Retour à l'accueil


LA PSYCHANALYSE

QU'EST-CE QUE LA PSYCHANALYSE ?

La psychanalyse est un très grand progrès dans la connaissance et le traitement psychologique. Freud a laissé une méthode sûre et une technique scientifiquement irréfutable d'accès au psychisme. Depuis la psychanalyse a fait son chemin et même si la technique psychanalytique de base est la même que celle de Freud, son application pratique a fait des progrès considérables ! Par ailleurs les psychanalyses d'enfants ont été mises au point. On sait traiter les grands délirants avec des résultats satisfaisants. Les maladies du corps (psychosomatiques) qui ont un lien avec le psychologique sont davantage connues dans leur mécanisme.

LA PSYCHANALYSE EST AVANT TOUT UN PROCESSUS

On ne conçoit plus tellement la psychanalyse sous l'angle de ce fameux « transfert », mais plutôt comme un processus vivant, un cycle psychologique d'évolution. L'analyse remet en route le même processus que celui qui fait grandir et évoluer dans l'enfance et dans l'adolescence. Tout le monde connaît cet enjeu de l'adolescence qui pousse les jeunes à intégrer la puberté, les amitiés, la sexualité, le travail et la société pour faire le passage vers la vie adulte. D'ailleurs le début d'une analyse est souvent rêvé comme un train qui se met en marche, qui rend positive l'évolution vers une plus grande maturation.

La seule condition de réussite de ce mouvement est que l'envie d'évoluer soit plus forte que la violence profonde et cachée qui s'y oppose. C'est ce processus qui redonne la confiance en soi et la force au Moi, il rend le droit d'exister, de faire sa place au soleil et d'avancer dans la vie. Il défait les confusions entre la vie, l'amour et la destruction: la naissance, le sexe, et la mort sont enfin dissociés. Là nous rejoignons Freud lorsqu'il dit que tous les rêves que l'homme peut projeter sur sa vie sont régis par les fantasmes (appelés originaires) de la mort, de la naissance, de l'amour et de leurs sublimations...

QUELLE EST LA DURÉE D'UNE PSYCHANALYSE ?

L'évolution humaine est une construction qui implique le facteur temps ! La psychanalyse n'aime pas la magie toute puissante qui promet le paradis pour tout de suite ! Même si au bout de quelque temps son effet se fait bien sentir, du fait de ce processus, la profondeur d'une psychanalyse est proportionnelle à une certaine durée. Les couches les plus profondes de la psychè ne peuvent être intégrées qu'à ce prix.

ELLE EST UN MIROIR INTÉRIEUR

La psychanalyse est aussi une sorte de miroir. On a appelé transfert cette projection dans le miroir qui permet de voir l'intérieur de soi comme dans un miroir. Ce jeu de miroir refait les images et les identités perdues. Il apporte beaucoup de (bon) narcissisme ce qui donne un certain confort à la vie.

Un avantage de cet investissement intérieur, c'est que la psychanalyse offre partiellement la possibilité de créer et d'inventer soi-même sa propre psyché ainsi que ses propres moyens et manières de transformer l'immense énergie qui se trouve en jeu dans le fonctionnement affectif.

Secondairement la psychanalyse donne à ceux qui ont plaisir à le faire la possibilité de s'investir eux-mêmes, de l'intérieur, de voir et de comprendre comment tout cela fonctionne.

Sans psychanalyste, ce jeu de miroir ne peut pas se faire et il ne faut pas le confondre avec l'autoanalyse ni avec le système d'analyse qui se fait de façon naturelle chez la plupart des individus. L'attention « flottante, neutre et bienveillante » du psychanalyste permet de ne pas fausser ce jeu de miroir et de le rendre positif en sorte que l'analysé puisse s'y« réfléchir » lui-même sans fausses interférences. Cela demande beaucoup de rigueur en même temps qu'une grande souplesse.

Le corollaire de ce jeu de miroir appelle la non-intrusion du psychanalyste dans le miroir qui appartient en propre à l'analysé. Il appelle la « neutralité bienveillante » du psychanalyste. Ce dernier ne parle pas de lui-même. Il ne commet pas d'ingérence dans la vie de l'analysé. Il ne fait pas de suggestion comme dans l'hypnose. Il ne commet pas de court-circuit narcissique en prenant plusieurs personnes à la fois.

LA PSYCHANALYSE DONNE UNE CERTAINE PUISSANCE AU MOI

La psychanalyse donne une certaine force au Moi, elle donne le droit d'exister et d'être soi-même. Elle remet en juste place le décalage entre cette image de soi qu'on appelle narcissisme et soi-même. Elle évacue ce qui à l'intérieur ne correspond pas au Moi et ne lui appartient pas.

Cela n’a rien à voir avec le nombrilisme, il s'agit plutôt d'un désir de se prendre en main et de ne plus penser que ce sont le monde extérieur et les parents qui sont les seuls coupables. Le droit d'exister et de réussir sa vie, peut, en effet, aussi venir de l'intérieur, même dès la petite enfance. Parce qu'elle n'aime pas la projection à l'extérieur de ce qui est intérieur, la psychanalyse reste le bastion d'un certain individualisme. C'est pour cette raison aussi que les psychanalystes pensent que cela vaut la peine de s'occuper d'une même personne plusieurs fois par semaine et pendant un temps assez long...

ELLE PERMET DE CONNAÎTRE NOTRE PARTIE INCONSCIENTE

Le travail central de toute analyse réside dans l'interprétation de ce qui se passe dans la partie inconsciente, celle qui n'est pas connue de soi. Ce travail passe par l'interprétation des rêves et des fantasmes. Cela suppose pour l'analysé de n'avoir pas peur de cet inconscient qui ne fonctionne pas toujours comme la partie consciente et raisonnée dé soi. De voir ce qui se passe réellement à l'intérieur de soi, dans la partie sur laquelle on a jeté le voile permet de résoudre les conflits intérieurs et de comprendre ce qui se passe en réalité. Pour le psychanalyste cela suppose « l'art » de traduire les rêves et l'Inconscient.

ELLE REMET LE PASSÉ EN PLACE

Une grande partie de nos souvenirs et de nos expériences passées est rangée dans l'Inconscient. Le travail de l'Inconscient permet de débloquer les périodes qui n'ont pas été bien intégrées dans le passé et il peut faire en sorte que le passé ne soit plus un frein à l'avenir. C'est le rêve qui ramène les images du passé et les met en lien avec les souvenirs.

LE TRAVAIL DE L'INCONSCIENT

Mais l'Inconscient a surtout pour rôle de structurer nos images et nos pulsions. Il est un peu ce que la grammaire est à notre langage : on en fait sans le savoir. C'est encore le rêve qui accomplit pendant la nuit tout un travail de réorganisation et de réparation de l'Inconscient. La psychanalyse peut prendre ce travail en main et favoriser sa réalisation.

À QUI CONVIENT LA PSYCHANALYSE ?

En fait, les anciennes classifications des pathologies psychiatriques du temps de Freud ne sont guère utilisables en psychanalyse. Certes elles décrivent des mécanismes qui n'ont pas changé et ne changeront jamais mais en psychanalyse chaque individu a son fonctionnement propre dont la compréhension doit être adaptée. Les étiquettes catégorielles sont inutilisables.

Le but premier de la psychanalyse n'est pas de guérir. « Guérir » n'est pas un terme psychanalytique mais médical. Cependant elle permet aux personnes déstabilisées ou qui ont vécu une cassure plus ou moins profonde, de retrouver leur équilibre. Cet équilibre peut être atteint à plusieurs niveaux.

Les grandes cassures

Lorsque la violence profonde est tellement importante qu'elle aboutit au délire, aux décompensations dépressives, à de graves formes de persécutions, à des formes d'autodestructions, suicidaires ou autres mises en acte, à la toxicomanie, à l'alcoolisme et autres dépendances, la psychanalyse n'est possible que s'il s'agit de personnes ayant par ailleurs un certain niveau intellectuel. Le premier travail de l'analyse sera alors de rerendre positif le désir d'évoluer pour remplacer le désir de régression et de destruction. Dans ces cas difficiles, la psychanalyse est le plus souvent liée aux soins psychiatriques et à la prise de médicaments, ce qui n'est pas facile à gérer.

La psychosomatique

D'autres personnes ont tellement peur de leur inconscient qu'elles préfèrent envoyer leur destruction dans leur corps sous ces formes qu'on appelle psychosomatiques. Accéder à la psychanalyse signifie pour elles d'arriver à regarder en face cet Inconscient qu'elles nient et dont elles ne veulent rien savoir. Le monde symbolique est à recréer pour qu'il puisse apporter son narcissisme. Le psychanalyste ne soigne pas le corps mais il est évident qu'en cas de psychosomatisation il faut autant soigner le corps que le psychologique. Il n'est pas utile de se renvoyer la balle d'un camp à l'autre. Certains médecins ont en effet tendance à dire que puisque c'est psy, ils ne soignent pas le corps et les psychanalystes font l'inverse.

Les angoisses, les phobies et autres obsessions quotidiennes

La psychanalyse est tout à fait indiquée dans les cas où l'angoisse ou différentes formes de peurs prédominent. Il y a ceux qui éprouvent comme un trou noir dans leur tête et qui sont épouvantés par ce vide dans lequel ils ont peur de tomber. Parfois ils n'arrêtent pas de pleurer, n'ont plus confiance en eux-mêmes ni en l'avenir comme s'ils n'avaient pas le droit d'exister. D'autres viennent à l'analyse parce qu'ils ne dorment plus et, quelquefois même, ils ont peur de certains objets ou de certaines idées. Il y a aussi la peur de conduire en voiture, de monter dans l'ascenseur, de traverser une route ou de prendre le train... Et il y a encore ceux qui procèdent à toutes sortes de rituels comme de tourner la clé trois fois dans la serrure...

LE DÉSIR D'ÉVOLUER

Ce qui motive une psychanalyse n'est pas tant de vouloir résoudre un quelconque problème de pathologie mais c'est le désir de prendre des dimensions dans la vie et d'évoluer. L’analité joue un rôle important dans ce désir. La plupart des gens commencent une analyse :

  • parce qu'ils sont un peu mal dans leur peau et gênés dans leur vie par des incapacités affectives ;
  • parce qu'ils veulent réussir leur vie de couple ou réparer leur divorce ;
  • parce que leurs problèmes personnels risquent de déborder sur leur travail et les menacent dans leur profession ;
  • ou encore parce qu'ils veulent prendre une certaine dimension dans leur travail. Dans ce dernier cas, en effet, la psychanalyse a pour résultat de libérer le travail en lui rendant ses vraies dimensions humaines ;
  • ou tout simplement parce qu’ils ont envie d'exister par eux-mêmes, dans un certain confort affectif et débarrassés de beaucoup de culpabilités.

À QUEL ÂGE ENTREPRENDRE UNE PSYCHANALYSE ?

L'analyse devrait être conseillée à un enfant lorsqu'il a des problèmes de scolarité au C.P.  A cet âge, l’analyse rattrape rapidement les petites déviations du développement et permet de reprendre plus facilement le cours de l'évolution personnelle et scolaire.

Elle est impérative à l'adolescence lorsqu'on sent que l'adolescent entre dans une crise importante qui risque de le casser entièrement. Lorsqu'elle commence à temps une analyse peut éviter cette cassure ou sa répétition une dizaine d'années plus tard.

La cinquantaine est aussi un passage difficile avec l'andropause et ménopause qui souvent s'ajoutent au départ des enfants qui quittent la maison parentale pour faire leur vie.

Le plus grand nombre d'analyses commence toutefois après la trentaine lorsqu'il s'agit de passer d'une adolescence prolongée à l'âge adulte et lorsque le désir est grand de ne pas passer à côté des forces vives et du narcissisme de la pleine force de l'âge de la vie.

COMMENT SE PASSE UNE PSYCHANALYSE ?

Une analyse exige de venir plusieurs fois par semaine aux séances. Ces séances durent 30 à 45 minutes. Ce temps correspond à une certaine durée du cycle biologique et non à la fantaisie de l'analyste. Le cadre et le contrat du début de l’analyse ont besoin d'être rigoureux. Ils correspondent à la structure psychologique de l'analysé, c'est pourquoi il faut parfois un temps très long pour commencer une analyse et pour s’y installer vraiment. C'est aussi la raison pour laquelle toute modification des horaires provoque de si fortes réactions. A titre d'exemple, le retard au début de la séance est souvent vécu comme un retard dans l'entrée dans la vie à la naissance. Le déplacement d'une séance peut symboliser le déplacement du cadre et de la fonction paternelle. Une séance supplémentaire peut équivaloir à une gratification narcissique maternelle, à un signe d'amour maternel.

La personne en analyse doit venir plusieurs fois par semaine aux séances (sauf aux périodes de vacances de l'analyste). Un rythme de trois séances hebdomadaires est souhaitable.

LA LIBRE ASSOCIATION

Aux séances la règle fondamentale consiste à dire tout ce qui passe par la tête (y compris les rêves), sans considérations morales, philosophiques, religieuses ou autres...

De dire ainsi toutes ses pensées est appelé libre association. Cette valeur est fondamentale. Elle ajoute une dimension nouvelle aux sciences traditionnelles restreintes au raisonnement et à la déduction. Ces deux derniers sont toutefois aussi la base de la psychanalyse qui cherche à comprendre les fonctionnements psychologiques.

La libre association est une dimension spécifique à la psychologie humaine. Elle permet que chaque individu ait la liberté d'être ce qu’il est. De ce fait Vérités, Normes, Chapelles, Jugements ne sont pas des termes psychanalytiques.

On peut comparer la libre association à la manière dont le tout petit enfant fait ses premières synthèses. Lorsque le bébé voit les yeux de sa mère, qu'il entend sa voix et qu'il voit sa bouche bouger, alors il fait la synthèse de l'image de sa mère comme dans un miroir et il lui fait un beau sourire. La libre association de l'analysé répond en miroir à celle de l'analyste et l'interprétation provoque la synthèse.

A cette règle de la libre association, il faut en ajouter une autre : celle qui engage la personne en analyse, à laisser le processus évoluer et à faire en sorte qu'il aboutisse. C'est le plus difficile de l’analyse, parce qu'il n'est pas facile de rester positif vis-à-vis de soi-même.

NÉCESSITÉ DE L'INTERPRÉTATION DE L'INCONSCIENT

Cette méthode de la libre association a été inventée par Freud et elle est la seule qui permette de dégager le fonctionnement de l'Inconscient... et sa propre vérité ! Et il n'y en a pas d'autre ! Un des rôles de l'analyste consiste à interpréter ce qui se passe à ce niveau de l'Inconscient. De la sorte peuvent se résoudre un certain nombre de conflits intérieurs entre ce dont on a conscience et ce qu'on ignore de soi. Personne ne peut faire ce travail tout seul. Il nécessite un psychanalyste, parce que ce qui se passe dans l'Inconscient, est, par définition même, caché à son propriétaire !

UNE ANALYSE SE PASSE AU NIVEAU DU PRÉCONSCIENT

D'une manière plus précise, il est souhaitable que l'analyse se passe au niveau du Préconscient. On reconnaît un bon psychanalyste à sa capacité de travailler (avec souplesse) à ce niveau et de savoir à quel niveau de profondeur se situe les problèmes ! « A quoi ça vous fait penser » ou « Qu'est-ce que ça vous rappelle » permettent de renvoyer aux associations libres et aux souvenirs qui forment le Pcs. et qui font le lien avec l'Inconscient. Il faut procéder avec souplesse parce qu’il y a des personnes qui ne peuvent pas faire d'association libres, d’autres ont refoulé la fonction de remémoration des souvenirs et d'autres encore n'ont que très peu élaboré leur Pcs. Une analyse n'est pas une discussion ou un conseil qui se passent au niveau conscient. Elle n'est pas une confession qui constitue ce que Freud appelait « une décharge cathartique » qui court-circuite le Surmoi et sa culpabilité. L'analyse n'est pas non plus une traduction brute de l'Inconscient. Le Préconscient forme le trait d'union entre le Cs. et l'Ics. L'inconscient est déjà mis en sens et l'association d'idée le relie à la Conscience. J'ai toujours été en admiration devant la capacité de Freud d'entrer progressivement dans la séance. Dans une ambiance de bienveillance et de neutralité, il partait du niveau conscient, laissait un peu de place à la décharge des angoisses ou soucis et au bout d'une dizaine de minutes, il passait au Pcs. : « Est-ce que vous avez fait des rêvés » ?

Le Pcs. permet l'interprétation. Celle des rêves et du Pcs. facilite grandement la compréhension de ce qui se passe à l’intérieur de soi à ce niveau plus inconscient. Le silence permanent du psychanalyste conduit à une perversion explosive et douloureuse de l'analyse par accumulation des problèmes dans l'Inconscient.

LA FIN DE L'ANALYSE ?

Mon expérience de trente ans m'a montré que la fin d'une analyse était différente avec chaque personne. Pour certains, l'analyse est terminée avant même de commencer… C’est le cas de ceux qui ne viennent pas au premier rendez-vous comme ils ont raté leur premier rendez-vous à leur naissance. D’autres terminent leur analyse quand ils ont atteint leur maximum dans leur capacité d'évoluer. Parfois l'analyse se termine quand le psychanalyste n'arrive plus à faire évoluer une situation bloquée. Il va de soi que la personne en analyse peut arrêter son analyse quand elle le veut mais une analyse longue est plus facilement continuée par cette forme d'autoanalyse naturelle, automatique et plus ou moins somatique qui est au cœur de toute psyché. Il faut cependant savoir que tout arrêt d'analyse provoque une baisse du (bon) narcissisme, ce qui montre bien que l'analyse est partiellement irremplaçable ! Sans les séances l’analyse avec un miroir extérieur à soi ne marche plus…

LA FORMATION PRATIQUE DES PSYCHANALYSTES

Après la folle vague des années 1960 de disputes sur la formation de psychanalystes, on commence maintenant à savoir comment se forme un psychanalyste ! Freud lui-même pensait d'abord que tous ses amis pouvaient pratiquer, puis il a confié la formation à une société de psychanalyse. D'aucuns ont pensé qu'on pouvait l'enseigner à l'Université. Les Américains ont voulu réserver la psychanalyse aux médecins.

Aujourd'hui on commence à admettre que la meilleure formation du psychanalyste est celle qui est intégrée à son analyse (ce qui ne le dispense pas d'une formation théorique très importante). Mais on a constaté qu'il est plus facile pour un psychanalyste d'analyser les autres, lorsqu'il peut parallèlement analyser comment il réagit à leurs angoisses et à leurs fonctionnements (= contre-transfert). C'est pourquoi on est moins choqué à l'idée que la psychanalyse des psychanalystes soit souvent très longue. C'est la condition pour qu’ils puissent faire évoluer les cas de plus en plus difficiles dont ils sont amenés à s'occuper. Et leur capacité à mener à bien des analyses limites est souvent proportionnelle à la longueur de leur propre analyse !

Je suis, personnellement, assez sceptique pour une quelconque« supervision » ou un« contrôle » menés parallèlement à l'analyse du psychanalyste. On ne peut pas faire deux transferts à la fois sous peine de fausser le miroir. Ceci ne veut pas dire qu'on ne peut pas discuter de technique ou de théorie avec des psychanalystes plus expérimentés. Demander des conseils est autre chose que d'analyser le contre-transfert. Les« contrôles » ont, souvent été des palliatifs à des analyses mal terminées ou trop courtes. Ils posent également le problème du Surmoi social.

LA FORMATION THÉORIQUE

La psychanalyse est une science au même titre que les autres. Ce n'est pas parce qu'elle est une science qui concerne l'intérieur de l'individu qu'elle n'est pas une science comme veulent le prétendre certains scientifiques qui ne croient qu'à la science objective. La subjectivité aussi a ses lois et on ne peut pas nier l'Inconscient !

Cette science de la psychanalyse ne s'invente pas. Il est inconcevable qu'un psychanalyste n'ait pas étudié toute l'œuvre de Freud et lu un nombre important de psychanalystes contemporains. Mais ce qui est intéressant dans la psychanalyse c'est que l'acquisition de la théorie psychanalytique résulte d'un travail du Moi. Elle est fonction de l'évolution du Moi. La psychanalyse ne peut être comprise que si le fonctionnement correspondant est déjà intégré. Elle ne résulte pas d'un Surmoi imposé de l'extérieur ou par la société. Si la théorie psychanalytique n'est pas une construction du Moi, elle aura des difficultés à être utilisée dans les séances de psychanalyse. On ne peut pas tricher avec du toc ! Le Surmoi ne sert qu'un moment, il donne la structure puis, au moment de la synthèse, il disparaît.

Il y a un ordre logique dans l'évolution de l'apprentissage d'une théorie. Freud a commencé par étudier les angoisses du corps, puis il s'est débattu avec l'hystérie parce qu'il avait lui-même intégré la symbolisation et ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il a pu essayer de comprendre le fonctionnement des sociétés avec Totem et Tabou et désœuvrés suivantes.

En plus de sa formation universitaire ou autre, chaque psychanalyste se construit son monde et ses modèles théoriques propre et il les intègre dans son Moi comme il y intègre son Idéal. Qui n'a pas commencé avec P.Daco ou Méni Grégoire ? Le mélange devient plus savant avec les géants du début : Freud, Abraham, Férenczi, E. Jones. Ils permettent de se former vraiment et de s'introduire... Freud est d'abord idéalisé mais à la fin, il est intégré. Puis ce sont les psychanalystes contemporains qui deviennent les stars. Ces étoiles sont différentes pour chacun parce qu'elles répondent aux besoins de la vie de chacun ! C'est ainsi que chacun se spécialise. Mais ces idéalisations sont, elles aussi, destinées à disparaître avec la synthèse du Moi.

Ce n’est qu'à partir du moment où le Moi a fait une certaine synthèse de la théorie et de la pratique qu'il peut jouer avec le narcissisme et l'analité puis en faire la synthèse par une certaine sexualité œdipienne et libératrice, Les notes et la technique musicale deviennent enfin un bel air de musique qui n'a plus rien à voir avec le solfège, la psychanalyse devient un art et un métier !

LES ÉCOLES ?

Les dissidences ont été nombreuses depuis Freud : Adler,Fromm, Reich, Jung et tant d'autres... Il a été recensé plus d'un millier de formes de parapsychanalyses. JE dirais que chacun cherche dans la vie ce qu'il a envie de trouver et qu’il faut de tout pour faire un monde. Le problème des croyances et de la magie est un problème d'Idéal, d’idéologie, d'illusion, de fascination. L'accaparement de la psychanalyse peut aussi résulter de la toute puissance du Surmoi. C'est ce jeu d'un mauvais narcissisme et d'une analité perverse qui a été à l'origine de toutes les guerres !
Mais je trouve important que la psychanalyse soit appelée psychanalyse.
Elle est un métier différent de la psychologie qui étudie le fonctionnement humain mais qui n'a pas d'outil pour intervenir sur la psyché. La psychologie est enseignée à l'université et a beaucoup de difficultés à trouver son identité. Il me paraît cependant indispensable que le psychanalyste soit aussi un bon psychologue. Connaître les schèmes de développement de l'enfant, la spécificité de l'adolescence et des âges de la vie ou encore connaître les mécanismes des images et de la psyché est une nécessité.

Mais la psychanalyse se différencie de la psychologie. Seule la théorie psychanalytique peut être enseignée à l'université (encore que la méthode pour l'intégrer ne soit pas forcément la même). Il ne faut surtout pas oublier que la psychanalyse est avant tout une pratique et une expérience individuelle, un insight et une science des fonctionnements subjectifs. Seule la pratique du divan peut en conférer l'apprentissage. On en revient au principe du forgeron, c'est en forgeant qu'on devient forgeron !

Elle est un métier différent de la psychiatrie qui étudie la partie physique, corporelle, neurobiologique et cérébrale du psychisme. Elle se sert des médicaments pour agir sur le comportement humain. CES médicaments ont fait des progrès considérables et ils sont indispensables dans les cas qu'autrefois on appelait les psychoses. Les médicaments jugulent l'agressivité (comme dans le suicide) ou l'excitation (comme dans le délire) primaires et cela permet alors de faire la psychanalyse. Sans médicaments bien adaptés, la psychanalyse n'a aucune chance de réussite. On peut même observer comment elle fluctue au gré des diminutions ou des augmentations de médicaments.

Elle est un métier différent de la médecine. La psychosomatique fait le lien entre la psychanalyse et la médecine pour comprendre le lien entre ce qui est psychologique et les maladies.

Elle est un métier différent de la psychothérapie. CE mot traduit souvent la peur de faire de la vraie psychanalyse. Ce terme désigne des méthodes aussi différentes que la relaxation, l'hypnose ou le traitement des psychotiques. Théoriquement l'Ordre des médecins interdit aux non-médecins d'utiliser la dénomination de psychothérapeute.

Elle est un métier différent de beaucoup d'autres formes de consultations basées sur la magie ou la suggestion et dont quelques-unes sont la survivance de la psychologie d'il y a trois mille ans. A chacun sa psychologie !

QUEL EST LE COÛT D'UNE PSYCHANALYSE ?

La psychanalyse a un certain coût. A Paris le prix des séances varie généralement entre 35 et 60euros selon les psychanalystes. Les tarifs sont fonction des psychanalystes et de leur capacité d'adapter leur propre analité à la réalité financière de leurs "clients". En 1974, J.Lacan demandait 100 euros à des étudiants. B.Grunberger demandait 20 euros à la même époque aux mêmes étudiants...

Mais cela ne doit pas faire oublier que l'argent représente des dimensions importantes de l'analyse. L'argent fait partie d'un système de valeurs psychologiques plus global (appelé analité) et qui répond de la valeur et de la puissance qu'on a réellement à l'intérieur de soi. Les moyens et la puissance mis en jeu ainsi que les transformations de l'agressivité font partie de cet investissement. L'analyse permet de ne plus confondre l'argent avec sa propre valeur ni avec sa propre puissance et ses propres moyens...

Les psychanalyses gratuites ou payées par les assurances marchent pendant quelque temps sans problème. Mais dès que l'analité, (c'est-à-dire les problèmes de sa propre valeur et de sa propre puissance) doit se mettre en place, l’analyse piétine ou même ignore cette dimension. Cela pose aussi le problème des psychanalystes qui attendent que la Mère Société leur fournisse une clientèle.

Tout ceci montre que la psychanalyse suppose un choix : celui de vouloir s'investir et se valoriser soi-même en priorité afin d'arriver à prendre une certaine dimension dans la vie et d'évoluer...

J'espère que ces renseignements vous seront utiles et je vous remercie de les avoir lus !


  
  P.S.
    J'ai eu de nombreux mails, au sujet de ce texte, me demandant comment reconnaître un bon psychanalyste. C'est une réponse à laquelle il est presqu'impossible de répondre tellement c'est difficile. Il y a cependant quelques points qui sont incontournables. Un bon psychanalyste se reconnait au respect du cadre : l'heure des séances et leur durée ne sont pas aléatoires. Il travaille sur l'inconscient : il analyse les rêves et se sert des associations d'idées. Il fait la différence entre une interprétation rigoureuse et le bavardage même psychologisant. Il préfère la psychanalyse à la psychothérapie. Il comprend que les jeux du miroir, les mouvements narcissiques et les transferts ont leurs règles qu'on ne peut pas changer ni réinventer a volo...La neutralité bienveillante y est fondamentale.

 

 


Sommaire


© Alfred ERBS
Docteur ès sciences humaines
Psychanalyste à ORLÉANS
e-mail : alfrederbs@gmail.com
web : http://www.psychanalyseerbs.com/

Retourà l'accueil

Pagesuivante : Le fantasme d'enfant