L'ÉTUDE DE DOCUMENT HISTORIQUE 

(page mise à jour le 20/12/2008)

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Sommaire de la page :

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 Le sujet

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Comment appréhender les questions ?

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Comment "présenter" le document ?  --> Lexique sur les types de documents

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La 1ère lecture

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Comment éviter la paraphrase ?

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Exemple 1 : la collaboration vue par Laval (1942)

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Exemple 2 : La correspondance familiale en 1940-1941

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Exemple 3 : Les mémoires d'espoirs du général de Gaulle

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Exemple 4 : La bataille de Wattignies, comparaison de deux rapports fait par un même auteur

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L'étude de document en Histoire et en S.E.S. : points communs et différences - cas 1 un texte / cas 2 un tableau statistique

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Les différents types d'explication de texte

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"Expliquer" n'est pas "justifier"

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La méthode Stabylo

 

 

 

 

 

 

 

 

 LE SUJET

Le nouvel intitulé de l'exercice (à valoir à partir de la session 2005) vise à lever les confusions ou ambiguïtés que l'appellation précédente de "commentaire" entretenait avec l'exercice de type universitaire. Désormais, il s'agit surtout d'expliquer le document ou les propos qu'il contient en s'appuyant sur des connaissances de cours.

Le candidat répond aux questions posées ; sur ce point, rien ne change donc.

L'exercice se présente toujours sur le même modèle, en trois points :

1°) un énoncé

2°) le document proprement dit

3°) quatre ou cinq questions.

L'énoncé définit le thème (ou sujet) du document. 

Le document est le plus souvent un texte. Il peut s'agir aussi d'une image (caricature, photo, affiche…) ou un tableau (graphique, statistique…).  

Le candidat est invité à répondre aux questions les unes après les autres. Il n'est pas tenu de composer un texte comme dans l'épreuve majeure. Ses réponses doivent être concises mais précises.  

 

A l'occasion de cet exercice, le candidat doit montrer :  

  1. Qu'il possède des connaissances générales sur le sujet abordé par le document.

  2. Qu'il sait interpréter un document (il ne se contente pas de le paraphraser).

  3. Qu'il sait prendre du recul par rapport au document selon ce qu'il est (il en apprécie le contenu en fonction de sa nature, son auteur ou sa date, ce qui renvoie aux questions de "présentation du document" ou demandant à définir "l'intérêt", la "valeur" ou la "portée" du document).  

  4. Qu'il sait établir des liens de causalité entre plusieurs connaissances (il sait expliquer le document).  

  5. Qu'il maîtrise assez la langue et le vocabulaire requis pour s'exprimer clairement.  

Les fautes qu'il faut donc apprendre à éviter sont :  

  1. Le "bavardage" ou "remplissage", défaut du candidat qui brode parce qu'il ne sait pas son cours. Première obligation : étudier son cours.  

  2. La "paraphrase" ou recopiage du texte. Deuxième obligation : apprendre comment l'éviter ou comment traduire le document.  

  3. La "crédulité", attitude consistant à accepter naïvement tout ce qu'énonce l'auteur du document. Troisième obligation : apprendre à critiquer le document en fonction de ce qu'il est (d'où l'importance de la "présentation" ou de la réflexion sur la "valeur" du document).  

  4. Les erreurs sur le sens (faux sens et contre sens). Quatrième obligation : lire attentivement son document.  

 

COMMENT APPRÉHENDER L'EXERCICE

Choisir son sujet :

L'épreuve mineure propose un choix entre deux sujets. Il faut faire celui-ci assez vite.

Le sujet lui-même suffit, parfois, à déterminer ce choix, en fonction des impasses que l'on a pu faire.

Attention toutefois : Sauf impasse totale, donc, il vaut mieux prendre quelques minutes pour lire les questions des deux sujets. Au delà de l'énoncé du sujet, il faut savoir si on possède les connaissances qui seront demandées.

Analyse et interprétation rapide des questions :

Le choix du sujet fait, il faut analyser les questions qui l'accompagnent pour savoir comment les aborder. Chacune à une finalité précise. On peut distinguer six types de questions :

  1. La question de présentation : c'est toujours la première, mais elle n'est pas obligée. Elle consiste à définir l'intérêt historique et/ou degré de fiabilité du document selon sa nature, sa date, son auteur ou le sujet. Si cette question n'est pas donnée, le questionnement sur l'intérêt ou la valeur du document resurgira probablement dans la dernière question de l'étude.

  2. La question de cours : il y en a toujours une qui invite le candidat à exposer des connaissances extérieures au document. L'une des premières questions qui invite à définir le contexte en est l'exemple type.  

  3. La question d'explicitation qui invite le candidat à clarifier ou à définir une notion, une phrase, une partie du document.

  4. La question d'analyse : elle porte sur le contenu du texte et revient, à demander : "que dit l'auteur ?". 

  5. La question d'explication qui invite à préciser les raisons de l'auteur (et non celles d'un autre) en mettant en relation ce qu'il dit et le contexte.  Elle est souvent liée à la question d'analyse. 

  6. La question d'exploitation : c'est toujours la dernière. Elle invite à évaluer l'impact du document, son avenir. Elle oblige le candidat à montrer qu'il a des connaissances. Cette question s'apparente donc à la question de cours (raison pour laquelle nous l'inscrivons ici en rouge).

A l'occasion d'une première lecture, il est utile de définir le type de chaque question (par un jeu de couleur, par exemple). Ce repérage permet de découvrir comment l'examinateur a pensé son sujet. Ce dernier peut être construit de manière thématique (chaque question porte sur un thème qu'il faut analyser, puis expliquer), ou didactique (les questions sont par type et se suivent sur le mode du Fait / Causes / Conséquences). Connaître la structure du sujet aide à composer des réponses claires.

Remarques :

1°) La question d'analyse est la seule qui ne requiert pas de connaissances particulières de la part du candidat. Contrairement à l'idée reçue, on ne peut donc pas réussir une bonne étude sans bien connaître son cours car tous les autres types de questions renvoient à celui-ci. De plus, la question d'analyse semble facile ; de fait, c'est la plus dangereuse : c'est elle qui conduit à faire de la paraphrase.

2°) Les distinctions établies ci-dessus ne se font pas forcément question par question. Un même numéro de question peut contenir une question d'analyse et une question d'explication. Cette dernière, toutefois, n'est pas toujours posée. C'est généralement le cas dans une structure thématique des questions. Il faut alors partir du principe que toute question d'analyse appelle une réponse explicative, que celle-ci soit demandée ou non.

3°) Distinguez l'explicitation de l'explication. La 1ère clarifie le sens de ce qui est dit (en proposant une définition, par exemple). La seconde, en revanche, expose les raisons pour lesquelles l'auteur dit ou fait quelque chose.  

4°) La question d'exploitation ressemble à la question de cours dans la mesure où elle fait appel aux connaissances personnelles. Mais, comme la question d'explication, la réponse doit établir un lien de cause à effet entre le document et des événements qui le concernent. Au lieu de répondre au pourquoi et renvoyer à des causes, elle expose seulement des conséquences.

COMMENT PRÉSENTER LE DOCUMENT ?

 Que signifie : "présenter un document"                       aller à l'exemple

Cette opération consiste d'abord à identifier cinq informations accompagnant le document ("informations brutes"). Elle doit être faite rapidement, au brouillon, pour soi. Elle permettra de répondra aux questions portant sur la nature du document, son contexte, son auteur et, surtout, sur son type ; elle servira surtout à définir l'intérêt historique du document ou son niveau de fiabilité. C'est important à deux titres : parce que cet "intérêt historique" ou cette "valeur" est souvent demandé aux candidats dans l'une des questions ; si ce n'est pas le cas, il faut malgré tout qu'il sache quelle confiance il peut attribuer aux informations qui lui sont fournies par le document. 

Pour bien définir cet intérêt historique, il faut partir de l'information brute. Il est cependant nécessaire, souvent, d'ajouter à celle-ci quelques précisions (opération qui sera l'occasion pour le candidat de faire la preuve de ses connaissances). Nous appellerons ces précisions "valeur ajoutée".

Pour illustrer ce qu'il convient de faire, le mieux est encore de se référer au tableau ci-dessous. Celui-ci n’est pas demandé au baccalauréat ; mais rien n’interdit de réaliser son équivalent au brouillon ou dans sa tête quand on maîtrise bien l'exercice. Nous y distinguerons successivement le rappel de l'information susceptible d'être demandée par l'examinateur (1ère colonne), l'information brute (colonne 2), la valeur ajoutée (colonne 3) et enfin l'intérêt historique lui-même (colonne 4).  

 

 

Présenter

Rappel méthode

 

Information brute  

=

 

Valeur ajoutée

(C'est-à-dire)

 

Intérêt historique

(donc)

 

Auteur 

Date

Nature

Destinataire

Sujet

 

type

Qui ?

Quand ?

Support ?

À qui ?

Quoi ?

 

voir ci-dessous

sa fonction, son titre...

le contexte

sa fonction sociale

sa fonction, son titre...

son rapport avec l'énoncé

 

Quel regard porter sur le document, quelle réserve prendre vis-à-vis de lui, quel impact peut-il avoir…etc. ?

Remarques :

Dans ce tableau, deux expressions et un signe sont soulignés par leur inscription en tête de colonne, leur écriture en italiques ou leur isolement : "c'est-à-dire",  "donc" et "=". Ils sont là pour aider à comprendre le lien qui existe entre chaque partie du travail.

L'information brute n'est en réalité qu'un recopiage des indications accompagnant le document. La reproduire dans sa copie est nécessaire pour indiquer au correcteur de quoi on parle, mais reste forcément insuffisant. Par contre, le "c'est-à-dire" introduit une clarification ou une précision, autrement dit la maîtrise et l'utilisation d'une connaissance personnelle ; c'est un enrichissement qui sera récompensé. Les plus importants (dans le sens où ce sont les plus attendus par les correcteurs et qu'ils sont souvent demandés explicitement dans la question) concernent l'auteur (il faut généralement préciser sa fonction à la date du document) et la date (qui invite à préciser le contexte et à montrer au passage qu'on connaît son cours).

Le "donc", pour sa part, introduit une déduction. De l'information relevée et précisée en termes de valeur ajoutée, le candidat doit tenter de déduire le regard qu'il peut porter sur le document ; autrement dit l'intérêt qu'il peut lui trouver par référence à ce qu'il est. L'expression de cet intérêt doit être explicite (voir les exemples - voir aussi un exercice spécifique.

 

La nature du document : il s'agit de définir ce qu'est le document en lui même, le support sur lequel s'inscrit l'information. Il s'agit donc de préciser si on a affaire à un texte, une image ou une tableau de données. Ces trois réponses types ne suffisent cependant pas. Si vous avez un texte, précisez ce qu'il est : lettre, essai, loi, roman, article de presse ; pour une image, c'est une photographie, un tableau d'art, une caricature... le tableau propose de lire une courbe, des données statistiques ou des indices... etc.

 

Le type de document : cette information est rarement demandée pour elle-même ! Mais elle est indispensable ! C'est elle qui va vous permettre de cerner l'intérêt du document car, d'une certaine façon, elle est la résultante des 5 informations précédentes.

Identifier le type du document permet de présumer de sa valeur objective ou non.

 

Il existe trois "types" de documents :

  1. Le document "Événement" : on le considère tel parce que sa publication fait "acte", elle produit un fait qui change le cours de l'histoire, que ce soit dans un domaine général ou très particulier. Sont documents événements : les lois, décrets, traités... , un discours ayant un impact décisif sur les événements... etc. Ce sont tous des documents qu'on peut dire aussi "officiels".

  2. Le document "Témoin" ou "Opinion" : c'est un document qui présente le point de vue (opinion) d'une personne. Ce point de vue peut être "en direct" (au moment de l'événement) ou plus tard (dans des Mémoires). Ce "point de vue n'engage que son auteur ; il faudra donc être prudent dans le traitement des informations qu'il donne et rester critique. Sont documents témoins : les discours n'ayant pas eu d'impact événementiels, les articles de presse, les témoignages, les photographies ou dessins d'artistes, les études scientifiques.

  3. Le document "didactique" : C'est un document qui a vocation pédagogique, il entend donner les moyens au lecteur de comprendre une situation. A ce titre, il propose "un point de vue" comme le document témoin. Sauf que ce "point de vue" s'appuie sur un faisceau de témoignages ou données recensées par des savants. Le document didactique n'est pas neutre mais il est scientifiquement vérifié. L'identifier n'est pas pour autant très difficile. C'est un document tardif par rapport à l'événement, se présentant sous forme de tableau, courbe, histogramme, carte... Ils sont produits par des professeurs, éditeurs, chercheurs.

 

Aucun document n'est absolument "objectif". Il présente toujours un point de vue. Évitez donc l'emploi de ce terme pour caractériser le document à étudier. Il est clair, toutefois, qu'un document "événement" est plus neutre qu'un témoignage parce qu'il établi d'abord un fait. Pour connaître ce dernier, il est donc clair que le document "événement" est plus fiable que le document "témoin". C'est sur ce point que vous pourrez donc définir l'intérêt historique du document.

 

LA 1ère LECTURE

Le document étant identifié pour ce qu'il est, il est temps d'analyser ce qu'il dit.

Il faut alors procéder à une lecture attentive du texte. Cette lecture doit se faire crayon en main afin de noter d'emblée (à même le support des sujets) tous les éléments du document susceptibles de répondre aux questions posées. Pour une réponse demandée contentez vous d'inscrire sur votre papier un ou deux mots pas plus qui seront le noyau dur de votre rédaction ultérieure. Ne rédigez surtout rien à cet instant du travail.

Dans la mesure où on connaît les questions et où on sait quelles types de réponses il va falloir extraire du document, on choisira des couleurs qui permettront de distinguer celles-ci. Le candidat qui sait ce qu'il cherche trouve plus aisément que celui qui ne le sait pas.

Par convention, on peut ainsi souligner dans le texte ce qui répondra aux questions d'analyse, aux questions d'explication et aux questions d'exploitation. Mais ce choix de couleurs peut se faire aussi par thèmes, si les questions s'y prêtent.  

 

 

La 1ère lecture permet de cerner le contenu du texte et de se donner les moyens de l'expliciter. Elle permet de définir ce que dit l'auteur. Il reste à déterminer pourquoi il le dit, autrement dit chercher à savoir ses raisons. Il faut alors reprendre chaque idée recensée, poser le "pourquoi" et tenter d'y trouver une réponse.

Mais attention : ne pas confondre les raisons de l'auteur et les "causes historiques". L'auteur d'un document a des intentions, des convictions, des partis pris et autres intérêts qui le conduisent à tenir un propos ou avoir une attitude qui ne sera qu'une cause, parmi d'autres, de l'Histoire à laquelle il participe. Ce sont ces raisons de l'auteur que l'étude de document doit définir et non tout ce qui explique l'événement auquel il se rapporte. Elle doit expliquer pourquoi un acteur de l'histoire a fait ce qu'il a fait de son point de vue à lui.

 

NB : Parmi les raisons de l'auteur, certaines ne sont pas avouables : il ne les dit pas. Ces "silences" du document sont, souvent, aussi importants (sinon plus) que ce qui est dit. Ils renseignent sur l'état d'esprit de l'auteur. Il ne faut donc pas hésiter à les rechercher, au cas où.

 

 

COMMENT ÉVITER LA PARAPHRASE ?

La paraphrase : Elle est la plaie des copies et la hantise des candidats qui veulent bien faire.

Elle revient à répéter (souvent moins bien) ce que le document dit.

Ce recopiage est une faute dans la mesure où il n'apporte rien. Le candidat fait la preuve qu'il sait lire ! Mais ce n'est pas une qualité suffisante pour mériter le baccalauréat.

La paraphrase surgit en réponse à des questions d'analyse (voir les 1er conseils).  

Que faut-il faire ou ne pas faire ?

A la question d'analyse (qui demande ce que dit l'auteur), il faut traduire ou interpréter sa pensée, son idée. Parfois, aussi, il est nécessaire de l'expliciter en apportant une précision tirée des connaissances de cours.

Traduire ou interpréter consiste à définir ou caractériser la pensée énoncée par l'auteur. Cette caractérisation s'introduit par des locutions du type "c'est-à-dire", "autrement dit".

Ce qu'il ne faut surtout pas faire, c'est de citer le texte dans le cadre de sa réponse. Ouvrir les guillemets, c'est répéter le texte. Répondre par une citation (paraphrase directe) ou en insérant les mots du document dans le texte que l'on compose (paraphrase indirecte) revient à commettre la faute fatale. Certes, la citation est autorisée ; mais à la condition qu'elle soit séparée de la phrase que l'on rédige (par une mise entre parenthèse, par exemple), uniquement après avoir défini la pensée de l'auteur. Cette citation autorisée est seulement faite pour montrer au correcteur à quel passage du document on se réfère.  

 

NB : L'explicitation n'est pas toujours nécessaire. Elle l'est seulement au cas où l'auteur tient des propos techniques ou multiplie les allusions qui méritent d'être éclaircies.

 

Comment éviter la faute ?

Sur le modèle ci-dessous, faites un tableau (au brouillon) afin de distinguer le texte (paraphrase), son interprétation et son explication. Ce travail peut s'avérer long ; il faudra apprendre à s'en passer. Mais il est utile pour comprendre comment éviter la paraphrase.  

Le texte ou paraphrase

Interprétation

Explication

 

"….." : 

citation du passage répondant à la question.

"Autrement dit" 

définir la pensée de l'auteur

"Parce que..." 

énoncer les raisons de l'auteur

Au moment de rédiger les réponses, il faudra donner son interprétation, puis justifier celle-ci par un renvoi au texte (citation mise entre parenthèse) et enchaîner par l'explication dans la mesure où l'exposé de celle-ci s'avère approprié.

 

Étude de documents : La méthode stabylo

 

Comment éviter les réponses paraphées par le professeur des formules récurrentes : « ceci ne vous est pas demandé », « confus », voire « contradictoire » ou « incohérent », fautes classiques dans les Études de documents qui, au mieux, font perdre un temps précieux, au pire s’accompagnent d’un zéro pointé ?

 

Ce genre de fautes relève principalement d’une mauvaise exploitation des documents par rapport aux questions posées. Si les erreurs d’interprétation, contre et faux sens sont liés à une mauvaise mémorisation des connaissances, des notions ou du vocabulaire, les fautes d’exploitation des documents sont souvent le résultat d’un manque de rigueur, d’attention ou un phénomène d’oubli progressif des consignes ou énoncés des questions. Contre ces défauts, la "méthode stabylo » peut s'avérer fort utile.

 

L’usage des stabylos lors des études de documents est aussi répandu dans les classes de lycée qu’il est de bon aloi. Inutile donc d’insister sur les avantages que peut procurer l’outil. Faut-il encore bien s’en servir. Or, l’expérience montre que la plupart des élèves font une mauvaise utilisation de l’instrument.

 

L’erreur commune est la suivante : pour les mettre en évidence, le candidat surligne les principales informations contenues dans le document ; il le fait souvent avec le souci prioritaire de bien comprendre ce dernier.

 

Si cet objectif est louable, voire nécessaire, le surlignement de ce qui est important peut néanmoins provoquer la confusion s’il ne correspond pas strictement à la question posée.

 

En effet, beaucoup de documents comportent plusieurs types d’informations ; mais toutes ne sont pas forcément demandées par le questionnaire attaché à l'exercice. En surlignant ce qui l’aide à comprendre, le candidat apprivoise le texte dans sa globalité : ceci est fort bien. Mais il se met aussi en danger de donner des réponses inutiles (hors question), voire d’oublier ce qui peut paraître secondaire alors que l'information est principale au regard de la question posée ; il se met aussi en position de produire une réponse composite qui sera confuse ou contradictoire.

 

Pour éviter ces dérapages malheureux, résultats pourtant d'un bon travail d'analyse, la méthode stabylo peut s'avérer utile.

 

La méthode conduit en premier lieu à se munir d’au moins 4 ou 5 stabylos de couleurs différentes.

Il faut procéder ensuite en respectant les étapes suivantes :

 

1°) Faire une lecture globale du sujet :

  1. -         De l’énoncé pour isoler le thème de l’étude.

  2. -         Des questions pour en extraire les sujets spécifiques et attribuer à chacun une couleur.

  3. -         Des questions pour comprendre la logique qui les lient entre elles (thématique, didactique, chronologique). Cette logique aidera à mémoriser les questions posées. Dans ce but, il est bien de relier chaque question par des signes, symboles ou petits mots de coordination qui serviront au moment de la rédaction de la synthèse.

  4. -         Des documents (à ce stade du travail, une lecture rapide s’appuyant en partie sur les titres donnés à chacun d'entre eux peut suffire) pour en comprendre le sens général.

2/ Procéder à l'analyse détaillée des documents : l'idée générale du dossier qui vous est soumis étant à peu près perçue, il s'agit désormais de chercher dans chaque document les réponses demandées par le questionnaire. En travaillant "question par question" et en vous référant aux couleurs attribuées lors de l'étape 1, surlignez chaque réponse repérée.

 

3/ Rédiger les réponses : Le surlignement correspondant à toutes les questions étant fait, rédigez vos réponses en vous appuyant sur tous les passages surlignés dans une même couleur. Plus le nombre de passages surlignés est important, plus riche sera la réponse ; plus confuse également si vous n'y prenez pas garde. Avant de rédiger, prenez donc bien soin de réfléchir à ce qui relie les réponses entre elles : s'additionnent-elles ou s'opposent-elles ? S'organisent-elles selon un ordre chronologique ou non ? Cette réflexion déterminera la construction de votre réponse et le choix des mots de liaison. C'est très important pour éviter les propos confus, les contresens et les contradictions !

 

Ce travail terminé, vous pouvez construire, puis rédiger votre synthèse.

 

NB : Si vous n'avez pas de stabylo, vous pouvez utiliser des bic de couleur, voire un crayon d'une seule couleur. Vous différencierez vos réponses en les soulignant de manière différente : trait plein, tirets, ligne brisée... par exemples.

 

2ème PARTIE : EXEMPLE TYPE

 Énoncé du sujet : La collaboration vue par Laval 

Le document : 

 

Je veux vous parler, aujourd’hui, avec simplicité et avec une grande franchise. Nous vivons des moments difficiles, nous aurons encore à subir des privations. Ce moment durera autant que durera la guerre et quelques temps après […] De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe […]

Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse : pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher à l’usine et aux champs.

Je souhaite la victoire allemande, parce que, sans elle, le bolchevisme demain s’installerait partout.

Ouvriers de France ! C’est pour la libération des prisonniers que vous allez travailler en Allemagne !

C’est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! C’est pour permettre à la France de trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel.

Cette guerre, je l’ai déjà dit, n’est pas une guerre comme les autres. C’est une révolution d’où doit surgir un monde nouveau. Vous n’avez rien à redouter, mais tout à espérer du régime qui s’instituera chez nous. Une république plus jeune, plus humaine, plus forte, doit naître ; le socialisme s’instaurera partout en Europe, et la forme qu’il trouvera en France sera dessinée par un caractère national.

Français, un grand soldat, dont toute la vie est un exemple de sacrifice et de discipline, préside aux destinées de notre patrie. Je vous parle ce soir en son nom. Le Maréchal vous dirait que la France n’a jamais laissé l’Histoire se faire sans elle et qu’on ne remonte pas des abîmes du malheur que par les sentiers du courage.

Pierre Laval, discours radiodiffusé du 22 juin 1942

Cité dans les temps nouveaux, 24 juin 1942

Les questions :

1°) Présentez le document.

2°) Dans quelle phase du conflit sommes nous pour l’Allemagne ? Quelle est la situation de la France à cette date ?

3°) Quelle politique préconise Laval ? Poursuit-elle celle mise en œuvre par Pétain depuis 1940 ?

4°) Quelles raisons donne Laval pour justifier ses choix ?

5°) Montrer que ce document est un document de propagande dont l’effet a été limité.

1°) Présenter le document

Construction du tableau préparatoire : 

 

Présenter

Rappel méthode

Information brute

Valeur ajoutée

(C'est-à-dire)

Intérêt historique

(donc)

 

Auteur

Pierre Laval

=

Chef du gouvernement 2ème personnalité de l'État.

Il est donc le décideur de la politique nationale, la plus haute autorité à ce niveau.

 

Date 

22 juin 1942

=

Milieu de la guerre, l’Axe accumule les succès.

1er anniversaire de l’attaque allemande contre l’URSS.

Sous la pression des Allemands, Laval vient d’être rappelé à la tête du gouvernement (18 avril).

Le sort de la guerre n'est donc pas encore joué.

La France collabore avec l'Allemagne, mais elle peut encore y renoncer.

L'Allemagne semble cependant imposer sa volonté en exigeant le retour d'un homme qui lui est proche.

  Nature

discours radiodiffusé

=

Un exposé simplifié de la politique de l’auteur.

Ce genre de discours a donc une vocation officielle, explicative ou justificative.

  Destinataire Les Français

=

Toute la population

Nul ne peut donc ignorer les propos qui sont tenus et la nature de la politique suivie par le régime.
  Sujet Appel aux volontaires pour aller travailler en Allemagne. Expression d'un vœu par référence à la politique que l'auteur entend mener.

Il a donc besoin d'un soutien populaire. Il fait part de sa conviction.

 

Le type de ce document : c'est un document "événement" dans la mesure où il expose la politique que l'auteur va mettre en oeuvre, il définit la politique d'un gouvernement.

Rédaction de la présentation

Le travail préparatoire étant achevé, on peut rédiger la présentation demandée. Il s'agit d'écrire un texte d’une quinzaine de lignes donnant toutes les informations susceptibles d’aider à comprendre l'intérêt historique du document et reliant celui-ci à la formulation de la problématique. Dans l'exemple rédigé ci-dessous, nous soulignerons les valeurs ajoutées et l'expression de l'intérêt historique du document par l'emploi de couleurs spécifiques. Ce sont les passages ainsi mis en valeurs qui sont attendus par les correcteurs.  

 

1°) Le document est un discours radiophonique du chef du gouvernement français Pierre Laval, autrement dit un exposé fait par la plus haute autorité de l’état, celui qui  a le destin du pays entre ses mains. Il s'adresse à tous ses compatriotes afin de leur exposer sa politique. Ici, il appelle les Français à aller travailler en Allemagne pour aider ce pays à construire une nouvelle Europe dans laquelle la France doit avoir sa place. Ce discours date du 22 juin 1942, alors que l’Allemagne triomphe sur tous les fronts. Le sort de la guerre n'est donc pas encore joué, loin de là. Sous la pression allemande, Laval vient d’être rappelé à la tête du gouvernement français.

Grâce à cet extrait, nous pouvons donc nous faire une idée assez précise de la politique officielle du régime de Vichy, de ses intentions à moyen terme et des raisons qui animaient ses chefs. Il doit permettre de mieux comprendre la nature du régime et ses convictions. 

 

Notez que nous n'avons pas repris tous les éléments qui avaient été inscrits dans le tableau. C'est une question de choix. Il n'y a pas de présentation idéale. A chacun d'apprécier ce qu'il estime être le plus important et de bien le mettre en valeur par un texte court et bien tourné. N'oublions pas non plus que le temps imparti pour réaliser l'épreuve ne laisse pas forcément le loisir d'en rajouter. Il faut tenir compte de cette contrainte.

 

Analyse du document : identification des questions et 1ère lecture

La présentation ayant été faite, il faut reprendre le texte et repérer de façon linéaire tous les passages, mots ou expressions susceptibles d’apporter une information ou réclamer une clarification. Par ailleurs, il faut chercher à repérer tout ce qui apportera réponse aux questions imposées par le sujet. Il est donc nécessaire de lire celles-ci attentivement et de les interpréter.

Interprétation des questions :

Après la question de présentation, l'exemple propose quatre questions. Interprétons ces questions en distinguant les questions de cours, les questions d'analyse, les questions d'explication et les questions d'exploitation.

2°) Dans quelle phase du conflit sommes nous pour l’Allemagne ? Quelle est la situation de la France à cette date ?

3°) Quelle politique préconise Laval ? pourquoi ? Poursuit-elle celle mise en œuvre par Pétain depuis 1940 ?

4°) Quelles raisons donne Laval pour justifier ses choix ? pourquoi ?

5°) Montrer que ce document est un document de propagande dont l’effet a été limité.

 

N-B :

§         Le décryptage faisant apparaître l'absence de toute question d'explication, il faut donc les rétablir là où elles sont nécessaires (après toute question d'analyse) en introduisant un pourquoi auquel on s'efforcera de répondre dans sa copie. En agissant ainsi vous aller enrichir votre propos et l'examinateur vous en tiendra compte.

§         Attention : la question 4 est trompeuse. Elle peut apparaître comment étant une question d'explication à cause du "quelles raisons". Mais il ne s'agit pas ici d'expliquer pourquoi Laval collabore mais d'extraire du texte les raisons que lui-même donne de sa politique. Autrement dit, il faut chercher à exposer d'abord ce qu'il dit avant d'expliquer pourquoi il le fait et développer (éventuellement) un petit commentaire critique. Cette question est donc bien une question d'analyse.

§         Le fait que les questions 3 à 5 soient des questions d'analyse et que les questions d'explication ne soient pas formulées dévoile l'approche qu'il faut avoir du sujet. Celui-ci présente en effet une structure thématique. Ainsi, le texte devra être traité pour présenter et discuter successivement son contenu, ses raisons d'être et sa forme, trois thèmes distincts pour lesquels on peut choisir des couleurs afin de repérer des éléments de réponse dès la 1ère lecture ; sans oublier les passages méritant une petite note d'éclaircissement ou explicitation.

Sur lignage du texte :  

 

Je veux vous parler, aujourd’hui, avec simplicité et avec une grande franchise. Nous vivons des moments difficiles, nous aurons encore à subir des privations. Ce moment durera autant que durera la guerre et quelques temps après […] De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe […]

Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse : pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher à l’usine et aux champs.

Je souhaite la victoire allemande, parce que, sans elle, le bolchevisme demain s’installerait partout.

Ouvriers de France ! C’est pour la libération des prisonniers que vous allez travailler en Allemagne !

C’est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! C’est pour permettre à la France de trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel.

Cette guerre, je l’ai déjà dit, n’est pas une guerre comme les autres. C’est une révolution d’où doit surgir un monde nouveau. Vous n’avez rien à redouter, mais tout à espérer du régime qui s’instituera chez nous. Une république plus jeune, plus humaine, forte, doit naître ; le socialisme s’instaurera partout en Europe, et la forme qu’il trouvera en France sera dessinée par un caractère national.

Français, un grand soldat, dont toute la vie est un exemple de sacrifice et de discipline, préside aux destinées de notre patrie. Je vous parle ce soir en son nom. Le Maréchal vous dirait que la France n’a jamais laissé l’Histoire se faire sans elle et qu’on ne remonte pas des abîmes du malheur que par les sentiers du courage.

  Pierre Laval, discours radiodiffusé du 22 juin 1942

Cité dans les temps nouveaux, 24 juin 1942

Regroupement des informations par thèmes ou questions :

Pour mieux préparer la rédaction de la copie, regroupons les informations questions par questions et cherchons les explications. Nous laisserons de côté, pour l'instant, les questions de cours dans la mesure où elles ne concernent pas le texte lui-même. Pour éviter toute paraphrase, faisons un tableau (voir le modèle).

 

Question 3 : Politique de Laval ?

Contenu du texte

Interprétation

Explications

  "vous allez travailler en Allemagne"

= Vous allez collaborer

  Cf. la France est vaincue

L'Allemagne a besoin d'aide pour mener son effort de guerre

 

 Question 4 : les raisons de Laval ?

Contenu du texte

Interprétation

Explications

 
"la victoire allemande"

"le bolchevisme"

 

"la libération des prisonniers"

 

"la place de la France"

"une révolution"

 

"on ne remonte pas des abîmes"

= un choix idéologique par anticommunisme.

 

= un calcul "humanitaire"

 

= une stratégie nationale

 

 

= réalisme, la France n'a pas le choix.

Laval a des convictions politiques.

Pour se justifier, il s'appuie sur l'anticommunisme de nombreux français, sur la douleur des familles séparées et sur l'espoir de jours meilleurs. L'opportunisme l'emporte sur toute autre considération.

 

 Question 5 : Les moyens de la propagande ?

Contenu du texte

Interprétation

Explications

 

"Une république plus jeune, humaine, forte…"

 

"Le socialisme s'installera…"  

"Le caractère national…"

"Un grand soldat…"

"La France dans l'Histoire…"  

= références démocratiques, humanistes, flatteuses…

= clin d'œil à la gauche

= clin d'œil à la droite

= évocation rassurante

= flatterie de l'orgueil national

 

Laval doit convaincre tous les Français. Il ne veut pas les choquer en s'appuyant sur des valeurs contestées. Il dissocie les termes national et socialisme dans cette même idée.

 NB : sur le thème de la propagande, notez également comment Laval n’hésite pas à user de termes grandiloquents (les « combats gigantesques ») ; il utilise par ailleurs les peurs de son auditoire que ce soit celle des privations ou du bolchevisme et n'évoque que les avantages de sa politique. Il suggère également que les Français ont la part belle, puisque c’est le sang allemand qui coulera et non le leur.

Rassembler ses connaissances pour les questions de cours

Question 2 : contexte ?

L'Allemagne domine l'Europe, progresse en URSS et en Afrique du Nord. La guerre du Pacifique a commencé depuis 6 mois.

La France est vaincue depuis le 22 juin 1940. Le Nord est occupé, le Sud sous l'autorité du régime de Vichy présidé par Pétain.  

Question 3 : politique de collaboration de Pétain avant 1942 ?

Dès octobre 1940 (Montoire), collaboration avec l'Allemagne qui s'est traduite par la mise en place du statut des juifs.

Question 5 : impact du discours ?

Faible. Le régime fut obligé d'instaurer le STO pour palier au manque de volontaires. La résistance, en revanche, commence à se structurer.

Signification générale du discours :
Cette question n'est pas posée par le sujet. Le candidat n'est donc pas tenu d'y répondre. Dans la mesure où il en a le temps, il n'est pas inutile, cependant, de s'interroger sur ce que le document permet de comprendre du passé. Cette réflexion peut aider à conclure la copie ; elle peut également aider à formuler l'intérêt du document dans la présentation au cas où celui-ci n'aurait pas encore été bien perçu.

Ici nous voyons donc comment Laval a engagé la France au côté de l’Allemagne, dans une politique de collaboration qui n'apparaît ici nullement contrainte. Que ce soit par conviction ou par calcul, elle est délibérée, active et prête à anticiper sur les demandes de l'Allemagne. Souhaitant « la victoire allemande » et une « place » pour la France dans la nouvelle Europe, Laval met publiquement et volontairement le pays dans une position d’allié objectif des puissances de l’Axe. La théorie du « bouclier » de la France qu'aurait été Pétain quand de Gaulle en était le glaive n’apparaît nulle part dans ce texte, bien au contraire. L'auteur de ce discours montre son vrai visage, celui d’un homme prêt à tous les pactes pour rendre à la France la position qu’il veut pour elle ou pour détruire ce qu’il déteste le plus : le bolchevisme.

Rédaction des réponses

Le travail préparatoire achevé, le candidat peut passer à la rédaction de ses réponses. Il n'a pas à élaborer une construction de type dissertation. Chaque question est traitée séparément et doit rester assez courte. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que toutes les questions sont reliées au même document et que les réponses doivent finalement former un tout cohérent. 

Pour aider à la compréhension du travail nous reprendrons les couleurs qui ont servi au travail préparatoire. Le candidat n'a pas à le faire dans sa copie, bien sûr.

2°) La guerre est entrée dans sa seconde phase, celle de mondialisation. La guerre du Pacifique a commencé 6 mois auparavant. En Europe, l’Allemagne triomphe. Elle n’a encore essuyé aucun échec  et lance de nouvelles offensives en Ukraine pour s’emparer de Stalingrad.

La France a été vaincue et elle est sortie de la guerre (armistice du 22 juin 1940). Son territoire est coupée en deux zones. Le sud est sous la responsabilité du Maréchal Pétain et du gouvernement de Vichy ; le nord est occupé.

3°) La politique préconisée par Laval est la collaboration. Il propose que des volontaires français aillent travailler dans les usines allemandes pour y remplacer les ouvriers allemands mobilisés sur le front russe. C'est que la France est vaincue et l'Allemagne a besoin de son aide pour soutenir son effort de guerre. Cette politique poursuit celle mise en œuvre par le maréchal Pétain dès le 24 octobre 1940, lors de la rencontre avec Hitler à Montoire. 

 4°) Laval donne au moins trois raisons pour justifier la collaboration : en premier lieu, la lutte contre le bolchevisme , argument qui lui permet de toucher une grande majorité de Français hostiles au communisme. Il évoque ensuite la relève, procédé qui consiste à faire libérer un prisonnier grâce au volontariat de deux ou trois ouvriers ; il peut espérer séduire ainsi les nombreux foyers concernés par la captivité en Allemagne de 2 millions de soldats faits prisonniers en 1940. Enfin, il fait état de la nécessité pour la France de prendre place dans la future Europe ; à ce titre, il tente de flatter l’orgueil national des Français, leur patriotisme, leur fierté. En évoquant les « privations » (ligne 3) et l'impossible sortie des « abîmes » (dernière ligne), il essaye également de leur faire miroiter une amélioration de leur situation particulièrement difficile.

 

5°) Ce document utilise un vocabulaire grandiloquent ou lyrique (le « sacrifice », les « combats gigantesques »), il ne fait référence qu’aux avantages de la politique annoncée et ignore le prix à payer (les lois antisémites de 1940-1941, la suspension des libertés ou de la démocratie, l’alliance avec un pays totalitaire), il flatte l’orgueil national (les allusions à la France sans laquelle l’Histoire ne saurait se faire) et il joue sur l’ambiguïté quand il utilise les mots « socialisme » et "national" sans les associer. Tout ce travail , cependant, est vain. Les Français ne sont pas dupes et commencent à se détourner du régime. La résistance s’organise, les volontaires se font rares et le régime fut obligé de rendre le travail en Allemagne obligatoire (STO en 1943). Beaucoup de Français étaient choqués par les lois antisémites. Si l’opinion n’avait pas franchement basculé contre le régime en juin 1942, celui-ci n’avait déjà plus le soutien presque unanime dont il pouvait se vanter deux ans plus tôt.  

 

   Quelques pistes pour un exemple d'interrogation

    La correspondance familiale en 1940-1941

 

cartes postales réservées à la correspondance familiale

la carte version 1940 

la carte version 1941

Ces deux cartes complétées par la même personne ont été postées à Neuilly-sur-Marne (en zone occupée) et envoyée à Clermont-Ferrand (en zone libre).

Questions

1/ présentez les documents.

2/ Quelles "formes" d'écriture imposent ces cartes ? Pourquoi ? De quoi témoigne les interdits inscrits en haut de ces cartes ?

3/ Que révèlent les rubriques pré-écrites sur la carte de 1940 concernant la situation des Français et leurs préoccupations ? Comment le correspondant les utilise-t-il ?

4/ Comment évolue la carte ? Pourquoi ? Comparez le texte écrit en 1941 avec les messages diffusés par la BBC pendant la guerre. Qu'en concluez-vous ? 

 

Quelques orientations de réponse (non rédigées).

 

1/ Éléments d'identification des documents : Document témoin, de nature privée. Deux cartes postales adressées par une femme prénommée Hélène à sa famille à la fin de l'année 1940 et en mai 1941. Elle donne de ses nouvelles.

Contexte : Le régime de Vichy est déjà bien établi (depuis 6 mois, au moins) ; malgré la rencontre Pétain - Hitler de Montoire et le statut des juifs (octobre 1940), les Français maintiennent encore leur confiance dans le maréchal qui, entre ces deux cartes, a remplacé Laval par Darlan (10 février). Depuis l'armistice (22 juin 1940), le pays est toutefois coupé en deux par une ligne de démarcation qui, parfois, sépare les familles comme c'est le cas entre la correspondante et ses parents. 

Intérêt historique des documents : portée limitée, mais ils permettent de distinguer certaines réalités quotidiennes des Français sous l'occupation à travers des pratiques très ordinaires comme écrire à sa famille. Ils peuvent aider à définir la nature du régime de Vichy ou la situation de la zone occupée. 

 

2/ "Formes imposées" : Limitation des lignes d'écriture (12 en 1940, 7 en 1941) avec interdiction de les dépasser et pré-remplissage du texte (décembre 1940). "Lisibilité" souhaitée de l'écriture. 

Raisons : explicitement = faciliter le travail de contrôle. La limitation du texte empêche également la transmission de toute information qui ne serait pas de caractère strictement familial. Les pré-inscriptions sont autant de contraintes qui limitent l'espace de rédaction. A défaut d'être pleinement efficaces, ces formes imposées sont intimidantes. Elles ont vocation dissuasive. Elles tendent aussi à montrer aux Français que les autorités s'assurent de leur sécurité. 

Les interdits : nature totalitaire du régime qui s'immisce dans la vie privée des Français ? Soupçonneux et sécuritaire ; sur la défensive aussi. Tatillon et naïf ?

 

3/ Relevé des mentions pré-écrites intéressantes : le correspondant peut parler de "blessé", de "tué" ou de "prisonnier". Il peut être "sans nouvelle", avoir "besoin de provisions" ou "d'argent". Il peut évoquer ses activités professionnelle ("travaille") ou scolaire ("à l'école").

Informations sur la France : Elle est encore sous le choc de la défaite. Les Français s'inquiètent du sort des proches partis à l'armée. La question des prisonniers en Allemagne est cruciale. Les structures du pays sont désorganisées, provoquant des manques : l'information circule mal, le réseau bancaire est affecté, le problème du ravitaillement apparaît. La vie "active" reprend cependant ; la rentrée scolaire semble avoir eu lieu normalement. NB : la carte peut-elle servir aux autorités comme moyen de ficher les populations ?

Utilisation de la carte : conforme à l'exigence, semble-t-il. Aucune information précise n'est donnée. Seule un nom de famille (très usuel) est donné. Sinon, ce sont les prénoms qui sont utilisés. Hélène ajoute un ! après l'évocation de "Paulette". Une manière elliptique de parler ! Au delà de la soumission, y a-t-il méfiance ?

 

4/ Évolution de la carte : Les pré-mentions disparaissent ; la liberté du texte semble plus grande en 1941. Les avertissements sont toutefois lus importants : 6 lignes au lieu de 4, utilisation des caractères gras. Ajout d'une mention : La carte détruite "ne sera pas remboursée".

Raisons : pratique. Le public devait se plaindre du caractère contraignant des pré-mentions. Le contexte, aussi, a changé. La question des prisonniers est toujours à l'ordre du jour. Mais chacun, en 1941, sait ce que sont devenus les proches. Certaines rubriques pouvaient aussi encourager les Français à mettre le doigt sur les dysfonctionnements du pays ! Le régime entend, en revanche, accentuer son effort d'intimidation. Doute-t-il de la confiance des populations et de son civisme ? On peut le penser.

Comparaison avec messages de la BBC : Les 3 premières phrases faisant allusion à un colis dont Hélène se régale est de même nature. Il peut s'agir d'un message codé. Rien ne le prouve toutefois NB : aucun nom n'est donné, que des prénoms ou un V. La méfiance toujours ? : Ne pas extrapoler abuscivement : en famille on évoque souvent les personnes par leurs seuls prénoms. 

Conclusion : ces cartes ne prouvent rien terme de résistance du Français moyen. Elles trahissent seulement la nature dictatoriale du régime, ses inquiétudes, sa méfiance ; elles témoignent aussi de la débrouillardise des Français confrontés aux pénuries (de ravitaillement principalement : cf. le colis de 1941).

 

 

NB : Dans son livre L'opinion française sous Vichy. Les Français et la crise d'identité nationale, 1936-1944. (Paris, Seuil-Poche, 1989 ; page 49), Pierre Laborie montre l'importance du contrôle de la correspondance par le régime de Vichy :

"L'activité des contrôles techniques est considérable. Sans obéir apparemment, à des règles de méthode rigoureusement comparables, elle fait penser à de véritables sondages d'opinion effectuées sur des échantillons de dimension stupéfiante, quoique limités au courrier en circulation dans la zone non occupée. Denis Peschanski évalue à une fourchette de 320 000 à 370 000 le nombre de lettres lues et exploitées en moyenne chaque semaine. Au mois de décembre 1943, sans doute un record, près de 2 500 000 lettres, 1 800 000 télégrammes et 21 000 conversations téléphoniques ont été interceptés, selon les chiffres rapportés par Marrus et Paxton. Pour la seule et modeste Lozère, Jacques Poujol indique que plus de 20500 lettres furent ouvertes pendant ce même mois de décembre 1943".

 

Mémoires d'espoirs du général de Gaulle

 

Sujet : Extrait des Mémoires d’espoir du général de Gaulle 

 

 

« Les résultats atteints quatre ans après mon retour me paraissent encourageants. Au lieu que notre pays restât plongé dans la confusion politique dérisoire où il se débattait, j’ai voulu l’amener à choisir un État qui ait une tête, un gouvernement, un équilibre, une autorité. C’est fait ! Plutôt que de le laisser verser son sang, perdre son argent, déchirer son unité, en s’accrochant à une domination coloniale périmée et injustifiable, j’ai voulu remplacer l’ancien Empire par l’association amicale et pratique des peuples qui en dépendaient. Nous y sommes ! (…)

 Afin que l’Europe cessât d’être un champ de haines et de dangers, d’étaler de part et d’autre du Rhin et des Alpes sa division économique et politique, de dresser les uns contre les autres ses peuples de l’Ouest et de l’Est sous prétexte d’idéologies, j’ai voulu que la France et l’Allemagne deviennent de bonnes voisines, que prenne corps le Marché commun des Six, que soit tracé le cadre dans lequel ils peuvent conjuguer leur action vers le dehors, (…). Tandis que la France renonçait à elle-même, en s’égarant dans d’astucieuses nuées supranationales, en abandonnant sa défense, sa politique, son destin à l’hégémonie atlantique, en laissant à d’autres les champs d’influence, de coopération, d’amitié, qui lui étaient jadis familiers dans le tiers-monde, j’ai voulu que parmi ses voisins elle fasse valoir sa personnalité tout en respectant la leur, que sans renier l’alliance elle refuse le protectorat, qu’elle se dote d’une force capable de dissuader toute agression et comportant au premier chef, un armement nucléaire, qu’elle reparaisse dans les pensées, les activités et les espoirs de l’univers, au total qu’elle retrouve son indépendance et son rayonnement. »

Source : Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, Le renouveau 1958-1962, Plon, 1970

 Questions :

  1. Lorsque de Gaulle écrit : « quatre ans après mon retour », en quelle année se place-t-il et quel est le contexte politique général de la France à cette date ?

  2. Expliquer le passage souligné.

  3. A partir du texte, identifier les grands axes de la politique extérieure de la France au début des années soixante

  4. Montrer l’intérêt et les limites du type de source historique que constitue ce document.

 

1/ appréciation des questions (10 minutes) : question par question déterminez le type de question et son contenu principal

·        La 1ère invite à présenter le contexte d’une année précise. C’est une question de cours. D’emblée, il y a moyen de définir l’année en question : 1962.

·        La 2ème invite à expliciter le texte. A ce titre, c’est encore une question de cours.  La phrase soulignée comporte des mots clefs : État, gouvernement, autorité et équilibre… Un élève qui connaît son cours y retrouvera là des notions qui lui rappelle que de Gaulle a changé la constitution. Il s’agit donc de présenter les idées principales de la 5è république.

·        La 3ème question porte sur la politique extérieure. Il faut en exposer les « grands axes ». Il s’agit donc encore d’une question de cours. Il s’agit seulement de la présenter en s’inspirant du texte. S’il manque quelque chose dans ce dernier, il faudra s’interroger de façon critique sur ce « silence ».

·         La dernière question porte sur l’intérêt du document, sa valeur en tant que source d’information. Cette question est dans l’esprit de l’ancienne présentation. Il faut parler du type de la source, donc définir celle-ci. Puis développer brièvement une réflexion critique.

Cette « appréciation des questions » permet de constater que le document n’est qu’un prétexte à réciter des connaissances de façon thématique : le contexte, les institutions, la politique extérieure. Il n’y a pas de question d’analyse. C’est une chance pour les candidats. Ils devraient éviter le risque de la paraphrase (celui-ci n’existe que pour la question 3). Il n’y a pas non plus de question d’explication. Rien n’interdit, toutefois, d’expliquer en quelques mots les choix politiques du général de Gaulle dans les questions 2 et 3.

 

2/ 1ère lecture du texte pour y surligner de manière distinctive les mots clés et noter quelques idées (10 minutes) :

quatre ans après = 1962

État qui ait une tête, un gouvernement, un équilibre, une autorité : exécutif fort, séparation des pouvoirs.

domination coloniale périmée = décolonisation (Algérie, Afrique noire)

la France et l’Allemagne = réconciliation 1963

que prenne corps le Marché commun des Six = construction CEE, Marché commun 1968

sans renier l’alliance elle refuse le protectorat = sortie de l’OTAN, 1966

armement nucléaire = bombe A 1960, Redoutable, indépendance nationale.

Avec ses simples références et sur lignages, l’essentiel est noté. Il reste à mettre en forme les réponses. Chaque couleur de surlignement renvoie à une des questions 1, 2 ou 3

NB : l’avantage de cette méthode de notes non rédigées sur un espace restreint (le support du sujet) est de s’obliger à aller directement à l’essentiel. A raison d’une phrase par information relevée, le candidat évitera le bavardage inutile au moment de la rédaction.

 

3/ Préparation des réponses, question par question (15 minutes).

Avant de rédiger, prenez encore le temps de noter au brouillon les idées principales autour desquelles se rédigera votre texte. Ne rédigez rien directement au propre (votre réponse sera mal organisée ou mal hiérarchisée) ; ne rédigez pas non plus un brouillon (vous perdez du temps). Contentez vous de jetez vos connaissances dans le désordre ; au moment de rédigez vous aurez le temps de structurer votre réponse. NB : n’oubliez pas d’avancer des réponses aux questions d’explications.

Rappel : en rouge les connaissances de cours, en vert les explications, en bleu les éléments tirés du texte, en violet les critiques.

1) 1962 = fin guerre d’Algérie, élection du Président au suffrage universel, veille de la réconciliation franco-allemande. Cf. pressions internationales et intérieures ; « au dessus des partis ».

2) La 5ème = exécutif fort, pouvoirs du président (chef des armées, dissolution, article 16, référendum, conseil des ministres…) ; équilibre = législatif au Congrès. Cf. volonté d’avoir contrôle du pouvoir. Mais il n’y a pas d’équilibre. Exécutif plus fort que le législatif. (Ici, il y a moyen de critiquer l’avis de l’auteur. C’est important pour la question 4).

3) Politique extérieure = politique anti US (OTAN + bombe + Mexico, Phnom Penh, Québec…). Construction d’une force Européenne. Décolonisation mais ouverture au 1/3 monde (accords de Lomé). cf. rendre à la France son indépendance et souveraineté. Bien que ce soit pas explicitement demandé, le candidat peut définir les limites de cette politique : La France reste une petite puissance.

4) Document opinion. Il ne nous donne qu’un avis a posteriori. L’auteur est un acteur important qui parle de sa politique. Par définition, il est bien informé ; mais il y a un risque fort de parti pris.

Ces quelques notes jetées rapidement au brouillon (et qui supposent que le candidat connaisse son cours) prennent quelques minutes (15 ?) mais elles ne sont pas du temps perdu. Elles définissent le corps de chaque réponse, lesquelles seront rédigées ensuite rapidement, parce que sans hésitation ; elles éviteront les redites et le remplissage inutile.

NB : ces notes peuvent être inscrites en abrégé, ce que nous avons évité de faire ici par souci de clarté.

 

4/ rédaction des réponses (25 minutes).

A cet instant du devoir, l’essentiel est fait. Les questions devant être brèves, le candidat peut se contenter de rédiger une phrase par information clé. En moyenne, vous compterez ci-dessus 5 groupes d'information par question, soit 5 phrases de 2 à 3 lignes environ (= 15 lignes), soit de 20 à 25 phrases en tout. A raison d’une minute par phrase (ce qui est long !), la rédaction doit donc vous prendre 25 minutes, guère plus. Si vous en avez déjà utilisé 15 pour la préparation des réponses (cf.3/ ), une dizaine pour surligner et le même temps pour apprécier les questions, il vous faut une heure pour réaliser l’exercice dans de bonnes conditions. N’hésitez pas à vous minuter rigoureusement pour chaque étape.

 

La bataille de Wattignies selon Carnot, 16 octobre 1793

Parfois, les élèves se demandent  pourquoi, en Histoire - Géographie, leurs enseignants se montrent si pointilleux sur les questions de "présentation" des documents, exercice dont ils ne voient pas toujours l'intérêt. Pour répondre à cette interrogation, l'exercice de comparaison des deux lettres ci-dessous - proposé dans de nombreux manuels scolaires - peut s'avérer convaincant.

Les documents :

1 Lettre de Carnot, Duquesnoy et Bar, représentants en mission, à la Convention, 17 octobre 1793

 

 

L’armée républicaine a vaincu celle des despotes coalisés, ils ont disparu devant elles. Nous venons d’entrer dans Maubeuge, aux acclamations du peuple et de la nombreuse garnison que nous avons délivrée. Le combat a duré deux journées consécutives, depuis la pointe du jour jusqu’à la nuit. L’ennemi, ayant réuni toutes ses forces en ce moment décisif, nous força pour un moment de l’évacuer [le camp]. Les soldats le chassèrent une seconde fois l’ennemi le reprit encore. Enfin, indignés d’une telle résistance, les républicains chargèrent, la baïonnette en avant, et demeurèrent victorieux. L’ennemi a fui avec précipitation.

L’ennemi, en s’enfuyant, a commis les plus horribles dévastations il a brûlé presque tous les villages il s’est vengé de son désastre sur presque tous les malheureux habitants de la campagne. La loi veut qu’ils soient indemnisés. Vous désirez sans doute que ce soit le plus tôt possible. Nous avons mis provisoirement à la disposition du district d’Avesnes une somme de 200 000 livres pour subvenir aux premiers besoins de ces victimes de la rage impériale et royale de Cobourg.

 

 

 

2 Lettre de Carnot au Comité de salut public, 17 octobre 1793

Triomphe à la liberté, gloire aux armes de la République. Les ennemis sont chassés, le siège de Maubeuge est levé. Ci-joint la lettre datée de Maubeuge, par laquelle nous rendons compte de ce succès décisif à la Convention nationale. [...]

Donnez connaissance à la Convention des détails que vous avez reçus de nous par nos dépêches précédentes ; il est important néanmoins que vous ne parliez pas de notre force qui n’est que de cinquante mille hommes. Il faut, pour le succès des opérations ultérieures, que les ennemis nous croient beaucoup plus forts.

Nous avons trouvé les habitants de Maubeuge très froids et la garnison très molle ; elle eût pu, en faisant des sorties perpétuelles pendant l’action, harceler l’ennemi de manière que notre victoire eût été beaucoup plus avantageuse par la prise que probablement nous aurions faite de toute l’artillerie ennemie. Les citoyens de Maubeuge ne nous ont pas reçus avec les transports qu’on devrait manifester, ce semble, envers des libérateurs. Nous allons travailler à électriser ce pays et à y remonter l’esprit public. [...]

L’ennemi, qui craignait une déroute complète, s’est hâté de faire sa retraite. Un brouillard des plus épais, auquel la pluie a succédé, l’a favorisé en nous dérobant sa marche. [...] L’affaire a été des plus chaudes il est peu d’exemples d’un combat de quarante-huit heures poursuivi avec un pareil acharnement. Jourdan est digne du commandement qui lui est confié. [...] L’armée est tout éparpillée le succès la décompose aussi bien que les revers. Demain, elle va se reposer, se rallier, se mettre en état d’opérer de nouveau.

 

 

Questions :

1. Présenter les deux textes auteurs, dates, nature, destinataires. Quel est le sujet commun de ces deux textes ?

2. En quoi ces deux textes diffèrent-ils ?

3. Quel texte est sans doute le plus proche de la réalité historique ? Pourquoi de telles différences entre ces deux textes ?

 

1. Parce qu'ils ont presque tout en commun, ces deux documents peuvent d'autant mieux être présentés simultanément - et non comme on le voit souvent faire, l'un après l'autre. Ce qui va paraître évident ici, ne l'est pas moins dans tout exercice demandant de présenter plusieurs documents. Ce travail consiste toujours à identifier les points communs et ressemblances entre les documents concernés afin de déterminer l'intérêt de leur confrontation. Présenter un document pour lui seul revient à réaliser un travail sans en comprendre le sens !

Ici, nous sommes en présence de deux lettres ou rapports (des textes) datées du même jour (17 octobre 1793), portant sur le même sujet (la bataille de Wattignies), et signés par un même auteur (Carnot). Les différences portent sur deux points : la 1ère lettre est cosignée par deux personnes (Duquesnoy et Bar) ; et elles n'ont pas le même destinataire : l'une est adressée à la Convention (l'assemblée des représentants du peuple), l'autre au Comité de Salut Public (le pouvoir exécutif).

Tous les deux, ces documents sont de types "témoins". Ils nous donnent le point de vue des représentants de la France sur une bataille que celle-ci vient de livrer.

Ces distinctions ayant été faites, il faut définir l'intérêt de la confrontation et dégager, si possible, une problématique. Dans ce but, il faut toutefois rappeler quelques éléments du contexte et donner des précisions sur les informations repérées.

Le contexte (cf. la date) est celui de la guerre que mène la République issue de la Révolution aux monarchies européennes coalisées contre elle. La France est désormais gouvernée par un cabinet restreint (le Comité de Salut Public) qui exerce une véritable dictature pour sauver "la Patrie en danger". La bataille de Wattignies est un succès militaire obtenu par le général Jourdan aux dépens des Autrichiens.

Carnot est membre du Comité de Salut Public, ce que ne sont pas Duquesnoy et Bar.

La confrontation des deux documents permet d'analyser les informations rendues publiques (doc.1) par rapport à celles qui ne le sont pas (doc.2). La différence entre les deux permettra de se faire une idée sur la nature du régime français, sur les tactiques et stratégies qu'il adopte dans le contexte difficile qu'il connaît.

Ces observations permettent de comprendre le sens de la question 3 qui formule la problématique de l'exercice.

 

2. Les deux textes évoquent une même victoire des Républicains ; l'ennemi à fui. Ce fait, vérifiable pour qui le voudrait et gratifiant pour les Français est commun aux deux textes. Mais, à part cette double information qu'il n'y a aucune raison de taire, tout diffère entre les deux rapports.

L'importance et facilité de la victoire : elle est difficile en 1- mais glorieuse en 2 malgré la mollesse de la garnison, l'éparpillement des troupes et la faiblesse des effectifs ; dite "définitive" en 1, elle semble l'être beaucoup moins en 2 malgré le caractère "décisif" qui lui est attribué ; le texte fait clairement apparaître que les lendemains peuvent déchanter.

La réaction des populations : déclarées "enthousiastes" d'un côté, elles sont reconnues "froides" de l'autre. L'un des deux textes est donc forcément mensonger !

La conséquence politique de l'événement : Devant la Convention, les trois envoyés de missions sollicitent le vote d'une subvention en faveur des habitants de la région victime des représailles ennemies ; au Comité de salut public, Carnot fait surtout état des qualités de Jourdan dont il demande la confirmation de son commandement. Cette différence est normale : les deux institutions n'ont pas le même pouvoir. Mais le croisement des textes permet de discerner les enjeux que la question 3 invite à discerner.

 

3. Les différences entre les deux textes venant pourtant d'un même témoin obligent à s'interroger : qu'est-ce Carnot veut cacher, à qui et pourquoi ? Pour déterminer lequel des deux textes est le plus proche de la vérité, il est indispensable de pouvoir répondre à ces questions. Ce qu'un auteur cache est toujours ce qui est susceptible de lui porter préjudice, à lui ou à la cause qu'il sert. La question est donc de savoir : qu'est-ce qui peut gêner un dirigeant de la France dans cette affaire de Wattignies ?

Le point le plus gênant pour le gouvernement est bien la froideur des habitants de Maubeuge. Cette froideur témoigne du peu de confiance qu'ils ont dans la révolution et son armée. Soit ils doutent de sa politique, soit ils lui sont opposés.

L'information positive (les habitants sont enthousiastes) est donnée aux députés de la Convention où siègent différentes tendances de l'opinion publique ainsi avertie ; l'information négative (l'hostilité des habitants) est transmises aux seuls dirigeants du Comité de Salut Public par un homme qui est membre de cette institution.  En d'autres termes, l'information rendue publique est la plus flatteuse pour ceux qui la donnent, alors que la plus dérangeante est gardée secrète, donnée seulement à ceux qui doivent décider de la politique à mener, si possible en toutes connaissances de causes.  Il y a donc lieu de penser que c'est le document 2 qui est le plus proche de la vérité.

Mais pourquoi une telle différence, pourquoi affirmer devant l'assemblée un enthousiasme populaire qui n'existe pas ? Un mensonge par omission, qui ne dirait rien de l'attitude des habitants de Maubeuge, n'est-il pas préférable que la contre vérité affirmée dans le document 1 ? Pour répondre à cette question, il convient de relier le mensonge à la finalité des discours : que veulent obtenir les trois rapporteurs de la bataille d'un côté, Carnot de l'autre ?

Au terme de leur rapport, Carnot et ses deux comparses demandent à l'assemblée le vote d'une loi d'indemnisation en faveur des habitants de Maubeuge. La demande est généreuse ; elle peut même paraître surprenante de la part d'un homme (Carnot) qui sait combien cette population ne mérite pas un tel geste de son point de vue personnel. La question se reformule alors de la manière suivante : pourquoi un ministre propose-t-il une décision favorable à une population hostile ? On peut imaginer qu'il veut la séduire, la convaincre du bien fondé de la politique qu'il mène. Nous sommes ainsi en présence d'une manoeuvre politique.

Pour que la manoeuvre réussisse, il faut aussi obtenir le vote de la loi et, dans cette perspective, convaincre les législateurs de son bien fondé. Le mensonge par omission s'avère alors insuffisant. Il faut prendre le risque de dire le contraire de la vérité pour emporter l'adhésion des votants. Deuxième manoeuvre politique.

L'argent débloqué ira-t-il aux habitants de Maubeuge ? Impossible de répondre sur la base des documents en notre possession. Mais rien n'empêche de penser que les dictateurs puissent utiliser les sommes débloquées à d'autres fins, les confier par exemple à Jourdan pour qu'il puisse organiser la suite des opérations militaires que le 2ème texte annonce comme probables.

Quel que soit l'usage de cet argent et la suite de la guerre, la confrontation des deux documents témoigne d'une direction du pays non transparente et peu respectueuse de la volonté du peuple, ses représentants étant trompés.

L'étude de document en Histoire et en S.E.S. : points communs et différences

Les deux exercices consistent à exploiter un document, à l'expliquer, à en éclaircir certains termes ; ils sont aussi l'occasion d'exposer des connaissances de cours. Mais chaque discipline a ses fins propres et des exigences légèrement différentes. Les élèves s'y perdent souvent. Pour les aider à ne pas tout confondre, avec mes collègues d'Histoire et de sciences économiques, nous nous sommes efforcés de faire le point. Les deux tableaux ci-dessous sont le résultat de notre travail.

Cas n°1 : Étude de texte = les principes du Fordisme selon Ford.

 

 

LE DOCUMENT : les principes du Fordisme, Mon œuvre, Ford, 1925

 

FORME DE L'EXERCICE

Un sujet : les principes de Ford (sujet du doc)

Le document

Les questions

FORME DE L'EXERCICE

Un sujet : la productivité (thème de cours)

Le document

Les questions

TYPE DE QUESTIONS

4 types

  1. Présentation (auteur, date, type…)
  2. Analyse (ce que dit l’auteur : idées)
  3. Explication (pourquoi le dit-il ?)
  4. Extrapolation (impacts ? cf. cours)

NB : 1ère et 4ème presque toujours posées en 1 et 4. Les 2ème et 3ème types peuvent se présenter dans une même question (la 2 et la 3). Une explicitation d’un passage peut être demandée sur le modèle de la 1ère question en économie.

TYPE DE QUESTIONS

3 types

  1. Explicitation des mots difficiles
  2. Présentation idées principale et secondaires
  3. Synthèse : idée principale reliée au sujet : relier la hausse des salaires à la productivité.

OBJECTIF

Expliquer ou évaluer intérêt du document par rapport à son contexte (1925). Le candidat évoquera la question de la productivité parce qu’elle explique les motivations de Ford, mais il ne concentrera pas son attention sur cette question particulière.

Le document est étudié pour lui-même.

L’étude est l’occasion de montrer des connaissances historiques expliquant le document.

OBJECTIF

Le document est un prétexte à exposer des connaissances sur le sujet qui accompagne celui-ci et qu’il illustre : ici la productivité. Ce sujet imposé doit être au cœur de tous ses développements.

Le candidat doit insister sur les éléments du contexte immédiat :

puce Elément de biographie de l’auteur au moment où il écrit le document.
puce Contexte historique, nature et type de document (officiel ou témoin),
puce Destinataire du document…

 A ce titre, il doit bien maîtriser son cours d’histoire : connaître une époque précise.

Le candidat doit insister sur les connaissances relatives au sujet, les mécanismes économiques y ayant trait.

 

A ce titre, il doit bien maîtriser son cours d’économie, se référer à des principes d’économie ou de sociologie.  

 

 

  Cas n°2 : Étude d'un tableau statistique

   

 

NB : Cet exercice est proposé par un manuel d'Histoire

 

 

Les points communs

 

dans la présentation de l’exercice

 

Le document est accompagné de questions

 

dans les objectifs

 

à partir de questions d’analyses portant sur une partie du tableau :

Etablir des relations entre deux données du tableau pour expliquer un mécanisme

Etablir des relations entre des données et des connaissances pour expliquer une situation

Analyser le tableau pour en dégager des tendances ou des changements.

 

A partir d’une question de synthèse (en général la dernière)

Dégager un enseignement général : de quoi témoigne le document

Exemple : le tableau témoigne de profondes mutations socioéconomiques : tertiarisation, féminisation, instruction, amélioration des niveaux de vie

 

dans l’exploitation des données

 

Ne pas recopier les chiffres (paraphrase)

Produire quelques calculs simples (moyennes, %, …) pour justifier les réponses

Exemple : en trente ans, le chômage a quadruplé, illustration d’une crise

Dans le même temps, le % des bacheliers a triplé, témoignage d’une révolution culturelle

 

Les différences

S.E.S

 

Pas de présentation

Les documents sont récents.

Même si le document porte sur une période précise, l’étude vise d’abord à décrire un mécanisme (une théorie) économique ou social.

La période est un prétexte.

 

 

 

pas d’analyse démographique

(la question n’est pas au programme)

 

 

Les explications des mutations

économiques et sociales

Utiliser les lois et théories éco et soc.

Exemple : évocation de la loi d’Engel pour expliquer la redistribution des dépenses de consommation.

Référence à la courbe de Philipps pour expliquer le chômage.

Dans cet exemple, la référence à des évènements datés peut être faite pour préciser le passage au libéralisme (années 80) et l’alternance croissance – récession, des phénomènes strictement économiques.

La référence à d’autres événements datés n’est pas nécessaire.

 Histoire

 

Présenter le document,

Il faut replacer le document dans son contexte historique.

 

 

L’étude porte sur la période.

 

 

  

analyse démographique :

vieillissement, fécondité en baisse… etc.

 

 

Les explications des mutations

économiques et sociales

Possibilités d’utiliser les théories économiques et sociales, mais les replacer dans le contexte politique, technique, démographique, culturel…etc.

Exemple : le rôle de l’émancipation des femmes (MLF 1970) ou du vieillissement dans la redistribution des dépenses de consommation.

L’émergence des Sud et la crise pétrolière de 1979 pour expliquer le chômage…etc.

 

 

Les éléments explicatifs doivent être datés

 

 

 

Expliquer, vous avez dit "expliquer" ?

L'étude de document est un exercice proposé en Histoire (épreuve dite "mineure" du baccalauréat). Mais elle n'est pas la seule discipline à le faire. Sous des formes ou des noms différents, il peut être soumis aux lycéens et étudiants en Géographie, Économie ou Philosophie, notamment. 

Si l'exercice peut être un prétexte à énoncer des connaissances de cours, il consiste à analyser le document pour :

    - en tirer les informations que de document énonce.

    - en déduire d'autres informations par confrontation d'informations.

    - énoncer un commentaire personnel.

 

Il invite souvent, également, les étudiants à "expliquer" le document.

"expliquez les fondements politiques et économiques de l'URSS" est-il demandé en 2005 en marge d'un extrait de la constitution.

"expliquez la construction du mur de Berlin" (Nouvelle Calédonie 2005)

"expliquez la situation des démocraties populaires par rapport à l'URSS" (France 2008)

"Pourquoi De Gaulle dit-il que la guerre n'est pas perdue ?"

Mais que signifie "expliquer" ? L'explication à fournir change-t-elle d'une discipline à l'autre ?

A priori, l'attente des correcteurs va en effet différer.

Encore faut-il bien cerner le sens de la question, le mot "expliquer" pouvant renvoyer à deux définitions différentes.

 

 

Expliquer / expliciter et expliquer pourquoi...

Le mot expliquer a deux sens :

1. Faire comprendre en développant, rendre plus clair. Telle est la mission du professeur qui explique une règle, un théorème, une époque...

2. Faire connaître la raison, la cause. Telle est la démarche de celui qui explique le pourquoi d'une situation.

 

Dans le premier sens, expliquer revient à énoncer de façon claire ce qui ne l'est pas forcément. Expliquer a ainsi le sens d'expliciter ou clarifier.

Dans le deuxième sens, expliquer consiste à chercher une causalité.

 

Quand un questionnaire demande d'"expliquer", le premier objectif consiste donc à déterminer si c'est une clarification ou une causalité qui est demandée. Tout dépend en fait du contexte et de la discipline. Pour ne pas se tromper sur l'attente du correcteur, quelques repères :

 

 

Expliquer / expliciter

Dans toutes les disciplines, l'explication demandée peut être une explicitation.

En général, cette explicitation apparaît dès la première question, celle où le candidat est invitée à présenter ce que dit le document, sa thèse générale ou la situation qu'il décrit.

La réponse attendue se trouve donc dans le document. Nous nous trouvons en présence d'une question d'analyse.

Cette question peut aussi renvoyer à un seul passage du texte (un paragraphe ou une phrase) dont le sens peut paraître obscur ou dans lequel des notions ou des termes techniques sont utilisés.

Dans ces deux cas, l'explication / explicitation va clarifier le document en reformulant l'information qu'il fournit et/ou en énonçant le sens des mots savants qu'il peut contenir.

La faute à éviter en l'occurrence est la paraphrase, reformulation qui répète le texte et ne propose pas de définitions.

L'attente du correcteur porte alors sur deux points :

        * vérifier la compréhension du texte : que le candidat ne commet ni faux ni contre sens.

        * vérifier la maîtrise des connaissances de cours (les définitions)

 

Expliquer au sens d'expliciter revient donc à "traduire" (reformuler) et pourrait être introduit par un c'est-à-dire...

Ex: l'auteur dit que "..." c'est-à-dire (ma reformulation).

Il parle de (mot technique) ce qui signifie (définition du mot)

Exemple : "expliquez les fondements politiques et économiques de l'URSS", question posée sur un extrait de la constitution (bac 2005). Ici le candidat était invité à s'appuyer sur le document pour définir le régime politique et économique du pays. Il s'agit d'une explication / explicitation du texte.

 

 

Expliquer le pourquoi

Ce deuxième type d'explication intervient toujours après une question d'analyse.

C'est une deuxième question ou la deuxième partie d'une question déclinée en plusieurs interrogations.

Exemple : Que demande le général de Gaulle le 18 juin ? Pourquoi ? La première question consiste à reformuler l'appel à poursuivre la guerre ; le pourquoi invite à dire la cause de cet appel.

 

Ce deuxième type d'explication consiste toujours à chercher une réponse à un "pourquoi", réponse qui peut être introduite par un "parce que".

Mais d'une discipline à l'autre, le type de causes à avancer en priorité ne sont pas de même genre.

 

En Histoire, l'explication doit être "historique", autrement dit renvoyer à un ou plusieurs faits (évènements) du passé et (si possible) daté.

Exemple 1 : Pourquoi l'appel du 18 Juin ? Il faut chercher la cause de cette démarche (et non dire quel est l'objectif [pour quoi] de de Gaulle]

Réponse : Parce que l'armée française s'est effondrée (juin 1940) et que la veille (17 juin), Pétain a contacté les autorités allemandes pour leur demander les conditions de l'armistice. De Gaulle refuse cette démarche.

Exemple 2 : "expliquez la construction du mur de Berlin". Dans cet exemple proposé au bac, le candidat devait référer à plusieurs faits : le refus des alliés de laisser Berlin ouest sous la tutelle soviétique (quelques jours auparavant), la fuite des Allemands de l'Est vers l'Ouest depuis 1950... etc.

L'attente du correcteur porte alors sur deux points :

        * vérifier le niveau des connaissances du candidat (sait-il son cours ?)

        * évaluer sa capacité à établir des liens de causalité entre deux faits historiques.

 

En Géographie, le raisonnement est du même ordre, mais il ne porte plus sur le passé (du moins, n'est-ce pas la priorité. Dans cette discipline l'explication doit d'abord être recherchée dans l'environnement que celui-ci soit géophysique (topographie, climat...), humain (démographie), infrastructurel (routes, carrefours, interfaces...), voire économique ou social.

Exemple : "pourquoi les États-unis peuvent être qualifiés de "centre économique ?" La question renvoie à une carte intitulée "les États-unis moteur de l'économie mondiale". Introduite par un "parce que.." la réponse consiste à expliquer le rôle US par sa position selon les flux commerciaux et financier.

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En Économie, la situation évoquée par le document doit être expliquée par recours à une loi, une théorie ou à un mécanisme économique que le candidat expose.

Exemple : la loi de l'offre et de la demande explique les variations de la courbe.

Voir ci-dessus, l'étude d'un document statistique, cas n°2.

 

En Philosophie, la thèse ou pensée énoncée dans le document à étudier doit d'abord être explicitée. Mais il faut parfois expliquer comment l'auteur parvient à l'idée qu'il avance. Il ne s'agit plus de clarifier sa thèse telle qu'elle est présentée dans le document mais montrer comment elle découle d'une réflexion philosophique.

 

 

"Expliquer" n'est pas "justifier" et vice et versa

 

Lors de l'analyse d'un document, il est fréquent que l'examinateur demande qu'une réponse à une question donnée soit "justifiée".

Exemple : D'après le document x, comment sont les échanges commerciaux Nord - Sud ? Justifiez votre réponse.

 

Certains élèves ou candidats interprètent mal cette demande de justification et la confondent parfois avec l'explication.

 

"Justifier" c'est dire pourquoi on répond de telle ou telle façon à une question. D'une certaine façon, il s'agit bien "d'expliquer" sa réponse au correcteur, de lui dire pourquoi on pense de telle ou telle manière ; il ne s'agit pas, en revanche, d'expliquer pourquoi la situation observée est ce qu'elle est.

Exemple : le candidat observe sur le document x que les échanges Nord - Sud sont déséquilibrés et inégaux.

Justifiez votre réponse : "selon le document, ce que vend le Nord au sud est plus diversifié et à plus forte valeur ajoutée que ce que vend le Sud au nord. Il y a donc bien déséquilibre." Dans cette réponse, le candidat dit pourquoi il pense qu'il y a inégalité nord - sud. Il n'explique pas cette inégalité.

Expliquez la situation observée : "les pays du sud n'ont souvent qu'une matière première à vendre alors que leurs besoins les conduit à acheter des biens finis que l'expérience et la puissance économique des pays du nord leur permettent de fournir". Ici le candidat explique les causes de l'inégalité ; il ne dit pas pourquoi ildit qu'il y a inégalité.

 

Exemple en Histoire : D'après son discours du 18 juin 1940, quelle est le point de vue du général de Gaulle ? Justifiez votre réponse.

Réponse : "De Gaulle refuse l'armistice".

Justification : "Il invite ses compatriotes à poursuivre le combat auprès des alliés"

L'Explication du point de vue de l'auteur consisterait à rappeler que la France garde des alliés, des forces (dans son empire) et des hommes déterminés pour espérer, selon l'auteur) la victoire.

 

 

 

 

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