[Page PrécédenteDébut du Site   [Page suivante]

1935

" C'était la fête... et Schoelcher ! "

Pour Roland,. 1915, c'est d'abord la commémoration du Tricentenaire et la ferveur populaire pour l'abolitionniste Schoelcher. "J'étais adolescent et j'en garde le souvenir d'un moment de fête et de liesse populaire. Mon père, boulanger à Fort-de-France. Exerçait des responsabilités à la Chambre de commerce. A ce titre, il a fait partie de la commission de conciliation qui a résolu la question des salaires des ouvriers de la canne, après la fameuse marche de la faim de 1935. Mais pour moi, c'était plutôt l'effervescence des fêtes en l'honneur au Tricentenaire qui m'a marquée.

Il y avait foule à Fort-de-France. Les gens s'amusaient, défilaient dans les rues de la ville et la place de la Savane était noire de monde. Je me souviens de la ferveur de l'hommage rendu à Victor Schoelcher sur la place du palais de Justice. Il y avait des drapeaux partout. Schoelcher était vénéré comme un dieu laïc et républicain. Il incarnait pour les Martiniquais d'alors la France éternelle, généreuse, émancipatrice, éprise de liberté et d'égalité. Et aussi de fraternité car, à cette époque, pour des souvent imprégnés de radical-socialisme, l'esprit fraternel, humaniste et républicain était déterminant. Schoelcher en était la figure emblématique..."

 

Sous le signe des fêtes du Tricentenaire

Après l'Exposition coloniale de 1931, la France d'Outre-mer est à la mode. En 1935, la Martinique fête le tricentenaire de sa possession par la France. C'est en effet à cette date que le Normand Belain d'Esnambuc prit possession de l'île au nom du roi de France.
Trois cents ans plus tard, la "vieille Colonie" comme la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion, commémore dans l'effervescence l'événement. "La Martinique" se sent Française d'une façon absolue, sans réserve, jusque dans les replis secrets de son âme dit le bulletin de la chambre de commerce de décembre 1935. Elle souffrirait comme une mutilation mortelle d'être arrachée de la communauté nationale. Elle ne conçoit l'existence que dans le sein de la Mère Patrie".

   Les moyens mis en œuvre pour la commémoration des trois siècles de présence française sont d'autant plus importants que les années précédentes des rumeurs de céssion de l'île aux États-Unis sont apparus. Élus, locaux du Conseil général comme Gouvernement entendent en conséquence souligner l'attachement de la Martinique à la France. Des délégations officielles font le déplacement. Les milieux de Gauche aux Antilles qui revendiquent l'assimilation à la France et les mêmes droits que ceux applicables en Métropole., font de ce moment un test grandeur nature de leur influence et de la volonté populaire d'être assimilée.

    Le parlement vote un crédit de cinq millions de francs de l'époque pour la commémoration du tricentenaire aux Antilles et en Guyane. La Martinique reçoit à elle seule 900 000 francs pour l'occasion.

   Un comité d'organisation est créé à Paris avec des personnalités influentes, qui organise expositions, conférences et manifestations officielles. L'Opéra de Paris consacre une soirée entière aux Antilles. En Martinique une statue d'Esnanbuc est érigée sur la place de la Savane, la construction du lycée Schoelcher est activée, le percement de la route du littoral entre Fort-de-France et et Saint-Pierre est commencé. L'image de Victor Schoelcher est partout et les forces de la Gauche Martiniquaise en font leur figure emblématique.

Un événement de portée mondiale

    "L'événement est de portée mondiale". Le journal "cri du peuple" donne le ton des fêtes du tricentenaire à la Martinique dans son édition du 12 décembre 1935. Les Antilles isolées du monde, ont alors l'impression, que le monde a les yeux tournés vers elles. Toute la presse est unanime pour souligner l'attachement des quatre "vieilles colonies" à celle que l'on appelle alors la "mère Patrie". L'ancienneté du lien augmente la fierté du sentiment d'attachement. La Martinique est une "colonie particulière qui ne saurait être comparée au Soudan ou au moyen-Congo" car son degré de civilisation est "sensiblement celui de la moyenne de la Métropole", dit ainsi le journal "l'Effort" du 18 avril 1935. Propos sur lequel surenchérit le leader Socialiste Joseph Lagrosillère dans le journal "la résistance" du 1er août 1935, où il prétend qu'aujourd'hui, on peut affirmer, sans crainte, d'être contredit, que les Antilles ne sont plus des colonies; qu'elles se sont mises au niveau de nos départements dans tous les domaines". Sur ce motif les Antillais réclament une Assimilation qui, inscrite déjà dans les faits et l'histoire, doit s'établir en droit. La presse locale répercute cette revendication populaire. Inlassablement, les journaux reprennent en litanie des expressions telles que"Martinique vieille terre française", sentinelle avancée de la France", "région de culture et de civilisation française". On parle de la "vieille France d'Europe et de la jeune France d'Outremer qui se sont peu à peu rapprochées, réciproquement, pénétrées et mêlées, et sont devenues inséparables". Le journal "la petite patrie", analysant les fêtes du tricentenaire en 1946 rappelle que la question de l'assimilation revenait avec force et vigueur en 1935. De tous les côtés, les collectivités, chambre de commerce, loges maçonniques, associations culturelles, mutualistes, assemblées élues, émettaient des vœux tendant à notre assimilation à la France métropolitaine.

" 1935, tournant de notre histoire "

Pour Armand Nicolas, auteur d'une" histoire de la Martinique", l'année 1935 marque un tournant décisif dons l'histoire de la Martinique. " Politiquement, explique t-il, la poussée des ligues fascistes de 1934 inquiète". socialement, l'année 1935 est aussi "chaude", marquée notamment par" la grève de la faim" qui a une immense portée." Pour la première fois, et spontanément, en février, les ouvriers agricoles et industriels, ceux de la canne, du port comme des communes, déferlent sur Fort-de-France. La campagne sucrière commence, et la question se pose pour une majorité de familles martiniquaises du salaire, compte tenu de la flambée des prix. Compte tenu aussi d'une baisse des salaires de 20% décidée par arrêté du Gouverneur Alfassa. C'est alors la grève dans la compagne martiniquaise. Le 10 février 1935, le gouverneur fait procéder à l'arrestation du leader lrénée Suréna. Cette arrestation met le feu aux poudres. Aussitôt, dans la nuit, un observe des déplacements importants d'ouvriers de la région allant du Robert à Sainte-Esprit. Le lieu de concentration est au Morne Pitault (Lamentin) chez Tripot " le manchot" militant ayant une grande influence. Le 11 février, plusieurs milliers de grévistes marchent sur Fort-de France pour protester et faire entendre au Gouverneur leurs revendications. C'est ce qu'on a appelé " la marche de la faim". Les grévistes sont rassemblés devant le palais du Gouverneur et sur la savane proche. Les Gendarmes à cheval esquissent une charge, sabre au clair, pour disperser la foule. Il y a des blessés. Mais le maire de Fort-de-France, Victor Sévère, ceint de son écharpe, donne l'ordre aux gendarmes de se retirer. Le Gouverneur fait libérer Suréna et un accord de conciliation sur les salaires est obtenu.

 

 

 

 

 

1929

  • Nouvelle éruption de la Montagne Pelée .

1930

  • Le cinéma sonore fait son apparition au Gaumont

1931

  • Apparition de la revue du monde noir

1932

  • Transformation de l'Observatoire de la Martinique en un service météorologique et de physique du Globe.

1933

  • Création du Musée volcanique par le professeur Franck Perret pou y loger les collections qu'il avait amassé au cours d'une vie consacré en grande partie à l'étude des volcans. Le musée comporte des photos et divers objets retirés des ruines après la catastrophe du 8 mai 1902.

1935

  • Crise de février 1935 dite"marche de la faim": Grève des ouvriers de la canne qui marchent sur Fort-de-France.
  • Premier tour cycliste en trois étapes.

 

1936

  • Au Lamentin, lors des obsèques du Béké André Dubuc, maire de la commune du Lamentin, Marcel Aliker tente d'abattre Eugène Aubéry.

1937

  • Création du lycée national des garçons devenu lycée Schoelcher
  • Première Manifestation des ouvriers syndiqués de la Martinique : La manifestation de rues du 1er mai 1937 est une preuve Concrète de la prospérité du mouvement syndical. C'est la première fois qu'à Fort de France les ouvriers et employés syndiqués de la Martinique qui "commémorent", le 1er mai depuis bien longtemps à la Bourse du travail décident d'une manifestation de rues.
  • Bisol du parti communiste est élu conseiller général pour la1ère fois
  • . Léon Gontrand Dumas publie son recueil de poèmes, "pigments" qui est un cri de révolte contre la domination ' coloniale et raciste, revendique son identité nègre. Roman littéraire, initial à la négritude.

1938

  • Pour la première fois, la faculté des sciences viens d'offrir une chaire de maître de conférence à une femme de couleur. Il s'agit de la Martiniquaise Marie-Thérèse Gertrude désigné par le comité d'enseignement supérieur. son domaine particulier est la botanique elle est docteur en sciences. C'est pour la 1ère fois qu'une femme prend place aux côtes de Madame Joliot Curie et de Madame Ramart, seules femmes qui jusqu'ici étaient titulaires d'une chaire à la faculté de sciences
  • Transformation de l'Institut d'Hygiène et de microbiologie de la Martinique en Institut Pasteur ( 15 décembre).
  • Arrivée du docteur Thaly par le "Bananier" de Fort de France. Il est nommé conservateur de la Bibliothèque Schoelcher.

[Page PrécédenteDébut du Site   [Page suivante]