MON PARCOURS

 

(mise à jour : 27/02/2015)

 

 


Vous trouverez dans cette page un court résumé des principaux travaux de recherches que j'ai eu l'occasion d'accomplir. Pour chacun d'eux, vous sera indiqué le thème de la recherche, ses conditions, les objectifs fixés, les thèses ou idées soutenues, les difficultés rencontrées et, dans la mesure du possible, l'expression de problématiques complémentaires susceptibles de renvoyer à d'autres chercheurs qui y répondent ou, peut-être, de susciter quelques vocations ?  


Sommaire de cette page :

 


1976-1977 : Maîtrise d'histoire - "Le salut des âmes … au service des deux majestés" ; Action et influence des missionnaires franciscains du collège de Pachuca dans les missions de la Sierra Gorda au 18ème siècle, ou les illusions missionnaires.

Un travail modeste d'étudiant apprenant son métier directement sur le terrain.

Il me fut confié par le directeur de la Mission Archéologique et Ethnologique Française de Mexico (MAEFM), M. Guy Stresser-Péan. Il s'agissait d'étudier le développement de 5 missions franciscaines établies au 18ème siècle dans la Sierra Gorda, une chaîne de montagnes sauvages situées à 300 km au nord de Mexico. Peuplées d'Indiens semi nomades, ces régions restaient mal contrôlées et assez mal christianisées malgré les efforts de missionnaires augustins.

Je pus me rendre sur place à l'occasion d'une brève expédition et découvrir les lieux. Le travail, toutefois, fut surtout réalisé à partir d'archives consultées dans les principales réserves de Mexico : l'Archivo General de la Nacion, la Biblioteca Nacional, les archives du Musée d'Anthropologie ou celles de la bibliothèque de Tlalpan.

La recherche a donné lieu à la rédaction d'un mémoire d'environ 180 pages dactylographiées. Modeste travail d'étudiant, les conclusions qui en ont été tirées ne méritent pas plus que la très honorable mention accordée à son auteur lors de la soutenance de maîtrise. Elles soulignent la relance de la colonisation espagnole au 18ème siècle pour soumettre à l'autorité des Vice-Rois les régions encore réfractaires à l'ordre venu d'Espagne. Cette colonisation militaire se fit aussi par le biais des missions religieuses, mais la christianisation des Indiens ne fut pas un succès. L'indifférence des autorités laïques pour cette cause spécifique est la première raison de son échec. Mais la révision des structures et des méthodes missionnaires - qui justifia le remplacement des moines augustins par les franciscains - n'a pas permis de compenser cette faiblesse (voir la contribution publiée en 1978). Le changement opéré s'est fait "au service des missionnaires, non au service du christianisme et de la conversion des Indiens" écrivions nous à l'époque.

Élargissant la réflexion à l'œuvre missionnaire au Mexique en général, la recherche nous a également conduit à souligner l'erreur tactique des missions consistant à vouloir changer "les structures politiques, économiques et religieuses d'une communauté dans l'idée éventuelle de transformer les structures mentales" quand ce serait l'inverse qu'il conviendrait de faire. Cette erreur, que Jacques Soustelle dénonçait pour expliquer l'échec des missions du 17ème siècle, n'avait pas été corrigé au 18ème pas plus qu'elle ne l'a été dans les deux siècles qui ont suivi.

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1981-1984 : Thèse - Les Indiens et l'Intervention. Étude du comportement des communautés indiennes du Mexique face à l'Intervention française, 1862-1867.

Ce sujet ne m'a pas été proposé. Il s'est construit de lui-même, progressivement, au hasard des questions que je me posais alors que je découvrais l'intervention de la France au Mexique sous Napoléon III. Désireux d'utiliser mon expérience mexicaine, je m'étais inscrit au séminaire de M François Chevalier qui m'avait suggéré de chercher un sujet sur cette période et dirigé vers le Service des Archives de l'Armée de Terre (SHAT) à Vincennes.

Mon point de départ fut le fruit d'un questionnement relativement simple : dans tous les ouvrages que je consultais, il était clairement signifié que les Indiens représentaient 50% de la population du Mexique au moment où l'armée française débarqua dans le pays. Leur portrait et caractère, leurs habitudes ou place dans la société, était décrit dans toutes les introductions ou chapitres de présentation du pays. Mais, celle-ci étant faite, l'historiographie de l'Intervention ne parlait plus des indigènes qu'épisodiquement, comme s'ils n'existaient pas. Je me posais donc la question : comment ces Indiens si nombreux avaient-ils vécu l'événement ? Ainsi que le suggéraient les auteurs mexicains s'étaient-ils levés en masse derrière leurs compatriotes métis et créoles pour repousser les envahisseurs français ? Connaissant la nature des relations qui existaient entre les Indiens d'une part et les Mexicains (Blancs et Métis) d'autre part, j'avais peine à croire que l'élan fut aussi spontané qu'il était implicitement affirmé par beaucoup. Je présumais plutôt une prudente passivité. Mais ce n'était que présomption. Je décidais de vérifier ce qu'en dirait les sources.

Par deux fois (pendant 4 à 6 semaines), je pus me rendre à Mexico pour y consulter les archives. Mes sources, cependant, ont été principalement françaises. Pour autant, le déséquilibre ne s'est pas avéré gênant dans la mesure où les Indiens du Mexique ont laissé fort peu de témoignages directs et où leurs compatriotes ne parlaient guère d'eux. Je me suis vite rendu compte, par ailleurs, que les sources officielles faisaient peu de cas du point de vue de ces populations qui n'interviennent pas (ou si peu !) sur la scène politique mexicaine. Pour connaître l'attitude ou les sympathies des indigènes, je contournais donc les discours officiels qui tendaient tous, selon leur intérêt, à récupérer les masses silencieuses sinon à les ignorer, et je me repliais sur les récits, mémoires, lettres de soldats ou voyageurs racontant ce qu'ils avaient vu. Pris séparément, ces témoignages sont anecdotiques, fragiles, incertains ; mais recoupés, ils me permettaient de définir des tendances relativement objectives. On y trouve aussi un regard intérieur aux événements, plus ponctuel mais aussi plus authentique que les déclarations officielles.

Par ailleurs, mes recherches au Service Historique de l'Armée de Terre à Vincennes me permirent de découvrir, l'existence d'une dizaine de cartons recelant les "relevés topographiques" réalisés par des officiers de renseignement du corps expéditionnaire français. Ces enquêtes couvraient l'ensemble du territoire mexicain  et avaient pour mission d'y recenser toutes les données nécessaires aux mouvements de l'armée et à l'œuvre de pacification qui lui avait été dévolue. Parmi les informations que les officiers enquêteurs devaient rapporter, une rubrique m'intéressait tout particulièrement : "l'esprit des populations". Le relevé de cet état d'esprit était réalisé de manière très inégale. Parfois l'enquêteur laissait la rubrique vierge de toutes notes. Mais d'autres, au contraire, la remplissaient scrupuleusement, village après village. Une véritable carte politique de certaines régions devenait ainsi réalisable.

Cette documentation avait un défaut dont il fallait prendre toute la mesure : émanant de sources françaises, elle risquait de proposer un regard trop partial ou naïf. Cependant, la vocation strictement interne à l'armée et son objectif militaire, ne favorisaient pas "l'à peu près". Il s'agissait d'un travail de renseignement qui devait servir aux troupes. Premiers concernés par les conséquences d'une mauvaise information, les enquêteurs n'avaient aucun intérêt à tricher sur les sentiments réels des populations. L'analyse des documents a d'ailleurs vite montré l'absence de toute complaisance. Quand les populations étaient hostiles aux Français, les enquêteurs le signalaient sans détour. Le risque de la partialité ainsi atténué par la nature même de la source, restait celui de la naïveté. Sur ce point, le chercheur doit s'obliger à la prudence, à la prise de recul et aux recoupements. Nous avons eu la chance, toutefois de découvrir des témoignages mexicains (de libéraux ou de conservateurs) confirmant bien souvent les dires des soldats français.

Nous avons également beaucoup privilégié les lettres de soldats à leurs familles. Ce type de documents très intimes sont longs à dépouiller. Avec un peu d'expérience, cependant, l'historien écarte vite les propos les plus personnels pour ne retenir que les passages dans lesquels les soldats décrivaient le pays (et les populations) qu'ils découvraient au hasard de leurs pérégrinations. Certains sont très diserts et précis. Là encore, il ne s'agit que de points de vue qui ne sont pas toujours le fait des personnes les mieux averties des réalités sociales ou politiques locales. Ces regards extérieurs, cependant, permettent d'échapper à un certains nombre de poncifs et, par confrontation avec ces derniers, d'affiner le regard de l'historien.

Les conclusions auxquelles nous sommes parvenues n'étaient pas exactement celles que nous attendions. Elles nous ont permis d'apporter quelques précisions assez inédites sur l'Intervention française.

1°) Contrairement aux affirmations de l'historiographie mexicaine des années 60-70, l'intervention française ne fut pas l'occasion d'une "levée en masse" du peuple mexicain contre l'invasion étrangère. Si les Mexicains (Blancs et Métis, libéraux et conservateurs) rejetèrent effectivement le régime impérial imposé par la France, ce fut sans l'appui des Indiens, voire contre eux.

2°) La majorité des communautés indigènes (60%) restèrent passives, ne s'engageant ni dans un camp ni dans l'autre. Parfois par "indifférence" ; mais surtout par calcul et non sans s'intéresser de près à l'issue du conflit. Ceux qui s'engagèrent (40%) le firent nettement en faveur de l'empire et des Français. Et ce même si les libéraux de Juarez purent compter sur des soutiens indiens dans certaines régions.

3°) Le ralliement indien à l'empire ne relève pas d'une quelconque francophilie, mais plutôt d'un calcul consistant à saisir une opportunité pour régler un vieux compte. Les Indiens n'étaient pas tant amis des Français qu'ennemis des Mexicains. A ce titre, ils ont tentés d'instrumentaliser la présence de l'armée étrangère. Dans les régions les plus éloignés, ils l'ont fait dans une optique résolument sécessionnistes ou indépendantistes (Yucatan). (voir articles 1987 + un inédit).

4°) Dans le détail, l'engagement indien s'avère plus complexe et difficile à analyser du fait de la contingence de deux phénomènes commandant des attitudes contradictoires ou opposées. Le clientélisme, d'abord, tendant à rallier les populations indigènes à la cause des élites locales. Dans les régions tenues par les juaristes (Guerrero, par exemple), les Indiens se sont ainsi montrés plus hostiles que dans les états conservateurs (Puebla). La force des pressions, des craintes ou des intérêts locaux ont pleinement joué pour orienter les comportements de ces populations. Ce processus s'est surtout exercé dans les régions proches du centre, les mieux contrôlées par les autorités mexicaines. Plus on s'éloigne, au contraire, ou plus on se rend dans des régions mal pacifiées (les sierras), plus s'exerce un autre mécanisme aux effets totalement inverses. Les rivalités et haines inter ethniques prirent le dessus et suscitèrent des ralliements à l'empire de Maximilien ou des collaborations avec l'armée étrangère, des "trahisons" dirent les juaristes après leur victoire ; en fait des rebellions ou révoltes qui n'ont pas été reconnues comme telles par un pouvoir qui ne voulaient pas s'interroger sur ces choix non conformes à l'idée qu'il voulait se faire de la Nation mexicaine en construction. Au niveau local, on découvre ainsi l'expression de sentiments pro ou anti français qui suivent les frontières ethniques et socio-économiques du pays. En général, les Indiens se sont montrés aussi francophiles que les Métis et Mexicains ne l'étaient pas (et vice versa), non par amour des Français mais par rejet de leurs compatriotes. De même, les agriculteurs et ruraux (plus indigènes que métis) ont été plus impérialistes que les artisans et habitants des villes (plus métis). Dans certaines régions (le Michoacan par exemple), de nombreux villages se définissaient par rapport à l'empire et à l'armée étrangère en fonction du pueblo voisin dont ils étaient rivaux. Derrière la guerre étrangère se cachait ainsi une véritable guerre sociale, parfois des conflits ethniques, que l'historiographie à souvent sous estimées.

5°) Les Indiens n'ont tiré aucun profit de leur ralliement, bien au contraire. Les Français partis, ils ont payés parfois très cher leur choix, à l'instar de Tomas Mejia, officier d'origine indienne et suivi par les Pames de la Sierra Gorda, qui fut fusillé aux côtés de Maximilien. De même, ils n'ont pas représenté un appui suffisant pour l'empereur, car ils ne formaient pas une population unie et engagée au niveau national. Ils sont restés soutien de l'empire au niveau local jusqu'au moment où ils ont pris la mesure du nouveau régime et de sa faible espérance de vie. Ils se sont alors repliés dans une expectative prudente et ils s'engagèrent beaucoup moins auprès des Français à partir de 1865.

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 1985-1988 - Résistances indiennes en Amériques - L'Harmattan, Paris 1989.

Ce petit ouvrage recense les principaux mouvements indiens des deux Amérique (Nord et Sud), leur nature et revendications sur la longue durée. 

L'idée de réaliser ce travail est née d'une volonté de rectifier certains poncifs véhiculées dans les médias ou dans l'opinion française durant les années 80. Celui, notamment, du "réveil" indien, notion qui laissait entendre que les communautés indigènes de ce double continent étaient restées longtemps "endormies", autrement dit "passives" ou "soumises". En étudiant le comportement indien face à l'Intervention française au Mexique, j'avais pu observer combien ces Indiens ne s'étaient jamais endormis, que s'il existait un changement, il relevait davantage du "réveil" des Blancs face à la question indigène (voir article inédit).

L'attention portée à l'actualité indigène des deux Amérique et un important travail de compilation n'ont fait que confirmer la nécessité de corriger les poncifs et d'expliquer la légitimité de certaines revendications à une époque où les Français pouvaient se sentir concernés par référence aux événements de Nouvelle Calédonie (revendications canaques). Le succès de la notion de "droit à la différence" et son instrumentalisation politique nécessitaient aussi le développement de certaines clarifications. Il fallait dénoncer le double langage de ceux qui revendiquent des droits pour eux, mais ne les conçoivent jamais au profit des autres.

Nous en sommes arrivés aux conclusions suivantes :

1°) il n'y a pas eu de "réveil indien" dans les années 70/80 mais poursuite par d'autres moyens d'un combat multiséculaire pour le droit à l'existence dans la différence.

2°) les résistances indiennes ne sont pas une lutte engagée pour préserver une identité précolombienne, mais un combat pour reconstituer une personnalité originale dans un contexte qui leur cédât une place légitime et autonome.

3°) les mouvements indiens ont atteint une maturité nouvelle qui leur permet de mieux utiliser l'ensemble des moyens modernes de la revendication et se faire ainsi entendre. Il n'y aurait pas eu "réveil" mais "maturation" ou actualisation.

4°) le pan indianisme, toutefois, ne permet pas de définir une Indianité, sinon comme ensemble des néo-cultures d'origines indigènes. Pour le reste, la diversité reste très large (thème développé dans l'essai sur les leaders d'Indiens, inédit ; voir ci-dessous).

5°) la passivité indienne fréquemment observée hier ou dans certaines régions ne doit pas être considérée comme une acceptation ou soumission mais comme une véritable tactique de résistance (voir articles inédits 1988 et 1989).

Le sujet soulève encore de nombreuses questions sur les formes de la lutte, ses rythmes ou sur la nature même de l'indianité elle-même. Dans le droit fil de cette réflexion, je me suis penché sur la question des leaders d'Indiens, ces hommes qui incarnent les mouvements de résistances, mais le travail réalisé n'a pas été publié.

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 1989-1993 - Napoléon III et le Mexique - L'Harmattan, 1994

Encouragé et conseillé par mon directeur de thèse (François Chevalier), j'ai réalisé ce livre afin de mieux diffuser les résultats de mes recherches. Rien n'ayant été écrit en France sur l'Intervention française depuis plus d'un quart de siècle, j'ai profité de l'occasion pour réactualiser le sujet, replaçant ainsi ma problématique dans un champ élargi susceptible de rendre l'ouvrage plus accessible (à défaut d'être grand public). Une partie importante de ce texte est donc le fruit de recherches complémentaires à ma thèse.

Je pris le parti de présenter l'expédition sous un angle résolument différent de tout ce qui avait pu être fait jusque là et d'offrir ainsi un nouvel éclairage sur "l'aventure mexicaine". Délaissant les aspects strictement politique, militaire ou diplomatique pour lesquels je renvoyais aux travaux déjà réalisés, je décidais d'utiliser mes sources de recherche et mon approche méthodologique pour présenter l'expédition de l'intérieur, au niveau de ce que le soldat ordinaire ou le Français du Mexique - et de l'Indien, bien sûr - avaient pu vivre. Je mis l'accent sur les "Mémoires" de soldats et les confrontai aux rapports et discours officiels, repérant ainsi des contradictions ou nuances souvent sous estimées. Je travaillai aussi sur les lettres de soldats, leurs correspondances intimes, y trouvant encore l'expression d'une vision et d'un vécu différent, allant souvent à l'encontre de ce que conçoit l'historiographie de l'intervention ou la mémoire collective.

Quelques conclusions parmi celles que j'évoque au terme de cet ouvrage :

1°) L'intervention française n'était pas une mauvaise idée en soi, telle que la conçut Napoléon III ; mais elle fut décrétée pour de mauvaises raisons, pas assez soutenue par Paris parce que la conjoncture et les moyens ne s'y prêtaient pas, mal conduite enfin parce que l'opération et ses conditions n'avaient pas été bien mesurées au départ.

2°) Contrairement à ce qui a pu être affirmé, la guerre d'intervention ne fut pas l'occasion d'une trêve indienne vis à vis du pouvoir central mexicain. Sous couvert d'adhésion à l'empire ou de soutien à l'armée française, les révoltes indigènes se sont poursuivies. Le conflit ne fut pas davantage l'occasion d'une levée en masse contre l'invasion étrangère et il n'est pas possible de dire que la Nation mexicaine est née de la victoire. Au lendemain du rétablissement de Juarez, si le Mexique s'est affirmé en tant qu'état moderne, la nation mexicaine elle-même restait un vœu pieux.

3°) Du sommet à la base, les soldats du corps expéditionnaire ont fait ce qu'ils avaient à faire. Si le général Forey ne se montra pas à la hauteur, son successeur, le général Bazaine, mena la campagne comme il devait le faire étant donné les faibles moyens qui lui furent accordés. Les accusations d'intrigues, d'ambitions et autres malversations portées contre lui ne sont pas franchement fondées. Il n'a pas abandonné à son sort l'empereur Maximilien et n'a fait qu'obéir aux ordres qui lui avaient été donnés d'éviter le pire, de pacifier un tant soit peu le pays et de rapatrier au plus vite des troupes dont la présence s'avéraient de en plus nécessaires à la défense des intérêts nationaux en Europe. Si certains officiers l'ont critiqué, c'est souvent en toute méconnaissance des ordres reçus ; beaucoup, dans le même temps, ont souligné le bien fondé de ses décisions, regrettant seulement que leur chef ne soit pas entendu et ne reçoive pas les moyens nécessaires pour mener à bien sa mission.

4°) Vue de l'intérieur, par les soldats du corps expéditionnaire, cette guerre fut à la fois ennuyeuse, sans gloire et "sale". "Une guerre de jambe", disaient certains, condamnés à parcourir des milliers de kilomètres en vain pour exhiber sans conséquences la force militaire de la France. Une guerre sans combat honorable (Camarone faisant l'exception ?) ne servant qu'à offrir des galons à vils prix pour les opportunistes. Une "sale guerre" condamnant l'armée à mener une œuvre de police contre des guérillas insaisissables et la contraignant à user de méthodes expéditives peu conformes à l'idée de l'honneur que se faisaient ses cadres.

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 1994-1996 - Les leaders d'indiens, leaders de minorité - ouvrage inédit.

Ce travail s'inscrit logiquement dans la suite des précédents. L'étude des comportements indiens, de leurs revendications ou de leurs stratégies me mettaient en contact permanent avec l'histoire des chefs ou leaders indiens. Peu à peu, quelques portraits types se dégageaient de mes recherches. Je trouvais opportun de définir une typologie et de mesurer l'inscription dans le temps et dans l'espace de chacun des types ainsi définis. Le leader étant l'image même de la communauté qu'il dirige, je concevais aussi combien l'analyse de leurs cas pouvait aider à la compréhension des mouvements indigènes, de leurs stratégies et espérance de vie. Je me suis ainsi lancé dans un travail de fond.

Partant de mes travaux sur les revendications indiennes, j'ai dressé une liste de tous les leaders sur lesquels il était possible d'obtenir un certain nombre de renseignements biographiques. Cette liste établie, je recensais sur chacun un certain nombre de caractères prédéfinis, auxquels s'ajoutèrent d'autres particularités au fur et à mesure que je les découvrais. J'évaluais leur identité (âge, appartenance ethnique, milieu social, profession…), leur type d'action (militaire, religieuse, socio-politique…), leur sort (social, judiciaire, nature de leur décès…), leur impact sur la communauté et la durée de celui-ci…etc. Sur cette base, j'ai cherché à établir des tendances ou des rapprochements. Peu à peu, les fonctions des leaders, leurs méthodes et caractères se sont dessinés ; leur rôle aussi par rapport aux communautés, l'évolution de celles-ci et leur acculturation. Trois types majeurs de leaders (chef de guerre, prophète et réformateur) se sont affirmés. A un second niveau, trois sous types ont pu également être définis : le protecteur / manipulateur, le dissident et le transfuge / interprète.

Ces types s'imposent selon les circonstances. Certaines successions chronologiques peuvent cependant prévaloir. Il ne semble pas exister de détermination culturelle. Les individus amenés à se poser en leader choisirait plutôt de se comporter de telle ou telle manière selon l'attitude de leurs prédécesseurs. On verrait ainsi le prophète succéder au chef de guerre et précéder le réformateur, puis de nouveaux prophètes apparaître avant le retour des chef de guerre dans une sorte de cycle dont l'amplitude peut être extrêmement variable. D'autres variantes viennent cependant compliquer ce genre de scénario, selon le caractère personnel du leader, la personnalité de sa culture, les attitudes de ses adversaires.

Au delà des classements typologiques qui n'offrent qu'un aperçu caricatural de la réalité, le travail m'a permis de mieux cerner la vocation paradoxale des leaders de minorité. Ils sont simultanément défenseurs de la communauté et transformateurs de celle-ci, ce qui rend leur tâche d'autant plus difficile parce qu'elle sera mal comprise et risque de mécontenter tout le monde. Au niveau des méthodes employées par eux pour défendre la cause qu'ils ont épousée, six attitudes peuvent être établies : "l'appropriation", "l'invention syncrétique", la "revendication intégriste", "l'adaptation", la "conversion" et la "justification a posteriori".

Le leader doit posséder certaines qualités spécifiques (charismes, compétences, légitimité…) ; il doit aussi être capable d'incarner à la fois la continuité (comme défenseur de la tradition) et la nouveauté (pour entretenir l'espoir du succès), marier sans jamais choquer l'ancien et le moderne. De ce fait, il doit être "métis", sinon ethnique du moins culturel. La "métissité" est un caractère indispensable pour être reconnu par les siens ; il lui faut aussi avoir le sens du spectacle ou celui de l'hérésie. C'est là que son destin le rejoint. Agent de changement, le leader d'Indiens est l'opérateur inévitable de l'acculturation de son groupe. Il ne peut y échapper. Mais cette acculturation que son action favorise, il peut la contrôler. On distingue alors toute une panoplie de procédure de l'acculturation "contrainte" à celle "autogérée" en passant par "l'inconsciente", la "ratée", l'"accidentelle", celle par "promotion interne" ou celle par "importation". Les variantes sont multiples.

Au terme de ce travail, nous avons pu discerner différents types de minorités indiennes qui permettent de mieux faire la part entre des situations très différentes. De toutes les identités indiennes que nous avons pu recenser, cinq situations ont fini par s'imposer. Nous avons ainsi défini une "indianité préservée", une "indianité nouvelle", celle de l'américano-indien, celle de l'indianitude et celle enfin de la métissité.

Nous avons fait bien d'autres observations que nous n'exposerons pas ici. Quelques tentatives, aussi, d'extrapolations, peut être hasardeuses. Les conclusions auxquelles on parvient sur ce sujet peuvent en effet s'appliquer à d'autres minorités ou communautés humaines. Elles ne sont pas spécifiquement indiennes.

Découvrez la Table des matières et un extrait du manuscrit :

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1996-1999 - La trahison de Bazaine - texte inédit

Comment un officier supérieur apprécié de la troupe, compétent et loyal peut-il sombrer brusquement pour se transformer en incapable et en traître ? C'est la question que je me suis posée au terme de mon travail sur l'intervention française, quand je me suis rendu compte que le maréchal Bazaine - dont j'avais suivi la politique au Mexique - faisait partie des vaincus de la guerre de 1870. En l'occurrence, il n'avait pas seulement perdu une bataille ; il était considéré par ses contemporains et toute notre historiographie comme une nullité stratégique, un intriguant qui, par ambition, avait failli à sa mission. Pire, encore : il avait trahi la France. Je ne comprenais pas comment en quelques années à peine, cet officier avait pu passer aussi vite du statut de "seul chef capable" et d'une attitude de loyauté avérée envers son empereur - telle était l'idée que je m'étais faite du commandant en chef du corps expéditionnaire à l'encontre des accusations portées contre lui par le général Douay - à celui d'homme foncièrement incompétent et indigne, coupable à lui seul de l'une des plus humiliantes débâcles françaises.

Mon travail a commencé par un long recensement de tout ce qui pouvait avoir été publié sur la guerre de 1870, que ce soit des "mémoires", des "journaux intimes" ou correspondances", mais aussi des historiographies, des études militaires ou des essais. Cette distinction par genre d'écrits s'est imposée d'emblée ; mais la classification selon le type de témoin (soldats, officiers, historiens, politiques, civils, journalistes, ecclésiastiques, juristes, auteurs étrangers...) s'est assez vite avérée pertinente (voir les ressources bibliographiques) : derrière le consensus qui semblait devoir confirmer "l'incapacité" ou "l'ignominie" du maréchal, des nuances apparaissaient qui m'obligeaient à approfondir.

Au fur et à mesure que j'avançais dans mes recherches, des variations dans le temps me sont apparues. J'observais d'abord l'existence de pointes dans les périodes de publications correspondant à des temps forts de notre histoire contemporaine. Après les nombreux mémoires parus au lendemain du désastre (1871-1872), il y eut ceux des années 90 (qui étaient aussi celles des affaires Boulanger et Dreyfus), puis les analyses et ultimes souvenirs parus dans les années 1910 (en pleine préparation de la Revanche) ; un petit regain d'intérêt semblait marquer la période de Vichy (1940-1945) ; en 1970, enfin, année du centenaire de la défaite les publications se multipliaient une dernière fois. Ces pics étaient intéressants à noter ; non qu'ils aient témoigné d'un intérêt particulier pour la guerre de 1870, mais dans la mesure où, très vite, le contexte a mis en évidence un souci très partagé d'instrumentalisation du conflit à des fins qui méritaient d'être éclaircies.

Tout en dressant la courbe de ces temps forts, j'eus l'idée d'évaluer l'évolution des sentiments publics des Français pour Bazaine. Dans cette optique, j'élaborai une courbe d'appréciation qui fit clairement apparaître le passage brutal du "glorieux Bazaine" au "traître" (tout s'est passé en moins de 15 jours), avant que ne s'amorce une lente remontée qui s'achève aujourd'hui dans l'indifférence du plus grand nombre ou, parmi les rares historiens à s'intéresser au sujet, dans la reconnaissance de fautes partagées et plus ou moins excusables.

Fort de ces observations j'ai peu à peu réorienté ma recherche. Une question s'imposait de plus en plus à mon esprit : Bazaine était-il vraiment coupable du crime qui lui avait été imputé ?  Les nuances apportées par quelques auteurs dignes de fois m'obligeaient à poursuivre mon enquête et je découvrais peu à peu certaines vérités - qui ne sont en rien des mystères historiques - correspondant fort peu aux idées communément admises en France. J'ai alors entrepris l'écriture d' un essai afin de rétablir ces vérités que la mémoire historique française n'a pas retenues ; mais plus encore que celles-ci je voulais déterminer pourquoi un officier supérieur qui n'a jamais été reconnu coupable de trahison par le tribunal qui eut à le juger n'a pu se défaire de cette réputation. A la convergence initiale entre les intérêts politiques des années 1871-1875 et le besoin de nombreux responsables de se disculper des fautes dont ils furent autant, sinon plus, coupables que le maréchal Bazaine, sont venus s'ajouter des circonstances qui ont empêché toute révision du jugement national. Le maréchal Bazaine n'a jamais pu être remis à sa juste place (celle d'un officier ni meilleur ni pire qu'un autre) parce qu'après avoir été le bouc émissaire de ses contemporains qui avaient beaucoup à faire oublier ou à se faire pardonner, il est devenu pour toutes les générations suivantes le prototype même du traître, du lâche, du mauvais patriote, du collaborateur, de l'homme anti-national. 

Au terme de mon analyse de l'historiographie sur Bazaine et l'armée du Rhin, je me suis aperçu qu'elle permettait de parcourir à elle seule tous les temps forts de notre histoire contemporaine et d'analyser comment le récit du passé peut être pollué par le discours de ceux qui ne respectent pas les règles de la science historique, que ce soient les témoins qui pensent toujours que leurs souvenirs sont vérités incontestables - puisqu'ils ont vu - les idéologues et démagogues qui ont intérêt à biaiser et ceux qui ont des torts à faire oublier. Finalement, je cessais de me préoccuper de savoir si Bazaine était coupable ou non (je crois qu'il a des torts importants, mais moins ignominieux qu'il a été dit) pour porter toute mon attention sur qui, comment et pourquoi parlait de ce vaincu. Je ne lisais plus la masse considérable d'ouvrages, brochures, mémoires et autres exposés publiés sur les malheurs de l'armée du Rhin (je constatais vite qu'ils se répétaient à l'infini, puisant toujours aux mêmes sources initiales de 1870-1872), me contentant de parcourir les préfaces qui en disaient assez sur les intentions des auteurs pour me permettre de préjuger de ce que j'allais trouver dans le texte qui suivait. L'histoire véritable de la guerre de 1870 s'effaçait ainsi pour céder la place à une autre non moins passionnante : celle du récit historique en train de se dire.

Je me suis efforcé de présenter les défauts de l'historiographie portant sur l'affaire Bazaine et l'histoire de cette mémoire collective française de 1870 à nos jours, dans un texte de trois cent pages environ. Mythes et mensonges, déformations, illusions et tabous qui imprègnent notre mémoire concernant la guerre franco-prussienne y prennent tout leur relief. En conclusion, je tenté de répondre aux principales questions posées à l'issue du désastre par les contemporains et les générations ultérieures. Je sais déjà que certains points méritent d'être nuancés, approfondis ou nécessitent de nouvelles études. Quant à Bazaine, il apparaît certes responsables de la capitulation de Metz, mais non coupable, victime surtout d'un acharnement lié à l'histoire de nos relations tendues avec l'Allemagne.

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1999-2004 - La guerre de l'été 1870 : une guerre nouvelle ?

     Bloqué sous Metz le 18 août 1870 puis contraint de capituler deux mois et demi plus tard (27 octobre), le maréchal Bazaine ne méritait pas l'image du "traître" qui s'est attachée à son nom. Certes, il n'a pas été capable de sauver le pays du désastre, il s'est laissé manœuvrer par Bismarck et son échec a suscité de vifs ressentiments. Pour autant, le commandant en chef de l’armée du Rhin n'était pas aussi incompétent, ni égoïste ou intriguant qu'il a été dit. Dans des circonstances impossibles, il a fait ce qu'il a pu. Sans doute a-t-il manqué de génie, de cette qualité exceptionnelle qui fait la différence entre les "personnages historiques" et les hommes ordinaires, d'un brin d'audace ou de ce zest de folie qui distingue les "grands hommes". En est-il coupable pour autant ? S’il doit être reconnu tel, alors tous ses contemporains méritent les mêmes reproches. Leboeuf, Mac Mahon, Frossard, Canrobert, Ladmirault, Bourbaki et autres Trochu n'ont pas été plus capables que lui

Mais comment se fait-il que toute une génération d'officiers supérieurs ait ainsi manqué de vista, d'énergie, d'intelligence ? Les recherches effectuées par William Serman apportent des réponses convaincantes à cette question : vieillissement d'une armée qui ne se remet pas en cause, système de promotion et de formation des cadres, intrigues politiques, mauvaise préparation... etc., auraient accumulé leurs effets négatifs. Il est toutefois étonnant qu'aucun officier de qualité n'ait réussi à faire son chemin, qu'aucune exception n'ait confirmé la règle, que dans l'adversité du désastre de 1870 nul soldat providentiel ne se soit affirmé, même en vain. Pourquoi ? 

 

Et les Allemands ? Mieux préparés, n’ont-ils pas commis eux aussi de nombreuses erreurs qui auraient pu leur être fatales ? Lors des batailles décisives d'août 1870, à Borny ou Mars-la-Tour, ils n'ont pas maîtrisé les situations aussi bien que leur succès final a pu parfois le laisser croire. Une question s'impose alors, que renforce le décompte des pertes humaines subies par les deux armées : dans sa première phase (août-septembre 1870), la guerre n'a-t-elle pas été si moderne et de nature inattendue qu'elle a paralysé tous ceux qui avaient à la conduire ? Les hésitations, le caractère timoré des décisions, le désarroi qu'on observe ici ou là (et dont se plaignent les Prussiens dans les mêmes termes que leurs homologues français au tout début de la campagne, quand le succès ne leur était pas encore assuré ; voir les carnets du major Kretschmann) n’ont-ils pas été en partie provoqués par l'aspect effrayant, inédit, presque insupportable, des premiers affrontements ? Le Haut-commandement prussien ne s'est-il pas montré tout aussi atterré que son homologue français devant l'ampleur des pertes et la tournure des combats (voir les lettres de Bismarck à sa femme) ? Certaines brutalités perpétrées par des régiments allemands (voir le cas des Bavarois à Bazeilles) n’ont-elles pas été le reflet de l'horreur suscitée par les hécatombes de la mi août ? 

 

En bref, l'une des causes du désastre français lors des batailles sous Metz ou de Sedan ne serait-elle pas à rechercher aussi dans l'effroi, la stupeur, l'horreur de la bataille tels qu'aucun de ses participants n'y avaient été préparé ?  

 

Sur la base d'une telle hypothèse, je me suis demandé comment les affrontements de l’été 1870 avaient été vraiment vécus ? M’appuyant sur des témoignages « à chaud » (lettres, carnets, journaux intimes, autrement dit des documents peu soucieux de démontrer quoi que ce soit, exprimant seulement les sentiments du moment), je me suis efforcé d’évaluer la "stupeur" des principaux acteurs des batailles de cet été là. Combinée avec la création de ce site, cette période de mon travail a débouché sur la rédaction de divers articles :

Modernité de la guerre de 1870

les batailles d'août 1870 ; analyse comparée des souvenirs et lettres d'anciens combattants de l'armée du Rhin.

Août 1870 : retrouver l’autre guerre. Réflexions faites à partir de 14-18, retrouver la guerre de Stéphane Audoin-Rouzeau et d’Annette Becker. (à paraître).

La préparation des esprits et le moral des Français en 1870 : article sur l'impréparation des soldats français à la guerre.

Ainsi, l'analyse a-t-elle plutôt confirmé la réalité d'une "surprise", d'un "désarroi" ou de l’existence d’authentiques "frayeurs" dont on n'a peut-être pas toujours bien mesuré, les effets sur l’issue du conflit. "La guerre d'août 1870" fut une phase de guerre "moderne" s'inscrivant dans le cadre d 'une guerre encore "ancienne". 

Poursuivant l'analyse de la guerre de l'été 1870 à partir des témoignages bien plus que sur la base des documents militaires et politiques classiques, la recherche a pris un tour nouveau. Peu à peu s'est dessinée une histoire de la perception de la guerre et de sa mémoire bien plus qu'une histoire de la guerre elle-même, une approche qui a permis de mettre en valeur le décalage existant entre l'événement et son interprétation. Cette redéfinition de la cible de recherche a fait surgir un certain nombre de problématiques nouvelles donnant lieu à la rédaction d'articles ponctuels portant d'abord sur les textes de Souvenirs, la manière dont ils s'élaborent et l'impact qu'ils peuvent avoir en dépit de leurs défauts.

Dans "La mémoire en mouvement : Trois versions de Forbach et Rezonville par Yves-Charles Quentel", j'ai suivi le processus de reconstruction de la mémoire sous la pression du groupe et du temps qui passe.

Avec  "Guerre de 1870 et mémoire des camps" : analyse des souvenirs du sergent Pouteau, j'ai prolongé la réflexion sur la valeur du souvenir tout en cherchant si, dans le contexte de la captivité, ne se constituait pas une mémoire collective (celle des prisonniers de guerre) distinctes.

Tout naturellement, ce travail sur la mémoire a débouché sur une réflexion plus théorique que j'ai tenté de mettre en forme dans "Mémoire de la guerre de 1870. Les récits de souvenirs et l'historien".

 

La mémoire s'exprime dans le récit de Souvenirs. Quand l'ancien combattant est un artiste, elle se traduit aussi en images, à travers des oeuvres de peintres, voire de sculpteurs. Amateur d'art à les heures perdues, je ne pouvais ignorer ce témoignage aussi particulier qu'expressif que peut être la peinture militaire, d'autant moins qu'elle fut - à travers des maîtres comme Édouard Detaille te Alphonse de Neuville... parmi d'autres - particulièrement prolifique.  Comme expression d'un souvenir et d'une perception de la guerre, je ne pouvais ignorer une telle source. Le questionnement était d'autant plus obligé que cette peinture - à l'instar des Souvenirs abondamment publiés à la veille de la Grande Guerre ont entretenu ou nourri l'esprit de la Revanche. "Représentation de la guerre (1870) et construction de la mémoire" : analyse de l'impact des peintures illustrant les combats de 1870 sur la mémoire collective et le consentement à la guerre de 1914" en est le résultat naturel. A l'occasion, je m'étonnai de petits détails comme "Les cadavres aux bras levés" dans la peinture militaire (analyse d'un archétype des peintures de la guerre de 1870)".

 

Au final, ces 5 années de recherche ont débouchés sur la publication de quatre livres et un article un peu plus épais que tous les travaux préparatoires cités ci-dessus.

Deux livres de témoignages :

- Été 1870, la guerre racontée par les soldats.

- Le journal d'un officier de turcos, réédition des souvenirs du capitaine Louis de Saint Vincent de Narcy.

 

Un livre de synthèse sur la guerre dans son ensemble et la manière dont elle a été perçue par les Français

- Les Français et la guerre de 1870.

 

et une réflexion sur les conditions de la captivité des Français en Allemagne et l'effet de celle-ci sur la mémoire des anciens combattants :

- La détention des prisonniers français en Allemagne (1870-1871).  

 

 

 


2004 - 2006 : La guerre de 1870 ; le siège de Paris

La guerre de 1870, c'est aussi le long siège de Paris, de septembre 1870 à janvier 1871. Dans la lignée du travail sur les souvenirs, j'ai consacré ces deux années à travailler sur la manière dont cet épisode avait été vécu par les Parisiens toutes conditions confondues. Le travail sur les concepts de "Mémoire" et de "Souvenirs" s'est affiné. Le travail a donné lieu à deux types de publications. De nouveaux récits de témoignages avec, notamment, un livre :

Le siège de Paris en 1870; récits de témoins

Mais aussi un article mettant en évidence les relations entre Parisiens et Provinciaux dans la cadre très particulier de leur confrontation dans Paris pendant le siège :

Parisiens et mobiles de provinces pendant le siège de Paris.

Cette recherche m'a mis au contact d'auteurs ou personnages impliqués par la suite dans l'épisode de la Commune. Tout naturellement, j'ai prolongé mes recherches dans cette direction. Un article en a été le fruit de ce qui sera peut-être l'objet d'une future recherche plus approfondie :

Le patriotisme et la Commune

Dans cette période transitoire, d'autres réflexions ont prolongé les travaux antérieurs sur des thèmes assez dispersés mais découlant naturellement de mes recherches sur la formulation du souvenir, de ses effets sur l'historiographie, le thème de la mémoire ou des légendes qui l'accompagnent ; dans le même ordre idée, la question de la représentation iconographique de l'événement historique a donné lieu, sporadiquement, à l'écriture de petits articles (voir la page des publications).

Pour clore cette période de recherches, j'ai eu à répondre à des travaux de commande éditoriale, donnant lieu à la parution d'un album sur la guerre de 1870 (1870, Les soldats et leurs batailles) et d'un ouvrage de témoignages sur l'intervention française (La campagne du Mexique, 1862-1867)

 


2007 - 2009 : Les témoins de la Commune ; les récits de témoignages

Dans le prolongement du siège se situent les événements de la Commune. Nombre de personnages auxquels j'ai consacré plusieurs années de recherches ont été témoins de cette crise. C'est donc tout naturellement que j'en suis venu à m'interroger sur la manière dont ils avaient vécu ou perçu celle-ci. Après avoir rassemblé les récits de témoignages d'auteurs n'ayant pas participé directement à la Commune, j'ai analysé leur point de vue. Ce dernier n'étant pas celui du révolutionnaire, rarement celui du combattant de l'ordre, son étude a permis de comprendre certains mécanismes d'adhésion à la Commune ou au mouvement de répression sans que les convictions idéologiques initiales y prédisposent les intéressés.

Dans le cadre d'un projet éditorial prévu pour janvier 2009 et visant à présenter ces récits de témoins au jour le jour, quelques thèmes sont apparus, parfois déjà connus, d'autres moins. Ils ont donné lieu à la rédaction d'un article sur les ressentiments, acteurs de la Commune et de plusieurs encarts insérés dans l'ouvrage La Commune de Paris racontée par les Parisiens (paru en janvier 2009).

En marge de ce travail, d'autres articles approfondissant la réflexion sur les "récits de souvenirs" ont vu le jour.

Joris-Karl Huysmans et la guerre de 1870 ; du récit de souvenirs à la fiction : ou comment une fiction se nourrit des souvenirs et vice-versa au point que les genres puissent se confondre.

Les récits de souvenirs et la guerre de 1870 : réflexions méthodologiques réalisées à partir des récits de souvenirs de guerre.

Les souvenirs de 1870 et l'Histoire de la défaite a parachevé ce cycle de de réflexion sur le rôle des récits de souvenirs dans la construction du grand roman national de la fin du 19è.

 


2009 - 2010 : Les souvenirs de 1870, Histoire d'une mémoire

Ces deux années ont été l'occasion de prendre un peu de recul sur la mémoire de 1870. Elles ont été consacrées à l'évaluation de l'impact des récits de souvenirs sur l'après 1870. Au terme de ces deux années, un livre a été construit, rédigé et finalisé en septembre 2010. Il reste à lui trouver un éditeur... Son titre (provisoire) ? Souvenirs de 1870, Histoire d'une Mémoire.

Conjointement, j'ai pu rédiger plusieurs articles à la demande de divers directeurs de revue.

"Les premiers historiens de la guerre de 1870", Les chemins de la mémoire, n°203, mars 2010.

"La mémoire de la Revanche", Carnet de la Sabretache, n°184, juin 2010.

"Joris-Karl Huysmans et la guerre de 1870", Cahiers de l'association internationale des études françaises, à paraître...

et deux articles proposés en lignes sur ce site : Les souvenirs de 1870 et l'Histoire de la défaite, d'une part, La mémoire de 1870 en 1914, d'autre part.


2010-2014 : La guerre de 1870 et les artistes modernes

Prendre un peu de recul, en 2011, a surtout été l'occasion d'écrire une synthèse sur la mémoire de 1870, paru en octobre : Le souvenir de 1870, histoire d'un mémoire. Ce travail était un aboutissement logique après des années passées à recenser et compulser les récits de souvenirs.

Mais le souvenir ou le témoignage n'est pas une simple affaire d'écriture. Beaucoup témoignent autrement, à commencer par les artistes peintres qui, à l'instar de Jeanniot et son Souvenir du 16 août, ont évoqué leur souvenir par l'image.

Le travail des peintres militaires est bien connu. Historien de l'art, François Robichon a publié d'excellents travaux sur la question. Pour autant, la guerre de 1870 n'a pas laissé indifférents d'autres artistes qui l'ont parfois vécu de près ou été touché par la débâcle. A commencer par les impressionnistes dont le mouvement est né au lendemain de la guerre. Ils ont perdu des amis (Bazille, Regnault entre autres) ou des œuvres... (Pissarro tout particulièrement). Ils ont été affectés par la défaite et ses conséquences. Pourtant, ils l'ont fort peu, voire pas du tout, exprimé dans leur art. Ce silence a ses raisons très techniques... mais n'y en a-t-il pas d'autres plus politiques ou idéologiques ?

2013 - A chaud, les peintres ont réagi de façon très différentes les uns des autres, chacun selon son tempérament, les circonstances, ses opportunités. Les réactions immédiates sont indépendantes des écoles d'appartenance. Par la suite, en revanche, le choix de représenter ou non la guerre est étroitement lié aux choix esthétiques des uns et des autres. Les représentations par les peintres militaires [Detaille et De Neuville tout particulièrement] sont bien connues. Elles ne s'inscrivent pas forcément dans le strict respect de la tradition. Ces artistes ont leur part de modernité inspiré du naturalisme et du réalisme de leur temps. La "nouvelle peinture", pour sa part, semble ignorer le sujet "guerre de 1870". A y regarder de plus près, cependant, le "silence" des modernes sur la guerre de 1870 est moins systématique qu'on le croit. Les symbolistes comme Puvis de Chavannes la traite de façon détournée, Manet l'évoque de manière plus ou moins subliminale, les impressionnistes l'auraient moins occultée qu'il n'y paraît si on veut bien voir allusion à la guerre perdue dans toutes les œuvres centrées sur la reconstruction. Ne pas la montrer mais y penser toujours ont-ils peut-être pensé à l'instar de Gambetta évoquant les provinces perdues dont il convenait de ne pas parler... La guerre de 1870 semble bien avoir laissé des traces indélébiles dans le pinceau des peintres modernes. Mais pour le voir, aujourd'hui, il faut remettre les tableaux dans leur contexte de leur création...

2014 - L'étude est terminée, un livre écrit. Il doit être publié en septembre 2015 aux éditions Giovanangeli, si tout va comme nous l'espérons.

 


2015-201? : Les femmes et la guerre de 1870

Elles ont été courageuses, héroïques, indispensables... sans elles, l'honneur aussi aurait été perdu. Tous les témoignages et les quelques ouvrages qui évoquent le rôle des femmes dans la guerre sont unanimes. Leur patriotisme vaut au deuxième sexe les honneurs de quelques pages... après quoi, place aux hommes. La guerre est leur affaire.

La guerre de 1870 est comme toute guerre une affaire d'hommes, racontée par des hommes et pour des hommes. La place des femmes dans l'historiographie de la guerre n'a rien d'insultant mais n'est pas à la mesure de la place qui leur est concédée sur le papier, ni de la réalité. Et ce fait ne tient pas au seul fait que les femmes aient peu raconté la guerre. Celles qui le font la décrivent souvent dans les mêmes termes que les hommes ; sans doute parce qu'elles ont parfaitement intégré le discours ambiant.

Le récit de la place des femmes dans la guerre pose aussi la question des "oubliées" de l'histoire, celle qui ont participé mais n'ont pas mérité que leur patriotisme soit rapporté parce qu'elles ont eu le tort de rallier la Commune. Mais que faisaient-elles ces "pétroleuses", "harpies" et autres "bonnes femmes" quand la guerre n'était pas encore civile ? Ne serait-ce que pour ces oublis délibérés, l'histoire des femmes pendant la guerre de 1870 mérite d'être revue et, peut-être, corrigée.

De prime abord, rien de révolutionnaire ne devrait émerger de l'analyse. Ce qui devait être dit a été dit. L'objectif, ici, serait seulement de remettre le sujet en perspectives, d'analyser le discours sur les femmes et de réactualiser celui-ci.

à suivre 

 

 

 

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