Mare Nostrum Corsica
Aperçu de l'évolution des transports maritimes corses depuis 1990

Une journée en mer entre Bastia et Livorno, en avril 2017 ; photo : Romain Roussel.


La desserte maritime de la Corse est principalement assurée par cinq compagnies qui la relient à la France et à l'Italie. Jusqu'au 30 septembre 2019, il est prévu que la desserte relevant du service public au départ de Marseille soit assurée par la Corsica Linea (ex-SNCM, Société Nationale maritime Corse-Méditerranée), qui transporte passagers et fret, et La Méridionale (Compagnie Méridionale de Navigation, principalement spécialisée dans le fret). Pour le transport des passagers, la première compagnie sur la Corse est la Corsica Ferries, qui assure en toutes saisons des liaisons avec l'Italie (Savona et Livorno) et les ports de Nice et Toulon. Quant à la Moby Lines, ses liaisons avec le continent ne concernent que les liaisons Corse-Italie (au départ de Bastia vers Livorno et Genova) et Nice-Bastia. La desserte corso-sarde est assurée en saison par la BluNavy au départ de Bonifacio et la Corsica Ferries (depuis Porto Vecchio) ainsi qu'à l'année par la Moby (depuis Bonifacio). Pour une présentation générale ou détaillée des lignes de Corse, des navires et des flux de passagers concernés, se reporter aux pages spécifiques de Mare Nostrum Corsica. Les photos de navires qui illustrent les commentaires ci-dessous ont été prises pour la plupart sur le port de Bastia. Classées chronologiquement, elles offrent un aperçu des mutations intervenues ces dernières années dans l'offre de transport.

Aperçus des années :

1990-92

1993-95

1996-98

1999-2001

2002-03 2004-05 2006-07 2008-09 2010-11 2012-13 2014-15 2016-17 2018-19 2020

2016-2017 Les débuts de Corsica Linea et le "renouveau" de la Moby Haut de page

Le Moby Kiss, sauvé de la démolition par la Moby, passe devant le Pascal Paoli, repeint aux couleurs rouges de Corsica Linea (photo : Romain Roussel)

S'agissant des transports maritimes de la Corse, l'année 2016 a été - depuis bien longtemps - la plus riche en nouveautés et en rebondissements. Tout d'abord, elle est marquée le 5 janvier par la fin de la SNCM, à laquelle succède la MCM, vite devenue la Corsica Linea (voir article dédié). Dans la foulée, les navires de la compagnie sont, un à un, repeints en rouge et pour la première fois depuis 1960, plus aucun car-ferry ne relie Marseille à la Corse pendant la saison, à deux escales symboliques près du Danielle Casanova. Fin mars 2016, c'est au tour de la Saremar, qui assurait la liaison corso-sarde Bonifacio-Santa Teresa di Gallura, de disparaître et d'être remplacée au pied levé par un nouvel entrant, la BluNavy, jusqu'ici cantonnée à la desserte de l'île d'Elbe. Ce changement de compagnie n'entraîne toutefois pas de modification importante de la desserte, BluNavy reprenant l'Ichnusa de son prédécesseur ; toutefois, sa desserte n'est plus assurée qu'en saison faute de subventions...

La Corsica Ferries inaugure en mai et juin 2016 de nouvelles dessertes inter-îles entre Corse et Sardaigne et signe son retour à Porto Vecchio, qu'elle n'avait plus desservi depuis 1989 ! Porto Vecchio est ainsi relié
depuis cette date à Nice, Toulon ainsi qu'à Golfo Aranci et à Porto Torres puis, pendant l'hiver 2016-2017, à Savona et, pendant l'été 2017, aussi à Piombino ! La première escale de la compagnie aux bateaux jaunes sur ce port du sud Corse a été effectuée par un nouveau navire, le Mega Andrea, entièrement rénové s'agissant des salons passagers et reconfiguré au niveau garage. Autre entrée en service, le 1er juin 2017, celle du nouveau navire amiral de la Corsica Ferries, le Pascal Lota, qui devait s'appeler Mega Express Six, mais qui a été baptisé ainsi en hommage au président fondateur de la compagnie aux bateaux jaunes, disparu en janvier 2016. Ce ferry a été indisponible pendant presque tout le mois de juillet 2017 suite à une hélice endommagée, ce qui a contraint la compagnie à reprogrammer entièrement les rotations de ses navires ! 2017 a aussi été marquée en avril par le changement d'actionnariat de la Corsica Ferries, le plus important depuis sa création en 1968, la famille Lota cédant la majorité des parts de la compagnie à l'équipe dirigeante menée par Pierre Mattei. À la Moby Lines, la compagnie a créé l'événement en inaugurant en juin 2016 un nouveau service entre Nice et Bastia à l'aide d'un nouveau navire, le Moby Zazà. Construit en 1982, ce navire connaîtra des soucis moteurs et devra brutalement interrompre son service le 13 août 2016 suite à un incendie dans le port de Nice. La ligne ne reprendra que le 9 décembre avec le Moby Corse et sera principalement assurée pendant l'été 2017 par un autre navire, le Moby Dada, fruit de l'acquisition par la Moby de parts majoritaires dans la société St Peter's Line, qui opère en mer Baltique ! Enfin, pendant l'été 2016, la Moby a inauguré une desserte renforcée de la ligne Bastia-Livorno en mettant en service un navire encore plus ancien (datant de 1975 mais remotorisé au milieu des années 2000), le Moby Kiss, acquis in extremis alors qu'il était destiné à la démolition et finalement transféré sur les lignes sardes en 2017. Ce navire y a rejoint une autre acquisition du groupe, le Moby Niki, ex-Corsica Serena Seconda de la Corsica Ferries, construit en 1974, et qui avait desservi les lignes corses de 1983 à 2010 ! Quant à La Méridionale et Corsica Linea, les deux compagnies partenaires ont été reconduites le 30 septembre 2016 pour une DSP transitoire d'un an sur Marseille-Corse, jusqu'à fin septembre 2017, puis jusqu'à fin juillet 2019 dans le cadre d'une délégation de service public dite "de raccordement", prélude à la création à cette date d'une compagnie maritime régionale. À terme, les Monte d'Oro et Paglia Orba de Corsica Linea devraient être cédés à la Collectivité territoriale de Corse pour constituer la base de cette nouvelle compagnie, sauf nouveau rebondissement...


2018-2019 Bascule entre maritime et aérien sur les lignes de Corse et péril à La Méridionale  Haut de page

Le Piana a été le dernier des navires de La Méridionale à revêtir la nouvelle livrée à deux tons de bleu ; ici en août 2018, avec le Mega Andrea de la Corsica Ferries (photo : Romain Roussel)

L'année 2018 a été nettement moins trépidante que les précédentes en matière de transports maritimes, la situation des compagnies s'étant stabilisée et aucun nouveau navire n'ayant été mis en service sur les lignes de Corse. Aucun incident majeur n'a par ailleurs été relevé pendant l'été 2018, si ce n'est des difficultés récurrentes de plusieurs navires de la Moby qui ont provoqué des retards souvent importants, notamment sur les lignes Nice-Bastia et Genova-Bastia. Ces incidents ont aussi parfois contraint la compagnie à la baleine bleue à faire appel à plusieurs reprise à l'un de ses navires desservant l'île d'Elbe, le Moby Niki, ancien Corsica Serena Seconda de la Corsica Ferries, en remplacement d'autres ferries de la Moby sur les lignes de Corse. Pour des raisons de coût, la Moby a de ce fait fermé la ligne Nice-Bastia début 2019, qu'elle a remplacé en saison par davantage de rotations entre Livorno et Bastia et par la réouverture de la liaison Piombino-Bastia, avec le Moby Kiss.

En matière de maritime, l'année 2018 restera sans doute surtout dans l'histoire des transports de la Corse comme celle de la bascule entre les modes maritime et aérien, l'avion ayant pour la première fois dépassé le bateau en nombre de passagers transportés de et vers l'île sur 12 mois lors du mois de juillet selon l'ORTC. La saison estivale 2018 a au demeurant été assez terne sur la Corse, la continuité étant de mise à La Méridionale - si ce n'est en termes de livrée des navires - et la Corsica Linea ayant légèrement continué sa progression. Celle-ci s'explique surtout par le retour des rotations du Danielle Casanova pour Bastia, à raison d'une seule par semaine, facilité par la mise en service du Vizzavona sur les lignes du Maghreb et de Sardaigne. Pourtant, dès 2019, le Danielle Casanova a de nouveau été spécialisé uniquement dans la desserte du Maghreb, ce qui a contribué à réduire l'offre estivale de transport sur la Corse. Surtout, à compter d'octobre 2019, par décision de l'Assemblée de Corse, la Corsica Linea a complètement évincé La Méridionale des ports principaux de Bastia et d'Ajaccio, consacrant la rupture du partenariat entre ces deux compagnies (voir article thématique), dont les systèmes de réservation sont désormais séparés. On ne verra donc plus le Piana à Bastia et le Girolata à Ajaccio, au moins jusqu'à fin 2020, ce qui met La Méridionale dans une situation très difficile en attendant le lancement des contributions pour le nouveau service public prévu pour durer 10 ans, de 2021 à 2030. Dans ce contexte assez morose, la Corsica Ferries, qui a fêté ses 50 ans en mai 2018, n'a pas battu de record sur la Corse, que ce soit en 2018 ou en 2019. La compagnie aux bateaux jaunes s'est surtout consacrée à la diversification de ses lignes, en inaugurant notamment une nouvelle liaison entre Toulon et le port d'Alcúdia, à Majorque, en 2018 et entre Toulon, Nice et Trapani, en Sicile, en 2019. Elle a réduit sensiblement son offre de transport sur la Corse pendant la saison 2019, mais globalement maintenu son trafic estival en se concentrant sur les lignes en croissance. Enfin, le projet de création d'une compagnie maritime régionale a été repoussé à 2021 par l'Assemblée de Corse.




2020 Les transports maritimes de la Corse à l'épreuve de la crise du coronavirus  Haut de page

Sitôt incorporé à la flotte de Corsica Linea, le A Nepita a été placé à l'été 2020 sur les lignes de Corse, celles d'Algérie auxquelles il était destiné étant fermées pour cause de pandémie (photo prise à Marseille par Jean-Pierre Fabre en août 2020)

L'année 2020 restera tristement dans les mémoires comme l'année de la COVID. Rien ne s'est passé comme prévu, ce qui a contraint les compagnies maritimes à revoir totalement leur programmation à plusieurs reprises pour s'adapter aux révisions successives des consignes sanitaires et aux fortes fluctuations de la demande qui en ont résulté. Les contraintes imposées ont conduit à une diminution sans précédent du nombre de rotations et, au plus fort de la crise de mars à mai, à des restrictions de capacités des navires à 100 passagers seulement par rotation, à comparer aux maxima habituels parfois proches de 2 000... Au-delà de ses conséquences sanitaires et de la grave récession économique mondiale qu'elle a engendré, cette crise a entraîné sur les lignes maritimes méditerranéennes des fermetures de ports (de plusieurs mois à Nice, celui-ci ne rouvrant que pour la seule saison estivale), des suspensions de lignes temporaires (Nice-Corse, Savona-Bastia, Piombino-Bastia à la Corsica Ferries, Genova-Bastia et Livorno-Bastia à la Moby Lines, Marseille-Ile Rousse, Propriano et Porto Vecchio et Marseille-Tunis chez Corsica Linea et La Méridionale...) ou pour l'ensemble de la saison estivale (Piombino-Bastia, Toulon-Trapani à la Corsica Ferries, Marseille-Alger à la Corsica Linea...) et des allègements de programmations sur quasiment l'ensemble des lignes de Corse par rapport aux programmations initialement prévues. De ce fait, les trafics maritimes - et aériens - de la Corse ont connu des diminutions historiques, si bien que la Corse a perdu plus de 55% de ses trafics passagers habituels sur les 7 premiers mois de 2020 par rapport aux niveaux habituellement constatés, selon les données définitives de l'Observatoire régional des transports de la Corse. Avec des chutes de l'ordre de 30% au global par rapport à 2019, les mois de juillet-août 2020 ont toutefois été moins catastrophiques que l'avant-saison, qui a été totalement annihilée du fait du confinement.

Pour les compagnies maritimes, cette crise est d'autant plus grave que plusieurs d'entre elles étaient déjà affaiblies par des difficulté de plusieurs ordres. Tout d'abord, toutes ont eu à encaisser au 1er janvier 2020 le choc de l'entrée en vigueur des nouvelles normes environnementales, qui les ont contraintes à utiliser des carburants plus coûteux à plus faible teneur en soufre ou à investir dans des dispositifs d'épuration des fumées de divers types selon les navires. Par ailleurs, plusieurs d'entre elles ont eu à faire face à des difficultés spécifiques. Ainsi, sur décision de l'Assemblée de Corse, La Méridionale a été totalement absente des ports principaux de Corse de Bastia et d'Ajaccio pour la première fois en saison depuis sa création il y a près d'un siècle. Par ailleurs, en grave difficulté sur les lignes italiennes de Sardaigne et de Sicile où la concurrence de Grimaldi Lines s'est nettement renforcée ces dernières années, le groupe Onorato (Moby-Tirrenia) a dû se placer sous la protection du tribunal de commerce de Milan en vue de renégocier sa dette avec ses créanciers et tente d'échapper à une mise en faillite. Dans ce contexte, la progression des trafics affichée à contre-courant du mouvement général par Corsica Linea est en trompe l'oeil : elle résulte à la fois de l'éviction de La Méridionale des principales lignes entre Marseille et la Corse et du rapatriement impromptu de son nouveau navire affrété, le A Nepita, sur la Corse (du fait de la fermeture des échanges avec l'Algérie, que le navire devait initialement desservir) en sus des lignes de service public. Pour ne pas sombrer, La Méridionale annonce tenter une diversification de ses activités à partir de fin 2020 en ouvrant une ligne tri-hebdomadaire avec le Maroc (Marseille-Tanger) avec le Girolata, affrété hors de Corse à GNV pendant l'essentiel de l'année 2020, et son nouveau navire, le Pelagos, jusqu'ici inemployé.

      




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