ", où nous établissons domicile de même que le gros de la troupe. Ce soir, nous ne risquons rien des cochons sauvages, étant parqués dans un no man's land encerclé de barbelés. Nous profitons des douches chaudes, et dressons une belle et grande tablée. Au menu, fromage de chèvre frais, fromage plus ou moins frais, lonzo, saucissons, pain et le tout délicatement arrosé. La soirée se termine comme la veille, et demain nous quitterons nos amis Nancéens qui suivront la route du Mare à Mare Nord (ndlr : " Montre-nous ton couteau… ! ").

- Le jour du paradis ou l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux -
Au commencement il y eut une forêt puis une montée, enfin comme d'hab en fait. Puis la Boca San Petru où manifestement le vent souffle à tel point que les arbres, penchés, semblent pousser à l'horizontal. Longeant une crête, nous finissons par atterrir sur un plateau qui nous mène à un coin de paradis, le Lac de Ninu. Une large étendue d'eau se profile dans un environnement protégé et somptueux. Derrière, les silhouettes des chevaux sauvages posés sur les pozzines, offrent un tableau enchanteur. L'émerveillement ne peut cesser ; un passage druidique se cache en contrebas du lac dans une atmosphère mystique quasi palpable. Petite pause pour s'imprégner des lieux avant de finir par un terrain plat nous accompagnant au refuge de Manganu. L'étape nous laisse rêveurs et nous prenons le temps de nous la remémorer tous ensemble. A noter cependant, un élément quelque peu suspect : il semblerait que, selon l'humeur du jour, si nous avons bien compris, le refuge et la bergerie d'en face, de Vaccaghja, communiquent via les ondes FM en diffusant des morceaux de musique pour annoncer l'ambiance de la soirée.

- Le jour où nous avons doublé l'étape -
Cette nuit, il a givré. Nous commençons l'ascension de la brèche de Capitellu ou Boca à e Porte (2 225 m !) qui domine les lacs de Melu et Capitellu. La vue est majestueuse et une pause collégiale est la bienvenue. De là-haut les lacs semblent si proches. Mais il suffit de les contourner et d'entamer une légère descente pour s'apercevoir qu'en réalité ils sont séparés par 200 mètres de dénivelé. Nous poursuivons, puis là, comme ça, une vache. Je sais même pas comment elle est arrivée là ? Héliportage ? Nous voilà proches de la fin de l'étape ; juste une dernière descente. Nous posons la tente au refuge de Pietra Piana et nous nous offrons un Ricard®. Malgré le climat de quiétude qui règne, nous nous posons sérieusement la question de prolonger notre journée jusqu'au refuge de l'Onda, à 3h30 de marche par les crêtes.
Marre de réfléchir, nous plions bagages et emboîtons le pas sur les " profs ". Petit adieu spirituel à Pivoine et Jean-Didier, ainsi qu'à notre petit groupe de femmes. Le temps se gâte franchement et le rythme est soutenu. C'est au pas de course que nous glissons sur le sommet de la montagne. Et la douleur se fait ressentir dans le groupe des profs. Nous continuons à la même cadence, mais nous aussi avons les pieds qui chauffent. La descente sur le refuge de l'Onda est longue et douloureuse, surtout quand nous avons un troupeau de moutons qui, nonchalamment, vous passe devant, l'air de rien, à des allures pas possibles. Arrivés sur notre bout gazon, nous nous enfilons un " sifflard ", tout en esquivant les cochons sauvages et les chiens de berger. Dure lutte !

- Le jour de la ville -
Le réveil est bien gris, et quelques gouttes nous accompagnent le long d'une rude montée. De là-haut le paysage s'étend à perte de vue. Et nous entamons une très longue descente, la plus longue du GR avec 1 221 mètres de dénivelé négatif. Nous n'avions jamais croisé autant de monde sur le chemin depuis bien longtemps. En effet, à l'arrivée se trouve la gare de Vizzavone, point névralgique du GR où certains le commencent et d'autres le finissent. Une foultitude d'individus venus se dégourdir les jambes vous répètent sans cesse : " c'est encore loin la cascade des Anglais ?". Et toi, ça fait cinq heures que tu marches, et tu les vois, en nage, bientôt arrivés au sommet de leur balade : le bas d'une cascade, à une heure de la gare. Quelle sensation étrange que de sentir tous ces parfums " d'humains " avec nos odeurs collantes d'animaux. Enfin, nous arrivons à notre aire de bivouac gratuite, faut dire que ça se rapproche plus du de la zone désaffectée que du charmant petit refuge de montagne à proprement dire. Dans ces conditions, et comme prévu, nous filons sous la flotte à Corte faire un petit réapprovisionnement en train. A ne pas manquer ! Le trajet en train est remarquable, et la ville est bien agréable pour quelques heures d'après-midi. Toutefois, le retour à la civilisation est rude, très rude, et nous souhaitions déjà rentrer au bout d'une ½ heure. Mais les stocks de nourriture sont très faibles, et c'est d'ailleurs ce pourquoi nous sommes là. Quelques courses de survie au supermarché, et razzia de fruits frais à consommer de préférence tout de suite.
Vite, retournons dans nos montagnes, qu'il fait bon y vivre. Les hydrocarbures ne nous manquent pas. " Et à ce jour, toujours pas d'entrecôte " ;-).

- Le jour de l'orage -
Nous marchons le long du sentier, dans la forêt, à bon rythme. Après un sommet, nous commençons à apercevoir clairement la mer à l'est avec les étangs d'Urbino. La balade est relativement tranquille, nous croisons messieurs les ânes, petite tape dans le dos, et nous continuons la route. Le temps se gâte, franchement. Et les paysages prennent de l'allure, cette sensation de fin du monde, les arbres malmenés par la foudre et les nuages gris et grondant. Tout se passe bien jusqu'à ce que nous arrivions à une très sévère montée de fin de journée… la montée qui vous calme…et qui mérite bien que nous la flattions de tous les noms d'oiseaux. Nos derniers pas se précipitent en direction du refuge d'E Capanelle et le temps nous laisse juste un répit pour monter la tente en deux temps trois mouvements avant que les éléments se déchaînent (ndlr : ta ta ta tâ tata tâ tata tin tin tin tin tintin tin tintin). Nous filochons entre les gouttes au refuge au dessus, et, dans une installation plus que spartiate mais conviviale, nous mangeons ; enfin nous nous sustentons à la maigre lueur d'une bougie. L'après-midi et la ruse nous offrent une douche chaude gratuite, merci Céline Gaudini… et quelques bonnes rencontres pour les meilleurs souvenirs.

- Le jour de la Fête Nationale -
Après plusieurs centaines de mètres, nous longeons au milieu d'un maquis les bergeries d'E Traghjette. En continuons, nous croisons la route pour quelques pas et embringuons sur la droite. Le grand Jeff, toutefois, fit remarquer à la troupe, moi, quelques différents avec son caleçon, pour la énième fois. Une fois ce dernier changé, nous pûmes repartir tranquillement. La balade se passe doucement, jusqu'à ce que nous nous posions la question de savoir où était le GR. En effet, isolés au milieu de la forêt, le marquage disparaît. Et nous le confondons sur quelques mètres avec les sentiers forestiers. Arrivés à une rivière, nous nous confortons dans l'idée que l'itinéraire n'est pas le bon. Nous rebroussons chemin jusqu'au dernier marquage. Nous faisons les cents pas, et nous restons dubitatifs. Mais bordel, où est passé ce " …" de GR ? Mille milliards de mille sabords ! Finalement, bien cachés derrière un arbre couché, se trouvaient nos traits rouges et blancs adorés. Nous passons un plateau et franchissons le torrent de Marmanu, pour rejoindre le refuge de Boca Di Verde. Nous prenons quelques forces avant de nous engager sur une montée réputée. Il reste une heure et demie pour atteindre Boca d'Oru et sa vue imprenable sur la côte orientale. Plus que quelques minutes et nous parvenons au refuge de Prati. Vaste étendue d'herbe grasse au milieu de nul part qui surplombe la côte. Toutefois, notre quiétude de fin de journée fut dérangée par les humeurs d'un taureau d'au moins 5 tonnes (non, sans blague), qui manifestement, n'était pas vraiment d'accord avec la politique d'un de ses compatriotes. Accessoirement, cet enfoiré est passé à deux centimètres de notre tente, ce qui, mine de rien, nous a quand même filé un coup de chaud. Surtout que la veille, le même ostrogoth avait défoncé une tente. Et je vous dis pas ce qui passe quand un 35 tonnes passe sur la tente (3 kg). Ce soir, c'est fête, et nous décidons de tenter toutes les expériences. Nous dînons donc au refuge. Ce n'est pas le meilleur d'ailleurs. Un peu de saucisson, une plâtrée de pâtes et fromage. Le meilleur pour la fin, nous festoyons dignement aux pieds du refuge avec une petite bouteille conviviale qui attire les foules et lie les amitiés.

- Le jour où le vent a soufflé pendant la nuit -
Nous nous réveillons aux aurores. Nous quittons le refuge puis nous longeons une arête rocheuse, une de plus. Nous zigzaguons au milieu de gros blocs rocheux, où notre ami, Jeff, manque de se ramasser dans le vide. Nous passons devant une plaque commémorative annonçant la disparition en hivers d'un Audincourtois. Nous nous égarons, préférant la descente à la montée, dans les bas-fonds de la montagne. Quand il ne fut plus possible d'avancer, nous comprîmes que nous faisions fausse route. Nous faisons machine arrière, et nous rejoignons une forêt de hêtres à Bocca di Liparo. Nous nous enfonçons dans une végétation dense pour atteindre le sommet de Bocca di a Furmicula après une bonne grimpette, histoire de… Enfin, nous nous laissons porter par nos jambes jusqu'au refuge d'Usciolu.

- Le jour du soleil levant -
Après une nuit fort agitée, à cause du vent, bien entendu, nous nous levons à 5h00 du matin pour l'étape la plus longue du GR. Magnifique levé de soleil, petite course entre les rochers pour immortaliser l'instant. Nous marchons calmement entre de gros rochers pour rejoindre au bout d'une heure et demie une forêt de hêtres nains, marqués par les aléas du climat. Le rythme est plutôt tranquille et nous en profitons pour faire les couillons en chargeant à brides abattues sur les pentes terreuses et tortueuses du sentier. A la sortie de la forêt, nous tirons le frein à main… le plus dur reste à faire. Il convient dès lors de prendre des forces en s'enfilant un berlingot de lait concentré sucré. Au loin se distingue nettement, mais en tout petit, le sommet où nous devons nous rendre… aujourd'hui. C'est pas gagné ! Nous remettons nos sacs, et nous voilà repartis pour plusieurs heures de marche. Nous traversons le plateau de Cuscionu avec joie et bonne humeur, et nous découvrons, comme d'habitude, de magnifiques paysages. La traversé de la passerelle marque le début de l'ascension. Petit à petit, la pente raidie, et nous arrivons, en plein cagnard, à apercevoir la croix perdue. Un dernier coup de pattes, et nous voilà estomaqués par la somptuosité du panorama. Au loin se profilent le golf de Porto Vecchio et la mer, et plus près les aiguilles de Bavella. La vue mérite bien un long temps d'arrêt, croyez-nous ! Toutefois l'arrivée au refuge est beaucoup moins drôle puisqu'il s'agit de descendre une bonne heure sur de grandes dalles rocheuses blanches à 90°. Le soleil tape et la lumière se réfléchi… quel four !! En bas, au refuge de Asinau, il n'y a pas plus d'ombre que de beurre en branche. La plaque de gaz ne fonctionne pas, mais elle est au seul endroit qui offre un chouillat d'ombre. Cette place sera la nôtre… enfin, jusqu'à ce que le soleil tourne. Toujours est-il que nous dégustons un Corsica Cola frais qui restera à jamais gravé dans les mémoires.

- Le jour du dernier refuge -
Ce matin nous confirmons notre grosse envie… Faire la variante alpine des aiguilles de Bavella. Il ne nous faut pas plus de 10 minutes pour que nous nous égarions et que les buses derrière nous en fassent de même. Dès lors, nous rebroussons chemin pour nous rendre quelques dizaines de mètres avant sur la pistouille voulue. Le sentier commence tranquillou dans la forêt et nous envions quelques instants un randonneur sagement allongé dans son sac de couchage en train de piquer un roupillon, non loin du chemin sur une dalle rocheuse. La suite s'annonce plus douloureuse et le sentier pique à gauche pour la variante qui commence fort. Une pente très raide sans lacet nous conduit directement aux aiguilles. Quand bien même nous avions un peu froid au démarrage, la montée nous fait passer du bleu au rouge sans palier (et puis y'a quand même quelques jours de rando derrière nous !). Cependant, l'arrivée sur les aiguilles de Bavella est largement à la hauteur des efforts fournis. Plus qu'une chose à faire, admirer le paysage, les derniers paysages. Un passant immortalise l'instant et nous repartons avec un brin de mélancolie. Nous sautillons de rocher en rocher en prenant bien attention à ne pas quitter le chemin. Une arête, un col… et une descente… mais quelle descente ! Abrupte ! Faîtes attention à là où vous posez les pieds, la glissage est facile. Mais là, dur retour à la réalité, les gens, les touristes, la route, les voitures… la civilisation en fait. Mais ce n'est pas grave, nous allons en profiter pour boire un Monaco tranquillement installés à l'ombre d'une terrasse. Un quart d'heure, puis deux, puis trois… bon, allez, on y va. Nous retrouvons nos compagnons de route et c'est reparti. Le sentier commence aisément sur de la terre battue puis continue dans les sous-bois. Une grimpette, une méchante grimpette nous hisse sur l'autre versant. Dans la descente, lancé à fond, Xavier part dans le décor en abîmant un peu la carrosserie. Heureusement, rien de grave, mais quelques frayeurs quand même et surtout beaucoup de rires… pour les autres. Dernière ligne droite dans la forêt clairsemée de pins, en plein soleil, et nous voilà arrivés au refuge d'I Paliri. Notons qu'il ne faut pas hésiter à remplir vos gourdes d'eau sur les derniers mètres avant le refuge, cela vous évitera d'y retourner dans cinq minutes. Le refuge est très paisible et accueillant, comme son gardien. Attention cependant, pas de ravitaillement possible, même pas un Corsica Cola. En revanche, le gardien se fera un plaisir de venir vous voir, discuter, conter des anecdotes et vous offrir une infusion avec les produits locaux fraîchement cueillis dans la forêt. Si cet endroit n'est pas le paradis, il doit y ressembler. Les installations pour le bivouac sont très accueillantes et la grande table du coin cuisine, à l'abri, sous les arbres, vous offre des souvenirs mémorables. On ne veut pas partir !!!

- Le jour de la fin -
On se lève, tranquilles... enfin pour le GR. Et puis on fonce… tous ensemble, la p'tite troupe en force. Nous apprécions les derniers paysages qui s'offrent à nous et qui méritent toute notre attention. Toutefois, un lac en contrebas stop net notre chevauchée, et nous en profitons pour faire trempette après que des randonneurs nudistes ont quitté les lieux. Jeff se lâche et prend carrément un bain. Une heure après nous rechaussons et nous enflammons la pistouille à un rythme effréné. Le chemin n'est pas commande et il est facile de se démettre une cheville. Prenez garde ! Au loin apparaît déjà le petit village de Conca, point final du mythique GR20, Fra Li Monti. Les derniers mètres sont comptés… 3… 2… 1… panneau d'arrivée. Une photo avec toute la fine équipe constituée au fil des étapes et une pensée pour tous les GR-istes rencontrés.

Voilà, nous sommes à la fin de cette épopée, mais que de souvenirs inoubliables. Près de 180 km, 280 photos, plus de 10 000 mètres de dénivelé positif et autant de négatif, 1 lacet cassé, 2 paires de chaussures bien esquintées, 4 genoux amochés, des épaules endolories, des câlins à la faune locale, un bronzage de camionneurs… mais surtout des paysages magnifiques et des rencontres.
Le groupe se sépare petit à petit durant la dernière semaine qui, au gré des autobus et du stop nous emmène de Conca à Ajaccio en passant par Porto-Vecchio et Bonifacio.

A nos bons souvenirs.

Jeff & Nico, avril 2006


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