Tribunal de Grande Instance Monsieur le Procureur de la République 4 boulevard du Palais 75055 PARIS Paris, le 7 février 2008
RAR PG/IN N/ REF. : Association pour la Promotion et la Défense des Cultures Asiatiques / Mr Mohamed SIFAOUI
Monsieur le Procureur, Je vous écris en qualité de Conseil de l'Association pour la Promotion et la Défense des Cultures Asiatiques dont le siège est situé 25, rue Caillaux à 75013 PARIS, représentée par son Président en exercice, Monsieur Félix WU. L'Association pour la Promotion et la Défense des Cultures Asiatiques a pour objet "la promotion et la défense des cultures asiatiques, le recours et la mise en oeuvre de tous les moyens disponibles de publicité sur tous supports médias et de marketing pour promouvoir les cultures asiatiques, le recours et la mise en oeuvre de tous les moyens juridiques, politiques, médiatiques et humains pour défendre les cultures asiatiques en France et dans la Communauté européenne." Ma cliente entend porter à votre connaissance les faits suivants : Le 29 novembre 2007 à 13 heures 30, Monsieur Mohamed SIFAOUI, journaliste, est intervenu dans le cadre de l'émission "Les Grandes Gueules" diffusée sur RMC. Monsieur Mohamed SIFAOUI y était interviewé en sa qualité de réalisateur du reportage intitulé "Comment j'ai infiltré le milieu asiatique" diffusé le 27 novembre 2007 sur TF1 dans le cadre de l'émission "Le droit de savoir". Monsieur SIFAOUI y était également invité en qualité d'auteur de l'ouvrage éponyme édité aux éditions du Cherche Midi.En réalisant ce reportage et en écrivant cet ouvrage, Monsieur SIFAOUI, qui se prétend journaliste d'investigation (!!!), a déclaré avoir enquêté "dans le milieu asiatique pendant une année, se liant d'amitié avec des voyous multirécidivistes" (Comment j'ai infiltré le milieu asiatique, M. Sifaoui, Le Cherche Midi) L'objet de l'enquête de Monsieur SIFAOUI était donc exclusivement limitée à l'étude de la délinquance dans la communauté asiatique, et les personnes dont il a rapporté les propos dans son reportage se présentent ouvertement comme des voyous. Pour autant, Monsieur SIFAOUI s'est permis au cours de son interview de tirer de son analyse des conclusions expéditives qu'il a cru bon d'appliquer sans la moindre nuance à l'ensemble de la communauté asiatique française ! Ainsi, tout en prétendant hypocritement ne pas vouloir stigmatiser la population asiatique, Monsieur SIFAOUI s'est plu à affirmer avec force conviction que "cette communauté a, il faut le dire clairement, disons globalement, n'a pas envie de s'intégrer dans la société française" !!! Monsieur SIFAOUI poursuit en ces termes : "La majorité des asiatiques que j'ai fréquenté n'a absolument rien à foutre de la communauté nationale. (&) Ils sont là pour gagner de l'argent. Ils vous le disent clairement, on est là pour gagner de l'argent, on n'est pas là pour payer des impôts, on n'est pas là pour participer à la vie sociale, on n'est pas là pour participer à la vie politique." A la question du journaliste de RMC qui lui demande ce que pensent les asiatiques vivant en France du discours sur l'intégration, Monsieur SIFAOUI répond : "Bah, ils s'en foutent éperdument et je vais vous dire, ce qui m'a frappé, c'est qu'ils ne regardent même pas la télé, ils ne veulent pas regarder la télé, ils n'écoutent pas la radio, ils ne lisent pas les journaux, ils ne veulent pas savoir ce qui se passe autour d'eux." Lorsque le journaliste de RMC souligne ce dernier propos en affirmant que "si on les voit dans le métro, ils lisent les journaux chinois", Monsieur SIFAOUI confirme : "Chinois justement !" Les propos ainsi tenus par Monsieur SIFAOUI sont particulièrement choquants et diffamatoires envers l'ensemble de la communauté française d'origine asiatique. En effet,
Monsieur SIFAOUI est un journaliste relativement connu du grand public,
et en cette qualité, ses propos ont un impact particulièrement
fort. Les prétendues vérités qu'il assène en laissant supposer qu'elles sont la conclusion d'un long travail d'investigation risquent en conséquence d'être prises au sérieux par la plupart des auditeurs de RMC ! Alors qu'en raison de l'objet de son étude, Monsieur SIFAOUI n'a fréquenté volontairement que des délinquants, il se permet de délivrer une image négative et méprisante de l'ensemble de la communauté française d'origine asiatique ! Or, par ce comportement parfaitement irresponsable de la part d'un journaliste, et bien qu'il s'en défende de façon fort hypocrite, Monsieur SIFAOUI stigmatise bien évidemment l'ensemble de la population d'origine asiatique vivant en France, livrant celle-ci à la vindicte publique et participant allègrement à la création et à la perpétuation de clichés xénophobes sur les "chinois", comme le personnage asiatique décrit par HERGE dans son album "Le Lotus Bleu". Monsieur SIFAOUI se vantant d'avoir "infiltré le milieu asiatique", ses propos risquent en outre de créer un amalgame dangereux dans l'esprit de certains en assimilant toute personne d'origine asiatique à un délinquant apparenté à la mafia chinoise, dès lors qu'il émet sans aucune retenue des appréciations globales sur la communauté asiatique ! En effet, toute personne d'origine asiatique lisant tranquillement un journal "chinois" dans le métro ne saurait être désignée à la vindicte populaire comme un membre potentiel de la mafia chinoise ou comme une sorte d'autiste hostile à la culture française !!!!! Les affirmations sans nuance de Monsieur SIFAOUI nient tous les efforts menés par la communauté asiatique pour s'intégrer dans la société française en participant à la vie publique, en envoyant leurs enfants à l'école, en travaillant et en payant leurs impôts. Monsieur SIFAOUI ne tient en outre absolument pas compte des histoires personnelles des membres de la communauté asiatique qui pour certains sont d'anciens boat people ou des réfugiés politiques. Monsieur SIFAOUI ne tient pas non plus compte des personnes d'origine asiatique qui sont françaises depuis plusieurs générations et dont la question de l'intégration n'a même plus à être posée ! Au contraire, Monsieur SIFAOUI nie de façon catégorique la possibilité même de l'assimilation de la culture française par la communauté asiatique. En effet, lorsque le journaliste de RMC affirme qu'à tout le moins, "il y a leurs enfants, ils vont à l'école", Monsieur SIFAOUI réplique avec un mépris évident : "Quand vous avez un esprit communautariste, vous êtes happés par cet esprit, même vos enfants, vos petits-enfants vont être communautaristes." Ainsi, Monsieur SIFAOUI se permet de porter un jugement global sur la qualité de l'intégration de la communauté asiatique au sein de la société française, sans se fonder à ce sujet sur aucune analyse sérieuse ! Et pour cause, l'objet de son étude se limite à la délinquance d'origine asiatique ! Les commentaires particulièrement déplacés et malveillants de Monsieur SIFAOUI portent un tort d'autant plus considérable à la communauté asiatique française qu'ils ont été diffusés sur une radio très écoutée, par un journaliste faisant la promotion de son dernier ouvrage et donc supposé connaître le sujet dont il parle. En effet, les propos tenus par Monsieur SIFAOUI ne sont pas anodins en ce qu'ils participent à la constitution d'un inconscient collectif xénophobe, une sorte de mythe dans lequel la communauté asiatique serait exclusivement composée de chinois discrets, repliés sur eux-mêmes, faisant fortune en silence, travaillant pour la mafia chinoise, lisant des journaux chinois dans le métro au lieu de participer à la vie publique et, comble du comble & ne regardant même pas la télévision ! Il est en tout cas certain qu'ils écoutent suffisamment la radio pour avoir été choqués par les propos de Monsieur SIFAOUI ! Par ses affirmations irresponsables, Monsieur SIFAOUI a donc volontairement porté atteinte à l'honneur et à la considération de l'ensemble de la communauté asiatique vivant en France. Il a donc manifestement tenu à l'encontre de la communauté susvisée des propos diffamatoires au sens de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 qui prévoit que "toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation", étant rappelé qu'en application de l'article 48-6° de la loi précitée, "la poursuite pourra être exercée d'office par le ministère public lorsque la diffamation ou l'injure aura été commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée." L'Association pour la Promotion et la Défense des Cultures Asiatiques entend dès lors porter plainte à l'encontre de Monsieur Mohamed SIFAOUI pour les faits susvisés qui constituent le délit de diffamation, prévu et réprimé par les articles 29 et 32 de la loi du 29 juillet 1881. Je vous remercie de bien vouloir me tenir informé du sort qui sera réservé à la présente plainte et reste à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire. Dans cette attente,
je vous prie de croire, Madame, Monsieur le Procureur, en l'assurance
de mes sentiments respectueux.
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