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En reprise de 27,7% en 2021, le trafic passagers du port de Bastia reste plus de 30% inférieur à son niveau de 2019, avant coronavirus, tandis que le fret progresse


Le port de commerce de Bastia a été inauguré en 1877 et fortement réaménagé par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Bastia et de la Haute-Corse entre les années 1980 et 2000 ; celle-ci en a fait réaliser il y a quelques années un film promotionnel par drone grâce à la société spécialisée Dronimages.

Bastia est le principal port de Corse, tant pour le trafic des marchandises que pour les flux de passagers :


En 2021, le port de Bastia regagne un peu plus de 300 000 du million de passagers perdus l'année précédente et surnage à peine au-dessus des 1,4 million de voyageurs, très loin de ses niveaux passés... 





Sur la période récente, suite au renouveau de l'offre maritime en 2016 et 2017 (nouvelle ligne Nice-Bastia et renforcement de Genova-Bastia à la Moby Lines grâce au Moby Dada et au Moby Zazà, remplacement de la SNCM par Corsica Linea, mise en service du Pascal Lota et du Mega Andrea à la capacité accrue à la Corsica Ferries...), le port de Bastia avait connu une légère embellie de son trafic passagers en 2016 (+2,6%) et 2017 (+1,6%) selon l'ORTC. Même si celle-ci aurait pu être plus importante au vu du développement de l'offre de transport, elle avait permis de rompre avec les cinq années précédentes de clôture du bilan en négatif, après les nets replis enregistrés en 2011 (-9,8%) et 2012 (-4,7%), puis ceux plus modérés de 2013 (-0,5%), 2014 (-2,0%) et 2015 (-1,4%) ! Pourtant en 2018 (+0,0%) et surtout en 2019 (-2,6%), la situation a été plus terne selon les chiffres officiels de la CCI de Bastia. Il faut dire que les compagnies avaient fortement réduit leur nombre d'escales en 2019 (-285 au total sur l'année sur 2 294, soit -11,0% selon la CCI de Bastia), dans un contexte d'érosion du trafic maritime au profit de l'aérien, d'un calendrier défavorable des ponts de mai, et d'une baisse structurelle des trafics observés aux mois de juin et juillet. Plus précisément, en 2019, on a ainsi assisté simultanément à la fin de la programmation des ferries classiques de Corsica Linea sur Bastia, qui venaient traditionnellement en renfort des cargos mixtes mais qui ont été repositionnés sur les lignes du Maghreb, à la fermeture de la ligne Nice-Bastia de la Moby début 2019, au retrait définitif de La Méridionale fin septembre 2019 et à une réduction sensible des escales de la Corsica Ferries, notamment sur Livorno en saison. Au final, au vu des corrections apportées dans l'offre de transport, le bilan 2019 n'apparaissait pas si mauvais, Bastia ayant plutôt mieux résisté que la moyenne des autres ports Corse. De 2010 à 2019, les pertes de trafic passagers du port de Bastia représentaient toutefois plus de 400 000 passagers annuelsBastia, dont le trafic portuaire avait avoisiné les 2,5 millions de voyageurs lors des années record de 2009 et 2010, concluait donc 2019 à peine au-dessus de la barre des 2,1 millions de voyageurs et retrouvait alors un trafic passagers voisin de celui de 2002.

Cela n'avait pourtant rien de comparable avec la situation désastreuse qu'a connu le port en 2020, la crise du coronavirus lui ayant fait perdre d'un seul coup 962 000 voyageurs, selon l'ORTC ! Avec seulement 1 149 982 passagers sur lignes régulières en 2020, le port de Bastia a enregistré ainsi en 2020 la pire évolution de son histoire de l'après-guerre, avec un recul d'environ 46%. Cela l'a ramèné peu ou prou aux valeurs de trafic enregistrées en 1986, année au cours duquel le trafic de la première plate-forme portuaire de l'île avait signé un record avec 1 116 000 passagers. Mais à l'époque, le trafic avec les ports italiens avait - pour la première fois - surpassé celui avec la France continentale. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, les trafics maritimes entre pays européens ayant particulièrement souffert en 2020 du fait du coup d'arrêt brutal des flux touristiques internationaux induit par la crise. Ainsi, au port de Bastia, les trafics passagers avec le continent français ont relativement mieux résisté, enregistrant tout de même un fort recul de 33,9% selon la CCI de Bastia, avec un peu plus de 699 000 passagers en 2020 (soit une perte de 358 000 voyageurs par rapport à 2019). Sur l'Italie, le recul a été encore plus terrible : selon cette même source, il a atteint 58,0%, ce qui représente une perte de 614 000 voyageurs en un an, soit une diminution plus importante que le trafic restant (à peine 445 000 voyageurs en 2020 sur ces lignes internationales) !

Avec 1 468 000 passagers en 2021 selon la CCI de Corse, le port de Bastia a connu un début de reprise (+27,7%), sans toutefois renouer avec ses niveaux de trafic antérieurs, la perte dépassant encore 30% par rapport à 2019. Le trafic avec l'Italie reste très faible (591 000 passagers), quoiqu'en progression un peu plus rapide que celui avec le continent français (32,8% contre 24,6%), qui atteint 876 000 passagers, selon cette même source. La forte diminution de la programmation des traversées à l'été 2021 par rapport aux années d'avant crise du coronavirus et la frilosité des voyageurs pour franchir les frontières au vu des nombreuses barrières sanitaires érigées ont contribué à cette désaffection des lignes Italie-Corse, fortement ressentie à Bastia. S'y ajoute un confinement encore strict au printemps 2021, qui a annihilé l'avant saison touristique cette année-là presque autant qu'en 2020 et le raccourcissement tendanciel des vacances scolaires d'été, qui pèse fortement à la baisse sur le mois de juillet, dont les trafics s'érodent d'année en année en comparaison des autres mois de la saison estivale..

En 2020, l'annulation d'un grand nombre de rotations de ferries n'avait pas permis de maintenir un niveau de remplissage équivalent à celui des années précédentes du fait de la chute abyssale des flux de voyageurs. Le recul du nombre de rotations s'était pourtant accéléré à Bastia en 2020, avec une baisse brutale de 31,2%, selon la CCI de Bastia. Mais la diminution du trafic passagers a été telle, que cela n'a pas suffi pour maintenir le ratio de nombre de passagers par rotation au-dessus des 400, celui-ci revenant brutalement de 460 passagers par voyage en 2019 à seulement 364 en 2020 ! L'année 2021 fait à peine mieux, avec une reprise du trafic un peu supérieure à celle du nombre de rotations, ce qui se traduit par une moyenne de 404 passagers par rotation, loin des niveaux enregistrés dans la deuxième moitié des années 2000 (plus de 500). Depuis 2011, on observe donc au global un mouvement pluriannuel de baisse du nombre de passagers par rotation effectuée, qui témoigne d'une perte d'attractivité du vecteur maritime, concomittant à la réorientation d'une partie importante des subventions de la Collectivité de Corse du maritime vers le mode aérien, pourtant porteur de plus fortes nuisances sonores et environnementales (en termes de bilan carbone émis par passager transporté) et de séjours touristiques d'une moindre durée selon l'INSEE... Ce mouvement contratse avec celui d'une hausse tendancielle du remplissage des navires et du nombre moyen de passagers transportés qui avait marqué les années 2000, du fait notamment d'une politique active de réduction des tarifs des passagers transportés par mer portée par la Collectivité de Corse (aide sociale bénéficiant alors à deux tiers des passagers au global et à l'ensemble des résidents corses) et du développement des lignes de Nice puis de Toulon par la Corsica Ferries, par la mise en service de ses Mega Express.




S'il veut rester leader incontesté en Corse, le port de Bastia devra à l'avenir être plus allant quant à l'évolution de ses infrastructures et mieux adapter ses quais à l'accueil des navires de plus grande taille qui sont de plus en plus nombreux et deviennent incontournables. La capacité du port à accueillir le cargo mixte A Nepita (navire affrété par la Corsica Linea), qui mesure 203 mètres de long, a constitué à ce titre une gageure, sachant que Bastia n'accepte d'accueillir le Mega Express Three de la Corsica Ferries
, à peine plus long (212 mètres), que hors saison. Alors que le projet de réalisation éventuelle d'un nouveau port de Bastia plus au sud, à la Carbonite, se heurte à des obstacles divers (d'ordre environnementaux et financiers notamment, au vu du coût très élevé d'une telle structure et des risques que cela représenterait pour la préservation d'espèces marines protégées et de la plage de l'Arinella), le comblement partiel du quai nord est n'apparaît comme une première réponse insuffisante à la pénurie d'espaces de stockage des remorques de fret et non au nécessaire accueil d'un nombre croissant de navires de 180 mètres ou plus (voir articles sur les perspectives 2022 et la controverse sur le port de la Carbonite et ses alternatives possibles, qu'il s'agisse d'une digue semi-flottante sur le site actuel ou d'une version revue du projet de nouveau port au sud de Bastia, nommée Portu Novu). De fait, les accidents de navire dans le port - jusqu'ici heureusement sans trop de gravité - ont eu tendance à se multiplié ces dernières années, le dernier en date, celui du Paglia Orba de la Corsica Linea, intervenu fin janvier 2021, ayant entraîné une immobilisation du navire de plusieurs mois...


Bastia représente encore malgré tout en 2021 un trafic passagers proche du total des autres ports Corses




Globalement, avec 3,03 millions de passagers en 2021, les ports de Corses voient au global leur trafic rebondir de 32,8% par rapport à 2020 selon la CCI de Corse, même si cela n'efface pas, loin s'en faut, la baisse colossale de 41,7% enregistrée cetet année-là , selon les données de la CCI de Corse (le trafic passagers des lignes maritimes de Corse reste au global, en 2021, 1 million inférieur à celui de 2019...). La chute est néanmoins dans l'ensemble des autres ports Corse un peu moins catastrophique qu'à Bastia. En effet, la majorité des autres ports insulaires dépend moins du trafic avec l'Italie, à l'exception notable de Bonifacio, dont les trafics passagers ont vertigineusement chuté depuis la crise du coronavirus. A part cela, les parts de marché des différents ports insulaires ne se déforment qu'assez lentement depuis 2017, si ce n'est la chute de 2020 enregistrée par Bonifacio, dont le trafic avec la Sardaigne a pratiquement été divisé par quatre (-74,6%). Au total, avec 48,4% du total, le port de Bastia a draîné en 2021 près de la moitié des passagers maritimes des lignes de Corse (-1,8 point de parts de marché néanmoins par rapport aux autres ports Corse, Bastia représentant encore 50,2% du total en 2020). Ajaccio arrive deuxième avec 26,5% mais a vu aussi ses positions s'éroder, de 1,5 point en 2021. À l'inverse, Porto Vecchio (7,7% de parts de marché, +0,6 point sur 2020) et plus encore Ile Rousse (11,7% de parts de marché, +2,1 point) progressent nettement en 2021. Cela s'explique en grande partie par une programmation plus nourrie de la Corsica Ferries et dans une moindre mesure, de la Corsica Linea, sur ces ports, durant la saison 2021. Cela prolonge un mouvement structurel déjà observé depuis plusieurs années, qui témoigne aussi d'un plus grand intérêt des voyageurs pour ces deux destinations. Propriano ne bénéficie pas de cette dynamique et voit à l'inverse son trafic portuaire, déjà faible, continuer à se marginaliser, en atteste le moindre rebond que celui observé en 2021 sur les autres ports Corse.



A Bastia, les lignes italiennes restent moribondes en 2021 et Toulon conserve haut la main sa première place
L'arrivée de Livorno du Mega Andrea, en août 2017, passant devant le Moby Zazà ; photo : Romain Roussel
Le port de Toulon a mieux résisté à la crise a creusé l'écart avec Livorno depuis 2020 et représente à lui seul près d'un tiers du trafic passagers bastiais en 2021.
Ici, les Moby Zazà et Mega Andrea arrivant à Bastia, en août 2017 (photo : Romain Roussel).

Fait notable : en 2019, les lignes maritimes italiennes, en progression de 1,9%, étaient revenues à la hauteur des françaises, alors en recul de 6,8%, sur le port de Bastia, avec chacune environ 1 058 000 passagers, selon la CCI de Bastia. Alors que les lignes italiennes avaient de nouveau supplanté les lignes françaises sur le port de Bastia en 2008 puis en 2009 (ce qui n'était plus arrivé depuis 20031) à la faveur de la toujours plus grande concentration des dessertes italiennes sur l'escale bastiaise et des efforts tarifaires des compagnies Corsica Ferries et Moby Lines pour stimuler la demande, les lignes françaises avaient repris le dessus depuis 2010 sans discontinuer. Mais la suppression de la ligne de Nice par la Moby à compter de janvier 2019, la réduction du nombre d'escales de la Corsica Ferries sur ce même port (au profit d'une concentration des rotations sur Toulon, plutôt redéployées vers Porto Vecchio) et la fin des car-ferries de Corsica Linea sur Marseille en saison ainsi que la développement continu du bord à bord aérien ont pesé significativement sur les trafics du port de Bastia avec le continent français.

En 2020, la crise du coronavirus a fortement rebattu les cartes, signant une chute des lignes françaises et un effondrement encore plus massif des lignes italiennes. En dépit d'un léger mieux en 2021, les lignes italiennes ne représentent plus désormais à Bastia qu'environ les deux tiers des lignes françaises en termes de trafics passagers, avec respectivement 591 000 et 876 000 voyageurs. Les parts de marché des différents ports n'ont pas repris en 2021 leur structure d'avant crise du coronavirus, loin s'en faut, du fait du décorchage des lignes maritimes avec Livorno, Savona et Genova.






En 2021, les liaisons du port de Bastia sont toujours concentrées sur si
x destinations principales. Comme le montrent les statistiques de la CCI de Corse, avec 31,3% de parts de marché en 2021, le port de Toulon, qui bénéficie depuis deux ans d'une concentration plus grande des escales de la Corsica Ferries, reste en tête, même s'il reperd en 2021 près de 3 des 10 points de parts de marché gagnés d'un coup en 2020, à la faveur de la reprise progressive des liaisons avec les autres ports continentaux. La performance du port de Toulon (460 000 passagers sur Bastia) est tout de même notable en 2021, puisque le port regagne 68 000 voyageurs en un an, avec une hausse de 17,1% de son tarfic passagers avec le port de Bastia. Toulon ne représentait encore en 2000 qu'un trafic symbolique avec la Corse avant que la Corsica Ferries ne croie en ses chances de développement et s'y investisse pleinement à l'année avec ses Mega Express. Sur l'ensemble de la Corse, Toulon est premier depuis 2007, très loin devant Marseille et Nice, avec un trafic passagers - assuré entièrement par la Corsica Ferries - de 1,36 million en 2021 selon la CCI de Corse, en rebond de 33% au global (et ce chiffre ne prend pas en compte les autres lignes développées par la Corsica Ferries depuis le port Varois, vers la Sardaigne et les Baléares).  

Sur Bastia, arrive ensuite le port de Livorno qui, après son fort recul de 2020 (-54,7%, avec 236 000 passagers, soit près de 300 000 de moins qu'en 2019...) connaît un mieux en 2021 (312 000 passagers, +32,0%) sans toutefois renouer avec des valeurs comparables à l'avant crise. Cela lui permet néanmoins de revenir à 21,3% de parts de marché en 2021, loin devant Marseille (14,3%, en hausse de 29,1% avec 210 000 passagers), Nice (13,9%, en hausse de 42,0% à 204 000 passagers) et Savona (12,3%,soit +31,1%, avec 181 000 passagers), toujours d'après les données de la CCI de Corse, ces hausses s'expliquant notamment pour les deux derniers d'entre eux par une programmation de rotations plus nourrie en 2021. Les autres ports desservis sont nettement plus loin, comme Genova (82 000 voyageurs, +20,4%), qui a perdu beaucoup de rotations de ferries de la Moby depuis 2020 avec un trafic uniquement concentré sur l'été. Enfin, Piombino et Portoferraïo sur l'île d'Elbe, qui avaient quasiment cessé d'être desservis depuis la Corse en 2020 (alors que Piombino l'était aussi par la Moby en 2019), ont retrouvé le trafic du navire à grande vitesse de la Corsica Ferries durant la saison 2021, mais il ne s'agit là que de liaisons d'appoint en périodes de pointe, qui draîne à elles deux environ 14 000 passagers.






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Notes :

[1] De 1986 à 2003 inclus, proximité géographique oblige, le trafic du port de Bastia avec l'Italie avait alors supplanté celui avec le continent français ; il avait même représenté certaines années les deux-tiers du trafic total (jusqu'en 1995). Il faut dire que le trafic avec l'Italie est désormais quasi-exclusivement concentré sur le port de Bastia (si l'on excepte les rotations Corse-Sardaigne, assurées principalement depuis Bonifacio, et les liaisons saisonnières vers l'Ile Rousse et Porto Vecchio de la Corsica Ferries) tandis que le trafic Corse-continent français, réparti sur cinq ports (Bastia et Ajaccio, mais aussi Ile Rousse, Propriano et Porto-Vecchio), ne l'est qu'à environ 42% en 2017. Rappelons également qu'en 2002, on dénombrait encore quatre compagnies opérant vers l'Italie au départ de Bastia - soit deux de plus qu'aujourd'hui - avant le retrait de la filiale Corsica Marittima de la SNCM et le dépôt de bilan de la Happy Lines qui desservait la ligne Bastia-La Spezia...


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