Éditions Aedam Musicae,
mai 2019, 525 pages

Le journal d’Olivier

Près de vingt ans après la mort de mon frère, ses œuvres sont jouées plutôt plus souvent que de son vivant. De jeunes interprètes les découvrent et les donnent non seulement en France mais aussi en Hollande, en Autriche, en Allemagne. Elles étonnent et bouleversent le public, ce qui est exactement ce que désirait le compositeur : “Je ne compose que pour toucher, pour émouvoir, pour bouleverser, pour élever, pour charrier à terre”, écrivait-il.
La composition d’une musique intense et poignante, semblable à nulle autre, ne suffisait pas à exorciser les démons et apaiser les angoisses de ce créateur exalté et tourmenté, avançant sans répit dans une quête impossible de l’absolu : il avait aussi besoin d’écrire.
Il a couvert des milliers de pages du 11 janvier 1971 au 12 mai 2000, veille de sa mort. Il baptise son travail « journal », tout en précisant qu’il ne s’agit pas d’un journal, mais d’une sorte de carnet de bord. Il note ce qui lui passe par la tête : les évènements du jour, des analyses de sa musique et de celle des autres compositeurs, des considérations sur la littérature et la peinture, des propos tenus par Salvador Dali ou Olivier Messiaen, des conversations entendues dans l’autobus. Il écrit dans son journal les brouillons des nombreuses lettres qu’il envoie. Si sa musique était en général sombre ou, comme il le disait, « sérieuse », Olivier lui-même aimait beaucoup plaisanter. Ses textes sont souvent drôles et toujours très vivants.
Le journal dessine les contours d’une vie peu ordinaire. Enfant prodige, pianiste exceptionnel, lauréat du prix de composition du Conservatoire à dix-sept ans, élève puis assistant de Luciano Berio aux États-Unis, il interrompt une carrière prometteuse pour devenir le disciple et Kappelmeister d’un gourou indien établi à New York. Ses écrits permettent d’entrevoir ce qu’il cherchait dans son engagement spirituel, ce qu’il a trouvé, pourquoi il est revenu à la composition au bout de dix ans.

J’ai élagué et édité le texte du journal. Des articles consacrés à des compositeurs ou à d’autres sujets d’ordre musical, écrits pour des revues ou des conférences, ont été retirés du journal et peuvent être téléchargés sur le site www.oliviergreif.com