LA COMPOSITION (et quelques trucs)

(page mise à jour le 30/01/2010)

Jean-François Lecaillon

 


retour à la salle du prof                                                          Retour accueil  retour au sommaire

 

Sommaire de la page :

0- Préambule : discerner texte argumentatif - composition - dissertation

1- Définition et objectifs

2- Le sujet

3- Structure de la composition

4- Méthode et problématique

5- Quelques trucs

6- Comment éviter le plan catalogue ?

7- Le plan Fait - Causes - Conséquences : conseils

8- En quoi peut-on dire que dans quelle mesure ? Quelle locution choisir pour formuler la problématique ?


De la récitation à la dissertation

 

Pour les élèves et étudiants, il n'est pas toujours facile de bien saisir les attentes de leurs enseignants face aux exercices qu'ils leur imposent. Sous les mêmes mots des exigences différentes sont posées quand les mêmes consignes se cachent parfois derrière des désignations distinctes. Pas facile non plus de comprendre la logique qui conduit d'un apprentissage au suivant au fur et à mesure des années de scolarité. L'apprentissage de la composition, étape en vue de la dissertation en donne un bon exemple.

 

Au collège, l'élève a appris à mémoriser des connaissances qu'il doit ensuite restituer de façon ordonnée.

En sixième, il sait comment nommer l'exercice : apprendre sa leçon puis la réciter.

Arrivé en 3ème, il apprend toujours et récite à l'occasion d'une interrogation ; mais l'exercice de restitution des connaissances a changé de nom : en Histoire Géographie, il est devenu "rédaction d'un texte argumentatif".

Entre ces deux extrêmes, la progression est encore facile à repérer. Si à 11 ans on se contente de réciter un savoir mis en forme par le professeur, au niveau du brevet des Collèges, l'élève doit lui même mettre en forme (ou en ordre) ce qu'il a appris ou extrait de documents.

Au Collègue, on apprend à bien réciter et à organiser sa récitation.

 

Au lycée, un changement s'opère. Il va falloir, désormais, passer du "texte argumentatif" à la "composition", puis à la fameuse "dissertation".

Mais comment passe-t-on de la récitation organisée à l'épreuve reine ?

Et quelle différence, surtout, entre ces exercices qui se présentent tous sous une forme similaires : une introduction, un développement en deux ou trois parties, une conclusion ?

N'est-ce qu'une question de quantité ainsi que le suggère la question récurrente des élèves : "combien de pages, monsieur ?"

 

Le texte argumentatif auquel sont encore soumis les élèves en début de Seconde, n'est qu'une récitation ordonnée de connaissances. L'élève est invité à restituer de façon organisée ses savoirs. L'exercice exige mémorisation, hiérarchisation et classement des informations, et s'achève par l'expression d'une conclusion généralement fournie par un manuel ou le cours de l'enseignant. Cette conclusion est une information déduite, mais il est rare que la déduction soit faite par l'élève. Faute de savoir le faire, l'élève se contente souvent de résumer ce qu'il a développé, ce qui est une erreur.

S'il parvient à bien réciter et dire en conclusion ce qu'il a appris, l'élève fait déjà un bon ; mais celui-ci va très vite ne plus suffire. L'enseignant va bientôt lui demander de passer à la composition.

 

La composition ressemble beaucoup dans sa forme au texte argumentatif. On y trouve les mêmes connaissances, organisées selon un même type de plan et se terminant par une conclusion. Cette ressemblance est normale car la composition est d'abord une récitation organisée de connaissances devant aboutir à la formulation d'une information de conclusion. Mais la composition n'est pas que cela.

Composer c'est réciter de façon organisée en vue de démontrer que la conclusion énoncée est juste.

Il ne s'agit plus de montrer que l'on sait, mais prouver que ce que l'on sait est vrai.

Dès lors, la récitation n'est plus faite pour elle-même ; les connaissances sont exposées pour illustrer une idée. Osons le mot : une thèse !

Par exemple, il ne s'agit plus de raconter la guerre de 1914 (récitation), mais de le faire pour prouver qu'elle fut "totale" ou "traumatisante" ou "ruineuse"...etc. Chaque information développée ne l'est plus pour montrer au correcteur qu'on sait son cours, mais qu'on sait l'utiliser ; chaque information est mise en perspective. Les tranchées sont décrites non pour elles-mêmes mais pour montrer l'horreur qui traumatise ; l'armistice n'est pas seulement exposé pour finir la copie mais monter le "traumatisme" que la défaite provoque chez les Allemands... etc.

 

La composition permet de démontrer qu'un sujet a tel ou tel caractère ; la dissertation va encore plus loin.

Elle n'est plus démonstration mais discussion d'un problème soulevé par le sujet.

Disserter c'est discuter le bien fondé d'une conclusion apparemment évidente ou proposée par un énoncé.

Il ne s'agit plus de démontrer que la guerre de 1914 fut une victoire pour les alliés, mais de discuter si ce fut vraiment un succès ? La composition s'efforce de démontrer la validité d'une idée ou d'une thèse qui ressort des connaissances que l'on a mémorisé ; la dissertation consiste à mettre en doute ces connaissances, de les passer au cribles de l'esprit critique. Cette remise en cause n'oblige pas à défendre une antithèse ; elle peut confirmer ce qui a été appris ou suggérée. En revanche, elle permet d'apporter des nuances et contraint à approfondir le sujet.

 

la dissertation est un exercice difficile parce qu'il suppose que l'élève possède et sache combiner :

1- de grandes connaissances sur le sujet.

2- la capacité de mettre en relation deux informations pour faire démonstration.

3- la capacité de changer de point de vue : de regarder ses connaissances autrement.

 

La maîtrise de telles capacités demandent du temps et trois années ne sont sans doute pas de trop pour y parvenir.

 

Pour le baccalauréat, en Histoire Géographie, la dissertation n'est pas demandée. Maîtriser l'exercice est un plus qui valorise la copie ; c'est surtout une bonne préparation pour l'après bac.

Pour le baccalauréat, le candidat doit apprendre à maîtriser la composition. Les copies décevantes à l'examen sont souvent celles qui se contentent de réciter de l'annabac ! 

 

Reste à découvrir les trucs qui permettent de sortir de la récitation (exercice qui maintient le récitant en situation de dépendance du cours, du professeur, du manuel, des annales...) pour atteindre celui de la composition qui est déjà un tremplin vers la liberté de penser !

 


Définition :

 

Selon le ministère de l'Éducation nationale : Bulletin officiel n°7 du 12 février 2004 :

 

 

La composition doit permettre au candidat de faire la preuve de ses connaissances tout en les situant dans un questionnement.
En histoire comme en géographie, des éléments peuvent être éventuellement fournis pour aider le candidat (chronologie, données statistiques, indications spatiales...).
En histoire comme en géographie, les sujets portent sur un ou plusieurs thèmes ou ensembles géographiques du programme. En histoire, les sujets doivent privilégier une période large mais ils peuvent porter aussi sur un tableau à un moment de l’évolution historique.
Si un sujet ne portant que sur les dix dernières années est exclu, des sujets envisageant une période plus large, allant jusqu’à nos jours, sont possibles.
En histoire comme en géographie, les productions graphiques (schéma(s)...) que le candidat peut réaliser à l’appui de son raisonnement, en fonction du sujet et de ses choix, seront valorisées.

 

 

 

 

En tant qu'exercice permettant au candidat de "faire la preuve de ses connaissances", la composition consiste à mettre en forme (composer) son savoir, à ordonner les connaissances que l'on possède sur un sujet donné. En "situant celles-ci dans un questionnement", il s'agit de défendre une réponse à une question explicite ou suggérée. NB : Cette deuxième dimension de l'exercice permet de le rapprocher de la dissertation (art de défendre une thèse).  

 

Plus concrètement, que doit faire le candidat ? Avant de le préciser, éclaircissons quelques mots clés de ce préambule :

Ordonner : les connaissances doivent être classées et disposées de manière logique, cohérente, claire (cf. le plan).

Sujet : c'est ce que le candidat doit décrire, toutes les connaissances qu'il doit exposer.

Question : explicite (l'énoncé du sujet comporte un point d'interrogation) ou non, elle justifie l'exposé des connaissances. Le devoir n'est pas qu'une énumération de faits, il doit permettre de porter un avis sur le sujet. 

Réponse : placée en conclusion, elle formule de manière franche et courte (une phrase peut suffire) l'avis du candidat sur la question qui lui est explicitement posée ; si la question n'est pas explicite (il n'y a pas de point d'interrogation dans l'énoncé), le candidat expose l'idée qu'il se fait du sujet, il dit comment il caractérise ou qualifie le sujet (voir les exemples).

défendre : signifie que le candidat va soumettre à l'appréciation du correcteur des arguments justifiant sa réponse. Il ne s'agit pas seulement d'exposer des connaissances, mais de montrer que l'idée que le candidat se fait du sujet relève d'un raisonnement qu'il est capable de restituer.

 

Attention

De nombreux élèves s'effraient à l'idée de livrer une réponse (autrement dit un avis). Ils craignent (non sans de bonnes raisons) "le délit d'opinion" ! Soyons clairs sur ce point : donner son avis ne doit pas conduire à exprimer un quelconque sentiment politique ou à émettre des jugements de valeur ; il s'agit seulement,de dire comment vous entendez qualifier le sujet (le caractériser) sur la base de faits non discutables (vérifiés), vos arguments.

Exemples : conclure que "l'agriculture américaine est dominante", écrire que "la décolonisation fut une rupture douloureuse pour toutes les parties" ou dire que "le bilan de la guerre est désastreux" revient bien à donner un avis, à émettre une opinion. Mais il s'agit de constats qui n'induisent en rien des convictions politiques personnelles que le correcteur n'a pas à connaître. Ce qu'il ne faut pas faire sur les exemples ci-dessus, c'est se féliciter ou se scandaliser de la puissance agricole américaine, justifier ou condamner la décolonisation au nom des souffrances endurées ou proclamer son dégoût de la guerre sous prétexte d'un bilan catastrophique. 

 

 

Objectifs :

 

L'objectif principal de la composition est donc d'amener le candidat à proposer sa réponse à la question qui lui est posée (la conclusion). Ce n'est toutefois pas le seul. Le candidat doit également faire la preuve de 4 autres qualités.

 

1- Il possède des connaissances relatives au programme de terminale. Ces connaissances doivent privilégier "les approches synthétiques et les notions centrales des programmes" dixit Eduscol, décembre 2007)

2- Il sait analyser un énoncé, isoler un sujet et le traiter dans les limites imposées.

3- Il sait organiser une argumentation convaincante parce que claire et cohérente, c'est-à-dire "organiser une démonstration autour de quelques axes répondant au questionnement initial", précise encore le ministère (décembre 2007)

4- Il maîtrise correctement la langue française.

 

La bonne copie est donc celle qui saura combiner toutes ces qualités. Inversement, celle qui est bien écrite, riche de connaissances mais hors sujet, celle qui donne la bonne conclusion mais sans donner d'informations précises, celle très complète mais mal construite et confuse, ou rédigée dans un français incorrect ne pourront espérer une excellente note.

 

 

Sur la base des observations faites lors des dernières sessions du bac, l'inspection académique précise (décembre 2007)

 

"Pour préparer ses élèves à ces sujets simples (1), sans ambiguïtés, sans originalité (2), le professeur d'histoire et de géographie structurera ses leçons autour d'un fil directeur, en dégageant bien problématique et idées (3) générales ; il s'appuiera sur des exemples en nombre limité, sélectionnés et analysés en fonction de la démonstration (4) conduite. C'est l'exemple professoral qui doit amener les candidats à recentrer leur pensée sur l'essentiel plutôt qu'à noircir de trop nombreuses pages de leur copie qui camouflent souvent une  réflexion insuffisante sur le sujet (5)"

Le propos a vocation à rassurer les candidats : où il est répété que l'évaluation de la copie ne se fait pas au poids mais à la qualité ! L'important n'est pas de tout dire, mais de le
bien dire ! Bien dire, n'est pas réciter des connaissances, mais montrer que l'idée générale du sujet a été comprise et que l'on sait la soutenir (défendre) en s'appuyant sur quelques arguments et exemples clés !

En d'autres termes : rien ne sert de "bouffer" de l'anabac ou du cours, il faut d'abord comprendre les enjeux et les résumer sur une fiche bac !

Quelques commentaires
(1) "simples" : les sujets (nous dit l'Inspection) doivent "retenir des formulations larges. Le plus souvent, elles correspondent à l'intitulé mêmes d'un chapitre des programmes".
L'Inspection en déduit qu'il n'existe pas plus de 12 sujets possibles en histoire, autant en géographie ! Avec quelques variantes, il est en effet difficile d'en trouver plus d'une quinzaine par discipline dans la liste des sujets donnés ces dernières années ! En tout, c'est donc 30 fiches bac que le candidat doit envisager de préparer, guère plus. 
(2) "sans originalité", cela signifie qu'il ne faut pas chercher de pièges, d'énoncés alambiqués ou portant sur une toute petite partie du programme.
A quelques détails près, les sujets du bac sont toujours les mêmes !
(3) "problématique" et "idées" : où on retrouve les notions mêmes sur lesquelles j'insiste sur cette page, sur celles concernant l'étude de documents ou celle du croquis.
(4) Où il est précisé que c'est bien une "dissertation" qui est demandée, une "démonstration", autrement dit un texte qui établit une relation entre le sujet dont il faut parler (récitation) et un caractère. Démontrer c'est prouver que le Sujet S est = à quelque chose.
Le devoir ne consiste donc pas à seulement réciter des connaissances !
(5) Une manière polie de dire que la copie "récitative de cours" est "stupide". Au candidat au bac il est demandé d'avoir une tête bien faite et non bien pleine ! Ambition chère aux humanistes et dont il faut se féliciter et tant pis si vous oubliez ou ignorez que 1515 c'est Marignan, que Johnson succéda à Kennedy et que Brasilia est la capitale politique du Brésil du moment que vous avez compris les enjeux de la guerre froide et que le Brésil est un pays de contrastes... !!!!

 

 


Le sujet :

 

Le mot "sujet" prête à confusion dans la mesure où il sert à désigner trois choses bien différentes :

 

1) Le "sujet" ou support distribué aux candidats sur lequel se trouvent inscrits les "sujets". Nous oublierons bien vite cette définition là.

2) Les "sujets", autrement dit ces questions ou phrases qu'il faut désigner en réalité par le mot "énoncés"

3) Le "sujet" proprement dit, enfin, c'est-à-dire le mot ou thème qui doit être placé au centre de toute la composition. C'est lui le véritable sujet du devoir.

 

Sa présentation :

 

Le sujet pris dans le sens n°2 ci-dessus comprend 3 composantes possibles, une obligatoire (1) et deux facultatives (2 et 3) :

 

1) L'énoncé proprement dit, autrement dit l'ensemble de la formulation permettant de définir le sujet et ses limites.

2) Un sous énoncé qui précise parfois l'énoncé principal et suggère, le plus souvent, le plan à suivre.

3) Une documentation annexe qui est soit une chronologie indicative, soit quelques données statistiques récentes susceptibles d'être insérées dans le devoir.

 

Exemple d'énoncé accompagné d'un sous énoncé (session 1998) : L'agriculture américaine : sa place dans l'espace et l'économie du pays, son rôle dans le monde.

Exemple d'un énoncé seul (session 2003) : L'organisation du territoire de l'Allemagne.

 

Le plus important est l'énoncé proprement dit. C'est sur lui que le candidat doit porter toute son attention pour bien démarrer son travail.

 

Les types d'énoncé :

 

Il existe une infinité d'énoncés possibles. Dans le cadre précisé ci-dessus (voir encadré), on peut cependant se concentrer sur une bonne trentaine qui reviennent toujours sous une forme ou une autre (Exemples : l'organisation de l'espace américain, la décolonisation, les relations est-ouest de 1947 à nos jours, La France de 1958 à nos jours...etc.). Ils peuvent, toutefois, se présenter sous trois formes distinctes :

 

1) L'énoncé problématique : Les USA sont-ils une puissance hégémonique ? Il se reconnaît à son caractère interrogatif.

2) L'énoncé thématique : La France de 1958 à nos jours. Il se reconnaît souvent à l'absence de verbe. La problématique n'est pas explicite.

3) L'énoncé citation : "Paix improbable, guerre impossible" ; commentez cette citation de Raymond Aron. Il ne se donne pratiquement plus au niveau bac.

 

L'énoncé citation n'étant pratiquement plus proposé au bac, nous n'insisterons pas sur ce cas. Disons qu'il revient essentiellement à confronter des arguments justifiant la citation ou non. L'approche antithétique est donc celle qui s'impose le plus souvent .

En histoire géographie, l'énoncé problématique n'est pas très courant (10 à 20% des sujets ?). Il va donc falloir se concentrer sur l'énoncé thématique.

 

L'énoncé :

 

Il s'agit donc du texte proposé à la réflexion des candidats. Il comprend le sujet lui-même et ses limites.

 

Le sujet proprement dit est le mot clé de l'énoncé, il en est le sujet grammatical. C'est lui qu'il faudra caractériser en fin de devoir.

Les limites sont tous les termes de l'énoncé qui précisent les circonstances du sujet (lieu, temps, secteur... etc.). Grammaticalement, ces limites sont donc compléments circonstanciels de lieu, temps, manière... etc. Exemples : La vie quotidienne des soldats français dans les tranchées de 1917. Le sujet est le mot vie, mais les limites imposent de traiter de celle des soldats français (et non de civils ou d'allemands), dans les tranchées (et non à l’arrière), en 1917 (et pas en 1915 ni en 1940).

 

 

Un cas particulier : Définir le "sujet" d'un énoncé imposant une problématique.

 


Structure et construction de la composition :

 

Le devoir comporte :

 

Une Introduction (entrée en matière, problématique, annonce du plan)

Un développement (en deux ou trois parties)

Des transitions (entre chaque partie)

Une conclusion (court résumé, conclusion elle-même, ouverture)

 

 

Désormais, il est autorisé (voire recommandé) d'insérer en marge du texte de composition des productions graphiques illustrant la démonstration. En géographie, un sujet accompagné d’une fond de carte n’est plus obligé.

 

 

Le jour de l'examen, il conviendrait de suivre les étapes suivantes :

1) Repérage du sujet de l'énoncé

2) (Re)formulation de la problématique (si nécessaire)

3) Définition de la conclusion (ou de son type)

4) Détermination du plan

5) Définition des transitions

6) Construction du détail

7) Rédaction de l'introduction

8) Rédaction de la composition

Pour bien réaliser ce travail, il faut toutefois bien connaître son cours et, si possible, avoir anticipé. Suivre ces étapes suppose en effet que la composition ait été pensée avant le Jour J. De fait, le bon candidat sait déjà comment il va traiter un sujet avant même de découvrir celui-ci.

Le jour de l'épreuve, il n'est plus temps de "penser" sa composition, il faut seulement reconstruire une réflexion déjà menée pendant l'année scolaire.


 

Méthode :  

 

1- L'analyse de l'énoncé (et la formulation de la problématique)

C'est un moment décisif, essentiel du travail, au cours duquel se définit le sujet et la problématique de la composition. Il ne faut donc pas hésiter à sacrifier un peu de temps pour bien la réussir.

  1. définir le "sujet" et ses "limites". Dans cette optique, faites l'analyse grammaticale de l'énoncé et soulignez le mot sujet. Exemple : "Les relations entre les USA et l'URSS de 1945 à 1991" (session de juin 2002). Si je restitue le verbe dans l'énoncé ("quelles sont les relations...), je souligne relation. Ce qu'il faudra exposer dans sa composition, ce sont des liens, des contacts (ou leur absence), des accords, des conflits... etc. entre USA et URSS pour la période donnée. Ce mot "relation" est important : c'est autour de lui que va se construire tout le devoir et, plus particulièrement, les parties clés que sont l'introduction, les transitions et la conclusion. 

  2. définir la conclusion du devoir. Normalement, quand un chercheur aborde un sujet, il ne connaît pas cette conclusion ; Le jour de l'examen, en revanche, le candidat est censé avoir étudié le sujet. S'il a travaillé, il connaît donc la réponse à la question qui lui est posée. Il peut donc l'arrêter dans le premier quart d'heure de l'épreuve et l'inscrire dans un cadre sur son brouillon en utilisant la formule :

S = caractère x.  

 

Exemple par référence à l'énoncé ci-dessus : sachant que la période d'étude concerne la durée de la Guerre Froide, jusqu'au succès final des USA, on peut dire que  LES RELATIONS (S) sont (=) d'AFFRONTEMENT (caractère x). Partant de ce constat, on peut déjà nuancer la conclusion en utilisant les notions de "guerre froide" et l'idée de succès US. L'affrontement fut INDIRECT et marqué par l'ESSOUFFLEMENT PROGRESSIF du modèle soviétique.

  1. définir une problématique (travail facultatif dans l'optique du bac). Si elle est donnée, il suffit de la reprendre telle qu'elle est au moment de la définition du sujet (b). Mais, dans la majorité des cas en histoire et géographie, celle-ci n'est pas explicite, elle n'est pas formulée dans l'énoncé. Rien n'oblige le candidat à en choisir une ; le faire est toutefois un petit plus qui donne du sens à la composition. Comment procéder ? Comme son nom l'indique, la problématique est une question qui soulève l'existence d'un problème. La poser revient à se demander quel est l'intérêt quant à étudier le sujet. Pour trouver une réponse à cette question, il faut s'interroger de la manière suivante : pourquoi traiter ce sujet, quel problème son traitement permet-il de soulever ? Concrètement, le candidat peut utiliser la formule suivante : "en quoi le sujet pose problème ?". Pour cerner ce dernier, il peut s'aider de la conclusion à laquelle il entend parvenir. Exemple : en quoi les relations USA-URSS posent-elles problème ? S'il y a affrontement, en quoi celui-ci est-il nuisible, destructeur... s'il est indirect, par personnes interposées, qui en fait les frais réels ? S'il s'achève par la victoire des USA, qu'est-ce qui faisait la supériorité de ce pays ? En utilisant les éléments de la conclusion envisagée ci-dessus (b), nous avons formulé trois questionnements qui justifient l'étude du sujet. Les relations ne seront plus exposées uniquement pour elles-mêmes (aspect récitatif de la composition) ni pour seulement démontrer le caractère conflictuel des relations (objectif principal à formuler en conclusion), mais pour montrer comment l'étude permet aussi de mieux comprendre le présent.

Autre moyen pour distinguer le sujet de la problématique ?

Le sujet définit ce dont je dois parler : de qui, de quoi, de quand ?

La problématique définit ce que je dois prouver, démontrer.

Un exemple travaillé avec des élèves de seconde, programme : l'humanisme

Énoncé : François Rabelais, écrivain humaniste.

Sujet = de qui, de quoi dois-je parler ? = Rabelais

Problématique = pourquoi en parler, que dois-je prouver ? = que Rabelais (Sujet) est humaniste.

Formulation de la problématique : en quoi (dans quelle mesure) Rabelais était-il un écrivain humaniste.

 

Dans cet exemple, l'énoncé impose la problématique. Ce n'est pas toujours le cas.

Exemple : Énoncé : Les États-unis en 1945

Sujet = parler des États-unis = décrire ce qu'ils sont.

Problématique = pourquoi décrire les États-unis en 1945 ? Pour montrer qu'ils sont les grands gagnants de la guerre, la puissance dominante.

Formulation de la problématique : en quoi les États-unis sont-ils les vainqueurs de la guerre ?

 

 

 Avertissement : Lire deux fois plutôt qu'une

Quand nous lisons un document (texte, image ou même un simple énoncé), il convient d’être très prudent. Notre esprit est tellement chargé d’a priori et de préjugés que ceux-ci tendent à polluer l’opération de lecture au risque de déformer ce qui est dit ou écrit ; et ce d’autant plus que nous avons le souci, lors d’un premier contact, d’avoir assez vite une vision globale de ce qui est dit.

Ce défaut apparaît vite quand on fait une deuxième lecture. Celle-ci fait souvent apparaître que ce qui est écrit n’est pas expressément conforme à ce qu'on avait compris. C’est là, une réalité que chacun peut vérifier aisément !

En contexte d’examen, cette particularité très universelle, fait courir deux dangers :

  1. celui du Hors sujet : le candidat attend ou espère tellement un sujet que la vue d’un mot ou d’une notion provoquant une réaction d’enthousiasme l’empêche de discerner les nuances contenues dans l’énoncé, lesquelles l’auraient obligé dans une approche différente s’il y avait prêté attention !

  2.  celui du faux ou contresens (notamment dans le cas d'une étude de document) : le candidat a une idée si claire de l'auteur d'un texte qu’il n’imagine pas qu'il puisse tenir un propos différent, plus nuancé, voire à l’inverse, de ce qu’il en attend ! Il est tellement sûr de ce qui va lui être demandé qu'il n'imagine pas que l'examinateur puisse l'interroger sur une idée contraire ou différente ! 

Le problème oblige à toujours à relire plusieurs fois un énoncé, un texte à expliquer,
un énoncé... et à toujours se méfier de ce qu'on croit avoir compris.

 

 

2- La construction de la composition (le plan)

 

La composition est un exercice consistant à présenter les arguments d'une démonstration de manière ordonnée et cohérente. Le plan (qui structure cette argumentation) ne se fait pas au hasard. Son choix dépend du sujet, de la problématique posée, de la conclusion à laquelle le candidat entend parvenir ; il dépend surtout de ce qu'il veut mettre en évidence. Dans cette optique, le candidat dispose de 4 types de plans qui, chacun, a une fonction bien précise. Pour faire le bon choix de plan, il faut connaître ces fonctions.

 

Les 4 types de plan :

Le choix du plan :

Il est déterminé par les caractères du sujet, ses limites et la conclusion que vous entendez défendre. Avec un peu d'habitude, ce choix peut donc se faire assez vite. Quelques précautions à prendre cependant.

 

  1. tester le choix que vous faites d'emblée. Pour ce faire, définir les thèmes, thèses ou périodes (selon le type de plan choisi) de chaque partie ; mais surtout tenter de dégager l'idée principale de chacune de ces parties. Conseil pour être sûr de rester dans le sujet : pour chaque partie, reprenez le mot sujet, inscrivez le en tête de partie puis cherchez ce qui le qualifie le mieux. Exemple : sur les relations USA - URSS de 1945 à 1991, le chronologique s'impose. Sur ma feuille j'inscris trois fois le mot "relations..." que je couple à trois périodes distinctes ; j'ai ainsi défini le plan ; mais au regard de chaque titre, j'inscrits aussi le caractère clé des relations. Ce qui donne : 

    1. Les relations de 1945 à 1962 : l'affrontement de deux blocs

    2. Les relations de 1963 à 1975 : la détente, apaisement factice

    3. Les relations de 1976 à 1991 : le succès américain

    Tester son plan, c'est aussi tester les sous parties. Vérifier (au moins mentalement) que vous pourrez nourrir chaque partie de manière équilibrée.

  2. Tester un autre plan : Avant de construire votre plan plus en détail, voyez si une autre approche n'est pas possible. Ce n'est pas du temps perdu, car ces autres approches vont se retrouver dans les sous parties de votre devoir. Et il faut mieux faire le test au départ plutôt que de se rendre compte au bout d'une heure que le plan choisi ne tient pas la route. Ainsi le sujet sur les relations USA - URSS peut-il être aussi traité de manière antithétique : I. des relations d'hostilité et de concurrence mais II. des relations toujours contrôlées. Ou de manière thématique : I. les relations politiques et militaires : la guerre froide II. les relations économiques : de la séparation totale à la dépendance progressive de l'Est III. les relations idéologiques et culturelles : l'interpénétration de deux mondes. Le FCC est également possible : I. 1945-1991 : la guerre froide gagnée par les USA II. Causes idéologiques et intérêts nationaux III. Triomphe du modèle US en 1990 - Un nouvel ordre ? Tous les plans sont possibles, donc ; mais le 1er semble plus classique et aisé à conduire. On s'en contentera donc. NB : ce test ne doit pas prendre trop de temps. C'est juste une vérification.

  3. Construire le détail du plan. Ne pas négliger ce travail et y sacrifier sans complexe du temps. Plus le plan est détaillé, plus facile et rapide est la rédaction de la composition. Chaque partie doit être construite selon la même méthode utilisée pour choisir le plan. Chaque partie a un titre qui peut être considéré comme un énoncé, avec un sujet et ses limites. Le sujet est connu (ce sont les "relations" USA - URSS), seules changent les limites (1945-1962 au lieu de 1945 à 1991). L'idée principale de la partie a été définie : l'affrontement de deux blocs. Il faut seulement choisir comment vous allez présenter les connaissances correspondant à la période. 1ère règle : choisir un type de plan pour les sous parties ; 2ème règle : ce type de plan ne doit pas être le même que celui choisi pour les grandes parties : ainsi, ne jamais développer une démarche chronologique dans un plan chronologique ou du thématique dans du thématique. Cela conduit à faire du catalogue. L'idéal revient à réussir à utiliser tous les types de plan dans son devoir, manière de démontrer au correcteur que vous les maîtrisez tous. Exemple : pour les relations USA - URSS de 1945 à 1962, on peut construire selon une logique FCC (affrontement - parce que => crise de 1961-1962) ; de 1962 à  1975, construire sur la base d'un antithétique (la détente puis ses limites) ; de 1975 à 1991 on peut choisir le thématique (pas facile) ou revenir à FCC. Vous pouvez aussi essayer un chronologique sous condition d'éviter le catalogue de date sachant que le chronologique dans le chronologique pousse à ce défaut. Dans ce cas, mettez en évidence qu'il existe deux périodes qui s'opposent (guerre fraîche puis détente) comme dans un antithétique.

Construire le détail, c'est construire les sous parties et les sous - sous - parties. C'est aller sur son brouillon jusqu'à noter un exemple, un événement, une date à placer dans sa copie. Une bonne composition doit pouvoir proposer 4 niveaux de détail : Grande Partie / Sous partie / Sous - sous partie / exemple. Pour chaque niveau, procédez de la même façon qu'au niveau antérieur. Exposez vos connaissances selon une logique (explicative, accumulative, antithétique ou chronologique). Ne vous contentez pas de "balancer" des connaissances pour elles-mêmes sans lien cohérent avec les autres.

 

NB : un bon plan ne nécessite aucune rédaction. Vous n'y inscrirez que des "pense-bête", des mots qui vous aideront à rédiger en temps voulu.

 

Préparer sa composition :

 

Avant de commencer la rédaction de son devoir, il faut jeter un oeil sur le plan en général et préparer les temps forts du devoir. 

Jeter un oeil sur son plan c'est vérifier :

 

1- que le devoir sera équilibré

2- que les parties s'enchaînent logiquement = voir les transitions.

 

Prévoir les transitions : placées entre deux parties du devoir, elles sont essentielles. Elles sont le moment où le candidat rappelle à son lecteur le sujet sur lequel il travaille et les conclusions (provisoires) auxquelles il parvient. La seule lecture des transitions doit permettre au correcteur / lecteur de comprendre l'ensemble du raisonnement du candidat. 

La transition est une phrase en deux temps : sur le thème de la partie, elle apporte une conclusion provisoire au sujet ; puis annonce la partie qui va suivre. Sa structure est la suivante :

 

Sujet sur thème y  = caractère x ; qu'en est-il sur le thème z ?

Exemple : entre 45 et 62, les relations sont hostiles ; qu'en est-il pour 62-75 ?

 

Dans la transition, il est bien de retrouver le mot sujet (ici "relations"), une conclusion provisoire (le caractère x), une question qui rappelle celle posée dans l'introduction de la dissertation. 

 

Construire son introduction : Elle est purement formelle mais très importante. Elle a pour fonction d'expliquer de quoi vous allez parler (reformulation du sujet), pourquoi (formulation de la problématique) et comment (annonce du plan). Elle comporte donc trois éléments :

 

1- une entrée en matière.

2- la reformulation du sujet (+ de la problématique si elle est distincte ; facultatif au bac)

3- l'annonce du plan.

 

L'entrée en matière : concrètement, il s'agit d'une petite phrase qui permet d'amener le sujet, de poser celui-ci. C'est un constat, celui d'une réalité (historique ou géographique) qui explique la situation dont vous devez parler. Par exemple, pour faire le bilan d'une guerre, faut-il encore que celle-ci soit achevée. Pour poser la question des relations USA - URSS de 1945 à 1991, faut-il encore observer que ces deux pays ont dominé le monde pendant cette période ou qu'en 1991 l'un des deux a disparu. Noter sur son brouillon le constat sur lequel vous entendez partir.

 

La reformulation du sujet : c'est encore ce qu'il y a de plus facile à faire. Si l'énoncé n'est pas déjà sous cette forme, il suffit de le reprendre en le mettant en mode interrogatif. Pour ne pas commettre d'erreur, le mieux est de s'efforcer de prendre le mot sujet grammatical de l'énoncé comme sujet grammatical de sa reformulation. Exemple : comment sont les relations USA - URSS ?

 

L'annonce du plan : Là encore, rien de compliqué, il suffit seulement d'expliquer selon quelle logique ou progression vous entendez procéder. La seule difficulté consiste à éviter les formules lourdes, à réussir une annonce de qualité littéraire. Il faudra donc éviter les "dans une première partie.. etc.". Il n'y a pas de recette miracle, seulement un style à éviter. Mais il ne faut pas en faire un problème : le candidat ne sera pas jugé sur cette affaire de style. A tout prendre, mieux vaut encore être un peu lourd mais bien annoncer son plan que de ne pas annoncer celui-ci. Dans notre exemple, dites seulement que vous étudierez comment évoluent les relations Est-Ouest en s'appuyant entre la victoire de 1945 et la crise Cuba (1962);  puis jusqu'aux accords d'Helsinki et enfin, pendant la période qui vit l'effondrement de l'URSS (1991).

 

Confirmer sa conclusion : ultime vérification avant de passer à la rédaction de la composition, la conclusion. Relire ce que vous avez prévu au début de l'épreuve et y ajouter les nuances que le travail de construction peut avoir conduit à se remémorer. C'est également le moment de prévoir une "ouverture", laquelle n'est jamais que la formulation d'une nouvelle problématique telle qu'elle peut découler de la conclusion à laquelle vous êtes arrivé. Exemple : Ainsi, après 40 ans de relations conflictuelles, les USA sont vainqueurs (conclusion). Ils se retrouvent seuls pour dominer le monde. N'est-ce pas un problème ? Cette simple question (que chacun peut poser après toute conclusion) aide à formuler l'ouverture : dans quelle mesure le monde se trouve-t-il soumis à l'hégémonie américaine ?

 

 

La rédaction de la composition :

 

C'est un travail d'écriture qui ne doit pas poser de problème majeur si le plan a été bien construit. Il s'agit de mettre des phrases autour des notes mises en ordre dans le plan. 

Ce qu'il faut soigner, c'est le style et la présentation :

 

1- Faire une copie aérée : ne pas hésiter à sauter des lignes entre les parties ; de faire des paragraphes ; de laisser un peu de marge au correcteur. Mais attention : inutile de mettre des titres à vos parties. 

2- Soigner les mots de liaison : à ce titre, n'hésitez pas à vous fabriquer un petit répertoire de mots de coordination (ça vous servira pour le Français, la philo, l'économie... etc.). Rien de plus énervant que les copies où s'enchaînent les "de plus... de plus... de plus...".

3- Attention à l'orthographe : ne la négligez pas sous prétexte que le devoir n'est pas de Français. Tout excès dans ce domaine peut coûter un point sur 20 à l'arrivée (que le correcteur le retire délibérément de sa note finale ou qu'il arrondisse celle-ci au demi point inférieur plutôt que supérieur). J'ai vu des correcteurs retirer 2 points à des copies d'histoire géo du bac ! A ce tarif là, c'est souvent la moyenne qui se joue !

4- Évitez les formules familières, le langage parlé et "le clin d'oeil" au correcteur, les formules qui se veulent choc ou spirituelles. C'est souvent maladroit, parfois déplacé. Chercher l'originalité au bac est rarement payant. D'abord parce que ce que vous croyez original l'est peut-être pour vous, mais l'est rarement pour le correcteur qui en a vu d'autres et qui parfois connaît déjà votre mot d'esprit ; en outre, la recherche d'originalité est souvent interprétée comme de la prétention de la part du candidat. Nombre de correcteurs s'en agace. Vous ne connaissez pas votre lecteur, vous ignorez tout de son caractère, de son sens ou non de l'humour, de ses convictions personnelles. Un mot d'esprit dans la copie est toujours un risque de mal tomber et de se faire sanctionner. 

5- Soignez votre écriture, soyez lisible. Évitez les ratures, surtout celles qui voudraient masquer une ignorance. Le correcteur n'est jamais dupe.

 

 


 

Quelques trucs :

  1. Apprenez à anticiper - voyez la page sur la mémorisation d'un cours.

  2. Par convention : 

  3. En introduction :

  4. Pour le plan :

  5. Aérez votre copie en sautant des lignes entre les parties.

  6. En géographie, n'écrivez jamais la légende au dos de la carte. Le correcteur doit pouvoir lire les deux (cartes et légendes) en même temps.

  7. Types de sujets et types de plan :

 

Tous ces trucs sont exposés ici de manière succincte, pas forcément explicite. N'hésitez pas à m'écrire pour demander un éclaircissement.


Comment éviter le plan catalogue

 

Plan catalogue Le reproche est fréquent dans la marge des copies ! Il suggère un devoir susceptible de présenter les connaissances nécessaires à l'obtention d'une note correcte (au dessus de la moyenne) mais "plat", "peu dynamique", "mal construit".

 

De fait, ce genre de reproche caractérise essentiellement une composition récitative, entendons pas là un devoir qui dit ce qu'il faut dire mais pas de la bonne manière. Il expose des savoirs sans rien démontrer explicitement. L'élève récite son cours sans prouver qu'il l'a compris et ne prouve pas qu'il sait exploiter ses connaissances pour mettre en valeur la réponse à une problématique. La note s'en ressent très vite : elle ne décolle pas d'une aimable moyenne.

 

Comment éviter le catalogue ? Et à quoi le reconnaît-on ?

 

Pour le correcteur, un plan catalogue se repère vite par les mots de liaison entre les informations fournies par la copie : il n'y en a pas, sinon ils sont tous "cumulatifs". se suivent toutes les 4 ou 5 lignes des "De plus...", "en outre...", "par ailleurs...", "de surcroît...", "et...", au gré de l'inspiration du candidat, des modes verbales ou de je ne sais quelle température ambiante !!!

Le plan catalogue expose une suite de savoirs non reliés entre eux sinon de manière artificielle. Le candidat n'a pas d'autre souci que de montrer qu'il sait son cours. Il n'a aucune idée à mettre en évidence.

 

Prenons un exemple se rapportant à l'histoire de la construction européenne de 1950 à nos jours.

Confronté à ce sujet, le candidat a plusieurs occasions de faire du catalogue :

A propos des institutions : le catalogue consiste à présenter successivement les différentes instances : 1- le pouvoir exécutif de la commission, 2- le système législatif (Parlement et conseil des ministres) 3- la cour européenne de justice...

A propos de l'élargissement de la CEE : il est facile de tomber dans un piège classique consistant à énumérer, date après date, les pays entrant successivement dans la Communauté ou les conventions et traités mettant en oeuvre le projet communautaire : 1- l'élargissement de 1973, puis ceux de 1981 et 1986, puis celui de 1995 2- l'élargissement technique de 1968 (Marché commun), l'Acte unique et Schengen de 1986, l'Ecu et le Parlement de 1979...

 

LE TRUC : Les connaissances doivent être utilisées pour illustrer ce qu'on veut démontrer. pour échapper au catalogue, il faut d'abord déterminer les caractères ou idées qu'on souhaite mettre en valeur. On construira ensuite son plan autour de ces idées

(ce qui suggère une approche thématique).

 

Concrètement, reprenons notre exemple. Et posons la question : qu'est-ce qui caractérise les institutions européennes ?

Plusieurs réponses peuvent être avancées : leur caractère démocratique ou leur inachèvement par exemples.

Ces caractères étant arrêtés, le développement de la copie consiste à les mettre en évidence (en début de partie, par exemple) et à l'illustrer par renvoi aux institutions.

Exemple :

1/ des institutions où les pouvoirs sont séparés : occasion d'exposer les trois types de pouvoir et les instances concernées

2/ dans le respect de la souveraineté populaire : occasion de décrire comment sont désignés les personnes responsables (commissaires, députés...)

3/ dans le cadre des libertés fondamentales et de l'égalité de droit : renvoi aux principes de la CEE ou UE et aux conventions

 

La méthode fonctionne aussi pour l'élargissement.

On peut ainsi vouloir souligner que celui-ci se fait d'ouest en est et/ou dans un processus de démocratisation progressif du continent européen.

Au lieu d'énumérer des dates et des noms de pays, le candidat se sert de ces informations pour justifier son affirmation :

Exemple :

1/ D'ouest en est (en dépit du contre exemple grec) : Royaume Uni et Irlande en 1973, Espagne et Portugal en 1986, Autriche, Finlande et Suède en 1995, Est en 2004

2/ A la faveur de la démocratisation des pays : démocraties anciennes pour la 1ère vague, Révolution des oeillets et fin du franquisme des années 70, définlandisation dans les années 80, disparition du communisme pour la dernière vague.

 

Testez vous sur d'autres sujets susceptibles de favoriser les plans catalogues, par exemple : le bilan de la guerre, les institutions de la 5ème république, la puissance américaine en géographie...

 

 


Le plan Fait - Cause - Conséquence

 

Il a souvent la faveur de certains élèves qui peinent à s'en démarquer et l'utilisent à "toutes les sauces"... au risque non moins fréquent de sortir des limites de sujet et de se retrouver bien marris devant leur copie corrigée !

Quelques remarques pour mieux en cerner les mérites... et ses limites !

 

1ère observation : le FCC n'est jamais qu'un chronologique dans le désordre ! A ce titre, il est bien pratique à utiliser dans le détail d'une partie d'un plan chronologique pour éviter la construction type "catalogue de dates". Cette approche est même à recommander dans la première partie d'un sujet de longue durée car il permet, dans bien des cas, de faire une présentation du sujet de base.

 

Explication à la lumière de quelques exemples : Les relations USA - URSS de 1945 à 1991 ; la 4è République de 1946 à 1958 ; L'ONU de 1945 à nos jours.

Dans chacun de ces cas, le plan chronologique s'impose ; mais dans chacune des 1ères parties, une approche FCC permet de définir "la Guerre froide", les institutions de la 4è république ; les institutions de l'ONU.

On peut donc construire ainsi  :

 

Les relations USA - URSS

la 4è République

L'ONU

I- 1945-1962 : la Guerre froide

  1. L'affrontement indirect (le Fait)

  2. Deux impérialismes concurrents (les causes)

  3. La bipolarisation du monde (les conséquences)

I- 1945-1947 : Mise en place de la 4è

  1. L'adoption d'une constitution parlementariste

  2. L'absence de consensus

  3. Une France organisée autour de 3 pôles.

I- 1945-1953 : Un nouvel ordre mondial

  1. Les institutions de l'ONU

  2. L'ordre des vainqueurs

  3. 1er pas de l'organisation (la Corée)

 

Dans chacun de ces exemples, on voit comment la partie se propose de définir le thème central du sujet tout en rompant avec la logique des dates.

 

 

2ème observation : le plan FCC a vocation à mettre en relief les relations de causes à effets entre les événements présentés quand le chronologique cherche à mettre en valeur une évolution. On choisit donc le FCC quand aucun changement décisif ne semble devoir caractériser une époque, quand on veut plutôt insister sur une situation (un bilan, des institutions comme dans les exemples ci-dessus, une continuité...) ; dès qu'il y a rupture, alternance, changement... le FCC s'avère moins bien adapté.

 

 

3ème observation : Le plan FCC comporte une particularité qui peut gêner. La conclusion générale du devoir est pratiquement acquise dès la fin de la 1ère partie puisque celle-ci porte essentiellement sur le fait - sujet ! Il y a donc un risque de répétition entre la conclusion énoncée en fin de 1ère partie (la transition) et celle placée à la fin de la copie. Un travail de reformulation s'avère alors nécessaire pour éviter l'impression de "redite" ou de "résumé". Ce travail devra s'appuyer sur des nuances que les analyses des causes et des conséquences doivent permettre de dégager.

 

Exemple avec la décolonisation en Asie (1945-1955). Ce sujet se traite de manière classique par un FCC :

 

I- L'accession à l'indépendance des colonies d'Asie (1945-1955)

II- Les causes : une conjoncture favorable face à des métropoles affaiblies

III- La naissance du Tiers Monde (Bandoeng)

 

Dès la fin de la 1ère partie, il y a moyen de dire que la décolonisation fut un "processus dramatique de rupture", formule qui caractérise ce que fut le thème clé de l'énoncé (la décolonisation). L'essentiel peut être ainsi rédigé dès la fin de la 1ère partie. Cette conclusion pourra toutefois s'enrichir grâce aux apports de la 2è partie (la rupture était inéluctable, par exemple) et ceux de la 3è (une rupture illusoire ou incomplète).

 

 

4ème observation : le plan FCC est un plan de secours pour tout sujet qui apparaît trop pointu, trop précis, au point que le candidat se demande comment il pourrait le développer de manière conséquente (autrement dit remplir les 5 ou 6 pages que produit un lycéen). Il permet en effet de sortir des limites strictes du sujet sans qu'on puisse lui en faire le reproche.

 

Exemple avec L'année 1956. S'il y a beaucoup à dire sur cette année (rapport Khrouchtchev et coexistence pacifique, crise de Suez, insurrection de Budapest...) la grande majorité des candidats blêmit quand on le leur soumet ! Le FCC permet de tourner la difficulté de la manière suivante :

 

I- une année riche en rebondissements (partie où on expose les principaux événements)

II- les enjeux de la guerre froide dans un nouveau contexte (partie où on évoque la disparition de Staline et la naissance du 3è monde notamment comme explications)

III- les limites de la nouvelle donne (occasion de montrer que la coexistence pacifique n'est pas la paix).

 

L'avantage du FCC dans ce cas est dans la possibilité de parler de 1950, 1953 ou 1955 sans être hors sujet puisqu'il s'agit d'expliquer 1956 à travers ces références.

La difficulté réside principalement dans la bonne gestion de la 3è partie où il ne faut surtout pas développer ce qui se passe en 1957, 1960 ou 1961 car là, on sortirait du sujet. Il faut seulement s'aider de ce qu'on sait de l'après 1956 pour présenter dans une sorte de bilan de la fin 1956 les problèmes qui se posent alors.

 

 

5ème observation, que je dois à l'un de mes élèves à la suite d'une discussion sur les mérites comparés des différents types de plan et de leur usage.

Si le plan thématique en trois parties est typique de l'approche universitaire, du chercheur qui s'efforce de faire le tour d'une question avant d'énoncer ses conclusions...

Si l'antithétique en deux parties est communément admis comme le plan type Science Po, du défenseur d'une cause ou d'une thèse qui expose ses arguments en vue d'emporter le consentement de son public,

mon élève me fit remarquer que le FCC était plutôt le plan type du journaliste qui ayant donné l'information à son public tente ensuite de lui en expliquer les tenants et les aboutissants. La lecture de la presse ou le suivi du JT semble bien lui donner raison.

 


En quoi peut-on dire que dans quelle mesure ?

Travail facultatif au bac en histoire et géographie, proposer une problématique en plus du sujet est un plus qui donne du sens à la composition.

Pour l'étude d'un ensemble documentaire, elle est normalement donnée (plus souvent suggérée, en fait !!!). Si elle est donnée, il suffit donc de la reprendre. Mais, dans la majorité des cas elle n'est pas formulée dans l'énoncé. Comment procéder ? Je renvoie ci-dessus. Je propose une formule qui se veut pratique : "en quoi le sujet pose problème ?".

Cette formule ainsi retranscrite est ouverte par la locution "en quoi..." . On peut également en utiliser deux autres : "peut-on dire que..." ou "dans quelle mesure..."

Mais comment choisir l'une de ces trois locutions ?

De fait, elle n'introduisent pas tout à fait le même genre de problématique. C'est ce que nous allons voir à partir d'un exemple construit autour du premier chapitre du programme d'Histoire de Terminales : "Le monde en 1945".

Su ce thème, vous êtes invités à décrire le monde (qu'il ait été ou non en guerre) ou à dresser un bilan de ce que la guerre a produit.

Dans quel but ? Pour soulever quel problème ? Il n'y a pas de réponse obligée, plusieurs peuvent être proposées. Par exemple : un monde en paix, un nouvel ordre mondial, organisé par les Alliés vainqueurs... etc.

La mise en application de la formule suggérée ci dessus donnerait donc une formulation du genre : "en quoi le monde en 1945 est-il source de problèmes... désordres... etc.?"

Mais pourquoi pas "dans quelle mesure le monde est-il... etc. ?"

A priori, le changement de locution ne change rien. Chaque locution renvoie cependant plutôt à un type de conclusion et de plan qu'un autre. Pour choisir celle qui convient, mieux vaut donc connaître le sens de chaque formule et... la conclusion qu'on entend apporter.

En quoi... est une locution qui invite à présenter une série de caractères justifiant la réponse que l'on veut donner. Elle convient donc plutôt pour annoncer un plan analytique (ou thématique) et une conclusion de type caractérisation du sujet.

Dans quelle mesure... suggère l'idée d'un balancement entre au moins deux propositions. Elle tend donc à annoncer un plan antithétique et une conclusion nuancée de type "oui mais..." ou "non mais..." etc.

Peut-on dire que... reprend par définition une formule, une citation, un "dire" qu'il faut justifier ou contester. Selon le choix ("on peut dire que..." ou "le dire est excessif") la locution reste plus ouverte et annonce aussi bien un plan thématique qu'antithétique... sauf à vouloir mettre en évidence les raisons pour lesquelles on peut ou non dire que... ainsi que les conséquences, option qui conduirait à choisir un plan F- C- C

Illustration par l'exemple :

Le Monde en 1945 ? Je veux montrer que c'est un monde en Paix mais illusoire. Je veux suivre un plan antithétique (1/ La paix 2/ Les menaces Est - Ouest). Je formule donc ma problématique de la façon suivante :

Dans quelle mesure le Monde en 1945 est-il un monde pacifié ?

 

Le Monde en 1945 ? Je veux mettre l'accent sur un "nouvel ordre mondial". Dans cette optique, je choisis un plan analytique faisant le tour du nouvel ordre (1/ politique 2/ économique 3/ ONU. Ce qui m'invite à poser la question suivante :

En quoi le monde en 1945 est-il recomposé ?

 

Le Monde en 1945 ? L'idée du devoir serait plutôt de contester la victoire des Alliés (sauf pour les USA), et signifier que la victoire acquise par les autres (URSS, Europe...) est illusoire. Nous pouvons donc écrire :

Peut-on dire que le monde en 1945 témoigne d'une victoire des Alliés ?

 

Globalement, les trois devoirs sont possibles, ils donneront les mêmes informations ; mais pas tout à fait dans la même optique ni suivant les mêmes plans. Chacune des locutions a aidé à formuler la problématique, mais aucune n'est choisie au hasard.

 


 

 

 

retour à la salle du prof                                                          Retour accueil  retour au sommaire