France : "Les nouvelles métamorphoses de la question sociale "


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A-t-on pris la bonne mesure de la fracture sociale dont pâtit la France ? "
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Dans une étude remarquable signée par Jacques Rigaudiat (revue le Droit social n°3 mars 2005), (...)": " Entre chômage, sous-emploi, précarité financière des "travailleurs pauvres", c'est très vraisemblablement entre le quart, au moins, et le tiers de la population : soit 15 à 20 millions de personnes - 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires - qui, pour une raison ou pour une autre, ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de l'extrême difficulté. "
(...) Jacques Rigaudiat fut dans le passé conseiller social à Matignon, sous deux gouvernements, celui de Michel Rocard puis celui de Lionel Jospin. "
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CHÔMAGE
"Voyons donc d'abord ces chiffres alarmistes - arrêtés pour certains d'entre eux à fin septembre 2004. D'abord, il y a effectivement le chômage. Soit un peu moins de2,5 millions de personnes qui sont officiellement recensées comme demandeurs d'emploi (catégorie 1). A cela, il faut ajouter ceux qui prennent en compte " les formes plus ou moins diffuses de chômage " : soi t 667 000 autres demandeurs d'emploi, ceux ayant travaillé plus de 78 heures dans lemois (catégories 6, 7 et 8) ; 726 000 personnes à la recherche d'un contrat à durée déterminée (CDD) ou d'un emploi à temps partiel.
Au total, les personnes victimes du chômage sont au nombre de presque 3,9 millions. " Encore faut-il aussi leur ajouter tous les salariés âgés (environ 570 000 en novembre 2004) qui sont soit de faux inactifs, parce que chômeurs âgés dispensés de recherche d'emploi, soit de faux retraités, parce que bénéficiaires d'une forme ou d'une autre de préretraite " , ajoute Jacques Rigaudiat. "

(...) PRÉCARISATION DU TRAVAIL
et parmi ceux qui ont un emploi, les conditions se sont dégradées pour beaucoup "par le virus de la flexibilité et de la précarité".
"Là encore, les chiffres disponibles sont impressionnants. De 1983 à 2003, le nombre des salariés en intérim est passé de 113 000 à 361 000 (+ 316 %) ; celui des salariés en CDD de 263 000 à 1 624 000 (+ 517 %) ; celui des emplois aidés de 375 000 à 503 000 (+ 34 %) ; et celui des salariés en sous-emploi (temps partiel, etc.) de 148 000 à 1 186 000 (+ 701 %). Toutes les formes d'emplois précaires ont donc connu un développement fulgurant, alors que dans le même temps le nombre des emplois statutaires (CDI ou emplois publics) ne passait que de 16 804 000 à 18 847 000 (+ 12 %). "
" Au total, indique l'expert, sur l'ensemble de cette période, sur quatre nouveaux actifs, l'un est chômeur, un autre est salarié précaire et les deux autres seulement occupent des emplois jusqu'alors jugés comme statutairement "nor-maux". " En clair, le monde des salariés a été pris dans une tourmente sans précédent. Avec pour beaucoup la peur du chômage, mais plus seulement ; la peur aussi de la pauvreté, y compris pour ceux qui ont un emploi.
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" TRAVAILLEURS PAUVRES " et "fracture sociale"
L'origine de ce phénomène est ce que l'on vient de pointer : l'émergence d'une nouvelle catégorie de salariés, les " working poor " (" travailleurs pauvres "). C'est la singularité de ce capitalisme patrimonial auquel la France s'est convertie : s'il favorise des profits exceptionnels pour les groupes cotés, gonflant les dividendes servis aux actionnaires (22 milliards d'euros pour les groupes du CAC 40 en 2004 et 10 milliards de rachat d'actions) et de fantastiques rémunérations pour les dirigeants, il va de pair avec un développement des bas ou très bas salaires. " Actuellement, 29 % des salariés perçoivent un salaire inférieur à 1,3 smic, soit approximativement 1 100 euros " , observe encore Jacques Rigaudiat.

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Laurent Mauduit

extrait d'un article du "Monde" paru dans l'édition datée du 7 avril 2005


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