Alfred ERBS a écrit cinq petits volumes sur l'évolution des images et des pulsions chez l'enfant et l'adolescent. Le premier explique le fonctionnement des fantasmes (le seul disponible actuellement). Au XXIème siècle on ne pourra plus se passer de comprendre les fantasmes des enfants. La compréhension des fantasmes de l'enfant facilite considérablement l'éducation et l'enseignement. Ce volume en est une approche rigoureuse mais accessible. Il s'adresse à tous ceux qui pensent que ce qui se passe dans la tête de l'enfant est fondamental à son évolution et que la subjectivité fait partie des sciences objectives. La psychanalyse permet de comprendre le but et les échappatoires de l'enfant par rapport au travail intellectuel. Ces données sont un outil adapté pour tous ceux qui s'occupent d'enfants ou qui simplement veulent assumer leur rôle de parents. Voici des extraits du volume premier.
Deux exemples permettront de comprendre plus facilement ce à quoi servent les fantasmes.
Un petit garçon avait perdu son père à trois ans. A six ans, à l'âge où l'on apprend à écrire à l'école, il n'arrivait pas à faire le "p" et le "t". Pour le "p" la maîtresse disait que c'était comme "papa" et pour le "t" comme "tousse". Le soir, il est rentré à la maison en larmes disant qu'il était totalement incapable d'écrire ces lettres. Sa mère fut angoissée, elle aussi, d'entendre ce que la maîtresse avait dit, mais elle comprit que le papa qui tousse évoquait le père qui était mort d'un cancer des poumons. Elle lui demanda si ce n'était pas le souvenir du père qui l'empêchait d'écrire ses lettres. L'enfant fut soulagé mais il n'arrivait pas encore à les former. Quelques nuits plus tard, le garçon fit un cauchemar. Il y voyait un énorme volcan avec un "pipi" dedans. Le volcan fit un "pet" aussi grand qu'une explosion en faisant "t"... et en projetant du caca. Le lendemain, il reçut trois bons points à l'école pour avoir écrit le "p" et le "t" ainsi que les mots papa, maman et pipi...
Cet exemple nous montre qu'il y avait un double blocage chez ce garçon. Le premier se situait au niveau du symbolisme. Le p et le t n'étaient ni libres ni neutres parce qu'ils étaient liés à la mort du père. L'interprétation par la mère les a libérés dans un premier temps et le garçon put dès lors (non sans peine puisque cela s'est produit sous la forme d'un cauchemar) élaborer le fantasme d'une scène parentale.
Sans que personne ne s'en rende compte, tout enfant doit fantasmer une scène sexuelle du genre de ce volcan (symbole du sexe de la mère) dans lequel il y a un pipi (sexe du père) pour arriver à produire le p et le t comme un pet. Il est d'ailleurs intéressant de constater que tous les éléments du cauchemar ont été écrits: papa, maman, pipi, p et t. Seuls les mots caca et explosion ne l'ont pas été. Ils ont en effet servi à libérer la mise en acte moteur de telle sorte que l'acte d'écrire p et t puisse se faire sans danger aucun.
Et voilà un exemple qui pourrait résumer ce à quoi sert le travail des images.
Un soir une petite fille de huit ans s'était faite sermonner par sa mère en colère parce qu'elle n'avait pas mangé sa soupe. Très fâchée elle se met à pleurer, quitte la table et monte dans sa chambre. Elle prend une page de papier qu'elle intitule "Pauvre Fleure", Fleure avec un "e" comme "pleure" parce que le dessin est une projection de ses pleurs sur le papier. Puis elle transpose sa colère contre sa mère en y dessinant une vache sans mamelles, avec une cloche au cou. A l'endroit des mamelles une fleur tient un écriteau portant l'inscription: "Non à la violence"! Autre projection de l'agressivité, la robe de la vache est tachetée de marron et de noir et pour compléter le tout, une autre fleur brandit une petite pancarte avec ce cri du coeur: "A bas las vaches". Dès lors la petite fille en oublie son malheur puisqu'elle ne sait pas consciemment que la vache est sa mère. Et pour parachever son travail de réparation, elle se dessine elle-même sous la forme d'une belle fleur bleue dont le bras est certes blessé, mais bien entouré de son bandage par une autre petite fille, une infirmière équipée de sa mallette de soins. D'autres fleurs l'entourent et montrent que le problème est réglé et oublié. Le dessin a complètement assumé et sublimé le problème de la soupe.

** Quelque part au fond de la personne, le travail intellectuel des adultes a la même fonction de réparer l'agressivité et la violence fondamentale. Lorsque cette réparation produit des fleurs, on parlera plutôt de création. Et lorsque le travail réussit à faire la synthèse complète et à transformer entièrement nos pulsions en narcissisme, on parlera de sublimation réussie.
VOLUME 1 : LES FANTASMES ET LE TRAVAIL INTELLECTUEL
Le dessin d'enfant montre comment le travail transforme nos images en
travail intellectuel dans le but de créer une belle image de soi et de
conforter l'identité. Cette transformation des images met en place le
travail intellectuel entre 0 et 10 ans.
VOLUME 2 : L'EVOLUTION DES PULSIONS : DU JEU AU TRAVAIL ACTIF
Du début de la vie jusqu'à la puberté, le jeu de l'enfant préside à
l'évolution des pulsions. Ces dernières sont ainsi transformées en
travail moteur, en capacité de faire les choses, en activité.
VOLUME 3 : LA SYNTHESE A L'ADOLESCENCE
Un regard global sur la puberté, sur la phase d'idéalisation et
d'intégration du Surmoi et sur le passage initiatique de la fin de
l'adolescence permet de comprendre comment les pulsions et les images
réalisent leur synthèse.
VOLUME 4 : LE GROUPE ET L'ENTREE DANS LA SOCIETE
Comment fonctionnent les groupes lorsqu'un certain nombre de personnes
travaillent ensemble et forment une entreprise ou une société.