"Ecarquille
tes yeux à la beauté des choses".
De 1866 à 1890, il est chroniqueur et
caricaturiste de tous les journaux voués à la satire des moeurs et dès
1880 rédacteur en chef de "La caricature". Pendant
toute cette période, il voyage en Europe et croque châteaux, vieux bourgs,
cités médiévales. Il doit cette prédilection pour le Moyen-âge au grand
restaurateur-architecte, Viollet-le-Duc. Toujours attaché Compiègne,
sa ville natale, dans laquelle il reviendra régulièrement, Robida déclarait
à Ferdinand Bac en lui montrant la façade de l'Hôtel de Ville: "Voilà
le berceau de ma carrière! C'est ce décor qui est à l'origine de tout!
Je me suis senti tellement uni à lui que je ne pouvais plus m'en séparer.
Il m'a hanté toute ma vie et même dans l'actuel si absorbant, il arrive
au premier plan et s'impose comme une vision du temps de Rabelais!
Le style de Robida est unique par sa légèreté et la précision du trait, Il crée un type de femme qui "mène bien ses affaires sans se laisser distraire [..] des seins qui avancent en emplissant le corset, la taille mince, des hanches superbes qui évoquent en leur courbes exagérées le rêve des chairs ..., des jambes plantureuses aux mollets riches de galbe et des pieds de rien du tout".
L'oeuvre la plus remarquable de Robida
fut sans conteste ses ouvrages prémonitoires sur le XXe siècle qui transportent
le lecteur dans les années cinquante à Paris (qui comporte 64 arrondissements,
dont celui de Chatou-Croissy). Son génie créatif et critique prévoit
l'avènement de la télévision avec le téléphonographe, internet, le RER
et le TGV par les tubes terrestres et aériens, l'industrie alimentaire,
les chaînes de pizzas de la "compagnie d'alimentation"
qui distribue les repas à domicile. Il plonge aussi dans la science-fiction
"La guerre au XXe siècle", "La vie électrique",
"La vie au XXe siècle" avec ses engins motorisés, aériens,
sous-marins mais aussi les gaz toxiques. Il restera obsédé par la prémonition
des effets dûs à la transformation du monde par la science.
C'est une maison de la fin du XIXe siècle, hérissée de bow-windows, de toits enchevêtrés, de porches, de girouettes, de pinacles et, à son ajout, à pont de bois. Au deuxième étage se trouvait son atelier, éclatant de lumière grâce à ses grandes fenêtres, occupant toute la largeur de la maison. Dans le jardin subsistent les traces d'un paysage compliqué de buttes artificielles, de sentiers tortueux au milieu de charmilles et des arbres centenaires. Un mur, véritable monument historique, en plein milieu de la propriété, est l'unique vestige du Mur des Garennes, soigneusement conservé par Robida et ses successeurs.
Robida vécut heureux dans celle maison. Il faisait de longues marches au bord de la Seine, ou pour aller acheter son journal à la gare de Chatou. Un jour il s'y hasarda en bicyclette et "s'écrasa contre les barrières du passage à niveau". Distrait, il l'était! A la naissance de son septième enfant, le voilà parti à pied, bien sûr, à la mairie du Vésinet pour le déclarer. En route il oublie qu'il doit s'appeler Georges; ce sera Jacques. À peine installé, il réalise la première affiche publicitaire "Le Vésinet villégiature parisienne" avec la collaboration du peintre Emile Bourgeois. De 1900 à 1908, il siège au conseil municipal du Vésinet.
Après des années de bonheur, les drames
s'abattent sur sa famille en 1914. D'abord Camille, son deuxième fils,
très grièvement blessé pendant la bataille de la Marne, rapatrié dans
un hôpital béarnais, est amputé d'une jambe. Son cas étant jugé désespéré,
son père se rend à son chevet; Camille il survivra... A son retour au
Vésinet, Albert Robida trouve son fils Frédéric qui l'attend à la gare
pour lui annoncer la mort Henry, son cinquième enfant. Architecte du
roi de Siam, Henry était revenu pour s'engager. Lieutenant au 29e chasseurs,
il est tué à St-Mihiel près de Verdun. On ne reconnaîtra pas son corps
dans charnier. Robida ne supporte pas ces drames. Il fuit la maison
chargée de souvenirs et part pour Neuilly. Toutefois il revient l'été,
louant un chalet près de la gare de Chatou dans l'actuelle rue Aristide
Briand. A voir: L'extraordinaire richesse de son oeuvre dessinée (article)
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