Mare Nostrum Corsica 

Léger repli du trafic passagers du port de Bastia en 2019 (-2,6%), qui reste malgré tout le premier port français de Méditerranée pour les lignes régulières


Le port de commerce de Bastia a été inauguré en 1877 et fortement réaménagé par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Bastia et de la Haute-Corse ces trente dernières années, qui en a fait réaliser un film promotionnel par drone grâce à la société spécialisée Dronimages.

Bastia est le principal port de Corse, tant pour le trafic des marchandises que pour les flux de passagers :


En 2019, le port de Bastia se maintient tout juste au-dessus du seuil des 2,1 millions de passagers dans le contexte d'une forte réduction du nombre d'escales des ferries 


Note Bene : les données de l'Observatoire régional des transports de la Corse n'étant actuellement plus mises à jour pour des raisons techniques, les valeurs 2018 et 2019 présentées ci-dessus sont reprises non plus du site de l'ORTC mais de celui de la CCI de Bastia. Compte tenu d'un léger écart de champ entre ces deux sources, les séries 2018 et 2019 ont été expurgées du trafic des "autres lignes" (non représentatives du trafic des ferries sur des lignes régulières) par Mare Nostrum Corsica pour en minimiser les écarts statistiques.


Suite au renouveau de l'offre maritime en 2016 et 2017 (nouvelle ligne Nice-Bastia et renforcement de Genova-Bastia à la Moby Lines grâce au Moby Dada et au Moby Zazà, remplacement de la SNCM par Corsica Linea, mise en service du Pascal Lota et du Mega Andrea à la capacité accrue à la Corsica Ferries...), le port de Bastia avait connu une légère embellie passagère de son trafic passagers en 2016 (+2,6%) et 2017 (+1,6%) selon l'ORTC.Même si celle-ci aurait pu être plus importante au vu du développement de l'offre de transport, elle avait permis de rompre avec les cinq années précédentes de clôture du bilan en négatif, après les nets replis enregistrés en 2011 (-9,8%) et 2012 (-4,7%), puis ceux plus modérés de 2013 (-0,5%), 2014 (-2,0%) et 2015 (-1,4%) ! Pourtant en 2018 (+0,0%) et surtout en 2019 (-2,6%), la situation a été plus difficile selon les chiffres officiels de la CCI de Bastia. Il faut dire que les compagnies avaient fortement réduit leur nombre d'escales en 2019 (-285 au total sur l'année sur 2 294, soit -11,0% selon la CCI de Bastia), dans un contexte d'érosion du trafic maritime au profit de l'aérien, d'un calendrier défavorable des ponts de mai, et d'une anticipation des reculs de tarfics observées aux mois de juin et juillet. Plus précisément, en 2019, on a ainsi assisté simultanément à la fin de la programmation des ferries classiques de Corsica Linea sur Bastia, qui venaient traditionnellement en renfort des cargos mixtes mais qui ont été repositionnés sur les lignes du Maghreb, à la fermeture de la ligne Nice-Bastia de la Moby début 2019, au retrait définitif de La Méridionale fin septembre 2019 et à une réduction sensible des escales de la Corsica Ferries, notamment sur Livorno en saison. Au final, au vu des corrections apportées dans l'offre de transport, le bilan 2019 n'apparaît pas si mauvais, Bastia ayant plutôt mieux résisté que la moyenne des autres ports Corse (sur l'île, seuls Bonfiacio et Porto Vecchio progresseraient en 2019, ce dernier port grâce au renforcement de la ligne de la Corsica Ferries opérée depuis Toulon).

Depuis 2010 toutefois, les pertes de trafic passagers du port de Bastia représentent en tout plus de 400 000 passagers annuels
Bastia, dont le trafic portuaire avait avoisiné les 2,5 millions de voyageurs lors des années record de 2009 et 2010, conclut donc 2019 à peine au-dessus de la barre des 2,1 millions de voyageurs et retrouve un trafic passagers voisin de celui de 2002 !

La tendance à la diminution du nombre de traversées enregistrée sur le port de Bastia de 2001 à 2005, due pour partie à une rationalisation des dessertes de la part des différentes compagnies et à un accroissement de la taille des navires et qui s'était inversée de 2006 à 2010 a sévèrement repris en 2011 suite au retrait de nombreux navires (NGV Liamone II, Moby Corse - sur les lignes de Toulon - et Corsica Express Seconda, pour ne parler que du port de Bastia) avant de s'infléchir temporairement par la suite, ce qui a contribué à la diminution du nombre moyen de passagers par voyage. Outre des effets de la crise, cette diminution du nombre de voyageurs transportés par navire, particulièrement marquée en 2010 puis en 2012 et 2013 peut être rapprochée en particulier du développement de lignes concurrentes de celles de la Corsica Ferries sur l'axe Bastia-Toulon, dans un premier temps par la Moby Lines (en 2010, ligne arrêtée pour des raisons financières par la compagnie à la baleine bleue en février 2011), puis par la SNCM (de 2012 à 2014, la ligne ayant été suspendue faute de rentabilité courant octobre 2014). En 2015, la raréfaction de l'offre de transport maritime a permis de faire remonter à près de 500 passagers par rotation le nombre de voyageurs sur le port de Bastia. Avec 454 passagers en moyenne sur les 4 720 rotations du port recensées par l'ORTC, les données de 2016 marquent une nouvelle diminution, en lien notamment avec les débuts difficiles de la Moby sur l'axe Nice-Bastia et l'allongement de la période de desserte par cet opérateur sur des périodes hors saison, par définition moins porteuses de trafics élevés. En 2017 et 2018, années pendant lesquelles les trafics passagers ont de nouveau stagné tandis que le nombre de traversées était un peu plus important, les remplissages moyens ont chuté à environ 420 passagers par traversée, soit des niveaux très bas, jamais observés depuis le début des années 2000. Aussi, le correctif de l'offre de transport de 2019 semblait-il dans ces conditions inévitable et à conduit à revenir à des niveaux un peu plus acceptables économiquement pour les compagnies (supérieurs à 450 passagers par rotation, selon une estimation calculée à partir des données de la CCI de Bastia), mais qui restent cependant loin des standards proches de 550 passagers atteint à la fin de la décennie 2000.
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Note Bene : les données de l'Observatoire régional des transports de la Corse n'étant actuellement plus mises à jour pour des raisons techniques, les valeurs 2018 et 2019 présentées ci-dessus sont calculées non plus à partir des données du site de l'ORTC mais de celui de la CCI de Bastia. Compte tenu d'un léger écart de champ entre ces deux sources, les données de trafics passagers 2018 et 2019 utilisées pour ces calculs ont été expurgées du trafic des "autres lignes" (non représentatives du trafic des ferries sur des lignes régulières) par Mare Nostrum Corsica pour en minimiser les écarts statistiques.


S'il veut rester leader incontesté en Corse, le port de Bastia devra à l'avenir être plus allant quant à l'évolution de ses infrastructures et mieux adapter ses quais à l'accueil des navires de plus grande taille qui sont de plus en plus nombreux et deviennent incontournables. La capacité du port à accueillir l'Excelsior (navire affrété par la SNCM en remplacement du Napoléon Bonaparte, pendant les saisons 2013 et 2014), qui mesure 202 mètres de long, a constitué à ce titre une gageure, sachant que Bastia n'accepte d'accueillir le Mega Express Three de la Corsica Ferries
, à peine plus long (212 mètres), que hors saison. Alors que le projet de réalisation éventuelle d'un nouveau port de Bastia plus au Sud, à la Carbonite, se heurte à des obstacles divers (d'ordre environnementaux et financiers notamment, au vu du coût très élevé d'une telle structure et des risques que cela représenterait pour la préservation d'espèces marines protégées et de la plage de l'Arinella), le comblement partiel du quai Nord Est désormais achevé n'apparaît comme une première réponse qu'à la pénurie d'espaces de stockage des remorques de fret et non au nécessaire accueil d'un nombre croissant de navires de 180 mètres ou plus (voir articles sur les perspectives 2020 et la controverse sur le port de la Carbonite et ses alternatives possibles, qu'il s'agisse d'une digue semi-flottante sur le site actuel ou d'une version revue du projet de nouveau port au sud de Bastia, nommée Portu Novu).


Bastia continue de représenter en 2019 un trafic passagers supérieur au trafic total de l'ensemble des autres ports Corses réunis



Note Bene : les données de l'Observatoire régional des transports de la Corse n'étant actuellement plus mises à jour pour des raisons techniques, la valeur 2019 présentée ci-dessus est calculée en année mobile à fin août 2019 par Mare Nostrum Corsica. Il s'agit donc des parts de marché des ports de Corse sur la période allant de début septembre 2018 à fin août 2019, représentative des 4 premiers mois de la saison d'été 2019.


Globalement, avec 3,95 millions de passagers en année mobile à fin août 2019, les ports de Corses voient au global leur trafic diminuer de 3,5%
selon l'ORTC. Cela fait déjà suite à une grande majorité d'années mauvaises, marquées par des replis depuis 2011. Les parts de marché des différents ports insulaires se déforment peu depuis 2017. Au total, avec 53,5% du total, le port de Bastia a draîné en 2019, comme les années précédentes, un peu plus de la moitié des passagers maritimes des lignes de Corse. Après Porto Vecchio (+5,5% en année mobile à fin août 2019) et Bonifacio (+3,2% sur la même période), seuls à progresser, il s'agit du port de Corse qui a le mieux résisté en 2019. À l'inverse, les chutes ont été plus marquées à Ajaccio (-5,5% en année mobile à fin août 2019), Propriano (-8,8%) et à l'Ile Rousse (-12,3%) du fait de la contraction de l'offre de transport des compagnies, particulièrement à Ile Rousse et dans une certaine mesure à Ajaccio, et aux mouvements sociaux ayant affecté les trafics de La Méridionale à Propriano, seule compagnie à desservir jusqu'ici ce port (à compter de 2021, cette desserte sera assurée exclusivement par la Corsica Linea).



A Bastia, les lignes italiennes refont désormais jeu égal avec les françaises en 2019, mais Toulon repasse devant Livorno, qui avait repris la première place au port Varois depuis 2016...
L'arrivée de Livorno du Mega Andrea, en août 2017, passant devant le Moby Zazà ; photo : Romain Roussel
Avec environ un quart chacune du trafic passagers du port de Bastia en 2019, les lignes de Toulon et de Livorno représentent à elles deux la moitié des trafics passagers bastiais.
Ici, les Moby Zazà et Mega Andrea arrivant à Bastia en provenance de Livorno, en août 2017 (photo : Romain Roussel).

Fait notable : en 2019, les lignes maritimes italiennes, en progression de 1,9%, reviennent désormais à la hauteur des françaises, en recul de 6,8%, sur le port de Bastia, avec chacune environ 1 058 000 passagers en 2019, selon la CCI de Bastia.

Alors que les lignes italiennes avaient de nouveau supplanté les lignes françaises sur le port de Bastia en 2008 puis en 2009 (ce qui n'était plus arrivé depuis 20031) à la faveur de la toujours plus grande concentration des dessertes italiennes sur l'escale bastiaise et des efforts tarifaires des compagnies Corsica Ferries et Moby Linespour stimuler la demande, les lignes françaises avaient repris le dessus depuis 2010 sans discontinuer. Mais la suppression de la ligne de Nice par la Moby à compter de janvier 2019, la réduction du nombre d'escales de la Corsica Ferries sur ce même port (au profit d'une concentration des rotations sur Toulon, plutôt redéployées vers Porto Vecchio) et la fin des car-ferries de Corsica Linea sur Marseille en saison ainsi que la développement continu du bord à bord aérien, de plus en plus subventionné par la Collectivité de Corse au détriment du mode maritime, pourtant moins polluant et générateur de plus fortes retombées pour l'économie corse en termes de séjours touristiques d'après les études de l'INSEE, ont pesé significativement sur les trafics du port de Bastia avec le continent français



Note Bene : les données de l'Observatoire régional des transports de la Corse n'étant actuellement plus mises à jour pour des raisons techniques, la valeur 2019 présentée ci-dessus est calculée à partir des données de la Chambre de commerce et d'industrie de Bastia et de la Haute Corse (CCI de Bastia). À la différence du graphique précédent, ces données portent donc bien sur l'ensemble de l'année 2019.


En 2019, les liaisons du port de Bastia sont toujours concentrées sur si
x destinations principales. Les parts de marché de certains ports continentaux évoluent toutefois sensiblement en 2019 du fait de la réorganisation des dessertes des compagnies maritimes, comme le montrent les statistiques de la CCI de Bastia. Avec 24,6% de parts de marché en 2019, le trafic avec Livorno (en français, Livourne, situé en Toscane) représente près de 522 000 passagers, en hausse de 1,7% sur un an, et gagne un point de parts de marché par rapport à 2018. Il perd toutefois sa première place au profit de Toulon, qui bénéficie d'une concentration plus grande des escales de la Corsica Ferries

La performance du port de Toulon (542 000 passagers sur Bastia, soit 25,6% de parts de marché, +2,9 point), en hausse de 9,8% par rapport à 2018, apparaît d'autant plus remarquable que l'offre quantitative sur ce port n'a pas fortement évolué en saison. Toulon ne représentait encore en 2000 qu'un trafic symbolique avec la Corse avant que la Corsica Ferries ne croie en ses chances de développement et s'y investisse pleinement à l'année avec ses Mega Express. Sur l'ensemble de la Corse, Toulon est premier depuis 2007, très loin devant Nice et Marseille, avec un trafic passagers - assuré entièrement par la Corsica Ferries - supérieur à 1,73 million en 2019 selon la CCI du Var, en progression de 9,9% au global en 2019 du fait aussi des développement de nouvelles lignes de la Corsica Ferries, vers les Baléares notamment. 

Sur Bastia arrive ensuite le port de Savona, qui ravit à Nice la troisième place du podium. Plus précisément, avec 298 000 passagers et 14,1% de parts de marché, Savona voit son trafic progresser de 1,8% avec Bastia en 2019, du fait d'un renforcement des escales estivales de la Corsica Ferries et des très bons résultats obtenus notamment au mois d'août. Il devance donc Nice, qui avec seulement 283 000 passagers plonge de 28,1% en 2019 suite à la chute du nombre d'escales effectuées sur ce port. Ses parts de marché ne sont plus que de 13,4 % du trafic portuaire bastiais en 2019, contre 18,1% encore en 2018 !

Marseille enfin voit son trafic s'effriter à 232 000 passagers avec Bastia (-5,9% par rapport à 2018, avec 11,0% de parts de marché sur Bastia) suite au retrait des ferries de la Corsica Linea en saison et des mouvements sociaux ayant affecté La Méridionale.

L'autre port ligure de Genova voit son trafic s'effriter en 2019 (9,4% de parts de marché avec près de 199 000 passagers, soit  -3,7%en 2019) du fait d'une concurrence accrue des lignes de Savona en été et d'un raccourcissement de la période de desserte de la Moby en 2019. Enfin, Piombino voit son trafic passagers progresser en 2019, mais cette percée ne sera que de courte durée, la Moby ayant renoncé en 2020 son retrait de la liaison Bastia-Piombino qui ne sera plus desservie en été que par la Corsica Ferries.




Note Bene : les données de l'Observatoire régional des transports de la Corse n'étant actuellement plus mises à jour pour des raisons techniques, les valeurs 2019 présentées ci-dessus sont reprises non plus des données du site de l'ORTC mais de celui de la CCI de Bastia.

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Notes :

[1] De 1986 à 2003 inclus, proximité géographique oblige, le trafic du port de Bastia avec l'Italie avait alors supplanté celui avec le continent français ; il avait même représenté certaines années les deux-tiers du trafic total (jusqu'en 1995). Il faut dire que le trafic avec l'Italie est désormais quasi-exclusivement concentré sur le port de Bastia (si l'on excepte les rotations Corse-Sardaigne, assurées principalement depuis Bonifacio, et les liaisons saisonnières vers l'Ile Rousse et Porto Vecchio de la Corsica Ferries) tandis que le trafic Corse-continent français, réparti sur cinq ports (Bastia et Ajaccio, mais aussi Ile Rousse, Propriano et Porto-Vecchio), ne l'est qu'à environ 42% en 2017. Rappelons également qu'en 2002, on dénombrait encore quatre compagnies opérant vers l'Italie au départ de Bastia - soit deux de plus qu'aujourd'hui - avant le retrait de la filiale Corsica Marittima de la SNCM et le dépôt de bilan de la Happy Lines qui desservait la ligne Bastia-La Spezia...


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