""En 1956, lorsque je partis pour l'Antarctique,  je pensais profiter 

                           de l'occasion pour visiter mon  paradis polynésien. Hélas! A Melbourne, 

                           on m'apprit qu'il n'y avait un avion pour Tahiti que tous les 415 jours.

                           C'est en 1958, enfin, que je me trouvais, sans tout à fait y croire, dans

                           un DC-6 de la TAI en route pour Tahiti. Je ne me suis jamais drogué

de ma vie. Mais je crois bien que ce que je ressentais n'était pas loin d'un trip (comme 

on dit aujourd'hui) et je n'exagère pas. Assis entre le pilote et le copilote, j'imaginais 

sans peine notre entrée dans la quatrième dimension. Quelque part au bout de ce monde

infini, j'allais trouver le pêcheur debout sur sa pirogue, la vahiné au coucher de soleil, 

les îles, leurs parfums, leurs fleurs.......

                

               Et puis, dans l'opale du ciel, quelque chose, soudain.

L'instant d'avant, il n'y avait rien. L'instant d'après, Bora Bora, apparaît.

L'île prenait forme, elle devenait topaze, puis améthyste, saphir enfin.

Bora Bora surgissait des flots, je n'avais encore jamais vu des eaux couleur d'arc-en-ciel,

de feu d'artifice, de bronze, de cuivre, d'or, d'argent, de nacre, de perle,

 de lait, de jade, d'émeraude, de clair de lune, d'aurores polaires. 

Les étoiles elles mêmes y étaient tombées, scintillant de tous leurs feux

 à la surface du lagon, en plein soleil........ Lorsque enfin les roues de

 l'avion se posent en douceur sur la piste raboteuse, j'écris, malgré les

 cahots, dans mon journal de route: "Nulle part ailleurs au monde"