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£A BOUR$E
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(et je m'en met plein les fouilles!)



Dans le monde contemporain, il y a assez peu d'activités qui soient à la fois distrayante, instructives, rentables et légales. La bourse, non seulement c'est légal, mais en plus, c'est encouragé par l'état! Et ça rapporte vraiment, même sans grandes connaissances en analyse financière. Alors, qu'est-ce que vous attendez?



On va leur faire cracher leur fric!


A : LA THEORIE
A.1 : C'est quoi, la bourse?
...et un X sur une carte n'a jamais indiqué l'emplacement d'un trésor. (Prof. H. Jones Junior)

Vous avez des poules. Un beau matin, vous voici en possession d'une douzaine d'oeufs. Comme vous n'allez tout de même pas tout manger, vous vous rendez à la place du village avec vos oeufs, dans l'intention de les vendre à ceux qui n'ont pas de poules et qui aimeraient bien manger des oeufs. Bien sûr, personne au village n'a l'usage de douze oeufs, et vous vous attendez à cèder votre production par petits lots. C'est là que les ennuis commencent. Dès l'aube, vous n'avez pas fini de planter vos tréteaux que se présente la vieille Germaine "la gobeuse", la reine des omelettes. La matinée s'annonce bien. Connaissant son appêtit insatiable, vous lui proposez cinq exemplaires pour quinze sous, soient trois sous la pièce. Affamée, elle s'empresse de vous régler la somme sur place et emporte fébrilement ses globes dans son panier. Vient ensuite Augustine, la pipelette du village. Vous lui proposez trois oeufs à six sous (ce qui entre nous est le prix normal), mais las d'entendre son babillage horripilant, vous descendez jusqu'à quatre sous ( un sou et un tiers de l'oeuf). Enervé, vous voyez alors arriver Zénobie, la femme du forgeron. Elle veut bien vous acheter les quatre oeufs restant, mais pas à plus de huit sous. Vous rétorquez que pas plus tard que ce matin, vous en avez vendu à trois sous et que vous lui faites une fleur en lui vendant à deux sous et demie, et qu'en plus, ce sont les derniers oeufs disponibles au village (Zénobie est une lève-tard), et que si elle n'en veut pas, elle n'a qu'à attendre le lendemain. Enervée à son tour, elle vous paie vos dix sous et emporte ses oeufs sans mot dire. Donc, vos vingt-neuf sous en poche (ce qui aurait fait environ 2,42 sous par oeuf si vous aviez su faire les divisions à virgule), vous allez à la taverne du coin histoire de décompresser un peu. Vous en êtes à votre deuxième choppe quand un grand gaillard vous tape sans ménagement sur l'épaule. C'est Gurk, le forgeron, accompagné de son épouse Zénobie. Il a apporté la lourde masse qui est son outil préféré, et vous vous souvenez en le voyant que son ouverture d'esprit est inversement proportionnelle à la taille de ses biceps (chacun étant large comme vos deux cuisses réunies). "Comment ça se fait que vous vendiez vos saloperies d'oeufs pourris à ma femme pour deux sous et demie, alors qu'augustine nous a raconté qu'elle avait eu les mêmes pour un sou un tiers? Répond, escroc!". Germaine, qui tricotait dans un coin de la salle, se dresse alors, indignée. "Quoi? Quand je pense que ce voleur a profité que j'étais affamée pour me soutirer trois sous de l'oeuf!". Les autres clients de la taverne vous jettent maintenant des regards si désapprobateurs que vous savez n'avoir aucune aide à attendre de leur part. Ah, vous dites vous, si seulement on inventait un moyen de décider loyalement, entre vendeurs et acheteurs, d'un prix pour les choses, un prix honnête qui ne tiendrait compte ni de la personnalité des protagonistes, ni de leur origine ou de leur position sociale, ou de la profession de leur conjoint, un prix incontestable qui arrangerait tout le monde...

Et bien la bourse, c'est exactement ça. Il s'agit d'un lieu (aujourd'hui, un lieu virtuel) où se rencontrent acheteurs et vendeurs, où ils annoncent à l'avance les prix auxquels ils souhaitent acheter et vendre un certain bien et en quelle quantité, et où ils décident, selon des règles précises, d'un prix de référence, appelé le cours.

A.2 : Quelle est l'utilité de la bourse?
L'état d'une nation où les ouvriers possèdent l'outil de production s'appelle le communisme (Marx)

... a collecter votre argent, pardi! Imaginez que vous soyez un chef d'entreprise. Je sais, c'est difficile, mais imaginez. Vous avez une bonne boîte, la SOMOXA, des employés compétents et travailleurs, quelques brevets que vous envient vos concurrents, pas trop de dettes et une bonne réputation dans votre branche. Seulement voilà, la concurrence est rude, surtout celle de la COFLEXO et de son irritant patron, Jean-baptiste Glandier-Duval, que vous ne pouviez déjà pas sentir lorsque vous étiez dans la même promo à Polytechnique, et depuis qu'il vous a piqué votre top-model, ça s'est pas arrangé. Vous décidez donc de moucher ce paltoquet en allant aux Etats-Unis pour acquérir de toutes nouvelles machines-outils ultra performantes grâce auxquelles la SOMOXA entrera de plein pied dans le troisième millénaire par une évolution technologique majeure. Seulement voilà, quand vous passez à la caisse et qu'on vous annonce le prix :
- Euh, dites, le gros chiffre là, c'est en anciens francs, en lires ou en roubles?
- No sir, it's US dollars.
- Urckg!
Bref, il vous faut rapidement une grande quantité d'argent. Donc, trois solutions :
1 ) Financement interne. Il s'agit de puiser dans la trésorerie de l'entreprise pour financer l'achat. C'est la solution la plus simple mais qui a deux inconvénients. Tout d'abord, une entreprise dans un secteur concurrentiel, ça dégage assez peu de bénéfice, c'est pourquoi la quantité d'argent ponctionnable est très limitée. Le deuxième inconvénient, c'est que vos actionnaires n'en verront pas, de bénéfices, cette année, ce qui pourrait les inciter à cèder leurs titres à d'autres investisseurs. Or ce sont les actionnaires actuels qui vous ont confié votre mandat actuel de PDG, et rien ne dit que leurs successeurs vous renouvelleront leur confiance (sans compter que souvent, un chef d'entreprise a des actions de sa société, et que la chute du bénéfice affecte donc vos propres revenus, ce qui n'est pas le but du jeu, soyons honnête).
2 ) L'emprunt. C'est précisément la fonction des banques d'affaire que de prêter de l'argent aux entreprises. Or, le croirez vous, les banques ne sont pas des organismes à vocation philantropique (il faut bien que le banquier vive), et si vous prenez un gros emprunt, il faudra le rembourser pendant des années, en y rajoutant de confortables intérêts (il faut que le banquier vive bien). Et si un renversement de conjoncture a lieu, vous serez peut-être forcé de prendre un autre emprunt pour joindre les deux bouts, a un taux plus élevé (vos capacités de financement sont moindres, alors votre banquier se méfie), et avant que vous n'ayez eu le temps de dire ouf, vous découvrez le monde merveilleux du surendettement, où combien de patrons, combien de capitaines d'industrie ont laissé leur usine.
3 ) La bourse. Si vous introduisez votre société en bourse, ou si vous procédez à une augmentation de capital dans le cas où vous y êtes déjà, vous pourrez collecter auprès d'investisseurs de toutes sortes les quantités d'argent qui vous manquent. Certes, à la fin de l'année, votre part du gâteau sera un peu plus petite, mais si, grâce aux investissements réalisés, le gâteau est plus gros, tout le monde s'y retrouve! A défaut, vous pourrez toujours émettre quelques obligations, qui sont des emprunts que vous contractez non pas auprès des banques, mais auprès, encore une fois, des investisseurs boursiers. Les taux d'intérêt ne sont pas plus élevés que ceux pratiqués par les banques, et en plus, le souscripteur d'une obligation sera sûrement plus accomodant que le vieux requin des finances qui vous sert de banquier. En permettant à tout un chacun, gros comme petit, de participer au financement du développement économique sur un pied d'égalité, la bourse est donc un outil, peut-être pas indispensable, mais certainement précieux, dont aucune nation moderne ne peut se passer.

A.3 : Les titres.
Ah, enfin un peu d'actions! (Lara Croft)

Plusieurs types de valeurs sont cotées en bourse. Vous commencerez probablement par les actions, car ce sont les titres les plus connus et les plus simples à comprendre.

Une action, c'est une part d'une société. En achetant une action, vous devenez copropriétaire d'une entreprise. Bien sûr, vous n'avez pas à vous pencher sur la gestion de la boîte, puisque vous mandatez, pour ce faire, un patron. Et oui, c'est vous qui embauchez le patron! Enfin, ça, c'est la théorie. Car ce n'est pas avec votre vingtaine d'actions Totalfina (la plus grosse société de la bourse de Paris) que vous pourrez influer sur les destinées de cette multinationale, et d'autre part, il faut bien le reconnaître, les entreprises françaises ont du capitalisme et de l'actionnaire une vision un peu particulière, pour ne pas dire contestable (mais ce point est en train de changer). Quoiqu'il en soit, à la fin de l'année, si tout va bien et que l'entreprise dégage des bénéfices, en tant que copropriétaire, vous touchez votre part des bénéfices. C'est ce qu'on appelle le dividende, ou coupon (vieux souvenir du temps jadis où une action était un morceau de papier impressionnant avec, en bas, des petits coupons détachables permettant de percevoir le dividende). Mais une action peut dégager du profit d'une autre manière. En effet, le prix d'une action (le cours, donc) n'est pas constant (c'est un euphémisme), et fluctue plus ou moins violemment en fonction des prévisions de profit concernant l'entreprise, de la santé générale du secteur où il évolue, des taux d'intérêt pratiqués par les banques, et de toutes sortes de facteurs plus exotiques tels que la météo où les fêtes religieuses. Si vous achetez une action au moment où elle est bon marché et la vendez lorsqu'elle est chère, vous dégagez ce que l'on appelle une plus-value. Et vous avez fait ce que l'on appelle de la spéculation. C'est vilain. Très vilain. Ouuuuuuh que c'est vilain. Je vous expliquerai plus loin comment vous livrer efficacement à ce vice répugnant.

Les obligations sont les petites soeurs, plus ternes, des actions. Une obligation, c'est un titre de créance. C'est tout simplement un prêt que vous faites à une entreprise, prêt que bien sûr, vous faites à intérêt (vous n'êtes pas idiot non plus). Le taux d'intérêt est soit fixe, soit indexé sur tel ou tel taux directeur - les fameux taux directeurs émanant des toutes puissantes banques centrales. Oui, car si vous faites l'acquisition d'obligations, vous vous prendrez à suivre avec anxiété les taux d'intérêt! Notez que les obligations ont une date d'échéance, à laquelle l'entreprise rembourse le principal emprunté, et donc l'obligation disparaît du marché, pfuitt, envolée. Les obligations sont des placements plus sûrs que les actions, en contrepartie, inutile d'en attendre des plus-values miraculeuses.

Les matières premières : Or, cacao, pétrole, sucre, caoutchouc... l'éventail des matières premières négociables est sans limite. Toutefois, ce type de placement n'est pas à conseiller à l'épargnant individuel : versatiles, souvent opaques, soumis à des aléas politiques et, somme toute, moins rentables que les actions, les matières premières sont surtout peu accessibles au public, à l'exception de l'or. Toutefois, le métal jaune souffre actuellement d'une surproduction (les principaux producteurs sont la Russie et l'Afrique du Sud, qui ont d'énormes besoins de devises) et d'une désaffection des banques centrales, qui ont tendance à en vendre. Si vous tenez à investir dans ces marchés, prenez donc plutôt des actions de sociétés qui y opèrent, les mines, les compagnies pétrolières et leurs sous-traitants. Ce sont des investissements plus simples et de bien meilleur rapport.

Le marché des devises : inutile de rêver, vous n'y avez pas accès. Votre banquier vous prendra des frais de change énormes et en plus, les monnaies ne varient pas assez les unes par rapport aux autres pour que vous fassiez des profits raisonnables. Plutôt que d'intervenir directement, achetez des SICAV monétaires, des placements très sûrs, mais en contrepartie, de rendement très faible.

Les produits dérivés : Ce sont toutes les options, warrants et autres joyeusetés. Pour ma part, je n'ai pas l'habitude d'acheter ce que je ne comprend pas. Grace à ces produits à fort effet de levier, vous pouvez gagner rapidement beaucoup d'argent en vendant ce que vous n'achèterez que plus tard, en achetant le droit d'acheter à tel cours quelle que soit la saison... mais vous pouvez aussi, toujours par effet de levier, vous retrouver endetté de dix briques, avec en prime la frustration de ne même pas comprendre comment ça a pu arriver. A vous de voir.

A.4 : Les détracteurs de la bourse.
La bourse, j'en ai rien à secouer (Edith Cresson)

Le dogme néolibéral actuellement en cours peut parfois surprendre par sa naïveté. Les théoriciens de ce système nous expliquent que le Marché tout puissant est la seule raison en ce bas monde, que la loi de l'offre et de la demande est la seule vérité immuable de l'univers, et que par sa miraculeuse mécanique, le monde s'agence de la meilleure des façons possibles, pour le plus grand profit du plus grand nombre. Aucune explication logique convaincante ne vient jamais étayer ce credo, aucune étude statistique ne vient conforter la justesse de ces vues, mais qu'importe, car le monde se divise en deux catégories : les modernes qui croient sans limite aux principes exposés ci-dessus, et les dangereux agitateurs marxistes révolutionnaires qui osent parfois émettre quelque réserve. Cette attitude peu pragmatique peut s'expliquer par le fait que les experts économiques néolibéraux sont essentiellement des Américains, gens portés sur la foi, pour qui la main de Dieu se cache derrière toute chose, y compris les cours de la bourse, et donc le fait que l'état puisse intervenir un tant soit peu dans l'économie est pour eux, plus ou moins, un péché d'orgueil que viendra immanquablement sanctionner la main vengeresse du Père Eternel.

Donc, méfions nous de cette attitude de béate admiration devant les Saints Graphes et les Divins Cours, qui ne sont ni plus ni moins que l'expression fugace d'une réalité économique des plus subjectives, et n'ont jamais eu vocation à proposer un modèle social ou politique.

Pourtant, la bourse n'est pas en soi le monstre broyeur de vies que se complait à nous dépeindre l'intelligentsia européenne. On a pu trouver choquante l'annonce simultanée de bénéfices substanciels pour les actionnaires de Michelin, et de licenciements massifs pour les employés de cette même société. Et on aura été choqués d'apprendre que le cours de l'action avait augmenté de 10% le même jour. Toutefois, rien de permet de dire que la bourse s'est "réjouie" du malheur qui frappait les ouvriers de Michelin. La hausse de 10% du titre a été somme toute raisonnable compte tenu des bons résultats financiers annoncés par le groupe, et rien n'indique que les suppressions d'emploi n'ont pas, au contraire, tempéré l'ardeur des investisseurs en leur signalant que certes la société allait bien, mais qu'elle se préparait à des années de vaches maigres. Notez que sur l'année 1999, le cours de l'action Michelin a stagné, alors même que le CAC 40 gagnait dans les 50%, on ne peut donc pas dire que le plan social ai transporté d'allégresse les investisseurs.

A.5 : Pourquoi aller en bourse?
Les Français sont des veaux! (Charles De Gaulle)

Comme le faisait finement remarquer le Général, notre pauvre peuple ne s'est jamais distingué par son ouverture d'esprit, surtout en matière d'argent. Environ 1% de l'épargne des ménages français est investie en bourse, contre 80% pour les Italiens. Cette curiosité locale vient du fait que longtemps, l'état a découragé les épargnants d'aller en bourse, en créant par exemple les livrets d'épargne, les emprunts d'état et toutes sortes d'attrape-nigauds destinés essentiellement à rapporter encore plus d'argent au ministère des finances sans alourdir l'impôt. il faut dire que le Français a tendance à fuir l'impôt, sous lequel il croule, et croit faire une bonne affaire à chaque fois qu'on lui présente une exonération fiscale. Le calcul est pourtant simple : les bénéfices du livret A, par exemple, sont exempts d'impôt sur le revenu. Plaçons 100000F sur ce livret, à la fin de l'année, il aura royalement rapporté 2250F net d'impôt (2,25%). A la bourse, il n'aurait pas été très difficile de dégager 20%, plus-values et dividendes confondus. Même taxés à 26% (ce qui, ici, n'est d'ailleurs pas le cas), il vous reste plus de 14000F.

Plus dramatique encore : l'immobilier. Quand donc les Français de débarrasseront-ils de cette mentalité de paysan attardé, pour qui la position sociale d'une famille se détermine en mètres carrés possédés? La passion des Français pour l'immobilier a bien des effets pervers. Tout d'abord, c'est autant d'argent détourné des investissements productifs. Le prix d'un logement neuf comprend une bonne part de frais de construction (c'est productif, car ça fait tourner les entreprises de BTP). Mais au bout de quelques années, amorti, le prix du logement devrait baisser. Ce n'est pas le cas, notamment à Paris, ou quasiment tous les logements sont anciens, donc amortis depuis des siècles pour certains, mais où le prix du mètre carré insalubre, sous les toits et dans un quartier qui craint rivalise avec celui d'un appartement bien situé au centre d'une ville de province. C'est que rapidement, le prix du logement est fixé non en fonction de ce qu'il coûte à "fabriquer", mais en fonction de ce que les occupants sont disposés à payer pour en disposer. Et comme il se trouve toujours des imbéciles qui, quel que soit le prix, achètent de l'immobilier "pour le léguer à leurs enfants", les prix perdent rapidement toute raison d'être. Bref, l'argent circule du locataire au propriétaire, du propriétaire à la banque, et en fin de compte, il ne fait travailler personne. Et puis, est-ce vraiment une bonne affaire? Ces derniers temps fleurissent sur les murs des publicités qui ne font pas dans la dentelle : "Achetez, c'est le moment ou jamais!". On nous explique que "les prix de l'immo sont bas" et que "jamais les taux d'intérêt n'ont été aussi attractifs". Il convient de tempérer ces propos en soulignant que le prix de l'immobilier a quand même bien remonté depuis le krach du début des années 90, et que les taux bruts des banques sont certes bien moins élevés qu'il y a quinze ans, mais qu'il y a quinze ans, il y avait beaucoup d'inflation, et qu'il était donc avantageux pour un ménage de s'endetter. Aujourd'hui, plus d'inflation, le taux d'intérêt REEL n'a jamais été aussi élevé. Et puis, ayons deux sous de bon sens, lequel est le plus riche, entre celui qui économise et celui qui s'endette?

Il reste que vous aurez peut-être quelque scrupule à spéculer sur le dos des travailleurs. On le sait, la bourse n'a pas bonne presse. On pourra gloser indéfiniment sur la place qu'ont pris les marchés financiers dans la vie politique mondiale. Nombre d'intellectuels souligneront que le libéralisme ne conduit qu'à l'aggravation des inégalités, à la création d'une classe de possédants archi-dominante quelques milliers de familles qui se partagent 75% des richesses de la terre tandis que la quasi-totalité du reste du monde éprouve des difficultés ne serait-ce qu'à vivre. Les adversaires de la mondialisation observeront avec consternation l'uniformisation des cultures par le modèle américain de l'abêtissement des masses. La classe politique s'alarmera de l'abandon progressif de la souveraineté des états pour la remplacer par la défense d'intérêts qui n'ont qu'un vaguer rapport avec la légitimité démocratique. Et des élites jusqu'aux simples citoyens, on se méfiera de l'importance croissante accordée aux taux d'intérêts, aux changes entre devises et aux cours de bourse, facteurs qui paralysent toute action sociale visant à redistribuer les richesses.

Et au risque de sembler cynique, je vous dirai que je ne suis pas loin de partager ces idées. Il est clair, pour quiconque a des yeux et des oreilles, que la société actuelle est conçue par et pour les possédants, pour le plus grand profit du capital et au détriment du monde du travail. La timide embellie économique actuelle ne doit pas nous faire oublier à quel point vingt ans de hausse ininterrompue du chômage ont pu habituer les salariés à courber l'échine et à endurer sans protester - voire en remerciant que cela ne soit pas pire - la chute du pouvoir d'achat pour le plus grand nombre.

Toutefois, ma philosophie diverge de celle des personnes évoquées ci-dessus en un point essentiel : l'attitude à adopter vis-à-vis de ces phénomènes. Je n'ai, en effet, aucun goût pour les luttes militantes, car à ce petit jeu, seul s'en tire celui qui a la plus grande gueule, et je sais par expérience que ce ne sera pas moi. En outre, il y a, dans toute aventure révolutionnaire, des balles perdues à récolter (que d'autres se chargent de périr pour la Cause), des cachots à visiter (ce que je ne suis pas pressé de faire), et de plus les gaz lacrymogènes m'irritent la conjonctive. Enfin, à titre personnel, je doute de pouvoir changer grand chose à l'ordonnancement du monde, étant, je dois le confesser, de nature timorée et peu ambitieuse. Donc, n'ayant aucun espoir de changer, par mon action, l'environnement humain qui est le mien, j'ai pris mon parti d'en tirer profit. Puisque le monde appartient aux riches, autant en devenir un. Puisque le capital est récompensé et le travail puni, autant devenir actionnaire. Puisque l'avenir de l'humanité se décide à la bourse, autant l'utiliser à notre profit. Mon expérience m'a appris qu'il y avait, là comme ailleurs, bien assez d'imbéciles heureux de se faire plumer, et qu'à condition de se passer de choses aussi indispensables que les vacances de neige (qui, soyons honnêtes, valent plus par la reconnaissance sociale qu'elles procurent que par le réel plaisir qu'on y prend), il était fort possible d'amasser un pécule et de le faire fructifier afin, lorsque l'âge de la retraite sera venu, de profiter d'un confortable patrimoine bourgeois. Cela n'empêchera pas les enfants d'Ethiopie de crier famine, cela ne rendra pas le monde meilleur, mais cela rendra MON monde meilleur, et c'est ce qui m'importe au premier chef.

A.6 : La bourse, c'est pas le casino
"...L'excellente qualité de votre travail ne doit pourtant pas nous faire oublier que vous êtes affligé d'une tête qui ne nous revient pas et d'une voix irritante, voici pourquoi je suis au regret de mettre un terme à notre collaboration."

Non, c'est pas le casino, ni le loto. En fait la bourse, ça s'apparenterait plutôt au PMU. On peut jouer un jour le nom des chevaux et gagner un peu. Avec de la chance, on peut gagner ainsi deux ou trois fois de suite, c'est rigolo, mais si on veut vraiment gagner de sa vie avec ça, il faut s'intéresser un minimum aux bourrins, ou ici, aux entreprises, leurs résultats, leurs dettes, leurs investissements et leurs avoirs. Or le niveau de compétence moyen des analystes boursiers, ou prétendus tels, qui sévissent dans les banques, les cabinets, les journaux et les salles de marché est si bas que n'importe quel âne ayant deux sous de bon sens est capable de faire mieux. Ainsi, personne ne s'était aperçu avant le krach que pour justifier les cours des équipementiers téléphoniques (Nokia, Ericsson, Motorola, Alcatel...), il aurait fallu que chaque européen ait trois téléphones portables en 2003. Il suffisait pourtant de savoir lire une plaquette commerciale et de faire une division, c'est pas bien compliqué. Bref, compte tenu du fait qu'il y a des gagnants et des perdants au jeu de la bourse, et que l'on a en face des crétins congénitaux, un particulier peut sans grandes difficultés s'en tirer avec les honneurs d'un côté, un compte en banque bien garni de l'autre.

"Oui, mais c'est drôlement risqué, la bourse!" m'objecterez-vous, étreint d'une crainte bien légitime. Certes, l'investissement boursier, quel qu'il soit, est toujours assorti d'une dose de risque. Mais le travail aussi. Dans le monde actuel où rien n'est jamais acquis, à moins d'être fonctionnaire, rien ne vous garantit que vous serez encore en poste dans trois mois. Au moins, à la bourse, vous ne dépendez pas de l'arbitraire d'un patron, d'un chef antipathique, de collègues jaloux ou de quelque autre facteur humain. Vous ne dépendez que de vous et de votre aptitude à reconnaître les bonnes affaires et les mauvaises. Investir 500 000 F en bourse est risqué, mais pas autant que les investir dans la création d'un petit commerce à la chalandise aléatoire. Songez à tout ceci la prochaine fois que vous aurez trois sous devant vous.


On patauge dans les millions


B : LA PRATIQUE, OU COMMENT GAGNER DE L'ARGENT
(Après tout, on est là pour ça)

B.1 : Les conseilleurs ne sont pas les payeurs
Un festival de bonnes affaires ce matin sur le Nasdaq!

La nouvelle économie après le krachAprès la fièvre de la "nouvelle économie", vous avez sans doute prêté une oreille attentive aux propos d'un de vos collègues, d'un de vos amis, d'un de vos parents qui se sera enrichi en spéculant sur les valeurs dites "TMT" (Techno, Media, Télécom). Et vous vous êtes dit "mais au fait, pourquoi je ne ferais pas du 50% en trois jours sur Yabazoo comme ce con de Mercier ?". Légitime préoccupation, mais qui cache une réalité moins réjouissante : ce con de Mercier, il fait le kakou avec ses 50% sur Yabazoo et il fait le fier autour de la machine à café avec sa plus-value miracle, mais il oublie certainement de se vanter des 80% qu'il a perdus en trois semaines en spéculant sur BonoboSoft.com, le leader poitevin du commerce online d'aiguilles à tricoter en buis. De façon plus générale, on donne toujours en exemple les quelques conducteurs de bus et autres ouvriers agricoles qui ont amassé des millions sur un coup de chance, ils ne représentent qu'une fraction infime des investisseurs boursiers et, ne vous faites pas d'illusions, ils ne doivent leur fortune qu'à une prise de risque maximale et à une chance incroyable. Si vous achetez leurs bouquins et suivez leurs méthodes, vous avez plus de chance de vous retrouver parmi les 99,9% de bons crétins ruinés que parmi les 0,1% de lecteurs satisfaits.

B.2 : Il faut raison garder
Tout sur le rouge! Banco royal!

N'oubliez jamais que vous jouez en bourse ce que vous avez de plus précieux au monde : votre cher argent. N'oubliez pas non plus la valeur de cet argent, on a vite fait de se laisser griser. J'en ai fait récemment l'expérience amère en utilisant ce qui s'appelle la "couverture du règlement mensuel" et qui est en fait une sorte de prêt à taux 0 sur un mois (depuis, ça a disparu, remplacé par le SRD). Je me souviens avoir passé mes ordres, tout excité (vous me comprenez si vous avez déjà passé un achat en bourse, tout le monde se sent excité), l'ordre passe tranquille, je me couche, et le lendemain, je m'aperçois avec horreur que je viens d'acheter des valeurs risquées avec de l'argent que je n'ai pas, ce pour une somme qui représente au bas mot le prix d'une voiture neuve, et que j'ai un mois pour rembourser. Urckh! Alors, selon vous, quelle erreur ai-je commise ?

B.3 : Patience et longueur de temps
Quoi, la Compagnie des Indes n'existe plus? Heureusement que j'ai encore mes emprunts russes!

L'erreur commise en l'occurrence, ce n'était pas de miser de l'argent sur des valeurs technologiques (il s'agissait de technos "saines"), ni d'avoir joué à crédit, mais d'avoir joué sur un mois. Un mois, c'est trop court, on ne sait jamais comment une action peut évoluer sur un mois. Le secret que les traders ne vous diront jamais (et que la plupart ignorent par ailleurs), c'est que sur le court terme, le cours d'une action est parfaitement aléatoire, et qu'il n'existe aucune méthode pour le prédire. En bourse, ceux qui gagnent vraiment, c'est ceux qui gagnent sur le long terme. Ce qui nous amène au point suivant.

B.4 : Mauvaise technique
La conjonction de Mars et Venus dans le Sagittaire devrait être néfaste à Pechiney, qui est Balance, signe d'eau. (E. Teissier dans Les Echos)

Il existe depuis quelques années une discipline qui fait fureur, et qui s'appelle "l'analyse technique". En gros, il s'agit de deviner, à la simple vue du graphique d'un titre quelconque, comment évoluera le cours dans l'avenir. Pour cela, toutes sortes d'économistes, de mathématiciens et autres experts ont publié leurs méthodes (certains ont même reçu le Nobel d'économie) se basant sur les "bandes de Bollinger", les "moyennes mobiles à X jours" et autres figures du type "la tête et les épaules". Les japonais, pour leur part, sont friands de la méthode des "chandeliers". Peu importe car la pertinence de ces méthodes est la même : nulle. Il a été démontré qu'en choisissant au hasard ses investissements (en jouant aux dés par exemple), on obtenait exactement les mêmes résultats. La raison en est simple : un cours (celui d'une action par exemple) est déterminé par l'offre et la demande de milliers d'acheteurs et de vendeurs, qui sont les intervenants du marché. Certains acheteurs sont de petits épargnants qui veulent faire de grosses plus-values rapidement, d'autres sont des gros fonds de pension qui veulent assurer à leurs sociétaires une rente sans risque, d'autres souhaitent prendre le contrôle de la société en ramassant les droits de vote, d'autres veulent offrir des actions à leurs petits-neveux comme cadeau de première communion pour les initier aux joies de l'économie libérale, d'autres sont des salariés de l'entreprise confiants en l'avenir de leur boîte... et inversement pour les vendeurs, toutes sortes de raisons peuvent guider leurs choix. A tout instant, acheteurs se rencontrent par le biais de la bourse, et le cours fluctue naturellement autour d'un cours que l'on peut considérer comme la "valeur réelle" de l'action. Et il fluctue de façon parfaitement arbitraire, sans qu'il soit possible de prédire ces évolutions avec certitude, car on ne peut tout de même pas sonder tous les intervenants du marché à tous moments. On appelle ça, en mathématiques, le chaos déterministe : les petites causes peuvent produire de grands effets. Imaginons par exemple qu'une banque Thaïlandaise fasse faillite. Le gouvernement local tarde à réagir, cela entraîne la chute de la monnaie Thaïlandaise (le baht, pour votre culture), et la faillite d'autres banques Thaïlandaises qui basent leur activité sur ladite monnaie. Puis par ricochet, toutes les monnaies de la zone asiatique dégringolent. Les bourses du coin s'effondrent, les capitaux occidentaux s'échappent à toute vitesse, qu'ils se reclassent dans bourses occidentales. Du coup, la bourse de Paris gagne 10% en une semaine. Comment le prévoir ? C'est impossible. Ne jouez donc pas votre fortune sur des théories aussi fumeuses, ni sur du court terme, tant de choses peuvent se produire...

B.5 : Propagande et analyse technique
La propagande perd toute efficacité lorsque le peuple s'aperçoit qu'il s'agit de propagande (J. Goebbles)

L'analyse technique (AT dans le jargon) est née aux Etats-Unis, rien d'étonnant dans ce cas à ce qu'elle soit toute imprégnée d'une idéologie assez révélatrice du degré de rigueur scientifique qu'elle renferme. Supposons qu'une action vaille 100 Euros (Ah oui, au fait, à la bourse, on parle en euros). Brusquement, elle se met à monter jusqu'à 110, puis 120 euros. Logiquement, si on a deux sous de bon sens, on se dit "OK, je vends, 20%, c'est une belle plus-value". La logique en effet veut que l'on achète quand une action est bon marché, et qu'on la revende quand elle est chère. Et bien en AT, tenez-vous bien, c'est différent ! Un spécialiste de l'AT vous dira, dans cette situation, que "la résistance des 115 est passée" et que "le ratio de Fibonacci" indique clairement que "on va vers les 140, voire 175 euros". Inversement, si l'action baisse, c'est signe annonciateur des pires catastrophes. A 80, on vous dira : "le seuil des 85 étant enfoncé, on ne peut plus exclure le retour sur la résistance des 70, voire des 55 (Bollinger descendante)". Alors même que, selon toute logique, c'est le moment d'acheter, puisque c'est pas cher. Bref, la mentalité qui se dissimule derrière ce verbiage pseudo-scientifique est toujours la même : les entreprises dont le cours monte, ce sont des winners, donc il faut investir dessus, et comme on investit dessus, ce sont des winners, donc il faut investir dessus, et ce indéfiniment. Par contre, les entreprises qui baissent sont indéfiniment des losers, et resteront toujours des losers dont le cours est voué à descendre jusqu'à des valeurs négatives, car il n'y a rien à en attendre. Les winners et les losers, voilà comment les Américains appréhendent le monde. A ce stade, je pourrais digresser vers le protestantisme luthérien et la prédestination de l'homme qui imprègne la "culture" USienne, mais ce serait abuser de votre temps. L'essentiel est là : laissez donc les yankees croire à l'AT autant que bon leur semble, c'est leur affaire. Après tout, pour que VOUS gagniez de l'argent, il faut bien que d'autres en perdent !

B.5bis : L'exemple du gap
Moi, je m'habille chez H&M

Ce petit paragraphe pour illustrer l'illustrer l'inanité de l'analyse technique par un exemple précis. On lit fréquemment dans les colonnes des journaux savants que la valeur va "revenir combler un gap laissé béant". Que veut-ce dire? Exemple : chuimoo.com, le cyber-site des jeux online de l'UMTS 3e génération, plonge sur le NASDAQ. Le mardi, il baisse de 10$ à 8,5$ (clôture en soirée). Le mercredi matin, il ouvre à 7,5$, et continue sa descente vers les 7$, puis les jours suivants dans le même sens. Et bien le gap, c'est la plage de cotation non-traitée entre 8,5$ et 7,5$ (ici à la baisse, mais à la hausse c'est pareil). Mais pas de panique, actionnaires malheureux de chuimoo.com, car d'après l'analyste technique, les cours vont revenir "combler le gap". Pourquoi? Personne n'a d'explication logique, mais c'est indispensable que le gap soit comblé, et que la plage de cotation soit traitée "un jour". Observons le graphique ci-dessous :


On voit qu'aux alentours du 10 octobre, il y a un petit gap à la baisse en dessous des 42€. On se dit, con comme on est "bon, ça va remonter pour combler le gap". Effectivement, quelques semaines plus tard, le cours remonte triomphalement pour combler le gap, merci l'analyse technique! Sauf que gap ou pas gap, c'est la même chose. Un cours de bourse fluctue plus ou moins rapidement autour de sa position "d'équilibre", et balaye la zone comprise entre le plus bas et le plus haut avec une certaine constance. En clair, qu'il y ait gap ou qu'il n'y ait pas gap, un cours de bourse a 95% de chances de revenir dans une zone qu'il a déjà visité. Un gap n'est donc pas une zone d'attraction, c'est une zone comme une autre, qui effectivement a de bonnes chances d'être "comblé" un jour, mais pas plus qu'une autre zone. Tout ceci relève de la magie, de la superstition, de la foutaise, mais certes pas d'un quelconque semblant de science.

Pour achever de vous convaincre, j'avais jadis rédigé un petit texte que je crois assez bien tourné, ma foi, à propos de l'Analyse Technique. Je l'avais posté sur un newgroup idoine, en voici une version HTML.

DE L'INANITE DE L'ANALYSE TECHNIQUE


B.6 : Bons fondamentaux
Non mais touchez-moi ça, c'est des bons dividendes cultivés avec amour par des braves polytechniciens de chez nous, pas ces saloperies de net-économie à l'américaine pleines de polyphosphates, enfin! (J.-P. Coffe dans Le Revenu)

L'intérêt d'investir à long terme, c'est qu'il est difficile de perdre de l'argent. Vous voulez vous constituer un petit pécule sûr et rentable pour vos vieux jours ? Ne cherchez pas plus loin, et considérez le PER. Le PER, c'est le Price Earning Ratio, c'est à dire le rapport cours/bénéfice d'une action. Plus il est élevé, plus l'action est chère, et inversement. Traditionnellement, on considère qu'une action avec un PER de 20 est dans des eaux convenables. Cela signifie qu'il faudra 20 ans pour rembourser le prix d'achat rien qu'avec les bénéfices "produits" par cette action (attention, il ne s'agit pas là du dividende versé). Curieusement, si on observe les PER, on s'aperçoit qu'ils fluctuent énormément autour de cette valeur de 20. Certaines sociétés de la nouvelle économie ne font pas de bénéfice, le PER est donc impossible à calculer. J'ai connu Canal Plus à des cours tellement élevés que le PER arrivait à 300 ! Inversement, certaines valeurs françaises du CAC40, donc de bonnes boîtes solides, parfois leaders mondiaux dans leur domaine, se traînent avec des PER inférieurs à 20. Des sociétés plus petites mais très saines, en parfaite santé et sans le moindre risque se retrouvent inexplicablement avec des PER inférieurs à 15. Il existe même, sur la place de Paris, des holdings tout à fait sympathiques dont le PER avoisine les 10 ! Des actions dont le seul tort est de ne présenter aucune espèce de risque (quand on a un PER de 10, on ne risque pas de tomber beaucoup plus bas). Vous y comprenez quelque chose vous ? Non ? Moi non plus, mais j'achète. Ce n'est pas parce que les autres manquent des bonnes affaires qu'il faut se croire obligé de les imiter. Le marché donne toujours raison à une bonne analyse fondamentale (même s'il arrive que ça prenne beaucoup de temps), et une entreprise bien gérée ne réserve que de bonnes surprises à ses actionnaires. Certes, il peut s'écouler des mois, voire des années avant que les cours ne rendent justice à une action délaissée, mais si vous jouez sur le long terme, ce temps joue pour vous.

B.7 : Le meilleur analyste économique...
Mais non Sire, c'est le vent... (Ganelon à Ronceveaux)

C'est vous ! Vous seul connaissez vos moyens, vos habitudes, vos frais de courtage. En outre, les journalistes économiques, plongés dans les résultats et les communications financières, perdent facilement de vue des paramètres tels que la qualité des biens et services fournis par une entreprise, l'image de marque... De plus, si vous travaillez dans un secteur économique, vous en savez autant, voire plus sur ce secteur que les "experts". Du reste, en réfléchissant deux secondes, on s'aperçoit que si les journalistes économiques étaient si compétents en bourse, ils ne seraient pas journalistes économiques. Ils seraient gestionnaires de patrimoine à la Banque du Louvres, voire même rentiers aux Baléares. Donc, n'ayez pas de complexes. Si un conseil boursier vous semble absurde, ignorez-le. Les tuyaux de vos "amis bien informés" sont souvent le meilleur moyen de se ruiner, et la presse économique passe son temps à se tromper. Ces journaux sont utiles pour se faire une idée sur l'activité d'une entreprise, ses perspectives, son endettement, ses dirigeants, mais pour décider s'il faut acheter ou vendre, adressez-vous à celui qui paiera les pots cassés s'il se trompe : vous.

B.8 : Oeufs et paniers
Il ne faut pas mettre tous ses yeux dans le même piano (Luis Bunuel dans Capital)

Il y a dans le monde de la bourse ce que l'on appelle des dictons boursiers, plus ou moins pertinents. Vous entendrez souvent dire qu'il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Qu'est-ce que ça veut dire, et pourquoi ? A priori, miser ses sous sur une seule grosse valeur tranquille, sans surprise, avec un capital important peut paraître une bonne idée. Malheureusement, l'exemple des actionnaires d'Eurotunnel est édifiant, et continue, dix ans après, de traumatiser les épargnants. De prime abord, c'était une excellente affaire. Le cours d'introduction était assez bas, l'utilité du projet ne faisait aucun doute, et tout le monde pouvait constater que le chantier existait, qu'il y avait bien un trou entre la France et l'Angleterre, et en plus, l'état encourageait fermement les actionnaires à souscrire. Donc, un placement de tout repos. L'action est d'ailleurs monté rapidement jusqu'à 120 francs... avant de dégringoler progressivement, jusqu'à 8 francs aujourd'hui. Pourquoi ? Un projet dont les coûts ont été mal estimés, des banquiers véreux, des retards en tous genres, des mésententes entre français et anglais... autant de facteurs qu'aucun petit actionnaire n'aurait pu prévoir. Même en prenant toutes les précautions du monde, vous auriez pu tomber dans le piège, et moi aussi. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Voici pourquoi il est indispensable de posséder dans son portefeuille plusieurs actions, mettons une demi-douzaine, afin, en cas de catastrophe, d'amortir les chocs. Si vous aviez placé tout votre argent en eurotunnel à 100 francs, votre perte serait aujourd'hui de 92%, vous seriez donc ruiné. Si vous n'aviez placé que le cinquième de votre patrimoine dans les mêmes conditions, vous auriez perdu dans les 20%, ce qui est désagréable, mais somme toute, c'est les gains d'une année à la bourse. Avec un peu de chance, le reste de votre portefeuille aura compensé cette perte. Mieux, vous pouvez décider de couper vos pertes...

B.9 : Je coupe mes pertes
Je sens que je vais bientôt perdre 20% (Louis XVI)

Un économiste distingué a constaté qu'il y avait quatre types de résultats que l'on pouvait obtenir de la bourse en investissant sur une valeur : un gros gain, un petit gain, une petite perte et une grosse perte. Partant de cette constatation, il en a déduit une manière simple de gagner en bourse : couper les grosses pertes. Dès que vous dépassez un certain seuil de perte sur une valeur (mettons 20%), vendez. Je sais, ça fait mal au cœur, mais si vous faites ainsi, il n'y aura plus pour vous que trois types d'opérations : gros gain, petit gain et petite perte. En moyenne, vous gagnerez donc de l'argent. La méthode est à la portée d'un âne bâté, mais il paraît qu'elle marche. Appliquée au problème de l'action Eurotunnel ci-dessus, vous constatez qu'elle permet de ramener vos pertes à 20% dans le premier cas (tout le portefeuille investi, et à seulement 4% dans le deuxième cas (portefeuille panaché). La ruine est évitée. Cette stratégie nécessite bien sûr une certaine force de caractère, il faut agir sans regrets ni remords.

B.10 : Je moyenne à la baisse
Bonjour monsieur l'huissier, c'est pourquoi?

La moyenne à la baisse est la technique contraire. Si vous achetez 10 action à 100 euros et que le cours tombe à 80, vous pouvez attendre longtemps avant que ça ne remonte à votre cours d'achat. La moyenne à la baisse est une technique qui permet d'attendre moins longtemps avant de rentrer dans vos frais. Une fois arrivé à 80, remettez le couvert ! Achetez un deuxième paquet de 10 actions à 80 euros. Ainsi, le cours moyen d'achat sur ce titre passera de 100 à 90 euros, ce qui est plus accessible. Evidemment, dans le cas d'un scénario à la Eurotunnel, vous pouvez y laisser votre chemise. Cette stratégie nécessite donc que vous ayez d'une part des liquidités, et d'autre part, si vous me permettez l'expression, des couilles. Réservez donc ce petit jeu aux entreprises installées, rentables, peu endettées et peu susceptible de vous réserver de mauvaises surprises. A éviter avec jmenscoo.com, le site des cyber-communautés de tchate de thread sur wap.

B.11 : Les bons produits
Vous osez appeler ça de l'uranium enrichi? Enrichi au thorium oui!

Encore une méthode pour choisir ses investissements : est-ce que les produits de la société sont appréciés? Si vous répondez positivement à cette question, ça sent la bonne affaire. Cette méthode peut sembler fruste et provinciale, mais elle n'en est pas moins d'une redoutable efficacité. En effet, la mauvaise qualité des produits d'une entreprise reflète les difficultés qu'elle peut avoir à affronter la concurrence, les dissentions internes, le climat social, les désordres dans la production... inversement, un bon produit bien vendu ne peut être le fruit que d'une équipe soudée, d'une direction qui sait où elle va, d'ingénieurs compétents. La bonne image de marque globale d'une société traduit de même l'efficacité d'un service commercial, une dégradation trahit un relachement. La méthode est donc bien moins naïve qu'il y paraît au premier abord. Mieux encore, la fluctuation dans la qualité des produits se produit des mois, voire des années avant que les résultats de l'entreprise n'en soient affectés, de telle sorte qu'il est possible de prévoir l'évolution globale des performances financières de l'entreprise avant même les dirigeants de la boîte. Méditez mes sages paroles et, la prochaine fois que vous appréciez un bien ou un service, demandez-vous si la société ne serait pas cotée, par hasard. Il va de soi que la méthode a ses limites, notamment dans le fait qu'il est difficile d'estimer la qualité des biens produits, par exemple, par la Cogema, à moins que vous ne possédiez une centrale nucléaire (auquel cas cette modeste page ne vous sera d'aucune aide). En tout état de cause, si vous avez le loisir de tester avant d'acheter, faites-le, et si ce que vous voyez ne vous plait pas, n'achetez pas. La bourse fourmille en permanence de bonnes affaires, inutile d'encombrer son portefeuille d'un canard boîteux.

B.12 : Votre pire ennemi...
Connais-toi toi-même (Diogène)

C'est toujours vous! La psychologie même du petit épargnant peut causer sa perte. La peur de perdre de l'argent sur une ligne baissière peut retarder une décision de vente qui pourtant s'impose, et à l'inverse, couper ses pertes trop tôt peut empêcher de profiter d'un rebond. A la hausse, les deux écueils sont l'appât du gain, qui empêche de prendre ses bénéfices en espérant toujours gagner plus, et la timidité, qui fait vendre dès qu'on a réalisé une maigre plus-value. Lorsque l'on prend une décision, on doit toujours revenir aux raisons qui nous ont fait nous intéresser à la valeur, les fondamentaux, l'évolution du cours, le secteur... et toujours garder en tête les sommes que l'on investit, les bénéfices que l'on attend, les perspectives. Le cours d'une action est par nature chaotique, et il est dommage de prendre une décision hâtive sur un accident du cours qui masquerait une évolution de fond. Bref, il faut toujours naviguer sur le fil du rasoir, ne pas hésiter à remettre en question ses certitudes sur une valeur, à refaire fréquemment une analyse, à confronter ses intuitions aux nouvelles réalités du marché. Et comme un petit dessin vaut mieux qu'un long discours, voici un petit graphique mettant en scène de façon très parlante ce qu'il ne faut surtout pas faire...
Psychologie du petit porteur

On peut comparer l'investissement boursier à une navigation où il faudrait à tout moment se garder des excès qui peuvent coûter cher. Voici une petite carte marine de mon crû, qui illustre mes propos.
Carte de la mer des Ruines, établie par Asp Explorer, corsaire du Roy


US go home
B.13 : En résumé
Tétinou (Asp Explorer)


Recettes pour gagner en bourse

- Ne placez jamais plus de 35% de votre portefeuille sur une valeur (sauf micro-portefeuilles).
- Ne placez jamais plus de 10% de votre portefeuille sur une valeur spéculative.
- Placez systématiquement une vente stop à 20% au-dessous du cours d'achat sur les valeurs spéculatives. Lorsque le cours dépasse le point mort de 10%, placez votre stop au point mort (vous êtes sûr au moins de ne rien perdre sur ce coup).
- La moyenne à la baisse est une technique qui ne s'adapte qu'aux valeurs sûres. En aucun cas, ne la pratiquez sur des valeurs spéculatives, ce serait votre ruine assurée.
- L'usage systématique de la couverture du SRD est une erreur. L'usage de la couverture doit être réservé à des " occasions " immanquables, pour lesquelles vous n'avez pas de liquidités. Même dans ce cas, faites-en un usage modéré, évitez de dépasser une couverture de 50%, et prévoyez quelles valeurs vous liquiderez si jamais les choses se passent mal.
- Achetez bas, vendez haut. Ne prêtez guère attention à l'analyse technique qui vous enjoint de faire l'inverse.
- Considérez avec la plus extrême circonspection les opérations (introductions) initiées ou encouragées par l'état.
- Les analystes financiers sont des ânes, suivre systématiquement leur avis est au mieux inefficace, au pire nocif. S'ils avaient tant de flair, ils ne seraient pas analystes financiers mais rentiers dans les îles Caïman. Se méfier particulièrement des journalistes financiers, qui doivent des comptes à leurs actionnaires et à leurs annonceurs et non à leurs lecteurs. Lire la presse financière est utile pour connaître les tendances générales d'un marché ou pour attirer votre attention sur telle ou telle valeur, mais en aucun cas vous ne devez déléguer à des experts autoproclamés, qui ne sont pas forcément plus compétents que vous-même, le soin de choisir vos investissements à votre place.
- Si vous êtes sûr de vous et que le marché vous donne tort, c'est que le marché est irrationnel. Attendez patiemment qu'il revienne à la raison, ce qui arrivera forcément un jour. Entre temps, oubliez votre ligne.
- A la fin de l'année, si vous avez des lignes déficitaires dont vous n'attendez plus grand-chose, il est peut-être utile de les vendre avant le 31 décembre. Ainsi, vous pourrez déduire la moins-value du total des plus-values imposables, et récupérer, par le biais d'une économie d'impôt, 26% de ce que vous avez perdu. C'est mieux que rien, et vous commencez l'année liquide.

Recettes pour perdre en bourse

- Placez tout votre argent sur une valeur, voire deux.
- Surtout si c'est une valeur technologique avant-gardiste révolutionnaire !
- Les ventes stop, c'est pour les pédés.
- Chaque fois que lébool.com (la e-chaîne des cybertchats de web du wap sur minitel) perd 50%, remettez-en une louche, c'est une super opportunité !
- La couverture X5 est la manière naturelle de vivre la bourse. On n'est pas des tarlouzes, nom de dieu !
- Saint Bollinger tu vénéreras, les moyennes mobiles tu observeras scrupuleusement, aux chandeliers japonais tu allumeras des cierges. Scrute les signaux d'achat et de vente et suis-les aveuglément, c'est Dieu qui te fait signe.
- L'état, c'est du sérieux. Le gouvernement veut le bien des petits épargnants. Le prochain morceau de Thomson ou de France Télécom qui passe, sautez dessus à n'importe quel prix, c'est forcément une affaire.
- Faites le pied de grue devant votre buraliste tous les mercredis matins à 6H afin de consulter la presse avant tout le monde, et précipitez-vous ensuite sur tout ce qu'ils recommandent. Le fait que vous ne compreniez pas les commentaires des journalistes est sain : cela signifie qu'ils sont plus instruits que vous (sinon ils ne serait pas journalistes). Il est bien inutile de réfléchir si des gens sont payés pour le faire à votre place.
- Ne conservez jamais une action plus de deux mois, quoi qu'il puisse arriver.
- Les ventes fiscales ne vous concernent pas : si vous suivez scrupuleusement les conseils ci-dessus, vous ne risquez pas d'être imposable sur les plus-values cette année !

C : DIVERS
C.1 : NetDeFrais
blablablaOEMblablablacopyrightblablablapurposeblablablaagreementblabla (B. Gates)

NetDeFraisVoici un petit programme qui s'appelle NETDEFRAIS et qui comme son nom l'indique permet de calculer la plus-value dégagée sur une ligne de titres, en indiquant simplement le cours d'achat, de vente, le nombre de titres, ainsi que les frais de courtage aller et retour (pourcentage et frais fixes).
Sources NetDeFraisPour ceux que ça intéresse, les sources en VB6.


Ben merde, a tout cassé!
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DISCLAIMEUR ET COPIEDROIT : JE ME FICHE comme de mon premier coupon que vous reproduisiez tout ou partie du texte ci-dessus, fut-ce dans le but de ridiculiser ma prose ou d'en faire commerce. Je vous autorise à la modifier à votre guise, à dire que c'est vous qui l'avez écrite, à en orner votre site pédophile néo-nazi, à en faire des tracts que vous distribuerez aux passants dans la rue, à la graver sur des sondes interplanétaires et à la déclamer devant un public, y compris sur les plate-formes pétrolières.